- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au sein du podcast Où ça mène quand on s'aime, celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite, d'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier et portent une force incroyable Moi c'est Marion et avec ce podcast j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leurs propos trouveront des conseils des échos à leur vie prendront peut-être un peu de recul trouveront du soutien ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit souvent dans l'ombre au cœur des fermes Ici, c'est de la good vibes, de la sororité, du partage et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Bonjour à tous, aujourd'hui je reçois Mathilde. Bonjour Mathilde.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Oui, alors je suis Mathilde, j'ai 36 ans, j'ai 4 enfants et je vis en Normandie, dans le sud de l'Eure.
- Speaker #0
Alors avant de parler agriculture, j'ai envie qu'on commence par parler un petit peu de toi. Parce qu'avant d'être femme d'agriculteur, tu avais en dessous une femme avec un parcours, des compétences, des rêves, une propre identité. Avant de parler de toi un petit peu plus en détail, est-ce que tu peux juste nous décrire le contexte dans lequel tu vis, avec qui et comment se présente la ferme de ton conjoint ?
- Speaker #1
Ok, alors je vis avec Geoffrey, qui a 39 ans. Il est installé en polyculture élevage depuis 2017, en agriculture raisonnée. et donc il a 250 hectares de terre et environ 150 moutons, brebis exactement. Et donc, il élève des brebis pour faire de la viande d'agneau.
- Speaker #0
D'accord, ok. Quel métier fais-tu toi ?
- Speaker #1
Moi, je suis intervenante sociale et j'accompagne des femmes victimes de violences dans un accueil de jour et dans un hébergement d'urgence pour une association normande.
- Speaker #0
Wow, bel engagement, ok. En quoi ça consiste exactement ? Est-ce que tu Tu peux nous parler un petit peu de tes missions, de ton quotidien ?
- Speaker #1
Alors en fait, je vais surtout aller voir les institutions et par exemple l'hôpital. J'ai des liens plutôt étroits avec la gendarmerie aussi. Et puis c'est montrer que je suis présente là sur le territoire et que je peux mettre à l'abri des victimes de violences, des femmes avec leurs enfants. Je reçois évidemment des femmes sur l'accueil du jour. Je vais leur donner toutes les premières informations sur ce qu'elles peuvent faire, comment les mettre à l'abri. faire des démarches administratives et réorienter aussi, si besoin, je ne sais pas moi, c'est très large, mais vers les bailleurs sociaux, vers les mairies, vers la gendarmerie, vers des avocats. En gros, je suis, on va dire, un peu le premier maillon de la chaîne pour donner les premières informations et accompagner ces femmes.
- Speaker #0
Ok. Et comment est-ce que tu en es venue à ce métier ? Est-ce que c'est un métier que tu as choisi par... Par passion, par opportunité, par nécessité ?
- Speaker #1
Alors, ça a été une opportunité, j'ai envie de dire, parce qu'en fait, j'ai fait des études pour être intervenante sociale, pour être conseillère en économie sociale et familiale, précisément. Et j'ai travaillé en Belgique et dans le nord de la France et dans les Ardennes, mais jamais dans le milieu de l'insertion comme ça. Je travaillais avec des personnes handicapées ou des enfants placés en famille d'accueil. Et je suis arrivée en Normandie en 2013. Et j'ai été embauchée dans un lieu de vie et d'accueil avec des mères adolescentes. Et ces jeunes filles étaient vraiment laissées pour compte. Vraiment, je ne pouvais pas ne rien faire en fait. Et donc, je me suis formée à l'accueil aux victimes, à la prise en charge des victimes. Un poste s'est présenté dans l'association Pas Loin de Chez Moi et j'ai décidé de saisir l'opportunité. Et depuis 2021, je travaille là-bas.
- Speaker #0
Et quand tu es arrivée en Normandie, c'était pour rejoindre ton conjoint ou c'était vraiment, toi, une nécessité de se déplacer, de bouger ?
- Speaker #1
Non, c'était un projet de vie. J'habitais dans les Ardennes. J'avais besoin de voir autre chose. J'avais pas d'attache à l'époque dans les Ardennes. J'avais 20 ans et j'avais juste envie de vadrouiller un petit peu. Je suis arrivée en Normandie parce que le premier poste dans le lieu de vie s'était présenté. Ça me plaisait.
- Speaker #0
Ok, c'était juste pour situer, de savoir si toute cette démarche de ce métier, de cet engagement a été faite. Un peu par la suite de cette rencontre ou pas du tout en fait. Mais là, de ce qu'on comprend, c'est vraiment complètement indépendant.
- Speaker #1
Oui, c'est complètement indépendant. Et puis même, c'est vraiment des opportunités saisies à la volée même, j'ai presque envie de dire, parce que ça s'est présenté comme ça.
- Speaker #0
Et est-ce que tu aides de temps en temps sur la ferme de ton conjoint ?
- Speaker #1
Alors, quand c'est des grosses périodes d'activité, par exemple, là, on vient de finir les moissons. Pendant que mon conjoint, lui, est en moisson, moi, je suis sur la ferme avec nos quatre enfants. Et comme je suis en congé parental, je suis un peu plus disponible aussi. Et je vais nourrir les brebis, je vais donner des biberons aux agneaux s'il y a besoin. Je vais vérifier que tout va bien, mais je ne travaille pas et je vais à proprement parler sur la ferme avec mon conjoint.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment de l'aide ponctuelle pendant les périodes de bourre. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Je me rends hyper disponible, en fait, et pour mes enfants, et pour mon conjoint, et pour la ferme, parce que c'est quand même un rythme de vie plutôt soutenu.
- Speaker #0
Oui, mais 4 ans, je veux bien comprendre. Je suis admirative, mais on en parlera un petit peu plus tard.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Est-ce que tu te projettes un jour à travailler sur l'exploitation ou pas spécialement ?
- Speaker #1
C'est possible. Des fois, je me prends à rêver que je vais installer un petit atelier de découverte de la ferme. Toujours avec un petit côté social, tu vois. Je ne sais pas, pour les écoles, c'est quoi vivre à la ferme ? C'est quoi élever des brebis ? Et puis, des fois, j'y pense. Mais je pense que le projet n'est pas assez mûr encore dans ma tête. Mais je pense que ça finira par arriver, oui.
- Speaker #0
Ok, d'accord. Plutôt agritourisme ou pédagogie ?
- Speaker #1
Oui, des choses comme ça.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que trouver du travail dans ton domaine d'activité dans le coin, c'est facile ?
- Speaker #1
Alors, je pense que oui, quand on a envie de s'impliquer vraiment. Parce qu'aujourd'hui, le domaine du médico-social, ça demande de donner beaucoup, de réussir à se préserver aussi, pour ne pas y laisser les plumes, j'ai envie de dire. Mais je pense qu'aujourd'hui, oui, surtout là, en Normandie, Sudeur, Orne, c'est quand même très, très, très rural. Les gens ont moins la facilité de se déplacer. Donc, je pense que c'est important aussi d'accompagner les personnes aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce que tu as fait des concessions ou des ajustements professionnels pour suivre ton conjoint ou est-ce que tu serais prête à en faire ?
- Speaker #1
J'en ai fait. J'en ai fait beaucoup parce qu'au départ, par exemple, je travaillais une semaine sur deux. Je partais le mercredi matin et je ne rentrais à la maison que le mercredi de la semaine suivante. C'était à l'époque où je n'avais pas d'enfant. Je partais en transfert avec les jeunes. Je pouvais partir des journées, des week-ends entiers. avec des jeunes adultes et des enfants. Et aujourd'hui, j'ai mis un peu plus de distance parce que j'ai eu aussi, moi, besoin de me protéger et de me préserver. Et puis, il y a mes enfants aussi maintenant, donc je ne peux pas me permettre de ne pas être présente pour eux. Et Geoffrey, lui, à la ferme, c'est 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, donc il n'y a pas de samedi, il n'y a pas de dimanche. Donc si moi, je travaille le samedi et le dimanche, c'est compliqué aussi.
- Speaker #0
C'est bien compliqué, oui. En effet, c'est un métier qui doit aussi peut-être avoir un impact sur toi, sans doute. Comment est-ce que tu arrives à mettre tes barrières et à te préserver ?
- Speaker #1
Ça a été compliqué, parce que je suis quelqu'un de profondément engagé, qui ne supporte pas l'injustice. Et vraiment, ça a été au départ difficile pour moi. Et la jeunesse faisait que j'avais envie d'y aller. Les manifs, tout ça, tu vois, c'était très important pour moi. Et finalement, je me suis rendu compte que si je ne mettais pas un peu de distance, si je ne prenais pas soin de moi aussi, je n'étais pas capable après de retourner au travail et d'être en mesure d'accompagner correctement les personnes que j'accompagnais.
- Speaker #0
Pour finir un petit peu sur ta vie professionnelle, est-ce que la vie agricole a influencé tes choix professionnels ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas. Je ne pense pas. Peut-être un peu plus de simplicité ou de retour aux sources peut-être un peu, mais pas vraiment.
- Speaker #0
Ouais, je comprends. Dans les témoignages que je recueille, je remarque souvent que les femmes ont parfois plusieurs vies professionnelles en parallèle, leur métier, leur rôle dans la ferme, des aides, leur vie familiale, parfois des projets qu'elles construisent aussi elles-mêmes. Aujourd'hui, quelle place occupe ton travail dans ta vie ?
- Speaker #1
Alors aujourd'hui déjà, je suis en congé parental depuis un an. J'aime mon métier, j'aime profondément mon métier, mais je pense que si je devais arrêter aujourd'hui mon travail à l'extérieur pour développer peut-être autre chose, Je le ferai, je pense. Je ne sais pas. Je pense que je n'ai pas assez réfléchi. Je pense qu'il y a un cheminement encore à faire et je ne sais pas vraiment comment me positionner par rapport à ça pour l'instant.
- Speaker #0
Est-ce que pour toi, à l'heure actuelle, c'est important d'avoir une activité professionnelle en dehors de la ferme ?
- Speaker #1
Oui et non. Alors oui, sur le plan financier, c'est important et d'avoir mon autonomie financière aussi. Et non, parce que je suis quelqu'un qui peut être très casanier. qui n'a pas forcément besoin de voir beaucoup de monde pour me sentir épanouie. Ce qui appuie ici, c'est complètement à l'opposé de mon travail, finalement. Mais je pense que c'est aussi pour ça que j'ai besoin de ça. C'est que peut-être parce que je vois beaucoup de monde la journée, j'ai besoin d'avoir des journées où je ne vois personne. Oui, c'est important d'avoir un travail à l'extérieur, mais je pense que je peux m'en passer aussi.
- Speaker #0
Et est-ce qu'en tant que conjointe d'agriculteur, tu as déjà eu l'impression que ton activité professionnelle passait après la sienne ?
- Speaker #1
Ah oui, complètement. Oui, complètement. Parce qu'en plus de ça, Geoffrey, le milieu du médico-social, pour lui, c'est lunaire. C'est vraiment lunaire. Lui, il est issu d'une famille d'agriculteurs de deux ou trois générations déjà en arrière, que ce soit du côté de sa maman ou du côté de son papa. Donc, tout ce qui est social, accompagnement social, c'est vraiment lunaire. Parfois, il ne comprenait pas mon implication et mon engagement. C'est un peu moins le cas aujourd'hui parce qu'il a compris que c'était quelque chose qui faisait vraiment partie de moi. Mais effectivement, j'ai souvent eu la sensation que mon travail pouvait passer après l'affaire.
- Speaker #0
Et toi, tu ne viens pas de ce milieu agricole ?
- Speaker #1
Absolument pas, vraiment pas du tout. J'ai grandi toute seule avec ma maman qui était secrétaire médicale. On vivait en ville, dans une petite ville des Ardennes. Donc ça reste quand même rural. Mais j'habitais en HLM, j'étais dans un collège de ZEP. Le milieu agricole était très loin de moi, en fait.
- Speaker #0
On entend souvent parler de la passion des agriculteurs pour leur métier, mais on parle peut-être moins du chemin parcouru par celle qui arrive dans cet univers sans forcément y être née. Comme c'est ton cas, quel est ton lien avec l'agriculture aujourd'hui ?
- Speaker #1
Eh bien, j'ai envie de dire que c'est l'opposé de mon travail. Et c'est justement ça que je cherche, dans le sens où... ça me ramène aux choses simples et basiques de la vie. C'est-à-dire que j'entends à longueur de journée des discours qui peuvent être absolument atroces pour certaines personnes. Et en fait, quand je rentre à la maison, retrouver les brebis, discuter avec Geoffrey de ce qu'il a mis dans les champs, ce qu'il a planté, ce qu'il a fait pousser, retrouver mon potager, mon tricot, des choses très très basiques. Ça me permet de me raccrocher à quelque chose de simple, en fait, et de garder la tête sur les épaules et de ne pas penser toujours à toutes ces horreurs qui peuvent arriver dans certaines familles.
- Speaker #0
Et comment est-ce que vous vous êtes rencontré, justement, avec Geoffrey ?
- Speaker #1
On était à un concert, donc c'était il y a presque dix ans maintenant, et on s'est rencontré comme ça, on a discuté, et puis voilà, on a fini par aller se promener, et puis on s'est pu lâcher.
- Speaker #0
Et quand tu as su qu'il était fils d'agriculteur et qu'il souhaitait le devenir, qu'est-ce que tu as ressenti ?
- Speaker #1
Je me suis dit « chouette alors ! » et en même temps, ça m'a fait peur parce que comme je ne connaissais pas du tout le milieu agricole, je me suis dit « oh là là, je vais tomber sur quelqu'un qui va mettre des produits toxiques partout, qui va détruire la nature. » En fait, c'était la vision que j'avais à l'époque, de me dire « ce n'est pas naturel puisqu'on force les choses à pousser pour nourrir d'autres personnes. » C'était la vision que j'avais à l'époque et je l'ai écoutée. J'ai écouté sa façon de parler de son métier, j'ai écouté sa famille, j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup observé. Et je me suis dit, mais en fait, il n'y a pas plus respectueux de la nature qu'un agriculteur, en fait.
- Speaker #0
C'est super intéressant et c'est justement la question que j'allais te poser après. J'allais te demander quelle était l'image que tu avais du monde agricole avant de le découvrir et qu'est-ce qui t'a le plus surprise en le découvrant vraiment à travers ton conjoint ?
- Speaker #1
Oui, alors en fait, je pense que... Comme toute personne qui est dans l'ignorance et qui potentiellement ne cherche pas à comprendre et à aller plus loin, vraiment j'avais une vision très très négative de l'agriculture où je me disais, en plus quand on s'est rencontrés, il me semble qu'on était dans le débat glyphosate, dans des choses assez négatives du milieu agricole et je ne comprenais pas en fait, pour moi il plantait des choses... dans les champs, ils mettaient un max de produits, il fallait que ça pousse, il fallait que ce soit rentable. Enfin, voilà, c'était au-delà d'une entreprise, quoi. Enfin, vraiment, je ne sais pas comment expliquer. Enfin, c'était très négatif la vision que j'avais.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et quand... Parce qu'on s'est rencontrés au mois de septembre, donc au mois d'octobre, je l'ai vu, en fait, aller dans les champs, semer. Enfin, vraiment, j'ai vu toute une première campagne, en fait, du début à la fin. Et en fait, ça m'a complètement bousculé dans mes croyances, quoi. Et c'est là que je me suis dit, bombard. On va annuler tout ce que je ne sais pas et on va aller chercher mes vraies réponses.
- Speaker #0
C'est super intéressant et valorisant d'entendre ça. Comment est-ce que tu arrives au quotidien à concilier ton métier, la ferme et ta vie personnelle ?
- Speaker #1
Alors, quand j'étais encore en activité, j'étais déjà à 80%. J'avais fait le choix d'être à 80%, donc j'avais le mercredi pour mes enfants. Et je n'avais entre guillemets que trois enfants. Tout se fait naturellement, c'est-à-dire que Geoffrey, comme il est sur la ferme tout le temps depuis trois ans maintenant, parce qu'avant il était double actif, donc là c'était un peu plus compliqué, mais vraiment quand il est arrivé sur la ferme à 100%, en fait il est 100% dispo aussi. C'est-à-dire que si je lui dis, écoute là je suis dans le jus, j'ai besoin que tu ailles chercher tel enfant, tel enfant, à droite, à gauche, et bien il arrête ce qu'il fait, s'il peut l'arrêter évidemment, et il va chercher un enfant par exemple. L'organisation se fait assez naturellement finalement. Et on se fait des réunions de chantier tous les soirs. Demain, il y a ça, ça, ça à faire sur la ferme. Moi, j'ai ça, ça, ça à faire sur le plan perso et pro. Comment on peut s'organiser ? On a la chance d'avoir nos parents aussi dans le même village que nous. Et ça, c'est vraiment une chance incroyable qu'ils soient tous les quatre en super forme et tous les quatre super dispo. Donc, c'était vraiment chouette.
- Speaker #0
Ça aide, je comprends.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Maintenant qu'on te connaît mieux, j'ai envie qu'on parle un petit peu plus de votre couple. Parce que derrière chaque exploitation, il y a une histoire de couple, une aventure professionnelle, mais aussi une aventure personnelle avec ses joies, ses défis et parfois quelques ajustements. Est-ce que vous, vous vivez sur la ferme ou à côté à l'heure actuelle ?
- Speaker #1
On vit sur la ferme. C'est vraiment une super installation où il y a la maison, le corps de ferme, les bâtiments, la ferme. Je regarde à la fenêtre de ma cuisine, j'ai des brebis. Je regarde à la fenêtre de mon salon, j'ai des brebis. On a vraiment un cadre de vie rêvé.
- Speaker #0
Ça, c'était un choix de votre part ou ça vous a été imposé dans une reprise d'exploitation, etc. ?
- Speaker #1
Geoffrey a repris tout seul l'exploitation. Donc, en 2017, lui, son impératif était d'être dans le village dans lequel on vit, dans le village dans lequel il a grandi, où il est né, en fait. Donc, il a attendu. Il a attendu patiemment. Et quand la ferme a été à vendre, il s'est positionné et il s'est battu, clairement, pour avoir cette ferme.
- Speaker #0
Donc, ce n'était pas la ferme familiale celle où vous êtes ?
- Speaker #1
Non, ce n'est pas la ferme familiale.
- Speaker #0
Et il a repris aussi la ferme familiale ?
- Speaker #1
Et il a repris, c'est ça, il a repris. Donc ça, c'était en 2017, la première installation. Et son papa est en retraite depuis 2020 ou 2021. Et il a aussi repris l'exploitation de ses parents.
- Speaker #0
Toi, le fait d'habiter sur l'exploitation, là, tu en parles vraiment avec enthousiasme et c'est chouette. Est-ce que ça t'a fait peur à un moment donné ou est-ce que vraiment... Tu t'es dit, vraiment pour notre organisation familiale, pour ton épanouissement personnel aussi, que c'était un bon choix ?
- Speaker #1
En fait, comme je ne connaissais pas d'autre chose. C'est-à-dire que là, aujourd'hui, j'ai même du mal à comprendre comment les familles font pour avoir une maison en dehors de l'exploitation. Tu vois ? Notre organisation roule tellement bien parce que, justement, on vit sur l'exploitation que j'ai du mal à imaginer ne pas y vivre.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Je comprends bien. C'est vrai que parfois, ça peut freiner certaines. C'est aussi pour ça que je te demande ça. Est-ce que ta belle famille est proche géographiquement ?
- Speaker #1
Alors, oui, on est à un kilomètre. Nous, on est à l'entrée du village et ma belle famille est à la sortie du village.
- Speaker #0
Et ça, pour quelqu'un qui ne vient pas du milieu agricole, est-ce que c'est quelque chose qui pouvait t'effrayer ? Oui,
- Speaker #1
au départ. Parce que je dis, moi, j'ai grandi toute seule avec ma maman. Donc, quand j'ai vu ce... Pour moi, c'était même un microcosme. Je me suis dit, waouh, ça, je ne connais pas. Ça, je ne connais pas. Les parents de Geoffrey, hyper présents, hyper bienveillants, hyper soutenants. Vraiment, c'est super beau à voir. Mais pour quelqu'un qui n'a pas grandi comme ça, j'avoue que ça a été déroutant. Et qu'il m'a fallu un certain moment avant de trouver ma place, en fait, dans ce clan, presque. Aujourd'hui, c'est génial. C'est génial. Geoffrey, il a une sœur et un frère. qui sont avec qui il est aussi très proche. Ma belle-sœur, elle a aussi trois enfants. Donc quand on se regroupe, ça fait limite camp de vacances. C'est vraiment génial en fait, ça fait colo. Ce n'est pas évident au départ, comme je te dis, de trouver notre place, mais aujourd'hui c'est très cool.
- Speaker #0
Si on sort un tout petit peu de la ferme, comment est-ce que toi tu te sens dans cette vie rurale ? Est-ce que tu te sens parfois un petit peu seule, isolée, ou plutôt bien entourée justement par tout cet environnement agricole et peut-être par vos amis, votre famille ?
- Speaker #1
Ma nature, c'est vraiment de ne pas me mettre en avant déjà. Tchuuuuuuu Par exemple, c'est Geoffrey qui est impliqué dans la mairie, c'est Geoffrey qui est impliqué dans les conseils d'école et dans les conseils de parents. Moi, je ne vais pas spontanément le faire. Donc, je ne me sens pas isolée parce que vraiment, c'est un choix aussi de ma part de ne pas m'impliquer dans tout ça. Je pense que j'ai trouvé un bon équilibre entre ma vie sociale, la famille et puis les activités extérieures de Geoffrey où je suis là, mais je ne m'implique pas.
- Speaker #0
Et alors, comment est-ce que tu t'es intégrée sur ton territoire ?
- Speaker #1
J'ai mis mes enfants à l'école. Non, je ne sais pas si je suis vraiment intégrée. Je ne sais pas. En tout cas, je sais que mes voisins savent qui je suis. Forcément, je fais un potager sur la ferme. Quand j'ai trop de légumes, je les mets au portail dans une boîte. Les gens savent qu'ils peuvent venir chercher ce qu'ils veulent. qu'ils ont envie de prendre. Je pense que je suis connue comme la dame qui a quatre enfants, qui vit avec Geoffrey, qui fait des moutons et qui met des légumes à son portail. Voilà. Je pense que ça doit être ça.
- Speaker #0
Oui, tu ne ressens pas spécialement le besoin, on sent dans ton équilibre, toi, de te concentrer dans cette vie-là. Comment est-ce que votre couple fonctionne, lui, au quotidien, à côté de cette vie familiale qui prend beaucoup de place et de la ferme aussi ?
- Speaker #1
Eh bien, on est à 100 à l'heure comme des parents qui ont des jeunes enfants, avec en plus une exploitation agricole. Bah écoute, notre couple, il fonctionne comme un couple classique, j'ai envie de dire. Bah on va bien, déjà. On est heureux tous les deux, on s'entend bien. Alors évidemment, il y a des coups de gueule de temps en temps où je dis, moi j'en ai marre de ta ferme, ça prend trop de place. Et lui, il va me dire, oui, bah c'est comme ça. Enfin voilà, tu vois, c'est vraiment des conversations très banales et très basiques, je pense, d'un coup. très classique.
- Speaker #0
Et comment est-ce que vous gérez votre organisation familiale et vos moments de couple dans des périodes agricoles un peu plus denses ?
- Speaker #1
Eh ben, je ne sais pas. Je ne sais pas, vraiment. On arrive à trouver des moments où on se retrouve tous les deux, où on discute, souvent le soir, quand les enfants sont couchés. C'est sûr que les semaines de moisson ou de semis sont intenses, et là, on ne fait que se croiser, mais on sait que ça ne dure pas. Et on sait que... En fait, c'est hyper important parce que c'est notre année. C'est sur ça qu'on va vivre pendant un an. Donc, il ne faut pas se louper sur ces moments-là. On s'écrit des petits mots, on s'envoie des messages, on s'envoie des mails. C'est rigolo, mais c'est comme ça qu'on fonctionne. Je sais que quand je suis à la bergerie et que lui est dans les champs, je sais qu'il a un œil sur la caméra et qu'il regarde si tout va bien. Ce n'est pas pour surveiller ce que je fais. qui me fait totalement confiance. C'est une façon pour lui aussi de dire t'inquiète, je suis là. Même si je ne suis pas physiquement présent, je suis quand même là. On s'écrit des petits mots sur les tableaux de la bergerie, des choses comme ça.
- Speaker #0
Trop chouette. C'est un sujet qu'on a commencé à bien aborder dans cette interview. Un sujet qui revient dans beaucoup de discussions avec des femmes d'agriculteurs, c'est celui de la maternité. Parce qu'avoir des enfants dans une vie agricole soulève beaucoup de questions. L'organisation, la transmission, la place de chacun. Mais toutes les femmes n'ont pas forcément le même parcours et j'ai envie d'ouvrir cette discussion sans tabou. Pour beaucoup de femmes, devenir mère représente un grand changement de vie. Mais quand on vit sur une ferme avec un métier qui ne s'arrête jamais vraiment, cela peut prendre une dimension un peu particulière. Comment est-ce que tu as vécu l'arrivée de tes quatre enfants dans ce quotidien agricole ?
- Speaker #1
Alors déjà, je suis arrivée sur la ferme avec un enfant tout fait. C'est-à-dire qu'on est une famille recomposée. Et quand j'ai rencontré Geoffrey, j'avais déjà ma fille aînée, donc elle avait deux ans et demi. Oui, ça a deux ans et demi. Et donc, c'est pareil, ça s'est fait naturellement aussi. Ma deuxième fille, donc ma première fille avec Geoffrey, est arrivée assez rapidement. Et en fait, j'ai souvenir, elle est née en plein décembre, donc il faisait très froid. Pas de travaux agricoles dans les champs ou des choses comme ça. Et en fait, à ce moment-là, lui était double actif, donc il avait le droit à un congé paternité. Et quand j'ai accouché, que je suis rentrée à la maison... et lui, il a utilisé son congé paternité pour se fabriquer un établi. Et moi, j'étais là avec mon bébé au sein en plein hiver, essayer d'occuper la grande qui avait 4 ans et demi à l'époque et je savais que lui était en train de se fabriquer un établi et je me rappelle avoir ragé, mais tellement ragé, en me disant « mais viens m'aider ! » Et puis en fait, je me suis dit « mais si je lui retire ça ! » et bien en fait je l'éteins, j'éteins sa lumière tu vois et en fait il était aussi présent malgré tout parce que la nuit quand je galérais avec mon bébé et bien lui il était là aussi sur le moment c'était vraiment une ambiguïté maternelle avec la chute d'hormones, l'hiver il fait noir et après quand j'y repense je me dis mais ce qu'on a vécu était chouette en fait parce que du coup il prenait quand même la grande pour aller fabriquer des choses dehors ou alors... C'était aussi tout nouveau pour lui parce que finalement, lui aussi, il devenait père pour la première fois, alors que moi, j'étais mère pour la deuxième fois. Donc, j'avais déjà traversé cette tempête maternelle, mais lui, pas du tout. Donc, je pense que ça a été aussi une façon pour lui de se construire comme père, je pense.
- Speaker #0
Oui. Et quelle était ta plus grande difficulté au sujet de la maternité ?
- Speaker #1
Je ne sais pas trop. Je ne sais pas trop. De rencontrer quelqu'un qu'on ne connaît pas. d'élever quelqu'un, d'aimer quelqu'un qu'on n'a jamais vu de notre vie ça ça a été quelque chose un tsunami je devais aimer un petit être je devais faire grandir un petit être qui avait besoin de moi plus plus plus de manière vitale en gros si je suis pas là c'est pas possible mais on se connaissait pas le plus difficile Oui. vraiment le plus difficile pour moi et je pense des quatre de tous les quatre ça m'a fait cet effet là de bon bah voilà maintenant on est là tous les deux, on a vécu certes neuf mois de manière intense ensemble où j'ai ressenti plein de choses dans mon corps, j'ai vu mon corps changer et aujourd'hui t'es là on est tous les deux, il faut que je m'occupe de toi mais on se connait pas,
- Speaker #0
et bah bien vu c'est ça quel est le plus beau cadeau que cette vie agricole apporte à tes enfants ?
- Speaker #1
La liberté. La liberté parce que vraiment, c'est très drôle cette question parce que ce matin au petit-déj, mes enfants se lèvent et en fait, ma fille aînée me dit « Maman, tu sais, on ne part pas en vacances. On n'a pas le même rythme de vie que tout le monde. » Elle a 11 ans, donc elle a une maturité émotionnelle et affective d'une enfant de 11 ans malgré tout. Mais en fait, là, c'est le meilleur été de notre vie. Parce qu'on est à la maison, on est ensemble, on va bien, on est en bonne santé. S'ils veulent aller dehors, ils vont dehors. S'ils veulent manger dehors, ils mangent dehors. Enfin, vraiment, ils ouvrent la porte, ils sont dans la nature. Et ça, je crois que c'est le plus beau cadeau qu'on pouvait leur faire.
- Speaker #0
Oui, trop chouette. Et justement, tu parlais un petit peu de vacances. Est-ce que vous partez un petit peu ? Est-ce que ça t'arrive de partir seule avec eux ou pas du tout ?
- Speaker #1
Alors, on part... Alors, on n'est jamais partis à plus de trois heures de la maison. Par choix, parce qu'en fait, on va partir quelques jours par-ci, par-là, en fait. Souvent, entre fin août, avant la rentrée des classes, quand les semis de colza ne sont pas encore faits. Mais on n'est jamais parti très loin, très longtemps. Déjà parce qu'on... Je ne sais pas qu'on n'aime pas ça, mais je pense qu'on se suffit et qu'on se contente de ce qu'on a, en fait. Voilà, ça, c'est ma façon d'être. J'ai envie d'aller quelque part, je mets tout le monde dans la voiture et puis un pique-nique et on y va. C'est vraiment ça. On a du mal à prévoir des vacances, on a du mal à prévoir des week-ends, parce qu'en fait, on fait selon nos envies et notre impulsion de vacances. Là, les enfants savent qu'à tout moment, je leur dis « prenez vos baskets, casquettes et puis on s'en va » . Et ça, ils adorent ça, en fait.
- Speaker #0
Et enfin, pour finir sur ce sujet de la maternité, J'aimerais qu'on parle un petit peu de transmission. Quel est votre regard là-dessus ?
- Speaker #1
Geoffrey a grandi avec une maman qui leur a toujours laissé le choix de faire tout ce qu'ils avaient envie de faire. Tu as envie de reprendre la ferme familiale, tu le feras. Tu n'as pas envie, tu ne le fais pas. Et je pense qu'on est là-dedans aussi, dans le sens où mes filles, nos filles... Bon, la dernière, elle n'a que 15 mois, mais on sent qu'elle a très envie d'être avec les animaux, mais après, comme tous les enfants. Notre fils, par contre, lui, c'est un accro mordu. vraiment, j'ai jamais vu un enfant comme ça le soir il s'endort il refait toute la journée de son père il pose des questions, il faut qu'il le suive partout mais ça c'est son choix c'est pas nous qui l'avons poussé ou attaché à un siège de tracteur vraiment je pense qu'on est très au clair là-dessus et je pense que c'est ce qui fait notre force la force de notre couple c'est qu'on est complètement différents lui et moi, on vient d'un monde de deux mondes complètement différents et qu'on leur laisse le choix et qu'on parle de tout. Il n'y a pas de tabou, en fait. On va peindre de tout. Et du coup, les enfants choisissent leurs passions diverses. S'ils doivent être dans l'agricole, ils seront dans l'agricole. S'ils doivent être dans le médico-social, ils seront dans le médico-social. Et s'ils veulent parcourir le monde, ils parcourront le monde.
- Speaker #0
Et du coup, c'est rigolo d'entendre ça. Est-ce que tu penses que le fait, toi, de ne pas du tout venir du milieu agricole apporte aussi à tes enfants peut-être une ouverture sur... sur autre chose que le monde agricole. Enfin, tu vois, quel est un peu la lutte. Ouais, je vois ce que tu veux dire. Tu vois, c'est pas très clair ma question, mais...
- Speaker #1
Ouais, si, si, je comprends. Je comprends parce que, pareil, on a eu cette conversation où moi, je vais les emmener voir des spectacles, je vais les emmener... Enfin, ma fille aînée, par exemple, tous les mercredis, elle est à des ateliers artistiques toute la journée. Je les emmène écouter de la musique, je les emmène au cinéma, enfin... Moi, j'ai eu une éducation culturelle très vaste et très variée. J'offrais pas tant, parce que du coup, ça tournait vraiment autour du monde de l'agricole. Et du coup, je pense que c'est ça aussi qui...
- Speaker #0
On est riche de diversité,
- Speaker #1
en fait. Oui, exactement. Parfois, on dit que le milieu agricole est un petit peu fermé. C'est ce qui peut faire aussi un petit peu peur quand on le découvre, etc. Tu vois, ce côté personne extérieure au milieu agricole, je trouve ça hyper intéressant sur tous ces sujets-là aussi.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est vrai qu'on en parlait parce que Geoffrey me disait que lui, enfant, Ses parents, je ne sais pas comment expliquer, ce n'est pas négatif du tout, dans le sens où ils ne faisaient pas d'exposition, ils n'allaient pas à des concerts, des choses comme ça. Il a une super culture, ce n'est pas ça que je veux dire, mais c'est ça, c'est différent en fait. C'est différent et je pense que ça donne un bagage aussi différent à nos enfants.
- Speaker #1
C'est vraiment cette diversité. Ou qui prennent aussi moins le temps de ce genre de choses, bien sûr.
- Speaker #0
Aussi, peut-être.
- Speaker #1
Ça apporte un regard nouveau.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et quand on regarde une ferme de l'extérieur, on voit des bâtiments, des animaux, des cultures, des machines. Mais on voit rarement tout ce qui se joue derrière. Quelle est la chose, selon toi, que les gens ne voient jamais sur votre ferme ?
- Speaker #0
Waouh, il y en a beaucoup. Il y en a beaucoup, parce que, comme je te disais au tout début de notre conversation, on a la vision des agriculteurs qui vont polluer, qui vont faire de l'élevage intensif pour avoir de l'argent. On a l'impression que les agriculteurs sont riches comme Crésus, parce qu'ils ont des grosses machines, qu'ils ont une grosse ferme, qu'ils ont une belle maison. Mais en réalité, la précarité agricole, elle existe. Et ça, je ne sais pas si aujourd'hui les gens se rendent compte à quel point c'est difficile d'allier, de combiner cette vie de travail H24, 7 jours sur 7, et en même temps la vie de famille. Je pense que peut-être qu'aujourd'hui les gens s'en rendent compte, je ne sais pas. En tout cas, je pense que ce serait bien qu'on s'intéresse un peu plus à tout ça et aux émotions et aux ressentis des agriculteurs parce que... Parce que vraiment, c'est dur. C'est leur vie qui est en jeu. C'est leur passion. C'est un métier passion. Et quand on fait des métiers passion, on n'est pas riche. Ça, il faut vraiment le comprendre.
- Speaker #1
Ça arrive, mais c'est un peu plus rare.
- Speaker #0
Ça arrive, oui. Pas dans l'agriculture. Je suis désolée. Moi, je n'en ai pas vu beaucoup.
- Speaker #1
Quelle est la charge invisible des femmes d'agriculteurs, selon toi ?
- Speaker #0
Ah, waouh ! vaste sujet. La charge invisible, justement, je pense que c'est ce que je te disais, c'est se rendre disponible pour que, justement, le conjoint, le mari ou la conjointe et la femme puissent développer son activité agricole. Parce que vraiment, je pense que les agriculteurs qui sont à leur compte, c'est vraiment un rêve de vie et que si Merci. Le partenaire ne se rend pas disponible ou peu disponible ou ne comprend pas ce rêve de vie, c'est compliqué aussi, je pense.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'aide le plus dans les périodes plus denses ou plus compliquées ?
- Speaker #0
Je me dis, c'est bientôt fini. Vraiment, je me dis, on voit le bout, c'est bientôt fini. Je ne sais pas. En fait, je suis quelqu'un de vraiment très autonome et quand Geoffrey est là, tant mieux. Et s'il n'est pas là, je me débrouille en fait. Qu'est-ce qui m'aide le plus ? C'est tout. de penser au moment qu'on va passer tous ensemble après. Là, par contre, oui, fin de moisson, j'ai organisé une journée avec les enfants, avec Geoffrey. Je sais qu'on va se faire un gros barbecue en famille avec tout le monde et c'est très agréable. Je pense à toutes ces choses-là. Et puis aussi, je me dis que si lui ne le fait pas, ce n'est pas moi qui vais le faire. Donc, voilà. C'est ça.
- Speaker #1
C'est un peu le retour à la vie sociale et te dire tout va reprendre.
- Speaker #0
Oui, voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Ça s'arrête temporairement.
- Speaker #0
Voilà, c'est temporaire.
- Speaker #1
Oui, je comprends. Si on regarde le chemin parcouru depuis ton arrivée dans cette vie agricole, il y a forcément eu quelques graines semées, des doutes, des récoltes, des moments de doute ou des moments de fierté. De quoi es-tu la plus fière aujourd'hui dans cette vie-là ?
- Speaker #0
C'est compliqué, ça. C'est compliqué parce que je crois que je ne me suis jamais posé la question.
- Speaker #1
Surtout quand on se trouve un petit peu en retrait comme tu nous le présentes.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui me rend le plus fière ? C'est de voir qu'on va bien, qu'on est heureux, qu'on a un beau cadre de vie, que nos enfants comprennent ce qu'on fait. Ce n'est pas de la reconnaissance qu'ils nous donnent, mais l'amour qu'ils nous donnent au quotidien. C'est fou, quoi.
- Speaker #1
Et pour terminer cette conversation, une nouvelle petite question cette année. Selon toi, où ça mène quand on s'aime ?
- Speaker #0
Oh là là, au bout du monde. Vraiment, tant qu'il y a de l'amour, il y a de l'espoir.
- Speaker #1
Trop bien. Écoute, merci beaucoup, Mathilde, pour cet échange.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux et surtout sur Instagram où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend forme et qu'il peut continuer à grandir. Et mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi dans un prochain épisode. A bientôt !