Speaker #0Et si les églises n'étaient pas tout à fait pleines avant le concile, elles sont quasiment vides après le concile. On va enlever les anciens hôtels, enlever les statues des saints, enlever les tableaux. Ça ressemble comme si on rejouait l'épisode de la terreur sous la Révolution française, sauf que là, ce n'est plus les sans-culottes, les républicains qui sont en train de vider, de piller les églises, ce sont les prêtres eux-mêmes. Bienvenue sur le Retour au Réel, le podcast de ceux qui ne veulent pas seulement critiquer, mais aussi créer. Aujourd'hui, deuxième épisode sur les grandes ruptures qui ont marqué l'Église au XXe siècle. Comment en sommes-nous arrivés là ? Aujourd'hui, nous allons parler de la période du Concile Vatican II en partant de 1958 pour aller jusque dans les années 1970. Petit rappel déjà, je ne suis pas moi-même historien, je me suis appuyé sur des lectures, ça va être des considérations un peu de vulgarisation pour comprendre toutes les ruptures, toutes les grandes périodes historiques, mais je vous renverrai à des livres qui seront évoqués dans la description de cet épisode. Alors pour commencer un petit peu notre période, mais avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais vous demander surtout de mettre... des commentaires sur cet épisode, d'aimer l'épisode, de le partager en vue de faire rayonner le plus possible ce podcast. Mais avant de commencer cet épisode, je vous invite à aimer, à partager, à écrire des commentaires et n'hésitez pas aussi à m'écrire pour me dire ce que vous en avez pensé et comment est-ce qu'on peut améliorer au fur et à mesure ces épisodes. Nous allons parler d'abord d'une première partie qui sera donc la France de 1958, ce qui est très important pour... faire un état des lieux, c'est de comprendre que, certes, en 1958, la France n'est pas profondément catholique, pratiquante, on va éviter d'idéaliser cette période comme quelque chose d'idyllique, mais néanmoins, le catholicisme est un phénomène dominant, un phénomène marquant. La quasi-totalité des Français, à 90%, se disent catholiques en 1960, et si on lit les chiffres du Charlemagne-Boulard, on voit que 94% de la génération est baptisée dans les 3 mois, Plus 80% des enfants font leur première communion vers 12 ans, 60% des français versent au denier du culte, s'abstiennent de manger de la viande le vendredi, 30% font leur Pâques, c'est-à-dire quand ils vont se confesser et communier dans les semaines qui suivent la fête de Pâques, 25% des français vont à la messe tous les dimanches et il n'y a que 3% des français d'ascendance catholique qui sont totalement sortis de l'église, c'est-à-dire qu'ils ne fréquentent plus du tout l'église, ni pour le baptême, ni pour le mariage, ni pour aller à la messe. Donc, on a une France qui est quand même encore imprégnée de catholicisme. Si cette répartition semble effectivement très importante à l'échelle du pays, il ne faut pas oublier qu'il y a une répartition géographique qui, elle, est très hétérogène. En 1950, vous avez dans certains villages du Nord-Vendée quasiment 100% du village qui va à la messe et dans Limousin quasiment 0% là-dessus. C'est Guillaume Cuchet qui nous renvoie aux travaux du chanoine Boulard, qui était professeur à l'Institut catholique de Paris dans les années 60. Néanmoins, ce qu'il faut comprendre, c'est que le catholicisme agit en quelque sorte comme une matrice culturelle, sociale, anthropologique très forte. Et même si on est sorti de l'Église, même si on se positionne comme athée, on est toujours finalement en opposition à quelque chose, à savoir l'Église. Donc l'Église, finalement, constitue un peu un pivot. dans cette société, à cette époque-là, chose qui est particulièrement plus d'actualité aujourd'hui, puisqu'il y a une certaine forme d'indifférence religieuse. L'Église aujourd'hui est presque quelque chose, une culture qui est étrangère à la plupart de nos contemporains qui ont grandissant. Il faut aussi comprendre le catholicisme à cette époque-là comme un phénomène, on pourrait dire presque, de conformisme social. C'est-à-dire que c'est dans les mœurs, on est baptisé non pas parce que forcément on a la foi en tant que telle, même si on attend évidemment... de la religion un salut, on attend de la religion un secours, mais on pratique aussi la religion pour faire comme tout le monde. Donc il y a une forme de mimétisme. C'est là que c'est intéressant pour comprendre la chute, c'est que à partir du moment où les mœurs vont changer, eh bien l'Église va dégringoler avec les mœurs, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose finalement de l'ordre d'un étole social et culturel catholique qui, lorsqu'il va être remplacé par ce que nous allons voir juste après, eh bien l'Église va perdre le contrôle, va perdre sa capacité finalement à avoir une influence. Son discours va avoir du mal à conquérir, à gagner les cœurs. Alors, comment comprendre ce monde qui bascule ? Déjà, il faut voir qu'avant même le Concile Vatican II, il y a la révolution industrielle. On avait parlé dans l'épisode précédent, la révolution industrielle, c'est sans doute la plus grands révolutions que l'humanité est connu depuis le néolithique. Le paysan français dans les années 1950 ressemble au paysan grec ou antique. On a vécu longtemps à l'écart de l'électricité, on n'a pas de tracteur, on n'a pas de machine. Et ce sont les saisons qui dominent la vie de la plupart des Français. On a une France qui est majoritairement rurale. Et l'Église a totalement épousé dans sa liturgie le cycle des saisons. Si vous regardez à l'automne, J'enregistre cet épisode au mois d'octobre, on a dans quelques semaines la fête de la Toussaint, la fête des morts. C'est le moment finalement où la nature va commencer petit à petit à mourir en apparence. Les feuilles se fanent, les arbres sont dépourvus de feuilles. Donc on a cette image finalement d'un paysage un peu meurtri. On va rentrer dans l'hiver avec la nuit la plus longue de l'hiver et c'est le moment finalement où on est dans les ténèbres et la lumière vient dans les télèbres, c'est le Christ. au moment de Noël. Et puis, si vous regardez, Pâques, ça tombe toujours au printemps, au moment où les bourgeons renaissent, au moment où la vie, justement, ressuscite après cette longue mort de l'hiver. Donc, il y a un lien très fort, à la fois dans l'imaginaire, dans la symbolique, dans la culture, et dans la culture paysanne, notamment, qui est, encore une fois, la culture majoritaire de la France, avant les années 1950, qui fait que tout ça constitue une osmose. C'est-à-dire que, On est dans un bain culturel, spirituel, symbolique, moral, qui constitue une unité de vie, un cadre, qui n'a pas vraiment tant de raison de ça que d'être remis en cause. Même si évidemment, on sait que depuis la Révolution française, il y a quand même déjà une rupture qui s'est amorcée. Mais elle ne s'est pas encore traduite de manière massive dans la population, dans la société, dans les mœurs, etc. Ce qui est important de comprendre, c'est justement toute cette révolution agricole qui arrive. avec le tracteur La main d'œuvre paysanne n'est plus nécessaire, donc les paysans vont petit à petit diminuer en nombre. Tous ceux qui sont plus paysans vont devenir ouvriers, ils vont habiter dans des villes ou dans des banlieues. Donc leur univers, leurs repères symboliques, culturels vont être totalement chamboulés. Vous aviez l'habitude dans votre village de Bretagne d'aller à la messe, c'était, on pourrait dire, l'église était au centre du village, comme dit l'expression. Et vous retrouvez Guillaume Parnasse à Paris, ouvrier au milieu des ouvriers. Finalement, vous ne savez pas où est l'église. et puis à un moment donné, petit à petit, on va perdre cette habitude. Et puis surtout, ça c'est ce que montre très bien Patrick Buisson dans son livre La fin d'un monde, c'est que la science, le progrès technique, et qui va s'incarner dans l'agriculture par la mécanisation, mais aussi par la chimie, donc avec les engrais, les pesticides, etc., font qu'on ne va plus demander à Dieu son secours pour bénir les moissons, ce qu'on célébrait notamment dans les bénictions des champs, les rogations, c'est une fête qui a complètement disparu aujourd'hui, fin qui... tentent parfois d'être ressuscités dans certains lieux et c'est très bien, je vous encourage à essayer d'aller voir votre curé pour qu'il bénisse les champs pour l'érogation mais c'est quelque chose qui s'est totalement perdu et parce que justement, en fait, on n'attend plus le secours du seigneur, on attend le secours de la chimie de la science pour faire en sorte que l'agriculture soit féconde et c'est évidemment ce qui va se passer puisque les rendements avec cette révolution agricole qu'on appelle aussi la révolution verte vont être massivement augmentés en baissant énormément la main d'oeuvre donc tout ça constitue déjà l'arrière-plan culturel, social et économique de ce qui va se passer juste après. Deuxième élément de cette révolution, c'est évidemment mai 68. Mai 68, nous rappelle Patrick Buisson, c'est d'abord une révolte anti-autoritaire qui s'attaque à la figure du père de famille. Le pater familias, dans la société française, c'était la figure qui incarnait l'autorité, qui incarnait aussi celui qui allait fixer des limites à l'enfant. et qui allait faire en sorte que l'enfant allait être confronté à un rapport, justement à une altérité qui est structurante. C'est-à-dire que c'est aussi dans cette confrontation à cette altérité qu'on devient soi-même, qu'on acquiert des repères, qu'on intériorise des normes, etc. Et cette révolte va attaquer la figure du père avec tous ses slogans, papa pue, etc. On va moquer le père comme étant cette figure rétrograde par excellence, cette figure qui nous empêche de jouir. Et le fameux slogan « Jouir sans entrave » , il est au cœur de cette révolution de mai 68. C'est l'avènement petit à petit de l'enfant roi et de l'homo economicus, qui est aussi l'homme de la société de consommation. On veut vraiment un modèle d'hédonisme, on veut se faire plaisir. C'est aussi toute la ménagère, nouvelle consommatrice, qui va acheter des robots, qui va être vraiment le pionnier de cette société de consommation. On s'adresse aux femmes pour aller… achetés dans les supermarchés qui commencent à ouvrir à cette époque-là. Donc c'est vraiment un basculement complet d'époque. La société de consommation devient, enfin la consommation on pourrait dire même, devient la nouvelle religion des Français petit à petit au cours de ces années 50-60. Alors, venons-en maintenant au concile. Pourquoi un concile ? Déjà, il y avait, on va dire, des petites inquiétudes dans l'église de France qui précèdent le concile. En 19... 1943, il y a des aumôniers de la JOC, donc Jeunesse Ouvrière Catholique, qui écrivent un livre qui s'appelle « La France, pays de mission ? » Et dans ce livre, ils considèrent que oui, certes, on a réussi par l'action catholique à faire en sorte que des ouvriers ne décrochent pas totalement. On a mis des prêtres ouvriers pour essayer quand même d'aller dans les ateliers, convertir, etc. tous ces ouvriers qui étaient séduits par le communisme, etc. Mais ça reste une goutte d'eau, ils disent que c'est de la pêche à la ligne. Nous, ce qu'on veut, c'est convertir les masses. Et donc l'Église... Il considère, c'est prêtre de la JOC, n'est pas en capacité à cette époque-là d'aller vraiment évangéliser les masses à proprement parler. Elle n'a pas le bon langage, elle ne sait pas s'y prendre, elle ne fait que de la pêche à la ligne. Ensuite, on a le cardinal Suard en 1947 qui écrit « Essor au déclin de l'Église » et puis Emmanuel Mounier qui écrit « Feu la chrétienté » . C'est cette idée, encore une fois, qu'on vivrait. à cette époque-là, dans les années 50, dans l'illusion d'une église autrefois dominante, parce qu'elle a encore tous les signes de sa puissance et sa domination. Effectivement, dans les années 1950, l'église rayonne, elle a pignon sur rue. Mais eux disent que finalement, tout ça, c'est un artifice, que derrière tout ça, les bases ne sont plus solides, qu'on est en train vraiment de perdre les masses et qu'on est à côté de la plaque, en quelque sorte, en pensant. qu'on a une religion encore massive, encore capable finalement de perdurer de cette manière, on pourrait dire, dominante, et dans cette évidence. On a quand même aussi, dans ces années qui précèdent le Concile, 1950-1960, quelques signaux qui montrent que l'Église vit quand même une période de croissance. Les vocations religieuses, les ordinations sacerdotales n'ont quasiment jamais été aussi importantes. On ordonne à peu près... 1000 prêtres par an en France. C'est énorme. Aujourd'hui, on est de l'ordre de 80 prêtres ordonnés en France et c'est des bonnes années. C'est un peu mitigé. Certains signalent en quelque sorte qu'il va y avoir un décrochage. D'autres voient des chiffres qui sont plutôt positifs. Et c'est dans ce contexte-là que Jean XXIII va être élu pape en 1958 et annoncer le concile un an après. Et ce concile, ce va être un concile très médiatique. On en parle à la télévision, c'est la grande époque aussi où la télévision entre dans les foyers, donc les gens voient au journal télévisé ce concile avec cette ouverture symbolique, massive, c'est encore un concile avec beaucoup de fastes, quand vous regardez les vidéos d'archives, c'est très beau, on a tous les évêques mitrés qui arrivent en grande procession dans Saint-Pierre-de-Rome. Mais dès le début, le but de ce concile c'est de faire un aggiornamento. Alors qu'est-ce que c'est qu'un aggiornamento ? Là il y a plein de débats, etc. mais on pourrait dire, si on traduit littéralement, une mise à jour. Une mise à jour de quoi ? Une mise à jour du discours de l'Église. C'est en fait l'Église qui n'est plus capable de parler aux foules, n'est plus capable de parler à l'homme moderne, l'homme des années 60. Et donc il va falloir qu'elle mette à jour son discours, qu'elle mette à jour sa pastorale, qu'elle finalement revoie sa méthode. Les catégories d'avant, c'est-à-dire celles de la scolastique, de saint Thomas d'Aquin, sont jugées comme périmées. Et c'est la première fois aussi, peut-être dans l'histoire de l'Église, qu'on veut rabaisser le niveau d'exigence. Il y a eu évidemment la réforme, enfin on va dire ce qu'on appellera la... contre-réforme en réaction au protestantisme, mais cette contre-réforme, elle veut justement mettre en avant tout ce que les protestants ont abandonné, c'est-à-dire qu'on va mettre en avant le culte de l'Eucharistie, le culte de la Sainte Vierge, on va rénover la formation des prêtres, la prédication, etc. En fait, on va redoubler d'énergie et de vigueur pour lutter contre l'hérésie protestante. Là, en fait, c'est plutôt le contraire, on voit que la société est un peu en train de se séculariser, a des aspirations plus matérialiste, consommation, individualisme, pilule, on veut jouir, etc. Donc l'Église se dit, bon, on est en train de perdre les gens, il va falloir qu'on arrive à se remettre à leur niveau pour qu'ils puissent comprendre notre discours. Et ça, c'est quelque chose, évidemment, de très nouveau. Chesterton avait un mot, d'ailleurs, pour peut-être critiquer de toute sa manière cette attitude, en disant que l'Église ne fut importante uniquement que par son intolérance. qu'en fait l'Église... n'a été forte dans les grandes périodes que quand elle a été justement assez intransigeante, quand elle a été sûre d'elle-même. Et là, on va voir que l'Église va douter d'elle-même. Néanmoins, si on doit nuancer tout ça, Jean XXIII, Paul VI, veulent adapter le langage, veulent adapter les moyens, mais ne veulent pas changer la foi. Ils nous disent finalement, voilà, nous ne voulons pas toucher au dépôt de la foi, mais on va revoir un petit peu la pédagogie. Et autrefois dans l'Église, il y avait vraiment cette forme d'intolérance, à savoir l'anathème, la censure doctrinale, l'index, donc les livres que le catholique qui n'est pas formé ne doit pas lire, parce que ça va le faire chancer dans sa foi, et bien l'Église va abandonner tout ça. C'est-à-dire qu'avant, qui est l'ancêtre de la convention pour la doctrine de la foi, avait, on va dire, des normes, des mesures, des règles, etc., qui étaient assez fermes, et il y avait les livres qu'on ne devait pas lire, les auteurs qu'on ne devait pas lire, les idées qui étaient condamnées. à partir du Concile Vatican II, tout ça va disparaître. Je fais juste un petit excursus, mais qui nous permet de comprendre aussi parfois tout le scepticisme, ou on va dire l'incompréhension des temps qu'on vit aujourd'hui. Vous voyez, après les sacres de la phrase des Saint-Pédis en 2026, il y a une condamnation qui est ferme et vigoureuse, et il n'y a en quelque sorte que pour la phrase des Saint-Pédis qu'il y a des condamnations fermes et rigoureuses, en disant que vous êtes excommuniés, vous n'aurez pas le droit, etc. En fait, on parle le langage d'avant, à ceux qui voudraient, en quelque sorte, restaurer l'Église d'avant. Mais, en revanche, pour tout ce qui, justement, est sorti, on pourrait dire, de la foi ou de la morale catholique, on n'a plus du tout de discours de condamnation. Donc, on peut tout à fait comprendre que ça puisse laisser perplexe de nombreux catholiques, finalement, un peu sans repère. Il faut voir que, déjà, il y avait un courant dans l'Église qui s'appelle le modernisme, qui avait été à maintes reprises condamné. Alors, qu'est-ce que c'est que le modernisme ? Ça serait très long. de développer en profondeur ce courant-là, mais c'est un courant qui se marque par un profond historicisme. Qu'est-ce que c'est que l'historicisme ? C'est de revoir l'Écriture sainte. la Bible et les dogmes comme étant le fruit d'une époque et de mentalité. Et donc en fait aujourd'hui il faudrait relire la Bible et les dogmes à l'aune de la mentalité moderne, grosso modo les réinterpréter, leur donner une nouvelle signification. Et donc finalement que la signification de toute la tradition de l'Église est évolutive, que le sens en quelque sorte des dogmes et de l'écriture sainte change en fonction des mentalités. Et puis, il y a cette idée aussi que la foi, ce n'est pas tant, on pourrait dire, l'adhésion à un contenu objectif, donc à des textes comme on peut avoir dans le catéchisme, mais que la foi, c'est d'abord et avant tout un sentiment intérieur. Donc, on vient à quelque chose de plus subjectif. Tout ça, ça va être vertement condamné dans l'Église d'avant les années 50. On a le pape Saint-Pied-X avec une encyclique très célèbre qui s'appelle Pachendi Domini Gridis Il va y avoir un serment anti-modernisme que tous les prêtres, à partir de 1910, vont prononcer. Donc ils s'engagent finalement à condamner toutes ces hérésies ou ces idées que je viens d'évoquer. Saint Pédis parle de l'égout collecteur de toutes les hérésies en parlant du modernisme. Et puis on a Oumani Djeneris de Pidouze en 1950 qui condamne la nouvelle théologie. Donc la nouvelle théologie c'est un courant qui vient de certains grands théologiens comme le père de Lubac, Danielou, Cardinal Danielou. TR de Chardin, qui eux veulent un retour aux sources antiques, et tout ça va être condamné par... C'est aussi un affrontement entre, on pourrait dire, l'école thomiste classique et les partisans d'autres grilles de lecture théologique. Néanmoins, ce sont ces théologiens, ces théologiens condamnés, notamment le père Chenu, Mgr Garonne, etc., qui vont être les principaux inspirateurs du concile. C'est-à-dire qu'il va y avoir un retour en grâce de ceux qui avaient été condamnés quelques années. auparavant, et l'Assemblée conciliaire va être le lieu de lutte théologique d'influence entre, on pourrait dire, les conservateurs, les progressistes. Là-dessus, c'est à partir de là que Mgr Lefebvre, qui pour l'instant n'est pas du tout dans un combat traditionnaliste, le traditionnalisme n'existe pas, mais c'est dans cette période-là qu'il va constituer une minorité avec un certain nombre d'évêques, en vue de bloquer les textes qui sont les plus... novateur en quelque sorte dans le concile. Alors venons-en au concile lui-même. Ce concile s'ouvre en 1962 à Saint-Pierre-de-Rome avec 2000 évêques venus du monde entier. Jean XXIII, qui est le pape du concile, va mourir en 1963, donc un an plus tard. On va élire un nouveau pape pendant le concile. Le pape Paul VI va poursuivre le concile et ce concile va se clôturer en 1965. Donc, il y a quatre sessions d'automne et... 16 textes à ce moment-là. Alors, la grande question, c'est ce concile est-il une rupture dans l'histoire de l'Église ? Là-dessus, il y a un grand débat, donc évidemment, pour les traditionnalistes, c'est un fait indéniable, c'est une rupture absolue. Et puis, il y a d'autres qui vont évoquer une forme de continuité, et ça va être toute la thématique du pontificat du pape Benoît XVI, l'herménotique de la continuité, comment est-ce que justement, ces textes qui, en apparence, semblent parfois en contradiction ou en tout cas en discontinuité par rapport à la tradition de l'Église, on peut les réinterpréter avec une certaine forme de continuité. Je ne suis pas théologien, donc je ne vais pas me lancer dans ce débat-là, j'en suis évidemment bien incapable, mais en tout cas ce qu'on peut souligner, c'est que le Concile donne vraiment un changement de ton. Il y a un changement pédagogique et il y a donc bien un avant et un après Vatican II. Et si les Églises n'étaient pas tout à fait pleines avant le Concile, elles sont quasiment vides après le Concile. Alors, intéressons-nous au concile lui-même. Ce concile, c'est déjà Nostra Aetate, en 1965, c'est une déclaration sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes. Ensuite, il y a Dignitatis Humanae, c'est une déclaration sur la liberté religieuse. Et puis, il y a quatre constitutions, Sacrosanctum Concilium sur l'électuologie, Lumen Gentium sur l'Église, Dei Verbum sur la révélation, Godium et Spes sur l'Église dans le monde. Nostra etate, et c'est le fait que l'Église, justement, qui avait été plutôt hostile, critique vis-à-vis des autres religions, va désormais reconnaître l'action positive du Dieu unique. mais au cœur des religions non chrétiennes. Donc, les juifs qui avaient été jusqu'à présent considérés comme le peuple déicide, ceux qui étaient responsables de la crucifixion du Christ, portaient le titre, après le concile, et toujours aujourd'hui dans l'Église, de « nos frères aînés dans la foi » . Donc, on est souvent dans ce courant de ce qu'on avait appelé l'œcuménisme. C'est l'idée qu'avant, l'œcuménisme se faisait, on pourrait dire, en expliquant aux autres religions qu'elles avaient tort. Maintenant, on va essayer une approche, on pourrait dire, plus diplomatique en essayant de dire voilà, il y a un dieu unique et ce dieu unique finalement vous l'approchez mais d'une manière peut-être qui n'est pas tout à fait juste mais néanmoins voilà on peut petit à petit accéder à Dieu, à ce dieu unique par toutes les religions bref, je vais pas encore une fois m'aventurer dans une gnose théologique parce que je risque de dire des bêtises et si jamais il y a des théologiens qui m'écoutent ils vont trouver que c'est pas très sérieux donc simplement En tout cas, on voit que ça lance un débat profondément sur la notion d'œcuménisme, c'est-à-dire de dialogue interreligieux au sein de l'Église. Il y a aussi, donc, sur la liberté religieuse, l'idée que l'autorité, enfin l'Église ne peut pas... Il y a trois, on va dire, points qui vont être profondément débattus au cours de ces années-là. L'Église du Christ subsiste dans l'Église catholique. Donc, qu'est-ce que ça veut dire qu'elle subsiste dans l'Église catholique ? C'est-à-dire qu'en gros... Elle est particulièrement présente dans l'Église catholique, mais elle pourrait peut-être être présente aussi, cette Église du Christ, dans d'autres églises ou en dehors de l'Église. Il y a le droit civil à la liberté religieuse, qui pose la question justement d'une société catholique. Rappelons-nous, dans l'épisode précédent, on avait parlé de Papillonze, de cette notion de royauté sociale du Christ. À partir de maintenant, si l'État doit garantir la liberté religieuse, ça semble rentrer un peu en contradiction avec cette idée que Le Christ doit être le roi des sociétés. Et puis, la collégialité épiscopale, donc le fait que les évêques, finalement, constituent avec le pape ceux qui constituent de cette manière le magistère, tout ça semble redéfinir, on pourrait dire, mettre en débat la primauté du Saint-Père, du siège de Pierre. Donc, on sort de ce concile avec des textes qui font débat. Et avec quand même l'impression que ceux qui étaient condamnés hier sont maintenant plutôt en odeur de sainteté, puisque ce sont eux qui ont participé vraiment de leur influence à inspirer ces nouveaux textes du Concile. Venons-en maintenant à l'esprit du Concile, à sa mise en œuvre, c'est-à-dire la période 1965-1969. Le Concile Vatican II, indirectement, va avoir une incidence énorme sur l'Église de France. Évidemment, quand je parle du concile, je ne parle pas des textes parce que, comme je vous disais dans l'épisode précédent, à part quelques prêtres érudits et très consciencieux, personne n'a lu tous les textes du concile. On va beaucoup gloser autour de ces textes, mais dans le fond, finalement, pas grand monde ne les a vraiment lus, ne les a vraiment étudiés sérieusement, si ce n'est des prêtres qui font des grandes études dans les séminaires. C'est surtout l'esprit du concile et on va faire dire à ce concile un peu tout et n'importe quoi. On va utiliser ce concile en quelque sorte comme... le moyen de faire passer presque une sorte de révolution à l'intérieur de l'Église. Alors déjà, souvent ce qui saute aux yeux pour tous les catholiques, c'est la réforme liturgique. Cette réforme liturgique, elle n'entre en vigueur qu'en 1969. Le concile est terminé depuis 1965. Ça va se jouer sur une période assez courte, et là-dessus on va voir quelques dates. 1964, on a déjà un concilium, donc une sorte de groupe d'études, groupe de travail. en vue d'appliquer la réforme liturgique. Donc ça, c'est dirigé par Mgr Bounini. Ensuite, on va introduire en 1965, de manière partielle, les langues vernaculaires, c'est-à-dire les langues des pays. Autrefois, la messe était en latin ou en grec, enfin en tout cas dans des langues anciennes, à travers différents rites qui avaient leur histoire. À partir de maintenant, on autorise, de manière partielle, de traduire des parties de la messe. En 1966, on va supprimer de l'index tous les livres qui sont interdits et on va publier notamment les catéchismes. hollandais corrigé par Rome, qui avait fait un long débat auparavant. En 1967, on a un prototype de messe nouvelle, qui va être refusé par le Synode des évêques. Ce prototype est corrigé, amendé, et le 3 avril 1969, le pape Paul VI promulgue ce nouveau missel, le missel de Paul VI, avec la constitution misselée romanum. Et le 30 avril 1969, c'est le premier dimanche de l'Avent, et ça va être le premier dimanche où on va changer Merci. de Micelle dans toutes les églises de France. Donc ça, ça crée, on pourrait dire, un choc visible. Jean Guitton nous a jamais écrit dans l'église, n'avait semblé si profonde depuis la réforme protestante. Donc c'est dans cette période-là qu'il va suivre le concile, que vont... intervenir tous les changements brutaux. L'abandon de la soutane, le changement de discipline dans les séminaires, dans les ordres religieux. Et puis, petit à petit, on va voir massivement les prêtres déserter leur vocation et la vie religieuse. On peut distinguer trois grandes œuvres de cette période de la préconcile. D'une part donc. le fait que les catéchismes traditionnels vont disparaître. On va petit à petit abandonner l'enseignement traditionnel qui consiste à expliquer les dogmes sous forme de questions et de réponses avec une explication de la foi, on pourrait dire formelle et objective, pour avoir une explication beaucoup plus sentimentale ou en tout cas centrée sur l'individu, sur ses sentiments, sur sa manière de croire. Dans le fond, si je devais... Résumer les choses de manière un peu vulgaire, on nous explique que Jésus nous demande d'être gentil, que Dieu a fait une alliance avec les hommes, tout le reste demeure un petit peu confus. Moi-même, pour avoir, quand j'ai demandé le baptême, suivi ces catéchismes, à l'âge de l'adolescence, je n'étais pas vraiment capable de savoir concrètement dans quoi je croyais, si ce n'est un Jésus gentil et un Dieu qui semblait être le Dieu de Moïse et le Dieu... de tout le monde, et puis que le but c'était la paix dans le monde, qu'il fallait s'occuper de la misère des pauvres. Tout ça est très bien, est très vrai, est très juste, mais ça laisse, on pourrait dire, une sorte de sentiment de vague, de manquement finalement, on ne sait pas vraiment, on ne sait pas trop qu'est-ce que ça exige, qu'est-ce que ça implique un peu plus concrètement dans nos vies de toujours. On est aussi passé d'une liturgie verticale, centrée sur le sacré, où on vise à s'élever vers Dieu. à une liturgie qui va être purement horizontale, centrée sur l'homme. Ça, le pape Benoît XVI l'a longuement dénoncé dans ses catéchèses, en disant qu'on était passé à l'auto-célébration de la communauté. On cherche non plus le sacré, la verticalité. Et puis, il va y avoir aussi toute une vague de stigmatisation de la piété populaire. La piété populaire, c'est le chapelet, ce sont les périnages, ce sont les dévotions aux saints, c'est le fait d'aller prier... dans telle grotte, dans tel sanctuaire, tel saint, pour qu'il nous guérisse des yeux, pour qu'il fasse que notre épouse ait un enfant, etc. Eh bien, tout ça, toutes ces dévotions qui sont ancestrales, elles vont être jugées désuètes. Et puis surtout, on va dire aussi qu'il n'est plus vraiment important d'aller à la messe le dimanche, que le plus important finalement c'est l'amour, ce qui est tout à fait vrai évidemment, l'amour c'est le plus important, mais ça n'empêche pas non plus d'avoir une pratique, et justement L'amour, c'est ce qui nous pousse, normalement, à la messe ce dimanche. C'est parce qu'on aime Dieu, parce qu'on doit rendre un culte à Dieu par amour, parce que ce Dieu nous aime, que l'on va à la messe ce dimanche. Mais tout d'un coup, tout ça devient un peu facultatif, un peu désuet. Et puis, c'est ce que le sociologue François-André Isambert va appeler en 1976 la sécularisation interne du christianisme. On a ce phénomène qui se traduit par l'intimité qui devient totalement étrangère. au commandement de l'Église, notamment dans la sexualité. On va avoir une désacralisation de toutes les formes d'autorité, c'est-à-dire que le prêtre, finalement, de lui-même, ne se veut plus être un chef, ne veut plus être celui qui donne des conseils, qui donne la direction. La déritualisation de la liturgie, les écritures qui, tout d'un coup, prennent un sens multiple et plus humain, en tout cas plus symbolique. Et puis, Petit à petit, on va non plus imposer, mais simplement proposer. Et le bilan, et là je cite, il y a une raison du plus lourd, 5 ans plus tard, aucun rebond n'est venu de la sécularisation interne, qui apparaît rétrospectivement comme une transition vécue avec des aspirations et un langage encore religieux, mais vers la sécularité. Donc très vite, une église qui va dégringoler en termes de chiffres de pratique. Et la seule partie de l'Église qui va rester pratiquante, ça va être bourgeoisie. Alors évidemment, au-delà des textes du Concile lui-même, son application et ses conséquences sont extrêmement significatives. C'est le mépris de la religion populaire qui est un des traits caractéristiques des réformateurs. Évidemment, ces réformateurs sont souvent issus de la bourgeoisie urbaine. On avait autrefois des petits séminaires qui faisaient que des enfants de paysans, d'agriculteurs, allaient être formés en quelque sorte dès le... collège a une préparation en vue de faire le grand séminaire. Ça ne veut pas dire que tout le monde sortait du petit séminaire en rentrant au grand séminaire, mais ça veut dire que on avait dans des milieux populaires, dans des milieux où il n'y avait pas forcément une éducation avec un grand E, c'est-à-dire l'instruction, la grande instruction telle qu'on la pense dans la mentalité bourgeoise et dans la mentalité des villes. Évidemment que le paysan, il a une grande culture, mais il a une culture liée au monde paysan. eh bien, ces enfants de paysans ont la possibilité, à travers les petits séminaires, d'acquérir les connaissances, le latin en particulier, la grammaire, tout ce qui va leur permettre de suivre en grand séminaire. Eh bien, on voit qu'à cette période-là, il y a un déclin des petits séminaires, il y a un déclin des vocations paysannes, et il y a une ascension des vocations dans les milieux bourgeois. Et ces milieux bourgeois, ce sont souvent des milieux urbains, des milieux dans lesquels on a une certaine forme de mépris. à l'égard de tout justement ce qui semble être de la croyance populaire, de la piété, on pourrait dire, paysanne, de la superstition en quelque sorte. On est très méfiant à l'égard de tout ça. Et un exemple marquant, c'est celui de l'abandon de tout le ceremonial qui entourait la communion solennelle. Autrefois, pour la communion solennelle, les petits garçons étaient habillés avec un costume qui ressemblait un peu à un costume de marié. Patrick Blisson raconte que c'était souvent... peut-être une des rares fois dans leur vie où on leur faisait prendre un bain intégral, une toilette complète. D'habitude, ils se débarbouillaient rapidement le visage et puis ils avaient toujours un peu de la terre sur les genoux. Et puis, les jeunes filles revêtaient des robes qui ressemblaient un peu aux robes à corbeille Marie-Antoinette du XVIIIe siècle. Et les petits garçons et petites filles entraient en procession, un peu comme le jour de leur mariage, dans l'église. Et on faisait une grande fête familiale, c'était quelque chose qui revêtait une grande symbolique. cette première, cette communion solennelle et dans ces années qui vont suivre on va arrêter tout ça au nom du fait que ça nous éloignerait de l'essentiel qu'en fait finalement on en fait une célébration trop humaine et on rate finalement le côté sacré de la première communion et donc du coup on va faire que ces premières communions vont avoir lieu en aube moi on m'a toujours raconté un peu ce traumatisme et en tout cas cette incompréhension dans le changement qu'elle a vécu de sa propre génération sa grande soeur et son grand frère à l'essai le schéma ancienne école, et elle a eu l'aube blanche beaucoup plus spirituelle, un peu épurée, etc. Tout ce programme, on pourrait dire, de déracinement des rites de la piété populaire, va chasser tout simplement les catégories populaires qui étaient déjà en décrochage. Ça va accélérer en quelque sorte ce décrochage. Patrick Busson nous rappelle que le génie du christianisme, ça va être d'être une religion pour tous. Une religion pour Blaise Pascal et une religion pour la plus petite paysanne, la grand-mère qui va égrener son chapelet à la lumière de la bougie dans sa petite chaumière. Et là, finalement, en gros, les intellectuels parisiens vont faire une religion catholique d'un télo. C'est vraiment un des marqueurs de l'esprit de ce temps. D'autre part, c'est aussi, et toujours dans la même logique, La fin de ce que Patrick Buisson appelle la religion du touchant. Qu'est-ce que c'est que la religion du touchant ? C'est que dans la liturgie traditionnelle et dans la pédagogie, on pourrait dire traditionnelle, du rite, il y a une place pour les cinq sens. On va toucher, on va faire des gestes, son signe de croix, sa génuflexion, on va goûter le sel au moment du baptême, on va sentir l'encens, on va voir les vitraux, les ornements, on va entendre le grégorien, la polyphonie, etc. Tout ça, finalement, va être chassé, abandonné, pour une religion, encore une fois, plus cérébrale. Une liturgie dans laquelle on a enlevé tout un certain nombre de gestes, le nombre de généflexions entre la messe de Saint-Pycinque et la messe de Paul VI, va être divisé par je ne sais pas combien, c'est très flagrant, et encore une fois, les réformateurs sont des intellectuels. Quand il y a le continuum de Boudini, En fait, on... On revient à un archaïsme de se dire, voilà, la messe des premiers chrétiens, on va revenir aux sources, etc. Mais tout ça, voilà, ce sont des réformes qui se sont faites en chambre, en bureau, et qui ne sont pas finalement un accompagnement d'un mouvement organique, etc. Comme toutes les réformes liturgiques avaient été auparavant, et donc finalement, toutes les réformes liturgiques dans l'histoire de l'Église, parce que oui, il y en a eu, mais elles sont des réformes finalement qui accompagnent une évolution organique. de la tradition dans l'église. Là, c'est quelque chose qui vient d'en haut et qui s'impose comme un décret, si vous voulez, très bureaucratique comme aujourd'hui. Et c'est vraiment le refus du sacré, ce besoin profondément humain qui est d'avoir une liaison au divin à travers le rite, à travers le symbole, à travers quelque chose qui soit en dehors finalement du monde profane, notamment le latin, c'est pas avec le latin au auquel on va acheter sa baguette de pain, eh bien tout ça va profondément créer une incompréhension. chez la plupart des pratiquants. Donc, l'esprit du concile se veut vraiment en rupture avec le sacré. Et puis, le prêtre lui-même va aussi changer d'apparence. Le prêtre, c'était justement l'homme consacré qui portait le noir. Le noir, c'est le symbole de la mort au monde. Et tout d'un coup, le prêtre va enlever sa soutane, va porter un clergiman, puis une tenue civile. Il va demander à être tutoyé, à ce qu'on l'appelle par son prénom. Et du coup, comme on interdit progressivement, parce qu'en fait, les prêtres n'ont pas forcément tous demandé à ça, encore une fois, c'est une petite minorité qui vient dire, bon, maintenant, c'est comme ça, ça change, etc. Tout d'un coup, tout le monde accepte ce changement parce que les gens sont conformistes et font comme tout le monde et personne n'a très envie de lever le doigt et de dire, non, non, moi, je n'ai pas envie de suivre le mouvement, même s'il y en a eu, évidemment, quelques-uns. Donc, petit à petit, le prêtre va se retrouver perdu. Et ça va se traduire... comme on l'évoquait, avec une énorme désaffection du nombre de prêtres dans l'église. C'est aussi donc toute cette période, comme on l'a dit, de liquidation des dogmes, la question du salut qui est, on pourrait dire, la question un peu essentielle de la Région. Pourquoi est-ce qu'on croit ? On croit d'abord parce que justement on espère être sauvé de la mort, on espère pouvoir ressusciter. Et bien dans cet esprit du Concile, cette question du salut devient un peu secondaire. On ne parle plus de ce qu'on appelait les fins dernières. donc l'enfer, le paradis, le purgatoire, on va presque, dans une certaine paste orale, soit le mettre totalement à l'écart, ne plus en parler, soit voir même le critiquer, considérer que presque c'est une forme de survivance, une croyance médiévale dont les esprits modernes aujourd'hui devraient être éclairés et se dépasser. Évidemment, il y a une exception française, on y reviendra dans le prochain épisode un peu plus en détail, mais pourquoi en France ce mouvement a pris cette ampleur-là ? Il a pris cette ampleur-là parce que la France, comme on l'a souvent dit, c'est le pays des idées. Donc c'est déjà en France où il y a eu le renouveau bénédictin avec Dongueranger et donc tout ce travail sur la liturgie au cours du 19e et début 20e siècle, qui va être secondé par une revue liturgique avec une influence beaucoup plus progressiste qui s'appelle La Maison Dieu et donc qui, elle, rêve d'archaïsme, qui rêve de changement, qui est tourmentée aussi par l'œcuménisme avec les protestants. Mais c'est vraiment en France finalement où la bataille va se jouer vraiment. et puis Pour revenir aussi sur l'épisode un peu plus politique précédemment, d'un point de vue des idées, c'est aussi en France où on a un grand débat entre catholiques, on pourrait dire assez contre-révolutionnaires, et des catholiques avec notamment l'influence du Signon, d'Emmanuel Mounier, etc., qui ont une vision beaucoup plus favorable à l'idée d'un ralliement envers la République. Et donc toutes ces querelles vont particulièrement se vivre en France. Donc ça va être la France où tout va se jouer d'une manière beaucoup plus théâtrale, beaucoup plus virulente, où la réforme liturgique va ressembler à une forme d'iconoclasme. Je vous rappelle qu'en France, dans beaucoup d'églises, on va totalement transformer l'espace dédié au culte. On va enlever les lustres à Pampille, on va jeter ou mettre de côté les ornements. traditionnelles, avec des broderies en soie, etc. On va enlever les anciens hôtels, enlever les statues des saints, enlever les tableaux. Enfin, en fait, ça ressemble, en quelque sorte, un peu à comme si on rejouait l'épisode de la terreur sur la Révolution française, sauf que là, ce n'est plus les sans-culottes, les républicains qui sont en train de vider, de piller les églises, ce sont les prêtres eux-mêmes qui, parfois, se débarrassent de tous ces objets. de piétés vénérées par des générations et des générations, en les mettant tout simplement aux ordures dans les déchets de République, ce qui fera évidemment la prospérité des antiquaires jusqu'à aujourd'hui. Alors, tous ces impressionnants bouleversements, Pierre Chaunut, historien, nous évoque la sortie définitive du religieux de la durée historique, donc depuis cette période 1964-1969. Là se situerait l'instant du malheur où l'Occident, aurait perdu de façon quasi simultanée l'espérance dans un au-delà de la mort et le désir de transmettre la vie. Ouais, parce que, effectivement, corrélé à tout cela, il va y avoir justement la chute démographique. Alors, en 1952, un chiffre, 77% des personnes interrogées considéraient comme certaines très probables ou probables l'immortalité de l'âme. Il n'y en a plus que 42% en 1968, lorsqu'on leur pose la même question. Toutes les courbes Merci. qui baissait lentement depuis des décennies, se mettent à plonger dans la même année. C'est ce qu'on appelle le grand bouleversement religieux de la deuxième moitié du XXe siècle. Et donc là, je vous donne quand même quelques chiffres, quelques indicateurs. Avant... Donc en 1958, on a 92% des enfants qui sont baptisés après, dans les trois mois qui suivent leur naissance. Plus que 63% en 1985, plus que 27% en 2018. 25% des adultes vont à la messe tous les dimanches en 1975. 2%, voire même 1,8% en 2017. 1000 ordinations sacerdotales dans les années 1950-84. en 2026. On a 41 000 prêtres au début des années 60, il y en a 15 000 en 2010, et surtout la majorité a plus de 70 ans. On avait 177 000 prêtres et religieux en 1950, 51 000 prêtres et religieux en 2015, il y a 38 000 paroisses en 1980, plus que 15 000 en 2006, on était à 217 000 mariages religieux en 1980 encore, plus que 44 000. en 2019. Donc, c'est la débâcle. Sur les prêtres qui sont ordonnés entre 1965 et 1968, un prêtre sur quatre va défroquer, donc jusqu'à près de 50% dans certains diocèses, comme celui de Dijon. Donc, tous ces chiffres, ça nous montre finalement l'importance de ce basculement qui se joue dans l'Église. C'est vraiment une perte de repère, c'est une crise, une dégringolade. Et Guillaume Cuchet montre d'ailleurs que, justement, jusqu'à cette période-là, L'Église a fait de la comptabilité, c'est-à-dire que justement, tant que les chiffres augmentaient, l'Église consignait, faisait des sondages, faisait des études, essayait de voir un petit peu comment tout ça évoluait. À partir du moment où elle a commencé à sentir qu'elle a amorcé la dégringolade, elle a arrêté de faire de la comptabilité et elle s'y remit que très récemment, avec la remontée des baptêmes d'adultes, dont on parlera dans notre quatrième épisode. Donc, pour essayer de conclure tout cela, on pourrait se dire, voilà, qui est responsable ? Évidemment, c'est difficile. de trouver le responsable unique dans cette crise de l'Église. Je pense que ce qu'il faut comprendre, c'est que cette crise, elle était déjà, évidemment, comme on a essayé de l'évoquer dans cet épisode, amorcée au cours du début du XXe siècle avec, comme on l'a dit, les facteurs de Révolution française, puis... la sécularisation progressive de la République, puis la montée du communisme. Mais néanmoins, toute fragile qu'elle était, l'accélération n'aurait sans doute pas été telle sans cette manière, en quelque sorte, au moment du Concile, de réagir. Patrick Buisson a une formule que je ne vais pas citer de manière fidèle, mais dans cette époque-là où tout semblait basculer, la seule institution qui aurait pu... servir de repère stable, de boussole, au milieu de la tempête, au milieu de la débâcle, serait pu être l'Église. Et justement, c'est elle qui, elle aussi, souhaitait accompagner les changements du temps. Les mystères de la Providence nous diront si tout cela a été bien ou mal, si tout cela va avoir des conséquences et des répercussions, finalement peut-être positives pour les siècles à venir, puisque, comme je le disais dans l'époque... Comme je le disais dans l'épisode précédent, c'est souvent après des périodes de crise que l'Église renaît. C'est dans les années 1970, et ça nous fera la transition pour le prochain épisode, que toute une réaction va naître, notamment le pontificat de Jean-Paul II qui va sans doute freiner toute cette fièvre progressiste et moderniste, et puis le mouvement traditionnaliste qui va jouer un rôle assez important en France avec à côté mouvement conservateur, mouvement charismatique. Nous verrons dans le prochain épisode comment les Français vont réagir. Les catholiques souvent vont osciller entre incompréhension, obéissance, mais la réaction va se structurer, elle va se dérouler progressivement à travers des familles qui s'interrogent sur ces nouveaux catéchismes, sont perplexes, etc. Et puis, tout un renouveau va se mettre en place tout au long des années 70, c'est ce qu'on verra dans l'épisode de la semaine prochaine. En attendant... je vous invite toujours à partager cet épisode à le commenter et puis à m'écrire en me disant ce que vous avez pensé s'il y a des choses à corriger je serai évidemment à l'écoute et j'essaierai de répercuter un petit peu vos conseils, vos recommandations dans les prochains épisodes je vous dis à la semaine prochaine dans le Retour au Réal