- Speaker #0
Je rachète l'entreprise qui a 170 salariés. Ma femme tire une larme chez le banquier parce qu'on hypothèque tout ce qu'on a. Même le chien a été co-chaîné. Moi, mon père, il a galéré pour la trésorerie. C'est parce qu'on oubliait de la facturation. J'essaye d'être un coordinateur de salariés, tout en essayant de me rappeler tous les matins que je fais vivre 1600, 1800 personnes tous les jours.
- Speaker #1
Tu es prêt à payer pour rester libre ? C'est quoi ?
- Speaker #0
Ah, ça fait... Merci.
- Speaker #1
Francis, merci d'être avec nous. C'est un grand plaisir de te voir et de te revoir. Plaisir partagé. Merci, c'est vraiment un plaisir. Première question, alors je vais revenir un peu sur l'histoire de ton entreprise que j'ai présentée tout à l'heure. En 1968, donc pour ceux qui sont plus jeunes, un moment révolutionnaire en France en tout cas. les salariés de ton groupe reposaient les pavés du boulevard Saint-Michel chaque matin pendant que les étudiants les arrachaient la nuit. C'est ce que j'ai cru lire sur ton site. Je vais te demander comme ça, avec un peu de plaisanterie, c'est aujourd'hui le danger sur les trottoirs de Paris, ce n'est plus les pavés, mais c'est plutôt les trottinettes. Alors toi, en tant que chef d'entreprise et spécialiste, qui refais les rues depuis 100 ans, en tout cas ton groupe, C'est quoi le pire ennemi d'un trottoir parisien ? C'est un étudiant en colère ou un mec en trottinette électrique ?
- Speaker #0
C'est plutôt des élus locaux qui sont venus fous, puisqu'aujourd'hui on ne peut plus travailler à Paris. En venant ici, je me suis rendu compte qu'il y avait des artisans qui devaient travailler dans des bâtiments et qui étaient malheureux pour trouver une place pour leur camionnette. Pour nous, j'ai arrêté de travailler dans les rues de Paris parce que je prenais des... Des PV, quand un sac poubelle tombait dans notre tranchée, on prenait un PV pour dépôt d'ordures sur la ville de Paris. Quand mon camion rempli d'asphalte à 220 degrés était obligé de se mettre, parce que l'asphalte c'est à une densité de 2,5, donc 20 litres d'asphalte, ça fait près de 40 kilos, c'est très lourd. Donc on se met le plus près possible de... de l'endroit à surfacer, et quand le camion se garait dans la voie bus près de l'endroit à surfacer, on prenait forcément un PV pour stationnement dans la voie bus. Donc c'est un peu ma hantise des trottoirs parisiens. Après les trottinettes, après les vélos, je l'ai subi en venant ici, c'est vrai qu'il faut faire attention à tout ce qui circule et qui passe.
- Speaker #1
Voilà, on me fait le sourire parce que tu as l'entreprise qui est centenaire.
- Speaker #0
Mais l'entreprise touffre à Paris.
- Speaker #1
Les entreprises souffrent à Paris, c'est un sujet qu'on a évoqué, où il y a de plus en plus d'artisans, malheureusement, qui ne veulent plus, c'est un choix stratégique, venir travailler à Paris pour toutes ces raisons.
- Speaker #0
Et on se félicite du moratoire sur la ZFE, parce que là encore, c'était les artisans qui allaient devoir remplacer leur camionnette qui leur servait tous les jours et qui fonctionnait très bien, mais qui étaient trop vieilles pour avoir le droit d'entrer à Paris.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Si tu croises un gamin, si un gamin te croise et te dit qu'est-ce que tu fais comme métier, qu'est-ce que tu réponds ?
- Speaker #0
On ne l'a jamais posé comme ça. Mais qu'est-ce que je lui répondrais ? J'essaye d'être un coordinateur de salariés tout en essayant de me rappeler tous les matins que j'ai 400 salariés et que je fais vivre 1 600, 1 800 personnes tous les jours. Donc tu as une responsabilité sur les épaules qui est assez importante.
- Speaker #1
On va évoquer ça, je sais que tu es chef d'entreprise évidemment et puis tu es un homme qui est engagé, on va parler de ça, tu as un engagement sur ton territoire qui est la Seine-Saint-Denis, tu es engagé également auprès des entrepreneurs de manière générale, des artisans en particulier, c'est vrai. Je reviens si tu veux bien sur tes racines, sur ton parcours. Ton grand-père, Alexandre, si je ne me trompe pas, c'était un paveur limousin qui montait sur Paris chaque hiver. En 1922, il décide de rester et de créer sa boîte, en gros. Et ce qu'on raconte, c'est que quand tu étais gamin, on t'a raconté cette histoire-là. Est-ce que ça t'a inspiré l'histoire de ton grand-père ? Est-ce qu'il y a eu, j'imagine, est-ce que tu... Tu t'es dit, voilà, ça sera un jour mon histoire. Est-ce que tu t'es projeté très jeune, justement, comme chef d'entreprise, ou est-ce que tu avais d'autres rêves ?
- Speaker #0
C'est compliqué. En fait, c'est assez intéressant de commencer par là, parce que l'histoire de ces gars-là, c'était des paysans qui venaient du limousin, qui avaient l'habitude de travailler le granit, et depuis le Moyen-Âge, ils partaient pendant la belle saison pour aller gagner leur croûte, parce que le limousin, ce n'est pas les terres les plus riches de France. Donc les femmes s'occupaient du bétail et ils étaient paysans-paveurs ou paysans-maçons. Et ils partaient...
- Speaker #1
Paveurs, tu peux en rappeler... Alors paveurs,
- Speaker #0
c'est comme ils savaient étaler le granit. On a progressivement remplacé... Il y a eu des pavés en bois dans les villes. Et puis après, on a fait des pavés en pierre. C'est-à-dire des cubes qui peuvent aller de 8, 8, 10, 10, 20, 20. Et leur métier était d'aller paver les rues. Et mon grand-père sera accompagné en son père lui-même. a été le dernier paysan paveur, puisqu'il a fait ça jusqu'en 1910, date à laquelle il est parti au service militaire pour 3 ans, 4 ans. 1910. Et après, il a fait 4 ans de guerre. Donc, il a fait 8 ans d'armée, bien involontairement. Et en rentrant, il a repris ce métier pendant 4 ans, toujours à compagnie de son père, et pour finalement rencontrer une jeune fille. de Nanterre avec qui il s'est marié. Ils n'ont pas fait une start-up, mais c'était à l'époque une petite entreprise de pavage à Saint-Denis. Et ils ont démarré comme ça, avec trois enfants, et ils en ont bavé.
- Speaker #1
D'accord. C'est toujours intéressant de revenir sur l'histoire et les racines. Il y a toujours un lien sur le présent. Tout à l'heure, tu disais que tu as fait une école d'architecture, je crois.
- Speaker #0
Je n'ai pas été très brillant au départ. J'étais à Saint-Denis, au lycée de Saint-Denis, il y avait beaucoup de grèves étudiantes, donc lycéennes. Donc j'ai pris un peu plus de temps que les autres pour arriver au bac. Et après, mon père m'a mis un coup de pied aux fesses pour me mettre à l'école d'étropublics comme conducteur de travaux, bâtiment. Après, j'ai fait mon armée et après je suis revenu, je ne devais pas être trop mauvais parce que mon prof d'architecture de l'école d'étropublics m'a fait rentrer en troisième année d'architecture. Et donc j'ai fini avec mon diplôme d'architecte dont je ne me suis jamais servi de ma vie. Jusqu'à après, je suis rentré chez, à l'époque, on appelait ça pas Vinci, mais les grands trônes de Marseille, l'entreprise Petit exactement, où j'ai été conduiteur de travaux. Et on m'a confié à 24 ans le plus gros chantier avec 100 bonhommes. Mon patron, d'ailleurs, me disait que je devrais le payer pour m'avoir confié ce chantier. J'ai fait l'hôtel département d'Evry et j'y suis resté 4 ans jusqu'à là. Au décès de mon père, qui m'a fait revenir dans l'entreprise familiale.
- Speaker #1
Tout jeune. Tout jeune, oui. Tu étais... En 2002... ton oncle François, il part à la retraite et tu rachètes l'entreprise.
- Speaker #0
Je rachète l'entreprise qui est à 170 en arrière. Ma femme tire une larme chez le banquier parce qu'on hypothèque tout ce qu'on a. Un risque financier. Même le chien a été co-séné.
- Speaker #1
C'était le plus dur.
- Speaker #0
Presque.
- Speaker #1
Et en 89, ta famille, c'est ce que j'ai lu sur ton site, a choisi l'indépendance à tout prix. C'est dans le sens où, aujourd'hui, du braque TP n'appartient à aucun groupe.
- Speaker #0
Voilà. Le plus gros danger dans une histoire, une saga familiale comme ça, c'est les générations qui suivent et la dilution du capital. Et à un moment donné, tu as des héritiers qui veulent récupérer leurs sous, qui n'ont rien à faire de l'entreprise. Donc, troisième génération, quatrième, ils vendent l'entreprise pour que certains récupèrent leur argent. Donc, moi, j'ai eu la chance. En 2002, de racheter l'ensemble du capital familial.
- Speaker #1
Toujours rester indépendant ?
- Speaker #0
Toujours pour être indépendant.
- Speaker #1
Mais c'est un point important.
- Speaker #0
C'est important, tu décides tout seul. Voilà. Tu sais où tu vas, tu prends tes risques.
- Speaker #1
Et le prix à payer pour rester libre, c'est quoi ?
- Speaker #0
C'est un gros chèque.
- Speaker #1
Un gros chèque. Un gros chèque,
- Speaker #0
comme je disais, avec une pension à la banque. Et donc, au début, on a un peu peur, mais on n'est pas entrepreneur, sinon.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Plus on prend de risques, plus le gain est possible derrière.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on traite de capitalistes et hier, j'étais... Tu es un caniveau.
- Speaker #1
On revient sur l'entreprise et sur la croissance de ton groupe. Quand tu prends les commandes, il y a 175 salariés, 17 millions de chiffres d'affaires. Aujourd'hui, tu es à 400 personnes. 60 millions de chiffres d'affaires. C'est quoi le déclic et tout le parcours de cette accélération ?
- Speaker #0
Le premier acte, ça a été la... La mise en place du directeur financier, c'est-à-dire le contrôle de gestion. Dans les travaux publics, on a une tare, c'est de travailler encore à l'oral. Et à l'oral, tu as ton client qui te demande de refaire un petit travail supplémentaire, une petite bricole à gauche. Il ne t'a pas fait le bon de commande parce qu'on se parle. Seulement à la fin du mois, le conducteur de travaux a peut-être oublié qu'on lui avait fait ça en plus. Le contrôleur de gestion va être là pour dire... Il y a un problème dans tes comptes, tu as bouffé de l'argent, et tu es sûr que tu n'as pas oublié de la facturation ? Ah mais attends, il faut que je demande à...
- Speaker #1
C'est le garant quoi.
- Speaker #0
Eh oui, c'est le rappel à l'ordre. Et avec ça, on a déjà retrouvé de la trésorerie qu'on n'avait pas pendant... Je vois mon père, il a galéré pour la trésorerie. C'est parce qu'on oubliait de la facturation, qui pouvait être jusqu'à, on dirait, 300 000 euros. Ouais, quand même.
- Speaker #1
Ouais, donc en fait... Il roulait comme ça,
- Speaker #0
d'oubli de facturation.
- Speaker #1
D'accord. Donc c'est la clé stratégique, en fait. Oui. La première,
- Speaker #0
c'est le suivi des factures, avec toute la problématique. Bon, le public, depuis qu'il y a des systèmes de plateforme comme Corus Pro, le public s'est largement amélioré. Mais ça a été aussi une grande période où les villes ne payaient pas. Et puis, il y a les rapports avec le client privé. Et là, c'est aussi une doctrine qu'il faut imposer aux conducteurs de travaux. Un bon de commande. Un bon de réception. Si tu vas devant un tribunal demain, tu es payé. S'il te manque un des éléments... C'est vous qui avez fait le chantier, monsieur ? Vous avez les preuves ? Non ? Bah allez, dégagez. Donc de la rigueur,
- Speaker #1
C'est mon conseil pour les futurs entrepreneurs aujourd'hui. Au niveau référence, alors là, c'est exceptionnel. J'ai lu que t'avais Notre-Dame.
- Speaker #0
Là, on a eu la chance d'avoir les travaux du parvis de Notre-Dame. Et un coup de pelle malheureux nous a fait ouvrir la crypte de Notre-Dame, qui a permis ensuite... Ça nous a arrêté le chantier pour trois ans, mais en même temps, on a découvert des... C'était plus petit que quoi ? ...archéologiques extraordinaires.
- Speaker #1
C'est quand même quelque chose de déceptionnel pour Notre-Dame. Place Vendôme, également ?
- Speaker #0
On a fait la Place Vendôme. Alors, elle a été refaite plusieurs fois, mais on l'a fait une fois en totalité. La dernière fois, on l'a fait pour un quart. On a fait le... Beaubourg, le Paris. Là, on est sur Paris.
- Speaker #1
Pour le coup, d'accord.
- Speaker #0
Paris, la voie express rive gauche. Non, des chantiers emblématiques de Paris. Des belles références. Oui, des belles références.
- Speaker #1
Et le Stade de France ?
- Speaker #0
Le Stade de France, c'est à la fois une perte d'argent, parce qu'on y reviendra, c'est sur la sous-traitance. On se fait toujours baiser par les grands groupes. Mais ça a été à la fois une... Une belle référence pour l'entreprise et une belle référence pour les salariés qui ont eu la fierté de travailler sur le Stade de France. D'ailleurs, nos 100 ans, quand on a fêté en 2022 les 100 ans, on était 1300. Je suis l'une des seules entreprises qui a eu le droit de faire une fête sur la pelouse du Stade de France. Et on était 1200 avec femmes, enfants, salariés. Et on a fait la fête dans le Stade de France.
- Speaker #1
Un vrai symbole, quoi.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'est un vrai symbole et un souvenir. Et un souvenir qui a marqué l'histoire de l'entreprise. Et de tous ces chantiers, tu as des chantiers qui t'ont marqué également ? Ou une histoire particulière ?
- Speaker #0
Quand j'étais jeune conducteur, j'ai fait un stade complet à Pierrefitte. Quand je passe devant aujourd'hui, je le vois vieillir. Je me rappelle être arrivé, c'était une forêt. Enfin, une forêt à l'abandon.
- Speaker #1
Et maintenant,
- Speaker #0
tu vois le stade. Tu as des choses comme ça. Nos métiers du BTP, c'est des métiers de prototype, en fait. On ne fait jamais le même chantier. On invente un prototype à chaque fois et on a la satisfaction de le voir vieillir. Le Stade de France, il a 30 ans aujourd'hui. Quand je vais voir un match, je le regarde et je me dis, quel bel ouvrage. Il n'a pas des mérités.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Également, tu possèdes une plateforme de recyclage.
- Speaker #0
Ah oui, là, c'est le grand regret de ma vie, c'est de ne pas avoir été écolo avant l'heure.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, il y avait beaucoup d'argent à gagner. Quand j'ai commencé en 84. à l'entreprise du Brac, il n'y avait qu'une plateforme sur le port de Gennevilliers qui concassait. Le gars qui avait fait ça, il s'appelait Rédacler à l'époque, il avait eu l'imagination de récupérer tout ce qui était démolition de voies, de roues, de trottoirs, de mettre ça dans le broyeur et de sortir des nouveaux matériaux pour remettre du ciment dedans et reconstruire. Alors que nous, pendant... Ça a duré 20 ans après lui. On continuait à aller chercher des matériaux naturels, les transporter par la route, les mélanger au ciment, et quand on les démolissait, les ramener dans des décharges. Un truc de fou qui coûtait un pognon dingue. Alors que le recyclage, c'est économie de transport, économie de la ressource naturelle et proximité. Mais bon, on n'est pas toujours prophète dans son pays.
- Speaker #1
Oui. C'est quoi le prochain grand rendez-vous, chantier que tu as à faire ? Là,
- Speaker #0
on sort les grands chantiers. Alors en ce moment, malheureusement, les grands chantiers sont un peu stoppés parce que l'économie française, je ne sais pas si tu as remarqué, elle n'est pas au top. Et l'immobilier n'est pas au top. L'immobilier n'est pas au top. Et quand il n'y a plus d'immobilier, par exemple, dans ma communauté de communes qui est pleine de communes, il y a 4 millions de mètres carrés de bureaux. Il y en a 1 million de mètres carrés vides. Donc est-ce qu'un promoteur va se mettre à faire du bureau aujourd'hui pour ne pas demander ? Donc aujourd'hui, les grandes ZAC qu'on a aménagées et compagnie sont un peu bloquées par l'absence de demande de promoteurs, soit en accession à la propriété, soit en bureau, soit en logements sociaux même.
- Speaker #1
Donc ça bloque ?
- Speaker #0
Ça bloque. Donc là aujourd'hui, heureusement qu'on a une entreprise d'entretien et qu'on sait boucher un nid de poules. et qu'on ne fait pas des grandes plaquettes genre pont de Millau. On fait ce qu'on sait faire à petite échelle. On attend bien évidemment des grands chantiers. On sort des JO où on a fait un village des athlètes. On en était très fiers. Mais là, pour l'instant, je ne vois pas quelque chose se décanter. C'est assez inquiétant pour la profession.
- Speaker #1
Tu en parles avec les pouvoirs publics qui t'ont en relation. Oui, j'étais chez le préfet hier, on en parlait.
- Speaker #0
Il y a le même concert. Il n'y a pas d'engouement et les gouvernements se suivent à un moment où il y a 2 millions de Français mal logés, où on est peut-être plus mal logé que du temps de l'abbé Pierre, où l'habitat insalubre devient une troisième voie de logement, parce que quand il n'y a pas de logement, les gens se descendent en grégorie. Donc on peut avoir des gens qui ont des revenus et qui sont... socialement bien installés et qui vont prendre un logement insoluble par défaut. Donc il y a un vrai problème au niveau du gouvernement de faire des dispositifs comme les deux Robiens, comme tout ça, les Pinels.
- Speaker #1
C'est un monde d'ambition, d'ambition politique, de pognon.
- Speaker #0
D'accompagnement. Avant on était riches, on est peut-être un peu moins. Et la spirale va vers...
- Speaker #1
Et puis il y a le courage politique aussi, à un moment donné, peut-être...
- Speaker #0
Et puis la politique est compliquée en ce moment. peut-être que les centres de pouvoir de décision ne sont pas opérationnels.
- Speaker #1
On sort d'élections, on parle de politique, on sort d'élections municipales. Toi, tu vois les choses comment ? D'une part, sur ton territoire, mais comment tu vois ? Moi,
- Speaker #0
je ne connais rien en politique, mais je connais bien les hommes politiques. Donc, j'essaie toujours d'avoir une proximité avec eux. Et puis, il y a un esprit toujours élargi pour comprendre. Pourquoi un tel va être LR ? Pourquoi un tel va être PS ? Et pourquoi l'autre va être insoumis ? J'ai l'impression d'être dans un département très social, très divers politiquement. Quand je suis né, c'était un peu l'Union soviétique. Il y avait 80% des villes qui étaient coco. Mais maintenant, on voit de tout. Et ma passion, c'est de les rencontrer et de les connaître et de comprendre leur raisonnement, leur façon de penser.
- Speaker #1
Et t'arrives ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ouais ?
- Speaker #0
Et ça m'enrichit tous les jours.
- Speaker #1
Super.
- Speaker #0
C'est pareil en termes religieux.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
La Seine-Saint-Denis ne me fait pas peur en termes de diversité religieuse.
- Speaker #1
Ouais, c'est bien.
- Speaker #0
Même si vendredi dernier, pour la fête de la Lille, l'entreprise était quasiment fermée parce que j'avais plus personne derrière les vols de camions ou à la tête des équipes. Voilà, mais bon, c'est un autre débat.
- Speaker #1
Je reviens sur l'humain, sur l'entreprise, quand le matin tu te réveilles. Est-ce que tu penses d'abord à ton chiffre d'affaires qui est en train de se développer, pas se développer, ou la boule au ventre sur justement les gars qui sont sur le chantier, est-ce que tout le monde va revenir ?
- Speaker #0
Alors d'abord j'ai une tare, c'est que quand je ferme la porte de ma maison...
- Speaker #1
Tu ne penses plus au travail.
- Speaker #0
Je ne pense plus au boulot. C'est une vraie tare, mais qui m'a beaucoup aidé dans la vie pour être serein. Et je continue, et je fais un point d'honneur, à me lever à 5h30 pour être avec mes équipes à 6h15. éplucher le parisien, parler de la vie, échanger sur le Mali, échanger sur...
- Speaker #1
T'es un homme de terrain, t'es vraiment un patron de terrain.
- Speaker #0
Mais non, là encore, c'est s'imprégner de ce qui se passe dans le monde. Peut-être que Macron m'aurait demandé, je lui aurais peut-être annoncé qu'on allait se faire virer du Mali avant l'heure. Pourtant, il y a beaucoup de diplomates, mais il ne l'a pas vu venir. Et dans tous les pays africains, mes salariés me disent, enfin les jeunes salariés, parce qu'il y a une différence entre les anciens qui étaient habitués au poste collodio et puis les jeunes qui veulent une Afrique, par exemple.
- Speaker #1
Tu as cette emprise avec les gens, avec le terrain. Oui, c'est passionnant. Et tu as pas mal de choses qui te remettent.
- Speaker #0
C'est passionnant. Et ça, ça dure de... De 6h15 jusqu'à 7h30. Un petit café et après, je vais aller voir un député, je vais aller voir un client. C'est une très belle vie.
- Speaker #1
Donc tu commences avec tes salariés.
- Speaker #0
Et je finis avec un préfet. Qu'est-ce qu'on veut de mieux ?
- Speaker #1
C'est super. Au moins, c'est varié.
- Speaker #0
Mais chaque conversation est enrichie par la précédente. C'est ça qui est ça.
- Speaker #1
Tu as créé Dubrac TP Academy ? Tu peux nous en parler ?
- Speaker #0
Là aussi, c'est un peu compliqué. Moi-même, je vis dans ce qu'on appelle la cité des Formes-Rosemont, mon entreprise entre les 4 mines de la Corneuve et la cité. J'habite sur place, donc on n'a jamais eu trop de problèmes avec les vagues migratoires des années 60, 70, 80. On n'a jamais eu trop de problèmes d'embauche. Parce que c'était des populations qui arrivaient directement du bled ou du pays et qui étaient des ruraux. Donc, leur donner une pioche, une pelle. Ils étaient immédiatement formés. Sauf qu'à partir des années 80-90, ces flux migratoires, même si on a les flux subsahariens, se sont taris. Et il y a une énorme population de jeunes dans les cités. Alors on va écarter ceux qui ont été recrutés par des professionnels qui les payent plus grassement que moi. Je ne peux pas lutter. Et puis, je me suis rendu compte que ces jeunes, finalement, ils étaient mal accueillis par leur aîné qui était mes encadrants.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que mon chef de chantier, lui qui a 40 ans, il a été formé par un chef de chantier qui lui a mis des coups de pied dans le cul. Et lui, il ne peut pas avoir la formation autrement que par... Le grand produit. Bah oui.
- Speaker #1
Logique.
- Speaker #0
Le mec, il prend un gamin, il lui a mis un marteau piqueur dans les mains. Le gamin, il est cassé à la fin de la journée, il ne vient pas le lendemain, c'est un bon à rien, tu me le vires. Et on n'arrive pas à créer un creuset de jeunes. Donc l'idée que j'ai eue dans l'académie, c'est, j'ai dit, ces gamins, autrefois on disait, ils ne quittent pas le clocher du village. Là, ils ne quittent pas la tour. Mais ils n'aiment pas sortir de leur cité, ils ont peur. Même si c'est des caïds dans leur cité. À l'extérieur, ils ont peur de ce monde. Donc, il faut que je leur donne une assurance. Il faut qu'ils puissent se regrouper, qu'ils puissent se rassurer. Et donc, on a fait des rencontres, des sélections. J'ai même eu 25 primos arrivant maliens. Et je les ai emmenés en Normandie pendant deux jours. Comme une grande école.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Pour qu'il y ait ces deux jours d'intégration qui jouent... Faire du sport ensemble, qu'ils connaissent.
- Speaker #1
Une sorte de séminaire.
- Speaker #0
Des bouées de secours, l'un vers l'autre, puisqu'ils puissent s'appeler, parler de leur taf, et compagnie. Et ensuite, je leur ai fait des formations d'apprentis maçons, pabeurs. Ça a été assez beau d'ailleurs, parce que les chefs de chantier eux-mêmes se sont mis à les... Je pense surtout aux primo-arrivants maliens, donc mineurs. Ils arrivent, ils ont une paire de pompes. Un short et un t-shirt. Et un portable. Ils ont tous un portable. Mais c'est tout ce qu'ils ont dans la vie. Et donc, mes chefs de chantier, voyant l'hiver arriver, ils les ont invités chez eux à bouffer. Ils les ont emmenés au supermarché. Il y a eu du lien social extraordinaire. Et du coup, ces gamins-là, il a fallu que j'éduque mes chefs de chantier aussi. Pour leur dire, les gars, vous n'allez pas les éduquer comme vous avez éduqué. Vous leur donnez deux mois de sursis pour qu'ils s'adaptent à l'entreprise. Enfin, je veux dire, c'est... Alors, on va me dire, il fait du paternalisme. Oui, non, mais j'ai pas de problème de recrutement.
- Speaker #1
C'est plus que ça.
- Speaker #0
Et là, il y en a d'autres qui arrivent, une autre promotion.
- Speaker #1
C'est-à-dire que t'as créé du lien.
- Speaker #0
Tu as créé du lien, il faut créer du mélange. Mais c'est des mondes complètement différents que ceux qu'on a eus il y a 30 ans, quoi.
- Speaker #1
Oui, tu t'es complètement adapté au contexte d'aujourd'hui, quoi.
- Speaker #0
Au jeune d'aujourd'hui. Sachant que c'est des petits caïds, moi je dirais, fragiles.
- Speaker #1
Des petits cahiers de fragile. Est-ce que tu as dû en faire ? Est-ce que tu as fait des erreurs de management ?
- Speaker #0
Des ?
- Speaker #1
Des erreurs au niveau management. Est-ce que tu as eu des erreurs de management qui t'ont marqué ou pas du tout ? Est-ce que tu as des choses qui t'ont marqué là-dedans ou des conseils à donner ? Justement pour des petits, moyens, grands patrons.
- Speaker #0
Le seul conseil que j'aurais à donner, c'est la confiance n'évite pas le contrôle. Je pense par exemple à un jour où un chef de chantier n'est pas revenu au lendemain d'un grand week-end de Pentecôte. Mardi, il n'est pas là. Le mercredi, il n'est pas là. Le jeudi, il n'est pas là. Et je demande où il est. Et à son frère. Son frère me dit qu'il est en tournée en Italie. Ah bon ? Oui, il est parti avec la voiture de l'entreprise faire passeur entre l'Italie et la France et il s'est fait gauler. Donc, des gens auxquels vous avez tout à fait confiance et puis il y en a quelques-uns, le moins possible, mais qui vont vous tourner à l'envers. Donc, il faut toujours avoir un œil et toujours être en alerte.
- Speaker #1
Donc un oeil confiant et un oeil attentif.
- Speaker #0
Oui, toujours.
- Speaker #1
Bon, là, je vois tes deux yeux, ça va, tu m'as l'air confiant.
- Speaker #0
Oui, après, il y a des gens extraordinaires. Il y a la vieille garde qui est là, qui est les grenières.
- Speaker #1
On va parler de ton engagement territorial, parce que tu es fortement engagé. Donc, tu es président de la pleine commune promotion. Tu peux nous dire à quoi ça sert ?
- Speaker #0
Alors, à quoi ça sert, c'est assez simple. Dans les années 92, avant la construction du Stade de France, il y a eu la mondialisation. Et Saint-Denis, qui était un bassin économique et d'accueil de migrants, des Bretons en 1860 qui ont fait du gaz jusqu'aux Portugais, aux Italiens. Ce territoire a perdu 25 000 salariés. Ça a été la fermeture des usines, la fermeture des gens comme, je mentionnais, des rutschkis, les pianoplayers. Tout le monde a fermé, tout le monde a délocalisé. Et ce territoire avait 650 hectares de friches industrielles, avec les maires communistes qui accompagnaient la CGT pour dire, ça l'autre patron, il ferme les usines. Et donc, il n'y avait plus un patron qui voulait aller en Seine-Saint-Denis. Parce qu'il disait, c'est le coup de gorge, si j'arrive là-bas, je vais me prendre des grèves.
- Speaker #1
Mauvaise réputation.
- Speaker #0
Ah bah oui. Cette année, elle était grise, elle était noire de poussière, elle était rouge, elle était tout ce qu'il ne fallait pas pour un patron. Et c'est le maire communiste de Saint-Denis qui m'a appelé, Patrick Brosec, qui m'a dit, moi, la politique, c'est une chose, mais pour faire de l'emploi, il faut les employeurs. Donc j'ai besoin des patrons. Donc on va faire une association pour promouvoir le territoire. Vous, vous serez mes porte-parole auprès des patrons pour leur dire que je ne vais pas les dans l'ongle, je ne vais pas les séquestrer. Et ensemble, on va construire.
- Speaker #1
C'est un vrai changement culturel.
- Speaker #0
C'est un changement culturel.
- Speaker #1
Au niveau politique.
- Speaker #0
À tel point que le parti communiste a mis des panneaux 4 par 3 dans toute la Seine-Saint-Denis. La Seine-Saint-Denis était représentée comme un fromage et des rats avec des hautes formes pour dire au patron et au communiste réformateur. La Seine-Saint-Denis n'est pas un fromage. Bon, toujours est-il qu'on a eu un coup de bol extraordinaire. C'est que, après avoir démarré les travaux à Melun-Sénard, le grand stade est venu à Seine-Denis. Et que là, tout a changé parce que ce stade privé a attiré beaucoup de patrons qui venaient dans leur loge ou dans les sièges premiers. Et ils ont découvert qu'ils traversaient la dernière zone d'Europe qui était à moins 30% de la défense en termes de prix et qui en était au bord du périphérique. Aujourd'hui, 30 ans après, mais ça s'est fait en 20 ans, on est à 2 200 000 m² de bureaux et d'activités et 60 000 salariés qui sont arrivés. Donc, Pleine Commune Promotion, c'est devenu après Saint-Denis Promotion, Pleine Commune Promotion, c'est la communauté d'agglomération. Et là, j'ai 400 salariés, 400 patrons qui veulent un... un territoire animé.
- Speaker #1
C'est un espace de dialogue, de promotion qui rassemble. Par exemple,
- Speaker #0
cet après-midi, je vais vous quitter pour aller à un débat avec Natacha Polony sur l'économie.
- Speaker #1
C'est un vrai espace de dialogue et de promotion au niveau du territoire. La chambre de métier, l'artisanat, 93, tu es président depuis quelques temps. Je suis président depuis 5 ans,
- Speaker #0
je crois.
- Speaker #1
Oui, et puis tu as été premier vice-président avant. Avant. Oui, mais là, tu es président. Donc la Chambre de métier, tu as un engagement auprès des TPE, des artisans. Tu peux nous en parler ?
- Speaker #0
Mon ancrage natal, puisque je suis depuis tant de temps en Seine-Saint-Denis, la Fédération du bâtiment a pensé que j'étais le meilleur candidat pour rassembler les artisans de Seine-Saint-Denis. C'est vrai qu'aujourd'hui, l'artisanat en Seine-Saint-Denis, c'est à la fois l'artisanat traditionnel...
- Speaker #1
Il y en a combien, l'artisan ?
- Speaker #0
52 000.
- Speaker #1
52 000. Tout confondu.
- Speaker #0
Tout confondu. avec beaucoup d'auto-entrepreneurs, un artisanat de quartier aussi, donc de quartier populaire. Donc tous ces gens-là m'ont fait confiance parce que j'étais l'enfant du pays.
- Speaker #1
Oui, et donc tu mènes pas mal d'actions avec eux. J'essaye. Tu essaies, tu... Oui. Comment tu vois justement ce problème ? Je pense à la sous-traitance. Toi, comment tu vis la sous-traitance ? euh On entend souvent des chefs d'entreprise qui disent la sous-traitance, c'est problématique, c'est compliqué à trouver, des gens fiables, etc. Toi, comment tu parlais de ta vision ? La sous-traitance,
- Speaker #0
je me suis fait assez mal voir par les politiques pendant les derniers JO, parce que pour le monde politique, il fallait que la Seine-Saint-Denis ait les retombées économiques des JO. Sauf que les JO, c'était quoi ? C'était construire une piscine olympique, c'était construire... quatre ou cinq zones de onze bâtiments à la fois. C'était de faire un pont de franchissement d'un kilomètre et demi. Ce n'est pas des travails d'artisans ou de PMU ou de TI. C'est des travails de grosses sociétés comme Bouilly, comme Pichet-Legendre, avec des proventeurs comme Effage ou Vinci ou d'autres. Et je disais aux politiques, n'envoyez pas nos entreprises dans ces coupes-gorges, parce que le but d'un conducteur de travaux d'un grand groupe, c'est de gagner du pognon. Donc il a du pognon à gagner avec ses mecs sur sa rentabilité, mais il a aussi du pognon à gagner sur les sous-traitants. Et nos sous-traitants de Seine-Saint-Denis ne sont pas forcément taillés pour pouvoir répondre à ces gens-là dont c'est le métier qu'ils ont l'habitude. Donc faites gaffe, ne les envoyez pas au charbon. Alors, la sous-traitance, pourquoi pas ? Pas dans ces grosses affaires. Plus c'est étincelant, et plus il y a du fric à perdre. Je vous ai parlé du Stade de France tout à l'heure. J'ai perdu 300 000 euros parce que je me...
- Speaker #1
C'était pas rentable.
- Speaker #0
Je voulais y aller. Oui. Mais les méthodes, par exemple, ils ont fait deux appels d'offres. Un pour les voies et un pour l'assainissement. J'étais premier en voie, troisième en assainissement. Qu'est-ce qu'ils ont dit ? On donnera le chantier à celui qui sera meilleur dans les deux. Donc j'ai baissé mes prix d'assainissement.
- Speaker #1
Et là,
- Speaker #0
je me suis fait massacrer.
- Speaker #1
Donc les marges ont été bouffées.
- Speaker #0
Et c'est normal, c'est leur métier de nous bouffer.
- Speaker #1
Donc tu as travaillé là-bas, c'était pour le... J'en ai retiré.
- Speaker #0
Ce que je dis, j'ai la photo du stade dans mon bureau, elle vaut 300 000 euros.
- Speaker #1
Bon, je la prends en photo. Donc,
- Speaker #0
prudence. Ne pas se laisser attirer par les miroirs aux alouettes. C'est l'artisan qui est in fine, c'est l'artisan, le sous-traitant qui va signer son contrat, qui soit sûr de lui, il n'aura jamais de cadeau de la part de l'entreprise principale. Donc il faut y aller parce que le boulot il est là aussi.
- Speaker #1
Il faut bosser.
- Speaker #0
Et il est là et malheureusement nos collectivités, pour faire des économies, ne font pas assez d'allotissement pour qu'il y ait des lots spécifiques plomberie, des lots spécifiques électricité. Ils font des macro-lots ou des lots d'entreprise générale. Et là, on tombe dans le broyeur.
- Speaker #1
Est-ce que plusieurs lots, ça permettrait à ce que tout le monde travaille ?
- Speaker #0
Oui. Et à leur prix.
- Speaker #1
Et à leur prix, oui.
- Speaker #0
Parce que le prix revient au même pour le client.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Mais pour le sous-traitant, il va être amputé de 20% ou 30%.
- Speaker #1
On arrive bientôt à la fin de notre échange. Si tu pouvais remonter le temps et tu vois le plus jeune Francis. que tu étais, tu lui donnerais quoi comme conseil ? Maintenant que tu as fait le parcours.
- Speaker #0
Ah ça c'est... C'est une bonne question.
- Speaker #1
En 2002, par exemple. En 2002,
- Speaker #0
il a racheté l'entreprise. Si j'ai mis le courrier en 2002... Peut-être qu'on balisait qu'aujourd'hui, je ne regrette pas et que je dirais que je le referais. Peut-être que je n'ai pas été assez vite. Aujourd'hui, je suis en train de réaliser des choses. De racheter une entreprise, par exemple.
- Speaker #1
Tu fais de la croissance externe ? Oui.
- Speaker #0
Notamment en marquage, en signalisation, en jeu d'enfant. Et je me dis, mais pourquoi je ne l'ai pas fait plus tôt ?
- Speaker #1
Tu étais plus prudent.
- Speaker #0
Oui, et puis je ne me disais pas que je pouvais le faire.
- Speaker #1
Ah,
- Speaker #0
oui. Maintenant, aujourd'hui, je n'ai plus peur de le faire.
- Speaker #1
Oui, tu as une confiance.
- Speaker #0
Une confiance, une expérience.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Mais déjà, quand j'étais passé de 75 à 200, à 250, je me dis voilà. Et puis parce qu'on a peur de la trésor, on a peur de tout. Et puis finalement...
- Speaker #1
Donc là, tu dirais ce jeune Francis, plus jeune en tout cas.
- Speaker #0
Mais toi, écoute, pied au cul et vas-y.
- Speaker #1
OK, voilà, on a une bonne méthode. Et si jamais tu avais un jeune là devant toi, parce qu'on a pas mal de jeunes entrepreneurs et puis moins jeunes entrepreneurs dans le bâtiment, tu lui dirais quoi pareil ? Alors,
- Speaker #0
je vais raconter une anecdote. Au lendemain de l'élection municipale, il y a cinq ans, le lundi qui a suivi l'élection du conseil municipal de Saint-Denis, ma secrétaire m'a dit « il y a une maire adjointe qui voudrait parler et je vais la voir » . Et je lui dis « mais vous êtes qui ? » . Elle me dit « je suis Alice, je suis maire adjointe à petite enfance » . Je lui dis « ben, c'est pas ce que vous venez faire, l'entreprise de travaux publics » . Elle me dit « monsieur, il y a quinze ans, quand j'avais quatorze ans » . Vous êtes venu dans mon collège et vous m'avez dit, ce n'est pas parce que tu habites dans un quartier difficile que tu ne dois pas réussir dans la vie. Aujourd'hui, je suis un meilleur adjoint et je viens vous le dire, que j'ai réussi à cause de vous. Ça, ça m'a beaucoup ému et je pense que c'est le message qu'il faut passer.
- Speaker #1
Super. J'imagine que ça a dû te faire quelque chose. C'est sûr.
- Speaker #0
Parce qu'on va dans ces collèges, on pense à parler au ventre, mais en fait, pas du tout.
- Speaker #1
Oui, les gens retiennent. Toi, tu es la troisième génération de l'entreprise.
- Speaker #0
Oui, on dit que la première, c'est des aigles. La deuxième, de faux cons. La troisième, des vrais cons. Non,
- Speaker #1
je rigole. Et la quatrième ?
- Speaker #0
La quatrième, c'est le problème.
- Speaker #1
Dans dix ans, comment c'est ? Dans dix ans ?
- Speaker #0
J'espère que je ne serai pas à l'EHPAD, qu'ils ne m'ont pas mis. Non, j'ai des enfants, ça n'intéresse pas. Ça arrive. Peut-être que j'ai mal fait. J'aurais dû faire comme dans les grandes sociétés. On programme le gamin à la sortie du berceau pour être le successeur des grandes forges.
- Speaker #1
Ça ne marche pas tout le temps, en plus.
- Speaker #0
Ça ne marche pas tout le temps. Et là, j'ai laissé faire. Et puis, j'ai beaucoup d'espoir dans un de mes petits-fils, qui est en deuxième école d'ingénieur.
- Speaker #1
Donc, il y a un espoir de voir la quatrième. D'accord. Merci, Francis. C'était moi. C'était un grand plaisir. C'était passionnant, parce que tu es un homme qui est passionné. Donc, ça va avec.
- Speaker #0
De l'entreprise et de la vie.
- Speaker #1
De l'entreprise, de la vie, des hommes et du territoire. Donc c'est vraiment complet.
- Speaker #0
Et la Seine-Saint-Denis.
- Speaker #1
Et la Seine-Saint-Denis qui est vraiment...
- Speaker #0
Elle reste belle et rebelle.
- Speaker #1
C'est ta terre natale et tu lui rends bien.
- Speaker #0
Et beaucoup en ont peur. Et moi, c'est mon terrain de jeu.
- Speaker #1
C'est ton terrain de jeu. Super. C'est ça qu'on va terminer. Merci beaucoup. J'espère que ce nouvel épisode vous a plu. On se retrouve prochainement. Soyez nombreux encore à vous abonner, à nous suivre. Encore merci. Nous sommes 1,5 million de personnes à avoir vu nos épisodes. Donc un grand merci. Et je vous donne rendez-vous une prochaine fois.