Speaker #0Vous prenez votre café autrement. Vous écoutez une musique que vous n'aviez plus mise depuis dix ans, et puis cette petite voix s'étonne. Tiens, c'est moi qui ai fait ça ? Si vous ne vous reconnaissez plus tout à fait, eh bien, restez avec moi. Aujourd'hui, on va parler d'une sensation que je vois très souvent, quelques mois après une séparation. Une sensation... étrange à la fois agréable et parfois même un peu effrayante vous vous regardez par moments comme un étranger à vous même vos goûts changent vos choix vous étonnent parfois vous dites oui à des dîners auquel vous auriez dit non vous dites non à des habitudes que vous teniez depuis des années sans savoir pourquoi et la question monte mais qui suis-je vraiment alors est ce que je deviens quelqu'un d'autre est ce que je me perd dans tout ça et dans tout ce qui m'arrive. Alors, vu de l'extérieur, cette question, elle peut sembler inquiétante. Vu de l'intérieur, c'est exactement le contraire. C'est le signe qu'une part de vous remonte enfin à la surface. Et aujourd'hui, on va comprendre pourquoi. Comment votre cerveau organise une identité de couple et pourquoi il la défait quand le couple s'arrête ? Pourquoi cette phase peut être inconfortable ? Bye ! Un geste très concret à mettre en place dès cette semaine pour accompagner ce mouvement sans s'y perdre. Je vais vous proposer aujourd'hui le témoignage de Vincent. Alors Vincent, il a 47 ans, il est séparé depuis 10 mois à peu près. Et il me dit, voilà, 15 ans avec quelqu'un, eh bien je pensais me connaître. J'aurais juré savoir ce que je n'aimais pas. Et puis, un samedi matin, je me suis surpris à mettre un disque que je détestais, mais vraiment, que je détestais soi-disant, du jazz, du jazz que je trouvais ennuyeux. Et j'ai mis ce disque, j'ai préparé mon café et j'ai eu une sensation étrange, presque un frisson, pas de surprise, mais de reconnaissance. Et là, je me suis rappelée, avant d'être en couple, j'écoutais ça, j'écoutais ça à 25 ans. J'ai oublié que... J'aimais ça. Je l'ai mis de côté pendant 15 ans. Alors ça m'a un peu bouleversée. C'était pas de la tristesse, c'était comme retrouver quelqu'un, quelque chose qu'on a perdu depuis un moment. Quelqu'un qu'on a perdu de vue, c'était un peu la même sensation. Et ce quelqu'un, c'était moi. Alors cette histoire de Vincent avec son morceau de jazz. Je l'ai entendu dans des dizaines de variantes. Alors, avec un livre, avec une coupe de cheveux, avec un plat, avec un endroit qu'on a envie de revoir tout à coup. Et à chaque fois, c'est la même mécanique. Alors, ce n'est pas un nouveau vous, c'est un vous qui revient. Alors d'abord, on va se dire, comment votre cerveau a fabriqué votre identité de couple ? Pourquoi vous en êtes arrivé là ? Eh bien, pour comprendre ce qu'il se passe, il faut... savoir une chose sur votre cerveau, un cerveau ça s'économise, c'est sa nature, il fait tout pour automatiser vos goûts, vos habitudes, vos choix du quotidien et au bout de quelques années dans une relation, eh bien ils deviennent en grande partie des automatismes, pas des choix, en tout cas pas des choix conscients que vous allez renouveler chaque jour. Ces automatismes dans une relation, ils se construisent à deux en grande partie. Alors pas par soumission, pas par sacrifice, juste parce qu'on partage un espace. Et donc vous regardez les films que l'autre aimait, l'autre mange ce que vous cuisinez, vous fréquentez les amis de l'autre, l'autre écoute aussi votre musique. Et à force, certains de ce que vous aimiez, des choses que vous préfériez, vont s'aligner sur la personne. Et certains des siens sont devenus aussi les vôtres. C'est ce que tout couple fait. Après quelques années, c'est sain et c'est un signe qu'il y a eu une vraie rencontre. Donc surtout, pas de regrets sur ce point. Le problème, c'est que le cerveau ne distingue plus ce qui était à vous de ce qui était à l'autre. Et aussi dans tout ça, ce qui était devenu du nous. Tout est rangé dans le même tiroir, vous fonctionnez sans avoir vraiment à vous demander qui aime quoi. Et donc quand la relation s'arrête, ce tiroir... et bien d'un seul coup on l'ouvre et le cerveau naturellement il se met à trier. Alors ce tri ne se fait pas d'un bloc, il se fait par micro-décision sur des semaines, des mois parfois. Vous vous retrouvez devant le placard, le pub bleu je le garde c'est moi, le pub beige... Non, je ne l'aime pas en fait ce pull. Je ne sais même pas pourquoi je l'avais, pourquoi je l'ai acheté. Et vous tombez aussi sur une chanson. Alors oui, cette chanson-là, elle me fait du bien. Ça me ressemble. Celle-là, c'était plutôt à lui ou à elle. Je passe, je vais l'enlever de ma playlist. Ce restaurant, je le garde parce que j'aime bien cet endroit et cet autre. Je n'ai jamais vraiment été à l'aise dans ce restaurant. Donc voilà, je le mets de côté. Toutes ces micro-décisions, elles sont en train de... redessiner votre carte intérieure et c'est pour ça que vous avez l'impression de redécouvrir quelqu'un et ce quelqu'un celui ou celle qui revient n'a jamais vraiment disparu. Cette part de vous s'était mise en sourdine pour faire tenir le couple pas parce qu'on lui a demandé pas parce que voilà c'était une obligation mais parce qu'à deux on s'arrange et pendant qu'elle était en sourdine et bien une autre version de vous a pris la place Aujourd'hui, le volume revient. Parfois, ça surprend du monde autour de vous, et à commencer parfois par vous-même. Donc, il va falloir faire du tri dans tout ça. Pourquoi tout ça, c'est un peu inconfortable ? Expliquons-nous un peu maintenant pourquoi cette phase est difficile. Même si le mouvement a du bon, il faut savoir que le mouvement fatigue. Le cerveau... aime ce qui est stable. C'est sa fonction première. Vous évitez d'avoir à tout calculer en permanence. Donc quand votre identité bouge, il va sonner l'alarme, pas parce que c'est dangereux, mais parce que c'est nouveau. Et cette alarme, elle prend la forme de petites pensées qui semblent légitimes. On se dit, je suis en train de me perdre, je ne sais plus où j'en suis, c'est trop, je ne me sens pas bien dans cette phase. Alors ce ne sont pas des vérités, ce sont des messages d'inconfort liés au changement. Et ils ne disent rien sur la qualité de ce qui est en train de se rejouer. Ils sont en train juste d'ajuster les choses. La preuve, c'est que ces pensées disparaissent quand vous êtes occupé généralement à faire quelque chose qui vous correspond. Et elles ne reviennent que dans les temps morts. C'est vraiment typique d'une alarme de sécurité. C'est pas un vrai signal. Si vous êtes vraiment en train de vous perdre, vous le sentez dans le corps, pas dans la tête. C'est votre corps qui lui va sonner la sirène d'alarme. Si vous avez du mal à vous lever, à vous nourrir, à tenir vos engagements, si rien de tout ça ne se produit, et je parie qu'aucun de ces signaux n'est présent chez vous, alors ce n'est pas une perte, c'est juste un changement. Et le changement est inconfortable, c'est tout, il faut l'accepter. Ce que je vais vous proposer, c'est d'agir dès cette semaine. Parce que la pire chose à faire dans cette phase, c'est de vouloir savoir à tout prix qui vous êtes là maintenant, tout de suite. Faire un test de personnalité, une retraite spirituelle, un changement radical. Non, l'identité ne se construit pas par un grand acte, elle se construit par des petits choix répétés qui vont remodeler les choses petit à petit. Et voilà ce que je propose aux personnes que j'accompagne dans cette phase. alors c'est... très simple mais très efficace. Vous allez choisir un domaine concret de votre quotidien. Alors un seul domaine, par exemple la musique que vous écoutez, la nourriture que vous achetez, la manière dont vous occupez vos soirées quand vous êtes seul, les vêtements que vous mettez le week-end, n'importe lequel mais un seul. Et pour ce domaine et pour ce seul domaine, posez-vous une question, une seule, chaque jour pendant une semaine. Qu'est-ce que j'ai vraiment envie aujourd'hui ? Alors, je n'ai pas envie de plaire, je n'ai pas envie de bien faire, je n'ai pas envie de me prouver quoi que ce soit, juste mon envie la plus profonde, la plus réelle. Faites le choix qui en sort, même si c'est étrange, même si vous trouvez que c'est bizarre. C'est précisément le but, c'est d'explorer, c'est de tester. Et Woods, c'est 7 jours de 7 semaines, donc vous aurez 7 micro-données sur vous. Alors, pas une grande réponse. révolution, révélation, juste des points concrets qui dessinent peu à peu une carte. Et Vincent, dans les premières semaines, il a fait l'exercice avec la musique. Cet matin de suite, il a choisi cette musique. Et au bout de sept jours, il m'a dit, en fait, j'ai redécouvert et je n'aime pas commencer la journée en silence finalement. J'ai besoin de musique. C'est tout bête, mais en 15 ans, je l'avais oublié. Alors que j'adore ça, me réveiller. avec cette musique qui donne le tempo, qui va me donner le rythme de cette journée que j'ai envie de vivre. Avant de conclure, trois choses qui ne servent à rien dans cette phase. Et pourtant, presque tout le monde les essaye, mais c'est une perte de temps, donc autant vous économisez ce temps. Comparer... celui que vous étiez avant la relation, pendant la relation et aujourd'hui. Ça ne sert à rien, ça ne mène nulle part, puisque vous n'êtes plus aucune de ces trois personnes. Vous êtes en train de fabriquer la quatrième. Et celle-là, personne ne la connaît encore, même pas vous. Deuxième chose, surtout ne pas demander à votre entourage qui vous êtes vraiment. Ils ne savent pas, ils ont une version de vous qui les arrange, qui correspond à un moment passé. Et aucune d'elles n'est dans votre tête maintenant. Donc toute tête extérieure n'est pas forcément une bonne idée. Troisième chose, vouloir tout résoudre vite. Ce travail-là en particulier demande du temps. Votre cerveau a besoin de plusieurs mois pour reconfigurer une identité qui s'est tissée pendant des années. Donc vous n'avez pas le pouvoir de raccourcir ce délai, mais vous avez le pouvoir de ne pas... pas le rallonger en luttant contre lui en permanence. Cette phase de redécouverte n'est pas une transition vers autre chose, c'est déjà l'autre chose, même si vous n'en avez pas forcément encore conscience aujourd'hui. Vous n'êtes pas en train d'attendre de redevenir stable, vous êtes déjà en train de devenir quelqu'un de plus juste, de plus proche de vous, de moins arrangé avec autrui. Et ce qui ressemble à un flou, c'est en fait une mise au point. L'image n'est pas perdue, elle se précise petit à petit, laissez-lui du temps et un jour, sans vous en rendre compte, vous vous arrêterez de vous étonner de vous-même. Et non parce que la découverte sera finie, et elle ne l'est jamais vraiment, et heureusement, c'est tout le bonheur de la vie aussi, mais parce que votre cerveau aura accepté que cette personne-là, c'est vous. Pas une version de vous, mais vous. L'idée, c'est que vous ne devenez pas quelqu'un d'autre. vous redevenez quelqu'un que vous aviez mis tout simplement en sourdine. Alors voilà pour cet épisode de History Coffee. Si quelque chose dans ce que vous venez d'entendre résonne, dites-le-moi en commentaire, en message, en réponse à la newsletter. Vos retours nourrissent aussi les prochains épisodes, donc merci d'avance. Et si vous pensez à quelqu'un qui cherche en ce moment, qui se cherche, partagez-lui l'épisode. 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