Speaker #0Je suis Marc Sangnier, je suis professeur d’économie à la Faculté d’économie et gestion d’Aix Marseille Université. Aujourd’hui, je partage mon temps principalement entre l’enseignement et la recherche, même s’il y a aussi un peu d’administration, en essayant de respecter un équilibre. Parce qu’en fait, ce sont des activités vraiment très différentes. Il y en a une qui est du court terme : c’est voir les yeux des étudiants en cours, on voit s’ils ont compris ; corriger leurs copies à la fin du semestre, c’est quelques mois, quelques semaines après. Et la recherche, qui est un travail de beaucoup plus longue haleine, qui peut se compter en années avant de voir l’aboutissement d’un projet. Donc j’essaie de ménager des temps, à la fois au sein d’une journée, mais aussi au sein d’une semaine ou de l’année, sur lesquels je vais réussir à concentrer du temps pour faire de la recherche. Parce qu’il faut du temps long, réfléchir sans être interrompu, on va dire. Et puis, le reste du temps, des temps courts, des temps plus rythmés, à l’enseignement. Actuellement, j’enseigne très peu. J’enseigne très peu parce que j’ai eu la chance d’avoir une délégation à l’Institut universitaire de France pour les cinq prochaines années, qui consiste en une réduction forte de mon service d’enseignement pour pouvoir faire davantage de recherche. Il n’empêche que je continue à enseigner. J’enseigne actuellement, en première année de licence, la macroéconomie aux étudiants à Aix-en-Provence et, en première année de master, l’économétrie, les méthodes économétriques, en master d’économie. La délégation à l’Institut universitaire de France consiste en une décharge d’enseignement et un petit budget de recherche, qui est alloué pendant cinq ans par l’Institut universitaire, sous la forme d’une délégation d’un point de vue administratif — mais ça, ce n’est pas très intéressant —, et qui est attribué à environ deux cents chercheurs tous les ans, toutes disciplines confondues, en France. C’est une reconnaissance assez prestigieuse qui permet, dans une carrière où on a beaucoup d’enseignement et beaucoup d’attentes envers nous en ce qui concerne la recherche, d’avoir une période de cinq ans pendant laquelle on peut se consacrer davantage à la recherche pour mener ou lancer de nouveaux projets, ou terminer des projets en cours. Et c’est une distinction qui est indépendante d’amU. amU nous accompagne dans le dépôt des dossiers et puis, surtout, dans la mise en place de la délégation, qui s’est faite sans aucune friction en ce qui me concerne. Ce qui montre que c’est une université qui soutient la recherche. Mes recherches s’inscrivent dans le domaine de l’économie politique, c’est-à-dire, si on veut résumer, l’application des outils de l’analyse économique au domaine de la vie politique en général. Il y a de multiples questions qui se posent dans ce domaine, mais l’une des grandes questions, c’est de savoir si la personne qui exerce le pouvoir, en tant que personne, change vraiment les choses, ou bien si, dans une société, les responsables politiques ne sont que le reflet de la société — c’est-à-dire que, l’un ou l’autre, finalement, ça change peu les choses, puisque ce qui compte, ce sont les électeurs, les opinions des électeurs, etc. Quand on se pose cette question, ça pose en fait une autre question : celle, déjà, de définir qui sont les responsables politiques. Et ça, c’est une question à laquelle je m’intéresse dans mes recherches, en essayant notamment de définir les principales caractéristiques qui peuvent être pertinentes pour comprendre comment les responsables politiques fonctionnent, prennent des décisions, ce qui les différencie les uns des autres. Alors, il y a de multiples caractéristiques qu’on pourrait citer : il y a le genre, il y a l’origine, etc. Mais il y en a d’autres, comme par exemple — une que j’étudie beaucoup — les connexions politiques. Les connexions politiques, c’est les liens que les hommes ou les femmes politiques peuvent avoir entre eux, mais aussi avec d’autres personnes dans la société. Dans un article récent, j’ai par exemple montré que, les ministres du gouvernement français qui sont d’anciens maires d’une commune, lorsqu’ils ont un poste au gouvernement, il y a davantage de subventions qui sont envoyées par le gouvernement central dans cette commune. Et ce n’est pas le cas dans les communes où ils ont grandi, où ils ont fait leurs études, où ils sont nés, par exemple. Alors, dit comme ça, ça ne veut pas dire grand-chose, mais en fait, ça nous permet indirectement de voir, d’élucider, de découvrir des traits qui vont être pertinents pour expliquer les décisions des hommes politiques. Qu’est-ce qui compte pour eux ? Ici, ça montre que les endroits où ils ont commencé leur carrière politique, en étant maire par exemple, sont des endroits qui ont compté pour leur carrière, ou peut-être où ils vont retourner. En revanche, les endroits où ils ont grandi, finalement, ils y semblent moins attachés, puisque apparemment, il n’y a pas de subventions accrues qui aboutissent. Et ça, ce sont des choses qui nous permettent en fait d’apprendre indirectement sur les motivations des hommes politiques. Est-ce que c’est plutôt leur propre carrière qui les motive ? Est-ce que c’est l’altruisme ? Est-ce que c’est des choses comme ça ? Alors, les objectifs sont multiples, mais c’est de relancer plusieurs projets de recherche qui sont liés à mon champ d’études en général. Et, oui, la recherche en économie doit déboucher sur des publications. Ce que j’essaie d’incarner au travers de mon enseignement, c’est de la rigueur et du dynamisme. D’une part, la rigueur, qui est le propre du travail universitaire, qui permet d’essayer non pas de se contenter de savoir répondre à une question, mais de comprendre en détail les mécanismes ou les phénomènes sociaux sous-jacents. D’autre part, du dynamisme, parce que, un, les sujets qu’on étudie sont passionnants et, deux, en soi, essayer de comprendre est passionnant. Donc j’essaie de rendre mes enseignements le plus vivant possible. Je pense qu’une des caractéristiques de l’enseignement universitaire, c’est de développer l’esprit critique. L’esprit critique, ce n’est pas le scepticisme, le doute de tout. C’est, par contre, essayer de comprendre — essayer de comprendre ce qu’on me dit, qui le dit, quels arguments sont mis en avant, par quelle personne, etc. Et en ça, je pense que mes enseignements, même s’ils ne sont pas directement ceux de mes recherches — mes recherches sur le fonctionnement de la vie politique et sur le profil des dirigeants —, vont un peu irriguer, enfin venir résonner avec cette préoccupation d’essayer de former des gens qui sont avertis. La Faculté d’économie et gestion est basée sur deux sites : un à Marseille et l’autre à Aix-en-Provence. À Aix-en-Provence, on a la chance d’avoir un tout nouveau campus, qui a ouvert en septembre 2025, un éco-campus sur le site de la Pauliane. Et c’est, ça veut dire, de nouveaux bâtiments consacrés à l’enseignement et à la recherche, qui sont récents, de bonne qualité, ce qui nous permet d’avoir de bonnes conditions de travail et qui est, mine de rien, assez agréable dans une université. C’est une façon de montrer qu’on croit en nous et en ce qu’on essaie de faire en termes d’enseignement et de recherche. Aix Marseille Université, c’est une très grosse université, et la Faculté d’économie et gestion, c’est aussi une grosse faculté, avec près de cinq mille étudiants. Mais grosse structure veut dire aussi qu’on peut avoir des moyens. Et ce qui a été mis en place à la Faculté d’économie et gestion, c’est par exemple des groupes de soutien pour les étudiants de première année, du tutorat entre étudiants, des salles de travail dédiées et accessibles pour les étudiants. Mais tout ça vient en fait d’une volonté collective, partagée par un grand nombre des enseignants de la Faculté d’économie et de gestion, d’essayer de donner aux étudiants qui souhaitent se saisir de la chance la possibilité d’aller le plus loin possible. Nous, on propose des formations qui partent de la licence jusqu’au master, et en fait, on travaille énormément sur l’articulation entre la licence et le master pour proposer des études qui vont jusqu’au niveau bac +5, c’est-à-dire jusqu’au même niveau que nos principaux concurrents, qui sont des écoles de commerce. Notre taux d’insertion à l’issue du master et les salaires d’embauche sont au moins aussi bons, si ce n’est légèrement meilleurs, que ceux des écoles de commerce de la région. Venir d’AMU en économie, c’est une bonne carte de visite. On n’est pas Harvard, mais c’est une bonne carte de visite. On a un très bon centre de recherche à Aix Marseille Université, qui est l’École d’économie d’Aix-Marseille, l’Aix-Marseille School of Economics, qui est l’une des trois seules écoles universitaires de recherche — un label qui a été donné par le gouvernement en 2017. Les deux autres, c’est l’École d’économie de Paris et l’École d’économie de Toulouse. Et donc, la troisième, c’est l’École d’économie d’Aix-Marseille. Ce qui démontre la qualité de la recherche menée en économie. La richesse d’un centre de recherche, c’est qu’on peut échanger avec des collègues sur des idées, sur des thèmes de recherche. Moi, en pratique, les personnes avec qui je travaille le plus directement, ce sont des personnes qui ne sont pas à Aix-Marseille, qui sont à Melbourne, à Londres, à Paris ou que sais-je encore. Donc des coauteurs qui se trouvent à travers le monde et que j’ai rencontrés au gré des études, de conférences ou d’événements scientifiques. C’est plutôt comme ça que j’organise ma recherche. Dans une université publique, on a une très grande liberté : une très grande liberté de travail, d’organisation de notre temps de travail, d’organisation de nos enseignements — même s’ils se font au sein d’une équipe et au sein d’un programme qui est discuté collectivement —, et une très grande liberté dans notre recherche, qu’on ne retrouvera pas forcément dans d’autres structures ou dans d’autres métiers qui seraient accessibles à des économistes comme moi, par exemple. La liberté, on ne va pas dire qu’elle n’a pas de prix, mais elle a une très forte valeur.