- Speaker #0
Il m'a dit « mais comment ça va se passer ? » Je lui ai dit « tu vas t'endormir et tu n'auras plus mal, et puis il faut que tu lâches prise parce qu'il n'y a plus d'autre solution. »
- Speaker #1
Les médecins m'avaient aidé un petit peu à lui dire que la maladie avait pris le dessus et qu'en fait elle n'était plus contrôlable. Gare partagée, logement, école, finances, communication. La séparation bouscule nos vies et celles de nos enfants et l'on se sent souvent démuni quand tout s'écroule, que notre avenir devient flou et que l'on doit apprendre à reconstruire pas à pas une nouvelle vie. Je suis Pamela Morinière et vous écoutez la saison 4 de Quelque chose à vous dire, le podcast qui rebooste les parents séparés. Chaque semaine, je donne la parole à des parents séparés qui viennent partager leur expérience et les ressources qui les ont aidés à se préserver et à mieux accompagner leurs enfants. J'interview aussi des experts pour vous apporter des clés afin de mieux anticiper et naviguer dans votre propre séparation. Cette saison, j'accueille également des chroniqueuses et chroniqueurs qui, à travers leur regard sensible et concret, vous aideront à naviguer dans votre chemin post-séparation et à trouver de l'inspiration dans votre quotidien. Parce que la séparation, ce n'est pas une fatalité et vous le constaterez au fil des épisodes, on s'en sort. Si vous aimez le podcast et souhaitez le soutenir, abonnez-vous et parlez-en autour de vous pour qu'il puisse aider d'autres parents. Bonne écoute ! Salut les parents, j'espère que vous allez bien. En ce début d'année, je vous souhaite le meilleur pour 2026. Donnez-vous du temps, entourez-vous de personnes qui vous plaignent. porte et aller vers ce qui vous fait vibrer. Je me souviens d'une réflexion que m'avait faite une proche au moment de ma propre séparation. Cette personne qui me voulait pourtant le plus grand bien avait relativisé ma séparation en la comparant à celle d'autres personnes qui auraient sans doute plus souffert que moi. Cette réflexion m'a appris une chose, on ne doit jamais sous-estimer les émotions que traverse une personne en pleine séparation. Elle donne sans doute le change, elle peut ne pas vouloir s'épancher sur la peine qu'elle ressent, sur le chamboulement qui bouleverse sa vie Mais elle n'en est pas moins en train de vivre une période ponctuée de montagnes russes émotionnelles et de soirées solo qu'il va falloir apprivoiser. Et elle a besoin d'écoute, de soutien et d'une main tendue à l'occasion. C'est aussi simple que cela. Et ce podcast est là pour ça, une petite main tendue pour vous dire que vous n'êtes pas seul, que chaque histoire est différente mais que nous, la communauté des parents séparés, on sait. Et surtout qu'on s'en sort et que la vie peut être encore plus belle après parce qu'on aura osé dire stop. à une vie qui ne nous convenait plus ou qu'on aura accepté de laisser partir celui ou celle qui ne s'y retrouvait plus. Votre chemin de séparation ne sera pas un long fleuve tranquille, mais il vous offre aussi la possibilité de recommencer autrement, d'écouter votre intuition et surtout de choisir vos combats. L'argent par exemple est souvent un obstacle de taille au moment d'un divorce. Dites-vous bien que malheureusement on s'enrichit rarement lors d'une séparation et qu'il faut parfois apprendre à lâcher du lest pour avoir la paix. Je vous conseille d'aller écouter l'épisode 24 avec Charlotte Leruse, où l'on décortique les moyens de s'en sortir financièrement après une séparation. Et si la communication est rompue avec votre ex-partenaire, je vous invite à écouter l'épisode 21 avec l'avocate et médiatrice Bi Marik, qui lance une réflexion intéressante sur la gestion des conflits post-séparation et les moyens de s'en sortir. Je vous mets les liens en note de cet épisode. Et je vous laisse à présent... avec l'épisode du jour. Bonne écoute ! J'avais rendez-vous avec Céline à Paris. J'avais vu passer une interview d'elle sur les réseaux et son histoire m'avait beaucoup touchée. On s'est donné rendez-vous chez elle, à Belleville. Céline est séparée du père de ses deux fils, Carles et Edouard, depuis 15 ans. Une séparation qui s'est bien passée, et suite à laquelle elle a longtemps eu la garde principale de ses fils, jusqu'à ce que leur père réclame une garde partagée. Une séparation sans histoire en somme. Mais c'est plutôt du côté de son deuxième fils, Édouard, que les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu. À 8 ans, une bronchite qui tourne mal l'amène à faire des examens médicaux complémentaires. Le verdict tombe, glaçant. Édouard a un cancer de stade 4. Il a 30% de chance de s'en sortir. et il n'est pas opérable. Pour Céline, c'est la bascule. Elle lâche son job et c'est le début de trois ans de lutte aux côtés de son petit bonhomme qui ne s'inquiète que d'une chose, ne pas être oubliée dans le cœur et la mémoire des siens. L'histoire que vous allez entendre aujourd'hui, c'est celle d'une maman battante qui va accompagner son fils jusqu'à la fin, au rythme des chimioses et des rechutes, mais aussi de moments de joie inoubliables, au-delà du choc du cancer. C'est aussi l'histoire d'une famille qui apprend à vivre autour de la maladie et laisser partir un jeune garçon beaucoup trop tôt. C'est enfin la naissance d'un livre, L'étoile qui murmure encore, dans lequel Céline raconte Édouard, son parcours, la puissance du lien qui les unit tous les deux et comment la maladie de son fils l'a transformée. Un épisode bouleversant, mais aussi une ode à la vie et à la joie. Merci Céline de t'être confiée à cœur ouvert. Bonne écoute.
- Speaker #0
Je m'appelle Céline Duval Je suis maman de deux enfants, Carl et Edouard. Et je travaille dans l'éducation. Je suis maman solo depuis 2009. Et à partir de 2019, j'ai accompagné mon fils Edouard dans son cancer en étant divorcée toute seule.
- Speaker #1
J'ai vu passer une vidéo sur Instagram, en fait, où tu parlais à un média, je ne sais plus, je crois que c'était Lou ?
- Speaker #0
Non, c'était Parent.
- Speaker #1
C'était parent, je t'ai vu dans cette vidéo-là et ça m'a beaucoup touché. Et donc je t'ai envoyé un petit mot et puis tu m'as dit, on va expliquer pourquoi, mais on va laisser un petit peu de l'histoire s'installer, mais je t'ai contacté et tu m'as dit si vous voulez je vais en parler dans le podcast. J'ai sauté sur l'occasion, on est à Paris aujourd'hui, on est chez toi, dans un quartier que je ne connais pas si bien, le quartier de Belleville qui est magnifique. Et puis ce qui m'a marqué, c'est que voilà, t'étais en plus d'avoir accompagné un enfant malade, t'étais aussi maman séparée. Et c'est un sujet que j'ai pas du tout abordé dans le podcast. Accompagner un enfant qui a un cancer. Et comment on fait ça ? Comment on vit ça quand on est maman séparée ? Je voudrais d'abord revenir un tout petit peu sur ta séparation. Si tu devais la décrire en un mot, cette séparation, tu dirais quoi ?
- Speaker #0
Euh... simple.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que je trouve que ça s'est bien fait, je trouve que ça s'est bien fait, que les enfants l'ont bien vécu, ils étaient petits, et puis...
- Speaker #1
Et tu dis que t'avais la garde principale ?
- Speaker #0
Au départ j'avais la garde, et après quand leur papa s'est trouvé une compagne, on a fait une garde alternée.
- Speaker #1
On va parler de ce moment en fait, de cette bascule qu'il y a eu dans ta vie, tu l'appelles comme ça, parce que t'as écrit un livre qui s'appelle « L'étoile qui murmure encore » . C'est un livre sur ton fils, c'est un livre que j'ai trouvé extrêmement touchant. Raconte-nous un petit peu ce qui s'est passé. Donc t'étais maman séparée, t'avais tes deux garçons donc une semaine sur deux et puis un jour ça bascule.
- Speaker #0
Ouais. Un jour, c'était au mois de juin 2019, Edouard tombe malade.
- Speaker #1
Il avait quel âge à l'époque, Edouard ?
- Speaker #0
Il avait 9 ans. 9 ans et du coup, une bronchite comme ça et finalement, hospitalisation, du liquide dans les poumons, biopsie, bouillon de culture. Et là, on se rend compte que c'est cancéreux. Donc on remonte à Paris, parce que je l'avais laissé en Mayenne chez mes parents. Et on remonte à Paris et la prise en charge quatrième vitesse, à Curie, à Trousseau, radiothérapie, chimiothérapie. Et puis voilà, donc du coup pour le divorce, ça n'a pas changé grand-chose, sauf que finalement j'ai moins vu Carl, mon fils aîné, qui est plus parti vivre chez son papa. Et moi, du coup, je faisais toutes les hospitalisations.
- Speaker #1
Vous étiez en alternance, donc en garde partagée une semaine sur deux. Alors,
- Speaker #0
pour être sûre.
- Speaker #1
À partir du moment où ton fils a déclaré cette maladie, tu t'es retrouvée en charge. Est-ce que c'était ton choix de gérer comme ça tout le côté médical de cette maladie ?
- Speaker #0
De toute manière, moi, je ne voulais pas abandonner. Je voulais absolument le faire. Mais si je n'avais pas arrêté de travailler, il n'y aurait pas eu personne la journée. Donc ça n'aurait pas été rigolo pour lui.
- Speaker #1
Donc tu vas le récupérer à Angers, tu le ramènes à Paris et là tu décides d'abandonner ton travail pour s'occuper de lui tout le temps.
- Speaker #0
Parce qu'en fait au départ les protocoles c'était 3 chiméopages par jour pendant 5 jours. Donc après il y avait de la plasie, il y avait de la réhydratation donc on restait à l'hôpital parfois 10 jours. Et après une fois qu'on était à la maison, il y avait plein de soins à domicile avec les infirmières qui venaient tous les jours, les tests pour voir si on a des bilans, des bilans, des bilans. Et du coup il allait quand même voir son papa. Il essayait d'aller voir son papa. Tout était switché, quoi. Il n'y avait plus de semaine entière, plus de... C'était quand ça allait.
- Speaker #1
Bien sûr. J'imagine que là, c'est pas ça le plus important, en fait. C'est qu'il s'en sorte. Et quand il est tombé malade, comment on vous a annoncé ça ? On vous a dit, il peut s'en sortir. Parfois, on dit, il y a 50% de chance qu'il s'en sorte. Qu'est-ce qu'on vous a dit ?
- Speaker #0
C'est ça le problème, c'est qu'on n'a pas été prévenus en même temps avec Franck parce que Franck était pas rangé. Et du coup moi quand on m'a prévenue, on m'a dit que c'était très grave et que c'était déjà métastasé, que c'était au stade 4. Franck était pas là et je suis sûre de ne pas avoir rêvé. Ils m'ont dit qu'il y avait 30% de chances de survie dans ce type de cancer pour ses enfants. Et du coup, après, quand Franck a été convoqué, mais je ne sais pas, quelques jours après, voire une semaine, en fait, il n'a pas pris la chose de la même manière.
- Speaker #1
Tu ne lui as pas annoncé toi-même ?
- Speaker #0
Si, je lui ai dit. Je lui ai dit, mais il voulait avoir son propre rendez-vous avec les médecins. Et en fait, pour Franck, c'était moins grave que ce que c'était.
- Speaker #1
Bon, ça lui appartient, on va revenir là-dessus. Donc toi, tu arrêtes de travailler, tu reviens à Paris. Comment tu fais financièrement ? Je suis au RSA.
- Speaker #0
Je suis au RSA et en fait, à partir du moment où Edouard est en... Ça va très vite le dossier de la MDPH.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi ?
- Speaker #0
MDPH, ça veut dire le statut d'handicapé. Edouard est à plus de 80% d'handicap. Quand on a un cancer, on est au maximum. Donc, du coup, j'avais, je ne sais pas, 700 euros de RSA et j'avais des PH. Je devais avoir 1 600 ou 2 000, je ne sais plus trop exactement.
- Speaker #1
Donc, ça ne devait financièrement pas être...
- Speaker #0
Ça s'est fait parce qu'on n'avait plus beaucoup de fantaisie. On n'avait plus le droit de sortir, on n'avait plus le droit de rien faire.
- Speaker #1
C'était en...
- Speaker #0
C'était avant le confinement, en fait. L'insu, c'était que le confinement avant, parce qu'en fait, à chaque sortie de chimio, il doit être en aplasie. Donc plus de globules blancs, donc il fallait faire super attention. Il fallait rester à la maison, il fallait manger des choses surgelées pour pas qu'il chante de microbes ou quoi au caisse.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler un peu d'Edouard ? Comment il a vécu cette période ?
- Speaker #0
Il était super battant.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il était très drôle, il était très gentil. Et en fait ça a été assez éprouvant pour lui parce que les traitements étaient super lourds et il a beaucoup angoissé. Beaucoup, En fait il avait des moments où il avait super peur et puis il en avait marre aussi, très très marre parce que c'était dur.
- Speaker #1
Comment tu lui as annoncé ? Est-ce que c'est le médecin ?
- Speaker #0
Est-ce que c'est toi qui lui a annoncé qu'il était malade ? Et du coup, il m'a dit « Ouais, j'en ai une phare dans la poitrine par rapport à l'écume des jours. » Parce qu'il aimait bien ce livre,
- Speaker #1
il aimait beaucoup ce livre.
- Speaker #0
Et quand la cancérologue m'a prévenu que c'était un cancer, elle m'a dit « Il y a une masse » . Enfin, je ne savais pas exactement quel cancer c'était parce qu'il y a plein de sortes de cancers. Donc, elle m'a dit « Il y a une masse, c'est cancéreux. Comment on fait ? Est-ce qu'on le dit à Edouard ? » etc. Donc je dis bah... enfin moi ça me paraissait impensable de pas lui dire. Parce que je voulais qu'il sache contre quoi il se bat. Donc on est revenus toutes les deux dans la chambre et on a dit à Edouard, est-ce que tu sais ce que c'est que sonner du phare ? Et il a dit bah oui je pense que c'est un cancer. Et on lui a dit bah comment tu prends ça ? Bah si vous m'avez dit maman si tu me promets de m'acheter une perruque ça va aller.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc voilà. Lui, ce qu'il lui a apporté...
- Speaker #1
Il avait quel âge quand il a fait cette réflexion ?
- Speaker #0
8-9 ans. Lui, ce qu'il lui a apporté, c'était les cheveux. Et puis en fait, au final, il a assumé de ne plus avoir de cheveux. Il n'a jamais eu de perruques.
- Speaker #1
On le voit d'ailleurs sur ta page Instagram. On voit beaucoup de témoignages. C'est hyper touchant. C'est vrai que c'est un enfant...
- Speaker #0
Il est drôle.
- Speaker #1
Il est très charmant. Je dois dire, il a une personnalité... Il est hyper touchant. Très touchante, oui exactement ça.
- Speaker #0
Il est sensible, enfin moi il me faisait trop rire et puis il est super aimant, plein d'amour,
- Speaker #1
Et donc il a eu cette réflexion presque drôle sur cette histoire de perruque et puis s'est battu après, c'est pas évident quand même, trois chimios par jour à 9 ans ?
- Speaker #0
Surtout qu'en plus, il ne supportait pas du tout. Il ne mangeait pas pendant plus d'une semaine. Il vomissait, il se tordait de douleur. C'était horrible.
- Speaker #1
Comment est-ce qu'on vit ça en tant que maman ? On peut imaginer que c'est la pire chose qui puisse arriver à une maman. Comment toi, tu as trouvé la ressource pour tenir pour lui ?
- Speaker #0
J'ai essayé de trouver des solutions pour l'apaiser. Par exemple, je dormais avec lui dans le lit. Normalement, je dormais à côté. Oui. En fait, il y a des moments où il était tellement mal, mal. Il ne savait plus comment se mettre. Il avait mal partout. Il avait la diarrhée. Il vomissait. Il ne vomissait rien. Donc du coup, je me couchais. Tu sais, c'est des petits nids en 90. Je me couchais à côté de lui. Et il venait dans mon bras. Et puis, dépa-pouille,
- Speaker #1
Ça a duré combien de temps cette période ?
- Speaker #0
Trois ans.
- Speaker #1
Trois ans. Tu as gardé l'espoir ? Non. Non, t'as pas gardé l'espoir.
- Speaker #0
En fait, je me suis dit c'est possible qu'ils vivent avec un cancer, mais je savais que c'était très très très compliqué. Mais je pensais que c'était possible qu'ils vivraient de la chimio pendant longtemps. À Curie, j'ai rencontré des gens
- Speaker #1
L'Institut Curie ?
- Speaker #0
Ouais, j'ai rencontré des gens qui font encore plus de 20 ans de chimio orale et qui arrivent à... à contenir leur cancer. Et moi, je savais plus ou moins qu'Edouard ne guérirait pas, mais je me disais que c'était peut-être possible de vivre avec le cancer, que le cancer s'endorme et qu'il reste là. Mais dès lors qu'on m'a dit qu'il n'était pas opérable, qu'on ne pouvait pas enlever les tumeurs qu'il y en avait partout, il y en avait une dans le pied, il y en avait une dans chaque poumon, il y avait des métastases dans la plèvre, il y avait des métastases dans le médiastin, on se doute bien que quand on ne peut pas opérer... C'est un peu compliqué de tout éradier, quoi. Donc je me disais, peut-être, je gardais espoir qu'il puisse vivre avec des traitements.
- Speaker #1
Dans ton livre, tu racontes que lui, une de ses craintes, c'était d'être oublié.
- Speaker #0
Ah ouais. Il voulait absolument être adulte pour pouvoir faire des choses et qu'on se souvienne de lui. Peut-être avoir des enfants ou être... Mais là, pour lui, 12 ans, c'était tellement peu qu'en fait, il avait vraiment très, très peur. Alors, il me dit « Maman, quand je serai mort, je te préviens, il faut absolument que quand Carl aura des bébés, moi, Carl, mon fils aîné, quand Carl aura des enfants, tu leur partages l'aura de oncle Édouard. » Je dis « Mais je te promets, oui ! » Et il me dit « Et tu demandes à tous ceux qui m'aiment qu'ils gardent une photo de moi dans leur maison, comme ça, on ne va pas m'oublier. Ça va faire comme Diadelmo Erto, je pourrai passer les voir. »
- Speaker #1
Donc vous avez des moments où vous parliez de la mort. Ah oui, complètement. Comment est-ce qu'on parle de la mort avec un enfant ? Comment est-ce qu'on aborde ça ? Parce que parfois de l'extérieur c'est difficile, on ne sait pas...
- Speaker #0
Ça met mal à l'aise les gens, ça c'est sûr. Au départ il a eu très très peur, il a pleuré quand il a su qu'il allait mourir. Il a pleuré, il avait très peur d'avoir mal, il avait peur de mourir étouffé parce qu'en fait vu qu'il avait plein de tumeurs partout, il avait peur qu'en fait il perde son souffle et qu'il souffre au moment de mourir. Et finalement, il a fait deux mois de soins palliatifs. Donc du coup, tu sais, il t'accompagnait un peu plus. Il a eu de la morphine, de l'hypnophène pour éviter les douleurs. Après, c'est venu comme ça. Je lui ai dit que... Il m'a dit comment ça se passait. Je lui ai dit « Tu vas t'endormir » . Et t'auras plus mal et puis il faut que tu lâches prise parce qu'il n'y a plus d'autre solution. Et là, les médecins m'avaient aidé un petit peu à lui dire que la maladie avait pris le dessus et qu'en fait elle n'était plus contrôlable.
- Speaker #1
Et comment ça s'est passé avec son papa ?
- Speaker #0
Eh bien du coup en fait c'est trop mignon parce que quand Edouard a su qu'il allait mourir, la compagne de son papa est venue à l'hôpital. Et Edouard il a dit : "Venez on part en vacances tous ensemble, comme ça on passe nos dernières vacances tous ensemble." On est partis tous et on est partis en Mayenne. Et c'est là-bas qu'Edouard est décédé. Donc voilà, c'était nos dernières vacances et on était tous ensemble et c'était trop beau ! Manger ensemble le midi, manger ensemble le soir...
- Speaker #1
- Mais vous êtes partis dans un hôpital en Mayenne ?
- Speaker #0
- En fait, il était en hôpital à domicile Chez ma meilleure amie, chez qui j'étais avec Edouard et où il y avait les soins d'HAD. Donc du coup vous voyez tous les jours à la piscine chez mes copines, on faisait des barbecues, c'était très bien.
- Speaker #1
Et son frère ? Parce qu'il a quand même une place un peu particulière dans tout ça.
- Speaker #0
Oui je me rends compte que c'est vraiment la place sainte. dit pour Karl parce que ça a été super dur.
- Speaker #1
Ils ont 5 ans d'écart.
- Speaker #0
Ça a été un peu dur pour Karl, que je le laisse tout le temps chez son père. Ça a été un peu dur pour moi de me rendre compte que je lui avais fait un peu du mal. Et en plus, je pense que je ne l'avais pas assez préparé à la mort de son frère. Et c'est archi-dur. pour lui. Il aurait peut-être mérité de pouvoir en parler à quelqu'un, mais il ne voulait pas.
- Speaker #1
C'est vrai qu'en lisant ton livre, en pensant à ton histoire, je me suis dit quelle place on peut avoir comme grand frère après ça ?
- Speaker #0
Son frère, lui, ils étaient super fusionnels tous les deux.
- Speaker #1
Toi, tu as décidé d'écrire ce livre ? Pourquoi tout d'un coup tu as voulu écrire ce livre ?
- Speaker #0
En fait, j'ai toujours écrit plein de textes. J'écrivais des petits morceaux quand Edouard était à l'hôpital, etc. J'ai fait ma réorientation professionnelle en 2024 et du coup ça a me bloqué hyper prenant et hyper fatigant.
- Speaker #1
Tu t'es réorientée vers quoi ?
- Speaker #0
L'accompagnement d'enfants en situation de handicap.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc du coup, il faut vraiment que je sois focus. Les enfants ont besoin de mon énergie. J'ai passé tout l'hiver à la maison et je les ai mis bout à bout et en me disant « je demanderais bien à l'imprimeur de me l'imprimer comme ça, je le donne à tous nos proches et comme ça, ça fait un petit bout d'Edouard qui reste et puis son désir de rester dans la mémoire est exaucé, son souhait. » Et finalement, je l'envoie à une maison d'édition.
- Speaker #1
En tout cas, c'est un très beau témoignage. J'aurais bien voulu, j'aimerais bien te demander Céline, de lire un petit passage que j'ai bien aimé, mais je trouve qu'il est important parce qu'il nous ramène à l'essentiel. Alors tu vois, je l'ai encadré là.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'aimerais bien que tu nous le dises si t'es pas.
- Speaker #0
Tu nous as appris que la vie est belle, même quand elle est injuste, même quand elle fait mal. Tu nous as montré qu'elle vaut la peine d'être vécue pleinement, intense et bon. Tu nous as appris que chaque instant est un cadeau, que chaque rire, chaque regard, chaque silence partagé est précieux. Tu nous as appris à aimer plus fort, à écouter, à pardonner, à ne jamais remettre à deux mains les gestes tendres. Tu nous as appris à voir la beauté dans les petites choses, dans une raclette en famille, un film regardé ensemble, un coucher de soleil, un chocolat croqué à deux. Tu nous as transformés, chacun d'entre nous.
- Speaker #1
Comment est-ce qu'il t'a transformée ?
- Speaker #0
Déjà, Edouard, quand il était petit, c'était un petit être un peu extraordinaire. Dans quel sens ? Dans le sens où, hyper calme, hyper tendre, hyper attentionné. Dès lors qu'il est tombé malade, en fait, il avait tellement plus le droit à rien du tout, qu'en fait il me dit « Mais maman, en fait, viens on va faire un chocolat chaud avec plein de petits chamallows à l'intérieur » . Il regardait des films où il faisait des cupcakes, alors on se faisait livrer de plein de trucs pour faire des cupcakes. Moi, on a tout tout, tout, tout, tout, tout adoré. On faisait plein de crêpes et puis de toute manière je savais qu'il n'était pas question de faire un régime puisque de toute manière il y avait des fois où il était archi maigre et des fois où il avait tellement de traitement qu'il était tout gonflé. Je dis tu mangeras tout ce que tu voudras. Il faisait des moments où il voulait manger du camembert, du camembert rôti, de la raclette, du fromage à raclette. Excellent choix d'ailleurs.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que ça a changé dans ta vie, dans ta façon de voir la vie ?
- Speaker #0
Moi je la vois belle. Je la vois belle et je remercie. En fait, je pense que si j'avais dû choisir une vie, elle n'aurait jamais été aussi belle. Je remercie l'univers de m'avoir donné cette vie-là parce que je pense que c'est une chance inouïe d'être la maman de mes deux garçons. J'adore ce que j'ai vécu. C'est triste, c'est ultra dur. Je ne m'en remettrai jamais. Mais j'ai vécu des trucs qui sont magnifiques, Et puis, j'ai des petits signes. Et puis, je continue de faire parler les Edouards.
- Speaker #1
Je trouve ça aussi très beau ce que tu as fait, ce changement de carrière pour t'occuper des enfants handicapés. On voit bien pourquoi tu l'as fait, évidemment. Qu'est-ce que ça t'apporte, de faire ça ?
- Speaker #0
Ça me fait un bien fou ! un bien fou, Ils sont... En fait, je ne sais pas comment t'expliquer. Je me sens utile, ça a du sens. Je pense que je ne pouvais plus trouver un boulot où je me serais sentie vraiment utile. Et il fallait quand même que je gagne des sous. Donc autrement, j'aurais été bénévole dans des assos. Et en fait, accompagner les enfants handicapés, c'est vraiment... J'arrive le matin, je suis malade de rire, je vois les progrès, enfin je prends un pied d'enfer. J'adore.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un moment particulier qui t'a marqué dans ce nouveau travail ?
- Speaker #0
Non, parce que j'en ai tous les jours.
- Speaker #1
C'est vrai ?
- Speaker #0
Tous les jours, ouais. Mais ils me donnent plein d'amour, autant les enfants que j'accompagne, mais aussi les autres enfants de la classe, parce que je suis dans la classe et en fait ils sont tous vraiment trop mignons.
- Speaker #1
Ça fait combien de temps maintenant que tu fais ce métier-là ?
- Speaker #0
Un an et demi.
- Speaker #1
Un an et demi, d'accord.
- Speaker #0
J'adore.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu retiendrais de toute cette expérience du deuil et puis de cette écriture du livre qui t'a sans doute aussi beaucoup libérée, j'imagine. Qu'est-ce que tu retiens de toute cette période-là ?
- Speaker #0
Je retiens que ça m'a fait énormément de bien de faire de... de faire voler la petite âme d'Edouard. Et puis que moi, égoïstement, ça m'a fait beaucoup de bien d'avoir tous ces témoignages, tous les gens qui se sont portés, enfin, qui m'ont soutenue, et qui sont... Ça m'a fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de bien. Et puis par contre, pour le deuxième, je pense que... Au départ, je me posais vraiment beaucoup de questions. en combien d'étapes c'est et est-ce que ça se fait vraiment et est ce que machin et en fait je suis suivi et s'il fait que de me dire mais en fait arrête le deuil dans l'enfance ça se fait pas il n'y a pas de arrête de vouloir rentrer dans des cases tu rentreras pas dans des cases laisse toi vivre accepte tes émotions quand t'es triste t'es triste et puis voilà si et je trouve que je chemine bien et je trouve que que j'avance bien. Est-ce que... Alors on va revenir quand même au cœur du thème du podcast, qui est la séparation. C'est vrai qu'on s'en est un peu éloigné et c'est très bien comme ça, ça fait partie de notre entretien aujourd'hui. Mais je voudrais quand même te poser une des questions un peu traditionnelles du podcast. Est-ce que pour toi la séparation, c'est un échec ?
- Speaker #1
Non, pas du tout.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
Bah... Déjà c'est moi qui suis partie. Et je me rends compte que... que c'est pas le schéma d'une famille normale, mais je trouve que c'est pas du tout un échec. Et j'ai... Je sais pas si je vais être... Mais j'ai vraiment adoré être maman solo. - Oui ?
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
- J'ai vraiment... Bah parce qu'en fait, je trouve qu'il y a beaucoup moins de compromis à faire quand on est toute seule avec les enfants.
- Speaker #0
- Ça c'est clair.
- Speaker #1
- On n'a pas à composer avec le papa qui est peut-être pas d'accord pour la façon de faire ceci ou la façon de faire cela. J'ai tout fait comme je voulais. Et j'ai tout vécu, tout l'amour de mes enfants c'était que pour moi. Enfin je sais pas, j'ai adoré.
- Speaker #0
On n'est pas un peu quand même surmenés par moments avec deux garçons, cinq ans d'écart ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'ils étaient speed mais...
- Speaker #0
Même pour ta vie à toi tu vois, ta vie de femme aussi ?
- Speaker #1
J'ai crié, j'ai crié, j'ai crié, je les disputais. mais j'ai beaucoup rigolé surtout parce que c'était des pitres en fait et non je regrette pas. Et puis la semaine où j'avais pas les enfants, eh ben je sortais beaucoup, je voyais mes copines. Pour moi c'est pas du tout un échec. Et je pense que les enfants sont plus heureux quand les parents sont divorcés plutôt qu'une famille qui est pas très...
- Speaker #0
petite question signature, est-ce que tu aurais des podcasts à recommander à nos auditeurs et auditrices ? Des podcasts qui toi te parlent, qui peuvent parler de n'importe quoi. Ça nous apprend aussi à te connaître davantage.
- Speaker #1
Eh ben moi j'adore un podcast qui s'appelle Somnifère. Somnifère, eh bien je n'arrive jamais à entendre la fin de l'histoire. Donc c'est une histoire racontée par un monsieur qui au départ fait un petit peu de petits exercices de respiration et après il raconte une histoire. C'est des histoires de... Des vieilles histoires de France ou des machins. Des histoires d'amour. Mais ça m'endort. D'accord.
- Speaker #0
Mais c'est le but aussi. Oui, c'est le but.
- Speaker #1
T'as du mal à t'endormir le soir ? Ouais. Et je me réveille la nuit. Et du coup, je me mets ça et ça fonctionne.
- Speaker #0
Est-ce que t'as essayé de pas être sur tes écrans après genre 9h du soir ?
- Speaker #1
Oui, mais par contre, je regarde les séries.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Parce que... moi j'ai remarqué qu'à partir du moment où on arrêtait de faire ça, on dormait quand même beaucoup beaucoup moins. Ah oui ? Donc le podcast Somnifères, il y en a d'autres que tu écoutes ou c'est vraiment ton podcast chouchou ? Si,
- Speaker #1
j'aime bien Aléjôse de El Zavoloski. J'aime bien.
- Speaker #0
Ok. Aléjôse, donc c'est un podcast sur la mélopause. D'accord.
- Speaker #1
Et puis j'aime bien La Voix de Jessica Trois-Frontais.
- Speaker #0
Ah je connais pas ça. Ça parle de quoi ? Tu sais plus. Ok. On va mettre en tout cas et puis on vous laissera... Chers auditoristes,
- Speaker #1
découvrez-vous. J'écoute la voix en fait. Elle parle d'histoire. Mais je ne sais pas s'il y a un thème bien précis.
- Speaker #0
Alors donc on était avec Céline Duval qui est l'autrice du livre L'Étoile qui murmure encore avec un préface de Mathieu César qui est un photographe.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qui est un de tes amis, c'est ça ? Oui.
- Speaker #1
Et qui a fait des superbes photos d'Edouard. Et qui lui avait offert son dernier voyage. envoyé les photos d'Edouard sur une capsule qui est partie sur Ariane 6. Et du coup, Edouard est en orbite de la Terre pour l'éternité.
- Speaker #0
Ça se fait souvent ça d'envoyer des émules ?
- Speaker #1
Ah bah du tout, c'était le projet d'Ariane 6. Parce qu'en fait, vu qu'on a... Enfin, il n'y a pas le droit d'envoyer d'êtres humains dans la première fusée. Donc du coup, Ariane a proposé un projet artistique à Mathieu et du coup il en a fait un bouquin. Un bouquin qui s'appelle Chroniques d'Ariane. Et du coup, il a fait plein de portraits. Et tous ces portraits sont partis dans une capsule dont il y a Edouard. Et du coup, ce livre est parti dans une capsule sur Ariane 6.
- Speaker #0
Eh bien, c'est le plus beau cadeau que tu pouvais lui faire,
- Speaker #1
je pense. Non mais il était trop content.
- Speaker #0
Il n'était pas fasciné par les étoiles ?
- Speaker #1
Puis la astronomie, il me disait « Ah ben là, je vais veiller sur vous pour l'éternité. Je serai même là après quand vous ne serez plus là. »
- Speaker #0
La capsule est partie avant qu'il meure en fait ? Non,
- Speaker #1
la capsule est partie. En fait, Mathieu a pris les photos une semaine avant le décès d'Edouard. Et la capsule, elle a mis du temps parce qu'ils ont fait plein d'essais pour Ariane. Elle est partie en juin l'année dernière. C'est trop beau.
- Speaker #0
Ça devait être carrément grand. Oui,
- Speaker #1
carrément.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Je t'en prie. D'avoir été avec nous aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
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