- Speaker #0
Peut-être l'autre chose qui m'a surpris, intéressant, une autre anecdote, c'est que les gens mangent très tôt. Nous, on mange à 21h, mes parents, mon père est décédé, mais même à 90 ans, ils mangeaient très tard. Donc, je me rappelle, quelqu'un m'avait invité, passe à la maison, demain, on va faire un barbecue, tout ça. J'ai dit, OK, c'est où la maison ? Il m'a dit non. Et puis, moi, je me suis pointé à 19h30, 20h. Eux étaient quasiment couchés. La personne est encore... Un très bon ami, lui et son épouse, donc peut-être qu'ils m'ont pardonné. Bonjour et bienvenue à Phare et trajectoire. Je suis Amel Souid, je suis gestionnaire du secteur immigration économique et de la CFA de Clare pour le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse.
- Speaker #1
Notre invité d'aujourd'hui connaît la Nouvelle-Écosse comme peu d'autres. Arrivé il y a plus de 20 ans à la Baie-Sainte-Marie, après un parcours entre le Mali, la France et l'Inde, France, Haïti et le Québec. Il s'est enraciné ici avec sa famille, tout en apportant son regard d'ailleurs. Yala Sangaré est professeur agrégé et directeur du département des sciences administratives à l'Université Sainte-Anne. Il est aussi citoyen engagé, conseiller pour de nombreux organismes acadiens et passionné par l'avenir économique et humain de la région. Ensemble, nous parlerons transmission, diversité, immigration et de la richesse parfois insoupçonnée de nos communautés rurales. Bienvenue. Bonjour Yala, grand plaisir de t'accueillir sur notre podcast Phare et Trajectoire. Tu vis à Claire depuis 22 ans, tu as traversé plusieurs continents. Qu'est-ce qui t'a conduit ici à la Baie Sainte-Marie ?
- Speaker #0
Je suis venu vraiment pour des raisons professionnelles. J'ai obtenu un contrat d'un an à l'Université Sainte-Anne. Et puis, le N1 est devenu, ça fait 25 ans maintenant, ça fait 25 ans depuis avant-hier, le 1er juillet.
- Speaker #1
C'est tout récent alors.
- Speaker #0
C'est tout récent. Donc, je suis venu pour le travail, vraiment.
- Speaker #1
C'est vraiment ça qu'on dit, nous, aux immigrants qu'on rencontre dans le cadre de nos activités dans le secteur immigration économique. C'est vraiment l'emploi qui va déterminer où est-ce que tu vas t'établir, dans quelle communauté. C'est intéressant de voir qu'il y a 25 ans, c'était le cas déjà. que l'emploi a vraiment déterminé, alors que la conjoncture a un peu évolué depuis.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais c'est vraiment intéressant que tu nous dises ça. Donc, tu as commencé par Bamako.
- Speaker #0
Je suis né en France quand mes parents étaient étudiants. On est rentrés immédiatement après leurs études. Ensuite, j'ai fait Bamako, où j'ai fait le jardin d'enfants et l'école primaire. Après, j'ai été au Burkina Faso, qui à l'époque s'appelait la Haute-Volta. Après ça, j'ai été en Haïti. Et après, je suis venu ici au Canada. Et mes parents ont continué sur le Togo. Donc, j'allais les voir en vacances là-bas. Donc, j'ai vécu en France, au Mali, au Burkina et en Haïti. Et bien sûr, ici au Canada.
- Speaker #1
Ne penses-tu pas que ces différentes expériences dans différents pays ont forgé ton amour pour l'immigration et les aventures comme ça ?
- Speaker #0
Oui, certainement. Oui, certainement. C'était très bien. On rencontre des gens de beaucoup de nationalités. Puis, bien sûr, on arrive dans des pays où la culture est différente, où la nourriture est différente. Donc, on doit s'ajuster. Des fois, il m'est arrivé de changer de pays en pleine année scolaire. Donc, il faut s'ajuster. Oui, c'est très bien ça. Ça a formé mon caractère d'une certaine façon.
- Speaker #1
Ça forge le caractère, en effet. Quelle valeur ou leçon ce parcours riche t'a appris ?
- Speaker #0
Très bonne question. Mais je dirais d'abord peut-être la tolérance. Donc j'ai rencontré des gens de tous les horizons possibles, donc beaucoup de tolérance. Je dirais aussi beaucoup d'humilité. Et puis peut-être aussi le fait que je ne prends pas les choses pour acquises. Je vais peut-être m'expliquer sur ça. Par exemple, j'ai vécu au Burkina Faso. Comme vous le savez maintenant, le Burkina Faso, ça va très très mal. Quand j'étais là-bas, c'était un pays exceptionnel, vraiment tranquille, paisible. Un peuple avec une histoire vraiment très riche. Et maintenant, bon, il y a une guerre civile là-bas. Moi, je viens du Mali. Il y a un conflit dans le nord et dans le centre du Mali. J'ai habité en Haïti. Hier soir, je regardais les nouvelles. Je voyais le quartier où j'ai grandi et occupé par les gangs maintenant. Donc, c'est sûr que quand je regarde ça, c'était bien tout ça. Mais je ne prends rien pour acquis. Quand j'étais là-bas, si quelqu'un m'avait dit que le... la maison où j'habitais allait être occupée par les gangs maintenant ou le quartier. Donc c'est sûr que ça fait réfléchir aussi.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Ça remet les pieds sur terre.
- Speaker #0
Oui, absolument.
- Speaker #1
Dans vos premières années à Clare, vous avez parlé... J'ai lu, vous aviez parlé que le hockey a été vraiment un vecteur d'intégration grâce aux enfants aussi. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?
- Speaker #0
Oui, certainement. Le hockey, mais aussi le soccer. Le hockey, parce que mon fils a joué au hockey pendant plusieurs années, pendant 6-7 ans. Et vous savez, quand les enfants jouent au hockey, d'abord, ça m'a permis de visiter toute la Nouvelle-Écosse, parce que les enfants jouaient un week-end à Clare, l'autre week-end sur la route, et puis il y a des tournois. Pendant la relache, il faut les amener. Il y a des camps pendant l'été. Mais surtout, ça m'a permis... On voyage avec les parents. Donc, de facto, j'ai voyagé avec des gens, puisque d'une année à l'autre, ça peut changer. Donc, j'ai voyagé avec les mêmes personnes pendant sept ans. Et puis, pendant les tournois, on habite dans le même hôtel ou dans le même hôtel. Donc, ça m'a vraiment permis de connaître des gens que je n'aurais pas connus. Ça m'a aussi permis de... comprendre la culture acadienne et la culture canadienne parce que le hockey est vraiment central ici pour les gens. Et puis, donc ça, c'était vraiment quelque chose qui a permis à mon fils aussi de s'intégrer. Et puis, pendant il y a plusieurs années, quand je suis arrivé ici, presque personne ne jouait au soccer ou au foot, comme on le dit. Et puis, avec une dame qui s'appelait Joanne, qui était à la municipalité, on a commencé un programme de foot l'été. Donc, c'était moi l'entraîneur. Écoute, je n'ai pas d'expertise, mais comme tous les Africains, j'ai joué toute ma vie.
- Speaker #1
L'amour du foot.
- Speaker #0
L'amour du foot. Et puis, ça m'a permis aussi. Donc, vraiment, c'était un peu le hasard quand j'ai inscrit mon fils au hockey ou quand j'ai commencé les camps de soccer à l'époque. Il a plus de 20 ans. C'était le hasard, mais finalement, ça a permis vraiment d'établir des ponts. Donc, s'il y a des immigrants qui écoutent notre podcast, je leur dis toujours c'est vrai, on veut que nos enfants jouent au foot mais mettez-les au hockey ou mettez-les à des sports que les gens pratiquent ici.
- Speaker #1
Très intéressant ce que tu dis parce que moi aussi j'ai deux enfants, eux ils sont vraiment grands fans de soccer puis je vois que vraiment ça s'est démocratisé, qu'il y a des clubs de plus en plus, il y a des compétitions puis c'est vrai que ça te permet vraiment de rencontrer les parents, de comprendre la culture, d'avoir des réponses à tes questions même si tu ne les poses pas.
- Speaker #0
pas,
- Speaker #1
moi, ça m'a vraiment permis de comprendre certaines choses.
- Speaker #0
Oui, et puis ça te donne un faisceau de relations aussi. Des fois, maintenant, quand je voyageais, je disais écoute, je crois que j'ai besoin d'un plombier. Je demandais à un parent, il disait mon beau-frère est électricien ou plombier. Donc, ça réglait aussi les problèmes quotidiens. Donc,
- Speaker #1
c'est le réseautage via le hockey.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Première astuce, premier tip que tu donnes aux... À nos auditeurs,
- Speaker #0
parfait.
- Speaker #1
Dans ton rôle de professeur, si on revient plus au côté professionnel, dans ton rôle aussi de père, de citoyen engagé, puisque je sais que tu es engagé dans pas mal d'initiatives, quels sont les phares qui t'ont guidé ?
- Speaker #0
D'abord mes parents, bien sûr. Ça, c'est définitivement mes parents m'ont beaucoup inculqué des valeurs que j'ai maintenant. Et puis, bien sûr, comme... Tout le monde, j'ai eu des professeurs d'abord au lycée et puis à l'université. C'est des gens qui m'ont aidé beaucoup. Quand j'étais en Haïti, j'ai eu Roger Gaillard qui était mon prof de philosophie et puis Hervé Déni. Donc c'est des gens qui m'ont beaucoup marqué. Et puis bien sûr, dans Clare, il y a des personnes aussi qui m'ont aidé, qui m'ont pris sous leur aile. Certaines sont décédées, certaines sont encore là, bien sûr, je les fréquente tous les jours. Mais je dirais honnêtement mes parents.
- Speaker #1
À part tes parents, moi je dis souvent qu'on ne rencontre jamais les gens par hasard. Ils arrivent à un moment donné sur ton parcours de vie pour t'éclairer, pour t'éloigner d'autres choses. Le créateur les met sur ton chemin pour des raisons.
- Speaker #0
Oui, absolument. J'ai rencontré beaucoup de gens. pudeur, je ne vais pas les nommer, mais j'ai rencontré beaucoup de gens qui m'ont... Vous savez, chaque personne qu'on rencontre, moi, ma grand-mère n'avait pas été à l'école, mais elle disait toujours, chaque personne que vous rencontrez vous apporte quelque chose. Donc, mais bien sûr, pas au même niveau, mais j'ai eu des phares, oui, certainement.
- Speaker #1
Comment tu vois la richesse de la diversité en Clare, loin des grands centres urbains, je veux dire ?
- Speaker #0
Je crois que c'est... C'est vraiment un grand plus. Quand je suis arrivé, j'étais probablement le seul noir, peut-être pas dans Clare, mais à l'université où un des rares, une des rares familles étrangères musulmanes, il y avait quelques-unes, mais nous n'étions pas nombreux. Mais maintenant, c'est le jour et la nuit. Quand je regarde à l'université, on a des profs qui viennent de partout dans le monde. Quand je suis arrivé, je crois qu'il y avait deux étudiants qui venaient de l'international. Maintenant, dans mon département, c'est la majorité. Et je regarde aussi, il y a les travailleurs temporaires, même s'ils ne sont pas des francophones. Il y a des Jamaïcains, des Philippines, etc. Je trouve que c'est un plus pour la communauté. Je les vois, par exemple, on a fait quelques ateliers à l'école Joseph Duga. Je me rappelle quand j'amenais mon fils là à l'époque, il était le seul. Mais maintenant, je vais là, je vois des Coréennes, des Noirs, des Blancs, etc. Et je trouve ça bien. Je trouve que ces enfants qui auront grandi en fréquentant ces gens-là seront probablement peut-être plus des citoyens du monde, pas que les autres ne l'étaient pas. Mais je trouve que c'est un plus. Et puis, bien sûr, maintenant, il y a les côtés pratico-pratiques aussi. De plus en plus, on trouve des épices locales. de la nourriture locale, et puis ces communautés-là, on se fréquente un peu aussi par la forme des choses, donc je trouve que c'est une énorme richesse, c'est une opportunité à saisir, parce qu'ils arrivent aussi avec leurs rêves, leurs aspirations, donc souvent ce sont des gens qui sont ambitieux et qui veulent réaliser des choses, donc c'est un plus, c'est vraiment un plus.
- Speaker #1
Tu parlais des étudiants internationaux que tu as dans tes cours. Est-ce que j'imagine qu'il y a une prise en charge spécifique pour ce côté compétences interculturelles, pour les accompagner à découvrir cette opportunité extraordinaire qu'est la diversité multiculturelle ? Comment tu t'y prends ?
- Speaker #0
La majorité sont dans mon département, mais c'est la vie étudiante qui s'occupe vraiment de les intégrer. Mais bien sûr, je participe. Nous faisons une séance qui s'appelle Bienvenue au Canada. Donc au cours de cette séance-là, ils vont rencontrer la bibliothécaire, la registraire, la GRC, un psychologue, etc. Donc il y a cette première séance-là et puis après ça, on les rencontre pour leur parler du côté strictement académique. Mais c'est sûr que c'est encore du travail en progrès parce que c'est des gens qui viennent d'un autre continent, ce sont des gens qui viennent souvent de très très grandes villes. Donc, il y a des ajustements à faire. Et puis, bien sûr, on essaye de leur inculquer le fait aussi que l'intégration, c'est des deux côtés. Donc, eux, ils doivent s'intégrer ici à l'université au Canada. Et l'inverse est vrai aussi. La communauté doit aussi les accepter, les intégrer, s'adapter à eux. On a encore des progrès à faire. Par exemple, on a des défis sur certains points. Je vais donner peut-être, par exemple, sur les questions de santé mentale. Ça, c'est des sujets qui sont tabous pour eux. Dans certaines cultures. Dans certaines cultures. On n'en parle pas du tout. Donc, on essaye de leur dire, faites attention, c'est des choses qui arrivent au mois de février ici, c'est sombre. Oui. Donc, ça, c'est des défis. Le transport, parce qu'on est dans une zone rurale. Et puis, souvent, certains ont des voitures. Ils n'ont jamais conduit dans la neige. Donc, on leur dit, faites attention. Il y a des défis, mais bon, on fait de notre mieux. Et il y a peut-être une initiative. ou un projet pilote qui est en cours, que moi je trouve très intéressant, ce qu'on essaie de les faire venir un peu plus tôt. Avant, ils arrivaient le week-end de la fête du travail, et puis sur l'endemain, ils étaient en classe. Donc maintenant, ils arrivent vers le 15 août, entre le 15 et le 20 août. Donc ils ont une semaine où ils sont sur le campus, dans la communauté.
- Speaker #1
Ils ne sont pas encore aux études. Ils ne sont pas encore aux études. Ils ont le temps de…
- Speaker #0
Oui, et puis il fait beau, donc… Oui. Ils ne sont pas terrorisés encore par l'hiver. Donc, on peut vraiment faire des activités. C'est un peu plus... Et puis, nous aussi, nous avons le temps. Mais bon, il y a d'autres personnes qui s'impliquent aussi.
- Speaker #1
Nous, au CDN, on offre une formation gratuite pour les chercheurs d'emploi immigrants qui s'appelle compétences interculturelles en milieu de travail. Puis, j'ai eu le plaisir d'animer cette formation à certains moments. Puis, par exemple, la question du parfum est un exemple que je donne souvent. pour les immigrants qui arrivent et qui pensent bien faire en se parfumant avec leur parfum le plus cher pour aller à une entrevue d'embauche, ce n'est pas forcément la meilleure chose à faire lorsque l'entreprise qui va t'accueillir est sensitive free. Donc ça, c'est des exemples. Je prends en général cet exemple-là parce qu'il est vraiment édifiant.
- Speaker #0
Oui, c'est un excellent exemple. Et puis par exemple, moi je leur dis aussi Merci. Souvent, ils ne sont pas capables de se vendre ici. Quand tu fais une entrevue, il faut que tu montres à l'employeur que j'ai des compétences, j'ai des habiletés, j'ai une expérience.
- Speaker #1
C'est ce qu'il attend de toi.
- Speaker #0
C'est ce qu'il attend de toi. Mais nous, dans nos cultures, on nous apprend à dire soit homme, soit modeste. Donc, il y a toutes ces... Vraiment, certainement que je repasserai par vous, parce que nous, nos étudiants sont quand même très, très bien formés. Mais souvent, en entrevue, ils ont beaucoup de difficultés. Et puis, des choses aussi simples. La lettre de motivation, il ne faut pas que ce soit juste un truc générique. Je vous prie de considérer ma candidature. Il faut qu'elle soit…
- Speaker #1
Il faut qu'elle réponde à l'offre.
- Speaker #0
C'est vraiment bien ce que vous faites, de développer ces compétences-là interculturelles pour qu'ils puissent rentrer sur le marché du travail. Et puis peut-être aussi, il faut leur dire, même quand ils obtiennent l'emploi aussi. Quand tu arrives chez un employeur, il y a des règles écrites et il y a des règles non écrites. Souvent, les immigrants ne les… connaissent pas, donc ça devient un handicap pour eux, pour gravir les échelons.
- Speaker #1
Par exemple, un des exemples, moi, qui me fait sourire aussi, c'est la ponctualité. Lorsque dans certaines cultures, le rapport à l'heure est approximatif. Je sais que, par exemple, des pays comme en Europe, en Allemagne, où l'heure, c'est l'heure, après l'heure, ce n'est plus l'heure. Puis la personne se lève et elle part. il m'est arrivé de rencontrer des immigrants qui s'offusquent ou se fâchent parce que la personne part après l'heure et qu'elle ne lui a pas donné 5 ou 10 minutes de plus, alors que c'est vraiment la façon de fonctionner. Donc, il faut comprendre ces codes-là pour éviter d'être déçu ou d'avoir de mauvaises expériences.
- Speaker #0
Oui, absolument. Là, tu touches des... Et puis souvent même, quand ils sont à l'heure, ils arrivent juste à l'heure, je dis non. Il faut arriver 15 minutes avant, une des meilleures avant. Ça, c'est un problème qu'on a avec les étudiants. C'est des jeunes, mais il faut qu'ils développent ces habiletés-là. Souvent, c'est surtout les codes non écrits qu'ils ne comprennent pas. Et là, c'est important de développer ça chez eux. On essaye de le faire. C'est des jeunes, mais avec les vertus de la répétition, quelque chose qui a beaucoup marché pour nous, je sais que vous le faites aussi, c'est que souvent, on fait venir des anciens, donc des gens qui sont passés. qui ont pris les mêmes sentiers qu'eux et qui maintenant réussissent très très bien ici en Nouvelle-Écosse, donc pour l'RDS, cette personne-là est arrivée comme vous ici, comme immigrant ou immigrante, comme réfugié, et voilà, 10-15 ans plus tard, il a fait son nid ici, ça marche très bien, mais voici ce qu'il a fait. Comment il a fait ? Voilà comment il a fait, et ça n'a pas été facile, donc il ne faut pas s'asseoir dans son coin et pleurnicher, il faut aussi, il y a des règles qu'il faut respecter, même dans... Dans nos pays d'origine, il y a aussi des règles qu'il faut respecter.
- Speaker #1
Ne penses-tu pas, Yala, qu'il y a des attentes qui sont grandes avant d'arriver, puis on pense peut-être à tort qu'en arrivant ici, ça va être la partie la plus facile, alors que ça va être vraiment le commencement d'une nouvelle construction ?
- Speaker #0
Oui, ça c'est… Déjà, je crois que ça s'explique par le fait aussi que… les images qu'on voit ne correspondent pas à la réalité avec les médias sociaux, tout le monde, la mondialisation. Mais c'est une chose de voir des choses à la télé, c'est une chose la réalité sur le terrain. Par exemple, une chose que j'ai souvent entendue, c'est la question de l'anglais. Surtout pour ceux qui immigrent en contexte minoritaire. Donc d'un côté, on leur dit, il faut que vous veniez d'un milieu minoritaire. mais c'est dans une communauté francophone. Mais de l'autre, la réalité, c'est qu'il faut maîtriser l'anglais. Donc, je leur dis souvent, ne vous posez pas trop de questions, il faut apprendre l'anglais. Moi, je dis à mes étudiants, je suis un peu surpris que je dois vous dire d'apprendre l'anglais. Si vous pouvez, apprenez le mandarin, apprenez l'arabe, apprenez, je ne sais pas, parce que dans le monde d'aujourd'hui, c'est un atout de plus de parler une autre langue. Donc, il ne faut pas voir ça comme une coercition, mais il faut plutôt voir ça comme une opportunité.
- Speaker #1
Puis, en Nouvelle-Écosse, avoir un anglais fonctionnel est la base si vous voulez travailler dans une variété de postes. Nous, on a l'opportunité d'aller participer à des actions à l'international comme Destination Canada, qui sont des salons de recrutement, et on rencontre les candidats. Et une des choses qu'on leur dit, c'est que l'anglais est absolument... Quelque chose de fondamental si vous voulez avoir des opportunités d'emploi à la hauteur de vos espérances. Etant moi-même immigrante, je suis passée par là. Je n'ai pas honte de l'avouer. Moi-même, je pensais que l'anglais n'était pas aussi important que ce que j'ai découvert en arrivant. J'ai été très frustrée quand je suis arrivée. J'avais un anglais fonctionnel, mais plutôt professionnel, académique. J'étais très frustrée de ne pas pouvoir plaisanter avec le vendeur de pain ou à l'entrée d'un magasin lorsqu'on riait avec moi. Et c'est grâce à l'Université Sainte-Anne, grâce aux cours d'anglais qui sont fournis aux immigrants, que ma professeure de l'époque, Natacha, que je salue, m'a pris par la main et m'a dit « Viens, on va aller dans un restaurant et on va manger et on va parler en anglais. Viens, on va aller au marché et on va acheter et on va parler en anglais. » Et ça m'a un peu débloqué, on va dire, et j'ai pris le pas, j'ai embarqué là-dedans.
- Speaker #0
Je vais revenir à la question que tu m'as posée tout à l'heure. Je pense que quelque chose qui peut aider, c'est peut-être... J'ai vu que certaines provinces, je ne sais pas lesquelles, peut-être nous-mêmes en Nouvelle-Écosse, nous le faisons. Je sais que certaines provinces donnent des cours aux immigrants avant qu'ils arrivent ici. Des cours, je ne sais pas.
- Speaker #1
Ici aussi, on le fait.
- Speaker #0
On les prépare à l'avance pour dire voilà.
- Speaker #1
C'est un service pré-départ.
- Speaker #0
Merci. Moi, je trouve que ça, ce serait quelque chose de très, très bien. Je sais qu'il y a quelques universités qui ont commencé à le faire avec les étudiants internationaux. C'est sur Zoom ou Teams. une ou deux séances avant qu'ils arrivent déjà, tant ils obtiennent leur permis d'étudiant. Moi, je crois que ça, c'est quelque chose qui pourrait aider pour dire, voilà, madame, maintenant que vous avez eu vos papiers comme immigrante, ben voilà, commencez, etc., pour les enfants, donnez quelques trucs pour la santé et bien sûr pour l'anglais, si vous pouvez en attendant, commencez déjà à suivre des cours. Je crois qu'un truc pré-départ serait très utile.
- Speaker #1
Malheureusement, les cours d'anglais en pré-départ ne sont pas forcément... disponibles. Néanmoins, le prêt-départ peut nous servir déjà, lorsque l'on prend le temps de suivre les formations, peut nous servir à comprendre les communautés, où est-ce qu'on s'en va, et donc de comprendre que l'anglais est très, très, très important. Puis, vous avez un projet pilote de voie d'accès à la résidence permanente qui va toucher l'Université Sainte-Anne, qui a été annoncé sur le campus l'année dernière. Ces étudiants-là vont pouvoir venir avec l'optique Merci. d'obtenir la résidence permanente à la clé. Et donc, je pense que ça, dès leur sélection, je pense que ça, c'est une information très importante à leur donner, de leur dire attention, l'anglais, attention, attention.
- Speaker #0
Oui, absolument. Ça, c'est très important pour eux.
- Speaker #1
Pour eux et pour la communauté, je dirais. Qu'est-ce qui t'a le plus surpris en arrivant à Clare ?
- Speaker #0
Il y a très longtemps, quand je suis arrivé, d'abord, quand je suis arrivé, il y avait un aéroport à Yarmouth. Ma directrice à l'époque m'avait dit écoutez, j'ai réservé un restaurant, à la cafétéria, vous pourriez aller manger là-bas. Et puis je les ai prévenus que vous allez venir, c'était pour mon entrevue, tout ça. Puis moi je lui disais toujours non, ne vous inquiétez pas, je vais aller au centre-ville et puis je vais trouver. Il n'y avait pas de Google Maps à l'époque. Et puis je voyais qu'elle ne me disait pas tout à fait, écoute, il n'y a pas de centre-ville, tout à fait ici. Et puis là, maintenant, moi, j'habite à Pointe-de-l'Église, à côté de la banque. Donc, c'est chez moi, le centre-ville. Ça, c'était assez anecdotique, mais bon. Et puis, peut-être l'autre chose qui m'a surpris, intéressant, une autre anecdote, c'est que les gens mangent très tôt.
- Speaker #1
Oui, dans d'autres cultures, c'est très tard. Non, non,
- Speaker #0
on mange à 21 heures. Mes parents, mon père est décédé, mais même à 90 ans, ils mangeaient très tard. Donc, je me rappelle, quelqu'un m'avait invité quand j'étais revenu après mon entrevue. Quelqu'un m'avait dit, ah là On est passé à la maison, demain on va faire un barbecue, tout ça. J'ai dit, OK, c'est où la maison ? Il m'a dit non. Et puis, moi, je me suis pointé à 19h30, 20h. Eux étaient quasiment couchés. La personne est encore un très bon ami, lui et son épouse. Donc, peut-être qu'ils m'ont pardonné. Mais ça, ça m'avait beaucoup surpris que les gens mangeaient très, très tôt. Très, très tôt. Ils mangent à 17h, 16h. Ça, c'est pas...
- Speaker #1
Moi aussi, j'ai eu cette expérience. On m'a invité pour le souper. Puis je lis sur le courriel 17h. Puis je dis, il y a un problème. C'est un apéritif, c'est un after work, mais c'est pas... Ah non, non, non, c'est le souper 17h. Mais bon, si on revient aux basiques de la santé, il vaut mieux manger le plus tôt possible.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Ils ont bien raison. Tu diriges aujourd'hui le département des sciences administratives à l'Université Saint-Anne. Quelles compétences est-ce que tu veux transmettre à ces jeunes générations ? et à ses étudiants internationaux, même si on en a parlé un peu plus tôt ?
- Speaker #0
D'abord, première chose, il y a une partie de ce que nous faisons qui est très encadrée. Par exemple, il y a les ordres professionnels, ceux qui vont aller en comptabilité. L'ordre des CPA va déterminer un peu, pas un peu, ce qu'ils doivent apprendre. Il y a la CESPM, etc. Donc, il y a des choses qui sont encadrées, des compétences. Mais c'est sûr aussi que bon, comme... Comme professeur, mais aussi comme citoyen, on essaie de leur inculquer des valeurs. Donc première chose, on veut d'abord aussi qu'ils deviennent des citoyens. On ne veut pas seulement leur donner une expertise technique, de savoir faire des états financiers ou un plan stratégique ou un plan marketing, tout ça. On veut aussi qu'ils deviennent des citoyens. Donc ça veut dire des gens qui savent qu'ils ont des droits, mais aussi qu'ils ont des devoirs. Ça c'est un. Deux, c'est sûr qu'on veut les aider, on en a parlé tout à l'heure, à s'intégrer ici aussi. à apprendre même ceux qui retournent. Il y en a parce qu'il y en a aussi certains qui retournent dans leur pays, on leur dit, il faut que vous venez en Amérique du Nord, vous venez au Canada, vous venez dans le clair, il faut que vous tirez quelque chose de ça. Et puis, bien sûr, on essaie de leur apprendre à penser au long terme, au très long terme, on leur dit toujours, de penser dans un environnement de 5, 7, 10 ans, mais en même temps, quand tu es gestionnaire, tu dois gérer le quotidien. Tous les jours, il y a un problème sur ta table. Comment concilier l'urgence d'aujourd'hui et penser au moyen et long terme ? Et puis, bien sûr, le monde est en train de changer. Donc, on leur dit d'être ouverts, même s'ils viennent d'une autre culture. Et les étudiants canadiens, le monde est en train de changer, mais aussi avec les opportunités partout dans le monde. Donc, on essaye de leur dire... avoir 19 ou 18 ou 17 ou 20 ans maintenant, c'est une opportunité. Donc on essaie de les préparer pour ce monde-là qui est très complexe, mais qui est plein d'opportunités aussi.
- Speaker #1
Je t'entends parler, je réfléchis moi-même à mon fils qui a 14 ans. Je trouve cette génération, je trouve qu'elle ne rêve pas assez. Peut-être que c'est dû au contexte mondial, au conflit, à la surconsommation des réseaux sociaux, mais je trouve qu'elle ne rêve pas assez.
- Speaker #0
Là, tu touches un point. Les réseaux sociaux jouent un rôle très important dans leur vie. Je crois peut-être que nous, comme éducateurs, on a un... Par exemple, moi, j'essaie de leur faire lire des articles ou parfois des livres, même si...
- Speaker #1
C'est difficile.
- Speaker #0
C'est difficile. Qui les font... qui les fait sortir de leur zone de confort. Donc, parfois, je leur donne vraiment des textes assez... Je me dis, mais monsieur, ça là, c'était un peu... J'ai dit, mais c'est ça la réalité du monde, tout ça. Mais je me dis aussi quelque chose que nous aimerions beaucoup encourager, c'est peut-être la mobilité. Donc le fait qu'ils aillent dans un autre pays, passer six mois, un an, un programme d'échange obligatoire en Louisiane, en Europe, au Maghreb, en Afrique. Je ne sais pas, ça peut leur ouvrir les yeux et voir aussi. Il y a quelques années, on a quelques étudiants qui ont été à l'international. Ça a vraiment changé leur vie, le fait d'avoir passé un trimestre à l'étranger. D'abord, ils ont eu la piqûre du voyage et puis ils sont revenus métamorphosés. Mais bon, je me dis... Peut-être aussi que toutes les générations, je me rappelle que nos parents disaient, nous aussi, vous êtes…
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et ainsi de suite.
- Speaker #1
En tant que parent, il y a forcément une… Absolument. Une nostalgie de ce qu'on a vécu. Oui, oui. Je t'ai lu dire que les jeunes veulent de plus en plus faire du travail de bureau plutôt que de devenir entrepreneur. Comment réconcilier ces deux aspirations-là ?
- Speaker #0
OK. D'abord, j'encourage… quand je fais les séances, quand nous faisons les séances avec les étudiants ou dans les cours, on les encourage toujours à poursuivre leur rêve. Donc si votre rêve, parce qu'il y a certains qui veulent aussi faire, entre guillemets, du travail de bureau. Et tant mieux si c'est ça qu'ils veulent. Mais comment concilier ces deux-là ? Je crois d'abord en faisant des... Donc dans la formation, introduire ce que nous essayons de faire. Toi, tu es au Conseil de développement économique, donc tu le sais. introduire un volet entrepreneurial, donc les initier à ce côté-là. Ça, c'est une première façon. Une deuxième façon, c'est de les mettre en contact avec des entrepreneurs. Je me rappelle, il y a quelques années, on avait un projet que nous, on appelait le projet Baudouin parce que c'était financé par Laurent Baudouin, l'ancien patron de Bombardier. Et ça m'avait beaucoup frappé. Les étudiants avaient rencontré M. Baudouin, ils avaient rencontré M. Deveau des algues acadiennes, ils avaient rencontré M. Dutille, qui vient de la bourse de Canac, Canac, Manac, je crois. Ça m'avait beaucoup frappé le fait de fréquenter des entrepreneurs. Ils avaient vraiment des questions très candides pour lui, pour ces personnes-là. Ça m'avait beaucoup frappé qu'ils se disaient, pourquoi pas moi ? Et puis ça, c'est tous des gens qui ont commencé à petit et qui ont bâti des entreprises de classe mondiale. Donc ça, c'est une façon. Et puis bien sûr, par les lectures, dans les cours, tout ça, on les fait lire sur les entrepreneurs locaux. Mais c'est quelque chose qu'il faut pousser davantage. Ça veut dire très peu, quand ils finissent, ils vont tous travailler dans le secteur. secteur de la finance et qui est une très bonne chose et ils font très très bien, etc. Mais ils démeurent des employés, donc ce serait bien. C'est sûr que ça, c'est notre rêve et c'est un projet que nous caressons avec le CDNE, c'est de créer cette vocation entrepreneuriale là, qui crée des entreprises. Il y a des facteurs peut-être sur lesquels il faut travailler aussi, par exemple, peut-être avoir un financement plus approprié, du capital de risque. Ces gens-là, souvent, n'ont pas. pas de crédit du tout parce qu'ils viennent de l'étranger, que ce soit les étudiants ou les immigrants. Donc peut-être qu'il faut s'adapter à eux parce que si il va dans une banque ou dans une caisse populaire et puis il dit la caisse populaire appelle une agence de crédit, mais il n'a pas d'espérance. Oui, parce qu'il est nouveau. Donc il faut s'adapter à ça et il faut peut-être du capital de risque parce que des fois, les banques vont te prêter si tu as une garantie, s'ils sont sûrs, etc. Quand tu sors d'un camp de réfugiés, ou quand tu es nouveau diplômé, ou quand tu es immigrant économique, tout ça, tu n'as pas nécessairement...
- Speaker #1
Cet historique bancaire. C'est intéressant ce que tu dis, parce que nous, les immigrants qu'on sert, les clients qu'on sert, plus de 50% d'entre eux estiment que l'entrepreneuriat les intéresse à court, moyen terme. Plus de 50%. Donc, c'est vraiment un chiffre édifiant. Et les femmes également. Donc, la catégorie des femmes est très intéressée par l'entrepreneuriat. Et puis, je trouve que le Canada... démystifie, décomplexe cette alliance travail et entrepreneuriat alors que dans d'autres pays, il est très mal vu d'avoir un travail, d'être salarié la journée et d'être entrepreneur à ses heures perdues. Je trouve qu'ici, c'est vraiment une opportunité à saisir. Bravo pour le travail que vous faites avec les étudiants et l'équipe de l'entrepreneuriat du CDN également. Tu es, de ce que je sais, sur plusieurs CA, plusieurs conseils d'administration. Comment tu fais pour concilier déjà tous ces engagements ? Est-ce que c'est facile ou pas ?
- Speaker #0
Ça prend du temps, honnêtement. D'abord, la première chose que vous devez faire si vous voulez vous engager dans un conseil d'administration, c'est d'être sûr que vous allez accorder le temps. Donc, vous n'allez pas juste assister aux réunions, mais il faut se préparer avant la réunion. Je peux concilier ça. Parce que maintenant, avec la technologie, beaucoup des réunions ont lieu par Zoom. Teams. Donc, il n'y a plus les déplacements à faire pour venir à Halifax ou vice-versa, ou aller. Bien qu'il y a des réunions aussi en présentiel, donc la technologie aide, mais je considère cette partie-là comme un devoir aussi. Ça veut dire, ça c'est comme redonner, parce que parfois c'est des organisations. Par exemple, je suis sur le conseil d'administration de inclusion CLAR. Donc, ça c'est vraiment les personnes les plus vulnérables. Donc, pour moi, je considère ça comme, il faut redonner aussi. quand tu as eu la chance d'avoir des opportunités à un moment donné, je suis peut-être à un âge ou à un stade de ma vie où je me dis qu'il faut redonner un peu à la communauté, à la société d'accueil, et peut-être plus tard, à mon pays d'origine.
- Speaker #1
J'aime ce que tu dis. Moi aussi, j'ai cette réflexion. On nous a donné une opportunité. Qu'est-ce que nous, on donne à la communauté ?
- Speaker #0
On parlait tout à l'heure du hockey comme... comme un lien pour faire des connexions, mais je dis aux immigrants, si on vous approche, parce que si on vous approche, c'est une opportunité aussi de connaître d'autres personnes, parce que souvent, sur ces conseils-là, les gens viennent d'horizons très différents, et c'est surtout une opportunité aussi d'apprendre. Donc, j'ai beaucoup appris, beaucoup, beaucoup appris en siégeant sur ces conseils d'administration-là, parce que les gens viennent de régions différentes, les gens viennent d'horizons différents. Souvent, je vois qu'ils approchent les problèmes d'un angle que je n'avais pas envisagé ou vice-versa. Il y a une opportunité à ne pas rater.
- Speaker #1
C'est ça, la diversité apporte de l'innovation à la table. Les études le démontrent clairement. En tant que chercheur, j'aimerais revenir sur ce côté-là de ta carrière. Quel enjeu de l'Acadie, de la Nouvelle-Écosse, te semble encore peu étudié ou peu investi ? Quel enjeu ?
- Speaker #0
L'innovation. Toutes les questions liées à l'innovation et à la productivité, ça c'est totalement... Et d'abord... Il y a de l'innovation qui se fait. Il y a beaucoup d'entreprises. Je crois que je vous ai vu. L'Acadie est petite, n'est-ce pas ? Vous étiez l'année dernière à la conférence économique, lors du congrès, lors du CMA. Les gens des algues acadiennes étaient là. Si vous prenez des entreprises comme les algues acadiennes, comme Como Seafood, comme AF Thériault, ce sont des entreprises qui sont en région, mais qui innovent et qui... qui exportent. Donc, comment elles ont fait ces entreprises-là, etc. Donc, toute la question de l'innovation, l'enjeu de la productivité aussi maintenant. Parce qu'on se dit, il n'y a pas de main-d'oeuvre, etc. Est-ce qu'on peut faire différemment ? Est-ce qu'on peut faire autrement ? Et toutes les...
- Speaker #1
Le management de la performance ?
- Speaker #0
Le management de la performance et aussi toutes les questions d'innovation sociale aussi. Donc, par exemple, je prends... Le centre médical, je parle de ces exemples-là parce que c'est des choses que je connais, parce que j'habite dans le sud-ouest, mais je suis sûr qu'au Cap-Breton aussi ça se fait. Mais par exemple, le centre médical, c'est quand même, ils ont un modèle d'affaires qui marche. On n'a pas de pénurie de médecins ou presque pas, ce qui est presque unique dans les communautés francophones en contexte minoritaire. Donc c'est une forme d'innovation sociale, peut-être essayer d'apprendre de ces innovations-là. Et puis peut-être aussi comment ces entreprises-là qui ont très bien réussi peuvent aussi permettre à des jeunes entreprises de les prendre sous leur aile. Donc ça, c'est un angle qui n'est pas couvert. Et puis bien sûr, tout l'angle sur les technologies de l'information et de la communication. Et puis maintenant, bien sûr, l'intelligence artificielle, même si c'est embryonnaire. et puis bien sûr La question de l'immigration, il y a des études là-dessus, mais peut-être qu'il faut avoir une perspective plus à long terme, parce qu'on est toujours sur des perspectives peut-être à court terme. Comment faire pour les garder ? Je sais que c'est important, mais peut-être avoir une perspective plus stratégique des études. Est-ce qu'il faut peut-être qu'on cible ? Je sais que vous faites beaucoup de recrutement. Est-ce qu'on doit cibler jusqu'à quelques pays ou est-ce qu'on doit cibler toute la francophonie ? Est-ce qu'il faut... Quelles sont les communautés ? Est-ce qu'on doit... Dans quelles régions ? Quelles sont les régions où ils sont le plus susceptibles de rester ? Etc.
- Speaker #1
Probablement aussi, quelles sont les régions qui ont réussi à garder leurs immigrants et comment elles ont fait ?
- Speaker #0
Absolument. Qu'est-ce qu'on peut apprendre de ces régions-là ?
- Speaker #1
Les bonnes pratiques.
- Speaker #0
Les bonnes pratiques, merci. C'est vraiment ça. Donc au lieu parfois qu'on réinvente tout le temps la roue, peut-être dire, hey, cette communauté-là n'a pas de... de problèmes de docteurs, qu'est-ce qu'ils ont fait ? Cette entreprise-là innove, exporte partout dans le monde, qu'est-ce qu'elle a fait ? Quel a été son parcours ? Etc. Donc je trouve... Mais bon, on a quand même des opportunités d'échanger, comme la conférence, il y a des colloques, organisées la plupart du temps d'ailleurs par le CDNE, donc c'est des opportunités.
- Speaker #1
Le forum économique du CMA a été vraiment un moment très riche en échanges, effectivement. Justement, en termes de rétention, les étudiants sont de futurs résidents permanents, c'est de futurs citoyens aussi. Qu'est-ce qu'il faut leur dire pour les inciter à rester ?
- Speaker #0
Je pense d'abord qu'il y a une partie, et là je vais prendre ma responsabilité sur ça comme directeur, comme enseignant. Nous n'avons pas pu... On doit leur vendre d'abord les programmes coopératifs davantage. C'est-à-dire les programmes coopératifs, c'est alternance études-travail. Donc un étudiant fait trois stages. avant d'obtenir son bac ou d'obtenir son diplôme. Donc moi je crois qu'on doit, il y a des défis par exemple si tu as un étudiant en coop dans CLAR, il n'a pas de voiture, il n'a pas de permis, mais sans doute ces défis-là on peut les contourner en travaillant avec le transport de CLAR ou en trouvant des stages ici chez vous au siège à Halifax. Donc d'abord moi je pense qu'il faut aller avec ces, donc quand ils finissent, ils ont déjà l'expérience du marché du travail. Mais sinon, bon, qu'est-ce qu'il faut leur dire pour les retenir ? Je crois que leur dire qu'il y a des opportunités ici. Parce que quand ils finissent, ils s'en vont tous vers des grands centres urbains. Mais leur dire qu'il y a des opportunités ici à Halifax, mais bien sûr dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Et puis peut-être aussi, il faut encourager les employeurs. Donner une première chance, que ce soit un projet pilote ou je crois qu'il faut que les employeurs aussi sortent de leur zone de confort, c'est-à-dire dire je vais embaucher un étudiant sénégalais ou un étudiant bouroundais ou un étudiant marocain qui n'a pas beaucoup d'expérience en Amérique du Nord, etc. Et leur donner cette première chance-là, je sais que, donc une fois qu'ils ont cette première chance-là, c'est à eux aussi de la saisir. Donc, je crois qu'il y a différentes choses qu'on peut faire. Et puis, peut-être leur montrer les opportunités, pas seulement à la fin, mais tout au long. Donc, par exemple, je sais que l'année prochaine, on va essayer d'inviter des employeurs spécifiquement pour eux. Et puis, bien sûr, il y a la question de l'anglais. C'est des jeunes parce qu'il y a plusieurs aussi qui restent ici en Nouvelle-Écosse. Je sais, toi, tu embauches.
- Speaker #1
On vient d'embaucher un agent de projet qui est un alumni de Saint-Anne. Oui,
- Speaker #0
donc je sais qu'il y a... beaucoup de nos anciens qui travaillent au CDNE et qui font très très bien au CSAP, au siège social du CSAP, je sais qu'il y en a quelques-uns, et qui font très très bien, et qui vivent là avec leur famille. Mais il faut leur donner cette première chance là aussi.
- Speaker #1
On retrouve de plus en plus d'étudiants issus de l'immigration. Comment les accueille-t-on ? Et quels sont les défis que tu observes ?
- Speaker #0
Pour les accueillir, comme je l'ai dit tout à l'heure, il y a une structure à l'université qui s'occupe de ça. On travaille en étroite collaboration avec eux, la vie étudiante. Mais comme les défis auxquels on fait face, d'abord, c'est toujours, d'abord, le premier défi souvent, moi j'appelle ça le défi souvent de la ghettoïsation. C'est-à-dire, les gens, et c'est normal, j'ai été jeune, j'étais pas comme ça, mais la tentation était là. Donc souvent les gens... Si je viens du pays A, du Burundi, ou si je viens du Tchad, ou si je viens du Maroc,
- Speaker #1
je vais me sentir confortable avec les
- Speaker #0
Marocains, avec les Burundais, etc. Donc, je leur dis toujours, sortez de votre zone de confort. Tu ne quittes pas ton pays pour aller. C'est normal. Donc, ça, c'est un premier élément. Deuxième élément, j'en ai parlé, c'est toute la question de la santé mentale. Troisième élément aussi, c'est toute la question de s'adapter à l'éducation nord-américaine qui est pragmatique, pratico-pratique. Donc on ne veut pas la mémorisation, c'est des études de cas, c'est des questions à choix multiples. Donc souvent, c'est des choses avec lesquelles ils ne sont pas familiers. et puis c'est sûr j'en ai parlé, on en a parlé aussi les gens viennent de très grandes villes par exemple nous avons beaucoup de gens qui viennent de la République démocratique de Congo Évidemment, Kinshasa, c'est une ville de plusieurs millions d'habitants. Quand quelqu'un quitte Kinshasa, il arrive à prendre de l'église, c'est sûr que c'est des défis. Mais aussi, je leur dis de s'impliquer. Donc ceux qui s'impliquent, souvent, ça veut dire qu'il y a quand même les associations étudiantes, il y a les équipes sportives, il y a la possibilité de faire du théâtre, de faire partie de l'aumônerie, etc. Donc, il y a des opportunités, je leur dis, sur un campus comme ça, il faut t'impliquer, il ne faut pas rester dans ta chambre, il faut aussi sortir de ta zone de confort.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu aimerais faire pour renforcer les liens entre l'Université Sainte-Anne, c'est-à-dire les étudiants de l'Université Sainte-Anne, peu importe d'où ils viennent d'ailleurs, et la communauté francophone en général de Nouvelle-Écosse ?
- Speaker #0
Je pense qu'on a déjà de très bons liens parce que beaucoup de nos diplômés... Quand je rentre dans n'importe quelle organisation du secteur privé ou public, il y a nos diplômés qui travaillent là. Les liens sont quand même déjà solides, mais on peut toujours travailler. C'est-à-dire, ce sur quoi j'aimerais travailler, c'est plutôt ces programmes coopératifs-là qui reçoivent davantage d'étudiants canadiens ou internationaux. Ça, c'est la première chose. et puis peut-être... les mettre plus en contact avec des entrepreneurs, des programmes de mentorat. J'étais à une conférence, moi j'étais à distance, toi tu étais dans la salle, j'ai entendu beaucoup parler des programmes de mentorat. Donc ça veut dire, excuse-moi l'anglicisme, matcher un étudiant avec un entrepreneur ou avec un gestionnaire. Le RAN avait un projet que j'ai observé à distance au cours des dernières années où il jumelait un étudiant avec un aîné qui était comme un mentor. Je regardais ça un peu du coin de l'œil, mais c'est quelque chose qui a marché. Mais peut-être... aller au-delà du RAN, vraiment, ça serait quelque chose. C'est bien d'avoir un mentor. Tout à l'heure, tu me posais la question, est-ce que j'ai eu des phares ? J'ai eu des mentors. Moi, j'ai encore des mentors et ça m'a beaucoup aidé. Je pense que ça, c'est quelque chose qu'on devrait regarder, mettre les étudiants en contact avec des gens dans la communauté. Surtout quand quelqu'un vient de loin. Tout à l'heure, j'ai dit ça. Souvent, on peut... On ne connaît pas les règles non écrites. Quand je regarde les immigrants et quand je me mets moi-même aussi 20 ans en arrière, 30 ans en arrière, 35 ans en arrière, parce que ça fait longtemps que je suis au Canada, on ne connaît pas les règles non écrites et le mentorat peut aider justement à comprendre ces nuances-là et puis peut-être aussi à développer une certaine confiance chez ces personnes-là. Et puis, pour les gens qui vont être un mentor, c'est une bonne opportunité de redonner aussi à la communauté.
- Speaker #1
Et puis, c'est une opportunité pour le mentoré de développer des réflexes pour savoir quand poser des questions, comment les poser, quelles sont les zones grises, des choses comme ça. Qu'est-ce qui manque à nos régions, et ça, je parle de la Nouvelle-Écosse en général, pour retenir nos talents ?
- Speaker #0
D'abord, il y a une chose que moi j'aimerais dire. Moi, je trouve... que le fait que les jeunes aillent ailleurs, ça peut être une bonne chose aussi. C'est-à-dire, je connais beaucoup de jeunes entrepreneurs ou des gens qui travaillent maintenant, tout ça, qui ont été ailleurs, donc qui ont été dans l'Ouest, qui même ont été à l'étranger. C'est un plus. Donc, il faut encourager la mobilité. Mais il faut surtout s'assurer qu'ils reviennent. Maintenant, qu'est-ce qui nous manque pour garder nos talents ? C'est sûr qu'il faut reconnaître que maintenant, nos jeunes veulent réconcilier la vie familiale avec le travail, avec les loisirs. Donc, moi je pense, ma génération ça va, mais les jeunes, ils veulent peut-être avoir un restaurant. C'est raffiné ou il y a du sushi. Je ne sais pas, je ne mange pas de sushi. Je dis ça comme ça, mais mon fils en mange beaucoup. Donc, il faut offrir ces services-là qui leur permettent de concilier la vie familiale et le travail et les loisirs. Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, peut-être aussi qu'il faut leur faire confiance. C'est-à-dire que... Parfois, il faut attendre jusqu'à 40 ans, 45 ans pour pouvoir, dans nos régions, pour pouvoir percer. Pourquoi pas ? Des gens de 25 ans, 30 ans qui sont très talentueux, il faut peut-être leur permettre d'éclore. Souvent, quand je regarde nos organismes, c'est toujours nous, moi-même, je siège sur beaucoup d'organismes. Il faut peut-être donner cette opportunité. La réponse, c'est oui. donc il faut Il faut que quelqu'un donne une chance à ces jeunes-là, vraiment dire, écoute, reviens, on va te jeter dans la piscine. Donc, c'est important de leur donner cette place-là. Et puis, bon, peut-être aussi le fait que, par exemple, tout est fermé après 19 heures. Donc, j'essaie de voir pour une jeune famille. qui veut sortir, ce n'est pas très attrayant pour ces jeunes familles-là. Et aussi, toute la question des services de garde, ça, ce n'est pas propre à nous, mais c'est un problème national, mais ça se pose avec plus d'acuité quand tu es dans une zone rurale. Ça veut dire que si tu as ta famille là, pas de problème. Mais si tu n'as pas de famille, qu'est-ce qui se passe quand l'école est en relâche au mois de février ou l'école, etc. Donc si... Je crois qu'il faut permettre à ces jeunes-là d'être eux-mêmes, de pouvoir s'épanouir. Mais en région, il faut offrir plus de services, des pistes cyclables, je ne sais pas. Leur permettre de rêver des studios multifonctionnels et puis leur donner des opportunités. Donc, il faut leur donner la chance et des opportunités.
- Speaker #1
Tu devais présenter, Claude, à un inconnu, un pitch. En quelques phrases, tu dirais quoi ?
- Speaker #0
Je dirais d'abord que moi, je viens d'un pays qui est enclavé. Donc, je dirais d'abord que tu es au bord de la mer. Donc, c'est un environnement physique exceptionnel, vraiment. Moi, je fais beaucoup de plein air. Deuxième chose, c'est quand même un endroit idéal pour élever une famille. Donc, si vous voulez élever une famille, c'est quand même très, très bien. Et puis, bon, troisième chose que je dirais, si vous aimez les fruits de mer, puisque c'est un pitch. Ça tombe bien. Ça tombe bien, vous êtes au bon endroit pour avoir les meilleurs fruits de mer. Et puis, je dirais que c'est un endroit où il y a des opportunités, mais comme partout. il faut savoir les saisir.
- Speaker #1
Je peux t'emprunter quelques phrases pour Destination Canada de l'année prochaine puisqu'on pitche pour la Nouvelle-Écosse. Donc ça sera une partie de mon...
- Speaker #0
Tu m'enverras un chèque pour les droits d'auteur.
- Speaker #1
Pas de problème, pas de problème. On veut garder de bonnes relations avec Yala. On va terminer avec un certain nombre de questions que j'appelle moi questions en rafale, c'est-à-dire avec des réponses spontanées. Un mot en français qui t'inspire ?
- Speaker #0
Courage.
- Speaker #1
Wow. Une tradition locale que tu as intégrée avec joie.
- Speaker #0
Le faire du plein air, le plein air.
- Speaker #1
Une recette ou un plat préféré ?
- Speaker #0
En général ou locale ?
- Speaker #1
En général.
- Speaker #0
Du riz au beurre d'arachide.
- Speaker #1
Donc tu es resté dans ta zone de confort là.
- Speaker #0
Je suis resté dans ma zone de confort, oui.
- Speaker #1
Et si je te disais un plat acadien ?
- Speaker #0
Le fricot.
- Speaker #1
Une lecture ou une idée qui a changé ton regard sur l'Acadie ?
- Speaker #0
Yeah, yeah. Plusieurs années, j'avais lu la biographie de M. Robichaud. C'est l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick. C'était écrit par un journaliste de Radio-Canada, je crois qu'il s'appelle Michel Cormier. Ça m'a beaucoup permis de comprendre des choses que je ne comprenais pas. C'est une biographie extraordinairement bien faite. Il parlait beaucoup. beaucoup de la création de l'université de Moncton, de l'enfance de ce premier ministre-là, du chemin parcouru par les francophones. Ça m'a permis de beaucoup comprendre. Ce livre-là m'a vraiment beaucoup touché. Je l'ai lu trois fois. Je l'ai lu trois fois. Et puis, j'ai lu le livre, bien sûr, de la biographie de Bernardin Como. C'est un tout petit livre. Ça m'a aussi permis de comprendre. Moi, je connaissais l'entreprise, mais on voit vraiment comment l'entreprise est partie d'une toute petite micro-entreprise pour devenir une quasi-multinationale. Donc, c'est vraiment extraordinaire de voir le parcours. Et comme je l'ai dit tout à l'heure, tout ça se fait en région aussi. Donc, ça veut dire que…
- Speaker #1
Il y a des défis supplémentaires.
- Speaker #0
Il y a des défis supplémentaires, mais que lui a su surmonter pour faire un leg à la communauté, à sa famille, tout ça. Donc, il y a des opportunités aussi.
- Speaker #1
Il y a des bonnes recettes à explorer.
- Speaker #0
Il y a des bonnes recettes à explorer, oui.
- Speaker #1
Un moment de fierté avec tes étudiants ?
- Speaker #0
Ça, c'est tout le temps. Quand je prends l'avion, il m'arrive souvent de croiser mes anciens étudiants à l'aéroport, tôt le matin, en veste-cravate ou en tailleur pour les filles. Là, je suis toujours fier. Une fois, il me dit, monsieur, je suis pressé, je ne peux pas te parler, je dois prendre l'avion. Là, ça me touche vraiment. Et puis, quand je voyage, je fais un effort toujours partout où je vais, que ce soit ici au Canada. Et quand je retourne en Afrique, j'essaye de les rencontrer. Et ça me fait plaisir de les voir, qu'ils ont un bon emploi, une bonne situation, tout ça. Mais aussi qu'ils sont devenus des vrais citoyens. On parle beaucoup d'immigration. Il y a aussi beaucoup de ces étudiants-là issus de l'immigration. J'ai plein d'étudiants qui se sont bien intégrés en Nouvelle-Écosse et qui font extraordinairement bien. Je parlais avec le recteur il y a quelque temps. Il me disait qu'il était à une retrouvaille des anciens à Montréal.
- Speaker #1
J'étais avec lui.
- Speaker #0
Et puis, il me disait comment il était fier. Et puis, je lui demandais les noms, tout ça. Et puis, ça, ça fait plaisir. Ça, ça fait plaisir de les voir quelques années plus tard. Même s'ils nous ont donné beaucoup de cheveux blancs.
- Speaker #1
Mais c'est intéressant ce que tu dis, parce que lors de cette rencontre-là, il y avait une vingtaine d'étudiants. Puis ce qui, moi, m'a beaucoup frappé, c'est qu'ils étaient devenus des personnes accomplies. Puis quand on a discuté avec eux, une des perspectives qu'ils ont eux-mêmes spontanément mis sur la table et que j'ai partagée avec Kenneth Deveau. C'était le fait de souhaiter revenir en Nouvelle-Écosse, mais pas forcément avec un emploi, mais avec des opportunités de mission ponctuelle. Donc, ils ont ce souhait de participer à la communauté, mais toujours avec cette perspective d'allier vie personnelle, vie professionnelle, loisirs, ce que tu disais, ce que tu mentionnais plus tôt. Ça, ça m'a beaucoup touché dans leur discours. Mais c'était des personnes accomplies.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
et ça,
- Speaker #0
ça fait plaisir. Ça, ça fait vraiment plaisir.
- Speaker #1
Et tu mentionnais Karel. On a publié récemment une vidéo. une courte vidéo d'elle sur nos réseaux sociaux où on partage son parcours. Elle est quand même allée jusqu'au Yukon pour revenir ensuite en Nouvelle-Écosse. J'invite tout le monde qui nous écoute à aller regarder sur la chaîne YouTube du CDN cette petite vidéo.
- Speaker #0
Ce n'était pas arrangé avec mes gens des vues. Vraiment, c'est une étudiante qui moi-même m'inspire. Elle nous a parlé pendant le mois des Noirs. Elle nous avait parlé, ça m'avait vraiment touché parce que je l'ai connue quand elle est arrivée sur le campus et puis je la vois quelques années plus tard. Ça fait plaisir. On a toujours ces rencontres-là sur l'immigration, des sommets, des forums, tout ça, mais ça marche aussi. Ça marche, il y a des gens qui viennent ici, qui s'intègrent, qui créent de la valeur, qui créent de la richesse, qui sont des bénévoles, des bons citoyens, des bons parents.
- Speaker #1
Elle a commencé étudiante, elle est devenue résidente permanente et là maintenant elle est citoyenne et elle travaille pour IRCC. une musique que tu écoutes souvent ? Salif Keita pas de musique de ton fils ?
- Speaker #0
parce que j'ai essayé de t'emmener sur un terrain j'écoute mais avec l'âge maintenant j'avais été je crois à un de leurs concerts à Moncton je crois que le concert commençait à une heure du matin Oh là là ! Vous comprenez que je prends de l'âge maintenant pour ça, mais j'écoute bien sûr la musique de mon fils. C'est de la musique plus pour les jeunes.
- Speaker #1
En tout cas, merci beaucoup Yala pour le temps accordé. Ça a été très riche.
- Speaker #0
Je voulais quand même passer un message, étant donné que vous m'avez appelé. Je crois que... Pour intégrer les immigrants, c'est quelque chose qui dépend des deux côtés. Donc il faut vraiment que les migrants qui arrivent ici, les gens me posent toujours la question, « Yala, comment tu as fait ? » J'ai fait des pas pour aller vers les autres, c'est normal. Mais l'inverse est vrai aussi. Il faut aussi que la communauté d'accueil, la société d'accueil, fasse aussi des pas. Ça, ça m'a beaucoup aidé. pour aller vers... Écoute, moi, je suis musulman, mais à Noël, chaque année, il y a des gens qui m'invitaient ou qui m'invitent encore, que ce soit des Acadiens, et maintenant, j'ai des collègues africains qui sont catholiques. Donc, il faut faire ce pas-là pour aller vers les autres, et vice-versa. Et j'appelle aussi les employeurs. Toi, tu travailles avec les employeurs, moi aussi. Je sais qu'ils font des efforts, mais ils doivent faire cet effort supplémentaire-là. donner une chance, donner quelqu'un qui est sorti d'un camp de réfugiés, il a déjà des habiletés, donc peut-être il n'a pas les habiletés que vous vous cherchez, mais s'il a traversé le continent ou la Méditerranée ou je ne sais pas, il a déjà des habiletés, des compétences. Les gens ont besoin de ce petit, excuse-moi l'anglicisme, de ce boost. Une fois que tu l'as, tu es parti. Moi, il y a des gens qui m'ont donné cette chance-là, l'université et au sein de l'université, des personnes m'ont donné cette chance-là. Je l'ai saisi et je le fais maintenant. Moi, quand j'embauche encore des profs, des chargés de cours, des fois, je me dis peut-être que cette personne-là n'a pas beaucoup d'expérience, mais on va lui donner une chance. Et souvent, ça se passe très, très, très, très bien. J'ai beaucoup de mes anciens étudiants qui enseignent pour moi et qui sont d'excellents pédagogues. Et les premières fois, ils n'avaient pas beaucoup d'expérience. Et puis, je leur disais, ça va bien aller. Et puis, s'il y a quoi que ce soit, nous sommes. Vous pouvez venir me voir, mais j'ai des collègues au département. Vous pouvez venir les voir. Donc c'est très important de donner cette première chance-là, parce que si vous regardez juste le CV, etc., ça ne va pas marcher. Et l'inverse est vrai aussi, il faut sortir pour les immigrants, il faut leur dire de sortir de leur ghetto, d'aller faire du bénévolat, de rencontrer des gens, puis peut-être de sortir un peu, de dire oui, les gens sont fermés. Non, il faut aller vers les gens et vice-versa. Donc à Noël. quand c'est la fête de tabaski, inviter les gens chez vous, et vice-versa, si vous êtes la communauté d'accueil, ouvrez vos portes aux gens lors de la Thanksgiving. Je m'arrête là. Merci beaucoup.
- Speaker #1
C'est un très bon message de fin. Moi, je suis renchérie en disant qu'en tout cas, ces personnes-là qui viennent ici au Canada, elles peuvent ne pas correspondre exactement à ce que tu recherches en tant qu'employeur. Néanmoins, cette personne-là a une chose qui, à mon avis, va servir l'employeur, c'est qu'elle veut. Elle a envie. Sinon, elle ne serait pas sortie si loin de sa zone de confiance.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Donc les accompagner, je suis d'accord avec toi. Puis des organismes comme le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse, on offre une gamme de services qui sont gratuits et qui peuvent vous permettre, vous en tant qu'employeur, de s'appuyer sur nous pour vous accompagner, que ce soit dans des enjeux comme l'équité, diversité, inclusion ou des compétences liées au travail. Donc faites appel aux experts. Voilà, merci beaucoup Yala.
- Speaker #0
C'est moi qui te remercie.
- Speaker #1
Phare et trajectoire est produit par le CDN avec un soutien de Immigration Réfugiée Citoyenneté Canada. Si vous avez dans votre entourage un employeur, un immigrant, une personne nouvellement arrivante, n'hésitez pas à lui partager. Si vous avez une histoire intéressante à nous raconter, contactez-nous. A bientôt.