- Speaker #0
Aujourd'hui j'ai le plaisir d'accueillir Vincent au micro de Salto. Pendant des années Vincent a enseigné le théâtre, travaillé comme vidéaste, réalisé des films institutionnels, des documentaires. Il était derrière la caméra à observer, à capter, à raconter le monde. Il aurait pu continuer longtemps dans cet univers mais un jour il a choisi de poser sa caméra. pour s'asseoir dans un fauteuil, pas n'importe lequel, celui de psychologue et psychanalyste. À présent, il porte son regard différemment, plus sur des images mais sur des parcours de vie. Il écoute, accompagne et aide ses patients à aller mieux. Dans cet épisode de Salto, il nous partage son histoire en toute intimité. Bonjour Vincent.
- Speaker #1
Bonjour Alexa.
- Speaker #0
Merci de m'accueillir chez toi. Alors aujourd'hui, on est mercredi, donc on est chez toi, dans ta cuisine. le mercredi c'est un jour off pour toi je m'occupe de mon fils quelle chance, c'est bien ?
- Speaker #1
c'était pas forcément voulu mais je me rends compte qu'aujourd'hui je pourrais plus m'en passer de ce petit mercredi donc c'est votre jour oui c'est notre jour,
- Speaker #0
j'essaie d'en profiter parce que bientôt il aura plus besoin de moi le mercredi donc ça c'est un moment privilégié avant que tu nous dévoiles ton histoire et comment tu es passé de vidéaste à psychologue j'aurais une première question à te poser cette question c'est, peux-tu me dire quel métier tu rêvais de faire ? enfant.
- Speaker #1
Alors enfant, moi je voulais devenir astrophysicien.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Et j'ai poursuivi cette idée pendant assez longtemps en fait, parce que même après le bac j'étais dans des études de physique et je voulais devenir astrophysicien. C'était ça mon idée, c'était ça mon rêve.
- Speaker #0
Et alors du coup tu as fait des études dans ce domaine-là, donc physique, c'était un bac quoi que tu as fait ?
- Speaker #1
Eh bien un bac C à l'époque. Après j'ai fait la fac à l'université à Orsay, Paris 11, et j'ai arrêté au milieu de ma licence.
- Speaker #0
Alors pourquoi ? Parce que justement, ça commence.
- Speaker #1
C'était le premier salto d'une longue série. J'allais dire malheureusement.
- Speaker #0
On est là pour en parler justement. Donc tu t'es arrêté en plein milieu de cette licence. Qu'est-ce qui s'est passé pour toi ?
- Speaker #1
Alors ce qui s'est passé à l'époque, en fait, il faut savoir que beaucoup de choses aujourd'hui que je peux dire à propos de mes saltos, c'est que j'en ai compris quelque chose à chaque fois que dans l'après-coup. C'est-à-dire la raison... A l'époque, c'était officiellement pour moi, ce que je me disais, c'était que je voulais devenir guitariste, que je faisais complètement fausse route à faire des études de science ou à faire des études classiques. Et je me voyais artiste, musicien. Et donc j'ai décidé, en plein milieu de la licence, de tout arrêter pour me consacrer à la guitare classique. Ce qui était, aujourd'hui avec le recul, une folie pure.
- Speaker #0
Donc tu pratiquais déjà la guitare, enfant ou jeune ou adolescent, ou c'est venu plus tard ?
- Speaker #1
Alors oui, ça a commencé à l'adolescence. C'est là qu'on va rentrer dans le sujet d'une certaine manière, parce qu'en fait, mon père est guitariste classique.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, je voulais faire comme lui. En fait, je pense que s'il avait fait du trombone à coulisses, du piston, je ne sais pas comment on dit, j'aurais fait ça. S'il avait fait de la clarinette, j'aurais fait de la clarinette. Je crois aujourd'hui pouvoir dire ça. A l'époque, soi-disant, j'avais un amour fou pour la guitare. J'y croyais. Et je ne savais pas encore que j'allais très mal, en réalité. Donc j'ai fait mon premier salto. On ne peut pas dire que je me suis réceptionné sur les pieds, d'ailleurs. Et c'est comme ça que j'ai arrêté mes études de physique. Et juste le souvenir d'un prof. qui m'avait regardé avec des yeux ronds, en me disant, mais pourquoi ?
- Speaker #0
Et quelle a été ta réponse, alors ?
- Speaker #1
Je ne sais même pas si je m'en souviens.
- Speaker #0
Oui, mais bon, tu t'es dit, allez, j'y vais, quoi. J'ai envie d'avoir...
- Speaker #1
Je sentais une force impérieuse. Il y avait quelque chose qui... C'était plus fort que moi. J'étais trop angoissé dans les études, et je ne pense même pas que ça... Je ne crois pas que ça avait à voir avec la matière en elle-même. C'était...
- Speaker #0
C'était les études, ces études-là, c'est le fait d'être assis, c'était le fait de devoir...
- Speaker #1
Je crois que c'était le fait de choisir en réalité une voie qui aurait pu être la mienne, qui diffère de celle de mon père. Et je crois aujourd'hui avec le recul que c'est très exactement ça que je n'ai pas supporté. Je suis immédiatement retourné dans le sillon paternel, là où lui ne m'avait jamais rien demandé. D'ailleurs lui-même quand je lui ai dit j'arrête tout, je veux faire comme toi, il m'a regardé, bêté, il m'a dit mais comment ça... Bon, du coup, j'ai fait, j'ai arrêté la fac, j'ai fait que de la guitare du matin au soir, au conservatoire, d'une part, et avec lui, par ailleurs, parce que je l'avais à la maison, en fait. Mais c'est là que les emmerdes ont commencé, parce qu'en réalité, j'étais pas passionné par ce que je faisais, j'étais même pas bon.
- Speaker #0
Tu estimais que tu n'étais pas bon pour continuer, mais voilà, tu l'as fait pendant combien de temps, ça ?
- Speaker #1
Je l'ai fait pendant 4-5 ans.
- Speaker #0
Avec le regard de ton père ? Bienveillant ou en tout cas qui... Dubitatif. Dubitatif, mais qui en même temps ne te...
- Speaker #1
Lui, il m'a dit, c'est toi qui choisis mon fils et si c'est ça que tu veux faire, sache que tu vas devoir travailler comme un dingue et je serai là pour toi.
- Speaker #0
Donc ça déjà, c'était pas mal parce que tu étais quand même épaulé dans cette direction.
- Speaker #1
Oui et non. D'une certaine manière, je comprends ce que tu veux dire. Oui, c'est-à-dire qu'il n'y a pas quelqu'un qui vient brimer mon désir. D'accord. Il aurait pu, disons, apercevoir que je faisais fausse route. Je ne lui remets pas la faute sur lui, mais ça aurait pu être une solution. Il aurait pu apercevoir que je faisais fausse route, et qu'en réalité je choisissais la guitare pour des raisons complètement dingues, d'une certaine manière. Il a tenté de me mettre en garde. Il m'a dit, mais d'où ça tombe, quoi ? J'ai grandi au milieu de la musique et de la guitare, mais enfin, on va dire, ça se repère assez tôt quand quelqu'un a des appétences pour ça, et surtout s'il est... doué médicalement, ce qui n'était vraiment pas mon cas. Je veux dire, voilà, c'est pas grave. Aujourd'hui, je peux le dire, c'est pas...
- Speaker #0
Alors, comment ça s'est arrêté, ce conservatoire, finalement ?
- Speaker #1
Ça s'est arrêté que j'ai raté trois fois le concours d'entrée au supérieur, en fait. Parce que le conservatoire, c'est un peu en deux. Il y a toutes les années de préparation, enfin, préparatoire du conservatoire. Et puis après, il y a ce qu'on appelle, je ne sais pas si ça s'appelle toujours comme ça, sûrement encore, oui, le supérieur. Et là, il y a un concours d'entrée que j'ai raté trois fois. Je me suis acharné.
- Speaker #0
On peut dire ça. Et comment tu as rebondi à ce moment-là ?
- Speaker #1
C'est là que je suis tombé en dépression en réalité.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et là, il a fallu que je m'invente une nouvelle voie.
- Speaker #0
Tu avais quel âge à ce moment-là ?
- Speaker #1
24 ans.
- Speaker #0
24 ans. T'es un jeune adulte. Et ça ne doit pas être simple à 24 ans de ne pas savoir où aller, d'avoir commencé par des études en effet de physique.
- Speaker #1
Qui était en plus le seul domaine où j'excellais.
- Speaker #0
Mais t'étais bon.
- Speaker #1
Je sais que... Globalement, j'étais quand même assez bon. En tout cas, j'avais quelque chose à y faire, surtout si ça m'intéressait. Et effectivement, à ce moment-là, j'ai tout arrêté. J'ai arrêté la guitare, j'ai arrêté la physique. Je ne suis pas bien, je suis errant, je n'ai plus aucune idée de ce que je veux faire, ni si je veux faire quelque chose, parce qu'on en est là à ce moment-là.
- Speaker #0
Ça, c'est compliqué, c'est une période compliquée pour toi.
- Speaker #1
Et c'est là que j'entre dans ce qui allait, en fait, après orienter ma vie future, sans que je le sache évidemment. C'est là qu'en fait, j'entre en analyse, non pas en tant que... psy comme aujourd'hui je suis, mais en tant qu'analysant.
- Speaker #0
C'est toi qui as eu cette démarche ?
- Speaker #1
Ouais. Alors j'ai pas dit que je voulais rentrer en psychanalyse, ça avait aucun sens, je savais même pas ce que c'était. Je savais juste que j'allais très mal. Et je me suis tourné autour de moi, j'ai dit « Trouvez-moi un psy, trouvez-moi un psy » . Il se trouve que je suis tombé sur une psychanalyste qui, de fait, a inscrit ma psychothérapie dans une psychanalyse. C'est un peu différent, pas forcément rentré dans les détails, mais en tout cas voilà, je suis rentré en analyse à ce moment-là.
- Speaker #0
Ça a duré longtemps ?
- Speaker #1
Ça dure encore.
- Speaker #0
Et alors, cette fameuse psychanalyste t'a aidé à avancer, à te construire, à te donner les moyens de te projeter ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est elle, mais oui, le cadre de l'analyse est si particulier qu'on se confronte à soi d'une manière... C'est difficile de le restituer, d'en restituer quelque chose, surtout que je pense que c'est très différent pour chaque analysant. Disons que c'est un lieu à la fois où vous pouvez tout dire et où il n'y a aucun mur pour se cacher. Aucun. Vous n'avez même pas la réplique de l'analyse de cet autre qui viendrait vous dire « là tu devrais, là tu devrais pas, là c'est bien, là c'est pas bien » . Non, vous n'avez pas tout ça. Donc tu es face à ta propre parole, à ton désir et même s'il est morcelé, fragmenté, tu ne sais plus où il en est. En tout cas, c'est cette situation qui m'a permis d'en attraper des fils.
- Speaker #0
Alors de ces fils, tu les as tirés ?
- Speaker #1
Alors, c'est là où, la même année où j'entre en analyse, je passe un concours pour une école d'audiovisuel et de cinéma.
- Speaker #0
Tu ne sais pas pourquoi tu as passé ce concours ?
- Speaker #1
Il y avait un rapport avec l'image qui, je me suis inventé sur le coup.
- Speaker #0
Qui t'intéressait ?
- Speaker #1
Qui m'intéressait, oui, oui.
- Speaker #0
Tu t'es dit, allez, j'y vais.
- Speaker #1
Voilà, c'était vraiment dans le néant qui s'offrait à moi. J'ai passé simultanément les Beaux-Arts et ce concours de l'école de cinéma. Je me suis ramassé complètement pour les beaux-arts, c'était même très très humiliant, je repasse en riant aujourd'hui, j'étais humilié à l'époque. Et puis j'ai réussi le concours d'entrée à l'école de cinéma, puis de là j'en suis sorti diplômé, puis après par contre ça, ça m'a plu.
- Speaker #0
Donc là tu as appris le métier, tu avais une spécialité ?
- Speaker #1
Ouais, alors j'étais dans la spécialité qui n'en a pas, c'est-à-dire que j'étais en spécialité réalisation. D'accord. C'est-à-dire où... Tu touches un peu à tout, tu n'es spécialisé dans rien, mais où tu es censé porter un regard, disons, et savoir conduire un projet de film. En tant que technicien pur... Ça s'apprend après. Voilà, ça s'apprend. Moi, ce qui me motivait, c'était l'idée qu'un jour je pourrais réaliser des films, des longs-métrages.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ce qui n'a pas eu lieu, je spoil personne, ça n'a pas eu lieu.
- Speaker #0
Tu as réalisé d'autres...
- Speaker #1
des cours ? Oui, j'ai fait un chemin là-dedans. J'ai fait un trajet, je m'y suis épanoui.
- Speaker #0
Combien de temps tu as évolué dans cet univers-là, on peut dire vidéaste ?
- Speaker #1
Eh bien, de 2001 à 2020, 19 ans.
- Speaker #0
Oui, donc c'est pas rien.
- Speaker #1
Ça a été pour l'instant la majeure partie de ma vie, donc je faisais de la vidéo. A la fois de la vidéo institutionnelle, j'allais dire pour bouffer, je tentais d'écrire et de réaliser mes propres films ou des projets plus artistiques parce que là était mon ambition, à côté je faisais du théâtre, ce qui fait que je me suis retrouvé aussi à donner des cours de théâtre pendant des années. Donc j'évoluais dans cet univers de vidéo et de théâtre alternant des projets passionnants et des projets moins passionnants.
- Speaker #0
Ces missions-là, elles te nourrissaient pendant cette période ? Comment tu te sentais ? J'imagine qu'il y a eu des hauts, il y a eu des bas, mais si tu devais te dire, pendant ces 19 années, je me suis nourrie, je me suis enrichie, tu as monté des documentaires, donc tu avais quand même cette vision aussi artistique de vouloir créer quelque chose, de vouloir communiquer quelque chose par toi-même.
- Speaker #1
Je pensais pouvoir trouver, avec l'écriture, filmique, avec l'image, avec le théâtre, trouver une voix pour dire tout ce qui m'agitait. C'est là où à la fois ça a été immense pour moi et ça a été génial, et en même temps j'en suis resté à une frustration. C'est quelque chose n'arrivait pas à se dire malgré tout.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Tu vois, je n'arrivais pas à déployer mes ailes en fait, j'y arrivais pas, j'y arrivais pas. Et je m'acharnais, alors j'alternais des périodes où... où il y a des choses, des projets qui marchaient, je m'y épanouissais, et puis il y a des moments où c'était la catastrophe.
- Speaker #0
Après c'est un métier qui est dur aussi, c'est le métier qui veut ça. Oui alors ça me l'aura... C'est pas linéaire comme... C'est vrai,
- Speaker #1
c'est vrai mais...
- Speaker #0
Selon les projets, t'as plus d'envie, t'as plus d'engouement, donc...
- Speaker #1
Ce que je peux dire, c'est que tous ceux que j'ai pu côtoyer, qui se sont accrochés, ont tous réussi. En réalité, d'une part, et d'autre part, les opportunités, ce petit facteur chance qui fait qu'il faut faire des bonnes rencontres, je l'ai eu ce facteur. Je fais des rencontres de dingue avec des gens qui bossent dans le cinéma. J'ai eu toutes ces opportunités et je ne les ai jamais saisies. Pareil dans l'après-cours, on peut se poser des questions. C'est-à-dire qu'à chaque fois que c'est bon, il y a une voie qui s'ouvre, vas-y, fonce, porte ce que tu as à dire. C'est là à chaque fois que je partais en crash.
- Speaker #0
Alors tu avais une idée derrière la tête, tu avais autre chose qui faisait que tu n'y allais pas certainement. Ce déclic, il est arrivé à un moment donné sur...
- Speaker #1
Alors, il s'est passé en plusieurs temps en fait. Ce qui est marrant, c'est que alors que j'étais plein dans ma propre analyse, en dehors de mon boulot, un jour je me suis dit, je veux faire des études en psychologie. J'ai besoin d'aller voir de l'autre côté du rideau. À aucun moment, en tout cas le pensais-je, ça n'était pour me reconvertir. Faire un salto, comme tu dis, à aucun moment. Pour moi, c'était, je réussirai, je serai, j'aurai ma palme d'or à Cannes, quoi, pour dire les choses clairement. Dans mon fantasme, j'en étais là, j'ai dit, je m'accrocherai, j'y arriverai, et si c'est à 104 ans que je dois faire mon film, je le ferai à 104 ans. Et à côté, j'avais une soif d'études, le fait que j'avais abandonné mes études jadis, en disant, mais j'étais pas mal, moi, quand même, à l'université. Je me souviens, je me dis, tiens, si je reprenais ça à côté. Et comme j'étais intermittent, j'ai pu reprendre 5 ans d'études. à l'université pendant que je bossais, que je faisais mes films à côté.
- Speaker #0
Donc ça, tu t'es donné ces moyens de dire je vais reprendre mes études.
- Speaker #1
Oui, mais à ce moment-là, par goût des études, et je voulais en savoir un peu plus sur cette question qui me fascinait par ailleurs de la psychanalyse.
- Speaker #0
D'accord, donc c'était des études de psychologie à la fac ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est des cours du soir ?
- Speaker #1
Ah non, j'y allais, j'y allais, c'est des cours avec les autres étudiants. Je m'étais fait un super bricolage pour pouvoir, parce que c'est pas facile de reprendre des études. C'était en 2012, donc j'ai 35 ans à ce moment-là. Les étudiants, ils ont entre 20 et 25 ans. Il y a quelques vieux de mon âge à ce moment-là. Sur un amphi de, je ne sais pas combien on était, peut-être 400, il devait y avoir une bonne quinze-vingtaine de gens comme moi qui étaient en reconversion pour eux. Moi, on me disait, non, je ne suis pas en reconversion, je m'en fous. Je suis réalisateur, je donne des cours de théâtre, c'est là que je m'éclate. Mais j'ai envie. J'ai envie d'aller voir.
- Speaker #0
Vraiment sincèrement, au fond de toi, il n'y avait pas de... Non.
- Speaker #1
Non. J'ai pu dire à un moment donné, à mesure que j'avançais dans les études et que finalement commençait à se concrétiser l'idée d'un diplôme, me dire... Quand je serai vieux, à la retraite, je me vois bien psychanalyste.
- Speaker #0
Tu te l'autorises, mais plus tard.
- Speaker #1
Oui, et puis pour moi, ça faisait sens plus tard.
- Speaker #0
Pas tout de suite. J'ai encore des choses à faire, j'ai encore des choses à réaliser. Je veux ma palme d'or, je veux monter les marches.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, c'est exactement ça. Sauf que, à mon avis, les choses ne sont pas si simples. Encore une fois, dans l'après-coup. Trois ans après être diplômé, je me suis installé. Mais quelles que soient les raisons, même les plus rationnelles, les plus objectives... Le fait que je me sois installé finalement quasiment dans la foulée de mon diplôme, on est autorisé à relire cette reprise d'études comme quelque chose qui était probablement déjà là inconsciemment.
- Speaker #0
Complètement. Donc ce déclic, tu l'as eu de manière inconsciente ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il t'est arrivé et puis voilà, donc tu as eu ton diplôme, c'est des études qui ont duré 5 ans, c'est ça ? C'est ce que tu disais ? Lorsque tu as eu ce diplôme, tu te dis quoi ?
- Speaker #1
Je me souviens d'une impression très bizarre. Oui. Je suis officiellement psychologue.
- Speaker #0
Mais oui, parce que c'est pas rien.
- Speaker #1
Oui, mais il y avait un côté incongru, puisque jusqu'à présent j'avais construit mon identité sur autre chose. Oui, il y avait une forme de fierté, mais...
- Speaker #0
Mais tu ne te sentais pas encore légitime pour professer ?
- Speaker #1
Non, et puis en plus, encore une fois, on verra plus tard. Peut-être d'ailleurs que c'est là qu'ont commencé les questions autour de moi. « Mais attends, je ne comprends pas ce que tu fous. Tu fais des études, tu es psychologue, mais alors tu veux faire quoi ? Il y a un truc qui n'est pas logique, on ne comprend pas. » Je dis, mais vous ne comprenez pas, moi non plus, mais...
- Speaker #0
Mais laissez-moi tranquille !
- Speaker #1
C'est votre problème de ne pas comprendre, moi je m'en fous, moi je vais très bien ! A priori ! Et ça ne me gênait absolument pas de continuer à faire ce que je faisais, en ayant mon titre de psychologue pour, on verra plus tard...
- Speaker #0
donc l'entourage était un peu dubitatif il y avait quand même des je me souviens même qu'il y a quelque chose qui était marrant à ce moment là,
- Speaker #1
donc moi je suis intermittent toujours je fais mes films et à ce moment là j'ai l'occasion via mon statut d'intermittent de faire un stage magnifique de deux mois d'écriture long métrage avec des scénaristes confirmés, professionnels où on est un peu... Petit groupe de... Pas que de réalisateurs, d'ailleurs. Il y a tous les métiers. Il y a des accessoiristes, il y a un accessoiriste, il y a un régisseur, il y a un chef opérateur. Mais tous animés par l'idée d'écrire un film. Et dans des conditions où pendant deux mois, on est payé, on bosse du matin au soir. Enfin, c'est un stage hyper structuré. Et à la fin des deux mois, on doit pitcher notre scénario auprès de vrais prods. Et donc, je me suis dit... La chance de ma vie. Et là, je me souviens que ça a soulevé un peu des tumultes autour de moi. On ne comprend pas ce que tu fous. Qu'est-ce que tu veux à la fin ? Tu reprends des études. Je ne reprends pas d'études. Ça fait partie de ma formation. Ça s'agacait autour de moi.
- Speaker #0
Mais finalement, c'est toi qui as pris la décision.
- Speaker #1
Oui, comme ça, comme tout le monde. Donc,
- Speaker #0
tu as pris la décision.
- Speaker #1
J'ai fait mon stage. J'ai pu écrire ce que je voulais, le présenter à une productrice. qui m'a proposé de me produire, et là j'ai cru qu'enfin, à 40 ans en fait, ça y est enfin les portes s'ouvraient devant moi. Et là, de péripétie en péripétie, j'ai encore réussi à ne pas réaliser quoi que ce soit. Ma femme pense que c'est peut-être l'échec de cette production qui a dû précipiter quelque chose dans mon cheminement, et aboutir un an et demi après au fait que je m'établisse comme analyste. finalement, qu'aujourd'hui je cherche encore ce pourquoi j'ai fait la bascule. Je sais que c'est au cœur de ce podcast. Je ne vais pas inventer forcément ou affirmer des réponses toutes faites pour en fournir. Moi, j'admets que ça ne reste pas totalement éclairci.
- Speaker #0
Donc là, maintenant, aujourd'hui, tu es établi. Ça fait six ans. En tant que psychologue et psychanalyste, tu as les deux casquettes.
- Speaker #1
Oui, il y a mon chat qui mange ses croquettes.
- Speaker #0
C'est bien, on entendra les petites... Pas de soucis. Ben c'est ça, on est chez toi, donc c'est parfait. Bonjour, comment il s'appelle ce chat ?
- Speaker #1
Gary.
- Speaker #0
Bonjour Gary !
- Speaker #1
C'est une référence Ausha de Bob l'éponge qui est un escargot.
- Speaker #0
Et ben voilà, on saura tout. Donc tu proposes en fait... Donc en fait,
- Speaker #1
je suis... de toute façon dans une écoute d'ordre analytique, c'est-à-dire avec l'hypothèse de l'inconscient, et que ce dont se plaint le patient reste à déchiffrer. Et que le symptôme n'est pas forcément une chose objectivable et éradicable comme telle. Maintenant, en fonction du type de demande ou du niveau d'angoisse du patient, oui, je vais me faire plus proche, j'allais dire plus psychologue, mais en gardant toujours quand même une sorte de réserve quant à cette position qui se voudrait une position de savoir, qui viendrait expliquer au patient voilà ce dont vous souffrez monsieur ou madame. C'est de cette position dont je me méfie.
- Speaker #0
D'accord. Donc aujourd'hui, comment tu te sens ? Tu te dis, ça y est, j'ai enfin presque 50 ans. Je suis dans ce que je voulais être.
- Speaker #1
Je ne sais pas si je suis dans ce que je voulais être.
- Speaker #0
Mais tu te sens...
- Speaker #1
Mais je me sens à ma place.
- Speaker #0
À ta place. Donc ce salto, même s'il y en a eu plusieurs avant, il est plutôt finalement réussi.
- Speaker #1
En fait, ça a été une série de saltos en réalité, si je regarde. Une majeure partie de ma vie, de ma vie d'homme, d'adulte, a été à la fois, franchement je ne peux pas me plaindre, ça a été d'une richesse absolue et en même temps d'une souffrance égale. Parce que j'ai été traversé par tellement de doutes et d'angoisse, on va dire que, sans prétendre avoir résolu toutes mes questions, au moins une partie, suffisamment en tout cas pour en savoir quelque chose de l'angoisse, qui me rend d'autant plus... légitime à ma place. Et que je suis en mesure d'entendre quelque chose de l'angoisse de l'autre. J'y ai eu affaire. Voir j'y ai affaire. J'en vis.
- Speaker #0
Et si c'était à refaire alors Vincent ? Tu te dis quoi ? Je l'aurais fait plus vite ?
- Speaker #1
Je pense que je n'aurais pas pu devenir analyste sans ce qui précède en réalité. Parce que là on ne peut faire que de la fiction. Ce qui est un comble en ce qui me concerne. Je ne peux pas simplement me dire... J'aurais dû être psychanalyste avant parce que là, pour le coup, dans mon parcours, pour moi, ça n'aurait eu aucun sens. Là, tu vois. C'est bien parce qu'il y a eu échec avant. Et alors, attention, quand je dis échec, c'est pas genre j'ai tout foiré. Heureusement, là, ça a réussi. C'est pas ça. Parce que peut-être, psychanalyste, être un métier si spécifique qui peut se nourrir des échecs. Mais c'est peut-être pas si con de le dire comme ça.
- Speaker #0
C'est pas si con, oui. Ça a du sens. Et alors, comment tu te vois dans 10 ans, Vincent ? Ça, c'est un peu la question.
- Speaker #1
Déjà, je ne me vois pas autre chose que psychanalyste. Je m'espère surtout toujours en vie. J'ai ma femme, j'ai mon fils. Je suis d'abord dans ma vie de famille. Je suis surtout là-dedans et je m'imagine dans dix ans encore là-dedans et aussi avec mon métier. Mais je ne suis plus hanté parce que je serai dans dix ans. Là, je n'ai plus forcément le fantasme d'un salto.
- Speaker #0
C'est une jolie conclusion en tout cas. Donc dans 10 ans, on te retrouvera toujours psychanalyste et psychologue. J'étais demandé de réfléchir, pour conclure cet échange, à un mentor, peut-être, qui t'a aidé, qui t'aurait aidé justement dans ce cheminement et dans cette reconversion.
- Speaker #1
Et qui m'aide encore en fait. Lorsque j'étais à la fac, parmi tous les profs qu'on avait, qui étaient... enfin il y en avait des brillants quoi. Parmi eux, il y en avait un... Là, pour le coup, il y a eu un point de fascination et qui a fait appel, qui a raisonné et surtout qui rendait toutes ces choses sensées. Et c'est lui que je vais voir encore aujourd'hui. Un vendredi sur deux, je vais voir cet analyste qui me sert de boussole.
- Speaker #0
Merci infiniment, Vincent, pour ce témoignage sincère, touchant.
- Speaker #1
Merci à toi, Alexa.
- Speaker #0
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