- Speaker #0
Attends !
- Speaker #1
T'as remis tes chaussettes à l'endroit ?
- Speaker #0
Non, elles sont toujours à l'envers.
- Speaker #1
Bah gros tu sais, faut changer de chaussettes non pour toi là ?
- Speaker #0
Pourquoi ? Je change jamais de chaussettes en fait. Faut savoir un truc, c'est que j'ai les mêmes chaussettes pendant deux semaines. Tu veux voir ?
- Speaker #1
Personne ne dégoûte pas les chaussettes.
- Speaker #2
mytho je te jure que ça ne dégoûte pas les pieds ça dépend pourquoi enfin bref la
- Speaker #0
dernière fois on était on était où ?
- Speaker #1
comment ça on était où ?
- Speaker #0
au parc astérique je crois et on a dit qu'on allait parler des choses qui nous ont fait rire et pleurer on était au parc astérique ? ouais bah faut bien trouver entre guillemets.
- Speaker #1
Non, la dernière fois, on était juste mort de rire sur certaines situations et on racontait aussi les moments qui nous ont fait un peu pleurer. On s'est dit qu'on allait en parler dans le podcast, on n'était pas du tout au Parc Astérix.
- Speaker #0
Merci, désolé de casser mes rêves.
- Speaker #1
De trouver une intro !
- Speaker #0
C'est marrant de dire, bon bref.
- Speaker #1
Vas-y.
- Speaker #0
C'est quoi le truc le plus... Est-ce que t'as vécu plus de situations tristes ou drôles, tu penses ? Enfin, c'est quoi qui te reste le plus en tête, plutôt ?
- Speaker #1
Il y a une situation en tête qui me reste, mais elle est triste. Moi aussi,
- Speaker #0
je vais faire chier tout le monde.
- Speaker #1
Peut-être pas moi, vas-y. Non,
- Speaker #0
vas-y, vas-y.
- Speaker #1
Attends, tu me demandes. Et après, je pense que j'ai eu plus de situations drôles, mais qui ne m'ont pas marqué. Je veux dire, je rigole tous les jours, tout le temps. Donc, c'était une journée lambda, des situations lambdas pour moi. Vas-y, je veux que tu me racontes la tienne. Une triste. Attends, attends, attends. Parce que là, avant de faire déprimer tout le monde, est-ce que tu es un mec déprimant ?
- Speaker #0
veut faire déprimer les gens déjà non pas du tout mais c'est juste que il ya des trucs qui vont est ce que tu as eu des situations qui était drôle ah oui oui oui jeudi drôle ou tu dis drôle jeudi drôle c'est bizarre non c'est vraiment nordiste non
- Speaker #1
comme la chute au collatine n'existe pas par dans votre tête mais sinon on rêve pas de débat ici s'il vous plaît dis moi moi j'en ai plusieurs ce que j'en ai alors j'en ai une c'est c'est
- Speaker #0
En plus, ça concerne une jeune, je crois qu'elle avait 14-15 ans, j'étais en salle de réveil à ce moment-là, c'était la toute fin de journée, c'était la dernière patiente, je n'avais même plus personne dans la salle de réveil, du coup, mes collègues étaient partis, parce qu'il ne restait qu'elle, et j'étais avec mon pote à ce moment-là, qui avait un taf de brancardier. Je vais l'accueillir en zone de pré-induction, c'est là où on perfuse les patients, on discute un peu, et en fait, elle m'explique qu'elle a une maladie générative qui fait qu'elle perd la vue. au fur et à mesure et que là elle voit plus grand chose donc on rigole un peu elle est stressée j'essaye de déconner avec elle et bref elle part au bloc elle revient seule de réveil on doit les garder un certain temps parce que l'intervention je sais plus ce que c'était mais en tout cas il a fallu que j'aie gardé une petite heure donc j'ai beaucoup parlé avec elle et en fait elle me disait qu'elle était très comment dire trop adulte en fait et c'était elle me disait non mais c'est pas grave Un jour, je perdrai complètement la vue. Là, je ne vous vois pas trop, mais je devine un peu. Puis, on essaie de plaisanter, etc. Et en fait, on était avec mon pote en train de se regarder. On avait les larmes aux yeux, mais tellement on était mal. Et à un moment, je fais une petite blague. Et elle me dit, mais ça sert à rien de feinter que vous êtes en train de rire. J'entends à votre voix que vous êtes triste, mais il ne faut pas l'être. Moi, je suis OK avec ça. Et là, je me suis senti comme une merde. Et je me suis dit, OK. Je vais faire du mieux que je peux.
- Speaker #1
Tu commences directement par une histoire comme ça.
- Speaker #0
Elle m'est restée, ouais et franchement...
- Speaker #1
Parce que ces jours-là, tu sais, tu essaies de déconner avec eux et tout machin, mais en fait ils savent très bien comment ils vont terminer et en fait ils sont déjà en paix avec ce qui va se passer après. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #0
Ouais, c'est...
- Speaker #1
Mais toi t'as du mal parce que toi ça t'arrive pas. Mais quand y'a quelqu'un... ça va c'est sûr. Quand il y a quelqu'un qui sait comment il va terminer, il a le temps de faire son deuil en fait. Elle a eu le temps de faire son deuil. Non mais je t'assure.
- Speaker #0
Ouais probablement.
- Speaker #1
Moi ça fait pareil avec mon bide, avec tout ça. Donc t'as le temps de faire ton deuil en fait, c'est juste ça. Elle a eu ses phases aussi de tristesse qui font partie des étapes du deuil. C'est sûr. Mais oui, c'est comme ça.
- Speaker #0
Et le pire du pire, et là je ne peux pas, vraiment je n'ai pas pu. C'était au bloc du coup, il y a deux trucs au bloc des enfants. Je n'aurais jamais pu travailler à l'hôpital des enfants pour ces raisons. Déjà, il y avait deux fois où je... Une fois où je ne suis pas allé en salle et une fois où j'ai demandé à sortir.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Je ne pouvais pas. C'était trop dur, beaucoup trop dur. Ça, je ne peux pas. Le premier, c'était un gamin qui avait une maladie assez grave. Il est né pour la troisième ou quatrième fois au bloc. Enfin, c'était... C'était... Voilà. Et l'Iade avec qui j'étais, qui était trop bien, elle était une puricultrice aussi. En plus d'être Iade, deux, trois diplômes, infirmière, puricultrice, Iade. Elle était mais extra. Et donc, on voit le petit. C'était des lits à barreaux, tu sais, c'est toujours des lits à barreaux pour les petits, pour pas qu'ils tombent. Elle le voit, fait « Oh, c'est toi, ça fait longtemps, tu me reconnais, machin. » Et t'as le petit qui fait oui, et puis elle baisse le barreau, elle fait tu veux venir avec moi dans les bras ? Et puis le petit, du coup, il se penche vers elle, elle dit bon, fais comme la dernière fois, elle lui prend la main, et je te perfuse sur la main tranquillement. Et le gamin a 5 ans qui dit oui, ok.
- Speaker #1
Ah ça c'était à fait...
- Speaker #0
Ah ouais, j'ai dit, je l'ai regardé, je fais, je contrôle la pantoute, je peux pas.
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #0
Ah c'est too much. À 50 t'es pas censé...
- Speaker #1
Parce que déjà t'étais papa à cette époque-là ou pas ? Non.
- Speaker #0
À 50 t'es pas censé être résigné en fait. C'était, c'était, oh là là, c'était affreux. Mais vraiment je pouvais pas.
- Speaker #1
Ouais mais ces gamins-là se deviennent beaucoup plus adultes que nous. Enfin ils deviennent beaucoup plus adultes beaucoup plus vite.
- Speaker #0
Et deuxième truc, c'était les gamins brûlés. C'est un gamin qui s'était reçu une... Je trouvais une casserole d'eau bouillante sur lui. Et la famille, en fait, ne venait pas le voir. Ses parents ne venaient pas le voir. Ça faisait trois, quatre jours. Le gamin, du coup, était obligé de faire des bains pour soulager, pour aider au pansement, etc. Et le gamin qui hurlait, « Maman, je veux maman, je veux maman, je veux maman. » Il avait quel âge, ce gamin, pour être tout seul ? Il avait cinq ans, je crois.
- Speaker #1
Mais c'est une blague ? Mais qui c'était ? Où, les parents, là ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. Je ne sais pas. Et bref, j'ai aidé à endormir et je lui ai dit, Je vais prendre l'air. Je vais aller me prendre un café de deux heures et je reviens tout à l'heure. Elle m'a fait rentrer, elle m'a dit non mais rentre chez toi, c'était genre resté peut-être une heure et demie, elle m'a fait non mais vas-y rentre si tu veux, je suis là, ok je vais rentrer.
- Speaker #1
Mais c'est l'horreur en même temps, ça se comprend.
- Speaker #0
C'est affreux, c'est affreux.
- Speaker #1
Dites-moi que t'as une histoire drôle quand même.
- Speaker #0
J'espère que vous êtes contents d'être présents.
- Speaker #1
Fin du podcast, tu veux en parler, t'allais voir un psy après ça ou pas ?
- Speaker #0
En fait on sous-estime de fou l'aspect relationnel et ce qu'on peut vivre des fois. le rapport à la mort, le rapport...
- Speaker #1
Il y a des situations auxquelles malheureusement on ne devrait pas être habitué, mais on est habitué aussi, il faut le dire, parce que sinon on se tirait tous une balle. Nous on avait une histoire où en gros, par contre on pouvait aller voir le psychologue carrément de l'hosto par rapport à cette histoire. En gros ça n'avait rien à voir, on était en réa, machin truc, et il y a le bloc qui nous appelle pour nous demander des culots d'urgence. Jusque là... pas de problème et en fait c'était c'était une patiente qui était en train d'accoucher et qui a fait une rupture mésantérique et ça pissait la rage machin touti coenti et en fait elle est décédée cette dame on était au bloc en train d'essayer de faire quelque chose nous la réa en fait elle est décédée mais ils ont réussi à sauver le bébé d'accord c'est pas mieux que Miston mais celle-là elle a été donc le bébé est de suite parti euh aux urgences, au CHU parce que nous étions en clinique. Il y avait la dame qui était décédée sur la table et le mari qui attendait derrière. Et le bébé était déjà parti. Là, là, tu t'assures que là, tu te dis, putain, mais qu'est-ce que je fous ici ? Mais pourquoi je suis là en fait ? Et ça a été affreux. Affreux. Genre, vraiment. Mais même pour les équipes, ça a été horrible. Et du coup, on a eu le droit d'aller voir un petit psy. Enfin, la psy pendant quelques temps, ouais.
- Speaker #0
C'est pas tout le temps mis en place. Moi, je l'ai rarement eu, d'ailleurs.
- Speaker #1
Ouais, mais là, ça avait été vraiment trauma. Parce que c'était une jeune qui avait vraiment le bide complètement ouvert, du coup, entre... Le digestif, la gynéco et tout. Le mari qui attendait derrière, c'est son premier gamin. Elle est morte. Et là, tu te dis, ma vie est super. Ma vie est super cool.
- Speaker #0
Il y a des situations.
- Speaker #1
Il y a des situations drôles aussi.
- Speaker #0
On peut dire les trucs, on rigole.
- Speaker #1
Parce que sinon, les trucs horribles. qui sont drôles pour moi, mais ça reste horrible. Une fois, j'étais en stage en secteur Alzheimer, du coup, et il y avait un papy qui venait voir, qui était lui autonome et qui n'était pas Alzheimer, qui n'était pas du tout à la maison de retraite, qui venait voir sa dame tous les jours passer un tatin d'Alzheimer. C'est très, très chou, tu vois. En vrai, c'est très drôle. Mais en fait, cette mamie, cette dame... En fait, elle était amoureuse de quelqu'un d'autre. Tu vois ? Elle était Alzheimer, blaminette. Elle a le poids. Non, mais elle se régalait. Il ne faut pas la plaindre. Elle se régalait. Ben ouais, du coup, ça faisait trop de peine pour lui. Mais en vrai, c'est une situation drôle. Parce qu'elle était là, mais c'est qui, lui ? Moi, je m'en fous, moi. Moi, c'est lui que j'aime, en montrant l'autre qui était aussi Alzheimer. Alors, c'était un bordel là-dedans. Mais franchement, ça, c'est marrant, tu vois.
- Speaker #0
Je ne crois pas. Ça me fait de la peine, le pauvre.
- Speaker #1
Bah oui moi aussi ça me faisait de la peine.
- Speaker #0
Tu veux voir cette femme ? Ah c'est rude.
- Speaker #1
Je sais pas si on aurait dû lui dire ou pas ce papy, je sais pas moi j'étais en stage donc peut-être qu'il le savait, je m'en souviens plus trop mais...
- Speaker #0
Bon après ça sert pas à grand chose.
- Speaker #1
Bah quand même, enfin je sais pas.
- Speaker #0
Ouais je sais pas.
- Speaker #1
C'est comme les gens tu sais quand on découvre qu'ils ont un VIH et qu'ils ont leur dame, leur conjoint à côté tu sais.
- Speaker #0
Ah ouais mais ça c'est particulier. Toutes les infections quelles qu'elles soient...
- Speaker #1
C'est marrant quand même ça.
- Speaker #0
Moi je trouve ça drôle. Moi je sais pas, parce que t'es quand même dans une situation...
- Speaker #1
Ah moi je trouve ça très très drôle
- Speaker #0
C'est particulier, surtout que tu ne dois rien dire, parce que c'est secret professionnel.
- Speaker #1
C'est très bizarre, parce que c'est secret pro, mais c'est aussi mise... Dis-moi, arrête-moi.
- Speaker #0
Mise en danger.
- Speaker #1
Ça,
- Speaker #0
c'est le rôle du médecin, par contre. Ah oui, nous, toi,
- Speaker #1
en tant qu'affaire étudiée.
- Speaker #0
C'est ce qui est cool d'être enfant.
- Speaker #1
Par contre, tu kiffes bien après. Mais j'en ai plein, moi, des histoires comme ça.
- Speaker #0
C'est avec un de mes collègues, Mathieu, si il regarde, je pense qu'il s'en rappellera. On est en salle de réveil tous les deux. Et en fait, les patients en salle de réveil, ils ne veulent pas... Salle de réveil, c'est ouvert, c'est un rectangle. Il y a dix postes et tous les patients sont les uns à côté des autres.
- Speaker #1
Il faut que tu m'ennuies.
- Speaker #0
Il faut que tu montres au sac. Bye pendant que je parle. Et du coup, salle complètement ouverte. Et tu as les patients ou patientes, quand ils sortent de l'inter, il y en a plein, quand ils terminent, ils sont à moitié réveillés, assez conscients. Mais il faut attendre encore un peu de surveiller que tout soit OK. avant de les faire redescendre en service il y en a beaucoup qui demandent à faire pipi et donc on leur dit bah là c'est compliqué vous pouvez pas vous lever parce que vous venez de vous réveiller ça peut être dangereux par contre on peut vous proposer le bassin donc avec des parts avant au milieu de tout le monde donc la plupart disent bah non non je ferai en bas quoi ce que je comprends tout à fait tu vois moi je ferai pareil j'avais pas spécialement eu de pisser au milieu de 10 personnes et du coup l'ambu à qui redescendait les patients nous faisait des fils d'événements désirables en boucle mais tout le temps tout le temps tout le temps les patients n'ont pas pissé les étages tous ils nous cassaient les couilles et t'avais beau leur expliquer Tu veux faire quoi ? On va pas le forcer le patient à se mettre sur le bassin ? Et ça,
- Speaker #1
tu le mets sur le bassin ?
- Speaker #0
Il voulait pas. Ouais. Il voulait pas. Et bah, ok, tu vois, t'as pas trop d'autres alternatives. Et un jour, il y a une des infirmières d'Ambux, celle qui nous faisait le plus de feuilles d'événements désirables, qui monte au bloc pour une intervention, un truc à la con. Et on la retrouve en salle de réveil. Et qu'est-ce qu'elle nous dit ? Excusez-moi, les gars, j'ai envie de faire pipi. Et Mathieu qui la regarde, il fait, Quoi ? T'as envie de... pisser, mais il n'y a pas de souci, je vais te prendre le bassin. Donc moi, j'explose de rire. Elle qui dit, non, je vais peut-être attendre. Non, t'inquiète, attends, regarde, on va mettre les parts avant. Tiens, tu veux le bassin du coup ? Elle dit, non, mais c'est bon, c'est bon, je ne vais pas prendre le bassin. Et franchement, j'en pleurais de rire. Et du coup, on lui dit, du coup, tu as compris pourquoi ? Elle dit, oui, c'est bon. Plus de feuilles d'événement, des arabes de sa part. Donc on a proposé aux services, aux autres services de monter au bloc pour voir pourquoi les patients ne pissaient pas
- Speaker #1
Mais moi, ça me ferait rien d'être sur le bassin devant tout le monde. Non, mais si vraiment c'est une envie urgente.
- Speaker #0
En fait, si ça peut attendre, je préfère attendre. Après, c'est vraiment urgent.
- Speaker #1
Si c'est urgent, de toute façon, il faut que tu ailles faire pipi. Donc après,
- Speaker #0
il y a beaucoup de personnes. C'était genre j'ai envie. Est ce que puis si tu leur dis là, vous redescendez dans 20 minutes ? Je vais attendre.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
En fait, du coup, ça faisait chier les collègues en bas parce que des fois, ils devaient aider, au moins accompagner un peu quand c'était vraiment le... le début, quand c'était en unité, les premiers levées. Mais bon, en fait, tu peux comprendre que t'as envie de pisser sur les toilettes et pas devant dix autres personnes.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. C'est sûr même. Ça dépend de l'urgence du pipi. Mais bien fait pour elle.
- Speaker #0
Ah oui, ça lui apprendra.
- Speaker #1
Bien fait pour elle. Comme quoi, il ne faut jamais... se faire hospitaliser dans l'hôpital. On était très bien,
- Speaker #0
on s'en est bien occupé. On a fait tout nickel. Mais ce truc là, en fait, c'était vraiment...
- Speaker #1
C'était sa signature quoi.
- Speaker #0
Tu tends le bâton quoi, franchement. Je peux pas me lever ? Non.
- Speaker #1
Surtout que ses collègues avant, ils ont dû lui dire ouais, tu leur demanderas si tu peux pisser, on verra bien ce qu'ils te répondront, machin, truc, s'ils vont pas trop connaître.
- Speaker #0
C'est qu'on se prenait des trucs, mais vraiment, les feuilles, elles nous assassinaient dessus. On était maltraitants, enfin c'était mais... En fait déjà elle a pas compris le principe de la feuille d'événement désirable, elle c'était juste une vengeance, mais c'était infect.
- Speaker #1
T'es désolée je baille encore, c'est vraiment pas cool toi.
- Speaker #0
Arrête de bailler quoi ! Tu veux que je te raconte un truc très triste ?
- Speaker #1
Moi j'ai un truc drôle, vas-y raconte ! Vas-y,
- Speaker #0
vas-y, un truc drôle. Ah non bah peut-être mon truc triste et après drôle comme ça on remonte. Vas-y.
- Speaker #1
Enfin attends on fait chi-fou-mi et à mi on fait chi-fou-mi.
- Speaker #0
Putain.
- Speaker #1
Donc du coup c'est toi qui dis. Bah non t'as fait la pièce. Alors, une fois, c'était il y a fort, fort peu longtemps, on a reçu un patient qui avait utilisé un concombre pour se mettre dans les fesses. Bon, ça, j'ai envie de dire que c'est la classique basique. On a toujours des patients aux urgences qui finissent avec un truc dans le cul, clairement. Au bloc, tu dois en avoir 250 milliards.
- Speaker #0
Petit message de prévention, en fait. Vous avez le droit. Il y a des jouets. Il y a des jouets. Il y a des fruits pour ça.
- Speaker #1
Vraiment.
- Speaker #0
J'en ai aussi du sang comme ça qui est incroyable.
- Speaker #1
Non mais c'est des mecs. Il y a des trucs pour ça, en vrai, mets-toi ce que tu veux, on n'en a rien à foutre, mais fais-ta correctement. Bref, donc ce monsieur se met un concombre, peu importe, il opère et tout, sauf qu'en fait il s'est tout pété, il fait une grosse hémorragie, bon je raccompagne les détails, il finit en réagissant juste pour qu'on le surveille sur l'hémodynamique. On savait qu'il n'allait pas rester longtemps. Donc moi je le reçois en début de nuit, et il fait toute la nuit avec nous, il devait rentrer le lendemain matin, on continue, peu importe. Finalement le lendemain il part pas parce qu'il y avait eu des merdes dans la journée et sa dame arrive le soir. Je l'avais raconté celle-là ou pas ?
- Speaker #0
Non mais je sens venir, c'est souvent genre il y a toujours le moment où t'as la femme qui arrive.
- Speaker #1
Donc elle s'aide donc elle arrive tard parce que moi je reprenais de nuit donc il était 19h elle arrive tard et tout. Et elle me dit oui je suis la femme de monsieur machin est-ce que je peux rentrer ? Et je dis mais il n'a pas eu de visite aujourd'hui ? C'était ah ben non il n'a pas eu de visite machin bon bref. Et là, elle me dit Est-ce que vous pouvez mettre ça au frais ? Et je lui dis mais... Oui Attends Donc je mets un truc au frais et tout, machin La femme s'en va Et puis passé un peu, il a dit Oui, ma femme m'a mis quelque chose pour moi au frigo Est-ce que je pourrais le manger et tout ? Je lui dis bien sûr Elle lui avait fait une salade de concours
- Speaker #0
Elle le savait ?
- Speaker #1
Bien sûr qu'elle le savait Elle lui avait laissé un petit mot et tout Merci.
- Speaker #0
C'est horrible !
- Speaker #1
Je l'adore ! Je l'adore ! Je l'adore cette femme ! J'aimerais un jour la revoir parce qu'après je ne l'ai plus vue patient.
- Speaker #0
C'est horrible pour lui !
- Speaker #1
Mais comment ça c'est horrible ?
- Speaker #0
Parce que bon, ok, il s'est mis un concombre dans le cul mais ça ne mérite pas de se faire...
- Speaker #1
Ça va, elle a quand même fait une salade de concombre pour y avoir bien pire.
- Speaker #0
Ouais mais putain !
- Speaker #1
Elle est extraordinaire cette femme. Franchement j'aimerais la retrouver un jour si elle écoute ce podcast. Mais merci d'exister, vraiment. J'étais mais mort de rire Je savais plus où me foutre
- Speaker #0
Puisqu'on est dans les histoires de trucs dans le cul T'avais un patient
- Speaker #1
Là les trucs dans le cul on pourrait faire 10 podcasts sur ça Ah ouais
- Speaker #0
Donc aux urgences Sa femme vraiment genre Sans qu'elle ait fermé Lui par contre il était comme ça Et l'histoire en gros Vraiment le mec tu sentais qu'il était Pas bien L'histoire en gros c'est que c'est un mec Merci. pour se faire un kiff, il a dévissé sa pomme de douche, il l'a enlevée, il s'est mis le tuyau dans le cul.
- Speaker #1
Mais il y en a plein qui font ça pour faire des lavements !
- Speaker #0
Ouais c'est ça. Il a remonté, puis il a ouvert l'eau. Et comme ça, apparemment, ça faisait des sensations. Une fois qu'il a fini, il a fermé l'eau et puis il a voulu tirer sur le truc pour l'enlever. Sauf que ça avait fait une boucle donc ça sortait pas.
- Speaker #1
Mais non je peux pas te croire.
- Speaker #0
Du coup il se retrouve attaché à la douche donc il peut pas sortir de la douche.
- Speaker #1
Attends mais comment ça ça fait une boucle j'ai pas compris.
- Speaker #0
Bah ça fait une boucle dans son cône donc il pouvait pas le tirer.
- Speaker #1
Mais non je peux pas te croire.
- Speaker #0
Du coup il se retrouve à appeler sa femme. Parce qu'il est coincé à la douche donc il peut rien faire il est accroché au truc quoi. Et sa femme qui dut se pointer avec une pince pour couper le truc.
- Speaker #1
Mais non mais non.
- Speaker #0
Et l'amener aux urgences avec... Du coup, son truc de douche, ça dépassait de son jean, ça lui faisait une petite queue qui sortait du jean. Franchement, c'était... Sa femme, elle avait aimé l'été, mais tu sentais qu'il ne fallait pas lui adresser la parole, il ne fallait pas lui parler. Et alors lui, il était la tête baissée, il n'était pas bien.
- Speaker #1
Je ne peux pas te croire. Non, mais ça...
- Speaker #0
Avec la douche. Donc achetez des trucs, mais vous mettez pas des objets du quotidien, ça marche, c'est pas...
- Speaker #1
Ah non ça me dégoûte.
- Speaker #0
Vous finissez chez nous en fait, vraiment.
- Speaker #1
Des pots de confiture, tout ça qui explose, mais vous vous rendez pas compte, c'est trop dangereux en vrai.
- Speaker #0
Les bouteilles, les trucs.
- Speaker #1
C'est des bouteilles aussi, les bouteilles...
- Speaker #0
Les pieds de tabouret, les tabourets retournés.
- Speaker #1
Ouais mais les pieds de tabouret, j'en ai pas eu si souvent que ça. J'en ai eu, mais j'en ai pas eu... Vraiment la classique c'est la bouteille quoi. La bouteille en verre qui explose en plus.
- Speaker #0
Ah ouais ça... Finir au bloc et tout, oh là là.
- Speaker #1
Pour ça, c'est un peu la honte quand même.
- Speaker #0
Bah c'est un peu dur surtout, ouais.
- Speaker #1
Oh, finesse, pardon.
- Speaker #0
C'est toi qui as vibré.
- Speaker #1
Oui, mais vu que tu regardais...
- Speaker #0
Ah tu te fais chier et en plus tu mets ton téléphone en vibreur au cas où quoi.
- Speaker #1
Non mais ça va, laisse-moi. Et en plus on le garde ! J'étais en train de penser à un autre truc aussi.
- Speaker #0
Non mais je vais assommer tout le monde, j'ai une histoire très triste, vraiment.
- Speaker #1
Moi c'était chiant avec tes histoires.
- Speaker #0
Je suis en deuxième année. C'était après mon stage qui s'était ultra mal passé dont j'avais parlé.
- Speaker #1
Vas-y j'ai peur, vas-y.
- Speaker #0
Et c'est en soins palliatifs.
- Speaker #1
Oh là là, bah déjà, merci.
- Speaker #0
J'arrive en stage, donc début de deuxième année, je crois que je devais avoir 19 ans, 20 ans, tout comme ça. 19 ou 20 ans. Déjà l'infirmière qui m'encadre, l'équipe était bien et heureusement ils étaient bienveillants, mais le premier truc qu'elle m'a dit ça m'a un peu... Elle m'a dit bon déjà faut que tu te conditionnes, tous les patients qui sont là aujourd'hui que tu vois sur le planif sont morts à la fin de l'année.
- Speaker #1
Forcément c'est des soins pâles.
- Speaker #0
Ouais mais quand tu... Tu vois tu t'imprègnes déjà... Ouais ok. Et du coup ils me disent tu vas prendre en charge monsieur un tel qui est au fond parce que l'équipe c'est un peu compliqué. Du coup tu dis bon ok. Euh... Monsieur Untel. Donc il... Gros fumeur, il était BPCO et il avait un cancer des poumons en plus. Donc il pouvait pas avoir trop d'oxygène et en même temps il en manquait, bref c'était... Pour traverser sa chambre ça prenait un quart d'heure parce qu'il était essoufflé. Se lever du lit, il est essoufflé, il devait faire une pause, c'était... ultra dur pour lui. Il avait un caractère... mais des enfers. Mais vraiment, il t'envoyait chier quand il te parlait. Tout l'énervait. Et euh... Quand je l'ai aidé pour sa toilette, il était autonome, mais ça prenait un peu de temps. Et puis il y a certains trucs, il tend la main comme ça, et puis il te regarde et il fait « Hein ? » Et je dis « C'est quoi « Hein ? » ? » Il me dit « Bah à ton avis, j'en sais rien ! » Et puis du coup, de fur et à mesure, on commence à bien s'entendre. Et à force, il devient même assez sympa. Il me fait « Je peux avoir brosse à dents ? » Et du coup, on a évolué, on est passé de « Hein ? » à « Brosse à dents ! » C'est assez fou. Et on s'entend vachement bien. enfin c'est l'impression que j'ai adoré, il était ultra intéressant, il était prof de lettres il me racontait plein de trucs je passais aussi du temps à discuter avec lui c'est pour ça que c'est dur de faire la distance patient, soignant et des fois on n'y arrive pas bref donc le stage se passe et au final il a jamais pour juste qu'on comprenne le contexte c'est que l'équipe ça a été très compliqué de lui expliquer la situation et du coup lui il savait très bien mais il a jamais eu les mots en fait sur sur Euh... Ils se sont réunis en équipe pendant le stage pour lui expliquer, lui annoncer. Et lui, il le savait. Bref, le stage arrive à son terme. Je termine mes derniers jours. Et le dernier jour, je vais quand même lui dire au revoir. Parce que mine de rien, j'ai passé quand même un mois à discuter beaucoup avec lui. C'était une passion que j'ai pris en charge. Et puis même au-delà de ça, je me suis bien entendu avec lui.
- Speaker #1
Tu n'avais que lui en charge ?
- Speaker #0
Non, j'en avais deux, mais les deux autres sont décédés. Donc, j'ai fait les changements de prise en charge. et du coup j'ai eu moins de... Ça a été des trucs un peu particuliers, mais j'ai eu moins d'accroche. Ça a été moins long, en tout cas sur la durée. Et le dernier jour, du coup, il y avait sa femme. Donc je vais aller, je vais toquer à sa chambre. Je lui dis bah écoutez, c'est mon dernier jour. Donc là, j'ai terminé. L'équipe me laisse partir un peu plus tôt. Donc je vous dis au revoir. Et puis il me dit ouais, bah écoute, ciao, merci. Et puis rien de plus. Donc je me dis bon, un peu rude, je m'attendais un peu plus. Mais bon, bref, je vais pour repartir. en fait et sa femme qui arrive et qui me dit attendez jeune homme, tenez, je vous laisse une lettre, c'est lui qui l'a écrit, mais lisez-la tranquille chez vous, c'est ce qu'il m'a demandé. Et elle me dit en tout cas, sachez qu'il m'a dit, et il le pense pour le connaître depuis des années, s'il avait eu un fils, il aurait voulu que ce soit quelqu'un comme vous.
- Speaker #1
Non, c'est terrible.
- Speaker #0
Donc, moi, je dis ok, je sors, mais rien que de le raconter, ça me...
- Speaker #1
C'est pour ça que la distance avec les patients, c'est hyper, méga, archi, top, important, justement pour ce genre.
- Speaker #0
Ah ouais bah moi j'ai pas réussi, c'est...
- Speaker #1
Ah mais des fois on n'y arrive pas, ça sert à rien.
- Speaker #0
Et du coup, attends je mets un coup, dans la tasse podcast.
- Speaker #1
Oh mais ça je veux plus de bruit. Et t'as encore de l'eau ?
- Speaker #0
Bah c'est bu. J'ai tout bu. Et donc on arrive, enfin j'arrive chez moi, je lis les lettres, je l'ai toujours chez mes parents, elle est toujours quelque part. En gros il y a marqué, je fais un résumé, mais c'était merci, je sais que je vais plus vivre très longtemps, merci pour ces derniers instants passés, j'ai enfin revécu, revu, revécu, revu, revu ? Il a très bien écrit, c'est moi qui parle très mal. des choses, des sensations que je n'avais plus vécues depuis longtemps parce que ça fait un moment qu'il était hospitalisé. Il m'a remarqué la phrase Merci d'avoir été présent. Si j'avais eu un enfant, j'aurais vraiment souhaité que ce soit quelqu'un comme vous. Je souhaite une très belle continuation et je ne vous dis pas au revoir parce qu'à mon avis, on ne se reverra jamais. J'ai fermé la lettre, j'ai pleuré tout ce que j'ai pu. Elle est chez mes parents, dans un coin toujours. Et de ce jour là, je me suis dit jamais je ne bosserai en soins de pales de ma vie.
- Speaker #1
Mais c'est le problème avec les services comme ça où il n'y a pas beaucoup de turnover.
- Speaker #0
Ouais, mais tu vois, ça, c'est une question que j'aimerais bien poser à des équipes de soins en pales. Vraiment, comment elles font ? Comment ils, comment elles font ?
- Speaker #1
Mais parce qu'elles réussissent à avoir cette distance, comme il y en a plein d'autres qui disent. Mais pourquoi tu bosses en réa ? Pourquoi tu bosses dans un EHPAD ? C'est... T'es fait pour ça ou t'es pas fait pour ça ? Toi, t'étais pas fait pour ça, tu serais niqué la santé, sinon.
- Speaker #0
Ah oui, c'est sûr. Déjà, en un mois, j'étais... Ah, mais moi, je travaille en soins en pales.
- Speaker #1
Travailler en soins pas, je suis déprimée toute ma vie. C'est pas fait pour moi ce service, c'est fait pour d'autres personnes. Mais moi je serais comme toi.
- Speaker #0
Le pire c'est le haut de la pyramide, c'est soins pas le pédiatrique. Je pense que c'est le champ d'or, une médaille du mérite quoi tellement.
- Speaker #1
Tu crois que ça existe soins pas le pédiatrique ? Bah ouais. Ah ouais non mais là il y a que des fous qui bossent là-bas.
- Speaker #0
Bah faut être je sais pas. Ouais non c'est bah voilà. Donc, après les trucs dans le cul, tu vois, c'était...
- Speaker #1
Ouais, écoute, très bien, j'en ai une qui fait peur, qui fait un peu pleurer aussi. C'est un défaut de prise en charge. Je sais pas si on peut le dire ou non.
- Speaker #0
C'est compliqué.
- Speaker #1
Ouais, du coup,
- Speaker #0
j'en ai pas. Non, après, dans les trucs marrants, il y a les trucs aléatoires, les trucs que tu fais, tu vois. pour poser le bassin à un patient qui a une sonde urinaire et soulever le drap et te rendre compte, tes collègues te regardent faire jusqu'à ce que tu te rendes compte qu'il y a une sonde urinaire, tu vois.
- Speaker #1
Oui, sinon, tu as... C'est mignon,
- Speaker #0
tu vois.
- Speaker #1
Mais pliez les jambes ! Puis en fait, le mec, il n'a plus de jambes.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu te sens con quand ça t'arrive ?
- Speaker #1
Ça arrive très, très souvent.
- Speaker #0
Mais oui, mais en plus, c'est que dans les services où ça tourne ou autre, quand tu es dans autre chose, des fois, tu n'as pas la tête. C'est horrible. Ouais tu t'excuses 100 fois, je suis désolé, t'es dépassé en...
- Speaker #1
mais t'inquiète à part s'ils viennent juste de se faire amputer ça m'est arrivé une fois sur un mec qui venait juste de se faire amputer mais j'ai pas fait exprès je suis pas couillon quoi mais j'ai vraiment pas fait exprès et on était pas à l'aise tous les deux on était pas à l'aise et moi j'étais pas à l'aise non plus tu sors, tu me dis de malaise et tu te dis putain je vais me cacher sinon quand il y a des patients tu sais tu dis bonjour monsieur en fait c'est une dame ça t'arrive tout le temps ça t'est jamais arrivé
- Speaker #0
C'est pas bien
- Speaker #1
C'est tempêté Du coup je vais pas exprès Tu te doutes bien Mais ça m'est arrivé beaucoup de fois Du coup maintenant je dis bonjour
- Speaker #0
J'ai un moment de malaise C'était Blockpedia Il m'en est arrivé des trucs là-bas On va pour endormir un ado Et on lui demande quelle musique il veut mettre Et du coup il met un gros rap bien énervé Et du coup je l'installe Et en fait à un moment Oui. Je sais plus les paroles, je sais plus ce que c'était, mais c'était... Du coup, le problème, c'est que je suis hyper expressif sur certains trucs. Et le patient, il était allongé, la tête comme ça. Moi, j'étais au dessus et à un moment je fais, je lève le sourcil. Donc ceux qui voient la vidéo, je fais un truc comme ça. Genre vraiment, qu'est ce que c'est que ça ? Et le gamin, il me dit qu'est ce qu'il y a ? T'aimes pas ? Et je lui dis bah franchement, je suis pas fan. Je suis un peu... Il me dit non mais vas-y, sois franc, tu trouves que c'est nul ? Dis moi, cache ! Je dis bah franchement je déteste, je trouve ça horrible quoi. Il me dit ok, c'est mon frère qui fait la musique. Et du coup il y a un gros blanc, je regarde le shir en face, qui est la seule personne qui est en face de moi, c'est le chirurgien, donc je le regarde. Et tu sais genre dans l'espoir qu'il dise un truc genre bon allez le bloc, donc on va faire ça, machin. Et cet enculé, il me regarde, il fait ah tout seul dans ta merde mon gars, je vais me laver les mains, débrouille toi avec ton malaise. Il s'en va.
- Speaker #1
Combien de fois on a été mal à l'aise devant des gens, mais genre... En fait, moi je n'arrive même plus à compter le nombre de fois où j'étais mal à l'aise devant des patients.
- Speaker #0
Déjà le bonjour monsieur, enfin toutes ces conneries quoi, c'est terrible.
- Speaker #1
Ouais bah ça, t'as des situations c'est...
- Speaker #0
Ah ouais c'est...
- Speaker #1
Des fois tu rigoles mais tu rigoles pas parce que c'est drôle, tu rigoles de... Faut que j'évacue quoi.
- Speaker #0
Le truc c'est qu'il y a aussi une fois, c'était un jeune, très très jeune, il avait fait un coma éthylique du coup il a fini en réa. Puisque le but, le jeu, il y avait un nouveau jeu à la mode il y a genre 2-3 ans, c'était de manger du shit ou de la beuh et... de boire de l'alcool en même temps, mais genre à outrance, tu vois. Il avait 13 ans, il avait tapé son meilleur coma, il a été intubé par le SAMU dans le parc et il a fini chez nous. Bref, il arrive et il vient le moment où il faut le sonder. Bon, il était intubé déjà par le SAMU, donc on s'en fiche. Bon, sonder un petit 13 ans, déjà, je ne suis pas très à l'aise, mais bon, ce n'est pas très grave. Et là, en enlevant son caleçon, du coup, pour pouvoir le sonder, il avait de la beuh partout partout partout dans son il avait planqué dans ses couilles quoi en fait carrément et là du coup je me dis mais qu'est ce que je fais tout ça Mon dieu Je le revends je le garde je donne à quelqu'un dans mon équipe faut appeler la police qu'est ce que je fais il y en avait mais énormément et là je dis au réa je dis mais qu'est ce qu'on fait de tout ça on le jette à la poubelle sinon on peut aussi ne rien dire sauf qu'il avait 13 ans il était mineur il y avait ses parents qui étaient dans la salle d'attente il m'a dit tu fais ce que tu veux mais moi je le prends et j'irai le donner aux parents je dis non mais attends le gamin ça y est il a fait un coma éthylique je pense que les parents ont eu assez peur lui à mon avis il va s'en souvenir toute sa vie ou peut-être pas du tout je ne sais pas trop c'est chaud de choisir et moi j'ai dit je serai d'avis pour qu'on jette ça tu vois qu'on Ça reste entre nous. Et là, il me dit, écoute, Ju, tu vas le donner aux parents. Moi, j'aurais aimé être au courant.
- Speaker #1
De quoi tu veux le donner, mais qu'il le donne lui-même, par contre.
- Speaker #0
Du coup, j'y suis allée.
- Speaker #1
T'aurais dû lui dire que...
- Speaker #0
Il est venu avec moi, quand même. Parce que de toute façon, il fallait expliquer à la famille ce qui était en train de se passer. Donc,
- Speaker #1
il est venu avec moi.
- Speaker #0
Je ne dirai pas le nom, mais je l'aime beaucoup ce frère. Mais là, il m'a un peu laissé dans la merde quand même. Bref, et donc, il termine d'expliquer aux parents dans la salle des familles ce qui est en train de se passer. Bon, il fallait juste attendre qu'il décline. Et là, il dit, Julia, tu n'as pas quelque chose à donner ? Et là, j'ai, si, tenez. Et là, il dit, c'est à qui ça ? Je suis, oh ben, je ne sais pas. A peu de suite. Il a dit, non, ce n'est pas mon fils. Je lui ai dit, bon, vous savez, ils sont pleins de surprises quand même, à cet âge-là. Et là, malaise, il me regarde, j'essaie de faire une pointe d'humour, ça l'a pas du tout, mais pas du tout fait rire. Ah ouais, non, c'est sûr. Ça l'a pas du tout fait rire, mais pas du tout. J'essaie de faire un peu d'humour, mais non, c'est pas drôle. Du coup, je crois que... On m'a dit que quand il s'était réveillé, il avait reçu une bonne baffe, et puis après, ça allait beaucoup mieux, quoi.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Je sais pas si... Ouais.
- Speaker #0
Quoi ?
- Speaker #1
Bon je suis pas sûr que ce soit...
- Speaker #0
Moi je sais pas mais j'aurais été mon gamin j'aurais eu tellement peur en fait que ça y est c'est fini.
- Speaker #1
Ouais je comprends mais bon après ça c'est d'autres discussions.
- Speaker #0
Elle était drôle cette situation tu vois c'était une situation cocasse
- Speaker #1
Par contre c'est un bâtard de t'avoir laissé
- Speaker #0
Ouais ouais C'est pas cool hein. En gros c'est moi qui l'ai trouvé c'est moi qui me débrouille quoi.
- Speaker #1
Ouais ouais d'accord C'est toute l'équipe quoi.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Oh furie
- Speaker #0
Je savais qu'on aurait dû le garder putain
- Speaker #1
donc voilà mais c'est vrai qu'il y a vraiment de tout quoi, tu peux avoir des trucs très drôles, des situations très cons, un truc quand j'étais en salle de réveil on faisait on était urgence main, du coup on faisait beaucoup d'anesthésie locorégionale en dormant le bras, donc ça se fait sous écho et t'as un anesth en plus on arrêtait pas de lui dire, c'est pas drôle comme blague c'est un jour où ça va mal tomber Oui. Et à chaque fois, il prenait l'écho, puis il le mettait là et il disait Ah, félicitations, c'est un garçon. Ah, félicitations, c'est une fille. Donc ça rigole un peu, ça rigole. Jusqu'au jour où il est tombé sur une femme qui dit je peux pas avoir d'enfant. Elle lui a dit cash, il y a eu un blanc, il m'a regardé. Je me suis tourné, genre je me suis barré. Dans ma tête, tant à merde mec. À chaque fois, le nombre de fois qu'on te l'a dit.
- Speaker #0
Ouais, mais c'était pas mal intentionné de sa part. Il se rendait juste pas compte de sa blague, je pense.
- Speaker #1
Ouais, mais on lui a dit. Tu sais que ça... Enfin, proportionnellement, il y a... Il y a un jour, statistiquement, où ça va te tomber dessus. T'es sûr que ça va arriver. Arrête avec cette blague. Tu peux faire un million de trucs. J'avais un anesth, on s'en marrait, très bon anesth, vraiment ultra bon. Mais des blagues de merde, tout le temps. Un jour, je suis en salle, pareil, salle de réveil, je suis en salle de pré-induction, donc je perfuse les patients. Un patient phobique, mais vraiment. Le mec avait vraiment été... Il n'arrivait pas à me laisser son bras. Donc je discute longtemps, je nain, je parle. J'arrive finalement à me dire, je mets le garrot déjà, je regarde. Si je vois un truc qui me paraît vraiment où j'ai toutes mes chances d'y arriver, enfin où j'estime que j'ai toutes mes chances. Franchement, j'ai dû passer 20 minutes, 20-25 minutes. Et donc il finit par me dire ok on fait ça, je souffle et machin, je fais ok let's go. Je suis du coup les genoux par terre en train de choper le bras, j'ai l'aiguille, je suis prêt à perfuser. Et t'as ce couillon de Réa qui passe et qui me fait bonjour monsieur vous êtes qui ? En me regardant je fais et je lui dis non. Et le gars il retire son bras parce que du coup coup de stress, je lui dis putain t'es con. Et le passeur du coup impossible, donc lui il rigole, je suis désolé je pensais pas, je lui dis non mais putain.
- Speaker #0
Non mais c'est rentable.
- Speaker #1
Monsieur vous êtes qui ? Du coup le patient il a flippé donc j'ai essayé de lui expliquer. Impossible.
- Speaker #0
Il avait plus de confiance à moi après ça.
- Speaker #1
Après, ils l'ont fait au proto en salle. Ils ont mis le protoxyde d'azote. Ils l'ont plané, ils l'ont perfusé. C'était le plan B. Mais je me suis dit, si j'arrivais à dédramatiser, et j'avais réussi.
- Speaker #0
T'es vraiment un bon, quand même.
- Speaker #1
Oui, mais bon, jusqu'à ce que l'autre y passe, et vous êtes qui ?
- Speaker #0
C'est drôle,
- Speaker #1
mais les gens ne se rendent pas compte.
- Speaker #0
C'est super chiant. C'est sûr. Après, il y en a plein d'histoires. Pourquoi on en a pas ? plein, plein, plein d'histoires comme ça.
- Speaker #1
Mais je crois que tous les soignants en ont. En vrai, si des soignants passent par là, mettez, mettez l'histoire qui vous a le plus marqué, drôle ou triste. Je pense que ça peut être. Faudrait même, on pourrait même presque en écrire un livre, je pense, de ces histoires.
- Speaker #0
Moi, je n'aime pas trop parler des histoires tristes.
- Speaker #1
Mais bon, en même temps, il y en a tellement.
- Speaker #0
Oui, mais j'aime pas, je préfère raconter les trucs drôles.
- Speaker #1
Moi, j'ai des histoires tristes qui m'ont le plus marqué.
- Speaker #0
Ah mais moi les deux m'ont marquée. Mais l'histoire triste m'a marquée, mais je ne peux pas les raconter. C'est... C'est horrible. Oui,
- Speaker #1
mais c'est important aussi que les gens qui compteront ça, j'espère qu'ils sont nombreux,
- Speaker #0
se rendent compte. Ça a un rapport avec la mort. Oui,
- Speaker #1
mais c'est pas forcément que la mort en elle-même, parce que des décès de patients, je sais pas pour toi, j'en ai eu plusieurs.
- Speaker #0
Moi, j'en ai eu plein. La réanimation, c'est là où il y a le plus de gens qui meurent.
- Speaker #1
T'as une certaine distance. C'est ce qui est autour.
- Speaker #0
Moi, le plus souvent, c'est à cause des familles que j'ai pleuré.
- Speaker #1
Un des trucs comme ça, pareil. J'étais en poste et un gamin, un ado, il devait avoir 16 ans, un truc comme ça, qui s'est explosé en scooter en voulant doubler. Bref, tracé plat, enfin EG plat, bref, il n'y a plus rien, tu vois, il était maintenu par les machines. Et du coup, dans la chambre, c'était les frères et soeurs, les parents. Enfin, tout le monde était... Et donc ils ont annoncé ça. La mère est sage-femme, c'est important pour la suite. Le réa, du coup, il sort et il me dit putain, faut que je... je demande pour le don d'organes parce qu'il était à l'époque il fallait s'inscrire sur le truc il s'était inscrit il faut que j'aille demander pour le don d'organes et du coup il me fait tu viens avec moi c'est horrible c'est obligé bien sûr je l'ai pas laissé c'était la mère qui essayait de calmer tout le monde qui était en train de dire non mais attendez c'est important s'il était dessus franchement je pense que moi j'étais une plante verte j'étais à côté je regardais partout j'étais oh la la mais quelle aura c'est c'est
- Speaker #0
C'est affreux, ce genre de truc. Moi, j'avais une maman qui était en réa. Et ses enfants étaient là. Et en fait, elle s'est dégradée. Elle est arrivée en réa. Et elle est morte le lendemain. Ça allait super vite. Elle a fait un choc sceptique de malade. Un sceptisme de fou. Et en fait, les enfants, du coup, ils n'ont pas compris ce qui était en train de se passer. Et eux, ils avaient quoi ? Ils avaient 25 ans. 25-30 ans, un truc comme ça, enfin mon âge quoi et t'as dit quoi ?
- Speaker #1
mon âge aussi ?
- Speaker #0
t'es plus vieux que moi et en gros la maman était décédée et tout et en fait il m'a raconté que le père était mort deux semaines avant en réanimation aussi et là ça te... et c'est comme on avait eu aussi des enfants cette histoire aussi Un monsieur qui avait un volet et tout, qui avait fait pression intracarnienne. Il était tombé de son échelle. Enfin, truc horrible. Sauf que ces gamins, ils avaient quoi ? Ils avaient 10 ans. Ils venaient le voir en réa tous les jours. Puis un jour, il a fini par décéder. Et puis les petits, ils faisaient des dessins.
- Speaker #1
Ah là là, quelle horreur. Ça, moi, c'est horrible.
- Speaker #0
Et la nuit, moi, du coup, je ne les voyais pas. Les enfants, je les voyais début de nuit. Parce qu'ils pouvaient partir à 21h et moi, je commence à 19h. Et après, le soir, ils appelaient toujours à 23h. Et du coup, le mec était endormi. Donc forcément, il n'attendait pas. Mais je mettais le haut-parleur à côté de son oreille. Et je restais à côté pour savoir quand ça allait se terminer. Et là, c'était papa, aujourd'hui, alors on est venu te voir. On a parlé de ça et on t'aime. Tu restes jusqu'à demain.
- Speaker #1
Horrible. Ça, moi, je ne peux pas.
- Speaker #0
J'étais. Et tu le fais parce qu'il faut le faire.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Ça, ça a été lourd. Ça, ça a été dur. Et alors, quand il est décédé, ça a été horrible. S'il est décédé avec moi, ce monsieur.
- Speaker #1
En plus, mon Dieu. Est-ce qu'on a un truc drôle pour finir peut-être ?
- Speaker #0
Non, je les ai tous dit. Du coup, ça m'a plombé. Je t'ai tout dit.
- Speaker #1
C'est pas que des podcasts de merde. Il y a des trucs qui sont dégueux ou des trucs qui font pleurer des gens.
- Speaker #0
Non, mais non. Je ne sais pas. J'en ai pas. T'en as, toi ?
- Speaker #1
Je crois que j'en ai pas. Ah si !
- Speaker #0
J'ai le kiki coupé.
- Speaker #1
C'est quoi ça ?
- Speaker #0
Je ne t'avais jamais raconté ça.
- Speaker #1
Je ne crois pas.
- Speaker #0
Et si, je t'ai déjà raconté. Non, je ne crois pas. gros, un monsieur qui est rentré aux urgences. Sa femme a fait une espèce de délirium. Elle a un peu pas un délirium, c'est n'importe quoi, elle a fait une bouffée délirante, on appelle ça. Et ce monsieur avait trompé cette femme et elle lui avait coupé les kikis. Coupé, en deux. Coupé.
- Speaker #1
Dans quel sens ?
- Speaker #0
Ben, tout droit, là, au niveau de la racine. Il était coupé en deux, il était irrécupérable.
- Speaker #1
Horrible.
- Speaker #0
Alors ça c'est horrible, mais c'est comme le concombre. mon copain c'est merci d'exister merci d'exister franchement je vais rire qu'une fois dans ma vie c'est comme le concombre tu vois mais je veux pas voir ça dans ma vie à la douleur je sais pas si
- Speaker #1
s'il avait mal ou pas alors franchement juste le feeling que j'en ai là j'ai mal rien que d'y penser ah quel horreur fallait pas tromper sa nana ah bah putain ça faut doser quoi oh la violence ouais ouais voilà on peut finir sur ça du coup si tu veux sur une une
- Speaker #0
tome coupée elle est géniale celle-là c'est ma prêve Je sais pas de quoi on doit parler la semaine prochaine
- Speaker #1
Et bah je sais pas non plus
- Speaker #0
On verra
- Speaker #1
Surprise du coup abonnez-vous Et comme ça vous verrez la prochaine
- Speaker #0
Vous verrez la surprise dans ce cas Ciao Bisous