Speaker #0Bonjour et bienvenue dans Punchline du Mental. Je suis Clément Challe, préparateur mental. Mon métier c'est d'entraîner le cerveau des athlètes. Aujourd'hui je veux te poser une question. Est-ce que tu sais ce que tu ressens vraiment avant une compétition importante ? Pas je suis stressé, c'est pas « je suis prêt » . Je veux dire, est-ce que tu sais précisément ce qui se passe en toi ? Est-ce que tu lui fais de la place ? Ou est-ce que tu passes ton énergie à faire semblant que ce n'est pas là ? Pour introduire le sujet du jour, j'aimerais te parler de Victor Wambenyama. Il a 22 ans, il est français, et il est considéré par beaucoup comme le joueur de basket le plus doué de sa génération. 2 mètres 24, une coordination et une intelligence de jeu incroyable pour quelqu'un de sa taille. Mais ce qui m'intéresse dans cet épisode, ce n'est pas son talent. C'est ce qu'il fait de ses émotions. Wemby a pleuré deux fois cette saison en public. Il pleure une première fois dans le deuil. Décembre 2025, Wemby apprend le matin même que sa grand-mère est décédée en France. Ce soir-là, il y a une finale à jouer, la NBA Cup. Il joue quand même. Après le match, face aux journalistes, il s'assoit au micro. Première question. Il baisse la tête, les mains sur le visage, un silence. Puis... Pardon, je viens de perdre quelqu'un aujourd'hui. Il accepte une dernière question et il part. Il pleure une seconde fois, mais cette fois dans la victoire. Les Spurs de San Antonio, son équipe, viennent de gagner le match décisif pour accéder au final NBA. Les dernières secondes s'écoulent, le buzzer retentit, et là, Wemby s'effondre en larmes. Il serre chaque coéquipier dans ses bras, l'un après l'autre. En interview, il dit « Je réalise qu'une partie du rêve d'enfant va se réaliser. » Ce moment, Je ne peux pas l'expliquer, c'est si puissant. Les deux fois, la même réaction d'une partie du public. Mais pourquoi il pleure ? Et lui, quand on lui demande ce qu'il pense de ces moqueries, il dit une chose simple. Je refuse de porter le poids d'avoir à cacher mes émotions. C'est cette phrase qui m'a donné envie de faire cet épisode. Parce que ce que Wemby décrit là, ce refus, c'est exactement ce que la science dit de faire. Et c'est exactement l'inverse de ce que font la plupart des athlètes avant une compétition. Aujourd'hui, on va comprendre pourquoi. Et surtout, comment t'y prendre concrètement. Première partie. Ce que ton cerveau fait vraiment quand tu caches une émotion. Voilà ce que la plupart des athlètes font avant une compétition importante. Ils essaient de ne pas ressentir ce qu'ils ressentent. Je dois être focus, je dois être calme, ce n'est pas le moment. Et intuitivement, ça semble logique. L'émotion perturbe, donc on la couvre, on fait comme si. Sauf que c'est exactement l'inverse de ce qui se passe dans le cerveau. En 1997, James Gross et Robert Levinson ont fait une étude simple. Ils ont montré un film émotionnellement intense à des participants. Et ils ont demandé à la moitié d'entre eux de masquer leur émotion pendant la projection. A la fin, ils mesuraient l'activation cardiovasculaire des deux groupes. Résultat ? Ceux qui masquaient ne ressentaient pas moins l'émotion. Leur cerveau la traitait de la même façon. Mais leur cœur s'emballait davantage. Ils dépensaient de l'énergie supplémentaire juste pour maintenir la façade. Concrètement pour toi, la veille d'une compétition, si tu passes ton énergie à te dire « Sois calme, sois calme » , tu n'es pas calme. Tu es épuisé par la lutte. Et tu arrives sur le terrain avec moins de ressources que si tu avais simplement laissé l'émotion exister. Russ Harris dans le piège du bonheur, appelle ça l'évitement expérientiel. Tu n'évites pas l'émotion, tu évites juste d'en être conscient. Mais le corps, lui, la porte quand même, entièrement. Il y a quelque chose de profondément humain là-dedans. On nous a appris que montrer ce qu'on ressent, c'est être vulnérable. Que la force, c'est le contrôle. Mais le contrôle a un coût. Et ce coût, tu le paies au pire moment, sur le terrain. Deuxième partie. Pourquoi ? nommé Change Tout. Pas Je suis stressé. Pas Ça va. Nommé précisément. En 2007, une équipe menée par Mathieu Lieberman a eu clat à scanner le cerveau de participants pendant qu'ils regardaient des visages avec des expressions émotionnelles fortes. À un moment, on leur demandait simplement de mettre un mot sur ce qu'ils voyaient. Colère, peur, tristesse. Au scanner, dès qu'un mot précis apparaissait dans le cerveau, l'amidale, le centre d'alarme, ce qui déclenche la réponse de stress, baisser d'activité. Un seul mot, quelques secondes et l'alarme se calme. Mais l'effet dépend de la précision du mot. Plus le mot est précis, plus l'alarme baisse. Je suis mal ? Trop vague. Le cerveau ne sait pas quoi faire de cette information. J'appréhende. Déjà mieux. Le cerveau identifie quelque chose de concret. J'appréhende parce que je ne sais pas comment ça va se passer. Là, l'amygdale reçoit un signal clair et elle se calme. C'est pour ça que la roue de Ploutchik existe. Pas pour faire joli, parce que colère et rage et agacement n'activent pas le même niveau d'alarme et ne demandent pas la même réponse. Il y a quelque chose de philosophique là-dedans, que j'aime beaucoup. Nommer, c'est déjà prendre du recul. C'est passer du mode subi au mode observé. L'émotion ne disparaît pas, mais toi, tu n'es plus dedans jusqu'au coup. Tu la regardes et ce regard change tout. Petit exercice concret que je donne à mes athlètes. La veille d'une compétition, prends trois minutes. Écris ce que tu ressens. Pas « je suis stressé » , creuse. Qu'est-ce que c'est exactement ? La peur de l'erreur ? L'impatience, l'excitation mélangée à de l'incertitude, plus tu es précis, plus tu dégonfles la pression interne. Troisième partie, la différence entre accepter et subir. Autre outil, accepter. Et c'est le plus mal compris. Quand je dis « accepte tes émotions » , il y a souvent une réaction immédiate. Mais si j'accepte ma peur, je vais avoir peur, non ? Non. Et c'est là où la nuance est importante. Russ Harris, dans son travail sur la thérapie ACT, parle d'expansion. Faire de la place à l'émotion comme on fait de la place à un invité qu'on n'a pas choisi. Il est là, on ne lui parle pas, on ne l'ignore pas, on continue à cuisiner, à manger, à vivre, il finit par partir. Ce que la lutte produit, au contraire, c'est un cercle vicieux. Tu ressens de l'anxiété, tu luttes, la lutte génère de la tension, la tension augmente l'anxiété, tu luttes encore plus. Tu connais ce cycle. Chaque athlète le connaît. L'acceptation coupe ce cycle à la source. Pas parce que l'émotion disparaît, mais parce que tu arrêtes de l'alimenter. Accepter, ce n'est pas non plus se résigner. Ce n'est pas dire « c'est comme ça, tant pis » . C'est quelque chose de plus actif que ça. C'est choisir de ne pas gaspiller son énergie dans une guerre qu'on ne peut pas gagner. Wemby ne luttait pas contre ce qu'il ressentait. Ni dans le deuil, ni dans la victoire. Il laissait l'émotion être là et il continuait à jouer. Quatrième partie, la réévaluation. L'outil que Wemby utilise sans le nommer, relire. C'est celui dont je veux parler le plus longuement, et c'est probablement le plus puissant. Richard Lazarus, un des chercheurs majeurs en psychologie du stress, a montré que ce n'est pas la situation qui crée le stress, c'est l'évaluation que tu fais de la situation. Il distingue deux niveaux, l'évaluation primaire, est-ce une menace, et l'évaluation secondaire. Est-ce que j'ai les ressources pour y faire face ? Ce que ça veut dire concrètement, le trac précompétitif et l'excitation précompétitive produisent les mêmes signaux physiologiques. Cœur qui s'accélère, muscles qui se tendent, attention qui se resserre. C'est ton interprétation qui décide si c'est de la peur ou du carburant. Et cette interprétation, tu peux la choisir. Pas en te mentant, mais en te posant la bonne question. Cette émotion, qu'est-ce qu'elle dit de ce qui compte pour moi ? Wemby pleurait après le match parce que quelque chose d'immense venait de se réaliser. Ses larmes n'étaient pas un signe de fragilité. Elles étaient l'expression exacte de l'intensité de son désir, ce qu'il portait depuis l'enfance. Cette émotion-là, elle ne le ralentissait pas. Elle lui indiquait à quel point ça comptait. C'est ça la réévaluation. Tu ne changes pas l'émotion. Tu changes ce que tu en fais. La même boule au ventre peut vouloir dire « je suis en danger » ou « ça compte pour moi » . Ce n'est pas la situation qui te stresse, c'est la façon dont tu la lis. Change la lecture, tu changes l'expérience. Cinquième partie, temps servir. L'émotion comme ressource. Et c'est probablement le plus contre-intuitif. La plupart des athlètes veulent neutraliser leur émotion avant la compétition. Être dans un état stable, sans vagues, sans bruit intérieur. Le problème, c'est que les émotions, même celles qu'on croit négatives, contiennent de l'énergie. Et l'énergie neutre, ça n'existe pas en compétition. Des travaux sur la zone optimale de fonctionnement, menés notamment par un chercheur finlandais, montrent que les meilleures performances n'arrivent pas dans un état émotionnel neutre. Elles arrivent dans un état émotionnel optimal, qui est propre à chaque athlète, et qui peut inclure de la colère fonctionnelle, de la nervosité fonctionnelle, de l'intensité. Ce que Wemby fait, et ce que les meilleurs font, c'est utiliser l'émotion comme signal d'allumage. La frustration après une erreur, c'est de l'énergie pour l'action suivante. L'appréhension avant le match, c'est une attention aiguisée. La pression, c'est une présence totale. L'émotion n'est pas ton ennemi. Elle est le signe que tu es vivant et que quelque chose compte vraiment. Le jour où tu arrêtes de lutter contre ce que tu ressens, tu commences à t'en servir. On a fait le tour des quatre temps. Nommer, accepter, relire, s'en servir. Mais avant de te laisser... Je veux revenir une dernière fois à Wemby, parce qu'il y a quelque chose qui m'a frappé dans ce qu'il a dit. Il venait d'être nommé MVP des finales de conférence. Il aurait pu parler de lui, de sa saison, de ses stats. Il a dit « Ce n'est pas pour moi, c'est pour toute l'équipe. On a fait ça ensemble. » Un athlète qui sait nommer ce qu'il ressent, qui ne dépense pas son énergie à le cacher, qui lit ses émotions comme de l'information plutôt que comme une menace, cet athlète-là est disponible pour les autres. pas enfermé dans sa propre gestion interne. C'est peut-être ça finalement le vrai bénéfice de tout ce qu'on a vu aujourd'hui. Ce n'est pas juste une question de performance individuelle, c'est une question de présence à soi, aux autres, à ce qui se passe vraiment. Gérer ses émotions, ce n'est pas les faire taire, c'est apprendre à les écouter sans les laisser décider à ta place. Wemby a pleuré deux fois cette saison en public, dans le deuil et dans la victoire. Les deux fois, il n'a pas essayé de faire semblant. Les deux fois, il a joué, et les deux fois, il a été au bout de ce qu'il avait à faire. Il y a donc parfois plus de force dans les larmes que dans le masque qu'on porte pour les cacher. Si cet épisode t'a plu, la meilleure façon de soutenir ce podcast, c'est de t'abonner. C'est gratuit, et c'est ce qui m'aide le plus à le faire connaître. Et bien sûr, si le cœur t'en dit... N'hésite pas à le partager à quelqu'un à qui ça pourrait servir. Enfin, pour aller plus loin, que tu sois un athlète cherchant à passer un cap, une entreprise en quête de performance, ou une marque souhaitant s'associer à ce podcast, tout commence par un échange. Je t'invite à me contacter directement par e-mail à l'adresse clement-pdm.training