- Speaker #0
Salut Gabriel.
- Speaker #1
Salut Alice.
- Speaker #0
Comment tu vas ?
- Speaker #1
Très bien et toi ?
- Speaker #0
Ça va, merci. Je suis contente de t'avoir aujourd'hui pour parler du sujet du burn-out. Toi Gabriel, tu es professeur d'Ashtanga et ce que j'aime bien chez toi, c'est que tu challenges un petit peu les idées reçues sur cette pratique qu'on peut voir souvent comme assez rigide, exigeante, difficile. Toi, tu arrives à la pratiquer avec une approche trop mal informée, tu arrives à l'adapter. Tu le fais par rapport à ton vécu, donc malheureusement tu as traversé un burnout difficile et ça, ça a eu un impact sur ta façon de pratiquer et d'enseigner le yoga. On se parlera de ton approche dans ce podcast, on se parlera aussi de ton projet le yoga pour sortir du lit, ce que tu as créé, un programme en ligne pour les personnes justement qui souffrent de burnouts et de dépression. Mais avant de rentrer dans ce sujet-là, j'aimerais en savoir un petit peu plus sur toi et qui tu étais avant ton burnout. Quelle était ta vie, ton quotidien, ta vie professionnelle ? Est-ce que le yoga a déjà été dans ta vie à ce moment-là ?
- Speaker #1
Moi, je suis Australien de base. Et le système scolaire australien, il est assez rigide. On fait un classement à la fin du lycée de tous les élèves du lycée, de l'Australie en fait. Ça crée déjà un système où il y a beaucoup de pression sur chacun, chacune, jusqu'à la fin de leurs études de lycée. Moi, déjà, à la base, je n'étais pas bien en Australie. Je souffrais de... de dépression, c'était pas diagnostiqué, mais j'allais mal et je me mettais beaucoup de pression pour sortir de l'Australie. Pour vraiment partir, donc à mes 18 ans, j'ai fini l'équivalent du bac en Australie, j'ai travaillé un peu pour me payer mes billets d'avion et je suis venu en Europe. J'ai commencé mes études, j'ai fait des études de commerce, je savais pas trop quoi faire et j'ai fini dans la finance et du coup, c'était un peu le stéréotype de la finance, je faisais des journées jusqu'à 18h par jour. Je pratiquais pas de yoga, j'avais pas le temps. Et puis j'ai fait mon premier burnout, j'en ai fait trois. Après le premier burnout, c'est là où je suis passé devant un studio de yoga, là où je vivais à Madrid, et je suis rentré. Je savais pas pourquoi, et c'était un coup de foudre. Donc j'ai commencé à pratiquer, toujours en cherchant la perfection. Je faisais six heures de pratique par jour. Et puis la vie a fait que je bouge à Paris, je reprends un travail en finance et... C'était reparti pour le deuxième burn-out un an et demi plus tard.
- Speaker #0
Tu as su que c'était un burn-out ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce que tu peux nous décrire un petit peu ce que tu as ressenti à ce moment-là ? Est-ce qu'il y a quelque chose dans ton corps peut-être qui t'a indiqué que ça n'allait pas ? Est-ce que ça a été une longue descente lente ou est-ce que ça a été un déclic ? Un jour, tu t'es réveillé et tu n'as pas pu te lever ?
- Speaker #1
Je ne comprenais pas trop ce qui se passait dans mon corps. pas du tout en connexion avec mon corps. Je t'ai perdu. Je travaillais vraiment, là c'était sur un projet en conseil où je travaillais 18h par jour. Et je me rappelle d'avoir eu un grand débat avec mon manager de l'époque qui me disait, tu ne peux pas aller faire ton crossfit parce que tu n'as pas le temps, il faut que tu viennes au bureau. Et là, au bout d'un moment, ça pétait. J'ai fini en larmes, je ne savais pas ce qui se passait. J'ai fait ma démission. Et le lendemain de mon dernier jour, j'ai juste passé la journée à pleurer au lit. Et j'étais cloué au lit pendant deux bonnes semaines, trois peut-être. J'étais incapable de bouger. Et puis je suis parti à Paris, j'ai commencé à travailler ici. Je suis re-rentré dans les mêmes schémas, parce que c'est les schémas d'enfance, de beaucoup travailler, de beaucoup se mettre la pression. Et j'étais dans une entreprise qui profitait justement de cette volonté de travail de mon côté, qui en abusait. Là, le burn-out, c'était moins évident de mon côté. J'allais très très mal, j'ai commencé à faire des crises d'angoisse. Et c'était ma médecin traitante qui m'avait arrêté. Et je dis, ben non, je ne peux pas arrêter de travailler. Elle disait, ben non, ce n'est pas vous qui arrêtez, c'est moi qui vous arrête. C'était un moment assez flagrant et assez difficile pour moi. Parce que j'ai commencé à culpabiliser, à me dire, je ne suis juste pas capable de faire des choses normales pour tout le monde. Et encore une fois, c'était... Des semaines où j'étais au lit, en train de faire des crises d'angoisse, en train de chialer. C'était vraiment un sentiment de déception envers moi-même et comme quoi je ne pouvais pas accomplir quelque chose dans la société.
- Speaker #0
Quand ta médecin traitante t'a donné le diagnostic du burn-out, est-ce que tu as eu un accompagnement ? Comment tu t'es senti accompagné par le corps médical ?
- Speaker #1
Je me sentais assez seul. Elle, elle était excellente, mais elle ne pouvait m'accompagner vraiment que sur la médecine. donc du coup Du coup, c'était anxieux et tout le tralala. Et puis, j'avais une voisine qui était psychanalyste qui m'avait dit « Tiens, j'ai le contact de telle personne, va la contacter. » Et j'ai commencé une psychanalyse à ce moment-là. Mais entre-temps, j'étais rentré en Australie voir ma famille. Mon père m'a envoyé voir la médecin traitante de la famille, qui, elle, a commencé à m'engueuler. Je la connais depuis que j'avais 5 ans, en me disant « le Bernard, ça n'existe pas, ce que tu as dit à ta médecin traitante en France, c'est n'importe quoi » . Donc j'étais encore plus perdu. Et c'était vraiment ce truc où je me disais « ok, je ne suis plus du tout en lien avec mon pays natal et je me sens comme un gros échec dans mon pays choisi » . J'ai commencé une psychanalyse et ça s'est plutôt bien passé, ça m'a pas mal aidé. J'ai commencé un nouveau taf, au rebloch j'ai refait les mêmes choses parce que la psychanalyse ça peut t'aider si, à mon avis, si tu vas plutôt bien parce que tu vas pouvoir faire des analyses toi-même, mais si t'as pas quelqu'un qui t'accompagne, qui te pose les bonnes questions, tu peux répéter les mêmes schémas parce que t'as pas encore appris de ces leçons. plein d'événements personnels aussi et le tout a explosé. C'était dépression, burn-out à la fois. J'ai fini par être hospitalisé à cause de ça. J'allais très très mal. Je ne savais pas où j'étais, ce que je faisais.
- Speaker #0
À chaque fois que tu faisais un burn-out, tu changeais de travail, tu reprenais. Et tu avais exactement les mêmes réflexes, les mêmes schémas qui reprenaient le dessus. Comme si ton cerveau, ton système nerveux... Il n'avait pas envie d'aller ailleurs parce que c'est tout ce que tu as toujours connu en fait.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, quand tu grandis dans un système ou dans une société ou dans un endroit où tu apprends des schémas, c'est très très difficile de les défaire par la suite. Le burn-out, c'est de prouver qu'il y a une partie personnelle, il y a aussi une partie externe. Et donc, quand tu as la partie interne et que tu ne l'as pas encore, assez travaillé, la partie externe prend le dessus, et donc du coup c'est ça qui crée le burn-out. C'est le système néo-capitaliste qui nous pousse à travailler encore plus, à toujours vouloir être plus productif, à vouloir faire plus et plus et plus de choses.
- Speaker #0
Et je trouve qu'en fait on ne nous apprend pas tellement à être dans le moins ou à ralentir, et en fait souvent on va te dire il faut ralentir, il faut en faire moins, etc. Tu ne peux pas te sentir en sécurité quand tu ralentis, si tout... de ta vie, tu as évolué dans un schéma d'un mindset de pénurie, un mindset où tu as peur de manquer d'argent, tu as peur de manquer de validation externe, tu as peur de manquer de succès, etc. Et donc, en fait, tu évolues, tu apprends en étant plus jeune et dans ta vie d'adulte, à toujours être plus performant pour jamais manquer de ces choses qui sont hyper valorisées dans notre société aujourd'hui. Et donc, même si un jour, tu ralentis, tu ne vas pas réussir à te sentir en sécurité dans le moins, dans la lenteur. Ton système nerveux va toujours être activé par cette peur de manquer, cette peur de ne pas réussir et cette peur, comme tu disais, de ne pas être quelqu'un dans la société. Pour ce stress de vouloir absolument être dans les normes, faire aussi bien que tout le monde et ne pas se sentir, comme tu disais tout à l'heure, tu te sentais nulle. Mais ça, c'est quelque chose qu'on nous met dans la tête.
- Speaker #1
Bien sûr. Quand on travaille, par exemple, et on travaille en entreprise, c'est aussi des entreprises ou des sociétés qui sont formatées pour toujours demander plus. Pour mon deuxième barnyard, j'avais signé pour faire les finances internes d'une seule entreprise. Et là, le groupe avait dit, tiens, je t'en donne quatre de plus, débrouille-toi. Et donc, je me suis retrouvé à faire une fusion, à faire plein de choses différentes qui étaient intéressantes. Donc, du coup, ça me donnait encore plus envie de travailler. tripler ma charge de travail sans que je refuse parce que c'était une reconnaissance qu'en quoi je faisais bien mon travail, qu'il me donne plus de travail et c'est ça pour moi le vrai problème actuellement, c'est que quand tu fais bien ton travail, on t'en donne plus au lieu de se dire en fait tu fais bien ton travail, c'est excellent là, t'as pas besoin d'en faire plus tu fais déjà assez et si t'avais dit non,
- Speaker #0
qu'est-ce qui se serait passé ?
- Speaker #1
j'y avais même pas pensé Mais maintenant, je ne sais pas. Ils n'auraient pas pu me virer, c'est sûr, mais ça aurait été compliqué.
- Speaker #0
En toi ?
- Speaker #1
En moi et même envers la boîte pour laquelle je travaillais.
- Speaker #0
Et ton entourage dans tout ça ? Tu disais que quand tu as fait ton deuxième burn-out, tu es rentré en Australie. Est-ce qu'avec tes proches, tu as pu en parler ? Comment ça s'est passé ? Est-ce que tu t'es senti écouté ? Est-ce qu'on t'a cru ?
- Speaker #1
Mes proches en France, oui. Ma famille adoptée en France, oui. Mes proches en Australie, non. Mais c'était l'une des raisons pour lesquelles j'étais parti à la base. Les gens que je côtoie, même encore en France, c'est des gens qui m'ont vu vraiment commencer à travailler plus, plus, plus, plus, plus, ça allait de moins en moins bien. Et ils ont vu ce moment de craquage.
- Speaker #0
D'effondrement. Aujourd'hui, ça va mieux ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Quand tu as commencé à remonter la pente, est-ce que tu peux nous parler par exemple d'une petite victoire, une première victoire, quelque chose qui t'a fait sortir la tête de l'eau ?
- Speaker #1
Il n'y a pas trop de petites victoires dont tu te rappelles, qui sont marquantes. C'est surtout des moments où tu te dis, ok, j'ai fonctionné normalement. Je me suis levé, je me suis douché, j'ai pris mon café, j'ai... travailler, j'ai vu des amis, mais je me suis aussi mis des limites. Tout le travail avec ma dernière thérapie, c'était vraiment apprendre à mettre des limites, à comprendre que je suis capable de faire X, pas X plus Y. Et le Y, maintenant, je dis non. Donc c'est ça la vraie victoire, mais c'est pas quelque chose qui est palpable ou que tu vois au quotidien. C'est des petits changements comme ça. C'est assez difficile et surtout à ce moment-là, du troisième, j'étais vraiment en dépression aussi. Donc tous les symptômes des deux sont assez mélangés. Donc c'est très difficile de les différencier, de voir, oui, ça c'était une preuve qu'on voit que j'allais mieux au niveau burnout, mais ça c'était une preuve qu'on voit que j'allais mieux au niveau dépression. Et pour les autres, honnêtement, je ne m'en rappelle plus. J'ai une grande capacité de répression de tous les mauvais souvenirs. C'est des mois que j'ai perdus dans ma mémoire.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Est-ce qu'il y a des choses qui t'ont aidé ? Par exemple, à ce moment-là, tu pratiquais le yoga, tu disais que tu commençais à pratiquer le yoga. Est-ce que le yoga, ça t'a offert quelque chose que tu ne trouvais pas ailleurs ?
- Speaker #1
Oui, complètement. C'était des moments où je n'avais pas d'écran, je n'avais pas de stimulation. La seule stimulation, c'était moi et moi-même. J'ai commencé avec du vinyasa, du hatha, et puis par la suite, je suis tombé sur un studio à Paris qui faisait de l'ashtanga, et c'est là où c'était le déclic comme quoi, ah ouais, j'adore l'ashtanga. Mais en fait, la pratique, ça a toujours été, depuis que j'ai commencé il y a 11 ans, 12 ans maintenant, ça a toujours été un sas de décompression où je ne suis pas en contact avec le monde extérieur, j'ai du temps pour... Soit me vider la tête, soit garder toutes mes pensées et les traiter. Ce qu'on ne prend pas assez de temps, à mon avis, de nos jours, de vraiment s'asseoir, à réfléchir, à penser, et c'est en pensant qu'on se débarrasse de ces pensées, souvent ces pensées parasites. Ça a toujours été ça la pratique pour moi. Ces moments de juste être avec moi-même pour me vider. ou traiter.
- Speaker #0
C'est marrant que tu aies choisi l'ashtanga pour quelqu'un qui voulait en faire moins ou qui devait peut-être à ce moment-là en faire moins. Pour moi, l'ashtanga, c'est justement la pratique du plus. Moi aussi, j'ai fait de l'ashtanga quand j'ai commencé. C'est ce que je disais un petit peu au début quand je t'ai présenté, c'est que c'est une pratique qui est vue comme assez rigide où justement, on doit réussir la posture pour pouvoir aller à la prochaine et réussir la série. Il y a quand même une logique un petit peu de performance, finalement. Et en tout cas, c'est très axé sur la discipline, la rigueur. Il y a des règles quand même assez strictes, notamment pour les personnes qui pratiquent le Maïsor. Tu peux pratiquer tous les jours, sauf les jours de pleine lune, etc. Donc, c'est quand même assez particulier dans un contexte où, toi, finalement, tu voulais en faire moins. Pourquoi tu as choisi l'ashtanga ? Qu'est-ce qui a résonné en toi quand tu as commencé à faire de l'ashtanga ?
- Speaker #1
Je ne comprenais pas comment faire moi, tout simplement. C'est une pratique qui est très calmante aussi, parce que tu sais ce qui va arriver. Il y a des postures qui sont vraiment très compliquées, très difficiles, très intenses. Mais il y a un côté pour le système nerveux où tu te lèves, tu vas à ton maïsor et tu fais la même série ou les mêmes séries. Et donc du coup, tu ne réfléchis pas. Tu penses à ce qui se passe dans le corps. Tu commences à ressentir vraiment des choses dans chaque muscle, chaque articulation. Parce qu'à force de faire la même chose tous les jours, tu apprends à ressentir ce qui se passe. Alors que moi, à mon avis, dans un vinyasa ou un atta qui ne sont plus vraiment des pratiques qui me conviennent, vu que je fais quelque chose de nouveau tous les jours, je n'ai pas le temps de me poser et de m'écouter. L'ashtanga, dans le passé, c'était une pratique qui était adaptable et adaptée à chaque pratiquant-pratiquante. Et c'était à force d'avoir trop de monde qui partait en Inde pratiquer dans la ville de Mysore. Ils ont commencé à couper les choses et à créer ce cadre très strict. Patabi Joyce, et on ne va pas rentrer dans un débat de si c'était une bonne personne ou pas, mais à la base, il adaptait chaque pratique à chaque personne. Et c'était par la suite, quand il y avait trop de monde, ils commençaient à dire, si tu n'arrives pas à faire telle posture, tu ne peux pas faire la posture suivante. Et c'était plus dans une optique de pouvoir vider des tapis ou libérer des tapis pour les personnes suivantes. De nos jours, il y a deux grandes écoles d'Ashtanga. Il y a l'école dite traditionnelle qui va suivre cette méthodologie maintenant, qui est, si tu n'arrives pas à faire telle posture, tu ne peux pas passer à la posture suivante. Et puis il y a une école un peu plus moderne, si on veut, qui essaye de comprendre que la pratique, il y a des postures qui sont très validistes, que tout le monde ne peut pas faire. Moi, je suis en léger surpoids, il y a certaines postures que je ne peux pas faire de par mon surpoids. Pas parce que je ne pratique pas assez ou parce que je ne suis pas assez souple. Donc en fait, c'est ça que j'aime beaucoup dans la pratique. Et la pratique que moi j'ai, c'est... je fais la même chose, j'y vais très lentement je cherche plus à réussir entre guillemets des postures, je m'en fiche un peu c'est plus si je fais la même chose est-ce que je peux observer ce qui se passe, est-ce qu'il est différent, est-ce qu'il est pareil par rapport à hier, par rapport à la semaine dernière, par rapport à l'année dernière Et donc, je vois au fur et à mesure des années, je fais de moins en moins de postures dites avancées parce que je m'en fiche. Et je fais de plus en plus de postures de base. Je ne suis plus adhéré à aucune école vraiment traditionnelle d'Ashtanga, donc je fais un peu ce que je veux. Et s'il y a des pratiques où j'ai envie de faire autre chose, je fais autre chose. Mais j'ai un cadre. Et le cadre, c'est jamais à sous-estimer parce que c'est reconfortant. On sait ce qui arrive et pour le système nerveux, il n'y a rien de mieux.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant ce que tu dis, je trouve, parce qu'aujourd'hui, c'est très à la mode de faire des vinyasa très créatifs, des cours de yoga qui s'éloignent beaucoup des postures dites traditionnelles. Et moi, j'adore évidemment pratiquer ce genre de pratiques, mais à la fois, j'aime bien aussi de temps en temps revenir à une pratique un petit peu plus, entre guillemets, à nouveau, je mets les guillemets, traditionnelle, justement parce que... Ce que tu as dit tout à l'heure, le fait de ne pas avoir à penser, ça change tout. En fait, quand tu te fais guider dans un flot de vignes à sacs créatifs où tu ne sais pas trop à quoi t'attendre, il y a effectivement ce truc excitant de la nouveauté et de ne pas trop savoir où tu vas aller. Mais il y a aussi ce côté où tu n'es pas pleinement dans ton corps parce qu'en fait, tu attends les indications. Et effectivement, tu n'as pas un tracker. Tu n'as pas un tracker de comparaison par rapport à... à une posture par rapport à une sensation, etc. Je pense que quand on est dans une logique de rétablissement, c'est hyper rassurant pour le système nerveux d'avoir une routine et de cultiver la prévisibilité, la répétition, pour justement être capable de traquer ses progrès. J'entends ces progrès de rétablissement, pas ces progrès dans la pratique, mais pour voir si on se sent mieux, on se sent moins bien, qu'est-ce qui a changé, etc. Et finalement, c'est un petit peu ça qu'on cherche quand on veut se rétablir, on veut se reconnecter avec les choses qu'on a perdues. Donc ce contact au corps, ce contact aux sensations, etc. que tu peux faire effectivement facilement quand tu fais toujours la même chose.
- Speaker #1
Au début, tu es vraiment excité quand tu commences la Ausha parce que tu es à la recherche de la nouveauté, des postures super difficiles. Et il y a un pattern que tu vois systématiquement chez les pratiquants et pratiquantes, c'est qu'au bout de... X temps de pratique, tu commences à en faire moins. Parce que tu n'as plus besoin de chercher vraiment la perfection ou de finir les six séries. Il y a des postures où tu les vois et tu es là genre, c'est quoi ? Déjà, tu finis la première, c'est déjà beaucoup, beaucoup. Et il y a quelque chose où il y a un point de décroche où tu te dis, je vais en faire moins. Je vais juste prendre ma température de la journée. Ça m'a pris beaucoup de temps, beaucoup de thérapie, beaucoup de pratiques. T'es arrivé à un stade où je me mets sur le tapis, je commence à pratiquer, et c'est souvent vers la troisième, quatrième salutation au soleil, on commence toujours avec ça, où je sais comment je me sens pour la journée. Je sais si j'ai plein d'énergie et j'ai envie de faire une pratique plus longue, plus intense. Je sais si c'est une journée où j'ai la flemme, mais il faut quand même que je garde la discipline parce que ça me fait du bien. Ou bien c'est une journée où j'ai juste... pas d'énergie et je vais pas bien et bah, troisième, quatrième salutation c'est suffisant, j'ai pas besoin d'en faire plus et c'est une approche assez moins traditionnelle par rapport à plein d'écoles d'Achtunga, mais surtout il y a des postures que je refuse de faire maintenant je me sens pas bien dans mon corps quand je l'ai fait ça sert à quoi en fait ?
- Speaker #0
Oui, ça, c'est important de le dire. Effectivement, il y a beaucoup de postures qui sont très, pour moi, même proches de la contorsion, en fait, qui sont vraiment inaccessibles à la grande majorité des personnes, qui ont même été pensées pour des corps qui ne sont pas nos corps d'occidentaux, qui ne sont pas des corps nécessairement vieillissants, entre guillemets, ou comme tu disais, peut-être en surpoids, ou certaines formes de corps, en tout cas. Moi, je sais qu'il y a beaucoup de choses que... que je suis incapable de faire. Je pense que c'est aussi ça qui m'a fait me diriger vers des pratiques un peu plus libres comme le vinyasa parce qu'en fait, il y a quand même aussi un sentiment de frustration, je trouve, dans l'Ashtanga. Mais bon, c'est un autre débat.
- Speaker #1
Après, quand j'enseigne maintenant, j'enseigne plus ou moins toujours les mêmes pauses. J'ai ma petite série que j'ai dans ma tête et j'ai un thème par mois et j'en travaille sur le thème. Et mes thèmes peuvent être... comment on peut faire moins d'efforts dans la pratique. Ça peut être comment on ressent mieux les ischios. Ça peut être très anatomique. Ça peut être très ésotérique où on va penser vraiment à faire d'autres choses dans la pratique. Ça ne me sert pas dans mon enseignement ni dans ma pratique en ce moment de faire des choses super contentionnistes, comme tu le dis. C'est plus, est-ce que je peux adapter telle pose, telle posture pour que ça me serve. Et c'est ça la beauté de la répétition. Tu commences à comprendre ce qui te sert, ce qui te sert pas. Alors que la nouveauté, t'es toujours excité par la nouveauté. Et on est formaté maintenant d'être encore plus excité par la nouveauté. Les algorithmes méta, c'est toujours la même chose. C'est qu'est-ce qu'il y a de nouveau ? Quand tu fais un pas vers l'arrière, t'as un peu de recul et tu te dis est-ce que ça me sert ? Est-ce que je peux être à l'aise à m'ennuyer ? C'est très puissant, ça calme le système nerveux. Et c'est les pratiques où je m'ennuie. C'est mes meilleures pratiques dans mon ressenti dans la journée après. Parce que j'ai eu le temps de vraiment me poser.
- Speaker #0
Avec tout ça, tu as imaginé une plateforme que tu as appelée le Yoga pour sortir du lit, qui est un nom quand même assez impactant. Qu'est-ce que ça représente pour toi, ce nom ?
- Speaker #1
Ça parle de moi, ce nom. C'est un rappel de moi dans ma dépression, je ne sortais pas du lit. Tant mes bains en un tout, j'étais incapable de sortir du lit. J'avais la chance d'avoir une pratique de yoga qui m'aidait peut-être une fois par semaine, une fois toutes les deux semaines à l'époque, à sortir du lit et à faire quelque chose. Et c'est ça que j'ai envie d'offrir à des personnes, ou que j'offre à des personnes qui n'ont pas la discipline ou la motivation de faire quelque chose comme ça. Je considère que la discipline, c'est réservé à très peu de gens, très peu de personnes d'entre nous qui sont vraiment disciplinées. Il faut l'externaliser. On n'a pas besoin d'être discipliné. Mais avoir un rendez-vous, on sait que, tout comme quand tu prends un café avec un ami, tu sais que tu vas y être. Tu sais que tu vas y aller. C'est la même chose pour le matin. C'est, je vais sortir du lit, un rendez-vous. Tu as parlé tout à l'heure de petites réussites. Pour moi, c'était ça la réussite quand j'étais en dépression, en burnout, c'était sortir du lit. Donc tout l'objectif, c'est vraiment d'avoir une raison pour se lever, de commencer la journée, et de commencer la journée peut-être différemment par rapport à traîner au lit, scroller pendant trois heures, se sentir minable, ou à se réveiller et puis tu es en pré-burnout et donc du coup, tu penses direct au taf et tu es en train de courir pour aller au bureau ou autre. C'est un petit sas le matin pour toi. qui te donne une raison, une vraie raison pour sortir du lit.
- Speaker #0
Le concept, c'est 20 minutes tous les matins à 8h du matin.
- Speaker #1
Il y a plusieurs créneaux, mais il y a 8h, 8h30 sur chaise et 10h, en fonction des besoins et des envies des gens. L'idée, c'est de commencer la pratique à la même heure tous les jours et d'avoir un rendez-vous avec soi-même tous les jours, du lundi au vendredi. Le week-end, il faut que je me repose aussi.
- Speaker #0
Et 20 minutes, pourquoi la durée de ce format ? Elle te semblait adéquate par rapport à un format plus long ? On a l'habitude des cours au moins 45 minutes, une heure.
- Speaker #1
Qui a 45 minutes, une heure le matin avant d'aller travailler ? En fait, il faut que ce soit réalisable et réaliste. Personne n'a de temps. Si tu vas faire 45 minutes de pratique, tu vas aller à un studio et tu vas pouvoir trouver une heure une fois dans la semaine pour pratiquer. Et pour moi, la régularité de la pratique, c'est ça qui calme le système nerveux. C'est pas une heure par-ci par-là où tu vas vraiment commencer à trouver des bénéfices d'une pratique sur la durée. C'est plus de pratique, mais moins de temps. Parce qu'on n'a pas de temps. Donc 20 minutes, c'était la durée parfaite pour moi. Parce que 30 minutes, ça paraît déjà énorme. C'est déjà un gros truc à faire le matin. Et 15 minutes, t'as pas l'impression d'avoir pratiqué. Donc c'était vraiment ce truc de... C'est limite le TikTok du yoga où tu te lèves, tu le fais. T'es content de l'avoir fait, mais ça t'a pas bouffé toute ta matinée, ça t'a pas bouffé tout ton temps, et ça t'a pas bouffé toute ton énergie pour la journée, si t'es en journée basse énergie.
- Speaker #0
Oui, puis c'est parfois un stress en plus de se dire je dois caler 45 minutes, une heure de cours, si on est déjà dans un état d'esprit où on n'a pas cet espace mental.
- Speaker #1
Tout à fait. Pour moi, il y a un vrai sujet quand on est en burn-out, pré-burn-out, dépression, Ou juste on n'a pas de temps. C'est l'organisation. Et on cherche tous et toutes plus de simplicité. Donc en fait, moi j'ai choisi la simplicité dans cette offre. C'est tous les jours, la même heure, la même durée. Tu reçois un lien par mail le matin, tu cliques sur le lien, c'est bon, tu commences à pratiquer. Il n'y a zéro prise de tête, il n'y a rien à réfléchir. Parce qu'à partir du moment où tu commences à penser à quand est-ce que je vais pratiquer, est-ce que je pratique aujourd'hui ou demain, forcément tu vas le remettre à demain. Demain, tu auras une excuse pour ne pas le faire. Et tout d'un coup, tu as passé deux semaines sans rien faire et tu commences à te flageller parce que tu te dis, il faut que je bouge. Donc en fait, c'est créer une routine ou un rituel basé autour de soi qui est faisable. Il n'y a pas assez de choses, à mon avis, actuellement, qui sont faisables pour une grande partie de la population. J'ai des freelances qui n'ont pas le temps de se caler une heure de pratique par-ci, par-là, et qui veulent juste savoir que... Ils ou elles peuvent caler 20 minutes par-ci, par-là. J'ai quelques chômeurs qui ont besoin de structure dans leur journée. J'ai des personnes en pré-burnout, en burn-out. Et pour le yoga sur chaise, ça commence à s'orienter vers une population qui a plus besoin de mouvements de mobilité tous les jours. Et c'est peut-être un peu moins santé mentale. Mais le truc, c'est que le yoga, c'est que santé mentale. Si tu bouges tous les jours et tu passes 20 minutes par jour à penser à ta respiration, à ce qui se passe dans le corps, ça va forcément avoir des effets sur ton mental aussi.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait que ce cours en particulier va être plus sécurisant, plus accessible à des personnes qui sont dans les situations que tu décris, pré-burnout, burn-out ?
- Speaker #1
C'est la structure. C'est la structure du concept, c'est-à-dire c'est à la même heure. Au bout d'un moment, tu n'y réfléchis même plus. J'ai une personne qui se réveille à 7h57 pour commencer sa pratique à 8h. J'ai d'autres personnes qui veulent prendre leur café avant, mais ça commence à devenir une partie de la routine. C'est ça la grosse différence. C'est que c'est la régularité, c'est la structure. Et puis le format des cours, les cours se ressemblent parce que je reste quand même un pratiquant de l'ashtanga. Mais chaque cours est différent pour aussi garder l'intérêt. Donc il y a une structure qui se ressemble dans tous les cours. On va faire un peu de respiration pour commencer le cours. Quelques échauffements en fonction de la partie du corps qu'on va travailler. Des salutations, quelques pauses finales. Une minute de silence. Et c'est la minute de silence, pour moi, qui est la meilleure partie des cours.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Parce que, justement, on parle de gens qui sont en pré-burnout ou en burn-out ou qui sont dans le scroll, dans la stimulation en permanence. Et je leur offre une minute avec rien. Et une minute, ça peut être rien, tout comme ça peut être beaucoup. Et avoir ça tous les jours, juste une minute pour s'arrêter. Ça fait une grosse différence sur la journée.
- Speaker #0
Trop bien. Tu as eu des retours des personnes qui pratiquaient avec toi le matin, des choses peut-être qui les ont transformées ou qui leur ont fait du bien, des choses qui louent à le temps remonté ?
- Speaker #1
J'avais une élève, elle ne pratique plus avec moi. C'est une fierté qu'elle ne pratique plus avec moi, justement. Elle était gérante d'une boutique qui était à trois minutes à pied de chez elle. Elle me disait, avant qu'elle commence les cours, qu'elle préparait son thé le matin. Et puis elle était toute lame, tout feu, donc elle partait de la maison et le soir elle rentrait, elle voyait sa théière avec du thé froid.
- Speaker #0
Elle n'avait jamais eu le temps de boire son thé le matin. Et au bout de deux semaines, elle me disait, j'ai changé mes routines matinales, je me lève, j'ai le temps de boire mon thé, je fais ma pratique et puis je pars travailler. Elle était debout toute la journée, donc travailler, justement bouger le dos et tout, ça changeait tout aussi. Mais c'était ça, pour moi, le visuel de la théière qui n'était plus sur sa table de cuisine froide le soir, c'était ça, le vrai changement. Ce n'était pas est-ce qu'elle ne s'est plus étirée, est-ce qu'elle a gagné en force ? Non. C'est qu'elle a trouvé un moment pour elle le matin, elle était moins stressée dans la journée. Elle n'avait pas ce rappel le soir de « j'ai encore ma théière sur la table » .
- Speaker #1
Oui, c'est beau. C'est vrai que l'image, elle est un peu triste. J'ai entendu imaginer cette pauvre théière sur cette cuisine. Oui, c'est vrai que c'est triste.
- Speaker #0
C'est triste, mais c'est la réalité de plein de gens. Moi, quand je travaillais en finance, la quantité de fois où je rentrais à la maison, je voyais mon café, je ne suis pas trop thé, je voyais mon café sur la table de la cuisine parce que j'avais oublié de boire mon café. T'es déjà en train de penser à « Ah oui, il faut que je fasse machin truc » .
- Speaker #1
Oui, t'es jamais dans l'instant en fait. Tu prends jamais vraiment le moment de savourer l'instant. Et c'est vrai que là, on parle du matin, du café, etc. Mais c'est vrai qu'on est tous et toutes à prendre des cafés emportés. à courir, à speeder le matin. En tout cas, moi, quand je travaillais en entreprise, c'était ça. C'était vraiment mon temps le matin. Il était tellement optimisé. Je me levais assez tard parce que je me couchais aussi très tard. Donc, il fallait quand même que je dorme un petit peu. Tu te réveilles, tu appelles le temps de t'habiller, de te coiffer, etc. Café emporté, et voilà. Mais pas le temps de s'asseoir deux secondes, c'est vrai. Du coup, tu te réveilles et tu es déjà dans un stress élevé.
- Speaker #0
Si tu penses à ton système nerveux, dans ce cas-là, tu te réveilles, tu es déjà en train de penser à ta journée, à toutes les tâches que tu as à faire, versus un « je vais bouger, respirer pendant 20 minutes » , 20 minutes, c'est rien, je peux les caler, et je vais prendre 5 minutes pour boire mon thé. Ça fait toute la différence dans la journée.
- Speaker #1
J'aimerais te poser des questions par rapport à ce que c'est que le burn-out. C'est un peu un mot qui est utilisé, je pense, à tout va. Beaucoup de gens vont dire « je suis en burn-out » , etc. Un peu comme le mot « trauma » , c'est surutilisé. Du coup, ça pénalise les gens qui en souffrent vraiment. Parce qu'il y a une différence, je pense, entre être très fatigué ou être très stimulé, très sollicité, et être en burn-out. Comment est-ce que ça s'exprime dans le corps ? Comment est-ce que ça s'exprime dans le mental ? Qu'est-ce qui fait qu'on est en burn-out et qu'on n'est pas juste en stress chronique finalement ?
- Speaker #0
Être en stress chronique,
- Speaker #1
ça peut amener vers le burn-out, effectivement.
- Speaker #0
Voilà. Déjà pour moi, le burn-out, il faut parler des causes. Comme je t'ai dit tout à l'heure, il y a deux causes principales. Et les deux causes doivent se réunir. Il y a un côté perfectionniste ou overachiever, comme on dit en anglais, de vouloir toujours réussir et toujours faire plus. Et il y a un côté externe qui va profiter de ça et qui va nous pousser vers le surtravail, vers ce moment de craquage. Donc le burn-out, c'est le résultat de ça. Comment ça se manifeste ? Pour chacun, chacune, bien évidemment, c'est différent, sinon ça aurait été beaucoup plus facile à diagnostiquer. Mais il y a déjà une fatigue chronique. Il y a souvent une perte d'intérêt pour toute activité. Surtout une perte d'intérêt pour le travail. Moi, dans mon cas, il y avait une espèce de brouillard où j'étais en autopilote. Je ne savais plus ce que je faisais. Je me levais le matin, je prenais mon café, je partais au travail. Et le soir, je rentrais, je me couchais. Et à la fin de la semaine, si tu me demandais qu'est-ce que tu as fait cette semaine, aucune idée. Et pour moi, c'est l'autopilote qui est un peu aussi le précurseur du burnout. Et puis, quand t'es en burn-out, moi, dans mon cas, c'était très émotionnel. C'était beaucoup de larmes, beaucoup de... zéro énergie. J'étais incapable de... Moi, pendant les premières semaines de chaque burn-out, j'étais incapable de me lever, de prendre un café, de me poser, de faire autre chose, à part juste rester au lit et regarder une série ou scroller. Parce que j'étais incapable de faire quoi que ce soit. Il y a d'autres personnes qui m'ont parlé du fait qu'il y a beaucoup de douleurs parce qu'il y a de la fatigue musculaire. Et donc les muscles commencent à se syndicaliser contre tout ce que tu es en train de faire avec ton corps et qui commencent à se dire en fait non. Et tu commences à ressentir beaucoup de raideur, beaucoup de douleurs. Et puis, il y a 15 millions d'autres symptômes qui peuvent arriver. Pour moi, c'était surtout ça.
- Speaker #1
Donc, hyper fatigue, hypersensibilité, douleur, et un peu le sentiment d'être anesthésié, de piloter un petit peu ta vie au-dessus, mais sans vraiment être dans le moment.
- Speaker #0
J'étais comme le chef d'un ratatouille. J'avais un rat au-dessus de la tête qui me disait quoi faire Mais je n'avais aucune idée de ce que je faisais. Et puis, je pleurais. Et j'étais juste fatigué. Je pleurais parce que je me disais, je suis trop fatigué, j'ai besoin de vacances. Mais les vacances, ça n'aide pas.
- Speaker #1
C'est ça que j'avais envie de te dire. C'est qu'on a beaucoup parlé du travail. Mais en fait, le burn-out, il peut arriver aussi par d'autres moyens, d'autres biais. Le travail, c'est effectivement la grosse cause du burn-out. mais je pense que... Tu as plein de choses qui gravitent autour du travail, qui vont aussi te drainer en énergie. Je pense que ta batterie sociale, le fait de devoir toujours être dehors, être vue, faire plaisir aux gens, dire oui, ça aussi, ça peut être une source de fatigue. Tu vois, dans le wellness, vu que nous, on travaille comme tous les deux dans le milieu du wellness, je trouve que maintenant, on te demande d'en faire tellement, d'avoir une routine tellement compliquée, d'essayer toutes les nouveautés. Tu fais du yoga, mais du coup, il faut aussi faire de la muscu. Et puis, il faut aussi faire de la danse. Il faut diversifier les pratiques, etc. C'est génial, mais en fait, tout le monde n'a pas le temps. C'est impossible déjà d'avoir une activité. Mais s'il t'en faut 15 pour être sûr d'avoir le corps le plus optimisé, ça devient vraiment un stress, je trouve.
- Speaker #0
Il y a un mot que tu as utilisé qui t'est optimisé. Et tout gravite autour de ça. Quand on commence à optimiser, à chercher la performance, et on ressent des pressions externes, c'est ça qui mène vers le burn-out. C'est le plus évident, et l'OMS parle vraiment que du burn-out dans le monde du travail. Je ne suis pas en désaccord avec toi qu'il y a d'autres burn-outs. Moi, ce que j'ai vécu, c'était surtout lié au travail aussi, mais c'est toujours cette idée de chercher la perfection, ou d'optimiser, et toujours en faire plus.
- Speaker #1
C'est un tout.
- Speaker #0
C'est un tout.
- Speaker #1
La productivité, elle ne nous est pas demandée que dans le travail. Elle nous est demandée aussi dans notre vie sociale, dans notre famille, dans même le sport, le wellness, dans la représentation qu'on se fait de soi. Il faut toujours apparaître sous une certaine forme, etc. Tu vois ce que je veux dire ou pas ? C'est qu'il y a beaucoup de points de pression, de facteurs de pression qui arrivent de toutes parts et qui peuvent ajouter. à la charge déjà qu'on a au travail.
- Speaker #0
Oui, je suis complètement d'accord avec toi. Le wellness, c'est tout un autre sujet. Ça pourrait faire un épisode podcast extraordinaire. Mais c'est tout un sujet de, déjà, la représentation des corps humains dans les médias, etc. qui nous projette ou qui nous force à essayer de s'optimiser. Il y a tout cet aspect-là qui crée une pression permanente. Il y a bien évidemment les obligations sociales. et à... Un mélange de tout, mais qui sera toujours, à mon sens, aggravé par le travail qui prend le plus d'heures dans la journée au final. Sauf si tu es prof de yoga et que tu fais 5 heures par semaine. Et j'en connais aucun qui ne fait que 5 heures de cours.
- Speaker #1
Je pense que le burn-out des profs de yoga, il est réel aussi.
- Speaker #0
Ah oui, je suis d'accord.
- Speaker #1
Ce qu'on voit, c'est 5 heures de cours, mais ce qu'on ne voit pas, c'est tout ce qu'il y a derrière. Et tu le sais mieux que moi, c'est la préparation, c'est la compta, c'est les réseaux sociaux. Un métier, mais finalement, qui en cache beaucoup d'autres derrière. Mais ça aussi, je pense que c'est un autre sujet, peut-être qu'on pourrait faire dans un autre épisode de podcast.
- Speaker #0
Oui, mais il y a un côté car pour moi. Et c'est le car où on est dans le sur-car. Et ça s'applique au monde de travail, ça s'applique aux médecins, ça s'applique aux profs de yoga et dans la vie sociale, dans la vie affective, quand on care trop et on n'arrive pas à... prendre du recul et du temps pour soi, c'est là où on commence à aller vers le burnout. C'est apprendre ce qu'on ne nous apprend jamais, qu'à apprendre nous-mêmes. Toutes les semaines, j'ai au moins un soir dans mon agenda qui est bloqué pour moi. Et peu importe si j'ai tel ami de l'Australie qui sera à Paris tel jour, si c'est le seul soir de la semaine qui est encore disponible. C'est une soirée pour moi parce que j'ai besoin de ce moment-là pour récupérer. J'optimise, mais à l'inverse maintenant. J'optimise pour trouver du temps pour moi, pour arrêter mes notifications, pour arrêter d'être sur le portable, pour tout ça. Parce que je sais aussi que j'ai un terrain propice à retomber dans un burnout. Si j'en ai fait trois, voilà. Mais du coup, maintenant, j'optimise plus pour moi-même. Et tout ce qui gravite autour, c'est super. Mais je suis la seule personne qui va vivre ma vie. Donc autant que je la vive pour moi.
- Speaker #1
Finalement, qu'est-ce que cette épreuve t'a appris sur toi ? Aujourd'hui, t'apparais comme une chose positive.
- Speaker #0
J'ai appris à dire non. J'ai appris à... à privilégier mes besoins au-dessus des besoins des autres. Et c'est même des mini-trucs où, quand t'es prof du yoga, t'as souvent cet élève qui va venir te parler à la fin du cours et te raconter tous les traumas qu'il ou elle a vécu. J'ai appris à dire non à cet élève-là. C'est pas une seule personne, il y en a beaucoup, mais j'ai appris à dire, en fait, je suis pas psy, je suis pas formé pour gérer ça. C'est pas ma place. Je peux t'aider à écouter ce qui se passe tant encore, mais si t'as besoin d'un suivi psy, va voir un psy. C'est la même chose avec les amis, avec la famille, avec l'Australie. Il y a un décalage horaire d'entre 8 et 10 heures. Mon père, après bientôt 18 ans, je vis en Europe, il a toujours pas compris ce décalage, et il va m'appeler à 23h minuit. Jusqu'à il y a peu de temps, jusqu'à il y a deux ans, je répondais toujours. Parce que, obligation, pression. Et maintenant, j'ai aucun problème à juste laisser ça passer et dire « Ok, lui, il a toujours pas compris. » C'est pas mon problème. Et donc, quand je parle de me privilégier, c'est pas pour faire payer les autres ou pour dénigrer les besoins des autres. C'est juste, c'est comme dans l'avion, tu mets ton masque avant de mettre le masque de la personne d'à côté. Et c'est ça la leçon.
- Speaker #1
Où est-ce qu'on peut pratiquer avec toi ? Est-ce qu'on peut s'inscrire à ton programme ? Où est-ce qu'on peut te trouver ?
- Speaker #0
Du coup, on peut me trouver sur Instagram, le yoga pour sortir du lit, tout attaché. Ou mon site web, c'est ypsl.fr. Yoga pour sortir du lit.
- Speaker #1
Je mettrai de toute façon dans la description de l'épisode de podcast. Franchement, je voulais te dire merci parce que c'est hyper inspirant, ton histoire. Je trouve ça bien en plus d'en parler avec un homme, parce que ce n'est pas souvent que les hommes s'ouvrent à ces questions de santé mentale. Donc je trouve ça encore plus touchant que tu partages ton histoire, ta vulnérabilité. Donc merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Et je vous invite vraiment à aller checker le travail de Gabriel et si vous êtes dans cette situation de burn-out ou autre. peut-être d'essayer de vous retrouver une petite routine de mouvement parce que vraiment ça fait toute la différence et c'est important de prendre du temps pour soi.
- Speaker #0
Merci Alice.