- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans le podcast PAC ou pas CAP, un podcast réalisé pour vous, mais surtout avec vous, agricultrices et agriculteurs. Que vous soyez sur votre tracteur, dans votre étable, en voiture ou même dans les champs, tendez l'oreille pour découvrir des expériences, des partages d'idées et d'approches sur l'architecture verte de la PAC.
- Speaker #1
Comme nous aimons bien le faire, nous avons réuni trois agriculteurs en grande culture pour nous parler de biodiversité fonctionnelle. Autrement dit, la biodiversité qui peut, entre autres, aider les agriculteurs dans leur pratique.
- Speaker #2
S'il y a des moitiés, agriculteurs à Ouffet dans le Condroz, ferme de polyculture et élevage de 150 hectares, production de lait, 75 hectares en culture sous la bourre, 75 hectares de prairies permanentes et temporaires. Le tout étant bio depuis 25 ans.
- Speaker #3
Moi je m'appelle Stéphane Janssen, mon exploitation se situe à Fexelot-Clocher, en Hesbaye Liegeoise. J'exploite depuis 2014 la ferme de 130 hectares, et donc principalement betteraves, froments, pommes de terre, un peu des MAE. Et alors, lors de ma reprise, je me suis diversifié dans les arts fruitiers. Donc, je compte maintenant 4 hectares de basses-tiges.
- Speaker #4
C'est Luc Joris, je suis l'exploitant de la ferme de Gérond-Villers, qui est une société anonyme. La ferme de Gérond-Villers, c'est un domaine de 350 hectares. Il y en a 245 de culture, culture, prairie, majoritairement culture. Il y a une vingtaine d'hectares de culture et une centaine d'hectares de bois. Donc, on a aussi une activité sylvicole. qui fait cohésion avec les besoins en MAE pour faire des liaisons entre tous ces éléments.
- Speaker #1
Et eux, c'est quoi qui les motive dès le matin ?
- Speaker #3
Tous les jours est différent. Je dirais, demain on ne sait pas encore peut-être ce qu'on va faire ou toujours quelque chose d'imprévu qui peut arriver. Et voilà, c'est le fait aussi de travailler avec la nature, d'être à l'extérieur.
- Speaker #4
Pour moi aussi, parce qu'il y aura effectivement une telle diversité de choses. A prendre en compte et à mettre en place sur la journée qu'au café, les choix ne sont pas encore faits. Mais oui, la diversité du métier et le plaisir de... Moi, ce qui me passionne, c'est de voir évoluer les sols. Le plaisir de voir s'améliorer les sols en non-labours et en agriculteurs de conservation.
- Speaker #2
Moi, ce que j'aime dans notre métier, c'est le fait qu'en fait, on n'a jamais fini d'apprendre. C'est un métier qui est tellement diversifié qu'en fait, il y a toujours quelque part où on peut soit... Essayer des choses nouvelles ou essayer de s'améliorer. Et malheureusement, en plus avec les changements climatiques auxquels on fait face pour le moment, les défis à relever sont encore plus grands. Et donc chaque jour, en fait, on est face à des nouvelles inconnues, des nouveaux problèmes. C'est toujours se remettre en question, se former, réfléchir beaucoup et espérer que ce qu'on met en place va nous aider.
- Speaker #1
Et leur vision du métier, c'est quoi ?
- Speaker #2
On ne peut pas se permettre... Enfin, l'agriculteur, c'est quand même... Une espèce un peu à part, il faut dire ce qui est. Et on est à la base toujours optimiste en fait. La majorité des agriculteurs en fait, ils sont dans les problèmes, dans les soucis économiques, dans les contraintes. Mais ils trouvent toujours quelque chose dans leur métier pour y trouver leur bonheur en fait.
- Speaker #3
Et pour rajouter, on s'adapte toujours que ce soit au climat ou même la législation. On s'adapte à toutes les contraintes qu'on pourrait avoir.
- Speaker #4
Oui, l'aspect formation que tu évoquais est fort important aussi. Parce qu'effectivement, pour se réinventer au quotidien, il faut être bien formé. Et je confirme que ce n'est jamais fini. Donc la formation pour nous-mêmes est la formation qu'on peut dispenser aux autres. Moi, je le fais régulièrement aussi avec des étudiants, des mémorands et avec des groupes d'agriculteurs. Donc quand on peut diffuser, je vais dire la bonne parole, mais ça peut en aider d'autres.
- Speaker #2
donc l'expérience de l'un peut aider l'autre réinventer le fil à couper le beurre ça sert pas à grand chose pour évoluer il faut s'appuyer sur les autres et les échanges font gagner du temps parce que si tout le monde teste la même chose chez lui pour qu'on arrive tous à la même conclusion on tend que chacun fasse des tests différents et on avance beaucoup plus vite ensemble et ça on le voit avec la... L'agriculture de conservation, etc., c'est des milieux dans lesquels il y a beaucoup d'échanges par tous les moyens possibles. Ça permet de gagner énormément de temps dans la mise au point de nouvelles techniques et de les appliquer.
- Speaker #1
Rentrons maintenant dans le vif du sujet. En Wallonie, les grandes cultures représentent environ 47% de l'ensemble des terres cultivées en herbe ou en jachères. C'est dire l'importance de permettre à la nature d'y trouver une petite place. Vous allez le voir, nos agriculteurs ont déjà bien conscience de l'importance de cette approche.
- Speaker #3
La biodiversité, c'est aussi une forme de nous, en tant qu'agriculteurs, d'avoir un respect envers la nature. Que ce soit par le biais de MAE, comme nous on fait, ou la plantation de haies. Il y a plein de choses différentes que chaque agriculteur met en place sur sa ferme. Ça fait un ensemble qui donne la biodiversité dans nos campagnes.
- Speaker #4
Il y a l'idée de bien commun. Donc nous, ça nous rend des services, mais c'est quelque chose... Notre impact sur le territoire est majeur parce qu'on gère, je crois qu'en Wallonie, 75% du territoire, quelque chose comme ça. On doit faire notre part, mais on a un retour sur investissement, entre guillemets, puisque... On peut attendre des retours de baisse d'intrants, des choses comme ça, en favorisant la biodiversité.
- Speaker #1
Malheureusement, la biodiversité est aujourd'hui en déclin. Et la Wallonie n'échappe pas à ce problème. Le dernier état de l'environnement wallon d'avril 2024 alerte à nouveau sur la vitesse fulgurante à laquelle nos espèces animales disparaissent. Par exemple, entre 1990 et 2022, les populations d'oiseaux ont chuté de... 40% en moyenne, avec une diminution encore plus flagrante de 60% dans les milieux agricoles. Sans parler des 95% de nos habitats naturels qui sont en état défavorable. Le déclin des espèces animales et végétales n'est donc plus à démontrer. Cependant, agir en tant que citoyen dans son jardin ou en tant qu'agriculteur dans ses parcelles, c'est possible. Cela peut même avoir des impacts hyper positifs pour les agriculteurs, comme en témoignent Sébastien Demoitié et Luc Joris.
- Speaker #4
très clairement en agroécologie, en agriculture de conservation, appelez ça comme vous voulez, pour moi on tourne toujours autour du même sujet. Donc je n'ai plus de labours, j'ai une unité d'azote épandue sur deux, c'est de l'azote organique. Donc c'est vraiment tout ce qui réactive les leviers de motivation, de réactivation de la vie du sol, qui solutionne les problèmes érosifs. Alors le placement des premiers MAE était pour limiter l'érosion, aujourd'hui ce n'est plus le cas, mais par contre elles ont un rôle nourricier sur la petite faune. qui est majeure, on a un peu d'objectifs de chasse aussi, donc elles ont toutes leurs places à jouer dans ce secteur-là aussi. Ça permet aussi de refaire un peu du lien chasseur-agriculteur, qui est parfois très dégradé, parfois compliqué, mais là on peut trouver un sujet d'entente.
- Speaker #1
En plus d'aider pour les problèmes d'érosion, réduire l'intensité du travail du sol est bénéfique à de nombreuses espèces utiles, qui passent une partie de leur vie sur ou dans le sol. Mais quels sont les autres avantages de la biodiversité dans une ferme ?
- Speaker #2
A peu près chaque année on plante entre... 300 et 800 mètres de haies avec chaque fois des objectifs particuliers, ça fait deux ans qu'on en plante plus pour tout ce qui est ombrage du bétail, donc là dans les parcelles on a planté aussi pour des problèmes érosifs pour des effets coupe-vent c'est un peu adapté à chaque fois à l'endroit Et là vraiment je suis partie promenante de la réflexion de comment est-ce qu'on les met en pratique ou dans quelle direction pour réfléchir par rapport à faciliter le travail, les mettre là où elles seront les plus à même de se développer. Aussi on a beaucoup travaillé sur la largeur de la haies. Au départ les premières qu'on plantait on faisait des haies simples et on s'est rendu compte qu'en fait une haies simple au milieu d'une campagne étant donné qu'elle est toujours... chatouiller par le travail du sol, etc. Elle a très peu de mal à sortir la tête et de se développer. Et donc là, maintenant, c'est plutôt de la haies triple qu'on fait. Donc, en mettre moins, mais faire des haies plus épaisses et qui se développeront mieux.
- Speaker #4
Ce sont des haies libres, ou en tout cas, elles ont vocation à l'être. Alors, il y a des tailles, mais moi, en cinq ans, j'ai fait une taille parce que, à un moment donné, il faut rabattre un peu le gabarit, tenir la végétation, mais ça se limite à ça. Et de toute façon, une haies qui serait entretenue comme celle qui est au vraiment aux abords de la ferme, où on a envie que ce soit un peu présentable et respecter la voirie aussi, parce qu'il y a des usagers sur la voirie, on ne peut pas laisser l'AE s'étoffer, au niveau biodiversité, elle ne va pas rendre les mêmes services. Donc plus c'est libre, mieux c'est pour la biodiversité, mieux c'est pour nous, parce qu'on aura des retours sur investissement de ce point de vue-là, et moins elle coûte à l'entretien.
- Speaker #2
En fait, chaque système lié à la biodiversité met en place un effet différent. Comme on parlait tantôt, les AEs placés pour... Limiter l'érosion, les abris par rapport au vent, moi étant donné que j'ai du bétail. Là où on vient de planter depuis deux ans des tripes vraiment pour tout ce qui est ombrage en fait, parce que les vaches maintenant, on vient de sortir d'une semaine où il y a eu des pics à 30-31 degrés, moi je fais du pâturage tournant dynamique, donc le principe c'est que les vaches sont tout le temps dehors, elles ne font que manger de l'herbe, quand il fait 30 degrés, les pauvres elles se mettent juste à l'ombre, elles ne bougent pas de la journée, donc ça c'est clairement quelque chose auquel on réfléchit en plantant les haies. Et moi étant en bio, clairement tous ces aménagements que je fais sur toute la ferme et qui se mettent en plus en réseau, donc les uns ont des effets avec les autres, on a des couloirs de biodiversité, donc des communications entre les différents pôles de biodiversité, ça travaille beaucoup sur les auxiliaires et moi je n'ai que les auxiliaires pour travailler avec moi. Quand j'ai une attaque du puceron, je n'ai pas d'autre chose à faire que d'attendre que les auxiliaires arrivent et fassent le travail. Donc clairement, étant en bio, la biodiversité a d'autant plus d'importance pour moi. Si vous mettez deux mesures en place, l'effet n'est pas seulement doublé, il est beaucoup plus que doublé, parce que la biodiversité, c'est quelque chose d'exponentiel. Donc quand vous faites les liens entre les différentes choses que vous faites, ça marche beaucoup mieux.
- Speaker #4
Je pense qu'il faut l'exprimer comme ça, c'est qu'une mesure... Seul, ça restera une mesurette. C'est qu'on n'en aura pas le plein potentiel si on ne l'allie pas avec une certaine cohésion à travers tout le territoire qui peut être considéré comme l'exploitation. Donc je mets toutes les chances de mon côté en activant plusieurs leviers MAE, etc. pour ne pas avoir recours aux pompiers quand il y a le feu. Je schématise, mais... Une flambée d'insectes ou une flambée de maladies fongiques, c'est généralement qu'on a raté quelque chose avant. On a oublié quelque chose. On ne peut pas attendre la réponse uniquement de certains aménagements. C'est vraiment un tout. Tout ça est un tout qui interagit, comme tu le disais. Les compréhensions et l'activation de tous les leviers, c'est encore des choses à creuser, effectivement.
- Speaker #2
Mais il y a des fois... Tu disais mélanger les points de vue, c'est clair que le point de vue de l'AE pour l'agriculteur n'est pas le même que celui pour le chasseur, que pour l'environnementaliste. C'est à l'agriculteur au final, puisque c'est lui qui va travailler avec l'AE, de faire le lier de tous ses avis et de faire ça au mieux pour ne PAC l'AE soit trop contraignante pour son travail.
- Speaker #4
Plus on active de leviers liés à la biodiversité, meilleur le bilan carbone est. Ça veut dire que globalement, qu'est-ce qui impacte un bilan carbone ? C'est la fertilité, le travail du sol et les intrants. les intrants chimiques, engrais et phyto en deuxième lieu. Donc, meilleur on est en biodiversité, meilleur le bilan carbone est. Donc, on peut déduire de ça que, oui, on a activé les bons outils pour réduire la consommation d'intrants. Pour moi, c'est une évidence. Mais effectivement, s'il faut communiquer là-dessus, ce sont des tendances, des choses comme ça. On n'a pas vraiment des chiffres, des mesures bien calibrées, scientifiquement parlant.
- Speaker #1
On l'a entendu ! Augmenter la diversité végétale via des habitats non cultivés et des cultures en mélange crée des micro-habitats favorables à la biodiversité fonctionnelle. Et pour mieux bénéficier des services qu'elle rend, l'idéal reste de favoriser les interfaces entre les parcelles cultivées et les habitats non cultivés, ce qui revient à densifier le maillage écologique et à réduire la taille des parcelles. Cette biodiversité est également essentielle au bon fonctionnement des écosystèmes. Elle constitue une richesse naturelle et patrimoniale.
- Speaker #4
qui donne sur la campagne et sur l'entrée de la ferme. Alors ça fait un peu tour de contrôle. Et effectivement, ça égaye beaucoup la campagne. C'est une zone d'arrêt de beaucoup de promeneurs aussi, parce qu'on a redessiné, remarqué le paysage avec des éléments qui sont pérennes. Et en fait, ça redonne une image très positive. Donc des petits éléments comme ça, ça a l'air anodin, mais ça marque le grand public aussi. Et les retours que nous on a, c'est qu'il y a plusieurs passionnés d'ornithologie de la région qui nous disent, mais mon Dieu, vous avez changé le territoire. Parce qu'on a réaligné tous les curseurs et qu'on est arrivé au bout où les gens qui se promènent voient les oiseaux voler et se disent ça y est il y a un changement. La diversité c'est un tout, elle peut être fonctionnelle pour nous parce que oui elle nous rend des services au niveau du fonctionnement du sol, au niveau de l'absence d'un traitement insecticide parce qu'on a hébergé les auxiliaires pendant l'hiver, mais elle est bénéfique à... à toute la communauté, à toute la population, parce que le promeneur a un environnement de qualité pour se promener.
- Speaker #1
En plus des services culturels et récréatifs nécessaires au bien-être de tous, la biodiversité fournit de nombreux autres services indispensables, comme la pollinisation, la régulation du climat, le contrôle de l'érosion des sols ou la régulation des ravageurs et agents pathogènes. Mais alors, où est-ce que ça coince ? Pourquoi tous les agriculteurs n'ont-ils pas de tels aménagements chez eux ?
- Speaker #2
Pour ma part, les contraintes liées à mes aménagements, c'est principalement le coût de la plantation. C'est principalement des arbres, des haies, même pour ce qui est des bords d'aménager, etc. La contrainte, c'est le coût de la plantation. Après, quand on a une démarche cohérente par rapport au fait qu'on est convaincu de l'intérêt de la haies, du bosquet, de l'arbre isolé, après son entretien est relativement faible. Vraiment, la contrainte pour moi, c'est l'implantation.
- Speaker #4
Le coût du plant et le coût de la main d'oeuvre pour le planter et le soutenir parce qu'il faut protéger le plant pour le gibier ou que sais-je, le tailler les premières années, c'est là que l'investissement est. Il y a moyen de s'en affranchir, il y a des possibilités de financement public et privé pour vraiment alléger les budgets de ce point de vue-là. Ce sont des outils que j'ai activés. Et puis dans certaines MAE, il y a le problème de salissement, dommages collatéraux par des limaces le long de bande, fleuries et autres. Très ponctuellement, oui, ça m'est arrivé aussi, mais ce n'est pas majeur pour moi. Le chardon, je ne sais pas en bio comment tu fais, mais on a une partie en bio dans l'exploitation, c'est quelque chose de difficile.
- Speaker #2
Je vais dire en termes de boutade, le chardon chez moi, il sert à nourrir les chardonneries. En étant en bio, on attrape une tolérance à certaines adventices plus lâches qu'en conventionnel. donc moi j'ai des des Des zones de chardon dans mes prairies, très peu dans les cultures, mais dans les prairies, je m'en accommode. Elles n'ont pas tendance à grandir du fait du travail en pâturage tournant dynamique. Avec ce que je mets en place depuis 6 ans, elles n'ont pas tendance à grandir, mais je ne suis pas malade de voir quelques chardons.
- Speaker #4
Moi j'ai aussi appris à vivre avec, parce que j'ai un peu bouquiné, et puis oui on se dit, mon dieu, ils vont faire des semences et des semences, et la fertilité d'une semence de chardon, en fait c'est négligeable, donc ils ont bon à produire, c'est pas leur mode de reproduction préférentiel, c'est plutôt le rhizome qui peut poser problème, et quand on est en culture à côté, on a tous les outils en conventionnel pour s'en débarrasser. Donc j'ai aussi appris à devenir tolérant avec les chardons, de toute façon il y a un moment donné, je n'ai pas le temps de m'en occuper. Ils sont là, ils vont servir à quelque chose, chardonnay ou autre, ou butineur, parce que c'est souvent très mélifère un chardon. Donc voilà, ils ont leur intérêt.
- Speaker #2
C'est la grosse remarque de tous les agriculteurs qui n'en plantent pas. C'est mais qu'est-ce que tu vas foutre à planter comme ça où il y a des champs?
- Speaker #4
Et qu'est-ce que ça va coûter à l'entretien ? Alors que pour moi, le coût, il est à la plantation, il n'est pas à l'entretien.
- Speaker #2
Parce qu'on ne l'entretient pas, enfin moi non plus.
- Speaker #4
Très peu.
- Speaker #1
De là découle une autre question. Est-ce que les aides actuelles sont suffisantes pour pallier à ces contraintes ?
- Speaker #3
On est soutenu par la région wallonne pour la mise en place des MAE. Maintenant, ce qui est un peu dérangeant, je trouve, c'est qu'on part sur certains montants. Nous, on s'engage pour cinq ans et ces montants peuvent être changés de la part du législateur. C'est un peu une perte de confiance de nos agriculteurs envers la politique. Si en cours de route, nous, on s'engage et on fait la chose correctement pendant cinq ans, mais qu'ils peuvent changer à tout moment leurs décisions. Ça peut donner énormément de freins à beaucoup d'agriculteurs aussi.
- Speaker #4
Après, le catalogue de mesures est déjà large. Je pense que tout le monde peut y trouver son bonheur. Et là-dedans, il y a encore moyen de négocier. Un aménagement ou un autre, un mélange, une largeur, peu importe, mais il y a encore une marge pour la négociation. Globalement, on est bien servi.
- Speaker #3
Maintenant, si vous parlez qu'en région walonne, on est à 2-3% et que l'objectif c'est 10 et qu'on n'y arrive pas, c'est que nous, on l'a peut-être fait, mais d'autres ne le font pas. Nous, on est convaincus qu'il n'y a que le retour financier qui est important. Je pense que ce sera... Ce n'est peut-être pas assez pour certains ou ça les bloque un peu de faire le pas. L'aspect financier est important, il n'y a pas que ça.
- Speaker #4
Il y a la contrainte, la crainte de la contrainte. Justement, je pense que le catalogue de mesures qui existe permet au moins de mettre le pied dedans. Il est suffisamment large pour engager quelque chose.
- Speaker #2
Sachant que tous les agriculteurs font leur métier avec leur sensibilité. moi j'ai une grande... affinité pour le fait de pouvoir travailler sur mon environnement et quand je dis environnement c'est pas diminuer le taux de CO2 du ciel c'est que quand je me promène dans mes champs dans les alentours etc je vois l'impact positif que j'ai eu sur mon environnement proche en fait et donc toutes ces mesures agro-environnementales on peut parler aussi des Luc Joris etc ils clopent bien par rapport au fait d'avoir cette influence mais Il y a des agriculteurs qui n'ont pas la même sensibilité. Leur sensibilité à eux, c'est de produire un maximum ou de travailler sans travail du sol. Chaque agriculteur a sa sensibilité. Mais clairement, oui, dans tout le panel qui est proposé, il y a quand même un très large éventail. Il y a de quoi trouver son bonheur.
- Speaker #4
Je suis d'accord avec ces aspects un peu frustrants où la donne change en cours de route. Maintenant, dans ma manière de travailler, s'affranchir des subsides, c'est un peu un leitmotiv. On a du mal à y arriver, je suis bien d'accord. Mais ça reste un objectif. Donc, est-ce qu'on a une rémunération correcte ? Oui, parfois. Parfois, non. Tout n'est pas payé, ça je suis d'accord aussi. Est-ce qu'il y a d'autres moyens de trouver de la valeur ? Ça, c'est un vrai sujet. Moi, c'est quelque chose que j'essaie de faire. Maintenant, si je prends des chiffres de ma ferme, quand on a changé la PAC en 2023, j'avais fait une simulation en activant MAE, Luc Joris et autres. Je n'étais pas très optimiste, mais je pense qu'il n'y avait pas grand monde d'optimiste quand on a découvert les textes la première fois. Et globalement, aujourd'hui, je touche plus de prime PAC qu'avant 2023, parce que j'ai été activé des MAE pour remplacer le paiement vert, parce que j'ai été activé de tous les Luc Joris que je pouvais pour remplacer le paiement vert. Donc globalement, aujourd'hui, si je prends cet aspect-là, qui est discutable, parce que les montants loués changent, mais si je prends cet aspect-là, je gagne mieux ma vie aujourd'hui qu'avant. Donc pour moi c'est positif. Ce n'est pas parfait, mais ça reste positif. Plus les effets à long terme sur l'admission des intrants et autres, qui sont plus difficilement mesurables, mais qui sont là quand même.
- Speaker #1
Stéphane Janssen l'évoquait, pour eux, prendre des mesures environnementales, ça n'a pas qu'un intérêt financier. Mais est-ce que leurs pratiques les aideront à faire face à des années plus délicates ?
- Speaker #4
Pour moi c'est clairement oui, et pas uniquement à cause des mesures environnementales, mais quand il y a une approche... cohérente sur toute l'exploitation. Systémique. Systémique, voilà. Merci pour le terme qui ne me revenait pas. Donc quand il y a une approche systémique sur toute l'exploitation, tout ce qui est fait améliore notre résilience, donc notre capacité à nous adapter. Que ce soit climat dans tous ses excès, réglementation et autres, on n'a plus peur de grand-chose. Donc on est plus résilient face au sec, on est plus résilient face à l'humidité. Voilà, les solutions, on les trouve. À force de se gratter la tête pour faire fonctionner tout ce système, les solutions viennent un peu toutes seules. C'est aussi un autre état d'esprit. Il faut pouvoir être plus zen par rapport à un chardon ou à autre chose, effectivement, mais ça se vit bien, je pense. Mais je suis convaincu de la chose. Plus on est en... En agroécologie, on parle de ça comme ça parce que ça rejoint le bio, ça rejoint le conventionnel, on parle de quelque chose où on ramène le vivant dans la plaine ou dans les prairies, peu importe. Mais plus on est en agroécologie, plus on est capable de s'adapter. Je ne sais pas ce que tu en penses ?
- Speaker #3
Tout à fait d'accord.
- Speaker #2
On parlait de biodiversité tantôt. La biodiversité, c'est aussi ce dont j'ai déjà parlé, le fait de cultiver des mélanges, la résilience au-delà de tout ce qu'on met en place. Le travail du sol, en bio c'est compliqué de diminuer le travail du sol, mais tout ce qu'on met en place en fait il peut aussi être aidé par le fait que les cultures qu'on implante sont des mélanges d'espèces et des mélanges de variétés, et donc des années compliquées. En fait le mélange il permet, il y a toujours une des composantes du mélange qui va réussir à s'en tirer par rapport aux autres et à mieux s'en sortir. En fait la résilience elle vient aussi de ça. Du fait de changer un peu qu'est-ce qu'on cultive, comment on le cultive, et ne pas avoir peur d'avoir des mélanges un peu originaux parfois, et de faire des essais aussi.
- Speaker #4
Oui, en couverts végétaux, c'est mélange systématique, en blé, c'est... En blé, c'est tout à fait faisable. Et puis, je fais pas mal d'orges de brasserie. Là, c'est compliqué, par contre, parce qu'il y a des aspects technologiques derrière où on ne peut pas tout se permettre. Mais oui, en blé, clairement, les mélanges variétaux amènent de la robustesse dans toutes les situations. Quand on cherche la qualité, quand on cherche du rendement, quand on a des problèmes d'humidité, des problèmes de ravageurs, effectivement, il y en a toujours une, ou deux, ou trois, ça dépend combien il y a d'espèces ou de variétés dans le mélange, il y en a toujours une partie qui va sortir du lot donc on est gagnant à mélanger. Et le plus facile pour apprendre, c'est de mélanger dans les couverts végétaux. Mais pour voir et observer à moindre coût l'effet bénéfique des mélanges, c'est de commencer dans les couverts végétaux. Et les MAE sont toujours en mélange.
- Speaker #3
En parlant de mélange, quand on a implanté notre couvert hivernal, qu'on voit la diversité qu'on peut avoir dedans et le plaisir de voir les différentes plantes à différents stades. C'est super. La partie que j'aime bien aussi, c'est de voir toute cette diversité.
- Speaker #4
On peut se challenger parfois aussi, pousser encore un peu plus loin. Cette année, j'ai un rucher assez conséquent qui hiverne sur la ferme. Et là, le jeu de l'année, c'est de garantir des fleurs tout le temps. Donc il faut une diversité de plantes réparties sur le site. Sur le site de la ferme, il y a 200 hectares autour. Il y en a 50 ailleurs. Mais sur ce site-là, c'est de pouvoir nourrir ces abeilles. Tout le temps, pas trop au mois de juin, une belle floraison printanière, pas trop au mois de juin, les plantes qui prennent leur léon en été. Pour garantir à l'apiculteur une belle production et mon retour en pot de miel.
- Speaker #3
De nouveau un pot de miel fort, diversifié.
- Speaker #4
Il sera diversifié, oui, ça c'est sûr, ça c'est certain.
- Speaker #2
Nous aussi sur la ferme, je collabore avec un apiculteur. Ce qui me confirme qu'avec les cultures que je mets en place et les différentes variétés, colza d'hiver, colza de printemps, des mélanges de printemps avec des céréales et des légumineuses, des mélanges d'hiver avec des céréales et des légumineuses, et des couverts systématiques plantés après chaque culture. des plantes millifères dedans, de toute façon, il a un effet sur sa production de mel qui est impressionnant.
- Speaker #3
Quand on entend toujours le citoyen lambda, c'est la cause de mortalité, c'est nous les agriculteurs, mais on voit que nous, on a la nécessité d'avoir les abeilles de notre côté. Ça fait du bien d'entendre que je ne suis pas le seul. Moi j'avoue, j'ai même acheté le bouquin pour devenir apiculteur.
- Speaker #4
Et puis, outre le pot de miel à la fin de la saison, il y a un impact rendement, parce qu'avoir 25 ruches à côté de 15 hectares de colza, c'est quelques pourcents de grains en plus. Et pareil, moi je fais un peu de moutarde de graines pour la moutarde de riz. C'est plus qu'intéressant d'avoir des abeilles à proximité pour assurer la pollinisation.
- Speaker #2
Rendement et qualité.
- Speaker #4
Rendement et qualité, oui.
- Speaker #1
L'état global de la biodiversité est préoccupant en Wallonie. depuis des décennies. En cause, l'industrialisation et les activités humaines, qui ont des conséquences directes et indirectes. Des efforts sont déployés pour améliorer l'état de la faune, de la flore et des habitats, certains avec succès. Mais il faut encore de gros progrès pour mettre fin à ce déclin à Wallonie. Sachant qu'il ne faudrait que 10% de la surface agricole utile en mesures agro-environnementales pour enrayer durablement la perte de la biodiversité, et que 6 000 agriculteurs se sont déjà lancés dans l'aventure, Est-ce qu'il ne serait pas intéressant pour vous,
- Speaker #0
agriculteurs et agricultrices, de les rejoindre ? N'hésitez pas à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Ce podcast est produit par le réseau WallonPAC et financé par la région Wallonne et l'Union Européenne.