Description
Pour comprendre « makoumè », il faut le prendre par l'usage, parce que tous les makoumè ne se valent pas. Quand un homme rate un geste tout simple, on lui lance « ou fè kon an makoumè », et la sexualité de personne n'est en cause. Quand un homme veut certifier ce qu'il vaut, il annonce « man pa an makoumè », sans que personne l'ait accusé de rien. Le mot fonctionne donc parfaitement sans qu'il soit jamais question de qui dort avec qui. C'est une toise qu'on tient au-dessus de la tête des garçons pour vérifier s'ils dépassent, et tous y passent, celui qui aime les hommes comme celui qui ne les aime pas.
Le créole n'a jamais manqué de mots pour dire la chose elle-même : « fè makonmè » entre hommes, « fè zanmi » entre femmes. Ces tournures ne datent pas d'hier, puisqu'un anthropologue qui a travaillé sur les milieux gais antillais rappelle que dès la fin du 19e siècle on appelait déjà « ma commère » les hommes habillés en dames. Le jour où l'on vous dira que tout cela nous arrive du dehors, demandez pourquoi nos arrière-grands-parents avaient déjà les mots pour le nommer.
Écrivez-le comme on l'entend vraiment : ma-kon-mè. Ma commère. Or « commère », avant d'être la bavarde de l'épisode précédent, est un mot d'église, du latin « commater », de « cum », avec, et « mater », mère. La co-mère, autrement dit la marraine, celle qui tient l'enfant sur les fonts et doit le guider si sa mère vient à manquer. L'insulte la plus lourde qu'un homme puisse recevoir ici sort du nom de celle qui promet de protéger un enfant qui n'est pas le sien.
Je ne me place pas du bon côté. Ces phrases, je les ai dites, et je n'accuse personne ici à part moi. Je dis seulement qu'on peut faire autrement, et que ça tient à peu de chose : la prochaine fois que le mot tombe devant vous, ne riez pas. L'insulte seule ne tient pas 3 secondes, c'est le rire qui la ratifie.
Si vous avez besoin d'en parler : KAP Caraïbe, association martiniquaise qui fait de l'écoute et de la prévention du suicide, au 05 96 67 29 58. SOS homophobie, ligne anonyme, au 01 48 06 42 41, du lundi au jeudi de 13h à 17h et le vendredi de 13h à 15h, heure de Martinique.
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