Speaker #0En deux ans et demi, j'ai fait 51 dates et à l'ère du modern dating, je vais tous vous les raconter. Bienvenue dans Romance, un podcast où je vous raconte mes histoires de rencontres avec les mecs d'aujourd'hui Des histoires parfois drôles, parfois folles, parfois fucked up, mais toujours résolument humaines Je suis Laurence et vous écoutez Romance Romance, c'est mon projet complètement indépendant, je fais tout seul Alors j'ai besoin que tu mettes 5 étoiles sur Apple Podcast ou Spotify, selon ta plateforme d'écoute, et que tu penses à laisser un petit commentaire sur l'émission, ça m'aide bien plus que tu le crois. Merci. La première fois que je match avec ce mec, c'est sur Tinder. Alors Tinder, je n'y suis pas restée très longtemps parce que c'était quand même un enfer pour moi, cette appli. Je trouvais que c'était vraiment le fond du panier. En tout cas à Paris, dans la région parisienne, c'est le cas. C'était vraiment les profils. Il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup de fake profils aussi. Beaucoup de mecs qui parlent anglais, ça sent le faux profil à plein nez. Mais bon, je matche avec ce mec et il a un regard très perçant. C'est vraiment ce qu'on peut appeler le brin ténébreux de base. Les cheveux noirs, un regard assez perçant, des très jolis traits, des dents blanches. Vous voyez le délire ? Et il a l'air un peu impertinent. La réalité, c'est qu'avec le recul, je dirais qu'il avait vraiment une tête de connard. Mais bon, je ne peux pas. Sur le moment, je ne sais pas dans quelle éra j'étais. Je discute un peu avec lui et je le trouve un peu provoque dans sa manière de parler ni de rien. C'est assez difficile à décrire, mais je me dis, le gars, il est un peu provoque quand même. Mais bon, on discute et je pense que la conversation me lasse. Et surtout, je fuis Tinder, que je n'ai pas du tout apprécié dans sa forme. Et je disais dans les profils, du coup, je tâche Tinder et le gars, pareil, la conversation se coupe de ce fait. Je le trouve trop too much pour moi. Quelque chose comme, je sais pas moi, 6, 8 mois se passent. Et je retrouve ce profil par hasard sur Inge cette fois-ci. Je le revois, alors toujours avec sa super belle tête, de brun ténébreux, etc. Et cet humour un peu caustique. qui le caractérisait. Et puis voilà, la discussion reprend, il me dit « mais tu m'as ghosté la dernière fois, t'as disparu » , je lui dis « non mais en même temps t'étais hyper pushy, je t'avais dit que ça me convenait pas vraiment » . Voilà, on échange un peu comme ça, toujours avec ce petit ton, un petit peu de provoque qu'il peut avoir, mais en même temps sympa. Le connard de basse, quoi. Et puis, on finit par se dire qu'on va se voir, qu'on va boire un verre. Donc, on vient d'un rendez-vous près de mon travail. C'est un soir d'hiver. J'avais des potes qui m'avaient proposé un dîner ce soir-là, que je n'avais pas pu accepter parce que j'avais déjà accepté le verre. On en parlera après, mais ça m'a quand même sauvé ma soirée. Et donc, je vais à ce drink-là et je vois le gars qui est égal à lui-même. C'est-à-dire qu'il est vraiment... Ce grand, très brun, le regard perçant, ténébreux avec sa bonne tête. On se retrouve, il a moins d'assurance en vrai que ce qu'il a par écrit, je me dis ça. Et puis on s'assoit. Il m'explique qu'il vient de province, qu'il est installé à Paris. Et déjà il commence à me dire des petits trucs qui sont un peu des red flags pour moi. C'est-à-dire qu'il me dit mais moi j'ai pas beaucoup de potes, j'ai pas de... de potes ici, ça fait à peu près 10 ans que je suis célibataire. Je me dis, c'est long, 10 ans. Depuis la séparation avec la mère de mes enfants, mes potes sont principalement en province, là où je vis. À Paris, je n'ai pas trop de potes, en fait. Je bosse, je fais mes trucs. Déjà, je me dis, quand ça fait 10 ans que tu vis à Paris, que tu es séparée, que tu es célib', tu as quand même... moyen de faire des rencontres sympas, ou même des collègues, c'est pas forcément des amis proches, mais t'as au moins des potes quoi. Donc déjà, ça allume un peu un truc dans la tête, je me dis « red flag » , le gars qui est un peu isolé de nature quoi, je trouve ça un petit peu bizarre. Et très rapidement, on va parler des rencontres qu'on a faites... Et je ne sais pas pourquoi il commence à rentrer sur le sujet des femmes qui vivent vers Versailles. Et il me dit, non mais tu comprends, les Versaillaises, en fait, elles sont là avec leur petit bandeau et tout ça, leur petit look un petit peu bourge, mais en fait, c'est les pires. Donc je suis assise en face de lui, je lui dis, c'est les pires quoi ? Bah, c'est les pires quoi, tu vois ce que je veux dire. En fait, il fait un parallèle entre l'endroit où tu vis, où t'as grandi, ton style. Et le type de femme que tu es, au lit, visiblement. Donc déjà, ça me gonfle. Ça fait cinq minutes qu'on a commencé à parler, et déjà, ce date me gonfle. Ça me saoule. Je me dis, OK, ça va être compliqué. Je sens qu'il y a une manière de voir les choses très tranchées et surtout un peu border misogyne au premier abord. Je découvrirai bientôt que ça n'est pas... que de la misogynie. Un peu misogyne, en plus, il a quand même le gars isolé. Franchement, il y a au moins trois red flags qui sont allumés derrière sa tête dans ce bar-là. Et arrive le moment où on aborde le sujet de nos vies passées. C'est quand on est séparés, qu'on est autour de la quarantaine et qu'on se retrouve en happy dating. Souvent, on se demande un peu notre life status, là où on en est. Et donc voilà, on explique qu'on est séparés l'un et l'autre. Lui, il me réévoque la mère de ses enfants. Et il me dit tout d'un coup, en parlant d'elle et en parlant de la mère de ses enfants, je ne sais pas comment il arrive là. Je lui dis, ah oui, je crois que je lui pose la question, mais elle a refait sa vie ? Il me dit, ouais, enfin bon, elle a refait sa vie, c'est n'importe quoi. Elle était avec un vieux gars. De toute façon, j'en étais sûre qu'elle allait se faire frapper. Je lui dis « Ah bon, c'est hyper bizarre ce que tu me dis. » Il me dit « Bah oui, c'est sûr. Après, c'est un peu cliché, mais elle est avec un arabe. Donc c'était sûr, elle allait finir par se faire cogner, je lui avais dit. » Donc là, je suis bouche bée. Je lui dis « Mais quel rapport, en fait ? » Je lui dis « Non, c'est pas parce qu'elle est avec un arabe qu'elle s'est fait frapper. C'est parce qu'elle est avec un mec qui est un taré. C'est un humain taré. » C'est pas son origine qui définit ce qu'il est, en fait, c'est l'humain qu'il est. Et là, je suis bouche bée et il me raconte cette histoire, en fond. Donc voilà, elle était avec ce gars, moi je l'avais dit depuis le début, de toute façon, je l'aime pas, je lui ai parlé, puis forcément, il a fini par la gifler à un moment, ils en sont venus aux mains. Donc voilà, il m'explique ça, il me dit de toute façon, les Arabes, je peux pas les saquer. Et là, je me dis, mais qu'est-ce qu'il raconte ? Qu'est-ce que c'est que cet enfer ? Et je pense qu'il voit mon visage face à lui, qui est comme ça, qui est figé, ou je ne sais pas quel tête j'ai. Et il me dit, non, non, mais attends, écoute, on ne va pas se mentir. Il me dit, quand tu te fais agresser dans la rue, je suis désolée, quand tu te fais agresser dans la rue, tu ne te fais jamais agresser par un Jean-Francis ou un Stéphane. Tu te fais toujours agresser par un Mouloud ou un Abdoulaye. Et ce n'est pas les blacks. Moi, attention, les blacks, je les aime bien. Mais c'est toujours un arabe qui t'agresse. Et donc il est face à moi, et je suis sous le choc en fait. Je n'en reviens pas de ce que j'entends, et surtout de la liberté de parole qu'il a. C'est-à-dire que c'était il y a deux ans, un an et demi, deux ans cette histoire. Il y a des personnes qui en premier date... sont capables de s'asseoir face à toi et de librement afficher ce genre de messages racistes, terribles, alors la misogynie du début, n'en parlons pas, avec un aplomb certain, c'est-à-dire qu'il était persuadé que j'allais acquiescer ou me rallier à sa cause. Et donc il était très sûr de lui, il me dit « non, non, non, mais attends, je te vois là, je pense qu'il voit que je me transforme » . Il me dit, non, non, attends, je te vois venir, là. Il me dit que ce soit clair. Il dit, moi, j'ai pas de problème en général. Et d'ailleurs, j'en ai recruté une arabe il n'y a pas longtemps. Il me dit, je l'ai recrutée dans mon équipe, elle est super. Je l'ai vue sur son CV, c'était pas un CV blind. J'ai bien vu et je l'ai recrutée, tu vois, donc il n'y a pas de souci. Et donc, là, j'ai l'impression d'être dans un sketch où il y a un mec qui me dit, non, mais j'aime pas les arabes, mais je suis pas raciste parce que j'adore le couscous. J'avais un peu l'impression d'être dans un sketch comme ça. Et là, je pense que j'ai besoin de prendre l'air. Je pense que mon cerveau bug. Donc je décide de descendre aux toilettes, me laver les mains, respirer un coup. Et puis je remonte et je lui dis écoute, je vais y aller. Je vais te laisser payer le verre et je vais partir moi je pense. Il me dit je le vois là, tu me cases, tu me mets dans une case. En fait tu ne vaux pas mieux que les autres. Tu catégorises les gens case par case. Je lui dis je n'ai pas du tout envie de poursuivre notre conversation. C'est vraiment, on ne vit pas dans la même sphère quoi. Ça ne va pas marcher, c'est sûr. Il va rien se passer d'intéressant là. Avant de vous laisser, je vais conclure chaque épisode par une lettre. Une lettre fictive adressée au protagoniste de cette moderne dating story. Un endroit pour dire ce que je n'ai pas su dire sur le moment, et ce que cette histoire m'a appris. Tu sais, je crois que ce n'est pas ton racisme qui m'a le plus surprise. C'est la facilité avec laquelle tu l'as exprimé. Comme si c'était une conversation banale. Comme si on pouvait s'asseoir en terrasse, commander un verre et commencer à ranger des millions de personnes dans une seule case. Tout a commencé avec ta phrase sur les femmes, et puis très vite les arabes. Comme si pour toi un être humain pouvait se résumer à son origine, à un cliché, à une peur ou à une mauvaise expérience. Moi je suis partie, pas parce qu'on n'était pas d'accord, parce qu'il y a des désaccords qui nourrissent une conversation et d'autres qui disent quelque chose de beaucoup plus profond sur la manière dont on regarde les êtres humains. Je ne pourrais jamais construire quoi que ce soit avec quelqu'un qui choisit la haine plutôt que la nuance, parce que les personnes que tu rejettes ont un prénom, une famille, une histoire, des rêves, des blessures, exactement comme toi. Et je trouve profondément triste de passer à côté de tant de richesses, simplement parce qu'on refuse de regarder l'autre comme un individu. Ce date n'aura duré qu'un verre, et c'est très bien comme ça, parce qu'il y a des red flags qui annoncent une incompatibilité, et puis il y a les valeurs. Les valeurs, elles, elles ne se négocient pas. Je préfère mille fois rentrer seule chez moi que partager ma vie avec quelqu'un qui construit son identité en rejetant celle des autres. L'amour ne peut pas pousser là où la haine s'installe. Si cette rencontre m'a appris une chose, c'est que la plus belle qualité que je puisse chercher, c'est un homme. Ce n'est ni son humour, ni son charme, ni même son intelligence. C'est son humanité. Romance Express, c'est tout l'été, c'est des épisodes plus courts. qui prouve qu'on n'a pas toujours besoin d'une relation pour avoir une bonne histoire à raconter.