Speaker #0Vous regardez votre placard, trois quarts des vêtements ne vous parlent plus, vous ne savez même plus pourquoi vous les aviez achetés. Si vous sentez différent sans pouvoir dire pourquoi, restez avec moi. Aujourd'hui, on va parler de quelque chose qui inquiète beaucoup les personnes que j'accompagne quelques mois après leur séparation. Vos goûts changent, la musique que vous écoutiez ne vous parle peut-être plus, les vêtements ne vous vont plus, pas physiquement, mais... esthétiquement. Vous redécorez un mur avec une couleur que votre ancien partenaire aurait trouvé affreuse et ce mur vous l'adorait. Et la question qui revient en sourdine, mais alors c'était quoi vraiment mes goûts d'avant ? Est-ce que je suis en train de devenir quelqu'un d'autre ? Aujourd'hui, je vais vous donner une réponse claire. Vos goûts ne changent pas, ils reviennent. Et la différence entre ces deux mots, changer et revenir, fait toute la différence dans la façon dont vous traversez cette phase. On va voir comment le cerveau fabrique les goûts, pourquoi il s'imbrique dans une relation, pourquoi il se redécouvre quand on redevient seul, et on va faire un exercice tout simple, l'exercice du curateur, pour observer le mouvement sans se figer trop vite sur ce qui se passe. Je vais commencer par vous partager un témoignage. Ce témoignage c'est celui de Béatrice, elle a 53 ans et elle est séparée depuis 14 mois. Et elle me dit, on avait fait toute une collection de vins ensemble et pendant 20 ans j'ai bu du Bordeaux, des Bordeaux qu'ils choisissaient, qu'ils commentaient, qu'on ouvrait pour les invités ou à deux en tête à tête. Et 6 mois après le départ, je suis allée chez ma fille. Elle m'a servi un chinon, un truc léger, vif, presque acidulé. J'ai bu une gorgée et j'ai souri. Et là, je me suis rappelée, à 25 ans, j'avais vécu deux ans en Touraine. Je ne buvais que ça, du chinon. J'avais oublié que j'aimais ça. Je m'étais convertie au Bordeaux pour deux raisons. Parce qu'il aimait et parce que ça faisait sérieux aussi. Maintenant que je n'ai plus que du chinon. Je ne sais pas si c'est un retour ou une découverte, probablement les deux, et je redécouvre ça avec plaisir. Alors cette histoire de Bordeaux et de Chinon, c'est exactement la mécanique qu'on va voir maintenant. Une histoire de classement intérieur qui se réorganise. Alors comment le cerveau fabrique-t-il nos goûts ? Le goût en neurosciences n'est pas un trait fixe, c'est un système, un écosystème. Et ce système, il combine en permanence trois choses. Premièrement, ce que votre corps préfère. Vos sens, votre physiologie, vos seuils d'otélérance. Ça, c'est plutôt stable et ça vient de votre biologie. Deuxièmement, ce que votre mémoire associe à du plaisir. Les expériences passées qui ont laissé une trace positive. C'est plus mouvant car chaque expérience nouvelle peut renforcer ou réécrire un peu ce qui était là. Et troisièmement, Et c'est là que ça devient très intéressant, ce que votre environnement valorise. Les goûts des gens autour de vous, ce que la société vous apprend à apprécier, et surtout, dans une vie de couple, les goûts de votre partenaire. Alors, dans une relation longue, ce troisième paramètre, il prend énormément de place. Vivre à deux, c'est partager un environnement émotionnel. Vous absorbez les goûts de l'autre, ses jugements, ses habitudes, vous en transmettez aussi. Au bout de quelques années, le système est complètement imbriqué, vos goûts ne sont plus à 100% les vôtres, et ce n'est ni un drame, ni une trahison, c'est simplement une vie commune qui s'est installée. Quand cette vie commune s'arrête, le système se réajuste, et le troisième paramètre, l'environnement de l'autre, disparaît. À ce moment-là, le cerveau se met à recalibrer ce qui est à vous à partir de ce qui ne vient plus de personne d'autre. Alors pourquoi ça ressemble à un changement ? Eh bien parce que, vu de l'intérieur, vous avez l'impression de devenir quelqu'un d'autre. Mais c'est faux. Vous redevenez juste plus spécifique. Beaucoup de vos goûts d'avant étaient en réalité des compromis. Alors pas conscients, personne ne vous a forcé, évidemment. Mais à force de regarder ensemble les mêmes films, d'écouter ensemble la même musique, de fréquenter les mêmes personnes... et bien certains de vos goûts préférés se sont alignés sur l'autre et certains des siens sont devenus les vôtres. Quand vous redevenez seul, ce qui vous appartient vraiment au ressort. Et certaines choses que vous aimiez pour deux s'éteignent tout doucement, parce qu'elles ne correspondaient plus vraiment à votre signal de fond, votre signal profond. Et cette différence, elle est très concrète. Vous le sentez dans votre corps quand vous tombez sur une chanson qui était à vous depuis toujours, quelque chose s'aligne. Quand vous tombez sur une chanson qui était partagée, c'est plus flou, c'est agréable parfois, c'est gênant aussi. Et souvent, ça devient presque étranger. Eh bien, Béatrice et son chinon, c'est exactement ça. Le chinon, ce n'est pas une nouvelle préférence, c'est une vieille préférence qui a retrouvé la place que les Bordeaux occupaient depuis 20 ans. Alors, pourquoi cette réorganisation peut faire peur parfois ? Et c'est tout à fait normal. Eh bien, parce que le cerveau a besoin de cohérence. Quand vos goûts bougent vite et dans toutes les directions, ils sonnent l'alarme. Je ne sais plus qui je suis, c'est inconfortable. Et c'est tentant d'interpréter ça parfois comme presque une crise d'identité. En fait, ce n'est pas une crise, c'est un nettoyage. Un nettoyage dans le sens où le cerveau est en train de trier ce qui était à vous, ce qui était partagé et ce qui n'a jamais vraiment été à vous. Ce tri ne se fait pas... comme ça, d'un bloc, il se fait par petites touches sur des mois, des années parfois. Et c'est pour ça que vos goûts semblent bouger en permanence. Ce n'est pas du chaos, c'est une sorte de classement qui est en cours. Il y a un autre point qui peut faire peur et que je voudrais préciser aujourd'hui. Certains de vos nouveaux goûts ressemblent à ceux que vous aviez à 20 ou 25 ans. Ce n'est pas une régression, c'est juste votre signal d'origine qui ressort après avoir été en pause. pendant la durée de votre relation. Vous n'êtes pas en train de redevenir adolescent, je vous rassure, vous êtes en train de retrouver des préférences qui dataient d'avant cette imbrication dont on parlait tout à l'heure. Alors ce fameux geste du curateur, quel est-il ? Eh bien, déjà se dire que la pire chose à faire dans cette phase serait de vouloir stabiliser vos goûts trop vite, tout de suite, de choisir un nouveau style de vie cohérent, une nouvelle décoration définitive, une nouvelle identité musicale. Non, parce que le cerveau n'a pas fini son travail de tri. Choisir maintenant, c'est se figer dans un état transitoire. Et voilà ce que je propose plutôt aux personnes que j'accompagne. C'est de ne pas chercher à définir qui vous êtes, c'est choisir d'observer. Comme un curateur de musée qui prend des notes sans encore savoir vraiment comment l'exposition sera organisée, et bien voilà, vous allez pouvoir faire cet exercice tout simple. Une fois par semaine, vous prendre 5, 10, 15 minutes et noter deux choses. Le premier groupe, trois choses qui vous ont plu cette semaine. Est-ce que c'est un morceau de musique, un plat, une rencontre, une couleur, une lumière, une lecture ? Peu importe, trois choses. qui vous ont fait sourire, qui vous ont fait du bien. Deuxième groupe, trois choses qui ne vous ont rien fait, alors qu'elles auraient peut-être dû. Un proche que vous voyiez beaucoup avant, que vous voyez moins maintenant, un endroit que vous adoriez, mais qui ne vous génère plus grand-chose, un film que vous aimiez revoir en boucle régulièrement, et là, pas trop d'envie. Ne tirez pas vraiment de conclusions pour l'instant, ne cherchez pas de cohérence. Notez, c'est tout, on est juste en train de trier les choses et d'aider votre cerveau à trier tout ça. Au bout de quelques semaines, au minimum 4, voire 6, voire 8, relisez cette liste et relisez tout d'un coup. Prenez-vous un petit moment. Ce que vous verrez, ce n'est pas un nouveau vous. Ce sont les contours plus nets de la personne que vous êtes en train de redevenir. Vous remarquerez peut-être que certaines couleurs reviennent. que certains rythmes vous parlent, vifs ou lents, simples ou complexes, que certaines personnes vous nourrissent et d'autres pas, que certains lieux vous font du bien, respirent, et que d'autres ont plutôt tendance à vous serrer, vous angoisser un peu. Eh bien, tout cela, en fait, ça ne dessine pas forcément une révélation. C'est se dire que vous êtes en train de redessiner les choses, pas par... Accumulation mais pas révélation. Avec une petite nuance quand même, un petit avertissement pendant cette phase. Alors surtout, suspendez les grandes décisions liées au goût. Donc ne changez pas radicalement la déco de la maison ou de l'appartement. Ne vendez pas tous les objets tout de suite associés à votre ancienne relation. Alors ça peut sembler libérateur et parfois ça l'est, mais souvent vous avez peut-être agi trop tôt alors que le tri était encore en cours. Donc ces décisions... qui n'engagent que vous et qui sont réversibles. Alors oui, allez-y quand il n'y a aucun souci. Par contre, des choses plus structurantes, repeindre tout l'appartement ou la maison, ça peut attendre quelques semaines, quelques mois. Attendez que le cerveau ait fini de stabiliser tout ça, qu'il ait pris le temps, donné lui le temps. Et vous verrez qu'en fait, vraiment, c'est un moment où il est urgent de ne pas prendre de décisions radicales sur tout ça. Tout ça mis bout à bout. Qu'est-ce que ça veut dire pour la suite ? Vous verrez qu'au bout de 6 mois, 1 an, moyenne, vos goûts vont retrouver une cohérence nouvelle, pas figé comme avant, plus précise. Vous saurez sans hésiter ce qui vous touche. Vous reconnaîtrez vos couleurs, vos rythmes, vos endroits, vos mots, vos personnes. Et vous saurez aussi sans culpabilité, enfin, ce qui ne vous correspondait pas, y compris ce que vous croyez avoir aimé pendant des années. Et ce qui en ressortira, ce ne sera ni la personne que vous étiez avant cette relation, ni la personne que vous étiez pendant, mais quelqu'un, une troisième personne qui prend ce qui était à vous des deux époques et qui laisse le reste. Ce processus, il est invisible quand on est dedans. Il devient évident en regardant en arrière et vous verrez qu'encore une fois, dans six mois, un an, ça vous paraîtra énorme et que vous le verrez comme quelque chose d'évident. Béatrice, l'autre jour, elle m'a envoyé une photo de sa cave à vin. Il n'y avait que du chinon, avec un petit message court. Je me suis retrouvée, c'est la deuxième fois de ma vie, et c'est encore meilleur que la première. Alors pensez juste à ça, vos goûts ne changent pas. Ils reviennent, ils se réagencent. Ce qui change, c'est que vous les laissez enfin remonter. Et laissez-leur le temps à ses goûts. à reprendre leur place, à prendre leur juste place pour vraiment réaligner les choses et être proche de qui vous êtes aujourd'hui. Alors voilà pour cet épisode de Restory. Si quelque chose que vous venez d'entendre vous a parlé, eh bien, racontez-moi, dites-moi ce que ça vous évoque. Quels goûts ont changé chez vous depuis la séparation ? Qu'est-ce qui est revenu ? Qu'est-ce qui est parti ? Vos retours me permettent aussi de nourrir la suite, d'avoir d'autres idées, d'autres podcasts. Si un proche traverse cette phase étrange un peu, qui peut paraître étrange un peu en ce moment, n'hésitez pas à lui partager cet épisode. Beaucoup pensent qu'ils deviennent quelqu'un d'autre. Ce n'est pas le cas. Ces personnes redeviennent et c'est très différent. Pour ne pas rater les prochains épisodes, n'oubliez pas de vous abonner sur Spotify, Apple Podcasts ou la chaîne YouTube de Rostory. Le prochain... Rostori, c'est la semaine prochaine, on y parlera d'un sujet qui touche à un autre niveau, pourquoi votre corps a changé depuis la séparation et ce que ça veut dire vraiment. D'ici là, prenez soin de vous, avec Rostori, réécrivez votre histoire.