Isabelle RESTORYVotre enfant rentre, il vous raconte le week-end, vous écoutez en souriant et à l'intérieur, ça brûle. Si ça vous parle, restez avec moi. Aujourd'hui, on va parler d'un sujet qui revient souvent dans les séances et qu'on évoque presque jamais à voix haute parce que souvent on a honte. Parce qu'on se dit que ce n'est pas digne, parce qu'on est censé être au-dessus de ça. Et malgré tout, le sujet qui est présent, il est bien présent dans nos vies au quotidien depuis la séparation. Ce sujet, ce sont ces moments où votre enfant rentre de chez l'autre parent et vous parle. Il vous raconte avec enthousiasme parfois, sans malice, bien souvent. Il vous parle des crêpes que papa a faites, du film qu'il a regardé chez maman. du parc, du chat de la voisine et parfois, oui, la nouvelle personne qui est là dans la vie de l'un ou l'autre. Et à l'intérieur de vous, il y a quelque chose qui ne va pas avec le sourire que vous affichez. Une chose qui se contracte, une chose qui voudrait pour cinq secondes ne plus entendre ça, pas par machineté mais par survie. Et alors juste après, il y a la culpabilité. C'est mon enfant, je devrais être contente que ça se passe bien. Qu'est-ce que je suis en train de ressentir là, alors que je vois que mon enfant est heureux ? Eh bien aujourd'hui, on va essayer de comprendre ce qui se passe vraiment. Pourquoi notre cerveau réagit comme ça, indépendamment de notre volonté ? Pourquoi l'enfant n'est pas en train de vous tester, non non ? Et on va se donner quatre petites règles concrètes pour traverser ces conversations, sans vous abîmer et surtout... sans laisser une trace sur votre enfant. Avant ça, je voulais partir du témoignage de Léa, qui m'a partagé ça et merci vraiment à elle. Léa, en fait, elle a 42 ans, deux enfants qui ont 7 et 10 ans, et elle est séparée depuis un peu plus d'un an. Et elle me dit, ma fille est rentrée un dimanche soir, elle a posé son sac, et avant même d'enlever ses chaussures, elle m'a dit... « Maman, tu sais, papa nous a emmenés au zoo et il y avait Marion. » Et Marion, elle était avec nous. Elle est très, très drôle, Marion. Elle est super rigolote. Elle me dit « J'ai souri et ça, c'est super. » J'ai demandé quels animaux ils avaient vus. Et pendant qu'elle racontait, dedans, j'avais une voix qui répétait « Marion, Marion, Marie-Pierre. » Comme une chanson coincée en boucle qui ne s'arrête pas. Et le pire, c'est qu'après, ma fille m'a regardée et m'a dit « Ça va, maman ? T'as l'air bizarre. » Et là, j'ai compris qu'elle avait vu mon sourire vaciller, une seconde, une demi-seconde peut-être, peut-être plus, mais elle l'avait vu. Je suis allée dans la salle de bain, j'ai pleuré quelques instants seule. Je me suis lavé, j'ai pris une douche et puis je suis revenue. J'ai été nette pour la fin de la soirée, mais le lendemain matin, j'ai appelé mon amie Isabelle. Je lui ai dit, écoute, je ne peux pas continuer comme ça, je ne peux pas faire semblant à ce point-là. Et c'est là que j'ai souhaité commencer à être accompagnée. Cette phrase de Léa, je ne peux pas faire semblant à ce point-là. C'est là qu'on va commencer. Parce qu'il y a une vraie question là-dedans. Faut-il faire semblant ? Faut-il être transparent ? Transparente ? Y a-t-il une voie entre les deux ? Et oui, il y en a une, mais qui n'est peut-être pas celle que l'on croit. D'abord, on va essayer de comprendre ce qui se déclenche dans votre cerveau. Pourquoi, effectivement, ça ne passe pas ? Pour comprendre ce qui se passe, il faut savoir une chose, c'est votre enfant, quand il vous parle de l'autre parent, il n'active pas seulement votre tête, il active votre corps. Plus précisément, il active la zone de l'attachement. Et cette zone est la même que celle qui s'active quand on vous parle d'une personne perdue. Quand vous voyez une photo, quand vous... tomber sur un objet qui appartenait à l'autre, ce sont les mêmes circuits qui se mettent en place. Et ces circuits, ils ne savent pas faire la différence entre perdre par décès et perdre par éloignement, par séparation. Pour eux, c'est exactement pareil. Quelqu'un avec qui vous étiez en lien profond n'est plus là, le corps réagit en fait comme un manque, comme une absence. quand votre enfant prononce le prénom de l'autre ou raconte un moment de la vie de l'autre, sans aucune malice, il va rallumer ses circuits. Tous en quelques secondes. Votre cœur s'accélère, votre estomac se resserre, votre respiration se modifie. Vous ne le sentez pas toujours consciemment, mais vraiment c'est mesurable. Votre corps, votre physiologie... réagit totalement. Et c'est très important de comprendre ceci. En fait, votre réaction n'est pas pilotée par votre volonté. Vous pouvez décider intellectuellement que tout va bien. Eh bien, votre corps, lui, il n'a pas eu le mémo. Il fait son travail, il signale une absence et il le fera tant que l'absence ne sera pas complètement intégrée. Alors, ce n'est pas de la jalousie non plus, ce n'est pas de la mesquinerie, ce n'est pas un défaut de caractère, de force, de tempérament. c'est une mécanique neurologique qui est en place. Et elle dure aussi longtemps que dure le travail de réorganisation intérieure. Alors souvent c'est assez long, ça peut durer de 18 mois à 3 ans parfois. Et la première chose à retenir, c'est que la sensation désagréable, c'est pas le problème, ce qui compte, c'est ce que vous allez en faire devant votre enfant, devant vos enfants. Alors pourquoi est-ce que vous ressentez ces conversations ? aussi de manière aussi violente, en fait. On peut utiliser ce mot-là. Et bien maintenant, parce qu'il y a un deuxième niveau qui rend ces conversations particulièrement difficiles, et celui-là, il est plus psychologique, quand vous vous êtes séparés, vous avez probablement fait un travail mental, même s'il est inconscient, pour ranger l'autre, pour lui donner une place dans votre histoire qui ne soit plus la place quotidienne. Vous avez peut-être enlevé des photos, vous avez peut-être déplacé des objets, vous avez en tout cas réorganisé certaines choses. Votre intérieur, votre rythme, vos repères, pour vivre justement sans cette présence. Et donc quand votre enfant vous parle de l'autre, il défait ce rangement. Et pendant la durée de la conversation, l'autre est à nouveau présent dans la pièce, alors évidemment pas physiquement, mais réellement par évocation. Et bien, vous devez refaire ce fameux rangement après son départ. Et c'est ce qui est fatigant, c'est ce qui est plus fatigant, parce qu'effectivement, plutôt que de penser à l'autre tout seul dans votre tête, à un moment que vous avez choisi, et bien là, votre enfant va amener le sujet, évidemment sans prévenir, souvent à des moments où vous étiez peut-être bien, vous n'aviez pas forcément envie d'y penser, et voilà, vous étiez en train de faire un gâteau, en train de manger quelque chose, et soudain, voilà, votre enfant arrive dans la cuisine. et raconte son histoire avec enthousiasme, avec envie, et tant mieux. Il y a aussi un troisième niveau qui se joue, c'est quand votre enfant vous parle de ces bons moments passés chez votre parent, et bien il vous force à reconnaître que malgré vous, finalement que la vie continue chez l'autre, et que cette vie est belle parfois, que d'autres personnes y sont aussi peut-être, et que l'enfant y trouve sa place, y trouve une nouvelle place. Et ça touche à quelque chose de très profond, le sentiment de remplaçabilité. La peur, alors jamais formulée telle qu'elle, mais d'être effaçable, de compter moins, de ne pas être unique au point d'être irremplaçable. Ces pensées, vous ne les pensez pas vraiment quand elles vous traversent. Vous les ressentez seulement comme une sorte de vague de malaise, mais elles sont là, dessous, et c'est elles qui font... de la conversation avec votre enfant, un moment difficile, ils font que ça pèse bien plus que cela pèse en mots. On va quand même surtout essayer de comprendre ce que votre enfant cherche vraiment à vous passer comme message quand il vous raconte ça. Et avant de passer à un protocole pour vous aider, on va vraiment se centrer sur votre ou vos enfants. Beaucoup de personnes que j'accompagne se posent la question. parfois avec inquiétude. Est-ce qu'il le fait exprès ? Est-ce qu'il me teste ? Est-ce qu'il essaye de me faire mal ? Eh bien, honnêtement, presque jamais. L'enfant, souvent, raconte pour trois raisons et ça vaut la peine de les connaître. La première raison, eh bien, il digère. Il a vécu un week-end intense dans un lieu qui n'est pas son lieu principal, avec un parent qui le voit moins. Et tout ce week-end, il l'a en partie mis de côté pour le vivre. Et donc, d'un seul coup, il vous le raconte comme pour le digérer, pour le rendre réel, pour fermer cette parenthèse. Et donc, si vous l'écoutez sans bouger, il digère bien. Si vous vous fermez, il garde tout à l'intérieur et la semaine sera plus compliquée pour lui. Deuxième raison, il vérifie que ces deux vies maintiennent ensemble, qu'il y a une cohérence. L'enfant d'un couple séparé, il vit dans deux mondes et son cerveau, plus encore que le vôtre, a besoin de relier les deux. Tant que vous montrez que vous pouvez entendre sa vie chez l'autre, ces deux mondes communiquent. Si vous vous fermez, si vous vous tendez, ces deux mondes se mettent à se concurrencer. Et là, l'enfant devient anxieux, tout simplement. Donc c'est important à prendre en considération. Troisième raison, il vous regarde. Et celle-là, c'est peut-être la raison la plus importante. Votre enfant ne vous raconte pas seulement le week-end, il vous regarde l'entendre. Il apprend en vous regardant ce qu'on fait d'une peine, comment on l'accueille. Comment on respire à travers sa peine, comment on continue aussi. Si vous tenez bon, avec douceur, il apprend qu'on peut être triste sans casser. Si vous craquez, il apprend qu'il ne faut pas raconter, il apprendra à mentir, à arranger, à filtrer. Pas pour vous mentir à vous, mais pour vous protéger. Et c'est presque pire. Alors on va pouvoir maintenant se poser quatre règles pour traverser ces moments-là, le fameux retour du dimanche soir. Et apprenez-les par cœur, notez-les quelque part, parce que ces moments arrivent sans prévenir et il faut pouvoir y aller sans réfléchir presque, et que ça devienne des mécanismes pour vous, que ce soit vraiment des automatismes qui se mettent en place. Et ainsi, vous pourrez encore mieux vraiment digérer les choses, prendre du recul. Première règle, trois secondes avant de répondre. Quand l'enfant parle de l'autre parent, vous prenez trois secondes avant de répondre. Trois secondes seulement, vous respirez, vous laissez la vague passer, et pendant ces trois secondes, vous ne dites rien, vous regardez votre enfant. Trois secondes, c'est assez pour que le pic émotionnel s'atténue, et ce n'est pas assez pour que l'enfant remarque ce silence ou s'en inquiète, et ça change tout pour la suite. Donc ce moment de... temporisation. Deuxième règle, un écho neutre, pas des commentaires. Vous pouvez répondre un peu comme un écho finalement à ce qu'il vous dit. Ah vous êtes allé au zoo, c'était quel film ? Est-ce que tu as aimé ? Là vous renchérissez, vous ne jugez pas, vous reflétez, vous ne sur-réagissez pas dans la joie pour compenser, vous ne baissez pas la voix pour montrer votre malaise. Le ton de l'écho doit être le même que si vous parliez du repas de la cantine. Troisième règle, pas de questions sur l'autre adulte. Alors c'est tentant, c'est un piège fréquent. Quand l'enfant mentionne une nouvelle personne, vous avez très envie de poser des questions. Quel âge et comment ? Est-ce qu'elle dort là ? Etc. Tenez bon, ne demandez rien. Pourquoi ? Parce que vous ne devez pas transformer votre enfant en informateur. Pas même une fois. Pas même... par curiosité innocente. Il sentira immédiatement qu'il est utile et qu'il commencera certainement ensuite à filtrer les informations qu'il vous donnera. Vous le mettez dans une position désagréable, voire impossible. Et donc, si vous voulez savoir des choses sur cette nouvelle personne, demandez directement à l'autre parent. Si ça peut concerner justement vos enfants, peut-être que c'est important, mais surtout pas à vous ou à votre enfant. Quatrième règle, la pièce d'après. Quand l'enfant a fini de raconter, vous trouvez un prétexte calme pour passer dans une autre pièce. Alors allez chercher de l'eau, du linge, vérifiez quelque chose. Et là, vous respirez, vous laissez la vague redescendre. Vous revenez pour la suite de la soirée. Vous ne pleurez pas devant votre enfant, vous ne faites pas semblant non plus. Vous vous éloignez juste un moment, assez pour... gérer le contre-coup, assez pour gérer peut-être l'émotion, et vous revenez. Alors Léa, elle a appliqué ce protocole et après deux mois, elle m'a dit « Ma fille m'a raconté l'autre jour qu'il y avait eu une grande dispute chez son père et que ça l'avait inquiétée. » Et pour la première fois, elle m'en parlait vraiment parce qu'elle savait que j'allais l'entendre et pas l'utiliser. Et donc c'est exactement à ça qu'on travaille, de se dire effectivement, trouver l'équilibre. aussi dans cette nouvelle vie. Alors il y a aussi des choses qu'il ne va absolument pas falloir faire parce que ça risque effectivement d'envenimer les choses et en plus d'avoir encore plus un effet sur vos émotions. Ces trois choses peuvent laisser des traces durables chez votre ou vos enfants et bien plus durables que la séparation elle-même. La première chose à ne pas faire c'est avoir l'air triste systématiquement. Si chaque fois que l'enfant parle de l'autre, votre visage s'éteint, il va finir par arrêter de raconter. Il va comprendre sans qu'on lui dise qu'il faut choisir entre ses deux parents. Honnêtement, vous vous doutez bien que c'est insoutenable pour un enfant. La deuxième chose à ne pas faire, c'est commenter négativement. Donc pas de petites remarques, pas de soupirs, pas de phrases en l'air du type « ah oui, comme d'habitude » . Rien. Même quand l'autre fait des choses qui vous semblent discutables, eh bien, pas de réaction, réaction neutre surtout. Si quelque chose vous inquiète, encore une fois, réglez les choses avec l'autre parent. Directement réagissez en adulte et pas... par votre enfant en interposé. Troisième chose à ne pas faire, poser des questions sous prétexte d'intérêt de l'enfant. Et qu'est-ce que tu as mangé chez papa ? Quand on dit ça 50 fois, ça devient une enquête et l'enfant le sent. Liquez-vous aux questions que vous poseriez à n'importe quel enfant qui rentre d'un week-end chez ses grands-parents par exemple. Donc pas de questions intrusives ou répétitives. Vous allez là aussi ancrer des choses qui ne sont pas positives. Une dernière chose, si un jour vous craquez, et ça arrivera, vous êtes humain, humaine et heureusement, et bien simplement vous vous excusez. Dire, écoute, excuse-moi, tout à l'heure j'ai peut-être été bizarre, c'était pas à cause de toi, c'est dans ma tête, je suis un petit peu sensible aujourd'hui. Et puis voilà, vous vous excusez, vous changez de sujet. Finalement, ça apprend aussi à votre enfant que les adultes, parfois, ils ratent des choses aussi, parfois, mais qu'ils le reconnaissent. ça lui apprend qu'il a le droit de rater aussi. Vous en faites finalement une leçon de vie plutôt qu'une scène à oublier. Et ça, ce sera là aussi un apport positif pour votre enfant. Alors, si vous ne deviez retenir qu'une seule chose de cet épisode, ce serait peut-être celle-ci. Votre enfant n'est pas le messager de l'autre parent. Il n'est pas votre informateur, il n'est pas votre adversaire. Il est en train d'apprendre en vous regardant. Comment on fait avec une peine, avec sa tristesse ? Et chaque fois que vous l'écoutez raconter, en tenant bon, sans casser, sans l'utiliser, vous lui apprenez quelque chose qu'il portera toute sa vie. Vous lui apprenez que les peines passent, que les adultes les portent, et que personne ne devient invisible parce qu'on parle de quelqu'un d'autre. Un jour, dans plusieurs années, votre enfant aura son tour à traverser une peine. Et il aura dans sa mémoire l'image de quelqu'un, et cette personne ce sera vous, qui a tenu doucement des conversations qui pesaient. Et il saura qu'on peut le faire parce qu'il vous aura vu le faire. Vous serez cet exemple. Et c'est probablement le plus beau cadeau qu'on puisse faire à un enfant. Et il commence aujourd'hui. Alors, emportez peut-être cette phrase avec vous. Votre enfant ne vous demande pas d'être joyeux. Il vous demande seulement de ne pas partir quand il part. Voilà pour cet épisode de History Coffee. Si ce que vous venez d'entendre vous a parlé, faites-le-moi savoir en commentaire, ici, en message sur Instagram, en réponse à la newsletter, je lis tout. Et si vous pensez à quelqu'un qui en a besoin en ce moment, partagez-lui l'épisode. Souvent, c'est une petite attention qui fait que quelqu'un commence à aller mieux, à un premier déclic. Et pour ne pas rater les prochains épisodes, abonnez-vous sur Spotify, Apple Podcasts ou sur la chaîne YouTube peut-être 10 heures aussi. Le prochain épisode Restory Coffee sort dans une semaine. On y parlera d'un sujet que beaucoup d'entre vous m'écrivent en ce moment. Comment savoir vraiment qu'on est prêt à aimer à nouveau. Et oui, peut-être reste le temps. D'ici là, prenez soin de vous et n'oubliez pas, avec Restory, Réécrivez votre histoire.