Speaker #0Il y a un moment où tout ce que vous avez vécu depuis des mois devient réel. Tu sais, cette paternité dont on parle depuis le début, ce lien que tu tisses, qui grandit en toi, là, il devient tangible. C'est cette seconde où tu le vois, où tu le touches, où tu réalises « voilà mon enfant » . Peu importe comment ça se passe pour toi, que tu sois le premier à le tenir ou que tu le découvres après l'équipe médicale, que ça soit dans tes bras ou à travers une vitre, ce moment il existe et il est à toi. Alors aujourd'hui on va parler de ces premières secondes de papa, du tsunami émotionnel qui t'arrive et de comment l'accueillir sans être submergé. Je vais te raconter mes premières secondes avec Achille. Parce que ce jour-là... J'ai réellement compris que je devenais son papa. On était chez nous, dans notre lit, notre ambiance. Pas de néon blanc, pas de stress hospitalier, juste notre bulle. Les contractions de Noémie s'intensifiaient, j'étais son ancrage, son rock. Et puis, la sage-femme m'a interpellé sèchement. « Julien, tu viens, maintenant. » Et là, elle m'a guidé. Je ne sais plus très bien ce qu'elle a fait. Et là, Achille est arrivé dans mes mains. Directement. T'imagines sentir ce petit corps chaud, glissant, vivant, qui découvre le monde à travers tes mains. À cet instant, j'ai su. J'ai su que j'étais son papa. Pas parce qu'on me l'avait dit, parce que je le sentais. Mais tu sais quoi ? Ton moment à toi, il sera différent. Peut-être que tu le verras d'abord derrière une vitre. Peut-être qu'il sera déjà nettoyé, emmailloté. Peut-être que les circonstances seront compliquées. C'est pas grave, c'est ok. Ce qui compte, c'est pas comment ça se passe, c'est que ça arrive. Ce que tu ne sais peut-être pas, c'est que ton cerveau bascule à ce moment-là. Tes hormones se libèrent. De l'ocytocine, tu te souviens, on en a déjà parlé. L'hormone du lien. C'est pour ça que certains pères pleurent. D'autres tremblent. Il y en a encore qui restent figés. Et puis il y en a qui ont envie de rire. Ce n'est pas de la faiblesse, c'est de la biologie. Ton système nerveux s'emballe. Ton cœur barre à la chamade. Tes mains tremblent, ta gorge se serre. Tu as une émotion immense qui te submerge. Tu peux avoir l'impression de ne plus rien contrôler. C'est parfaitement normal. Tu n'es pas supposé contrôler ce moment, tu es juste supposé le vivre. Mais si tu sais à quoi t'attends, tu pourras l'accueillir plutôt que le subir. Maintenant, parlons quelque chose de concret, le pouvoir de ta présence. Que tu puisses faire du pot à pot immédiatement, ou que tu dois attendre ton contact à un pouvoir. Avec Achille, j'ai eu la chance d'avoir ce temps. Pot contre pot, son petit torse contre le mien. Il était tout apaisé, comme s'il reconnaissait quelque chose. Alors scientifiquement, voilà ce qui se passe. Sa température se régule à la tienne. Son rythme cardiaque se calme. Son stress diminue et votre taux d'ocytocine explose. Vous vous synchronisez, littéralement. Mais même si tu ne peux pas faire du pot à pot tout de suite, ta voix, ton regard, ta simple présence, ça compte énormément. Ton enfant reconnaît ta voix depuis des mois. Il sait que tu es là. Est-ce que tu sais ce que tu peux faire dans ces premières minutes ? Tout dépend évidemment du contexte dans lequel tu seras, mais voici quelques options. Si tu peux le tenir, le prendre contre toi, respire profondément d'abord, et puis regarde-le, vraiment. Ses doigts, ses oreilles, sa bouche, parle-lui. « Salut mon petit cœur, c'est papa. Touche-le délicatement, une main sur son dos. Si tu dois attendre quelques instants, reste proche, le plus proche possible, parle-lui de là où tu es. Observe-le à distance, respire, reste présent, ton tour viendra évidemment. » Les premiers moments avec Achille, j'ai posé ma main sur son petit dos, j'ai senti sa respiration, sa vie. Et je lui ai dit, tu es là mon chéri, on t'attendait, bienvenue à la maison. C'est simple, mais c'est vrai et pour moi c'était parfait. Pas besoin d'un discours, pas besoin de performance, juste ta vérité à toi. Parlons d'un truc qu'on n'ose pas toujours dire. Tu peux vraiment être complètement submergé. L'émotion peut être si forte que tu as l'impression de craquer. Laisse venir. Tu viens de rencontrer un nouvel amour dans ta vie. Et si tu sens que ça monte trop, ben, ancre-toi physiquement. Mets tes pieds bien dans le sol, respire par le ventre. Regarde ta partenaire, vivez ça ensemble. Tu n'es pas seul. Accepte cette émotion. Laisse-la venir. Tu as le droit de pleurer, tu as le droit de trembler, tu as le droit d'être bouleversé. Mais reste dans l'instant. Ne le fouille pas dans ta tête. N'essaye pas de le balayer. Reste là. Cette émotion, ce n'est pas un bug. C'est exactement ce qui devait arriver. Tu deviens père pour de vrai. Ces premières secondes, elles ne reviendront jamais. Alors prépare-toi, pas pour les contrôler, mais pour les vivre pleinement. Peu importe comment ça se passe. Peu importe si c'est comme tu l'avais imaginé ou complètement différent. Ce moment, il t'appartient. Dans le prochain épisode, on va parler d'un autre défi. Gérer l'invasion des visiteurs. Parce que dès que bébé arrive, tout le monde voudra l'ouest. Et toi, tu vas devoir protéger votre bulle. Si cet épisode t'a préparé un moment magique, partage-le. Un futur papa qui a besoin de se préparer à ses premières secondes. Et en attendant, rappelle-toi. Ces secondes-là, elles t'appartiennent. Vilez, savourlez, tu vas devenir papa pour de vrai. A bientôt.