Speaker #0Bienvenue dans PsyNeuropsy, le podcast de psychoéducation pour les femmes et pour les hommes qui aiment les femmes. Le premier épisode a posé la mécanique. Comment les variations hormonales modulent la cognition et l'émotion ? Comment ces modulations se traduisent au niveau comportemental ? Et pourquoi leur absence de raisonnement clinique standard produit des erreurs prévisibles ? Deux chaînages, l'un cyclique, l'autre transitionnel. Il annonce que les erreurs produites ne sont pas dispersées, mais organisées en un système. C'est l'objet de cet épisode. Une décision méthodologique posée d'emblée. Les trois cas cliniques que je vais présenter sont composites. Ils condensent des configurations que je rencontre régulièrement en pratique, mais c'est ma voix qui parle pour les patientes. Une seconde précision, courte. Reconnaître une erreur de lecture clinique, ce n'est pas désigner un coupable. C'est nommer une variable absente d'un raisonnement qu'il faut reconstruire. Les cliniciens dont je vais décrire les raisonnements sont formés à des grilles qui n'intègrent pas la variable hormonale comme variable temporelle active. L'erreur n'est pas individuelle, elle est systémique. Trois familles d'erreurs cliniques se produisent quand la variable hormonale est absente du raisonnement. L'erreur d'attribution, confondre un état temporaire avec un très stable. L'erreur de temporalité, confondre une variation cyclique avec une chronicité linéaire. L'erreur de seuil. confondre une transition physiologique avec une pathologie installée. Chacune sera incarnée dans un cas situé. Et nous verrons en fin d'épisode que ces trois erreurs ne sont pas indépendantes. Elles forment un système, et ce système a des conditions de persistance qu'il faut ne pas. L'erreur d'attribution consiste à interpréter une variation d'état, une fluctuation temporaire modulée par une variable physiologique, comme une caractéristique de trait. c'est-à-dire une propriété stable de la personne. C'est une erreur de niveau de description. On prend une donnée qui appartient au registre temporel et on la traite comme si elle appartenait au registre dispositionnel. Cette erreur est particulièrement coûteuse parce qu'elle ne se contente pas d'être inexacte. Elle fixe la personne dans un diagnostic qui modifie ensuite tout le raisonnement clinique aval. Voici un cas. Une patiente de 32 ans, suivie pour un TDAH diagnostiqué à l'âge adulte. après un long parcours de plaintes attentionnelles incomprises pendant l'adolescence. Le diagnostic est posé, le traitement est instauré, l'amélioration initiale est nette, concentration retrouvée, coût cognitif des tâches diminué, qualité de vie professionnelle restaurée. Le médecin prescripteur la suit à intervalles réguliers et le tableau est stable pendant les six premiers mois. Puis, autour du septième mois, la patiente rapporte que l'efficacité du traitement fluctue. Certaines journées, elle se sent comme avant le traitement et elle ne comprend pas. D'autres journées, le traitement semble fonctionner pleinement. Elle décrit ces fluctuations sans pouvoir les rattacher à un facteur évident. Pas plus de stress, pas moins de sommeil, pas de changement professionnel. Le médecin entend ces fluctuations et son raisonnement suit la grille qu'il connaît. Une efficacité fluctuante d'un traitement pharmacologique à dosage stable, dans un cadre de vie stable, oriente classiquement vers deux hypothèses. Soit un défaut d'observance, la patiente prend mal son traitement, oublie certains jours, le prend à des heures variables, soit un phénomène de tolérance qui justifierait une réévaluation du dosage. Le médecin pose la première hypothèse. Il interroge la patiente sur sa prise. Il lui demande de tenir un carnet de prise. Il évoque la possibilité d'un passage à une forme à libération prolongée pour sécuriser la régularité. La patiente qui prend pourtant son traitement avec rigueur se retrouve placée dans une position de suspicion implicite. Elle s'efforce de prouver son observance, ce qui ajoute une charge de vigilance à son quotidien. L'alliance thérapeutique se fragilise. Je marque ici une pause pour faire ce que je n'avais pas encore fait dans cette trilogie, un contre-factuel. Imaginons le même tableau chez un homme de 32 ans. TDAH diagnostiqué à l'âge adulte, traitement stimulant instauré, amélioration nette, fluctuation à partir du 7e mois sans cause contextuelle évidente. Que se passe-t-il dans la consultation ? Premièrement, l'hypothèse du défaut d'observance n'arrive pas en première ligne. Elle reste possible, mais elle n'est pas privilégiée. Le médecin tend plus volontiers à explorer d'autres pistes interaction médicamenteuse, modification du métabolisme, qualité du sommeil, consommation de substances, charges cognitives variables avant d'attribuer la fluctuation à un comportement de la personne. Deuxièmement, le concept même de fluctuation n'est pas lu de la même manière. Chez l'homme, une fluctuation pharmacologique sans cause apparente est typiquement traitée comme une donnée à explorer. Chez la femme, elle est plus rapidement traitée comme une donnée à corriger. Troisièmement, et c'est peut-être le plus net, la suspicion implicite ne s'installe pas. Le patient n'a pas approuvé son observance. Le médecin n'attend pas de lui qu'il démontre sa fiabilité. Cette différence ne tient pas à une malveillance individuelle. Elle tient à un fait documenté empiriquement. Hoffman et Tarzian, dans leur travail classique sur la prise en charge de la douleur, ont montré que les plaintes féminines sont plus fréquemment attribuées à des causes psychogènes ou comportementales que les plaintes masculines équivalentes. Samulovitz et collaborateurs, dans leur revue de 2018, ont objectivé le même biais en douleur chronique. Prieto et collaborateurs en 2024 l'ont retrouvé en neuropsychologie. Ce qui se joue dans le cas de cette patiente n'est pas une particularité de son médecin. C'est une asymétrie attributionnelle, structurelle, dans laquelle la fluctuation féminine est plus volontiers attribuée à la personne et la fluctuation masculine plus volontiers attribuée au système. Le contre-factuel ne sert pas à dire qu'on traiterait mieux les hommes. Il sert à montrer que la grille qui produit l'erreur est genrée, pas dans son intention. dans ses effets. Reprenons le tableau de notre patiente avec la variable manquante. Elle est en âge fertile, ne prend pas de contraception hormonale, présente un cycle ovulatoire régulier. Les fluctuations qu'elle rapporte se concentrent, la lecture rétrospective le montre, sur les phases luthéales tardives, c'est-à-dire les jours qui précèdent les règles, où la chute combinée des oestrogènes et de la progestérone modifie la modulation dopaminergique préfrontale. Le traitement simulant, qui était parfaitement efficace en phase folliculaire moyenne, où l'imprégnation oestrogénique est plus favorable au système dopaminergique, l'est moins en phase luthéale tardive, où la modulation neurochimique est défavorable. Le traitement n'est pas en cause. L'observance n'est pas en cause. Ce qui est en cause, c'est la variable cyclique des performances attentionnelles sur fonds pharmacologiques stables. Cette variation est documentée chez les femmes TDAH, notamment par les travaux de Quinn et Madou. et elle existe à plus faible amplitude chez les femmes sans TDAH. Quelle décision clinique l'erreur d'attribution a-t-elle produite ? 3. Premièrement, un ajustement de traitement injustifié, augmentation du dosage ou changement de forme galénique qui n'aurait pas été nécessaire si la variable temporelle hormonale avait été intégrée. Deuxièmement, une suspicion de la patiente, qui modifie la qualité de l'alliance thérapeutique et augmente sa charge mentale. Troisièmement, Et c'est peut-être le plus coûteux, une intériorisation par la patiente de l'idée qu'elle est inconstante, qu'elle ne tient pas son traitement, qu'elle ne tient pas ses engagements, qu'elle n'est pas fiable. Cette intériorisation produit des effets qui se prolongent bien au-delà de la consultation. Le mécanisme est limpide. Sans variable temporelle hormonale dans la grille de lecture, toute fluctuation devient trait. La patiente ne fluctue pas, elle est inconstante. Le traitement ne fluctue pas, il est mal pris. La performance ne fluctue pas, elle est défaillante. Et l'asymétrie révélée par le contrefactuel masculin montre que cette grille n'est pas neutre. Elle traite la fluctuation différemment selon qui fluctue. L'erreur de temporalité consiste à lire une rythmicité comme une chronicité, à observer un phénomène qui se répète, à le constater sur la durée et à l'interpréter comme un phénomène continu alors qu'il est discontinu et cyclique. Cette erreur est plus subtile que la précédente, parce qu'elle ne nie pas la temporalité, elle la lit mal. Quand un phénomène cyclique est lu comme chronique, le diagnostic posé est un diagnostic de chronicité. La prise en charge installée est continue. Et surtout, les fenêtres de relative stabilité sont invisibilisées. Elles deviennent dans le récit clinique des moments de moindre intensité d'un trouble continu, alors qu'elles sont en réalité des phases physiologiques distinctes. Voici un autre cas. Une femme de 42 ans, mère de deux enfants, cadre dans une entreprise de taille moyenne. Elle consulte pour ce qu'elle décrit comme une dépression qui ne passe pas. Les épisodes timiques sont récurrents depuis la naissance de son second enfant, 7 ans auparavant. Elle décrit des phases de tristesse, de perte d'élan, d'irritabilité, de larmes faciles, de sentiments d'être débordés. Ces phases sont entrecoupées de périodes où elle se sent à peu près bien, mais où elle redoute le retour des épisodes. Le médecin généraliste, puis le psychiatre, posent un diagnostic de dépression chronique légère à modérer, ce qu'on classe aujourd'hui dans les troubles dépressifs persistants. Un traitement antidépresseur est instauré, à dose efficace, depuis maintenant trois ans. Le suivi est régulier. La patiente rapporte une amélioration partielle. Les phases sont moins intenses, mais elles persistent. Le tableau est interprété comme une dépression chronique, partiellement répondante, ce qui justifie le maintien du traitement. Et à plusieurs reprises, des ajustements de molécules. Le raisonnement du psychiatre est, dans son cadre, cohérent. Il dispose d'une réponse partielle au traitement antidépresseur. Il maintient la prise en charge sur cette base. La grille diagnostic standard de la dépression chronique permet exactement ce type de raisonnement. Reprenons avec la variable manquante. Si on demande à cette patiente, et c'est précisément ce que la grille standard ne demande pas, de dater ses épisodes au sein du cycle, le tableau se réorganise complètement. Les phases dépressives ne se distribuent pas de manière continue. Elles se concentrent de façon nette sur les 7 à 10 jours qui précèdent les règles, avec une amélioration brute dans les heures ou les jours qui suivent le début des règles. Les phases à peu près ne sont pas des phases de dépression atténuées. Ce sont des phases de stabilité thymique réelle, qui correspondent à la phase folliculaire et au début de la phase luthéale. Ce tableau n'est pas une dépression chronique. Il est cliniquement compatible, sous réserve d'un bilan structuré conforme aux critères du DSM-5 et utilisant idéalement deux à trois cycles de cotation prospective, avec un trouble dysphorique prémenstruel sévère. Une entité distincte. qui répond à des prises en charge différentes, et dont le retentissement, lorsqu'il n'est pas reconnu, peut durer des décennies. Je précise ce point parce que je critique la précipitation diagnostique. Il serait incohérent de la reproduire en sens inverse, en posant un diagnostic alternatif sur un récit narratif. Ce qui se joue ici, c'est l'ouverture de l'hypothèse, pas sa conclusion. Premièrement, un traitement antidépresseur continue, alors qu'une approche cyclique, soit pharmacologique avec administration limitée à la phase luthéale, soit hormonale avec stabilisation cyclique, aurait pu être discutée. Deuxièmement, l'absence de bilan gynéco-endocrinologique qui aurait pu poser le diagnostic différentiel. Troisièmement, et c'est ici que la patiente paye le coût le plus élevé, une attribution d'échec thérapeutique à la patiente elle-même. Sa dépression résiste. Elle ne va pas aussi bien qu'elle le devrait. Elle est difficile à traiter. Cette attribution est entièrement produite par l'erreur de temporalité. Si l'hypothèse cyclique avait été ouverte, la prise en charge aurait pu être ajustée et la patiente n'aurait pas été en position d'échec thérapeutique. Sans grille cyclique dans le raisonnement, la chronicité apparente masque une rythmicité réelle et cette rythmicité, une fois reconnue, transforme intégralement le diagnostic, la prise en charge et le récit que la patiente fait d'elle-même. L'erreur de seuil consiste à appliquer une grille diagnostique calibrée pour une phase de vie donnée à une phase de vie différente, sans ajuster le seuil de pathologie, à utiliser le même curseur pour distinguer le normal du pathologique, indépendamment du fait que le système physiologique observé est ou n'est pas en transition. Cette erreur est particulièrement coûteuse en périménopause, parce que c'est précisément la phase de vie où le système physiologique est en reconfiguration la plus active et où la grille diagnostique standard est la plus inadaptée. Voici le troisième cas. Une femme de 48 ans, sans antécédent psychiatrique notable, en couple stable, deux enfants adolescents, poste à responsabilité dans une administration. Elle consulte son médecin traitant pour ce qu'elle décrit comme ne plus se reconnaître. Irritabilité disproportionnée par rapport aux situations, troubles du sommeil avec réveil nocturne répétés, sensibilité accrue au bruit, larmes faciles dont elle est elle-même surprise, baisse de tolérance cognitive. Elle dit avoir besoin de plus d'efforts qu'avant. pour des tâches qui lui étaient familières. Elle souligne qu'elle ne se reconnaît pas dans ses réactions, qu'elle a toujours été solide et que la situation l'inquiète. Le médecin traitant entend un tableau qui, dans la grille standard du trouble anxieux généralisé, coche plusieurs critères. Irritabilité, trouble du sommeil, hypersensibilité, fatigue. Il pose le diagnostic de trouble anxieux et oriente la patiente vers une prise en charge psychothérapeutique. Il évoque éventuellement En seconde intention, un traitement anxiolytique ponctuel. La patiente accepte la prise en charge psychothérapeutique. Elle entame un travail. Le travail est de qualité. La psychologue qui la reçoit est compétente. L'alliance se construit, les outils proposés sont validés. Mais six mois plus tard, le tableau n'est pas substantiellement changé. La patiente comprend mieux ses réactions. Elle a des outils, elle a fait un travail réflexif réel. Et pourtant l'irritabilité reste, les troubles du sommeil restent, la baisse de tolérance reste. Elle commence à se demander si elle ne fait pas correctement le travail, si elle ne s'investit pas assez, si le problème est plus profond qu'elle ne le pensait. Reprenons avec la variable manquante. Cette patiente est en début de périménopause. L'âge est cohérent. Le profil clinique, irritabilité, troubles du sommeil, sensibilité accrue, baisse de tolérance cognitive, correspond exactement au tableau que j'ai décrit dans l'épisode 1. modification de la balance GABA-glutamate par diminution progestative, modification de la modulation sérotoninergique par diminution oestrogénique, modification de la réactivité au stress par interaction avec l'axe. HPA. Aucun de ces mécanismes n'a été interrogé. Aucun bilan hormonal n'a été demandé. Aucune articulation gynécopsy n'a été proposée. Le tableau n'est pas un trouble anxieux généralisé. C'est une transition physiologique en cours, dont les manifestations cliniques croisent suffisamment de critères du trouble anxieux pour que la grille standard les capte sous cette catégorie, sans capter qu'il s'agit d'un autre niveau de description. Quelle décision clinique l'erreur de seuil a-t-elle produite ? De nouveau, 3. Premièrement, une prise en charge psychothérapeutique seule, alors qu'une prise en charge intégrée, incluant un minima une évaluation hormonale et une discussion sur l'opportunité d'un traitement hormonal de transition, aurait été cliniquement plus juste. La psychothérapie n'était pas inutile, elle était insuffisante, parce qu'elle ne pouvait pas, à elle seule, agir sur le levier physiologique. Deuxièmement, un sentiment d'échec personnel chez la patiente, qui internalise l'idée qu'elle ne fait pas le travail correctement. alors que le travail est correct, mais que la cible est partiellement mal située. Troisièmement, un retard dans l'identification du levier physiologique qui peut atteindre plusieurs années et qui prolonge inutilement une période où la qualité de vie est dégradée. Sans seuil ajusté à la phase de vie, la physiologie devient pathologique par défaut de cadre. La transition est lue comme trouble. Le coût normal d'une reconfiguration est lue comme symptôme. La femme qui vit une période biologiquement éprouvante et traité pour une pathologie psychiatrique qui n'est pas la sienne. Trois erreurs. Erreur d'attribution, erreur de temporalité, erreur de seuil. Une erreur isolée produit un mauvais diagnostic. Une boucle d'erreur produit une trajectoire clinique. Si je m'arrêtais à la typologie, je vous aurais livré un outil pédagogique. L'enjeu de cet épisode est ailleurs. Ces trois erreurs ne sont pas indépendantes. Elles sont structurellement liées. parce qu'elles découlent toutes de la même absence. L'absence de la variable hormonale comme variable temporelle active dans le raisonnement clinique standard, et elles tendent à se renforcer mutuellement. Quand le clinicien commet une erreur d'attribution, il fixe une variation en trait. La patiente devient, dans le dossier clinique, inconstante, instable, variable. Ce trait, une fois inscrit, oriente la lecture des fluctuations ultérieures. Toute nouvelle variation est interprétée à travers le trait déjà attribué. L'erreur d'attribution prépare le terrain à l'erreur de temporalité parce que la patiente est déjà cadrée comme dispositionnellement variable, ce qui rend invisible la rythmicité réelle qui sous-tend ces fluctuations. Quand le clinicien commet une erreur de temporalité, il lit une rythmicité comme une chronicité. La patiente devient dans le dossier porteuse d'un trouble continu, de fond. Cette continuité supposée écrase les phases de stabilité réelles qui ne sont plus lues comme des phases distinctes, mais comme des moments de rémission partielle du trouble continu. L'erreur de temporalité prépare le terrain à l'erreur de seuil, parce que la chronicité supposée justifie d'appliquer le même seuil pathologique à toutes les phases de vie de la patiente, indépendamment des transitions qu'elle traverse. Quand le clinicien commet une erreur de seuil, il pathologise une transition, et une fois la transition pathologisée, elle devient un trouble installé. Ce trouble installé alimente, en retour, l'attribution dispositionnelle. La patiente est anxieuse de fond, dépressive, chronique, émotionnellement instable, ce qui aggrave la prochaine erreur d'attribution dans la prochaine consultation. Les trois erreurs forment une boucle. Elles s'auto-alimentent sur des durées qui peuvent atteindre des décennies dans le parcours d'une seule patiente. J'inscris ce modèle dans la littérature qui le rend documenté et non spéculatif. Hoffman est arséant dans un article devenu classique sur le traitement de la douleur des femmes, The Girl Who Cried Pain, ont montré que les plaintes féminines sont systématiquement sous-traitées et plus souvent attribuées à des causes psychogènes que celles des hommes à symptomatologie équivalente. Milovic et collaborateurs dans une revue de 2018 ont objectivé un biais de genre transversal dans la prise en charge de la douleur chronique. Les femmes sont plus fréquemment décrites comme émotives, exagérantes, hystériques. Les hommes comme stoïques, fiables, à prendre au sérieux. Plus récemment, Prieto et collaborateurs en 2024 ont documenté la même asymétrie en neuropsychologie. Sous représentation persistante des femmes dans les échantillons normatifs, sous investigation des effets cycliques, Biais d'attribution dans l'interprétation des résultats. Ces trois corpus convergent. Ils ne décrivent pas exactement les mêmes erreurs que celles que je modélise ce mois-ci, mais ils décrivent le même système. Un système qui fige, aplanit et pathologise la variabilité féminine, au lieu de la lire comme un signal clinique. Sans variable hormonale dans le raisonnement, le clinicien tend simultanément à figer ce qui varie, c'est l'attribution, à aplanir ce qui rythme, c'est la temporalité, à pathologiser ce qui transite. c'est le seuil. Figer, aplanir, pathologiser. Trois opérations cognitives qui partagent une racine commune. Le refus implicite par la grille standard de la variation physiologique normale comme catégorie clinique légitime. Et je dois maintenant nommer ce qui manque encore au tableau. Pourquoi ce système persiste alors que les données empiriques qui le rendent intenable sont disponibles depuis au moins 15 ans ? Biri et Zucker ont documenté l'exclusion des femelles des protocoles de neurosciences en 2011. Mazur et Jones ont confirmé la même asymétrie en recherche clinique humaine en 2015. Hoffman est arséant sur la douleur. Samulovitz et collaborateurs en 2018. Prieto et collaborateurs en 2024 ont objectivé le biais attributionnel qui en découle. Les données sont là, parfois depuis plus d'une décennie. Et pourtant, les grilles diagnostiques standards, les protocoles d'évaluation, les recommandations cliniques, les formations initiales et continues, continuent à de très rares exceptions près, à raisonner comme si la variable temporelle hormonale n'existait pas. Pourquoi ? Trois raisons opèrent simultanément. Première raison, l'inertie des outils. Une grille diagnostique installée n'est pas une opinion qu'on révise. C'est une infrastructure qui structure les consultations, les comptes rendus, les communications entre professionnels, les remboursements, les essais cliniques, les manuels de formation. Modifier cette infrastructure suppose un coût coordonné élevé. Et ce coût n'est porté par... aucun acteur en particulier. Deuxième raison, la difficulté méthodologique réelle. Intégrer la variable hormonale comme variable temporelle active suppose des designs intra-sujets, des dosages prospectifs, des cohortes stratifiées par phase de cycle et par phase de vie. Ces designs sont coûteux, lents et restent sous-financés. La science qui produirait les données dont la clinique a besoin est elle-même freinée par les mêmes biais structurels. Troisième raison, La résistance épistémique à reconnaître que la stabilité masculine n'est pas une norme universelle. Reconnaître la variabilité féminine comme catégorie clinique légitime suppose d'admettre que la grille construite par défaut n'était pas neutre, qu'elle était calibrée sur une population, et qu'elle a été appliquée à une autre comme si la calibration n'avait pas d'importance. C'est une admission qui touche à l'autorité scientifique elle-même, et les autorités résistent à se reconnaître situées. Je nomme ces trois raisons parce que sans elles, la critique du système de biais reste suspendue. Elle décrit un dysfonctionnement sans expliquer ce qui le maintient. Or la dimension psyneuropsy n'est pas le constat. Elle est dans l'identification précise des leviers à activer pour que le constat cesse d'être structurel. La variabilité physiologique n'est pas un bruit dans le signal clinique. Elle est une partie du signal. La traiter comme bruit, c'est se priver d'une information clinique majeure. La traiter comme signal, c'est reconfigurer la grille. Cette reconfiguration n'est pas une affaire de bonne volonté individuelle. Elle est une affaire de structure de raisonnement et de coût coordonné de transformation des outils. Que faire de cet épisode si vous l'écoutez en tant que femme, qui s'y reconnaît, professionnelle, qui reçoit ses femmes, ou proche, qui essaye de comprendre ? Si vous vous y reconnaissez, je propose un outil de relecture, pas un motif d'accusation. Reprendre son parcours clinique avec la grille des trois erreurs, ce n'est pas désigner les responsables d'une trajectoire qui a coûté cher. C'est se donner les moyens de reformuler la demande clinique lors de la prochaine consultation. Intégrer la temporalité cyclique au raisonnement diagnostique. Distinguer état et trait. Ajuster le seuil à la phase de vie. Ces demandes ne mettent pas en cause la compétence du clinicien. Elles précisent le cadre dans lequel cette compétence peut s'exercer pleinement. Si vous êtes professionnel, une question à intégrer dans votre raisonnement diagnostique. Où en est cette personne dans son parcours hormonal ? Et qu'est-ce que cela change à ce que je suis en train de lire ? Cette question n'est pas un raffinement. Elle est une condition de validité du diagnostic. Elle ne demande pas de devenir endocrinologue. Elle demande de ne pas raisonner comme si la variable n'existait pas. Si vous êtes un proche, un déplacement, quand votre conjointe, votre sœur, votre fille Votre collègue traverse une période où elle ne se reconnaît pas. La question utile n'est pas « qu'est-ce qui ne va pas chez elle ? » La question utile est « dans quel contexte physiologique et environnemental cette réaction devient-elle compréhensible ? » Ce déplacement, à lui seul, transforme la qualité du soutien. L'épisode 3 traitera de ce qui change concrètement quand la variable est réintégrée. Cinq niveaux de transformation tangibles, répartis en trois ordres distincts. Clinique. Relationnel et organisationnel, personnel. Pas une utopie clinique, des transformations observables qui se produisent déjà, dans certaines pratiques, et qui peuvent être généralisées. Merci d'avoir écouté PsyNeuroPsy. Si cet épisode vous a aidé à comprendre, à mettre des mots, ou simplement à vous sentir moins seul, vous pouvez le partager autour de vous. Vous pouvez aussi me retrouver sur Instagram et TikTok, et vous abonner sur la plateforme où vous écoutez ce podcast. Cela permet de rendre ces sujets plus visibles. Je vous donne rendez-vous pour le prochain épisode le 30 mai. Prenez bien soin de vous !