- Speaker #0
Hello, c'est Céline. Je suis trop contente de te retrouver dans Sacré Accouchement. Viens vite, prends ton thé, ton café, notre invitée est déjà là. Elle est prête à tout nous raconter sur son accouchement. Tout ? Enfin, tout ce qu'elle a envie de nous confier, sans filtre, sans jugement. Parce qu'entre copines, on parle souvent d'accouchement, mais rarement comme ça. Bon, on ne va pas la faire attendre plus longtemps. Je viens de finir l'enregistrement avec Sophie, c'était incroyable. Elle était un peu timide au début, ça arrive souvent aux invités d'être un peu timide, mais on se détend un peu ensuite. Mais c'était super, elle est venue nous raconter son accouchement complètement insolite, parce qu'elle a accouché dans le camion des pompiers pour son deuxième enfant. Donc c'était fou, et d'après ce qu'elle me disait, elle est la seule depuis très longtemps, en tout cas dans cette caserne, à avoir accouché dans le camion des pompiers, donc c'est assez incroyable. C'est un épisode intense, insolite et qui montre toute la puissance du corps de la femme lors de l'accouchement. Donc j'espère que ça va vous plaire. En tout cas, moi j'ai adoré faire l'interview avec elle et je vous laisse avec son histoire. Aujourd'hui dans Sacré Accouchement, je reçois Sophie. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors on ne se connaît pas directement toutes les deux, mais il y a un joli lien entre nous. tu es une ancienne copine de Lucie qui est venue nous raconter l'histoire de son bébé prématuré, un épisode qui a beaucoup marqué les auditeurs et les auditrices et ça c'est vraiment quelque chose que j'adore dans ce podcast, exactement ce que j'étais en train de te dire mes amis qui me font rencontrer d'autres femmes incroyables et petit à petit la toile s'agrandit et là encore plus parce que c'est le tout premier enregistrement de la saison 2 et ce qui est assez fou c'est que toi tu es infirmière en néonate donc tu accompagnes justement ces tout petits et leurs parents dans ces moments particuliers, parfois fragiles, parfois intenses Mais aujourd'hui, c'est ton histoire que tu viens nous raconter et elle est assez incroyable parce que tu n'as pas accouché à la maternité, tu n'as même pas eu le temps d'y arriver, tu as accouché dans le camion des pompiers. Donc j'ai vraiment hâte que tu nous racontes ça. Donc c'était pour l'accouchement de ton deuxième petit garçon qui est né en 2022. Est-ce que tu peux te présenter rapidement s'il te plaît et nous résumer en trois mots ton expérience d'accouchement ?
- Speaker #1
Eh bien bonjour, moi je m'appelle Sophie, j'ai 35 ans, je suis infirmière puricultrice du coup en néonatalogie aussi à Chutecamp. J'ai deux petits garçons, Marin qui est né en 2019 qui vient donc de prendre 7 ans et Combe qui est né en 2022 dans le camion des pompiers. Résumer mon accouchement en trois mots ? Attendu, rapide et intense.
- Speaker #0
Ouais, c'est pas mal, j'ai hâte de en savoir plus. Est-ce que tu peux nous dire comment elle s'est passée la grossesse ?
- Speaker #1
Sans encombre. aucune particularité, grossesse physiologique j'étais en forme vraiment rien de particulier par rapport au fait que tu avais déjà un premier du coup c'était comment ? plus intense que pour Marin mais pour autant comme j'avais la chance d'être en forme de pouvoir bouger autant que je veux sans restriction j'ai profité pleinement de cette grossesse c'est ce que j'allais dire,
- Speaker #0
est-ce que tu as eu l'impression d'en profiter autant que ta première grossesse ? ça c'est bien Oui,
- Speaker #1
oui. Marin n'était pas encore à l'école parce qu'ils ont tout juste 3 ans d'écart donc Marin n'était pas scolarisé mais il a continué d'aller à la crèche globalement en suivant la trame de mon planning qui était prévue si je n'avais pas été en arrêt de travail comme ça on profitait tous les deux et je profitais aussi de journée toute seule pour préparer l'arrivée de ce deuxième bébé
- Speaker #0
Et lui il s'est rendu compte ou c'était encore un petit peu flou ?
- Speaker #1
Il a commencé à se rendre compte quand j'ai commencé à m'arrondir donc assez vite finalement
- Speaker #0
Oui parce qu'il était en deuxième Au revoir. Et du coup, il parlait à ton ventre.
- Speaker #1
Il le parlait, il touchait beaucoup. C'est très mignon.
- Speaker #0
Est-ce que du coup, vous avez fait des cours de préparation à la naissance ? Ou comme du coup, c'était ton deuxième, vous n'avez peut-être pas forcément refait ?
- Speaker #1
J'en ai fait différemment, puisque du coup, j'avais déjà une première expérience. Mais oui, j'en ai fait avec la même sage-femme que pour Marin. Et la même approche, parce que ça m'avait bien convenu. Mais avec un projet un peu différent, parce que je voulais absolument accoucher sans péridurale.
- Speaker #0
Parce que le premier, tu écoutes à accoucher avec Thierry.
- Speaker #1
Oui, j'en voulais pas initialement. et peut-être que je me suis un peu fait surprendre par l'intensité des contractions et j'ai choisi finalement de la prendre mais pour comme ça faisait vraiment partie de mon projet donc la préparation à la naissance était principalement axée sur la gestion de la douleur au cours du travail et donc du coup t'as trouvé ça utile ?
- Speaker #0
non,
- Speaker #1
j'ai pas eu le temps d'y réfléchir c'est vrai oui je dis comme ça non parce que j'ai pas c'était un peu en mode de Pilote automatique, sur la base de l'instinct, je pense. Mais il n'y avait pas du tout de place à la réflexion pour me poser. réfléchir ou respirer.
- Speaker #0
Du coup, ton projet, c'était d'accoucher de manière physiologique, sans péridurale. Il y avait autre chose dans votre projet de naissance ?
- Speaker #1
Non, pas particulièrement. On est plutôt du genre à se laisser porter. On voulait faire un maximum de travail à la maison, sans péridurale, mais ça, c'était mon projet à moi. Mon conjoint, ça lui était égal tant que ça me correspondait à moi. Avec ou sans péridurale, il me suivait. Mais on voulait vraiment faire un maximum de travail à la maison parce que pour Mara, on a fait tout le travail à l'hôpital.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
J'avais rompu la poche des os chez moi et je ne me suis pas mise en travail. Pendant les 12 heures qui ont suivi, j'étais à l'hôpital et j'ai fait l'intégralité de mon travail à l'hôpital. Ça s'est très bien passé, mais je voulais autre chose, de plus intime.
- Speaker #0
Au CHU, du coup, aussi, pour le premier ? Oui. Du coup, j'allais dire, ça fait quoi d'être avec ses collègues, mais tu n'es pas vraiment avec tes collègues.
- Speaker #1
Ce n'était pas avec mes collègues parce que, du coup, je travaille en néonatalogie. C'est le service où on hospitalise les nouveaux-nés. Et la maternité, c'est... Et la salle de naissance, du coup, c'est un service à part. Alors, effectivement, on se croise, on se connaît plus ou moins, mais pas de façon très proximale,
- Speaker #0
on va dire. Du coup, j'aime bien que tu nous racontes comment ça s'est passé, comment ça a démarré.
- Speaker #1
Ça a démarré fort, d'emblée. J'attendais ce moment avec impatience, parce que comme il est né trois jours après terme, son frère est né quatre jours après terme, donc c'est déjà quelque chose que je connaissais, cette attente.
- Speaker #0
Oui, c'est long, la fin.
- Speaker #1
Oui. Mais pour autant, comme j'étais en forme, j'étais bien. J'étais heureuse d'être enceinte, j'étais bien. Première contraction en pleine nuit, à 1h30 du matin.
- Speaker #0
T'en avais eu d'autres avant ?
- Speaker #1
Non, jamais. Pour mes deux garçons, j'ai contracté que pour accoucher. Avant, je ne savais pas ce que c'était. Première contraction à 1h30 du matin. Je dormais, du coup, donc ça me réveille. Je me dis, oh, c'est une contraction, je ne réveille pas mon conjoint tout de suite. J'attends un peu de voir. Je n'ai pas eu besoin de le réveiller moi-même parce que la deuxième contraction l'a réveillé spontanément. Donc du coup, tout de suite, il a voulu appeler ma maman qui était prédisposée et désignée pour venir garder Marin qui était à la maison et qui dormait. Et je lui ai dit, attends, j'ai eu que deux contractions, c'est peut-être que le tout début, on peut peut-être attendre avant d'appeler maman, il n'y a pas d'urgence.
- Speaker #0
Oui, surtout vous aviez en tête de rester à la liaison le plus possible.
- Speaker #1
Il me dit non, je préfère le temps qu'elle vienne, on ne sait jamais si ça va vite. Donc on en reste là. C'est lui qui se charge de l'appeler, parce que moi à ce moment-là, je ne pouvais déjà plus beaucoup parler.
- Speaker #0
Ah, tu avais déjà trop mal ?
- Speaker #1
Ouais. Donc je pense qu'il y a un petit laps de temps que j'ai oublié. Je pense peut-être sous l'intensité des émotions et des hormones. Je ne me rappelle pas comment il a appelé, si j'étais avec lui. vraiment je... Je ne me souviens pas, c'est lui qui raconte. Moi, j'ai l'impression qu'elle est arrivée juste après. En fait, il a dû s'écouler au moins 20 minutes parce qu'elle habite à 20 minutes de la maison. Donc, il s'est au moins écoulé 20 minutes. Et quand elle est arrivée, j'ai été pliée en deux dans mon salon, en train de vomir. Ça, c'est les joies des contractions qui contractent jusqu'à l'estomac. Et j'ai eu beaucoup de mal, du coup, à me rhabiller. Juste enfiler un legging, un t-shirt pour être à peu près présentable pour sortir. Et quand j'ai réussi du coup à... sortir de la maison. Là, ça a été l'épreuve, je crois, la plus intense de l'accouchement, finalement. Parce qu'en fait, il fallait qu'on remonte toute l'allée avant d'aller retrouver la voiture qui était garée sur le parking en face de la maison. Je m'en souviens pas, mais visiblement, j'ai mis une éternité à y aller parce que je faisais des pauses tout le temps. Je contractais déjà en permanence à ce moment-là.
- Speaker #0
Parce que du coup, t'avais tellement mal et tu contractais tellement souvent, vous avez décidé de partir tout de suite. Bah oui.
- Speaker #1
Parce qu'on sentait que ça s'accélérait, donc on a préféré pas attendre. Donc du coup, on se dirige vers la voiture et là... impossible de monter dans la voiture. J'étais pliée en deux, appuyée sur la portière de la voiture, sur le parking, à subir mes contractions et à les gérer du mieux que je pouvais. Entre deux, ma maman est arrivée et elle a senti le vent tourner. Elle a dit qu'il fallait appeler le SAMU, que j'allais accoucher sur le trottoir. Donc ça, je me rappelle bien. Elle disait à Morgane, il faut appeler le SAMU, elle va accoucher sur le trottoir.
- Speaker #0
effectivement c'était pas si loin de la réalité tu crois ou tu te dis non c'est bon non je commençais en fait
- Speaker #1
Morgane était d'accord avec ma maman et là je me suis dit quand même s'ils sont tous les deux d'accord peut-être que je suis en train quand même de me laisser rattraper par la nature en fait qui va déjouer tous mes plans parce que j'avais clairement pas prévu d'accoucher ni sur le trottoir ni nulle part ailleurs qu'à la maternité donc du coup je suis sur la portière en train de gérer mes contractions Je crois que c'est ma maman qui a dû appeler le SAMU pour avoir du coup une ambulance et une assistance. Pas d'équipe disponible, pas de camion disponible, tout le monde était en intervention. Du coup, ils nous ont envoyé...
- Speaker #0
Il est quelle heure ?
- Speaker #1
Là, franchement, je ne sais pas exactement.
- Speaker #0
Dans la nuit ? Peut-être deux heures du matin,
- Speaker #1
un truc comme ça. Deux heures et quart. Vraiment, je n'ai pas l'heure en tête. Tout est passé tellement vite. On est en pleine nuit. Mais c'est toujours en pleine nuit. Oui, oui. Toujours en pleine nuit sur le trottoir, dans ma rue, à hurler pour gérer mes contractions. A tel point que mes voisins sont sortis pour savoir si on avait besoin d'aide parce que je les ai réveillés.
- Speaker #0
Et donc là vous restez là du coup ? Il n'y a pas d'équipe ?
- Speaker #1
Alors je suis restée, ils nous ont dit quand même qu'ils envoyaient les pompiers.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Donc du coup j'ai attendu les pompiers, de toute façon j'étais incapable de bouger ni dans un sens ni dans l'autre. Je pense que si on ne m'avait pas forcé à monter dans le camion, j'aurais effectivement accouché sur le trottoir.
- Speaker #0
C'est fou. Et tu n'avais pas eu des douleurs aussi intenses au premier ?
- Speaker #1
Si, parce que je me suis mise en travail, j'avais déjà rompu la poche des oeufs, donc les contractions étaient d'emblée très intenses et quand même assez rapprochées. Mais là, vraiment, c'était presque un peu sauvage, tellement c'était rapide. Et donc finalement, les pompiers étaient en route, j'imagine, et je revois ma maman faire des allers-retours. J'habitais dans le creux d'une rue, donc en haut, ça monte, en bas, ça descend. Et je revois ma maman faire des allers-retours en haut pour aller guetter les pompiers. Au cas où vous ne trouverez pas. Ils sont finalement arrivés.
- Speaker #0
En combien de temps, tu sais ?
- Speaker #1
Je ne sais pas en combien de temps, parce que la notion du temps était vraiment abstraite. La caserne, elle est à 5 minutes en voiture, quand on roule normalement. Donc après, juste le temps qu'ils arrivent, parce qu'ils ne sont pas sur place, c'est un tout petit centre. Donc le temps qu'ils arrivent de chez eux, ils sont à la périphérie peut-être 10 minutes, je pense.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
15 grands max.
- Speaker #0
Ils arrivent assez vite quand même.
- Speaker #1
Assez vite. Quand ils arrivent, je ne sais même pas. pas souvenir qu'ils m'aient posé beaucoup de questions dans un premier temps. Ils ont d'emblée cherché à me faire monter dans le camion. Là, visiblement, mais ça, c'est quelque chose qu'on m'a raconté parce que je ne m'en rappelle pas. Je n'étais pas d'accord. Je m'y suis opposée parce qu'en fait, j'avais trop mal et m'allonger sur un brancard, ça me paraissait insurmontable. Oui, insurmontable pour gérer mes contractions. Je me revois encore toute ronde sur le tout petit brancard dans le salon des pompiers. Je me revois dire ça ne va pas le faire. Et en fait, j'ai J'ai accepté une première fois, je crois, de monter. J'ai eu une contraction, je suis redescendue. Je papillonnais un peu, je pense que je n'arrivais pas trop à me fixer à l'intérieur du camion. Et ça, par contre, je m'en rappelle, les deux pompiers qui ont voulu me porter pour me mettre dans le camion. Je me suis débattue a priori parce que je n'étais pas d'accord. En fait, ils me soulevaient, mais du coup, je n'avais plus aucun moyen d'amortir mes contractions. Donc, je sais qu'ils m'ont reposée. Et à un moment donné, pour une raison que j'ignore, j'ai fini par abdiquer et me dire... Ok, de toute façon, il faut monter, il faut partir et c'est les pompiers qui vont m'emmener le plus vite. Sachant que je n'habite pas très loin, je suis à à peine 10 minutes du CHU, donc c'était vraiment proche.
- Speaker #0
Mais ça se comprend, parce que là, toi, à ce moment-là, tu es un peu en transe.
- Speaker #1
Vraiment, c'était un peu l'instinct de mammifère. Parce qu'on me demande souvent comment j'ai fait. Je n'ai rien fait. Vraiment, c'est mon corps qui a fait tout tout seul.
- Speaker #0
Instinctif,
- Speaker #1
oui. Et clairement, je n'ai eu besoin de personne.
- Speaker #0
Donc tu montes ?
- Speaker #1
Je suis montée dans le camion. Je ne me suis pas allongée d'emblée. Je suis restée debout, je pense, pour gérer un peu mes contractions et m'installer dans la position qui me convenait le mieux. Je me rappelle bien du pompier Alexis, qui m'a posé plusieurs questions pour remplir une grille, pour établir un score, un score de Malinas, comme ils appellent ça, qui a pour but d'évaluer l'imminence de l'accouchement. Donc je réponds à toutes ces questions De façon plutôt lucide je crois C'était peut-être le seul moment de lucidité Pendant cette période
- Speaker #0
Parce que pour moi il n'est pas avec toi dans le camion Si,
- Speaker #1
il était là mais probablement très en retrait Parce qu'il y avait les Trois pompiers à ce moment-là avec moi Puisqu'on n'était toujours pas partis De chez moi puisque j'étais toujours pas décidée à m'allonger Donc il était avec moi dans le camion Mais vraiment plutôt sur le côté Et moi j'étais plutôt avec les pompiers Dans le fond de l'ambulance ça. Donc il me pose toutes ces questions, il me dit bon bah vous êtes à 5, euh à 7, vous êtes à 7. Donc il compte les points en fonction de mes réponses. Donc il me dit vous êtes à 7, je dis d'accord mais je ne sais pas du tout à quoi ça correspond. Il me dit bah à 5 l'accouchement est imminent. Je dis d'accord, je dis bah ça va le faire. De toute façon il n'y a pas le choix, je l'ai déjà fait une fois, il n'y a pas de raison que je ne sache pas le faire. Mon corps sait le faire donc je vais le refaire.
- Speaker #0
Là, pour toi, tu te dis, je vais accoucher dans le camion des pompiers.
- Speaker #1
Oui, là, je commençais à sentir le vent courner. Et puis, je les entends chacun leur tour suite à ce score qui, visiblement, les a un petit peu déstabilisés quand même. Ils se posent des questions entre eux. Et toi, tu as déjà fait, sous-entendu, l'accouchement ? Non, et toi non plus, et toi non plus. Donc, j'étais avec trois pompiers qui n'avaient donc jamais accouché personne.
- Speaker #0
Oh la vache !
- Speaker #1
Donc, c'est là que je me suis dit, nous, on l'a fait une fois. S'il faut, on le refera une deuxième fois, ce n'est pas grave. Donc, je finis par monter du coup dans... Enfin, je suis dans le camion. Je finis par m'allonger pour qu'on puisse partir. Là, du coup, je laisse ma maman avec Marin, qui ne s'est pas réveillé.
- Speaker #0
Oui, tant mieux.
- Speaker #1
Oui, tant mieux. Je ne sais pas trop comment c'est possible. Ça va qu'il a le sommeil profond parce que j'ai quand même réveillé mes voisins. C'est vrai. J'étais dans le salon sous sa chambre. Lui n'a rien entendu, donc il s'est réveillé le lendemain matin avec sa grand-mère. Mais du coup, puis papa et maman qui étaient partis à la matinée. Donc du coup, je finis par m'allonger. On part. On a dû faire un petit, un kilomètre, je pense, en camion, un Dodan, deux Dodans. Et là, j'ai dit, je vais pousser. Ils m'ont dit, bah non, pas tout de suite. J'ai dit, bah si, ça va être tout de suite. Donc là, branle bas de combat, il s'arrête entre les deux Dodans, devant le commissariat, avec du coup la sirène, parce qu'il faisait nuit, donc il fallait quand même qu'on soit visible. Il commence à essayer d'enlever mon legging, parce que du coup, j'allais pousser. Donc en fait, coma allait naître. Il essaye d'enlever mon legging, mais en fait, il n'a pas enlevé mes chaussures. Donc, il y a tout qui bloque en bas de mes jambes. C'était un peu compliqué. Donc, il a dû finir par enlever mes... Je ne suis même pas sûre qu'il en... Vraiment, là, il y a un flou. Je ne sais pas s'il a réussi à enlever mes baskets ou si j'ai accouché à moitié habillée. Je ne sais plus. Et donc, du coup, on est arrêté. Séverine, qui était avec Alexis dans le camion.
- Speaker #0
Une autre pompière.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Qui, elle-même, avait accouché à domicile. avec le SAMU.
- Speaker #0
Incroyable !
- Speaker #1
Expérience extraordinaire du coup parce que soutien intense entre femmes. On ne se connaissait absolument pas mais du coup, elle l'avait déjà fait et ça,
- Speaker #0
c'était mon soutien.
- Speaker #1
Parce qu'en fait, c'est le pur hasard qui a fait qu'elle s'est retrouvée là parce qu'elle a repris la garde d'un collègue.
- Speaker #0
C'est fou !
- Speaker #1
Collègue de 20 ans qui n'avait jamais entendu parler de quoi que ce soit concernant la grossesse, l'accouchement. Donc du coup, le hasard a plutôt bien fait les choses. Donc quand on a réussi à m'enlever mes sous-mettements et une partie de mon legging, elle m'a dit qu'elle voyait la tête. Donc du coup, j'ai poussé une fois et Koum est sortie. Donc elle l'a attrapée, elle me l'a posée sur moi. Il n'était même pas en peau à peau, parce que je n'avais même pas eu le temps d'enlever mon sweat. J'étais encore habillée. Donc voilà. Et du coup, Koum était née. 3h01, donc 1h30 après la première contraction.
- Speaker #0
Ah la vache ! Sur la route.
- Speaker #1
C'était un début de vie intense.
- Speaker #0
Il était pressé.
- Speaker #1
Il s'est fait attendre sur les derniers jours. Mais quand c'était le moment, il fallait sortir maintenant.
- Speaker #0
Et donc du coup, après, comment ça se passe ?
- Speaker #1
Et bien du coup, après, Céline me l'a posé sur moi avec une couverture de survie. Parce que comme il n'était pas en peau à peau, il n'y avait vraiment pas beaucoup de sources de chaleur pour le réchauffer. Donc elle lui a mis une couverture de survie. Et là, ils ont sorti un mode d'emploi pour savoir où couper le cordon. Alors, couper à 5 cm la base, bon, ils ne savaient plus trop quoi faire ou mettre le clan des deux côtés, tout ça. Donc, j'ai dit, écoutez, on est à 5 minutes dessus, laissez tout intact, ça ne va pas poser de problème et puis on verra ça en arrivant. Mais ça, je le savais parce que...
- Speaker #0
Tu avais fait ta préparation.
- Speaker #1
J'avais fait ma préparation et puis surtout, en fait, la naissance, c'est quand même quelque chose de très proximal avec mon activité professionnelle. Donc, je savais qu'il n'y avait pas de risque à laisser...
- Speaker #0
Ce cordon intact. Il y a même des parents qui demandent à pousser le cordon. Voilà.
- Speaker #1
Donc, du coup, là, on l'a laissé jusqu'à l'arrivée. À l'arrivée, du coup, dans le sas des ambulances, du coup, de la maternité, des urgences gynéco-obstétricales, le SAMU nous a rejoints. Et là, ça a été peut-être ma plus grosse déception. C'est le médecin du SAMU qui a coupé le cordon, alors que du coup, Morgane, qui est avec moi dans le camion depuis le début...
- Speaker #0
Aurait voulu.
- Speaker #1
Alors, je ne sais pas s'il aurait voulu, mais en tout cas, c'est vrai qu'on... Il aurait même pu l'attraper pour que ce soit lui qui ait le premier contact avec son bébé et couper le cordon après. Mais les accouchements à domicile ou sur la route, dans des endroits un peu imprévus.
- Speaker #0
Inhabituel.
- Speaker #1
Ça entraîne souvent un peu d'agitation. Là, du coup, je crois que c'était... Personne n'y a pensé. Moi, j'étais dans autre chose, donc je ne l'ai pas non plus suggéré. Lui non plus.
- Speaker #0
Et si les pompiers qui étaient à Vébou avaient jamais fait, je pense qu'il y avait peut-être quand même un petit peu de panique.
- Speaker #1
Moi, je ne me rappelle pas qu'ils aient paniqué. En tout cas, je sais qu'on en parle encore, c'est sûr, parce qu'il y a notre faire-part et l'article de journal sur le frigo à la quête d'herbe. Pour l'instant, je suis la dernière en date à avoir accouché avec eux. Mais du coup, c'est le médecin du SAMU qui a coupé le cordon dans le sas des ambulances. Et puis après, on a été rejoindre un brancard. L'équipe de salle de naissance qui nous attendait, par chance c'était très calme cette nuit-là. Quand je suis arrivée, ils n'avaient pas encore eu d'accouchement. Donc du coup, ils étaient tous très disponibles pour nous accueillir. Donc on nous installe dans une salle de naissance du coup, notamment pour faire les examens et les vérifications pour com' du coup. Et puis aussi pour moi, parce que je saignais beaucoup. Et il se trouve qu'en fait, je n'avais pas délivré, j'avais encore mon placenta qui continuait de saigner. Ce que j'avais demandé, oui. Donc du coup, là, j'ai quand même été perfusée à mon arrivée pour me mettre de l'ocytocine. Donc c'est l'hormone qui accélère les contractions pour me faire de nouveau contracter. pour évacuer le placenta. Ça a été long. Je sais qu'il y a une durée maximale à partir de laquelle on ne se laisse plus de temps parce que le risque hémorragique est trop important. Donc, ils font appel aux obstétriciens. Et là, quand j'ai vu les anesthésistes et les obstétriciens arriver dans la pièce, j'imagine pour une délivrance artificielle, je me rappelle avoir dit, hors de question, je vais les sortir toutes seules. Je n'ai pas accouché sans péridurale pour qu'on me pose la péridurale juste pour mon placenta. Donc j'ai tout donné et j'ai délivré naturellement du coup, avec l'aide de la sage-femme qui appuyait, je ne sais pas comment s'appelle cette manœuvre, mais sur mon utérus pour m'aider. Entre deux, j'ai dû perdre connaissance sur un petit malaise vagal. J'ai perdu beaucoup de sang, donc peut-être à cause de ça. Mais à ce moment-là, je n'avais plus mon bébé sur moi et je l'entendais pleurer. Je sais qu'il était avec son papa, mais je l'entendais pleurer. J'avais qu'une envie, c'était de le retrouver.
- Speaker #0
Ah bah oui, je comprends.
- Speaker #1
Parce que... Parce que c'était un temps secondaire de vivre et de séparer si vite. Pourtant, tout allait bien.
- Speaker #0
Lui, il allait bien. Moi, j'allais bien.
- Speaker #1
Mais j'avais qu'une envie, c'était qu'on soit de nouveau ensemble.
- Speaker #0
Tu ne l'avais pas vu en peau à peau. Oui, je comprends.
- Speaker #1
J'avais dit que ça susciterait des émotions. J'ai quand même tenu vachement longtemps.
- Speaker #0
Bienvenue dans cette affaire d'accouchement. Et donc, tu l'as retrouvé au bout de combien de temps ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Je pense qu'il y aurait moyen de retrouver avec les... parce que du coup on a fait des photos, je pense qu'on arriverait à refaire la chronologie, mais en tout cas ça m'a paru beaucoup trop long. Mais quand je l'ai retrouvé, je me suis sentie entière. Alors que pendant ce court laps de temps, il me manquait une partie de moi.
- Speaker #0
Je comprends, je comprends. Et comment ça s'est passé du coup après le séjour à la maternité ?
- Speaker #1
Eh ben, sans particularité, à part que j'entendais beaucoup parler de moi dans les couloirs, parce que j'étais la dame qui accouchait dans le camion des pompiers. Oui,
- Speaker #0
oui. C'est ce que j'allais dire. Est-ce que par rapport à ça, tu n'as pas eu un suivi particulier ? Ils n'ont pas vérifié plus de choses ? C'était classique.
- Speaker #1
Non, il a quand même eu un bilan infectieux parce que du coup, en salle de naissance, quand on arrive, normalement, ils font un prélèvement au niveau vaginal, à la recherche principalement du streptocoque B, que je n'ai pas pu avoir du coup. Donc, dans le contexte d'accouchement un peu inopiné. En dehors d'une maternité, il a eu un bilan infectieux qui était normal, mais c'était plus par acquis de conscience que par inquiétude parce qu'il n'avait pas de symptômes quelconques. Donc du coup, après, on a eu un séjour en maternité comme si de rien n'était, comme si j'avais accouché à la maternité dans un endroit prévu. J'ai eu du mal quand même à réaliser qu'il était déjà là parce qu'une heure trente, c'est rapide.
- Speaker #0
C'est soudain, oui.
- Speaker #1
Oui. Donc ça a été rapide et j'ai eu du mal à réaliser. Et à force d'en parler, c'est là que j'ai commencé à réaliser en cas de que, bah, oui, ça y est, il est là, il est arrivé super vite, mais il est bel et bien là. Mais j'ai gardé longtemps les stigmates de cette nuit-là, parce que du coup, c'est quand même un trajet que je fais très régulièrement entre chez moi et l'hôpital, puisque je travaille à cet endroit-là. Marin était déjà à la crèche du CHU. Donc vraiment, c'est un trajet qui fait partie de mon quotidien. Donc à chaque fois que je repassais devant le commissariat, le fameux commissariat, j'avais toujours une... J'étais presque envahie par mes émotions en me remémorant en fait cette fameuse nuit.
- Speaker #0
Bah oui, c'est normal en même temps, c'est tellement... On n'y pense pas quoi, enfin...
- Speaker #1
Non, bah puis vraiment, c'était... Je voulais vraiment faire un maximum de travail à la maison. Mais à aucun moment, on n'a eu envie de faire une naissance à domicile. Probablement parce que je connais aussi les risques qu'il peut y avoir autour de la naissance. Mais ça ne faisait vraiment pas partie de nos projets. Pour autant, ça s'est imposé à nous. Et les sages-femmes m'ont dit, et tout le monde l'a répété, que la plupart des accouchements qui vont vite comme ça, ils se passent bien. Je souhaite à tout le monde que ça se passe de cette façon. Parce que de notre côté, tout s'est bien passé et on en garde un très bon souvenir. Mais intense.
- Speaker #0
Oui, c'était un mot bien choisi au début, je pense.
- Speaker #1
Attendu, parce que du coup, j'avais dépassé le terme. Intense, parce que très rapide et les contractions rapprochées et vraiment fortes d'emblée.
- Speaker #0
Du coup, vous êtes sorti au bout de trois jours.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On est venu vous voir à la maternité ou vous avez attendu de rentrer ? Ta maman qui gardait ma ronde.
- Speaker #1
Alors, c'est... Pas qu'on a attendu, c'est que les visites étaient encore interdites. Ah oui,
- Speaker #0
donc vous étiez dans la période...
- Speaker #1
Et bien c'était un peu après quand même, les premiers confinements c'était 2020, donc on était deux ans après.
- Speaker #0
T'as accouché en quel mois ?
- Speaker #1
Mai 2022. Les visites étaient toujours interdites, donc on s'est pas posé la question. Et finalement on l'a... Plutôt bien vécu. En fait, on était dans notre petite bulle tous les quatre. Du coup, parce que dès le lendemain, du coup, Marin est venu rencontrer son petit frère.
- Speaker #0
Chouette.
- Speaker #1
Ouais, vraiment concentré sur notre cellule familiale. Et ça ne nous a pas du tout posé de problème. Au contraire, je pense qu'on était bien comme ça. Je ne saurais pas dire à quel moment les premières visites ont eu lieu à la maison après. Je pense assez rapidement parce que tout le monde est toujours très impatient de rencontrer les bébés.
- Speaker #0
Comment vos proches, ils ont réagi quand vous leur avez...
- Speaker #1
Ma maman, elle savait, puisque je crois que Morgane lui a envoyé un message très rapidement, dans les premières, pour la rassurer. La deuxième personne qui a dû le savoir, en même temps que ma maman, c'est mes voisins. Je pense que ma voisine Marjorie ne s'est pas recouchée, elle ne s'est pas rendormie, parce qu'elle est très inquiète de savoir si tout allait bien se passer jusqu'à ce qu'on arrive à la maternité. Et après, probablement beaucoup de mal à y croire, je pense, parce que c'est plus fréquent. Mais pas tant que ça. Donc on n'en entend pas tant parler que ça. Ça nous a surpris nous-mêmes, donc notre entourage aussi.
- Speaker #0
Le retour à la maison, ça a bien passé du coup ?
- Speaker #1
Oui. Retour à la maison, nouvelle vie à quatre. Plus intense, forcément. D'autant plus que Com, c'était un petit bébé très demandeur, avec des besoins très intenses. Besoin d'être toujours porté, toujours contre moi, jour et nuit, pendant plusieurs mois.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Les premiers mois ont été vraiment intenses, mais plein de bonheur.
- Speaker #0
Avec Marin, ça se passait bien ?
- Speaker #1
Oui, il a fallu qu'il s'adapte aussi, parce que trois ans, ça ne me paraissait pas si petit à ce moment-là. Et quand j'ai revu Com à trois ans, je me suis dit que je ne le verrais pas du tout avec un autre bébé. Peut-être aussi parce que ses besoins étaient différents à ce moment-là. Mais gros chamboulement aussi pour Marin. qui s'est malgré tout bien adaptée, même si, évidemment, on a traversé quelques zones tumultueuses après, qui sont vite rentrées dans l'ordre, avec beaucoup de patience et beaucoup d'écoute.
- Speaker #0
Du coup, les semaines, mois après l'accouchement, se sont bien passées ? Vous vous êtes bien fait adaptée ? Oui, parce qu'en fait,
- Speaker #1
j'ai eu un accouchement physiologique, dans un endroit insolite, mais un accouchement absolument physiologique. J'ai bien récupéré physiquement, même très rapidement. Très fatiguée parce que j'avais quand même perdu beaucoup de sang. Mais tellement dans l'admiration de cette nouvelle petite personne qu'on avait créée que la fatigue passait au second plan.
- Speaker #0
Et du coup, tu me disais tout à l'heure que c'est tellement insolite que vous avez un petit peu été le buzz. Oui,
- Speaker #1
on a été sollicité suite à la maladresse d'un pompier. Je ne sais plus exactement comment ça s'est fait. Mais bon, ça s'est su et c'est vrai qu'on a été sollicité par plusieurs journalistes. On n'a pas répondu à tous. parce que c'était quand même chronophage de répondre à tous ces gens. Et puis c'était notre petite bulle familiale. On n'avait pas spécialement envie de raconter tout dès maintenant à des gens qu'on ne connaît pas. On a accepté une interview, je crois que c'était le West France, une journaliste très charmante, une femme, qui a su aussi respecter notre intimité, qui voulait juste faire son petit papier. On a fait une photo avec les pompiers à la caserne. et puis... Ça en est resté là, elle nous a offert des chocolats.
- Speaker #0
C'est gentil.
- Speaker #1
Et puis, voilà, les autres, on n'a pas répondu. Parce que, voilà, un, c'était bien. Ça nous a fait aussi un souvenir, en fait, parce que j'entends que ce soit aussi...
- Speaker #0
Insolite.
- Speaker #1
Solite, voilà. Et puis, en fait, c'était le premier accouchement à la caserne. Donc, du coup, je pense qu'ils étaient aussi dans l'émotion. Et c'est de cette façon que l'information a fuité, on va dire. Sans qu'il y ait de...
- Speaker #0
Oui, ce n'était pas de la malveillance. Oui,
- Speaker #1
il n'y avait pas de voyeurisme ou autre, en fait. C'était juste l'émotion de ce qui s'était passé. Oui,
- Speaker #0
parce que même pour eux, c'est sexuel. Même dans leur métier. Oui,
- Speaker #1
c'est ce qu'on peut dire. Et depuis, on retourne les voir régulièrement. Au moins une fois par an. Il serait que je les gardais un lien un peu privilégié avec Séverine, du coup, qui m'a accouchée au final, on va dire. Et que j'ai retrouvée par le plus grand des hasards dans une salle de sport par chez moi. Parce que du coup, on habite à côté. Donc on a gardé un lien et bien sympathisé en fait. Donc on se voit de temps en temps à certaines occasions, notamment les anniversaires de Côme du coup. Ah c'est cool ! Et voilà, on prend toujours plaisir à retourner les voir à la caserne et à se remémorer cette nuit-là.
- Speaker #0
dont tout le monde parle encore beaucoup, finalement.
- Speaker #1
Oui, parce que même pour eux, ça doit être chouette de voir ce petit garçon grandir. Tu me disais qu'ils avaient le faire-part.
- Speaker #0
Il y a le faire-part dans la caserne et il y a l'article du Ouest-France aussi, du coup, qui est encore dans la caserne.
- Speaker #1
Oui, c'est chouette.
- Speaker #0
Oui, c'est chouette.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a quelque chose que tu voudrais rajouter ?
- Speaker #0
Non, je n'ai rien oublié de dire, je pense. Après, il y a toujours plein de petits détails qui reviennent au fur et à mesure, mais on pourrait en parler pendant des heures de nos accouchements. En tout cas, à travers cet accouchement, J'ai réalisé à quel point les femmes étaient puissantes, parce que les accouchements sont aujourd'hui très médicalisés, même si on tend à les démédicaliser au maximum pour accoucher dans des positions physiologiques, en respectant la physiologie de la naissance. Et là, en le faisant presque toute seule, de façon aussi, pas imprévue, parce que je savais très bien que j'allais accoucher, de façon aussi insolite, je me suis rendue compte que les femmes étaient quand même conçues pour. et que notre corps connaissait la marche à suivre et savait faire. Et ça, je trouve ça beau.
- Speaker #1
Je ne suis pas trop d'accord avec ça. Je veux bien, avant qu'on termine, que tu nous parles un peu de ton métier aussi. Tu nous expliques un peu qu'est-ce que tu fais, comment... Oui,
- Speaker #0
alors rien à voir avec la physiologie, du coup, de mon côté. Donc moi, je suis infirmière puricultrice en néonatalogie au CHU de Caen, principalement en réanimation et soins intensifs. Donc les bébés qui sont hospitalisés sont par définition des bébés qui ont besoin de soins médicaux dès la naissance, donc soit des bébés prématurés qui sont nés avant terme, ça peut aussi être des bébés à terme qui ont du mal à s'adapter à la vie extra-utérine, donc qui font ce qu'on appelle une détresse respiratoire, qui ont besoin d'une assistance ventilatoire transitoire la plupart du temps, besoin quand même des bébés qui ont des malformations avec un besoin de chirurgie néonatale précoce. Donc ça c'est les... principaux motifs d'hospitalisation qu'on rencontre en réanimation et aux soins intensifs. Et après, mon travail technique consiste à réaliser les soins médicaux et techniques sur les nouveau-nés. Et par contre, ce que nous on appelle le rôle propre de l'infirmière pluricultrice, c'est tout ce qui est accompagnement des parents, de la fratrie, le soutien à la parentalité. Dans ce milieu, pour le coup... sur-médicalisé, nécessaire, mais quand même sur-médicalisé. Très impressionnant quand on débarque dans une chambre de réanimation avec beaucoup de machines, beaucoup d'écrans, des alarmes. Donc, oui, soutien à la parentalité, beaucoup de réassurance, d'écoute, inévitablement de l'empathie envers ces familles qui traversent des semaines et des mois difficiles avec beaucoup d'inquiétude pour leur bébé. C'est qu'un tout petit résumé, parce que ça c'est pareil, je pourrais en parler pendant des heures.
- Speaker #1
Oui, évidemment.
- Speaker #0
Mais ça pourra faire l'objet d'un autre épisode spécial sur l'université. Peut-être.
- Speaker #1
Là, ça fait complètement écho à l'épisode de Lucie, où elle nous a raconté qu'elle était très proche de l'équipe médicale qui les a accompagnées. Même elle, elle a fait un espèce de transfert où elle se sentait plus infirmière que pas.
- Speaker #0
Oui, on est très proche des familles. Alors évidemment, cette proximité, elle est aussi différente d'une famille à l'autre parce qu'on n'a pas le même feeling avec toutes les familles. Mais c'est des familles qu'on voit au quotidien pendant plusieurs mois, dans le cadre des grands prématurés comme le bébé Lucie et avec qui on crée des liens. Oui, forcément, ça paraît logique. et qu'on prend plaisir à revoir plusieurs mois, voire plusieurs années après la sortie, avec des bébés qui viennent courir, marcher et faire un peu de bruit dans le service pour nous montrer à quel point ils vont bien, malgré des déséquilibres.
- Speaker #1
C'est une belle récompense pour vous de les voir après. Est-ce que toi, par rapport à ça, ça t'avait un peu inquiété pour tes grossesses de savoir tout ce qui pouvait... entre guillemets mal se passer ou non justement ?
- Speaker #0
Je mentirais si je disais non, pas du tout. Je dirais quand même que j'ai été forcément impactée par ce qu'on peut voir. Parce que quand on ignore les choses, on ne peut pas s'en inquiéter. Donc forcément, les naissances prématurées, on y pense. Plus on voit le terme avancé, plus on est soulagé. Nos grossesses sont quand même marquées par des termes clés. Et quand on les franchit... C'est quand même un petit soulagement au fur et à mesure. Et puis, pour tout ce qui est malformation, les échographies. Souvent, les gynécos, ils nous repèrent de loin. Les échos sont, du coup, pas plus poussés que pour les autres, parce que tous les bébés méritent d'avoir une échographie approfondie à la recherche de... C'est ce qu'on appelle l'échographie morphologique à la 22e semaine. Les échographies sont les mêmes pour tout le monde, mais en tout cas, c'est vrai que nous, on est assez connus pour être... pointilleuse, on pose beaucoup de questions au moment de ces échographies-là, parce que vous savez, on sait. Après, pour tout ce qui peut se passer autour de l'accouchement et qui n'est pas prévu, du coup, bien sûr qu'on y pense, mais une fois qu'on y est, beaucoup moins. Parce que ça reste un des plus beaux moments de nos vies, la rencontre avec nos bébés. En tout cas, moi, j'ai réussi à ne pas me parasiter par toutes les inquiétudes. autour de ce qui peut se passer pendant la grossesse et autour de la naissance.
- Speaker #1
Avant de finir, dans la saison 1, il y avait deux petites questions. Et là, j'aimerais bien en rajouter une troisième. Donc, j'ai trois petites questions pour le 3. La première question, du coup, j'ai hâte de connaître la réponse à cette question. Dans ta valise de maternité, c'était quoi l'objet indispensable que tu ne regrettes pas d'avoir emporté et au contraire, l'objet inutile que tu as trimballé pour rien ? Est-ce que déjà vous aviez la valise de maternité avec vous ?
- Speaker #0
Oui, la valise était faite assez tardivement, je crois. J'ai dû la faire vers 36 semaines. Je l'ai faite à 36 semaines, j'ai eu la grippe à 36 semaines. J'ai beaucoup toussé. Et ma sage-femme m'a dit de préparer ma valise si ce n'était pas déjà fait. Parce que, comme tout épisode infectieux, la grippe peut déclencher un accouchement. Ça n'a pas été le cas, mais du coup elle était quand même faite. Le trick inutile, la turbulette. Puisque Combe était déjà portée H24. À ce moment-là, donc il n'a pas dû poser beaucoup ses petites fesses dans le berceau. Donc je pense que c'est ça. Et l'objet indispensable, la veilleuse.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que beaucoup trop de lumière dans les chambres de maternité qui ressemblent à des chambres d'hôpital.
- Speaker #1
Oui, puis en plus, tu avais l'expérience de ton premier accouchement. Donc tu savais un peu, entre guillemets, un peu plus facile de savoir.
- Speaker #0
Oui, mais je crois que j'avais déjà la veilleuse pour mon premier accouchement. Oui. Parce qu'on me l'avait conseillée.
- Speaker #1
Oui. Donc ça restait un bon...
- Speaker #0
Oui. Pour tamiser l'ambiance la nuit et pas avoir les lumières artificielles qui diffusent beaucoup de lumière dans la chambre.
- Speaker #1
Est-ce que pendant cette période, il y a une phrase qu'on t'a dite, qu'on t'a répétée ou qui t'a marquée ? Une phrase qui est restée même encore maintenant.
- Speaker #0
On m'avait toujours dit de me faire confiance et de faire confiance à mon corps. Quand on n'a jamais accouché, c'est quelque chose qui paraît un petit peu abstrait. Parce qu'on ne sait pas vraiment à quoi on va être confronté. Là, j'en ai eu la preuve et ça rejoint ce que j'ai dit tout à l'heure concernant la puissance du corps des femmes. C'est vrai que c'est ce que mes amis m'avaient répété, de me faire confiance.
- Speaker #1
J'allais dire que tu en es la preuve parfaite.
- Speaker #0
Parfaite, je ne sais pas. Vivante, on va dire.
- Speaker #1
Ça s'est bien passé. Et du coup, pour la nouvelle question, j'avais envie de demander si tu pouvais dire quelque chose à une femme qui s'apprête à accoucher dans les prochains jours, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #0
De se faire confiance. De faire confiance à son corps et d'écouter son instinct. Pas forcément d'écouter tout ce qu'on nous dit autour. Moi ceci, moi cela, si j'étais toi, je ferais ceci, si j'étais toi, je ferais cela. Mais de s'écouter, de se faire confiance et de toujours garder en tête qu'on cherche toujours à faire le mieux pour nos bébés. Et que... Se faire confiance et suivre notre instinct.
- Speaker #1
Je pense que c'est une belle manière de terminer. Merci beaucoup. C'était trop chouette d'entendre ton histoire. Je suis très honorée que tu sois venue nous la raconter, malgré, du coup,
- Speaker #0
tu disais que ça t'avait un peu marquée quand même. Ça m'a marquée, mais pour autant, j'en garde un très bon souvenir et j'en parle facilement. Je l'ai déjà raconté des dizaines et des dizaines de fois, cet accouchement. Beaucoup plus que celui de Marin.
- Speaker #1
Forcément.
- Speaker #0
Mais oui, effectivement, dans les premiers temps, c'était plus difficile parce que les émotions étaient beaucoup plus intenses et beaucoup plus récentes. Bon, là, j'en pleure encore. visiblement.
- Speaker #1
Mais c'est normal je pense.
- Speaker #0
Mais parce que je crois que chaque accouchement est gravé pour toujours dans la tête et dans le corps d'une femme.
- Speaker #1
Complètement. Et bien merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Et voilà, c'est déjà la fin de cette histoire. J'espère qu'elle t'aura touchée, fait réfléchir ou simplement accompagnée pendant quelques instants. Si tu souhaites soutenir le podcast, tu peux lui laisser 5 étoiles sur ta plateforme d'écoute préférée. Pour toi c'est un tout petit geste, mais pour moi c'est un immense coup de pouce pour faire découvrir ses témoignages à d'autres. Et si tu as envie de prolonger cette parenthèse, de découvrir les coulisses ou les prochains épisodes, tu peux me retrouver sur Instagram, at sacréaccouchement. Merci d'être là, épisode après épisode, surtout prends soin de toi, et à très vite. Pour une nouvelle histoire d'accouchement ?