Speaker #0Bienvenue aux auditeurs d'élite.
Quant aux autres, vous pouvez rester.
Aujourd'hui, j'ai passé un entretien pour un gros poste.
Le recruteur m'a posé les questions d'usage :
- "D'usage ? Vous avez dit d'usage ? », a-t-il dit.
- « Comme c'est d'usage ... » ai-je répondu.
J'avais la REF, comme dirait la génération qui, justement, n'aura jamais cette ref.
Il a enchaîné.
Votre signe en astrologie chinoise ?
- Euh... Ben ... puisque j'aimerais entrer à votre service, j'ai dit, je vais dire ... Canard Laquais ?
- Bon, a-t-il dit, pouvez-vous épeler à l'envers le mot "radar" ?
- Ah non, ah non, ça je suis désolé ... mais j'ai jamais été bon dans ce type d'exercice. Oh là là, non.
Il a repris.
- Comment dit-on "sandwich" en Anglais ?
Je ne savais pas trop non plus ...
- Je ne sais pas moi ... ça doit être le même mot, non ? En bouffe, ils ont tout piqué aux Français !
- Le passé a-t-il un avenir ?
- Il faudra lui demander, j'ai dit !
Et à ce moment-là, il m'a posé la dernière question.
- Vous savez mourir, bien sûr ?
J'ai été pris de court.
- Est-ce que je sais mourir ? À vrai dire, je... je manque de pratique dans ce domaine ... Mais je me débrouillerai, comme tout le monde, ni plus ni moins, j'imagine. Et vous ?
- Mais c'est pas la question, m'a-t-il dit.
Et je n'ai pas eu le poste.
Il m'a fallu un peu de temps pour comprendre ce qui s'était passé.
Je suis dans le métier depuis quelques années pourtant, mais je n'avais jamais vu les choses comme ça. Les premiers rôles, bon, ce sont les premiers rôles, ok. Les second rôles, bon, ce sont eux qui ont une petite chance de devenir des premiers rôles. Une toute petite chance, mais elle existe quand même.
Et les troisième rôles, alors ?
Les troisième rôles, ils sont cuits. Ils n'ont aucune chance de devenir premier rôle. Aucune.
Mais, comme troisième rôle, ils ont une chance d'occuper le centre de l'écran pendant quelques secondes : c'est s'ils sont mort, genre Agatha Christie, ou agonisant, genre beaucoup de films noirs : la caméra s'arrête sur un rictus, un râle, et c'est le masque figé, les muscles qui se relâchent, la mort qui a frappé.
Et c'est comme ça que certains d'entre eux sont passés à la postérité, chez Hitchcock par exemple, et chez Scorsese.
Mais pour ce qui est des agonies, notre maître à tous est Peter Sellers, dans "The Party".
Vous l'aurez compris : savoir râler est un vrai plus dans l'industrie du cinéma.
Sauf que moi, je ne savais pas que c'était un agonisant qu'ils cherchaient.
C'est comme le Samu. Si vous n'êtes pas mourant, vous ne les intéressez pas. Et pour savoir si vous êtes mourant ou pas, ils vous posent des tas de questions.
Du genre : "est-ce que vous pouvez vous toucher l'épaule gauche avec la main gauche tout en sautant à cloche-pied autour de votre pâté de maison ?"
Ou bien : "le couteau que vous avez dans le ventre, il vous fait mal comment, sur une échelle de 1 à 10 ?
Vous savez quoi ? On va faire un concours ! Un de ces fameux concours radiophoniques comme à la grande époque !
Vous avez un râle d'agonie dont vous êtes particulièrement fier ? Du genre, mais vraiment, olympique, le râle olympique !
Oui ? Dans ce cas, n'hésitez pas !
Envoyez un vocal à Rafaël, le DJ de Radio Girafe.
Rafaël au 06 21 92 46 91. Je répète, 06 21 92 46 91.
Juste votre agonie sur un vocal. Pas plus de 30-45 secondes, à mon avis, ça c'est bien. Et les meilleurs passeront à l'antenne. Parole de Raf !
Turlututu, chapeau pointu !
Et c'est ainsi que le caramel en eut râle-bol.