Speaker #0Bienvenue aux auditeurs d'élite !
Quant aux autres, ils peuvent rester.
Chers auditeurs,
Voici quelques semaines, nous traitâmes du caractère apomorphe de Napoléon Bonaparte.
Après la diffusion de cet épisode, j'ai croulé sous un important courrier des auditeurs, c'est-à-dire un e-mail.
Et cet e-mail demandait une analyse de ce mot. Une analyse qui, tout en restant rigoureuse, comme toujours, soit un peu moins exclusivement historique.
Et nous allons donc, aujourd'hui, nous rattraper sur ce sujet.
Commençons par rappeler la définition du mot "apomorphe".
Apomorphe : "adjectif, s'emploie en biologie. Dans l'analyse cladistique, se dit d'un caractère biologique dérivé par rapport à son état ancestral. Apomorphe est le contraire de plésiomorphe."
Fin de la définition.
Je crois que c'est à peu près clair.
Et ce qui va particulièrement nous intéresser aujourd'hui sera la notion de "dérive" d'un caractère biologique.
Entre parenthèses, et en introduction, imagine-t-on un caractère qui ne soit pas biologique ?
Je pose la question, mais je laisserai la Maison Larousse s'emparer de cette problématique.
Car, à force de recopier les définitions depuis 1863, tout en essayant de les moderniser de temps en temps, on en vient parfois à écrire des bêtises.
Et que le premier qui n'a jamais écrit de bêtises me jette la première pierre !
Reprenons.
Nous assistons donc, consternés, à la dérive d'un caractère biologique.
Un instant, il est là.
L'instant suivant, il n'est plus là.
Faisons appel à Victor Hugo, bien sûr :
Oh, combien de marins, combien de capitaines,
Qui sont partis joyeux, pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon, se sont évanouis.
Combien ont disparu, dures et tristes fortunes,
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan, à jamais enfoui.
Eh oui, d'abord la dérive ...
Puis emportés par le courant, le terrible courant ...
Ça, c'est en mer, mais sur Terre, pas mieux ...
Le courant, le terrible courant, il est partout !
Contrairement aux apparences, le courant, s'il est courant, il n'en est pas banal pour autant !
Demandez à Faraday, à Franklin, à Tesla, à Edison, tous ces dompteurs d'éclairs !
Notez qu'entre Edison et Tesla ... le courant ne passait pas bien, non ! Au point qu'il est à présent tout à fait prouvé que le premier a tout fait pour court-circuiter le second !
Fin de la parenthèse.
Le courant va, paraît-il, aussi vite que la lumière.
Encore faut-il être au courant, car il va plus vite que le son, c'est-à-dire l'information.
Il va plus vite que l'information.
Il va plus vite donc que la calomnie.
Et, comme le courant, la calomnie ou la rumeur peuvent tuer ...
Et comme le courant, elles sont parfois difficiles à couper ...
Sauf lorsqu'il est courant d'air, bien sûr !
Dans ce cas, il va juste à la vitesse du rhume.
Car le rhume s'attrape !
Tandis que le courant va son chemin : à toute vitesse ! En courant bien plus vite que Jesse Owens !
Jesse Owens qui, quoiqu'empereur de la piste, n'était pas un manchot !
Le manchot n'a d'ailleurs jamais été au courant des exploits de Jesse Owens.
C'est sans doute parce que le courant aime les conducteurs !
Mais, attention, ça n'est pas donné à tout le monde d'être un bon conducteur !
Prenez M. Massart, par exemple. M. Massart, il est le Directeur Adjoint du Contrôle de Gestion de ma boîte.
Et M. Massard, il est aussi mon chef.
Eh bien, il dira ce qu'il voudra sur la connerie des stages de rattrapage de points, n'empêche que M. Massart, il est très mauvais conducteur !
Et à son sujet, il y a plein de gens dans la boîte avec qui le courant ne passe pas !
Si je vous disais ...
Avec Mademoiselle Le Lombec, la Chef du Service d'à côté ...
Dès qu'ils sont dans la même pièce, c'est pas compliqué, il fait froid !
Un jour, nous étions en réunion budgétaire, et mon chef, monsieur Massart, donc, dans son exposé, il a, par mégarde, interverti deux nombres ...
Et là, ni une ni deux, Mademoiselle Le Lombec, qui dit très fort :
"Si le Contrôle de Gestion ne se contrôle plus, la fin du monde est proche !"
Et le grand Directeur, il a ri !
Vous imaginez le scandale ! Il y a même eu une question en CSE à propos de cet incident !
Bon, passons ...
Alors, je suis d'accord avec vous, j'ai un peu dérivé ...
Mais, comme le caractère apomorphe après tout !
Sauf que, ici, nous, on essaie de dériver, mais dans la bonne humeur !
Tandis que le caractère apomorphe, lui, d'après la définition, il dérive, je cite : "par rapport à son état ancestral". Fin de citation.
Vous, vous savez, vous, de quel état ancestral vous dérivez ?
Moi, je veux bien dériver des Gaulois ...
Mais je crois que c'est un peu plus compliqué que ça.
C'est comme pour les marins.
Demandez-leur à quoi sert leur dérive ? Et ils répondront que c'est précisément la pièce qui empêche de dériver !
Comment voulez-vous dériver droit dans vos ancêtres dans ces conditions ???
La dérive, c'est quelque chose de sérieux tout de même, non ?
Prenez la dérive des continents par exemple. S'ils dérivaient tous dans le même sens, on ne s'en rendrait pas compte.
Mais là, ils dérivent tous les uns vers les autres ...
Et il vaut mieux ne pas être dans le coin quand les plaques dansent la tecktonik !
C'est compliqué ces histoires de dérive ...
Regardez les mathématiciens !
Comme si on n'avait pas assez de soucis comme ça, ils ont inventé la dérivée !
Qu'est-ce que c'est que ça, la dé-rivée ?
Il faut enlever la rive, c'est ça ?
Mais imaginez Paris, et plein d'autres villes d'ailleurs, imaginez Paris sans rive !
Sans rive, il n'y a que la rivière !
Sans rive, il y aurait plein de noyés : tous ceux qui se définissent précisément par la rive à laquelle ils appartiennent ! Et dont ils pensent d'ailleurs qu'elle leur appartient ...
C'est dire si la rive peut entraîner des dérives ...
Turlututu, Chapeau pointu !
Et c'est ainsi que le caramel commença sa dérive.