Speaker #0Voilà dans une situation où vous n'auriez jamais pensé être. Alors pas dramatique, juste nouvelle. Vous regardez autour de vous et cette pensée passe par votre tête. Jamais je n'aurais osé avant. Si ça vous parle, restez avec moi. Aujourd'hui, on va parler d'un phénomène qui apparaît dans la deuxième partie d'une séparation. Pas le début, parce que le début c'est l'assidération, la fatigue, le tri. Je sais qu'il y a des personnes qui m'écoutent qui sont dans ces phases là et je vous dis ce tout reviendra. Ce qu'on va vous dire aujourd'hui n'est pas pour tout de suite, gardez-le précieusement, ça va arriver bientôt. Le phénomène dont on parle aujourd'hui c'est celui-ci. Au bout d'un certain temps, vous commencez à faire des choses que vous n'auriez jamais faites avant. Alors pas des grandes choses forcément, des petites mais qui vous étonnent vous-même. Vous acceptez un voyage avec une amie pour lequel vous auriez trouvé dix raisons de dire non il y a quelque temps. Vous changez de coupe de cheveux, vraiment. Vous vous inscrivez à un cours dont l'idée vous aurait fait peur il y a deux ans. Vous parlez plus fort dans une réunion. Vous tendez la main à quelqu'un dans la rue. Vous écrivez un message que vous reteniez depuis des mois. Et à chaque fois, il y a ce moment d'arrêt, cette pensée bizarre, presque. Jamais je n'aurais fait ça avant. Alors aujourd'hui, on va comprendre ce qui se passe, pourquoi notre cerveau qui verrouillait pendant des années laisse soudain passer des choses, pourquoi ça fait à la fois du bien et un peu peur, et comment ne pas confondre cette ouverture avec une nouvelle forme de fuite. Avant ça, je vais vous lire le témoignage d'Hélène, je vais me permettre de reprendre ses propres mots. A mardi matin, je passe devant une boutique près de mon bureau, une école de céramique. Court du soir, je m'arrête, je rentre. 20 minutes plus tard, je ressors avec un calendrier de cours et un accompte payé. Je suis arrivée au bureau, je me suis assise, j'ai pensé qu'est-ce qui va se passer. Je n'ai jamais fait de poterie de ma vie et surtout je ne décide jamais comme ça. Moi je réfléchis, je compare, je demande l'avis. Et là, sur le trottoir, sans personne à appeler, j'avais juste décidé, seule. Et le pire, c'est que je ne regrettais rien. J'étais même très calme, comme si une partie de moi savait depuis très longtemps que je voulais faire ça et qu'elle attendait juste que je sois disponible pour l'écouter, cette partie de moi. Quand je suis rentrée chez moi le soir, je me suis dit, ce n'est pas la poterie, c'est de mettre, laisser, dire oui, sans demander à personne. Et ça, ça faisait peut-être 15 ans que ça ne m'était pas arrivé. Alors cette phrase d'Hélène, ça faisait peut-être 15 ans que ça ne m'était pas arrivé, c'est exactement de ça dont on va parler aujourd'hui. Parce qu'il y a une question qui se cache derrière ça. Si ça ne lui était pas arrivé depuis 15 ans, où est-ce que c'était passé pendant tout ce temps ? Pourquoi ça revient maintenant sans qu'elle ait finalement vraiment cherché à le faire ? Pour comprendre ce qui se passe maintenant, il faut comprendre ce qui se passait avant, pendant toutes ces années où vous n'osiez pas. Le cerveau a une fonction très précise quand il est en couple et plus largement quand il est dans un système de relations stables, il économise l'énergie. Et il économise l'énergie en réduisant le nombre de décisions à prendre. Concrètement, ça veut dire que pendant des années, beaucoup de vos choix se sont faits dans une zone de compromis, alors pas forcément des grands renoncements, des petits ajustements. Vous évitiez le restaurant qui ne plaisait pas à l'autre, vous repoussiez le voyage qui ne tentait pas l'autre. vous parliez moins fort de tels sujets qui créent des tensions, vous adaptiez votre rythme, vos sorties, vos vêtements parfois, et tout ça, vous ne le faisiez pas en serrant les dents, vous le faisiez automatiquement. Votre cerveau avait construit ce qu'on appelle des heuristiques, des raccourcis, des 6X à leur nom par habitude, sans même que vous remarquiez vraiment qu'il y avait une décision qui était prise à ce moment-là. C'est pour ça qu'il est... juste de se dire après coup pendant 15 ans je me suis effacé la plupart du temps on ne s'est pas effacé on a juste fonctionné dans un système et ce système il avait des règles implicites qu'on respectait sans vraiment les voir le cerveau économiser il ne posait plus la question il décidait à votre place pour aller plus vite pour éviter les frictions pour préserver la relation et puis la relation s'arrête et il se passe quelque chose de très précis biologiquement qu'on ne voit pas tout de suite, ces raccourcis ne tiennent plus. Imaginez Votre cerveau comme une maison où, depuis 15 ans, certaines portes étaient fermées, alors pas verrouillées violemment, juste fermées par habitude. Tout le monde savait qu'on ne passait pas par là. Quand la séparation arrive, beaucoup d'entre vous me décrivent les premiers mois comme un grand vide. Tout est ralenti, tout est éteint. C'est la phase de tri dont j'ai souvent parlé, parce que ce qu'on voit moins, c'est ce qui se passe vers le 8e, 10e, 14e mois parfois, une à une. Les portes commencent à s'ouvrir, alors pas forcément à votre initiative d'ailleurs, elles s'ouvrent parfois toutes seules. Et ce qui passe par ces portes, c'est ce qui était caché derrière. Des envies, des idées, des goûts, des amitiés, des fragments de ce qui vous attendait depuis longtemps. Hélène, devant son école de céramique, c'était pas une lubie, elle a entendu pour la première fois en 15 ans une porte s'ouvrir en elle. Une envie qui était là peut-être bien avant la relation. Et cette envie n'a jamais eu vraiment de place jusqu'à présent. Alors pourquoi est-ce que ça arrive vers ce moment-là et pas avant ? Pour une raison très simple, le cerveau a fini son tri. Il a rangé l'ancienne configuration, il sait à peu près qui est encore là, ce qui appartient à qui, et il commence à explorer ce qui pourrait remplir l'espace. Et dans cette exploration, il ne va pas chercher... au hasard, il va d'abord rouvrir ce qu'il a refermé, peut-être, pendant des années précédemment. C'est plus économique, pareil pour lui, et c'est déjà connu quelque part. Et ça demande moins d'énergie, finalement, que d'inventer du neuf. Donc ces audaces qui vous surprennent, elles ne sont pas nouvelles, elles sont anciennes. Elles ont juste passé 15 ans dans un placard. Maintenant, il faut parler de l'autre phase, parce que les personnes que j'accompagne dans cette phase me disent à peu près la même chose à un moment ou à un autre. Ça me plaît, mais ça me fait peur. Cette peur, elle a trois sources et chacune mérite qu'on s'y arrête. La première, c'est la peur de devenir quelqu'un d'autre. Vous avez vécu 15 ans, 20 ans, plus parfois, avec une certaine image de vous-même. Moi, je suis quelqu'un qui demande la vie. Moi, je suis quelqu'un qui ne s'inscrit pas à des cours du soir sur un coup de tête. Moi, je ne suis pas quelqu'un qui change comme ça. Et soudain, vous faites tout l'inverse, et ça peut être désorientant. Deuxième source, la peur du jugement des autres, le fameux jugement des autres. Vos proches qui vous ont connus d'une certaine manière, quand vous commencez à faire des choses nouvelles, certains s'inquiètent. Est-ce que tu es sûr ? C'est peut-être un peu rapide ? Est-ce que tu n'es pas en train de faire n'importe quoi ? Cette inquiétude des autres se loge en vous comme un doute. reste quelque part dans un coin de votre tête. Troisième source, la peur que ce ne soit pas vrai, que ce ne soit pas authentique, que ce soit juste une réaction suite à la séparation et qu'on découvre dans six mois que c'était un feu de paille et que vous aurez peut-être la sensation d'avoir les ridicules à ce moment-là. Ces trois peurs sont normales, mais elles ont un effet pervers qui est... qu'elles peuvent vous faire reculer juste au moment où quelque chose d'important est en train de se passer. Le travail, ce n'est pas d'avoir peur, c'est de ne pas refermer la porte que votre cerveau vient juste d'ouvrir. Voilà ce que je propose aux personnes que j'accompagne pendant cette phase. Trois règles très simples pour distinguer ce qui est vraiment vous qui se déploie de ce qui serait une forme de fuite ou de fuite en avant même. Première règle, le test du calme. Quand une envie apparaît, observez votre état intérieur en la suivant. Si elle vient avec du calme, comme Hélène sur le trottoir devant la boutique, c'est généralement bon signe. Le calme, ça veut dire que vous reconnaissez quelque chose, que vous ne fuyez pas, que vous accueillez. Si cette décision vient avec de l'agitation, d'urgence, le besoin d'en parler à dix personnes pour valider, ou la nécessité de tout faire dans la semaine, et bien là, méfiance, vous êtes probablement en train de remplir un vide, plus que d'écouter vraiment une voix intérieure. Le bon élan a un rythme de quelqu'un qui rentre chez lui, pas de quelqu'un qui s'enfuit en courant. Deuxième règle, le test du petit pas. Si l'envie résiste à un petit pas, c'est qu'elle est solide. Hélène, elle ne s'est pas inscrite à un master de céramique niveau 12. Elle a payé un incompte pour quelques cours. Alors oui, c'est un engagement réel, mais petit et pas très engageant finalement. Donc quand vous sentez monter quelque chose, demandez-vous quel est le... Le petit premier pas concret que je peux faire dans cette direction, faites-le et regardez ce qui se passe ensuite. Si l'envie reste vivante après ce petit pas, c'est qu'elle est réelle. Si elle s'éteint, c'est que finalement c'était plutôt une projection. On l'oubliera, on passera à autre chose et ce n'est pas très grave. Troisième règle, le test de la solitude. Vous ne pouviez en parler à personne, ni publier dessus, ni le raconter à votre meilleur ami, ni en faire un nouveau statut sur je ne sais quel réseau social. Est-ce que vous auriez quand même envie de le faire ? Si la réponse est oui, alors foncez, parce que c'est à vous, c'est vous. Si la réponse est non, attendez, il y a peut-être un peu de mise en scène. La mise en scène n'a jamais nourri personne sur la durée. Ce côté, je veux donner l'image de quelqu'un qui avance, pour qui tout va bien. Ce n'est pas forcément quelque chose de très constructif à terme. Donc posez-vous la question, mettez ça en pause et peut-être réfléchissez un peu. Avant de finir, je veux vous proposer une distinction qui aide beaucoup de personnes que j'accompagne. C'est la différence entre changer et se rencontrer. Quand on traverse une séparation, on entend beaucoup de discours du type « tu vas changer, tu vas être une nouvelle personne » . une nouvelle version de toi, tu vas te réinventer. Alors ces discours partent d'une bonne intention, mais ils peuvent faire mal parce qu'ils sous-entendent ce que vous étiez avant ne valait pas grand-chose et qu'il faudrait tout jeter pour reconstruire. La réalité est moins spectaculaire et beaucoup plus juste. Vous ne changez pas, vous êtes en train de vous rencontrer, ou plutôt vous rencontrez enfin la personne complète, celle dont une... partie était peut-être en veille depuis quelques temps, depuis longtemps parfois. Hélène, elle n'est pas devenue quelqu'un d'autre en s'inscrivant à la cour de céramique, elle a juste laissé revenir une partie d'elle qui s'était assise dans un coin de la maison, sans bruit, pour ne pas déranger. Elle existait déjà, elle existait peut-être même avant le couple, elle attendait juste son tour. C'est important de tenir cette distinction parce que si vous vous dites « je change » , Vous allez perdre du temps à vouloir aller vite, à vouloir tout transformer, à vouloir devenir quelqu'un d'autre. Alors que si vous vous dites « je me rends compte » , vous allez au rythme juste. Vous allez écouter, vous allez accueillir une chose après l'autre, ce qui vient avec patience. Et c'est dans cet ordre-là, et seulement dans cet ordre-là, que les vraies transformations s'installent. Pas par volonté féroce, plutôt par... retrouvailles. Si vous deviez retenir une seule chose de cet épisode, ce serait peut-être celle-ci. Ce que vous découvrez de neuf en ce moment n'est pas tellement neuf. C'est vous qui revenez à la surface, une partie de vous qui n'avait plus sa place, qui maintenant peut respirer. Ce n'est pas un caprice, ce n'est pas une lubie, ce n'est pas un effet de la séparation à dépasser. C'est... Un retour et un retour, ça mérite qu'on le respecte, qu'on l'écoute, qu'on lui fasse une place dans la vie qu'on est en train de construire, de reconstruire. Et un jour, dans quelques mois, vous regarderez en arrière et vous vous direz, ce moment où je me suis arrêtée devant cette boutique, ce moment où j'ai pris ce billet, ce moment où j'ai dit oui sans demander à personne, et bien c'est là que ma nouvelle vie a vraiment commencé. Pas dans la décision de me séparer, dans la décision beaucoup plus discrète. mais beaucoup plus centré et efficace de me laisser rentrer. Vous n'êtes pas en train de devenir quelqu'un d'autre, vous êtes en train de redevenir le quelqu'un qui vous attendait. Voilà pour cet épisode de Restory Coffee, la version Longo. 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