- Speaker #0
Ce podcast vous est proposé par la plateforme Livi.
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle César Ancel-Ancel. Je suis médecin généraliste et urgentiste. Bienvenue dans Patients, saison 2.
- Speaker #0
Tanam et l'obésité.
- Speaker #1
Plus de 8 millions de Français adultes sont en situation d'obésité. et ce chiffre tend à se multiplier dans les années à venir. L'obésité ne se résume pas qu'à une mauvaise alimentation. C'est une maladie chronique, évolutive, complexe et multifactorielle. Elle peut ainsi affecter le bien-être physique, psychologique et social. Comment perçoit-on les injonctions et les conseils quand on est en situation d'obésité ? Comment faire de son bien-être sa priorité ? Aujourd'hui, j'ai la chance d'accueillir Sanam, qui va nous raconter son quotidien avec l'obésité. Bonjour Sanam !
- Speaker #0
Salut !
- Speaker #1
Sanam, est-ce que ça te va si on se tutoie ?
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Comment vas-tu ?
- Speaker #0
Ça va super bien et toi ?
- Speaker #1
Ça va très bien. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #0
Oui, avec plaisir. Alors moi, c'est Sanam, j'ai 33 ans, ça fait 10 ans que j'habite en région parisienne et ça fait une vie que je suis obèse.
- Speaker #1
L'obésité, qu'est-ce que ça signifie pour toi ?
- Speaker #0
L'obésité pour moi, c'est clairement mon mode de vie depuis toujours, puisque j'ai dû faire face à tout et tout le monde avec cet aspect-là physique que j'ai depuis toujours.
- Speaker #1
À quel moment de ta vie, le terme obésité a été prononcé pour la première fois ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Je ne m'en souviens pas concrètement parce que j'étais petite, mais je l'ai lu sur mon carnet de santé quand j'avais 4-5 ans où mon médecin disait que j'avais pris 4 kilos en un an et que je frôlais l'obésité.
- Speaker #1
Et donc, comment ça a été perçu par ton entourage, par tes parents ?
- Speaker #0
Par moi, je l'ai vécu comme ça, mais par mes parents et surtout pour ma maman, ça a été très compliqué depuis toujours, d'autant plus que nos origines, c'est vraiment le culte de la minceur. donc depuis toujours bah Elle s'est battue avec ça.
- Speaker #1
Le culte de la minceur dans ta famille, du côté de ta maman ?
- Speaker #0
Du côté carrément du pays entier. Mais c'est drôle, c'est paradoxal parce que dans ma famille, tout le monde est gros.
- Speaker #1
De quel pays tu parles ?
- Speaker #0
Je suis d'Iranienne.
- Speaker #1
D'accord. Et en Iran, il y a un culte de la minceur ?
- Speaker #0
Clairement, un culte de la minceur, de la beauté, de la chirurgie esthétique. Et je suis un petit peu le vilain petit canard parce que je suis la plus grosse, mais pas la seule grosse. Donc, c'est vraiment très paradoxal.
- Speaker #1
D'accord. Donc, c'est ce qui explique un peu la réaction de ta maman. Et toi, quand tu as découvert ce terme obésité, au niveau de tes premiers souvenirs, est-ce que tu as réagi ? Est-ce que ça voulait dire quelque chose pour toi ? Comment ça s'est passé pendant ton enfance ?
- Speaker #0
Pour moi, le mot obésité, ça voulait juste dire que j'étais obèse, comme quelqu'un qui est grand, qui est mince, qui est petit. C'était juste un adjectif. En fait, je n'avais pas le recul de me dire obésité. Ça veut dire que je suis quelqu'un de « pas normal » .
- Speaker #1
Et ensuite, au passage à l'adolescence ? À l'école, est-ce que tu as des souvenirs ? Comment ça se passait notamment avec tes camarades ?
- Speaker #0
C'est dingue ce que je vais dire, mais j'ai eu une très très bonne enfance et une très bonne scolarité par rapport justement à mes camarades. J'ai toujours été la bonne copine, l'élève modèle, donc il n'y a personne qui m'embêtait par rapport au poids, parce que j'étais vraiment la camarade que tout le monde appelait quand on avait besoin, qu'on choisissait dans son équipe de sport, bizarrement. J'étais la première qui était prise, même si mon... corps n'apprêtait pas à être une grande sportive d'après la société. Et donc, je n'ai pas mal vécu ma scolarité.
- Speaker #1
Est-ce que tu dirais que actuellement, ça a un impact sur ta vie au quotidien ?
- Speaker #0
Alors, ça a un impact oui et non. Il y a quand même, mine de rien, un impact positif parce que j'en ai fait mon marketing, clairement. Et aujourd'hui, c'est ma marque de fabrique. Sanam, la grosse qui s'est fait sa place dans la société et pas n'importe quelle place. Et c'est quelque part aussi Et... ma revanche sur la vie et sur certaines personnes et les promesses que j'ai pu faire quand j'étais petite justement par rapport à ça.
- Speaker #1
De quelle place tu parles ?
- Speaker #0
D'une place que tout être humain a le droit et doit avoir dans cette société, c'est-à-dire d'être une personne qui a accès à tout, qui peut vivre tout simplement, peu importe le physique qu'elle a.
- Speaker #1
Et donc, suite à cette réappropriation, on va dire, le regard de tes parents, tu trouves qu'il a évolué au fil du temps ?
- Speaker #0
Le regard de mes parents, surtout de ma maman. Clairement, je me rappelle quand j'étais petite, vraiment d'être l'enfant grosse de la classe dans les parcs. Ça l'a dérangé énormément et j'ai entendu des phrases d'elle qui m'ont marqué après coup. Et quand j'avais 11 ans, je lui ai fait la promesse que mon obésité la dérangeait elle, mais que j'en ferais mon gagne-pain et que je réussirais grâce à ça.
- Speaker #1
Quand t'avais 11 ans ?
- Speaker #0
Ouais, clairement, parce que ça m'avait beaucoup trop touchée. La phrase que j'ai entendue, ça bouche. et je pense pas qu'elle le disait à mal, c'est juste qu'en fait, elle s'est mise en tant que maman de se dire, oui, ma fille se fait... On l'embête ou on peut l'embêter parce que pour elle, être gros, c'est un peu une tare, on va dire. Et la phrase dont je me suis souvenu que ma maman a dit à ce moment-là, c'est qu'elle disait à sa sœur qu'elle était malheureuse parce que sa fille était grosse. Et ça m'a donné ce déclic-là de lui faire cette promesse-là. Mais aujourd'hui, avec ce que je suis devenue et qui je suis devenue, c'est une des personnes les plus fières de moi.
- Speaker #1
L'obésité, ça a eu une incidence sur ta confiance en toi, sur ton estime ?
- Speaker #0
Cette notion de confiance et d'estime, elle est arrivée tard parce que jusqu'en terminale, j'ai eu une super scolarité. C'est à l'université que là, on commençait les moqueries. On se moquait de moi parce qu'en amphithéâtre, mon ventre touchait les tables. Et je l'ai très, très mal vécu. Ma première année d'université, je l'ai très, très mal vécu. au point d'être très souvent absente alors qu'avant je ne connaissais pas ça. Et vraiment cette notion de confiance en soi est arrivée lors de ma troisième année de licence quand je l'ai effectuée en Espagne. Donc j'étais au bord de la mer tout le temps avec des personnes super bien foutues, en maillot de bain en permanence. Donc déjà je ne me suis jamais empêchée de vivre, je me suis toujours mis en maillot de bain. Mais j'étais par intermittence barmette. parce qu'un des proprios d'une boîte m'avait demandé pour justement ramener beaucoup d'étudiants, vu que j'étais étudiante. Et au moment de servir, un jeune homme espagnol a dit « Ah non, mais moi, je n'ai pas envie de me faire servir par la grosse. » Sauf que je l'ai compris. Je l'ai compris parce que j'avais des notions en espagnol. Et manque de pot pour lui, j'ai eu un déclic. Avant, je n'aurais rien dit. J'aurais juste baissé la tête. Et je lui ai rentré dedans.
- Speaker #1
D'accord. Qu'est-ce que ça fait ?
- Speaker #0
Je l'ai regardé. et ça tombe bien puisque la grosse de toute façon ne voulait pas te servir. Et il s'est retrouvé très bête au point... où à la fin de la soirée, il est venu et m'a demandé pardon. Et je lui ai dit, écoute, moi, je m'en fous que l'univers te pardonne. Et je suis partie. Et il faut savoir qu'il a tellement cherché après moi qu'à la fin, c'est devenu un ami, en fait.
- Speaker #1
Excellent.
- Speaker #0
Et du coup, c'est à ce moment-là que j'ai eu le déclic de me dire, Sanam, soit il va falloir que tu te fasses respecter, soit la société va te bouffer. Et c'est là que j'ai eu mon déclic de, tu es très bien comme tu es, tu es génial et go.
- Speaker #1
Tu l'as vraiment ressenti comme un déclic, comme quelque chose de brutal comme ça ?
- Speaker #0
Clairement parce que je pense que c'était la goutte de trop d'accumuler des choses avec surtout la première année universitaire, tout ce que j'ai vécu aussi pendant l'enfance, etc. Et je pense que vraiment, je me suis dit, je suis dans un autre pays, dans un autre mood et ça a créé la Sanam que je suis aujourd'hui. Et quelque part, je le remercie parce que sans sa phrase, sa méchanceté, je ne serais peut-être pas la Sanam que je suis aujourd'hui.
- Speaker #1
On va rester sur le milieu professionnel. Est-ce que tu as fait face à des critiques vis-à-vis de ton poids dans d'autres circonstances ?
- Speaker #0
Alors, j'ai... Une expérience qui me vient en tête, c'est qu'on m'ait pris en photo à mon insu parce qu'en tant que grosse, visiblement, on n'a pas le droit de mettre de short. On était en plein été et j'ai mis un short parce que, je le rappelle juste que pour moi, l'obésité, c'était un mode de vie et non pas un frein et que je m'habillais à la mode. Clairement, je ne m'empêchais pas de vivre, mais on m'a pris à mon insu parce que, apparemment, mes grosses cuisses ne devaient pas être à l'air. Et ça, je l'ai appris bien après avoir quitté l'entreprise.
- Speaker #1
Ensuite, tu as quitté cette entreprise. Maintenant, tu as un autre travail. Dans ton travail actuel, est-ce que tu trouves que les choses ont changé ou est-ce que tu as expérimenté ce genre d'épisode ?
- Speaker #0
Dans mon travail actuel, tout se passe super bien. J'ai des super collègues. Je dirais même que ce n'est pas tant l'environnement qui a changé, mais c'est moi. C'est mon évolution qui fait qu'aujourd'hui, quel que soit l'endroit, on me respecte, peu importe mon physique.
- Speaker #1
J'ai envie de revenir sur cette histoire de promesse que tu as fait à ta maman. Tu peux nous en dire un peu plus, notamment à propos des réseaux sociaux ?
- Speaker #0
Donc en fait, avant cette promesse-là, quand j'étais petite, j'ai toujours rêvé la vie de star. Des strass et des paillettes, c'est vraiment... Ça me fait sourire parce que je ne sais pas d'où m'est née cette lui-là, mais j'ai toujours aimé ce côté-là. Et petite anecdote, je me rappellerai toujours une rentrée scolaire où on est censé se présenter sur un morceau de papier avec tous les camarades pour la prof. Et j'avais mis justement à la question, que veux-tu faire plus tard ? J'avais mis, je veux être une star. Et là, ma maîtresse, devant toute la classe, m'avait dit, mais Sana, voyons, être star, ce n'est pas pour les gros. Et oui, cette phrase-là, sur le coup, je n'ai pas réalisé parce que j'étais petite. Et en fait, c'est crescendo avec ce que me disait ma maman et ce à quoi on faisait face dans la société, notamment les habits, il n'y en avait pas à ma taille. Et j'avais fait cette promesse à ma maman en disant, tu verras, je réussirai parce que je suis grosse. Et ça a... pas louper. Enfin, réussir, c'est un grand mot. Mais j'ai fait ma petite place sur les réseaux avec tout ce qui est body positive, s'habiller en étant grosse dans cette société-là et l'acceptation de soi. Et aujourd'hui, j'ai une petite communauté sur les réseaux.
- Speaker #1
J'ai vu que tu avais plus qu'une petite communauté et que tu te marres bien.
- Speaker #0
Oui, non, ça va. J'ai plus de 10 000 abonnés sur Insta, plus de 24 000 sur TikTok et tout ça, en fait, en étant moi-même.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. C'est un moyen d'expression ?
- Speaker #0
Exactement, j'en parlais il y a quelques jours avec une amie en disant que pour moi, Instagram, c'est mon journal intime. C'est clairement mon journal intime où je dis, j'adore l'écriture. Mon rêve, ce serait d'écrire un livre justement sur tout mon vécu. Et c'est un peu les prémices de mon livre. C'est-à-dire que dès que j'ai une idée, je vais la poster avec un texte.
- Speaker #1
Donc, ça rejoint un peu l'idée de ce qu'on dit à propos des réseaux sociaux. C'est vrai qu'on a tendance un peu à les diaboliser. Mais toi, ça t'a apporté quelque chose et tu sens que ça apporte des choses aussi aux personnes qui te suivent ?
- Speaker #0
Ça a double tranchant les réseaux. Il y a du bon. comme partout et du mauvais comme partout.
- Speaker #1
Salam, maintenant j'aimerais bien qu'on parle un peu de santé. Est-ce que toi tu as rencontré des problèmes de santé liés à ton surpoids ?
- Speaker #0
Contre toute attente, non. Je n'ai pas rencontré de problèmes de santé liés à mon poids. Ça a des fois accentué des problèmes que j'ai pu avoir, parce qu'il ne faut pas se leurrer non plus, mais avoir 165 kg sur le dos, ce n'est pas normal. Et attention, j'emploie le mot normal alors que je n'aime pas l'utiliser, mais pour vous dire qu'un corps humain, l'ossature n'est pas censée supporter autant de poids. Mais je pense que ce qui m'a beaucoup sauvée, c'est mon mindset. Parce que comme je le dis encore, l'obésité pour beaucoup, notamment le monde médical, c'est une maladie. Pour moi, c'était un mode de vie. Et donc, je pense que ça a beaucoup joué.
- Speaker #1
On t'a diagnostiqué récemment une sclérose en plaques. Est-ce que tu peux m'en dire davantage ?
- Speaker #0
Donc, on m'a diagnostiqué en effet la sclérose en plaques le 2 octobre 2019. suite à une crise inflammatoire bénigne.
- Speaker #1
Par crise inflammatoire, tu veux dire quoi ?
- Speaker #0
En fait, j'ai commencé à avoir tout l'hémisphère gauche de mon corps. J'ai commencé à avoir des fourmillements. Ça a commencé par le bras, perte de force, de sensation. Et ça a fait tout le côté, c'est-à-dire que même mes parties génitales étaient divisées en deux. Au travail, on a appelé le SAMU. À l'époque, je travaillais en banque. On a appelé le SAMU, ils m'ont dit que je ne faisais pas d'AVC.
- Speaker #1
Ah oui, ils pensaient à un AVC initialement.
- Speaker #0
Clairement. Et comme c'est moi qui ai répondu aux questions du SAMU et que le visage n'était pas touché. On m'a dit que non, c'est bon, par contre, consulter d'urgence mon médecin traitant. Et quand j'ai consulté mon médecin traitant, elle m'a dit, je ne sais pas ce que vous avez, mais ça ne présume rien de bon. Elle m'a envoyé aux urgences et après trois semaines d'hospitalisation, etc. On ne m'avait toujours pas donné de diagnostic, d'ailleurs. On m'avait fait une liste de course en me disant, soit c'était la CEP, soit c'était une crise inflammatoire bénigne que tout le monde peut avoir une fois dans sa vie, soit c'était un cancer. Donc, clairement, on m'a laissé comme ça en suspens pendant quelques mois. et ça c'est au mois de mars Arrivé au mois de septembre, j'ai eu mon IRM de contrôle, où là, ils ont vu une tache dans mon cerveau, la rebelote. On m'a dit soit c'était un cancer, soit c'était la sep, soit c'était une tache de saleté dans l'IRM. Donc autant vous dire que j'étais quand même perplexe de me dire c'est soit j'ai une maladie incurable, soit je vais faire de la chimio, soit il faut que je ramène du sif à l'hôpital. Et quelques semaines après, un staff s'est réuni et le diag de la sclérose est tombé.
- Speaker #1
Salam, tu peux nous rappeler ce que c'est la SEP, la sclérose en plaques ?
- Speaker #0
Alors la SEP, comme je le dis parce que sclérose en plaques, c'est trop long, c'est en fait une maladie auto-immune qui globalement s'attaque à la moelle épinière et je n'ai plus de défense immunitaire et à la longue, je peux ou ne pas finir comme un légume. Donc voilà, c'est vraiment aléatoire. Aujourd'hui, il y a des traitements qui existent. J'ai des chances, de fortes chances de rester intacte jusqu'à la fin de ma vie parce que jusque-là, je n'ai fait qu'une seule poussée. Et du coup, c'est une maladie bien pourrie.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est une maladie neurologique.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Ciao ! attaque certaines fibres nerveuses qui évoluent de façon variée selon les personnes et pour lesquelles il y a eu énormément de progrès faits.
- Speaker #0
Exactement, c'est très aléatoire. Donc, je touche du bois, du singe, tout ce que vous voulez pour que ça reste comme ça jusqu'à la fin de ma vie.
- Speaker #1
Tu nous l'as dit tout à l'heure, l'obésité, pour toi, c'est un mode de vie, surtout. Et comment ça se passe quand on qualifie l'obésité de maladie ? Toi, tu me disais, moi, je n'aime pas trop qu'on parle de l'obésité comme d'une maladie. Qu'est-ce que tu en penses de ça, en fait ?
- Speaker #0
Je le maintiens. Pour moi, ce n'est pas une maladie. Ça peut apporter certaines maladies, clairement, tout ce qui est diabète et tutti quanti. Mais pour moi, ce n'est pas une maladie parce qu'à partir du moment où on se dit que ça, c'est une maladie, le cerveau va l'assimiler comme une maladie. Et ça fait que, comme moi, je me suis toujours dit que c'était un mode de vie, j'ai vécu comme une personne mince, en fait. J'ai fait exactement tout comme une personne mince parce que c'était juste un mode de vie. et moi je suis beaucoup sur l'aspect mental. Dès qu'on se dit quelque chose, le corps suit. Donc si je me dis que l'obésité c'est une maladie, vous allez voir que tôt ou tard, je vais avoir du mal à faire certaines choses, certaines activités, parce qu'il faut savoir que du haut de mon obésité, j'ai toujours fait du sport. J'ai fait 8 ans de voler en club, j'ai fait 14 ans de danse. Quand j'étais petite, je faisais du patinage artistique. Encore aujourd'hui, je fais énormément de sport, donc mon corps, ça l'a compris que je n'étais pas malade, j'étais juste grosse.
- Speaker #1
C'est ce qui ressort de pas mal de recommandations et de publications récentes, c'est-à-dire de ne pas stigmatiser les gens et les mettre dans une case maladie, mais d'être quand même vigilant sur d'éventuelles complications qui pourraient arriver. Toi, de ce point de vue-là ? Est-ce que tu as bénéficié d'un suivi ou d'un accompagnement ?
- Speaker #0
Je n'ai clairement jamais eu d'accompagnement en tant que tel. Depuis toujours, c'était il faut voir un nutritionniste pour établir un plan, pour moins manger, pour faire plus de sport. Mais un vrai accompagnement en tant que tel, non, je n'en ai jamais eu. On m'a jamais expliqué que l'obésité, ça peut boucher des artères, donner du cholestérol, du diabète. Ça, je l'ai appris avec le temps et aussi par rapport aux pathologies qu'il y a dans ma famille. Mais d'un point de vue médical, non, jamais d'accompagnement.
- Speaker #1
Et actuellement ?
- Speaker #0
Non plus.
- Speaker #1
Et donc, comment tu as récupéré toutes ces informations, toutes ces données ?
- Speaker #0
Disons qu'on n'a pas d'excuses. Aujourd'hui, on a Internet. Même si on y trouve tout et son contraire, je vais à la pêche aux infos. Et encore une fois, je vous dis, dans ma famille, il y a du diabète. Il y a le packaging super qu'on adore. Donc, à force d'accompagner mon papa dans ses rendez-vous médicaux, de suivre tout ce qu'il a en fait, j'ai compris un petit peu la vie. Puis maintenant, depuis que j'ai la SEP, Je suis tous les quatre matins à l'hôpital, donc c'est limite si mes amis, des fois, ne me demandent pas mon avis à moi sur, des fois, un symptôme qu'ils ont. Parce qu'à force d'être dans ce monde-là, on commence à apprendre des choses, à avoir du recul, à réfléchir, à chercher. Et donc voilà, je les fais par moi-même.
- Speaker #1
Donc toutes les informations, tu les as récupérées par toi-même. Lorsque tu es passée à l'hôpital concernant la sclérose en plaques, est-ce que tu as eu des entretiens ou est-ce que tu as des médecins qui se sont entretenus à ce sujet avec toi ?
- Speaker #0
Non, pas du tout. Déjà, quand on m'a diagnostiqué la SEP, j'ai demandé. d'où ça pouvait provenir. Le premier truc qu'on m'a dit, c'est « Ah, mais c'est peut-être le poids. » Et là, il faut voir ma réaction. J'ai mal parlé, clairement, au neurologue. Déjà, on m'annonce que j'ai une maladie incurable. En plus de ça, on me dit « Ouais, mais c'est parce que t'es grosse. » « Merci, Captain Obvious, j'ai un miroir chez moi. » Et du coup, je lui ai dit « Là, tout de suite maintenant, docteur, imaginez, je suis une personne mince. Quel aurait été le diagnostic ? » Bizarrement, j'ai entendu les mouches voler. Et pendant, genre, cinq minutes, qu'il a réfléchi avec tout ce que j'ai pu lui dire pendant mon hospitalisation et il m'a dit je pense que Pour vous, c'est beaucoup le stress. J'ai dit, donc en fait, c'est dingue. Il faut qu'une personne vous remette les points sur les i, les barres sur les t pour que vous me sortiez un vrai diagnostic, parce que de base, vous allez me sortir mon poids. Donc à partir de ce moment-là, j'ai compris qu'il fallait que je me débrouille toute seule. Et c'est là que j'ai fait tout ce qui s'ensuit.
- Speaker #1
Et alors, qu'est-ce que tu as fait ?
- Speaker #0
J'ai cherché, parce qu'on ne m'a pas dit clairement ce que c'était la sep, donc j'ai cherché d'où ça pouvait provenir, etc. Et moi, j'ai compris qu'en fait, mon problème de poids, ce n'est pas parce que j'aimais les fast-foods ou la bonne nourriture. Alors attention, je suis gourmande ! mais pas plus qu'un autre. C'est parce que c'est bien plus profond que ça et que j'allais en guérir, mais en guérissant d'autres choses encore.
- Speaker #1
Guérir de quoi ?
- Speaker #0
De mon obésité.
- Speaker #1
D'accord. Donc, tu te dis quand même, tu l'envisages quand même, pas que comme un mode de vie.
- Speaker #0
Alors, si. Jusque-là, en fait, je ne voulais pas changer. Mais quand j'ai eu ma sclérose en plaques, j'ai eu deux nièces, qui sont mes poumons, clairement. Et la deuxième, elle avait cinq ans. Et à l'époque, je fumais. Et j'avais vraiment le packaging qu'il ne fallait pas. Grosse qui fume, rien qui allait. Elle m'a serré très fort dans ses bras. Elle m'a dit, tu sais, Sanam, j'aimerais que tu arrêtes de fumer pour que tu vives le plus longtemps possible parce que tu es la meilleure tata et on voudrait que tu restes le plus longtemps possible à nos côtés. OK. En fait, elle a réussi là où tout le monde a échoué. C'est ma mère, les gens, tout le monde a échoué. Elle a réussi là, du haut de ses cinq ans. Et en fait, je me suis dit, Sanam, tu vas prendre les choses dans l'ordre. La sep, tu ne peux pas en guérir, clairement. Fumer, tu peux arrêter, mais c'est compliqué. Tu vas minimiser tes chances d'avoir des futures maladies. Tu vas commencer par le poids. Pas parce que je vois ça comme une maladie, mais parce que je veux éviter d'avoir d'autres maladies.
- Speaker #1
Ça a été encore un nouveau déclic, on dirait, dans ta vie ?
- Speaker #0
En fait, je me dis, cette petite-là, ce qu'elle a dit, c'était de l'amour pur. Mais vraiment, et c'est pour ça que ça m'a donné un déclic, parce que l'amour que j'ai pour elle va... au-delà d'un physique. Et pareil pour elle, elle-même au-delà de mon physique. Donc, ce qu'elle a dit, c'est qu'elle voulait garder sa tata auprès d'elle, pas maigrir pour une soi-disant société. Et donc, ça a été mon déclic.
- Speaker #1
Et à partir de ce moment-là, qu'est-ce que tu as mis en place ? Qu'est-ce que tu as mis en route ?
- Speaker #0
En fait, à partir de ce moment-là, c'est simple, c'était le confinement. Le premier confinement en 2020. Et du coup, j'étais rentrée chez mes parents à Besançon. et sur Instagram. Un coach donnait des lives tous les soirs avec sa chérie, gratuitement, pendant une heure, pour que tout le monde fasse du sport. Et comme en amont, j'avais eu ce déclic-là grâce à ma nièce, je me suis dit, en plus, c'est gratuit, bonne ambiance, il fait beau, tu te mets dans le jardin et tu bouges ton popotin. Et en fait, de fil en aiguille, je me suis liée d'amitié avec ce coach et sa femme, qui aujourd'hui sont des amis très, très proches. Il m'a offert un coaching, en fait, à mon retour sur Paris. Mon histoire l'a tellement touchée. Parce qu'il faut savoir, ça je ne vous l'ai pas dit, mais j'ai aussi des vis dans le dos. Je suis bionique.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que je suis tombée dans les escaliers de chez mes parents, en fait, et ça a touché mes lombaires. Et j'ai laissé traîner parce que j'avais eu juste un hématome. J'ai laissé traîner ça, sauf que l'année d'après, j'ai fait deux infiltrations qui ont mal loupé. Elle m'a mis du produit sur mon nerf et en fait, ça a gelé mon nerf. J'ai fini paralysée. Mais mon neurochirme a sauvé.
- Speaker #1
T'avais quel âge ?
- Speaker #0
J'avais 25 ans. Ah ouais ? C'était en 2016. D'accord. Et j'ai dû réapprendre à marcher à 25 ans et tout ça. Donc aujourd'hui, j'ai quatre vis dans le dos, encore des séquelles dans ma jambe.
- Speaker #1
Non, parce que tu nous annonces ça comme si c'était un rhume.
- Speaker #0
Oui, parce qu'en fait, cette période-là de ma vie, je l'ai tellement bien vécue avec le corps médical que c'est un super souvenir. Et oui, je n'y ai pas pensé parce qu'en fait, j'oublie que moi-même, j'ai des vis dans le dos. Parce qu'encore une fois, un maximum, j'essaye de dire à mon cerveau que je n'ai pas de maladie. En fait, il faut me laisser loin de tout ça. Et pour moi, en fait, c'est pareil. Je vis avec des vis dans le dos. Et comme je marche aujourd'hui, il n'y a pas eu d'impact réel. Parce que j'ai failli perdre l'usage de mes jambes.
- Speaker #1
Je suis passée à un mois de la paralysie.
- Speaker #0
Je me suis fait opérer en juillet 2016. Je remarchais déjà quelques jours après l'opération. D'accord. Mais là, rééduque, le septembre, je voyageais déjà.
- Speaker #1
Et donc là, ça s'est bien passé avec le corps médical.
- Speaker #0
Ouais, autant le Neurochir que les infirmières. Vraiment, si les gens de la clinique Saint-Vincent de Besançon passent par là, je vous aime, je ne vous oublierai jamais. Et du coup, là, je regarde un très, très bon souvenir. Et donc, voilà, mon histoire, en fait, si vous voulez, a touché Bibi, mon coach. Et il m'a offert ce coaching-là. Et donc, j'ai commencé à faire du sport cinq fois par semaine.
- Speaker #1
Tu parlais aussi de rééquilibrage alimentaire. Qu'est-ce que tu as rééquilibré ?
- Speaker #0
Alors déjà, les mots régime, diète à bannir, à bannir clairement. Parce que depuis toujours, on nous apprend, les nutritionnistes, les diététiciennes, à moins manger alors que pas du tout. Il faut juste mieux manger. En fonction du corps, il y a un apport calorique à avoir par jour. Et en fait, c'est paradoxal parce que quand les gens me voyaient manger, ils me disaient, mais Sanam, comment ça se fait que tu es grosse, tu ne manges rien ? Ben ouais, parce qu'en fait, le peu que je mangeais déjà, c'était que des cochonneries. Chocolat, ah ouais, parce que le chocolat, j'adore ça. Et comme je n'atteignais pas mes calories par jour, le peu que je mangeais, ça stockait. Et du coup, en fait, ça, on ne le dit pas, on ne l'apprend pas. Et c'est là, avec le temps, justement, avec cette nouvelle vie-là, que j'ai appris qu'en fait, non, j'ai un apport calorique à avoir par jour. Et si je veux maigrir, il faut juste que je sois en déficit. mais il ne faut pas que je me sous-alimente. Et c'est ça qui a fait que, clairement, rééquilibrage alimentaire. Et je n'ai aucune restriction, je mange de tout.
- Speaker #1
Comment tu as appris tout ça ?
- Speaker #0
Internet.
- Speaker #1
D'accord, parce que ce que tu dis, un nutritionniste en 2024, effectivement, c'est ce qu'il devrait dire. Et là où tu as parfaitement raison, c'est que les régimes, en fait, stricts, c'est à bannir, en fait. Pourquoi ? Parce que les régimes stricts, en fait, ils font reprendre du poids. Il y a une réaction de défense du corps qui fait qu'on reprend du poids. Et en fait, ce qui est aussi admis, c'est qu'il ne faut rien s'interdire. Il faut juste faire attention. Et ça, c'est un point hyper important. En fait, tu es une sorte d'autodidacte du soin. C'est-à-dire que tu reprends ton activité physique, qui est un des piliers de la prise en charge, effectivement, et pas uniquement pour perdre du poids, en fait. Soit pour le stabiliser, mais surtout pour, effectivement, comme tu le dis, ne pas avoir les complications au niveau du dos, au niveau du cœur, etc. Et l'alimentation, pareil, tu te débrouilles toute seule et tu trouves ta méthode.
- Speaker #0
Je pars du principe qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, clairement. Et en fait, je me documente. Et la femme de mon coach, avec le temps, est devenue coach en nutrition. mais euh c'est Donc forcément, des fois, elle me donne des tips, des choses comme ça. Mais j'ai compris qu'en fait, et comme pour tous les aspects de la vie, tout est une question d'équilibre, en fait. De ne pas, au petit déjeuner, manger une tablette de chocolat. Pour le soir, manger un kilo de laitue. Pas du tout, ça n'a pas de sens. Et en fait, de beaucoup boire. Ah oui, parce que beaucoup boire de l'eau, je tiens à le préciser. Parce qu'avant, les gens adultes boivent du café ou du thé le matin. Moi, je commence avec du coca.
- Speaker #1
Depuis quel âge ?
- Speaker #0
Au petit déj comme ça C'est que vraiment en période depuis que je suis adulte Parce qu'avant c'était restriction à la maison Quand mon papa achetait du coca Et tout ça, j'en buvais en cachette Parce que j'avais pas le droit Parce que ma mère disait faut que tu maigrisses Et c'était beaucoup de restrictions Du coup frustration Du coup on mange en cachette, on va prendre les gâteaux le soir Pendant que tout le monde dort Et c'est là qu'en étant adulte de me dire Dès le départ ils m'ont tellement mal guidée Si ça se trouve j'aurais déjà perdu mon poids depuis toujours ... Mais du coup, ça a tellement créé de frustration. Aujourd'hui, c'est dingue comment le cerveau fonctionne. C'est que quand on fait un régime, on s'interdit les choses, comme par hasard, on en a envie. Mais quand on sait qu'on y a le droit, eh bien, zéro envie.
- Speaker #1
Tout à l'heure, on a un petit peu abordé légèrement la psyché. Est-ce que toi, tu as bénéficié d'un accompagnement psychologique pour le stress ou pour des troubles que tu aurais pu avoir ?
- Speaker #0
Comme pour tout, non. J'ai dû le faire toute seule. comme une grande, avoir 33 ans pour comprendre les choses. Mais bon, comme on dit, mieux vaut tard que jamais. Et c'est là où j'en veux un petit peu au corps médical. C'est justement pour ça, parce que toujours dire oui, mais si t'es gros, c'est parce que tu dois manger moins. Mais est-ce qu'on n'irait pas au vif du sujet, dire « mais pourquoi tu manges plus ? » « Pourquoi tu manges mal ? » Et pas juste dire « arrête ! » Parce qu'en fait, on ne le dit pas souvent, voire jamais, mais que quand, par exemple, on a des TCA, des troubles du comportement alimentaire, c'est pour, en général, qu'on pense à quelque chose. Et pour ma part, ce quelque chose-là, c'est une enfance compliquée, une relation très compliquée avec mon papa. Et comme il est vivant, il a toujours vécu avec nous, etc., mes parents sont ensemble. Et comme je n'ai jamais eu cette vraie relation, par exemple, avec mon papa, j'ai dû compenser, je pense, avec la nourriture. Et ça, on ne nous le dit pas. On ne dit pas peut-être que cette petite-là, elle souffre de quelque chose. Est-ce qu'on n'irait pas la faire parler pour voir d'où vient le problème et non pas juste lui faire manger de la laitue comme une tortue ?
- Speaker #1
Mais alors ensuite, qu'est-ce que tu as fait pour ça ?
- Speaker #0
C'est là que j'ai compris que j'ai des failles aussi et que je ne pouvais pas tout faire toute seule. Il a fallu d'un événement l'année dernière, donc en 2023, qui m'a fait sombrer en dépression. Une rupture amoureuse, mais qui a été très compliquée. Donc, j'ai fait une petite dépression. Et pour la première fin de ma vie, je suis allée voir un psy.
- Speaker #1
Et est-ce que tu peux nous raconter comment ça s'est passé ? Donc, tu as vu un psychologue, un psychiatre ? Qu'est-ce que tu as vu comme personne ?
- Speaker #0
Je suis partie voir une psychologue. J'en ai vu plusieurs. Parce qu'on m'a toujours dit, Sanam, il faut que tu aies le feeling. Donc, la première, j'ai fait deux séances. Ce n'était pas tip-top. Et là, je suis encore en consultation avec ma psy que j'ai là. Et je vois. Et je vois, on a fait quelques séances et déjà, on voit beaucoup de résultats. Je suis beaucoup plus apaisée. J'essaie de comprendre les choses. Des fois, en fait, il y a des choses que mon cerveau sait, mais qu'il n'assimile pas. Je vais donner un exemple. Je sais que certaines choses ne sont pas de ma faute, mais je vais quand même m'accabler jusqu'au jour où, en fait, je vais le dire à voix haute. Et c'est là que je le comprends et je dis, ah ouais, en fait, c'est vrai, c'est vraiment pas de ma faute. Et c'est ça qui fait que je guéris petit à petit de tous mes maux. Et c'est ça qui fait que ça se voit sur le corps.
- Speaker #1
Donc, c'est quelque chose que tu conseillerais ? La psychothérapie, voir un psychologue ?
- Speaker #0
Mais clairement, je regrette quelque part la culture dans laquelle j'ai grandi. Parce que pour nous, voir un psychologue, c'est tellement tabou. C'est encore aujourd'hui. Des fois, on dit à ma maman, mais maman, on va voir un psy. Mais les psy, c'est pour les fous. Non, maman, c'est pas pour les fous. C'est si tu ne vas pas en voir que tu vas devenir fou, en fait. Et ça, clairement, ça fait partie de notre culture de non. En fait, on n'a pas le temps. Je vais vous dire un truc, et ça, je l'ai souvent entendu. La dépression, c'est une maladie de blanc. J'ai beaucoup d'amis africains qui me disent « oui, Sanam, c'est une maladie de blanc, parce que nous, en Afrique, on est tellement en galère entre les guerres, la famine, qu'on n'a pas le temps d'être en dépression, et qu'il n'y a ça que dans les pays occidentaux, parce qu'ils ont le temps, ils n'ont pas de problème, jusqu'au jour où ça vous touche réellement. » Parce qu'on m'appelle la warrior, parce que j'ai une force mentale de la nature, mais jusqu'au jour où ça nous arrive, en fait, parce qu'on n'est pas infaillible, parce qu'on n'est pas des robots et qu'on a tous un cœur en fait. Et qu'aujourd'hui, je le dirai. Si un jour, j'ai des enfants, je leur dirai. Si vous avez besoin de parler et que vous ne voulez pas parler à maman ou à papa parce que vous n'osez pas, le psy, je vous le paye.
- Speaker #1
Est-ce que tu as mis d'autres choses en place pour préserver ta santé en général ? Tu as arrêté de fumer ?
- Speaker #0
Ça va faire un an ou un mois de juin que j'ai arrêté de fumer. Félicitations, bravo. Et en vrai, c'est ouf ce que je vais vous dire, c'est dingue, mais ce n'est pas la santé qui m'a fait arrêter, c'est l'argent. Ça coûte une blague. Mais bon, quand je dis ça à mes amis, on me dit, on s'en fout. Peu importe la raison, à partir du moment où ça t'aide à... tenir de ne pas fumer. Et clairement, c'est ça, c'est mon leitmotiv, l'argent, parce que ça coûtait trop cher. Enfin, le prix, c'est horrible. Et bon, après, si en plus, il y a des effets positifs sur ma santé, je prends, il n'y a pas de souci.
- Speaker #1
Et là, pareil, pas d'accompagnement ?
- Speaker #0
Non. En fait, j'avais déjà pensé à arrêter de fumer. J'ai essayé deux fois. Il faut savoir que chez nous, c'est très culturel, le narguil et la chicha. J'en ai fumé depuis que j'ai 15 ans. Mes poumons, déjà, ils étaient morts. Déjà. On va dire les termes. C'est juste que là... J'aimais la cigarette, mais je me suis dit, bon, allez, financièrement, c'est compliqué. Tu as fait une promesse à ta nièce. Allez. Et là, la troisième fois, je suis partie voir un magnétiseur.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et ça a marché. Et vraiment, j'ai arrêté ça à faire un an.
- Speaker #1
Et puis, on rappelle, la chicha, ça a l'air tout doux comme ça.
- Speaker #0
Mais pas du tout. C'est pire que la cigarette.
- Speaker #1
Mais c'est pire que la cigarette.
- Speaker #0
Une tête à chicha, c'est 30 cigarettes.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Sauf qu'une tête à chicha, on la fume en une soirée.
- Speaker #1
Oui, donc c'est un bon appel, ça.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est cancérigène, c'est horrible, c'est horrible.
- Speaker #1
On comprend vraiment que tu as bénéficié de l'aide du corps médical de temps en temps et de temps en temps, tu as décidé de t'en passer. Toi, est-ce que tu penses que le corps médical, il est bien formé pour accompagner les personnes en situation de surpoids ou d'obésité ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Pas du tout. Parce qu'on est vraiment sur le cliché de, si tu as la grippe, c'est parce que tu es gros, si il y a la famine dans le monde, c'est parce que tu es gros, si tu te casses ton ongle, c'est parce que l'obésité fait que ton ongle va se décoller. Là, ce que je dis, c'est de l'ironie, mais c'est la réalité. Justement, avant mon opération du dos que j'ai subie, je commençais à avoir déjà des douleurs au mollet. Et à l'époque, j'étais partie voir le médecin traitant qui n'était pas très loin de chez moi. Et c'est drôle parce que c'est beaucoup ça dans le monde des gros. Les personnes grosses ou obèses qui maigrissent, elles oublient d'où elles viennent. Et en fait, ce médecin traitant-là, c'était une ancienne grosse. Et j'arrive dans le cabinet et... J'ai pas eu le temps d'ouvrir ma bouche, lui dire ce que j'avais. Elle m'a dit, non mais de toute façon, si vous maigrissez pas, vous allez vous choper toutes les mères du monde. J'ai pris ma carte vitale et je suis partie, j'ai même pas payé la consultation. En fait, je suis pas venue sur mon temps de travail pour qu'on me dise que je suis grosse. J'ai un miroir. Et donc, il y a ça, où à chaque fois, me dire oui, mais c'est parce que je suis grosse, alors qu'en fait, non. On est très très mal accompagné, les gros, que ce soit médical ou même dans la société, d'une manière générale. Et parce qu'en fait, on diabolise beaucoup la personne en surpoids. en disant que c'est de sa faute. Elle n'a qu'à faire le nécessaire. Ou même, vous le voyez sur les réseaux, oui, mais si tu veux maigrir, C'est clairement comment on a formaté le cerveau humain. En fait, finalement, la pensée humaine de la société actuelle, de dire c'est ta faute. Si tu es gros, tu l'as choisi. C'est de ta faute. Donc, on t'incrimine en fait.
- Speaker #1
Oui, et ça, tu le retrouves aussi dans d'autres situations. Par exemple, dans la dictologie, les gens qui vont être dépendants à certains produits, on va les incriminer, on va leur dire qu'ils n'ont pas de volonté. Ou les gens qui ont des troubles anxieux ou dépressifs, en leur disant que c'est de leur faute et que quand on veut, on peut. Sauf que ça n'a rien à voir.
- Speaker #0
C'est exactement ça.
- Speaker #1
Selon toi, en parlant du corps médical, qu'est-ce qui devrait être amélioré ?
- Speaker #0
Je ne vais pas dire tout parce que ce serait mentir, parce qu'il y a quand même du bon dans le corps médical. Parce que depuis tout à l'heure, je dis que le corps médical n'est pas bon, mais non. Il reste quand même des personnes qui voient au-delà de l'obésité, qui justifient leurs années d'études et leur salaire en cherchant un vrai diagnostic. Ce serait d'arrêter d'incriminer une personne qui est grosse parce qu'elle est grosse, parce que dans quasi 100% des cas, on ne l'a pas choisi. en fait. plein de choses qui rentrent en compte. Les gènes, parce que ça, on ne le dit pas très souvent, mais les gènes, ça joue beaucoup. Encore une fois, les problèmes endoctriniens, ça peut être aussi encore beaucoup de psychologie. Évidemment, on n'en parle jamais, parce qu'encore une fois, je ne suis pas née en disant « Ah, et si j'allais être obèse dans ma vie ? » Non, pas du tout. Je me suis devenue, parce qu'il y a des soucis derrière ça, et ce serait bien qu'on aille derrière ça, justement, et pas sur l'aspect physique qu'on creuse un peu.
- Speaker #1
Ouais, mais tu le synthétises très bien, c'est plurifactoriel en fait. C'est effectivement un côté psychologique. On étudie même le sommeil là-dessus, l'hérédité, le côté parfois endocrinologique, l'activité physique, l'alimentation. Et c'est plurifactorial. Ce n'est pas simple du tout, en fait.
- Speaker #0
Exactement. Et comment vous expliquez que depuis que je perds du poids, parce qu'avant, j'étais insomniac, je dormais à 4h du matin, à 7h, j'étais debout. Aujourd'hui, je fais des nuits minimum de 8h. Étonnant ? Coïncidence ? Je ne pense pas. En fait, tout est lié, mais j'aimerais bien que le corps médical aille plus loin que l'aspect physique.
- Speaker #1
La bonne nouvelle, c'est qu'actuellement, il y a des nouvelles recommandations qui sont sorties et avec une prise en charge comme ça, pluridisciplinaire, avec différents intervenants, au moins une dizaine, et qu'on pense que les choses vont s'améliorer de ce point de vue-là.
- Speaker #0
Je l'espère en fait, et c'est ça que j'essaye de divulguer sur les réseaux. J'espère que mon malheur fera le bonheur d'autres personnes.
- Speaker #1
J'aimerais bien qu'on parle un peu de conseils que tu pourrais donner aux hommes et aux femmes qui vont traverser les mêmes choses que toi. Avec le recul que tu as maintenant, qu'est-ce que tu pourrais donner comme conseil ?
- Speaker #0
que rien n'est éternel, de ne pas se laisser abattre, que ce soit une maladie, bah... incurables comme la mienne, des accidents, même l'obésité, qu'il faut se faire accompagner. Il ne faut surtout pas avoir honte de demander de l'aide à des professionnels, évidemment. Et s'il faut en choisir dix pour tomber sur le bon, il n'y a pas de souci non plus. Clairement, il faut se forger son mindset parce que ça peut nous sauver de belles situations. Et que, bon courage, il en faut. Il va falloir s'armer de patience. Et surtout, surtout, surtout, la clé de toute chose, de s'entourer de bonnes personnes. Parce que l'entourage, c'est quelque chose de primordial.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Je suis d'accord avec toi là-dessus. Sanam, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
- Speaker #0
Un million d'euros ? Non, je ne sais pas.
- Speaker #1
Ok, bah écoute...
- Speaker #0
Alors, ce qu'on peut me souhaiter, c'est la réussite, d'aller au bout de mes rêves, comme l'a dit notre cher ami Jean-Jacques Goldman.
- Speaker #1
Et c'est quoi tes rêves ?
- Speaker #0
Je l'ai réalisé l'année dernière, c'est d'aller à New York. Et là, le nouveau plus grand, c'est d'aller y vivre. parce que je sais que là-bas, avec le mindset que j'ai, la personne que je suis, je ferai carrière, clairement.
- Speaker #1
Bon, écoute, je te souhaite un bon voyage pour New York. Merci. Salam, merci beaucoup pour ton témoignage. C'était super riche. Moi, j'ai adoré. Je pense que ça va aider énormément de personnes. Et je te dis à bientôt. Et on se retrouve en haut de l'Empire State Building dans quelques années.
- Speaker #0
Merci à toi de m'avoir reçu. Et j'espère que ça touchera plusieurs personnes. On se revoit à New York.
- Speaker #1
Merci à toutes et à tous de nous avoir suivis. N'hésitez pas à partager cet épisode. J'espère que la... La parole de Sanam vous a autant aidé que moi à comprendre cette pathologie encore trop souvent stigmatisée. Je la remercie encore vivement de nous avoir confié son histoire. Pour compléter ce témoignage, nous allons solliciter l'éclairage d'une experte. Rendez-vous la semaine prochaine. En attendant, si vous souhaitez aller plus loin, je vous recommande ces associations. Le CNAO, le Collectif National des Associations d'Obèses, la Ligue Nationale contre l'Obésité ou encore la POP France. l'association pour la prise en charge et la prévention de l'obésité en pédiatrie. On se retrouve dans deux semaines, même jour, même heure, pour entendre une autre histoire de passion. En attendant, je vous dis à très vite, et surtout, prenez soin de vous !
- Speaker #2
Ce podcast vous a été proposé par la plateforme Livi.