- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au sein du podcast Où ça mène quand on s'aime, celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite, d'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier et portent une force incroyable Moi c'est Marion et avec ce podcast j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leurs propos trouveront des conseils des échos à leur vie prendront peut-être un peu de recul trouveront du soutien ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit souvent dans l'ombre au cœur des fermes Ici, c'est de la good vibes, de la sororité, du partage et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Bonjour à tous, aujourd'hui je rencontre Valentine, direction la région Grand Est, tout juste entre la Meuse et les Ardennes, où nous allons rencontrer une comptable qui renvoie devenir juriste, qui ne travaille pas encore sur la ferme, qui a 28 ans. Elle est mariée à un éleveur bovin laitier. et s'est réalliée depuis plusieurs générations. Ils ont ensemble un enfant. Elle vient du milieu agricole et elle va nous partager son témoignage de femme d'agriculteur. Salut Valentine !
- Speaker #1
Bonjour tout le monde !
- Speaker #0
Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Alors, moi c'est Valentine. Du coup, j'ai 28 ans, je viens des Ardennes-Frontières-Meuse. Aujourd'hui, je suis comptable. J'ai repris mes études après avoir eu mon enfant. J'ai refait une licence en comptabilité et là, je poursuis avec un master pour devenir juriste d'entreprise au sein d'un cabinet comptable.
- Speaker #0
Ok, donc tu as exercé quelques années en tant que comptable ?
- Speaker #1
Alors là, j'en suis à ma deuxième année tout pile. Avant, j'étais formatrice, j'ai fait un an de formatrice dans un CFA, CFPP agricole. Et avant, je travaillais à la chambre d'agriculture des Ardennes. Et avant, du coup, j'étais salariée agricole.
- Speaker #0
Ah oui, ok, donc tu baignais déjà bien bien dans le milieu.
- Speaker #1
Oui, mes grands-parents d'ailleurs étaient du milieu, ils avaient une petite exploitation. où on trahissait des blancs bleus belges. Donc là, plus frontières belgiques dans le nord des Ardennes.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Et on transformait tout notre lit en fromage blanc, crème fraîche, voilà.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que tu travailles près de chez toi ou est-ce que tu dois beaucoup te déplacer ?
- Speaker #1
Là, pour le coup, je me suis vraiment rapprochée de chez moi parce que j'ai entre 20 et 25 kilomètres. Je crois que je suis à 23 kilomètres pour aller travailler.
- Speaker #0
OK. Est-ce que ton lieu de vie a influencé tes choix professionnels ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Parce qu'en fait, quand j'ai connu mon mari, je travaillais dans une exploitation qui était du coup plus proche de chez moi avant. Parce qu'il faut savoir que j'ai migré. Pour aller avec mon mari, j'ai migré à presque 80 kilomètres de chez moi, d'où je viens. Et donc, moi, je travaillais là-bas en tant que salariée agricole, dans le poulet et dans les pôles pondeuses. Quand je me suis mise avec mon mari, j'ai commencé à réfléchir aussi au fait de... de me rapprocher pour avoir moins de route.
- Speaker #0
Et à ce moment-là, tu voulais du coup être comptable. Tu ne t'étais pas posé la question de t'installer en tant que salarié agricole dans le coin ou sur sa ferme carrément ?
- Speaker #1
Alors, si, bien sûr que si. On en avait discuté. Mais bon, l'exploitation est très viable. Il n'y a pas de problème de trésorerie. Il n'y a pas de souci d'argent sur l'exploitation. Mais mon mari, il veut que je garde un certain... une certaine proximité avec d'autres personnes parce que je suis quelqu'un de très sociable. Lui, c'est quelqu'un qui ne parle pas du tout. Et voilà, il voulait que je garde quand même quelque chose à côté. Et de fil en aiguille, je me suis retrouvée à la chambre d'agriculture. Et puis voilà. Après, tout ça s'est déroulé avec l'arrivée de notre enfant. Tout s'est un peu chamboulé.
- Speaker #0
Oui, et puis après, c'est peut-être des opportunités professionnelles, etc.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En fait, à chaque fois, je me suis rapprochée. En fait, de salarié agricole, je me suis rapprochée, je me suis encore rapprochée dans la plus grande ville proche de chez nous. Après, je me suis encore rapprochée. Et là, je ne pourrais pas plus près.
- Speaker #0
Sauf si tu arrives sur la ferme. Est-ce que ça pourrait être un projet ?
- Speaker #1
Ça pourrait l'être, mais là, ce n'est pas du tout d'actualité.
- Speaker #0
Dans quelques années. Merci.
- Speaker #1
On va dire que ça sera vraiment aussi une opportunité d'une ferme qui se libère à côté pour m'installer. Mais là, pour l'instant, on a une salariée sur l'exploitation. Donc là, on a trouvé, on va dire, l'équilibre familial.
- Speaker #0
Je vois. Et on en parlera un petit peu après. C'était rigolo ce que tu m'as dit tout à l'heure. Je vais rebondir dessus sur le fait que ce soit ton conjoint qui te parle du fait qu'il veut que tu aies une sociabilisation en allant travailler à côté. qu'est-ce que... Qu'est-ce que toi t'en penses et qu'est-ce que le fait d'avoir un métier qui n'est pas agricole à côté de la ferme t'apporte ?
- Speaker #1
En fait, moi je suis quelqu'un, si je fais ça, c'est que j'ai raison de faire ça et en fait je ne vais pas dévier sur autre chose. Je dirais que je suis un peu comme les vieux sur les exploitations, ils ont toujours fait ça et donc je fais ça. Et lui, il a peut-être plus d'ouverture d'esprit que moi à ce sujet et du coup, le fait de travailler à côté, ça m'ouvre l'esprit justement de voir. que surtout dans la compta, parce que je vois plein de choses, du coup, me dire peut-être qu'il y a d'autres manières de faire qui sont mieux. Et aussi, le fait aussi de voir mes collègues et des fois pour me plaindre et dire j'en ai marre de l'affaire, mais de mon mari.
- Speaker #0
On n'est pas là pour ça aujourd'hui. Non, non, non. Mais il y a des jours avec. Les choses qui arrivent, on est d'accord. Tu commences à prendre de l'université, n'est-ce pas ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Est-ce que ton travail te prend beaucoup de temps ?
- Speaker #1
Alors, moi, mon travail, ce qu'il y a, c'est qu'on est vraiment une toute petite entreprise. Donc, moi, je suis à 35 heures. Du coup, je pars le matin à 7h20 à peu près. Donc, j'amène mon fils à l'école tous les jours. Parce qu'en fait, on a choisi de le mettre à l'école à côté de mon travail pour que ça soit plus simple. Donc moi, je l'emmène et je le récupère. En fait, on n'a pas de garderie. On n'a plus de nounou depuis qu'il est à l'école.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Maintenant qu'on te connaît un petit peu mieux, j'ai envie qu'on remonte un petit peu le temps et qu'on parle de ta rencontre avec le monde agricole. Parce que parfois, quand on rencontre quelqu'un, on ne réalise pas tout de suite le fait que son métier va devenir une partie importante de notre propre vie. Toi, tu es issue du milieu agricole, comme tu nous en parlais, de par tes grands-parents. Quelle image avais-tu de l'agriculture ? avant de connaître ton mari ?
- Speaker #1
Avant de connaître mon mari, j'avais une image agricole où les agriculteurs, parce que moi, mes grands-parents, c'est eux qui m'ont élevée. Et du coup, ils étaient presque à la retraite quand je suis arrivée. Enfin, ils ont continué quelques années. Donc moi, mon grand-père, il a pris beaucoup de temps pour moi, pour m'emmener à l'école, pour mes activités extrascolaires, etc. Il a pris beaucoup de temps et je pense que j'ai vu un monde agricole comme ça. Sauf qu'en fait c'était pas forcément la réalité parce qu'en plus c'était une toute petite exploitation. Donc vraiment il avait le temps que forcément il n'avait pas eu beaucoup avec ma mère et mes oncles. Il n'avait pas eu le temps de faire ce qu'il a fait pour moi. Du coup je pense que je me suis rattachée à ça où je me suis dit en fait il a le temps et je pensais que mon mari allait avoir le même temps. que mon grand-père m'a consacré pour notre fils. Alors que bon, maintenant, il est quand même là, mais pas au point où on en était avec mon grand-père.
- Speaker #0
Ok, donc ça, ça a été une des surprises ou des choses en tout cas dont tu t'es rendu compte. Est-ce qu'il y a d'autres surprises, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, de partager la vie avec un mari agriculteur ?
- Speaker #1
Moi, la bonne surprise, c'est que j'aime ça en fait. et je me dis que On en discutait la dernière fois. Je lui dis que je ne pourrais pas vivre autrement. Il me dit que c'est vrai. Il me dit que je suis la femme parfaite pour un agriculteur. Il me dit que je ne rechigne jamais quand il y a quelque chose. Quand il me dit que je vais rentrer tard, je lui dis que si j'ai ça à faire plus tard, il me dit que si il faut aller rattraper des bêtes après le boulot, je suis là. C'est spontané. C'est la spontanéité de la vie qui fait que j'aime ça.
- Speaker #0
Ok. Comment est-ce que vous vous êtes rencontrées tous les deux ?
- Speaker #1
Alors en fait, moi j'étais en stage dans le coin. Donc là, j'étais très jeune, j'avais 14 ans. C'était mes premiers stages où on s'était croisées en fait une fois. Et puis quelques années après, on s'est rencontrées chez des amis. C'était une soirée comme ça et ça a matché. Enfin voilà, après on avait quand même un peu parlé avant sur les réseaux, tout ça. Enfin voilà, c'est le grand boom des réseaux quand on s'est rencontrées. Après, il n'y a jamais eu, mais c'est ce qui nous a rapprochés, parce qu'à la base, au début, quand on a commencé à discuter sur les réseaux, ce n'était pas du tout pour le genre de relation qu'on a aujourd'hui, c'était parce qu'ils cherchaient une salariée, en fait, pour traire. Et c'est pour ça que ça m'avait intéressée, et puis finalement, je n'ai jamais été salariée.
- Speaker #0
Ok, oui, c'est rigolo. Du coup, toi, le fait de flirter, on va dire, avec un agriculteur à l'époque, est-ce que tu avais quelques... crainte, appréhension et quelques excitations à ça ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Je pense que c'est très naturel. Peut-être le fait d'avoir vécu dedans, je ne sais pas. J'ai été en lice agricole, donc des garçons dans l'agricole, j'en ai connu. Je veux dire, j'ai eu aucune surprise à ce moment-là. Après, j'ai quelqu'un d'accès très agricole quand même. Je ne dis pas que, comme à l'époque, je travaillais dans l'agricole, on ne parlait que de ça tout le temps.
- Speaker #0
Est-ce que tu savais concrètement ce que représentait une vie avec un agriculteur ?
- Speaker #1
Alors non, je n'avais pas tout calculé quand même. Parce que moi, je suis quelqu'un qui aime beaucoup partir sur un coup de tête, etc. Et on va dire qu'aujourd'hui, c'est des choses que j'ai dû faire énormément de concessions et me dire que même si mon mari fait beaucoup d'efforts à ce niveau-là, mais je veux dire... Des fois, j'ai peut-être encore les réflexions d'une fille qui n'y connaît rien, où je me dis, non, en fait, on ne peut pas partir à ce moment-là, parce que c'est ça. Des fois, je boude, et puis voilà, après, on s'y fait, quoi.
- Speaker #0
Ok. Quelle chose tu pensais savoir sur l'agriculture avant de la découvrir avec ton conjoint plus particulièrement, et dont tu as complètement changé d'avis depuis ?
- Speaker #1
Je pense que c'est... C'est le fait d'être tout le temps dans l'exploitation. En fait, avant, j'étais persuadée qu'il fallait passer son temps au travail pour que l'exploitation marche, etc., pour que tout se passe bien. Et moi, mon mari, c'est quand même quelqu'un qui sait faire la part des choses. Et du coup, aujourd'hui, il aime passer du temps de qualité en famille, malgré tout. Et par exemple, le dimanche, c'est en famille. Il va faire le boulot. Après, c'est un dimanche en famille, à part lors de la moisson. Sinon, hors moisson, c'est toujours un dimanche en famille.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu admires aujourd'hui dans son travail ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, je l'admire par son courage, déjà, parce qu'il n'est pas tout seul, parce qu'il y a encore son papa qui l'aide de temps en temps. Il y a aussi notre salarié qui est là pour la traite. Mais je veux dire, pour tout le reste de la journée, Il est tout seul et il gère tout seul. C'est un courage que moi, je ne sais pas si toute seule, j'aurais pu me lancer comme ça. C'est vraiment quelqu'un de très courageux et de gentil aussi.
- Speaker #0
Et justement, même si tu as découvert cet univers plus particulièrement avec lui, Tu as fait le choix de ne pas devenir agricultrice toi-même, en tout cas à l'heure actuelle, et tu as gardé ton propre métier et ta propre vie professionnelle. J'ai envie de parler un petit peu de cette double réalité, être proche de l'agriculture sans pour autant travailler sur l'exploitation. Pour toi, qu'est-ce que ça signifie aujourd'hui être femme d'agriculteur ?
- Speaker #1
Pour moi, aujourd'hui, être femme d'agriculteur, c'est déjà l'encourager dans son quotidien, parfois absorber le stress aussi. Parce que ça, c'est aujourd'hui avec le changement climatique et tout ce qui est autour de notre famille, on peut subir du stress et j'ai quelqu'un de très anxieux. Du coup, je pense qu'il faut absorber son stress. Je ne dis pas que je gère tout à la maison parce qu'il en fait une très grosse partie et il me soulage beaucoup sur certaines choses. Mais du coup, il est... Enfin, c'est... J'en ai oublié la question, du coup, je suis émue.
- Speaker #0
Non, c'est super, c'est vachement bien. Non, non, je te demandais ce que ça signifiait pour toi d'être femme d'agriculteur.
- Speaker #1
Alors, oui, donc du coup, voilà, c'était ça, absorber son stress, parfois aussi être plus optimiste qu'il ne l'est en disant, je ne sais pas, quand on a eu des épisodes de grêle, là, juste avant les maïs sans silage, je lui ai dit, non, ça va aller, ne t'inquiète pas, on va y arriver. Oui, mais bon, voilà, c'est... toujours trouvé les bons mots, je pense, même si parfois je ne les ai pas. Et pour le réconforter, mais c'est aussi quand il y a besoin d'un chauffeur, je suis là. Quand il faut amener les sandwiches, je suis là. Quand des fois on a un problème de main-d'oeuvre, vu que j'ai été une année enseignante, enfin formatrice, pardon, j'ai gardé quelques contacts pour avoir des travailleurs comme ça. Quand il y a un manque de main-d'oeuvre, j'essaie de l'aider à supporter son quotidien.
- Speaker #0
Ok. Et moi, justement, j'allais te demander, est-ce que ça t'arrive d'aller filer un peu des coups de main sur l'exploitation ? Et si oui, qu'est-ce que tu fais ?
- Speaker #1
Avant d'avoir notre enfant, quand c'était la moisson, j'arrivais à m'arranger pour traire tous les soirs. Là, aujourd'hui, par exemple, cette année, j'ai pris mes vacances en fonction de la moisson, parce qu'il nous manquait un chauffeur, parce qu'on a repris les vins. J'ai dit toujours nous parce qu'on est une super équipe, comme il dit. Et du coup, là, j'ai fait peut-être deux jours de moisson parce que c'est vrai qu'on va un peu plus loin maintenant, deux, trois jours de moisson, quand il manque une benne, aux encilages, j'ai fait des sandwiches. J'essaye de donner un coup de main. Hier soir, on a été récupérer des bêtes en pâture prêtes à viler. Je suis l'inspecteur gadget. parce qu'avant, il n'y avait pas de caméra d'installation à la ferme. Là, j'y vais pour notre bien, pour nos nuits. qui sont déjà entrecoupées avec Léandre. Du coup, j'ai quand même mis une caméra dans le box de village. Je me suis occupée un peu de tout ça pour essayer de lui faciliter sa vie.
- Speaker #0
OK, trop bien. Ça marche. Est-ce que tu as déjà eu l'impression qu'on attendait de toi que tu aides justement sur l'exploitation parce que tu es conjointe ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Alors ça, c'est quelque chose qui vient de moi-même parce qu'en fait, la mère de mon mari, Bon, quand il y avait des ensilages, etc., elle faisait un sandwich, mais je veux dire, elle n'est jamais venue donner un coup de main, plus que ça, quoi. Donc, en fait, eux, ils sont déjà dans un truc où il n'y avait pas de femme, enfin, à part la grand-mère qui, elle, était sur l'exploitation, mais je veux dire, la mère de mon mari n'était pas du tout... Elle était infirmière, donc elle n'avait pas le temps du tout de venir sur l'exploitation. Et du coup, ils étaient... Ils n'attendent pas après moi. Je veux dire, c'est vraiment moi qui va demander s'il y a besoin d'un coup de main. Ils vont me dire oui ou non. Mais ce n'est pas eux qui décident pour moi.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Est-ce que ton conjoint te demande parfois ton avis sur l'exploitation ? Est-ce que tu participes, par exemple, à certaines décisions prises sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Alors, j'ai quand même mon œil comptable dans l'exploitation. J'ai quand même mon deuil comptable malgré tout, même si je ne suis pas la comptable de l'exploitation. Par choix ? Par choix, parce qu'en fait, où je suis, on ne fait pas du tout d'agricole. Dans le cabinet où je travaille, on ne fait pas du tout d'agricole. Mais bon, je connais la compta maintenant. Et donc, du coup, oui, sur des événements comptables, comme la reprise d'une exploitation ou l'achat d'un tracteur, je regarde un peu à tout. J'essaie de situer, mais non, sinon... Sur les assurances, par exemple, là, on a changé les assurances. J'ai fait des devis à droite, à gauche, etc. C'est moi qui me suis occupée de ça, mais ça ne va pas plus loin.
- Speaker #0
Pour finir, justement, sur cette partie de femme d'agriculteur, selon toi, quelle est la partie de ton rôle que personne ne voit ?
- Speaker #1
Moi, je pense que c'est toute la partie charge mentale qu'il y a à la maison. en fait c'est C'est les courses, le ménage, leur passage, m'occuper du petit parce que moi, il n'est pas là de 7h du matin jusqu'à 19h le soir. C'est moi qui gère, même en week-end, en vacances, etc. Lui, il fait quand même son travail, ce qui est normal. Et ça a été des sujets de discorde même au tout début de l'organisation. Quand le petit est arrivé, ça a été des grands sujets de discussion tard le soir.
- Speaker #0
Ok, justement, on parlera un petit peu tout à l'heure de l'arrivée de ton fils. Qu'est-ce que tu aimerais que les agriculteurs comprennent davantage du quotidien de leur conjointe qui ne travaille pas sur les exploitations ?
- Speaker #1
Moi, ce que je voudrais qu'ils comprennent, c'est qu'en fait, on travaille autant qu'eux malgré tout. Parce que, en fait, toute la charge mentale qui est à la maison, elle est C'est peut-être pas aussi physique que leur travail à eux, mais c'est quelque chose qui pèse au quotidien des femmes. Après, peut-être pas que des femmes d'agriculteurs, mais moi, il n'y a pas de partage de tâches. C'est toujours la même, c'est toujours pareil.
- Speaker #0
Derrière tout ce rôle de soutien, il y a évidemment votre couple, parce que finalement, avant d'être un agriculteur, une conjointe, vous êtes deux personnes qui avez choisi de vivre ensemble. Comment est-ce que votre couple, le couple fonctionne au quotidien ?
- Speaker #1
Moi, j'ai déjà un très fort caractère et lui est plutôt posé. Donc, je pense qu'on est complémentaires, même si parfois, c'est électrique pour des sujets autant à la ferme comme sur le travail, comme sur la vie. Des fois, on n'est pas d'accord du tout, mais on arrive à trouver notre organisation malgré tout, même si des fois, pour Il faut y mettre beaucoup de sien.
- Speaker #0
mais aussi plus savoir on arrive à gérer et tu parlais tout à l'heure de répartition des tâches comment est-ce que vous les répartissez ?
- Speaker #1
j'ai toujours connu ma grand-mère en fait s'occuper de tout dans la maison et mon grand-père à la ferme c'est moi qui ai peut-être l'image de cette image là mais du coup quand je me suis mise avec Gauthier tout ce qui concernait la maison j'ai tout géré en fait j'ai peut-être d'ailleurs mal habitué on va dire ça comme ça mais j'ai toujours géré les courses, le ménage, leur passage, etc., les cibles, etc. Mais par contre, moi, ce que je demande à Gauthier, c'est qu'il prenne du temps avec notre fils et pas forcément du temps pour la maison.
- Speaker #0
Oui, ok. Tu préfères lui dire si tu as un petit peu de temps, profites-en avec lui que de lui demander un peu d'aide sur des choses que toi, tu peux faire à la maison. Ok, je comprends. Et justement, on en parlera un petit peu après de leur relation à tous les deux et de votre fils. Pour rester un petit peu sur votre couple, est-ce que vous arrivez à avoir un petit peu de moments à deux en dehors de l'exploitation ?
- Speaker #1
Alors, on essaye en fait. Enfin, c'est surtout moi parce que je trouve toujours une excuse. Parce que sans excuse, en fait, Gauthier ne sortirait pas forcément avec moi. Donc, on essaye d'être tous les deux. On a la chance d'avoir la maman de Gauthier qui est en retraite et qui nous gère Léandre assez. quand on en a besoin. C'est vrai que, par exemple, il faut toujours un événement pour le faire sortir. Mais par exemple, et j'en suis très attachée d'ailleurs à ces événements-là, mais c'est la Saint-Valentin, notre date de mariage, notre date de rencontre, notre anniversaire, parce qu'on est nés le même jour.
- Speaker #0
Ah, c'est drôle.
- Speaker #1
Alors, du coup, j'essaye de rester attachée. Et la foire agricole, de notre coin au mois de septembre. On se dit, le vendredi, c'est que pour nous. On essaie de faire cinq, six sorties à l'année que tous les deux.
- Speaker #0
OK, trop bien. Est-ce que vous avez chacun votre vie en dehors de votre couple et en dehors de l'exploitation ?
- Speaker #1
Je pense que j'ai une vie à côté parce que j'ai mon travail. Je fais de la danse. Donc, je pense que pour moi, ça, c'est ma vie à côté de notre couple. Mais lui, il n'a rien.
- Speaker #0
C'est la ferme.
- Speaker #1
Rien d'autre. On a un groupe d'amis. où tous les garçons sont agriculteurs. Et du coup, oui, c'est nos sorties. Mais quand on sort, c'est eux, leur discussion d'agriculteurs. Nous, par contre, on est un groupe de femmes d'agriculteurs et on est très, très soudés entre nous. C'est vraiment plus que des copines maintenant, c'est des soutiens. On soutient mutuellement l'une et l'autre sur nos quotidiens, nos détresses parfois. Voilà, on est... On est très soudés entre nous.
- Speaker #0
Justement, est-ce que lui, il te fait remonter un besoin d'avoir une vie ou des activités en dehors de l'exploitation ? Ou pas spécialement ? Est-ce qu'il te dit, toi, tu as la danse, etc. Moi, je n'ai pas grand-chose en dehors de la ferme ?
- Speaker #1
Oh non, pas du tout. Ce n'est pas quelqu'un de très bavard déjà de base. Mais non, ce n'est pas le genre de choses où il se plaint. Pas du tout, parce que je l'ai connu. Il n'avait rien non plus, en fait, à côté. Ce n'est pas ses attentes, en fait. Je pense que lui, son travail, c'est vraiment sa passion. Il vise sa passion tous les jours. Il n'y a rien d'autre qui pourrait lui faire plaisir.
- Speaker #0
Est-ce que le fait d'avoir deux métiers différents est plutôt une force ou une difficulté pour votre couple ?
- Speaker #1
Alors moi, je pense que c'est clairement une force parce qu'on peut discuter de tout. Bien sûr, moi, je ne divulgue pas les choses du travail, mais je veux dire... C'est « Oh, ben, qu'est-ce que t'as fait aujourd'hui ? Oh, ben, t'as vu qui ? Oh, ben, tiens, ta collègue aurore, ça va aujourd'hui ? » Enfin, voilà, des trucs... Ça nous permet de parler d'autres choses. Et ça, je pense que c'est quand même une force, parce que des gens qui... Enfin, moi, je pense qu'il faudrait qu'on ait nos tâches vraiment attitrées pour ne pas rentrer dans le conflit tout le temps, parce que moi, en plus, j'adore le conflit. Donc, je pense qu'on a trouvé notre équilibre comme ça.
- Speaker #0
Et la transition est toute faite. Est-ce que le travail agricole entre parfois dans vos disputes ?
- Speaker #1
Alors ça arrive, ça arrive, mais c'est pas des reproches, c'est parce que c'est surtout, en fait, je pense que moi j'en ai un ras-le-bol au bout d'un moment où je suis fatiguée et je lui dis, ben écoute... Lâche un peu le boulot. Toi, tu es fatigué, je suis fatigué. Lâche un peu et prends du temps de qualité avec les andres ou aide-moi dans la maison. Mais généralement, ça dure dix minutes et puis après, je me rends compte de ce que je viens de dire.
- Speaker #0
Et quelle est selon toi la plus grande concession que chacun de vous avait fait pour l'autre ?
- Speaker #1
Je pense que Gauthier fait supporter mon caractère. Ça, c'est une concession parce qu'il n'a pas facile, le pauvre. Moi, je pense que c'est déjà d'accepter de vivre aussi loin de ma famille parce que je n'ai vraiment personne dans le coin où je suis. Et voilà, je pense que c'est déjà des grosses concessions pour l'un et l'autre.
- Speaker #0
Et on va en parler justement de comment s'intégrer en ruralité ou en tout cas dans une zone géographique qui n'était pas la sienne initialement. Je pense justement que cette organisation dont tu nous parlais, elle peut être particulièrement mise à l'épreuve pendant certaines périodes de l'année. On va parler un petit peu des périodes agricoles un peu plus intenses parce qu'il y a des moments où tout s'accélère ou l'exploitation. encore plus de place. Comment est-ce que vous vivez tous les deux les périodes agricoles plus denses ?
- Speaker #1
Moi, mes horaires de travail, peu importe, les périodes ne changent pas. En plus, on est complètement décalé avec Gauthier parce que moi, ma grosse période de travail, elle est de janvier à juin. Et lui, elle commence en juin jusqu'à... Nous, de toute façon, on commence la moitié en juillet. Août, c'est les travaux des champs, les smithies au colza, etc. Après, on attaque l'heure. On est déjà dans les vélages. Enfin, voilà, ça ne s'arrête jamais. On met un point d'honneur que ce soit quand même Gauthier qui prépare les hannes tous les matins. Je n'accepterais pas ou vraiment très ponctuellement qu'il ne fasse pas ça. Et puis après, le soir, j'arrive quand même à gérer. Et les jours où il ne peut pas, on a mamie à côté qui est toute jeune retraitée, qui nous donne un très très gros coup de bouche. Et ma mère aussi, qui garde le petit, par exemple, une semaine pendant les périodes de vacances scolaires, parce qu'elle est encore en activité, ma mère, du coup, voilà. On s'organise avec les mamies, je pense qu'en milieu rural, je pense que les mamies sont les sauveuses.
- Speaker #0
Oui, ça aide, mais c'est rigolo. C'est pas mal de choses qui font aussi écho avec ma vie. Mes parents qui sont un petit peu plus loin, donc qui prennent le relais sur des périodes un peu plus longues. Et puis ma belle-mère étant à côté, puisque évidemment, proche de la ferme aussi, qui voit plus sur des moments ponctuels du quotidien. Est-ce que tu ressens davantage l'absence de ton conjoint pendant ces périodes agricoles plus denses ?
- Speaker #1
Alors non, parce que moi, déjà, je ne suis pas quelqu'un qui resterait à la maison. Donc, je prends le 4x4 ou le quad et je pars le voir. Mais j'ai aussi besoin des moments à moi. J'aime bien être des fois toute seule le soir dans le lit, regarder la série que je veux. Après, en plus, je sais que c'est sur une courte période. Donc, je supporte assez bien.
- Speaker #0
Tu l'acceptes. Oui, c'est vrai que c'est des moments où on se retrouve à soi. Et parfois, ce qui est presque plus difficile, je trouve... C'est plus la réadaptation après.
- Speaker #1
C'est le retour à la réalité.
- Speaker #0
C'est ça. C'est dire, j'étais tranquille aussi. Je faisais ma petite vie. Il faut réapprendre à vivre à deux. C'est ça.
- Speaker #1
Je faisais ce que j'aimais à manger. Je mangeais ce que je voulais. Et puis là, on réapprend à vivre à deux.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce qui est quand même un peu plus difficile pendant ces périodes-là ?
- Speaker #1
Je pense que c'est plus la gestion de l'éandre qui est compliquée à ces moments-là. Parce qu'en fait, il nous voit beaucoup tous les deux. Donc quand il n'y a pas papa, quand il n'y a pas maman, c'est compliqué. Et bon, il faut réussir à gérer ça, quoi.
- Speaker #0
Ouais, donc c'est plutôt gérer l'absence du papa pour ton fils que plutôt toi gérer son absence. Ouais, je comprends complètement, ça marche. Justement, cette capacité à s'adapter, elle devient peut-être encore plus importante quand les enfants arrivent. Parce qu'à partir du moment où on devient parent, on ne pense plus seulement à l'organisation de son couple, à celle de toute une famille. Vous avez donc Un enfant, comment est-ce que tu as vécu son arrivée ?
- Speaker #1
Ça a été une grossesse très, très, très, très compliquée. Donc, quand il est arrivé, c'était vraiment un soulagement. Parce qu'en fait, moi, je n'aime pas ne pas avoir le contrôle. Donc, pendant ma grossesse, je n'avais pas le contrôle. Du coup, quand il est arrivé, ça a été un gros, gros soulagement. Après, j'ai allaité six mois. Donc, j'avais encore le contrôle. C'est plutôt quand j'ai eu la perte de contrôle. Il a fallu commencer à retravailler. Et que là, l'organisation était vraiment compliquée au début parce que Gauthier, du coup, il en profitait pour dormir. Alors parce qu'on avait pris du coup Pauline en salarié. Il a pris son congé mat. Après, du coup, comme Pauline a fait l'affaire, on l'a embauché. Mais au début, il en profitait pour dormir, se reposer. Et moi, du coup, je me préparais moi, je préparais le petit. Enfin voilà, c'était... C'était plutôt compliqué au début, l'organisation. Mais voilà, à force d'en parler, on a pris nos marques et ça y est, elle s'est rodée.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Léandre, il est de quel mois ?
- Speaker #1
Alors, il est d'octobre. Est-ce que c'était une période où ça allait ? Il est de fin octobre. Il est arrivé un mois à l'avance, enfin trois semaines. Non, non, on avait des vélages à ce moment-là. Mais voilà, il était tout seul pour traire. Parce que c'était un samedi. J'ai accouché un samedi soir, en plein milieu de la traite.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et son papa était à la chasse et n'avait encore pas de téléphone portable à l'époque. Donc ouais, ça avait été compliqué ce jour-là. Mais moi, on va dire que ça m'est passé au-dessus de la tête complètement. Après, j'ai vécu la maternité les trois jours, mais j'étais... T'étais assez seule du coup ou il a été un petit peu présent ? Ouais, surtout que moi, j'avais pas le droit de visite parce que c'était post-Covid 2022. Gauthier, il arrivait vers 9h30-10h et il repartait à 3h30-4h. Ça me permettait aussi de prendre mes marques toute seule, avec le petit, en me disant qu'à la maison, ça allait être comme ça. Mais c'est quelque chose que j'ai mal vécu et que j'ai su lui reprocher à des moments donnés que je n'aurais pas dû.
- Speaker #0
Donc là, ton fils, maintenant, il a 4 ans bientôt, c'est ça ?
- Speaker #1
4 ans, oui, bientôt 4 ans.
- Speaker #0
Il va un petit peu avec son papa à la ferme, il aime bien y aller ?
- Speaker #1
Oui, il adore ça. Bon, après, il ne faut pas que ça soit sur une longue durée. Léandre, à ce moment-là, il est son tracteur préféré. En fait, il va faire le tour du propriétaire, il regarde si tout le monde va bien, il fait son petit tour. Et puis après, voilà, ça y est, il est... Il est content, il revient. Pour l'instant, je pense qu'il est encore un peu petit. Il passe un coup de balai. Quand on est en train de traire tous les deux, par exemple un dimanche soir où on n'a rien prévu, et puis comme vous savez, on va les traire en famille, là, il reste avec nous. Mais voilà, il va vadrouiller avec papa, droite à gauche, en tracteur. Il va voir une vache. Il ne faut pas que ça soit trop trop long, la même chose.
- Speaker #0
Et pour finir sur le sujet des enfants, quelle valeur de la vie agricole tu veux transmettre à ton fils ?
- Speaker #1
Alors, moi, j'aimerais déjà lui apprendre la valeur du travail, parce qu'aujourd'hui, quand on voit les nouvelles générations qui veulent tout pour rien, en faisant rien, d'ailleurs, et moi, je veux pas que ça soit un enfant roi. Et je veux vraiment qu'il sache que quand il a quelque chose, c'est parce que papa, ou même maman, ils ont travaillé dur pour avoir ce qu'ils ont aujourd'hui.
- Speaker #0
Je comprends très bien. Quand on parle de vie de famille, il y a aussi tout ce qui gravite autour, et notamment la belle famille, on en parlait un petit peu tout à l'heure, qui peut avoir une certaine proximité avec l'exploitation, voire avec la famille. C'est une autre particularité de certaines familles agricoles. Quelle relation as-tu avec ta belle famille ?
- Speaker #1
Je pense que ça se passe bien. Moi, de mon côté, ma belle-mère me garde l'entre tous les jours. Ils peuvent passer à la maison comme ils veulent. Comme moi, je peux aller chez eux. On mange ensemble tous les vendredis soirs.
- Speaker #0
Est-ce que ta belle famille est impliquée dans l'exploitation ?
- Speaker #1
Mon beau-père travaille encore sur l'exploitation. Il donne un sacré bon coup de main, malgré qu'il soit en retraite. Il fait tout ce qui est traitement. Il nous aide à la moisson. C'est même lui qui moissonne encore les moitiés des hectares. Quand on a quelque chose de prévu, par exemple, quand il y a eu la kermesse, etc., c'est lui qui a fait le boulot pendant que nous... On était à la kermesse, quoi. Je veux dire, c'est lui qui a nourri. Voilà. Je n'irais pas dire jusqu'à ce qu'il aille traire les vaches pendant qu'on ne soit pas là, parce que ce n'est pas son truc. Il est déjà à l'époque quand il a... Enfin, je veux dire, c'est Gauthier qui a toujours trait depuis qu'il est arrivé sur la ferme. Du moins, faire le boulot, il n'y a pas de problème. On peut lui demander quand on veut, hors période chasse, bien sûr.
- Speaker #0
OK. Oui, je comprends bien. Est-ce que cette proximité avec la belle famille a toujours été facile pour toi ?
- Speaker #1
Oui. Moi, je n'ai jamais eu à me plaindre.
- Speaker #0
Tu n'as jamais eu de crainte par rapport à ça ou au début de te dire, ils sont à côté, comment est-ce que je vais trouver mon intimité, etc. ? Non, pas du tout. Pas spécialement ? Non, pas du tout.
- Speaker #1
Parce que ce ne sont pas des gens intrusifs, en fait. Donc, sur l'éducation de mon fils, au cours, ils gardent les handes, mais ils ne me font pas donner des conseils des belles-mères chiantes.
- Speaker #0
Oui, vous n'avez jamais eu spécialement de désaccord concernant que ce soit l'exploitation ou votre vie de famille, etc. ?
- Speaker #1
Non, pas du tout.
- Speaker #0
Trop bien. Ok. On a beaucoup parlé de la ferme et de la famille, mais il y a aussi tout ce qui se passe autour de la ferme, à savoir le village, les amis, les sorties, la vie sociale. Parce qu'on entend souvent parler d'isolement lorsqu'on parle de ferme d'agriculteurs. Est-ce que vous, vous vivez sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Oui, on vit sur l'exploitation depuis 4 ans, presque 5 ans maintenant. Avant, on vivait dans le village. Donc, en fait, on a juste notre jardin à traverser et on est sur la ferme. Alors on parle, je suis en train J'ai langue à rapaille
- Speaker #0
Selon toi, quels sont les avantages ou les inconvénients à vivre sur l'exploitation de ton mari ?
- Speaker #1
C'est le fait qu'il n'y ait pas de coupure. Il n'y a jamais de coupure, en fait. On a la pâture à vache qui est juste derrière. On voit une vache sur le baisse-leur. Je ne sais pas, il y a peut-être quelque chose qui ne va pas. On entend les bruits. Combien de fois le matin, la machine a traire quand il y a eu la canicule ? Je dors en dormant, la machine à traître, ils sont en route, les fenêtres ouvertes, ça nous réveille. Il n'y a vraiment aucune coupure. On ne coupe pas, on ne coupe jamais.
- Speaker #0
Et des avantages ?
- Speaker #1
Les avantages, c'est quand même le fait que quand il y a quelque chose à la maison, Gauthier est vite revenu. Il est là tout de suite. Le soir, il n'y a pas besoin de faire deux heures de route. Enfin voilà, je veux dire, il est là, il est là instantanément. Et même dans la journée, des fois, s'il y a quoi que ce soit, que je l'appelle, je lui dis, écoute, est-ce que tu peux me garder les entre une heure ? Il est là tout de suite.
- Speaker #0
Ok, ça, ça t'aide pour ta vie de famille. Tu parlais tout à l'heure du fait d'avoir déménagé pour rejoindre ton mari et son exploitation. Comment est-ce que tu t'es intégré dans ce nouveau village ? Est-ce que ça a été facile ? Est-ce que tu as rencontré quelques difficultés ?
- Speaker #1
Je pense avoir fait tout pour que ça se fasse le mieux possible, parce qu'en fait, je ne connaissais vraiment personne dans le coin là-bas. Justement, ce n'est pas évident. Oui, non. Gauthier m'a intégrée à son groupe d'amis. On a été invitées, on a réinvitées. Et puis maintenant, on se voit assez régulièrement. Voilà, ça s'est fait vraiment naturellement. Et bon, heureusement qu'on s'entend, parce qu'on ne s'entendrait pas. Je ne sais pas comment on fait.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Est-ce que tu as déjà ressenti un petit peu d'isolement ?
- Speaker #1
Alors moi, j'ai vraiment mal mal vécu parce qu'en fait, avant d'être dans la maison, près de l'exploitation, on habitait dans le village pendant le Covid, où je ne pouvais pas du tout aller voir ma famille. Du coup, il n'y avait pas de déplacement. Puis je voulais protéger aussi ma grand-mère. C'était compliqué pour moi. Ça a été vraiment, je pense, où je suis très proche de mes grands-parents. Enfin, je suis très proche de ma grand-mère parce que mon grand-père est décédé. Ça a été dur pour moi de ne pas pouvoir aller dans mon village natal et partager mon quotidien avec ma grand-mère.
- Speaker #0
Oui, ok. Donc c'est plutôt cette distance avec ta famille qui a été plus compliquée. C'est ça. Il y a quelque chose dont on parle un petit peu moins aussi, c'est le fait d'apprendre à vivre avec certaines contraintes du métier de nos conjoints. Et notamment des vacances, des week-ends, des sorties. On sait qu'on ne peut pas forcément tout faire comme un couple, on va dire. qui est un des métiers ou des horaires plus classiques. Est-ce que vous arrivez à partir en vacances ensemble ?
- Speaker #1
Alors, oui, oui. De toute façon, je crois qu'on n'est jamais partis séparément. Pour le moment, ce n'est pas quelque chose que je ferais. Parce que déjà, moi, je suis quelqu'un de casanier. Donc, si on part, je me dis que c'est un peu pour nous deux. Parce que sinon, je ne sortirais pas de la maison, je ne sortirais pas du ménage, je ne sortirais pas du linge. Voilà. Et euh... Moi, j'aime bien la maison. Oui, quand on part, c'est toujours tous les deux ou entre amis. On ne part pas séparément. Je ne m'avancerais pas à partir déjà toute seule avec Léandre. Gérer toute seule Léandre là-bas, non, Oui,
- Speaker #0
justement, c'est ce que j'allais te demander. Quels sont tes freins, toi, à partir un peu plus peut-être seule ou avec des amis ou par exemple ta famille, tes parents, etc. ?
- Speaker #1
Oui, ça serait totalement envisageable, mais pas sans Gauthier. Moi, ça m'arrive de partir une nuit chez mes parents. mais c'est tout je pars pas en vacances ou quoi prendre du bon temps en sachant de Gauthier à la maison non non non je le ferai pas tu nous parlais tout à l'heure de la danse est-ce que toi tu as des passions,
- Speaker #0
des projets ou des activités rien qu'à toi ?
- Speaker #1
moi j'ai la danse donc c'est une heure et demie par semaine on se retrouvait justement avec une autre femme d'agriculteur du village qui n'est pas du coin non plus. Et je pense que ça nous a du bien. On pouvait souffler toutes les deux à ces moments-là.
- Speaker #0
Est-ce que tu as déjà eu l'impression de devoir mettre quelque chose, certaines choses de côté ?
- Speaker #1
Oui, complètement. De toute façon, je pense que dans notre quotidien, en fait, je me mets de côté totalement parce que je veux que tout aille bien pour Léon et pour Gauthier et que moi, ça peut attendre.
- Speaker #0
OK. donc tu penses que tu te mets toi un petit peu de côté est-ce que tu arrives quand même à prendre un petit peu de temps pour toi ?
- Speaker #1
c'est très rare ouais ouais c'est rare je vais faire mes ongles une fois tous les 6 mois un peu vrai voilà c'est tout j'ai du mal à couper le cordon aussi Avec Léandre, c'est compliqué quand je suis à la maison. J'ai besoin de temps pour moi. Je me dis que j'ai besoin du temps pour moi. Et quand je me laisse,
- Speaker #0
je ne suis pas bien. Est-ce que ça t'est déjà arrivé d'avoir eu envie de changer complètement de vie ?
- Speaker #1
Non. Déjà, je ne me verrais pas dans une autre vie que celle-là. Même si parfois, je peux m'en plaindre. J'adore vraiment ça, la vie. On ne sait jamais ce qu'on fera demain. J'aime bien vivre comme ça, même si j'aime bien tout contrôler malgré tout. C'est peut-être un peu controversé ce que je dis, mais je suis comme ça et puis c'est tout. Mais non, je ne me verrais pas ailleurs maintenant.
- Speaker #0
Ok, trop bien. Et au-delà de ce que tu vis toi, il y a aussi le regard extérieur. Comment est-ce que tes proches perçoivent votre mode de vie ?
- Speaker #1
Franchement, je voulais avouer que je n'ai jamais posé la question. Je pense que déjà, on a toujours vécu ça dans ma famille au final.
- Speaker #0
Donc ils le comprennent peut-être plus facilement ?
- Speaker #1
Ouais, après, quand on n'adhère pas à la famille, etc. Mon côtier, il essaye d'être là le plus possible. Ma soeur, elle est avec un agriculteur aussi. On essaye quand même d'être là le maximum. Mais vraiment, si on n'est pas là, c'est rare. Ce qui serait plus de mon côté... que je reprocherais, c'est quand je suis à un repas de famille et qu'à 4h, on doit se dire qu'on s'en va parce qu'on a des vaches à traire. C'est pour moi le plus compliqué où on va dire que je n'ai pas profité à fond du moment.
- Speaker #0
Oui, parce que tu es partie un peu plus tôt pour la ferme.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Quelle réalité du quotidien d'une femme d'agriculteur est difficile à expliquer selon toi ?
- Speaker #1
Je pense que c'est peut-être le manque d'attention du conjoint, pour ma part. Parce qu'en fait, on passe... On passe après tout le reste.
- Speaker #0
Oui, je comprends. On arrive doucement vers la fin de notre échange. J'ai envie de revenir un petit peu sur toi et sur ce que cette vie t'a apporté et sur tout ce qu'elle t'a peut-être appris. Sur ta vie, qu'est-ce que tu n'échangerais pour rien au monde ?
- Speaker #1
En fait, je pense que ça serait la liberté. Parce que malgré tout, on est dans un milieu rural. On est libre de... de faire ce qu'on a envie. Je veux sortir dehors pour aller faire... Moi, je pense que c'est ça. J'ai du mal à l'exprimer, mais c'est vraiment la liberté qu'on peut avoir dans l'organisation de tous les jours, même si on ne se l'accorde pas forcément. Mais c'est l'adaptabilité, la liberté. C'est ce que j'échangerais pour le moins du monde.
- Speaker #0
Et quelle est la chose un peu plus difficile dans ta vie de femme d'agriculteur ?
- Speaker #1
Comme je disais tout à l'heure, c'est sûrement le manque d'attention et peut-être, comme je n'ai jamais rien connu d'autre, c'est vrai que c'est compliqué à dire, mais je pense que c'est ça. Il y a vraiment le manque d'attention et peut-être un peu le manque d'aide à la maison.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui et que tu n'aurais jamais imaginé faire avant de rencontrer ton mari ?
- Speaker #1
Je pense que c'est prendre sur moi. Prendre sur moi beaucoup de choses. Prendre sur moi pour essayer de contenter tout le monde.
- Speaker #0
De quoi est-ce que tu es la plus fière dans cette vie-là ?
- Speaker #1
Je pense que je peux être fière de moi. Fière de mon parcours, malgré tout. Et je suis fière de mon mari pour tout ce qu'il arrive à faire aussi. Pour l'exploitation qu'il a aussi. Parce que ce n'est pas tout le monde qui a une exploitation comme ça. Je suis toujours là pour lui, toujours là pour mon fils. je pense que J'ai trouvé ma propre façon d'appartenir à ce monde agricole.
- Speaker #0
Pour conclure cet échange toutes les deux, si ton conjoint écoutait cet épisode, et j'espère qu'il le fera, qu'est-ce que tu aimerais lui dire ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, il faudrait simplement savoir lâcher prise et prendre le temps de qualité avec moi comme avec notre enfant et être moins anxieux et savoir... Savoir faire la part des choses.
- Speaker #0
Et que tout ira bien de toute façon.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Pour conclure cet échange, une nouvelle petite tradition pour cette nouvelle saison. Selon toi, où ça mène quand on s'aime ?
- Speaker #1
Je crois que ça mène à la vie, en fait. Une famille, des rencontres, des racines aussi, parce que malgré tout, j'ai pris mes racines où je suis et je ne pourrais plus en partir sur des projets et puis des chemins qu'on n'avait pas forcément imaginés.
- Speaker #0
Trop chouette. Merci beaucoup, Valentine, pour ton témoignage.
- Speaker #1
Merci à toi de mettre à jour cette vie qui peut parfois paraître compliquée, mais qui au final, c'est vraiment que du bonheur. Et quand on regarde tout ce qui est autour de nous, on est finalement pas trop mal.
- Speaker #0
C'est clair. C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux et surtout sur Instagram où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend forme et qu'il peut continuer à grandir. Et mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi dans un prochain épisode. A bientôt !