Speaker #0Les deux années qui allaient suivre, on allait toucher le fond, plus, plus, plus. J'ai entamé, mon année de prépa en a rappliqué à mon bélier. Et comme fallait s'y attendre, cela a été une vraie catastrophe. Je n'avais absolument pas le niveau, et pour la première fois de ma scolarité, j'étais littéralement larguée. Alors oui, je m'attendais bien avec mes camarades de promo, qui pour certains venaient d'aussi loin que moi. Cela dit... c'était pas non plus l'éclate des moments étudiants, comme on peut l'imaginer. Je passais le plus clair de mon temps en cours, puis dans mon studio, puis je rentrais les week-ends. Le retour à la maison, c'était le retour à la galère. Ma sœur rencontrait de plus en plus de difficultés avec la famille d'accueil qu'elle accueillait pour son sport-études. Ce qui a valu que durant l'année, elle fût rapatriée à la maison de façon définitive, et elle a arrêté la danse classique. Là où je me suis rendu compte de la déchéance psychologique de ma mère, c'est à la paire de Noël. Étant prise par mes études, je n'avais pas vu apparaître dans la vie de ma mère une patronne de bar, tabac PMU. Voilà ma surprise quand je rentre pour les fêtes. Je me rends compte que ma mère est plus qu'exploitée par cette femme, à laquelle elle vouait une totale admiration. Je ne la reconnaissais plus. Elle y passait toutes ses journées. Elle tenait le bar, elle tenait le tabac, il y faisait le ménage. Elle dédiait littéralement sa vie à cette femme, plus âgée, seule, et qui en apparence faisait chic. Cette femme, cette tenardière, tenait comme d'une main de maître son établissement et son personnel. Sauf que ma mère n'y était pas payée, ou très peu. Or, ces conditions, une scène me restera gravée. Pour l'anecdote à la maison... Nous n'avons jamais mangé de pâtes, car ma mère les avait en horreur. Et un soir, nous voilà invitées chez cette patronne, avec mes frères et sœurs. Elle avait fait un gros plat de spaghettis. Elle en propose à ma mère. Sentant ses réticences, la patronne insiste, et en lui mettant une fourchette limite à la bouche. 1. Ma mère a accepté sans broncher. 2. Elle a prétendu que c'était délicieux. Je ne vous... cacherai pas que j'ai trouvé cette scène surréaliste. Avec mes frères et sœurs, on était choqués. Je ne comprenais absolument pas ce qui se passait. Voir sa mère être la marionnette volontaire de quelqu'un qui plus est d'une femme, je savais pertinemment l'emprise qu'elle avait sur elle, mais c'était totalement dingue. Dans cette période de Noël, ma mère était tellement prise par ses occupations Et au niveau financier, c'était de plus en plus critique. C'était le premier Noël où elle nous avait rien offert. Elle s'est retrouvée bête et émue, puisque nous avons fait en sorte de lui acheter un manteau. Je pense que c'était le premier déclic qui s'est opéré à ce moment-là. Mais il n'était pas facile de faire entendre à quelqu'un la raison quand vous n'êtes pas là, et que l'emprise de l'autre est puissante. J'avais compris que ma mère pensait avoir trouvé en cette femme une sorte de reconnaissance. Elle se rendait indispensable au détriment de ses enfants, certes, mais dans ce lieu elle était entourée d'hommes, et pensait avoir une certaine, je pense, popularité auprès d'eux. Briller aux yeux des autres était à cette époque-là très importante pour elle. En parallèle, moi j'ai tenu à Montpellier jusqu'au printemps. Par la suite, ayant récupéré la voiture de mon père, je faisais les allers-retours, ce qui me permettait d'être plus présente, d'occuper le terrain dirons-nous. Ce manège au bar a duré encore quelques semaines. Je me rappelle qu'à cette période, elle avait reçu aussi une certaine prime de la part de l'armée pour elle et les petits. Cela représentait une certaine somme. Je la vois aussi aller voir les assistantes sociales pour leur demander de l'aide. Mettre sa fierté de côté est difficile et je souhaite à aucun enfant d'assister à ça. Car au final, à la sortie de chacun des rendez-vous, elle se voyait envoyer à la tronche ses choix. Pas la bonne maison, sans aucune solution proposée à la place. Pas la bonne école, vu le comportement des petits, il leur fallait un cadre. Là aussi, c'était pas bien. Tout n'était qu'en reproche. Alors je comprends aujourd'hui le poids de la parole de cette tenancière. Elle avait cette façon de faire croire qu'elle faisait partie de la même équipe, qu'elle comprenait qu'elle aidait ma mère, tout en abusant de son temps et de l'énergie qu'elle consacrait à son entreprise. A l'époque, je n'y connaissais... que dalle en gestion de compte. Je sais juste que ma mère m'avait parlé de sa demande de prêt. assez importante, qui devait à l'époque me permettre d'acheter une nouvelle voiture, entre autres choses, et aussi de mettre du beurre dans les épinards. Durant les semaines qui allaient suivre, tout allait se bousculer. J'allais finir mon année de prépa en catastrophe. C'est là que j'ai réalisé qu'il suffisait d'avoir payé et d'assister au cours pour valider une année, peu importe ton niveau. Les parents d'eau allaient divorcer. Alors durant quelques semaines, durant l'été, il était venu. Pour quelques temps, le temps que les choses se calment chez lui. Mais surtout, ma mère nous a ramené un nouveau homme, un nouvel homme. C'est un gars qui n'avait jamais travaillé de sa vie, qui vivait au crochet de sa mère, accro aux courses, et qui avait élu domicile chez nous. Là, on avait touché lamentablement le fond. Je revois ma mère lui repasser sa chemise, lui à côté avec son journal spécialisé programmé ses paris du jour. Je le revois tenter des politesses. Et comme à mon habitude, dans ces cas-là, je ne parlais plus. Ma mère était une passionnée de l'amour. Pas sûre qu'elle en était transie, mais elle était assez transie de lui pour le laisser vivre chez nous. Il n'a pas apprécié l'arrivée d'eau, d'autant qu'il était clairement raciste. Et manger ses repas devant un noir ne lui plaisait clairement pas. Aussi, il ne comprenait pas pourquoi il était là. Je lui répondais la même, et pour une fois ma mère comprit que son choix n'allait pas l'accepter facilement. O est resté un mois en tout. La dernière semaine, elle est savoir comment. C et ma mère étaient partis, seuls à Vichy, profiter du grand air et des cours hippies. O est reparti la veille de leur retour. A leur retour, ma mère m'offre un présent, un t-shirt Morgan. Chacun de nous a un présent. Mais je sentais qu'il y avait quelque chose qui clochait. C'est le dernier soir où je verrai C. Le lendemain, je questionne ma mère sur cette semaine de voyage. Et là, je comprends que 1. Le crédit lui avait été accordé. 2. Ce même crédit lui avait servi à payer son escapade. Vous expliquez ou vous détaillez mon état d'esprit. Imaginez une furie enragée. Je vous avais juste un aperçu. Le sentiment de déception, de dégoût, de rage m'envahit. Ce bateau où le capitaine-maire avait totalement merdé, il fallait donc agir. Et je pense que ma rage a surpris ma mère. Elle ne s'y attendait absolument pas. Jusque-là, j'avais laissé faire. Et là, elle était ma mère après tout. J'ai réussi... J'ai réuni, pardon, toutes les affaires restantes de ce C. J'ai allumé un feu dans le jardin et j'ai tout brûlé. Ma mère était en tétanie. Durant ce feu de rage, je l'ai appelé le C. Je lui ai versé toute ma haine. Je l'ai menacé de ne jamais le recroiser ma route. Croyez-le ou pas, ce n'était pas des paroles en l'air à ce moment-là. Quand on dit que tout le monde a la capacité du... tuer quelqu'un, je peux vous jurer que c'est vrai. Ce mec-là avait abusé de ma mère et avait sali ma famille. Quoi qu'il en soit, j'ai été très convaincante puisque jusqu'à aujourd'hui, je ne l'ai jamais revue. C'est l'amour que j'avais pour ma mère qui m'a conduit à cette haine. Après cet épisode, plus aucun homme s'est installé chez nous. Ma mère n'est plus allée chez la tenancière. Elle a commencé à travailler pour une association pour faire des ménages. chez les personnes, en plus elle s'est lancée dans la vente de produits cosmétiques à domicile. Elle avait creusé sa dette, mais peu importe le temps que ça allait prendre, cette fois, j'allais être plus vigilante sur ses choix. Car ce n'est pas le manque d'envie de s'en sortir, bien au contraire, qu'elle avait juste croisé les personnes malveillantes. On se demande après pourquoi on me traite de sauvage. Car au travers de l'expérience de ma mère, j'ai appris que l'humain peut être vautour. et charognes en même temps. Est-ce que cela a impacté ma relation avec les hommes ? La réponse est dans la question.