Speaker #0Aujourd'hui, j'ai envie d'explorer un contresens assez fréquent quand on parle de quête de sens. En effet, on peut croire que la souffrance est forcément source de sens, ce qui peut être clairement toxique puisque nous pouvons aller jusqu'à la romantiser. Allez, je vous emmène avec moi. Vous écoutez Où est le sens ? Ici, une flamme s'allume. Celle qui éclaire le chemin, celle qui réchauffe, celle qui guide. Je suis Stéphanie Morand, conférencière et formatrice. Dans ce podcast, on explore ce qui donne direction, profondeur et vitalité à nos vies. Écoutez ce qui se réveille en vous et avançons ensemble vers ce qui fait sens. Alors la question d'aujourd'hui, elle fait suite à l'épisode intitulé « Nos souffrances invisibles » qui a été... publié le 19 juillet 2026. Et je vous mettrai, bien sûr, le lien en bio. Dans cet épisode, je parle de blessures qui peuvent être sources de souffrance. Car oui, bien évidemment, certaines épreuves sont réellement sources de sens. Mais le risque, quand on parle de ça, il est alors de légitimer la souffrance, voire d'imaginer que la souffrance est obligatoire pour trouver du sens et ou évoluer. Et ça, forcément, ça peut être extrêmement dangereux. Parce que, bien sûr, non, la maladie, l'épreuve, le traumatisme ne donnent pas du sens. La souffrance n'est absolument pas une machine à fabriquer du sens. Sinon, de manière absolument logique, il suffirait simplement, avec de gros guillemets, de souffrir pour vivre une vie pleine de sens. C'est absolument absurde. de le voir comme ça, bien évidemment. Et on va voir du côté de Viktor Frankl, justement, pour bien comprendre cette notion-là. Donc, Viktor Frankl, le père de la logothérapie, lui, il a déterminé trois sources de sens dans nos vies. Tout d'abord, la création, c'est-à-dire ce que nous offrons au monde, mais aussi l'expérience, donc le lien aux autres, à la nature, l'amour. Et enfin, l'attitude face à la souffrance, donc... ce qui nous intéresse aujourd'hui. Frankel, il ne dit absolument pas que la souffrance est nécessaire. Par contre, ce qu'il dit, et je pense qu'on ne peut être que tous d'accord avec ça, c'est qu'elle est inévitable, qu'elle fait partie intégrante de notre expérience humaine. Et ce qu'il nous explique, c'est que dans cette souffrance se trouve notre espace de liberté. Cet espace de liberté, c'est la façon de se positionner face à cette souffrance. Et c'est cela qui peut être source de sens. Je le répète parce que c'est important. Ce n'est donc pas l'épreuve en elle-même qui est source de sens, c'est la façon dont on va réagir à cette épreuve qui peut être source de sens. Par exemple, bien évidemment, personne ne souhaite être malade ou perdre un proche. Mais quand cela arrive, eh bien on peut se poser une question. Comment vais-je répondre à cette situation ? Et c'est de cette... question, consciente ou inconsciente d'ailleurs, que peut émerger le sens. Mais c'est pas obligatoire non plus. Pourquoi je dis que c'est pas obligatoire ? Tout simplement parce que de nos jours, on nous survend quelque part le fait d'avoir une vie qui a un sens et on devrait presque être obligé de traverser une épreuve en y trouvant un sens. Or non, parfois on va avoir continué à avancer malgré ce traumatisme. Et pourtant, on n'y aura absolument pas trouvé de sens. Et ça, c'est très important à garder en tête. Même si on nous le survend, le sens n'est certainement pas une obligation dans nos vies pour continuer à cheminer, notamment suite à un traumatisme. Et ce qu'on vient de voir, ça amène un risque majeur. Si on croit que la souffrance donne un sens, on peut alors, malheureusement, glorifier les épreuves. Croire qu'il faut souffrir pour évoluer. Rester aussi dans des situations destructrices et minimiser les épreuves des autres. Car après tout, cela a un sens, bien sûr. J'espère que vous entendez l'ironie dans mon propos en disant cela, comme on vient de le voir. Parce que cela, ça peut être très dangereux. D'ailleurs, notre société a tendance à romantiser la souffrance, notamment dans les relations sentimentales. Les contes de fées. Tout d'abord, et puis la culture populaire présente presque toujours des relations sentimentales difficiles, voire toxiques. Ben oui, finalement, quoi de plus ennuyeux qu'un couple sain qui avance côte à côte dans la co-construction et le respect mutuel. Alors que les déchirures, les cycles rupture-réconciliation permanente, ça a quand même plus de panache. Alors, pareil, j'espère que vous entendez l'ironie dans mon propos. C'est en tout cas ce que nous fait croire justement la culture populaire, notamment via le cinéma. Donc on romantise ni plus ni moins la toxicité. et la souffrance. On la rend désirable. Comme si, pour reprendre l'exemple de la relation sentimentale, créer un couple sain serait finalement très ennuyeux. Or, au contraire, la co-construction d'une relation saine peut justement être source de sens, mais sans la souffrance. Et ça, c'est vrai pour tous les domaines de nos vies. Nous pensons souvent que la souffrance est nécessaire alors qu'en réalité, elle n'est qu'une option. Alors oui, je sais, ou en tout cas je suis persuadée que nombreux parmi vous ne seront absolument pas d'accord là avec mon propos. Pourtant, c'est notamment toute l'œuvre de Frankel. Nous avons toujours la liberté de notre réaction dans la souffrance. Et c'est d'ailleurs même notre seul. réelle liberté en tant qu'être humain. D'ailleurs, est-ce que vous connaissez ce conte zen des deux moines qui voyageaient ensemble ? L'un des moines, il était âgé et expérimenté. L'autre, plus jeune, est très attaché au respect strict des règles monastiques. Et au cours de leur marche, ils arrivèrent devant une rivière encrue. Sur la berge se tenait une jeune femme, élégamment vêtue, qui n'osait pas traverser, de peur d'abîmer ses vêtements. ou d'être emporté par le courant. Sans hésiter, le moine âgé l'a pris alors dans ses bras, traversa la rivière et la déposa délicatement de l'autre côté. Puis, les deux moines reprirent tranquillement leur chemin. Pendant des heures, le jeune moine resta silencieux, visiblement très contrarié. Finalement, n'y tenant plus, il s'exclama. « Comment as-tu pu faire cela ? Nous sommes moines ! Tu n'avais pas le droit de porter cette femme ! » Le vieux moine... Le regarda alors avec douceur et répondit. « Moi, j'ai déposé cette femme au bord de la rivière il y a plusieurs heures. Toi, tu sembles encore la porter. » Cet exemple, il me fait penser à ce que Frankel nous rappelle, à savoir que nous ne sommes bien sûr pas libres des événements qui nous arrivent. Pourtant, nous conservons souvent une liberté plus discrète mais essentielle, celle de notre attitude. Dans notre histoire, Le vieux moine et le jeune ont traversé la même rivière. Pourtant, un seul continue à porter le poids de la traversée. Nous choisissons donc notre réaction face aux épreuves. Alors attention, nous avons un pouvoir, mais nous ne sommes certainement pas coupables de souffrir. Alors, j'ai aussi fait un épisode là-dessus qui s'appelle « Responsable mais pas coupable » . Je vous mettrai. à nouveau le lien en description. Mais pour en dire deux mots, cette notion-là, elle est pour moi extrêmement importante parce que parfois on peut mélanger justement un petit peu ça lorsqu'on parle de responsabilité face à la souffrance. L'idée, c'est que nous avons donc un pouvoir, nous avons la liberté de choisir, oui, comment nous pouvons réagir. Mais nous ne sommes absolument pas coupables d'aller mal. Il ne manquerait plus que ça. Non seulement nous souffrons et en plus nous serions coupables de notre souffrance. Non, certainement pas. C'est absolument pas cette logique-là. L'idée, c'est d'offrir une petite lumière en fait, en nous rappelant ça. Simplement une petite lumière. Que nous avons la possibilité de choisir, de faire et de fonctionner différemment. Donc beaucoup de douceur et de bienveillance envers soi-même. Ça c'est toujours le point de départ. Non, nous ne sommes... certainement pas coupable de souffrir dans une situation. Mais oui, nous avons une liberté, un pouvoir qui reste. Et d'ailleurs, si vous vous retrouvez justement actuellement dans ce questionnement-là, je vous invite pourquoi pas à voir autrement ce que vous traversez. Et au lieu de vous demander Quel sens a cette situation, cette souffrance ? Demandez-vous plutôt quelle réponse cette souffrance, cette relation difficile, pour reprendre cet exemple-là, appelle-t-elle de ma part ? Par ce biais-là, le sens pourra peut-être émerger si cela est nécessaire, ou la situation sera déjà traversée avec plus de conscience. Allez, maintenant, je vous laisse reprendre votre chemin. A bientôt ! Merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode de Où est le sens ? J'espère vraiment qu'il vous aura apporté un éclairage sur votre chemin. Pour continuer à avancer ensemble, pensez à me suivre sur votre plateforme d'écoute préférée et on se retrouve très vite dans un prochain épisode.