- Speaker #0
Entrepreneuriat, c'est toujours une folie. J'ai créé une boîte, j'ai échoué. Naturellement, t'as honte. Il lève l'autre main, parce qu'il avait déposé le bilan deux fois. Et là, les mains commencent à se lever.
- Speaker #1
On peut être brillant, ambitieux, inspirant, sans avoir à faire semblant d'être invincible. Bienvenue dans Sans Talon Ni Cravate. Salut Véronique !
- Speaker #0
Salut Aurélie !
- Speaker #1
Écoute, moi je suis super contente de te retrouver aujourd'hui. Aujourd'hui, tu es la fondatrice de Change ton futur, un cabinet de bilan de compétences et de coaching à Strasbourg. Et ça me tenait à cœur de t'inviter dans Sans talons ni cravate, parce que je sais qu'avant cette aventure-là, tu as eu un paquet de vies entrepreneuses, tu as été traductrice pendant 15 ans, co-créatrice de Colligence, un espace autour de l'intelligence collective. et qu'il t'est arrivé quelques aventures dans ton parcours. Et je serais ravie qu'on puisse découvrir un peu l'envers du décor de ton parcours.
- Speaker #0
Écoute, avec plaisir. Je suis un petit peu... Je sens que ça remonte un petit peu là. Je me dis, mais qu'est-ce que je vais raconter ? Voilà. Mais en tout cas, merci de me mettre en confiance. Je te remercie aussi de m'avoir invitée dans ce podcast. Et je suis très, très heureuse de passer ce petit temps avec toi. avec de la joie, j'espère, de la confiance et de l'espérance pour toutes les personnes qui vont nous écouter.
- Speaker #1
J'en suis sûre. En tout cas, tu vois, tu commences par partager. Ça monte là, on est exactement dans l'état d'esprit. Donc l'idée, c'est qu'on est toujours un petit peu gêné au début de l'épisode. Et puis après, ça part. L'idée, c'est que vraiment, on discute comme si on se retrouvait dans ton coworking ou autour d'un café. Dans ton parcours... Par quoi tu aurais envie de commencer aujourd'hui dans tout ce que tu as pu vivre en tant qu'entrepreneuse ? Ce qui te tiendrait le plus à cœur de partager si tu avais un entrepreneur ou une entrepreneuse en face de toi ?
- Speaker #0
Ce qui me vient spontanément, je crois que c'est de ne jamais renoncer. Aller de l'avant, aller de l'avant, aller de l'avant. Ce qui me vient, c'est vraiment ça. Les échecs ne sont pas des échecs. si tu sais transformer en apprentissage donc ça c'est quelque chose que j'aimerais partager ce qui me vient aussi spontanément c'est ne pas rester seule comment mobiliser autour de soi les bonnes personnes aussi avoir du discernement de prendre les bonnes décisions c'est pas toujours évident parce que moi j'ai pris une fois dans ma vie une très bonne décision, ça a quand même été de déposer le bilan, tu vois donc ce que je voudrais partager c'est que l'entrepreneuriat c'est aussi un esprit un esprit à la fois de confiance, de collaboration avec la vie mais aussi une envie d'être agissant une envie d'avoir de l'impact sur le monde
- Speaker #1
Génial, il y a beaucoup de choses sur lesquelles j'ai envie de rebondir dans tout ce que tu me dis On reviendra sur cette décision de déposer le bilan. À quel moment tu as eu le plus besoin de te dire « il faut aller de l'avant, il faut aller de l'avant, il faut aller de l'avant » ?
- Speaker #0
Ce sont les moments où plus rien ne marchait. Les moments où tout s'effondrait autour de moi, où peu à peu je me retrouvais démunie, désorientée. Aujourd'hui, ma boîte Change ton futur, ça fait neuf ans que je la construis. c'est justement pour permettre aux personnes de prendre des bonnes décisions à ces moments de croisement, ces moments de bascule, ces moments de réorientation. Je crois que ça vient de ma propre expérience, mais ça vient aussi du fait que ce sont des moments où il n'est pas bon d'être seule, ce sont des moments où il est bon d'être accompagnée. Donc, si je reviens sur mon histoire personnelle, les moments où j'ai eu besoin… Ça a toujours été des moments un peu de désespoir, mais où il y a toujours eu la providence juste après.
- Speaker #1
Tu aurais un exemple comme ça que tu serais OK pour nous partager ?
- Speaker #0
Je peux te donner un exemple très, très personnel, qui concerne notamment l'un de mes fils. Je ne sais pas si ce n'est pas trop intime, mais ça ne fait rien. C'est ce qui me vient, donc je vais le dire. J'avais déposé le bilan quelques mois auparavant. J'étais en train de remonter derrière Change ton futur, mais évidemment, il n'y avait pas encore de business. Je me demandais d'où est-ce que j'allais tirer mes revenus, etc. J'étais en train de me dire que j'allais demander le RSA peut-être, tu vois, c'était vraiment au plus bas. Et je m'étais séparée. Et je me dis, il faut vraiment que je trouve une réponse. J'avais un ami à l'époque qui faisait des soins énergétiques très puissants. Je prends rendez-vous avec lui, je vais faire ce soin énergétique. Et je reviens, mais j'étais dans un état absolument étrange, vraiment très très étrange. J'habitais au cinquième étage de mon immeuble à cette époque. Et je me voyais me jeter par le balcon. Je me visualisais en train de me jeter par le balcon et une force m'interposait la photo de mon fils devant les yeux. À chaque fois que j'avais cette pensée, je me jetais par le balcon, la photo de mon fils venait devant mes yeux. C'était absolument incroyable, comme s'il y avait eu vraiment une intervention du bien contre les forces du mal qui était venue me dire « tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas faire ça parce que tu as des enfants, parce que tu as… » une fille, des amis, ta propre vie aussi. D'ailleurs, ça me met un petit peu l'alarme à l'œil. Ça ne se verra pas sur le podcast. Mais je me souviens de ce moment-là qui a été vraiment un moment fort où j'étais en train de redémarrer, où tout était en place parce que c'était le mois de juillet. En septembre, j'ai signé une grosse commande et j'ai eu le client le plus important que j'ai jamais eu de ma vie. Tu vois ? Merci. C'est ce moment où l'espérance passe par-dessus le désespoir, passe par-dessus, je pourrais dire dépasse, outrepasse le désespoir. Et tu ne sais pas pourquoi, mais tu te sens apaisé. Et tu te dis, ça va le faire, en fait. Et j'ai retrouvé à ce moment-là un état de l'intérieur. Et comme dit, deux mois après, je signais mes plus belles compétences. Voilà le genre de choses. Et donc, c'est pour ça que l'entrepreneuriat… Quand tu vois les discours, il faut prospecter, il faut faire des trucs, machin. Oui, il faut faire des tas de trucs, il faut être actif, il faut se montrer, il faut être présent, etc. Mais la réalité, c'est dans ta relation avec toi-même et dans ta relation à la vie que tu produis du fruit, que tu produis du résultat. Pour moi, c'est ma conviction profonde après toutes ces années d'entrepreneuriat. Ce que je peux te dire aussi, c'est que tu vois pourquoi j'ai arrêté la traduction ? Parce qu'il n'y avait plus rien qui rentrait, alors que j'étais considérée comme la meilleure traductrice de tous mes clients. On se battait pour m'avoir… j'avais un planning ultra rempli, puis tout d'un coup, ah mais non, ça ne se faisait pas, ça ne pouvait pas se faire, c'était décalé, il y avait la crise. Bon, c'est vrai que ça avait la crise, mais se dire que dans ces moments où tout s'effondre, l'espace qui se crée va… forcément être comblée par quelque chose qui va t'étonner, te surprendre à quoi tu ne t'attendais pas du tout. Donc si tu veux, pour moi, c'est plus le lâcher prise que le contrôle qui va faire que tu vas avoir de belles aventures entrepreneuriales et de belles réussites.
- Speaker #1
Oui, c'est-à-dire que en gros, ce que j'entends dans ce que tu dis, c'est d'accepter ce qui est là, d'accepter que finalement ce que tu vis est juste, et ça fait partie du chemin dans lequel tu as besoin d'évoluer. Et quand tu laisses passer quelque chose, c'est quelque chose de nouveau qui va apparaître et qui va sûrement être plus juste pour toi par rapport à la personne que tu es devenue aujourd'hui finalement.
- Speaker #0
C'est ça. Quand tu as une marche à monter, forcément tu dois faire de la place parce que tu dois à un moment donné faire de la place pour réfléchir, faire de la place pour t'intérioriser, pour retrouver ta profondeur, pour retrouver tes ressources propres. et te laisser guider vers la prochaine étape qui sera forcément quelque chose que tu n'as pas imaginé et qui sera beaucoup mieux que tout ce que toi, tu aurais pu faire par toi-même.
- Speaker #1
Et quand ça t'arrive, que tu vois que toutes les traductions ne se font pas, que les projets ne se font pas, etc., est-ce que tu es déjà dans cet état d'esprit-là ou est-ce que sur le moment, en général, quand ça nous arrive en tant qu'entrepreneurs, on en prend plein la figure et on se dit « mais ce n'est pas possible, qu'est-ce qui m'arrive ? » Comment tu l'as vécu, toi ?
- Speaker #0
Très mal. la perte de contrôle total déjà tu vois que tes revenus sont en train de fondre et puis il n'y a pas que ça parce que tu te retrouves sans argent on se retrouve sans argent on trouve toujours un plat de pâtes à manger mais c'est de dire mais à quoi je sers c'est quoi ma vie quelle est mon utilité quel est mon plan de vie là où je suis où Tu n'es plus nulle part, tu n'existes plus. Tu vois, à ce moment-là, au début, ce que j'ai fait, c'est multiplier les contacts, aller chercher des clients, chercher d'autres... Je travaillais avec des maisons d'édition, je faisais des ouvrages, je traduisais des ouvrages. c'est d'aller chercher d'autres clients, être très actif et tout ça. Mais ce n'est pas ça qui a donné du résultat. Ce qui a donné du résultat, c'est que je suis allée peut-être faire une retraite à ce moment-là. Alors, ce que je voulais vraiment dire là-dessus, c'est qu'à ce moment-là, c'est difficile de l'accepter, c'est difficile de lâcher prise. Il y a toutes les résistances qui remontent au niveau maximum. Donc, c'est abattre toutes ces résistances qui va faire que de nouvelles portes vont s'ouvrir. Et donc, quand je dis abattre, c'est encore un terme beaucoup trop actif. C'est les laisser tomber, les laisser fondre, les laisser s'effondrer d'elles-mêmes. Et arriver à un moment donné à se dire, en fait, ce vide. Parce que sur le moment, tu ne peux pas te dire que c'est bien ce qui t'arrive. Je veux dire, on est humain. En tout cas, moi, je suis le bassement humain. Je ne suis pas plus que les autres. Et puis surtout,
- Speaker #1
quand on est entrepreneur, notre réflexe, c'est d'aller chercher plein de solutions. Tu vois, tu redoubles d'énergie en disant, bon, ce n'est pas grave, j'ai pu dans ce coin-là, ça dit non. Bon, allez, je vais mettre plein d'énergie pour aller chercher des nouveaux clients.
- Speaker #0
J'ai un égo comme tout le monde. Donc, en tant qu'entrepreneur, je dirais à un moment donné, disons les choses comme elles sont. En tant qu'entrepreneur, on a envie de réussir. On n'a pas envie d'échapper. Alors bon, la vie est faite après de réussite et d'échec. De toute façon, tous les chefs d'entreprise, même des grosses boîtes, te le diront. Et donc, ce moment où tu perds totalement toute confiance en toi, ce n'est même pas l'argent ou les moyens financiers, c'est vraiment toute confiance en toi qui s'effondre. Comme dit, je voulais sauter par le balcon la première fois, ce que je t'ai raconté avant. Tu ne peux pas, c'est difficile à ce moment-là de te dire « non mais c'est bien, je fais du vide » . Tu vois ? Et puis, non, non, non, la souffrance ne passera pas par moi. Non, parce que les épreuves ne servent à rien si tu ne vis pas la souffrance associée. Et si tu ne vis pas cette souffrance, tu ne vas pas grandir. C'est ma conviction. Moi, je n'oblige personne à penser comme moi. Mais ma conviction, c'est que vraiment, c'est vivre et traverser cette souffrance. C'est l'accueillir, arrêter de résister. Alors, c'est probablement le lâcher prise, le lâcher du contrôle chez l'être humain. plus difficile à faire. Toutes les personnes que j'accompagne, je les accompagne dans un processus de lâcher prise.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui t'a aidée, toi, à ce moment-là, du coup, à lâcher prise, justement, quand tu vois que tu mets plein d'énergie, que ça ne marche toujours pas ? Comment t'as procédé ? Qu'est-ce que t'as fait ? Qu'est-ce qui t'a aidée ?
- Speaker #0
Eh bien, ça a été de ne pas rester seule, de continuer ma thérapie, d'en parler à mes amis, de ne pas rester seule avec ça. je crois que cette épreuve du dépôt de bilan m'a permis peut-être de guérir quelque chose de l'ordre de la honte j'ai créé une boîte, j'ai échoué naturellement t'as honte quand t'es une petite fille et que tu fais un dessin et qu'on te dit qu'il est pas beau, t'as honte en fait se dire que c'est pas une honte ça t'intéresse que je te raconte une petite anecdote qui m'a enlevé la honte
- Speaker #1
Bien sûr, oui, avec grand plaisir, parce que la honte, on la vit tous. Je trouve que la société, en tout cas, entretient encore vachement, justement, cette pression de la réussite et donc la honte de déchouer, alors que dans d'autres, tu vois, tu vas aux États-Unis, ce n'est pas du tout honte de déchouer, c'est même presque encourager. Donc, ça m'intéresse de voir un peu comment toi, tu as passé outre cette honte assez propre à notre société. Avant,
- Speaker #0
j'avais déposé le bilan et puis il y avait, tu sais, en juin, comme ça, il y a toujours les rencontres annuelles du CJD, donc Centre des Jeunes Dirigeants. où j'étais invitée et là, un de mes amis entrepreneurs devait faire une intervention et au lieu de monter sur scène et de faire son intervention, il se met au milieu du public, il se lève et il dit « voilà, je suis machin, truc, etc., je suis votre prochain speaker, mais avant de monter sur scène, je voudrais poser une question à l'Assemblée » . Et puis il dit « voilà, ce que je voudrais vous demander, c'est que chaque… » chacun d'entre vous, chaque dirigeant d'entre vous qui a déjà déposé le bilan, qui lève la main. Et là, gros moment de silence dans l'assemblée, il y avait 300-400 personnes, et tout d'un coup, lui, il lève une main, et il lève l'autre main, parce qu'il avait déposé le bilan deux fois. Et là, tout d'un coup, les mains commencent à se lever, etc. Et moi, j'étais là, complètement stupéfaite, et je me suis dit, mais en fait… Voilà, ça a produit une espèce de catharsis collective, nous a enlevé la honte de déposer le bilan. Parce qu'après, le discours a été, aux États-Unis, on prête plus facilement à quelqu'un qui a déjà déposé le bilan, parce qu'il ne va pas en faire deux fois les mêmes erreurs. Tu vois, donc, l'esprit d'entrepreneuriat en France, il a encore deux, trois trucs à apprendre. Des pays étrangers, les États-Unis peut-être, mais aussi les Chinois qui remontent des boîtes en 15 jours. Voilà, les pays asiatiques. On a plein de leçons de management et plein de leçons d'intership à prendre des autres cultures.
- Speaker #1
Carrément, carrément. Merci, je suis sûre que ça va parler à plein d'entrepreneurs qui pourront nous écouter. Et c'est vraiment, en tout cas, l'état d'esprit de ce podcast, d'aller justement faire qu'on ose lever la main, faire qu'on ose se dire, en fait, moi aussi, qu'on se dise, en fait, je ne suis pas tout seul. Et en tout cas, j'espère que tous ceux qui ont déjà déposé le bilan se retrouveront. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu plus, de ce moment où tu as déposé le bilan, pareil, pour qu'on désacralise un peu ce truc de honte ?
- Speaker #0
Si tu veux, alors, concrètement, pour contextualiser un petit peu, ce qui s'est passé, c'est que... J'avais monté une boîte, il y avait deux activités. J'avais vraiment de l'accompagnement des projets d'écriture, collectif et individuel, avec des chefs d'entreprise, avec des collectifs. J'ai publié plusieurs livres blancs en écriture collaborative, etc. J'avais créé une activité hybride, si tu veux, avec le coaching en écriture et l'édition. Et mon projet a paru tellement génial que j'ai trouvé même 12 associés qui chacun ont mis un petit peu d'argent. Et quand j'ai demandé mon prêt d'honneur pour monter ma boîte, faire mon effet de levier avec la banque, etc. À l'époque, j'ai monté une SAS et j'avais 12 associés. Et la banque m'a dit, écoutez, j'ai rien compris à votre projet, mais vous avez 12 personnes qui croient en vous. Pour moi, c'est une preuve que ce que vous faites, c'est sûrement génial. Donc, je vous prête. Alors ça, c'était le début, enthousiasme, etc. Et puis, peu à peu, je me suis rendue compte que je me fatiguais énormément parce que je faisais deux métiers. Et en fait, de passer de l'un à l'autre, c'était très dur. J'ai connu un échec en prenant un associé qui, finalement, est parti très vite parce que ça n'a pas marché.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui fait que ça n'a pas marché ? Tu peux nous dire un petit peu ?
- Speaker #0
Il ne s'est pas investi. Je pense qu'il avait des attentes. Il pensait que l'entreprise allait le nourrir. Alors qu'il fallait que, de son côté, lui aussi développe du business. Tu vois ? Merci. Quand tu t'impliques dans un projet d'entrepreneuriat où il y a déjà des gens, il ne faut jamais y aller si tu penses qu'ils vont te nourrir. Ça, c'est vraiment, si je peux conseiller aux personnes qui veulent se joindre à un projet existant, qui veulent s'associer, etc. C'est bien de s'associer. Mais de s'associer à une personne en te disant « elle va me nourrir » , ça, ce n'est pas OK.
- Speaker #1
Souvent, de toute façon, ce n'est pas forcément « tiens, elle va me nourrir » , mais souvent les... Les échecs que je vois d'associés, c'est beaucoup... Il y a des non-dits, il y a des flous sur les attentes des uns des autres. On pense qu'on s'associe pour, et puis souvent on ne s'associe pas par hasard. C'est peut-être un lien d'amitié, parfois un lien familial. Et donc forcément, ce côté émotionnel biaise aussi l'échange. On vient de dire non mais ça, je ne veux pas non plus que ça ait des effets sur notre relation, donc je ne vais pas dire. Et une question que j'aime bien, qui permet d'éclaircir un petit peu ça aussi, c'est Qu'est-ce que tu as l'impression que j'attends de toi ? Et que chacun réponde à cette question permet aussi de comparer un petit peu des deux côtés. Entre les attentes imaginées, est-ce que tu t'imagines que j'attends de toi ? Effectivement, moi je m'imagine que tu attends que je m'investisse, ou justement que ça ne ressort pas dans les attentes. Effectivement, là on sait qu'il y a quelque chose à ajuster, quelque chose à éclaircir. et qui permet de ne pas rester dans le flou et peut-être de se terminer de manière malencontreuse. Parce que se séparer d'un associé, c'est toujours une expérience qui est douloureuse pour chacun et pour la boîte. Donc, plus on éclaircit les choses au départ.
- Speaker #0
Et tout au long du processus.
- Speaker #1
Et tout au long, bien sûr, on réajuste au fur et à mesure.
- Speaker #0
Oui. Et donc, ça, c'était un petit peu un aparté sur les projets avec associés. Mais si je reprends mon fil, j'avais les deux activités. Faire les deux métiers, c'était difficile et je me suis rendue compte finalement que je m'épuisais. Je me suis dit bon, ce n'est pas compliqué, soit je trouve un associé, soit je fais un burn-out. J'ai cherché un associé, ça n'a pas marché. Je me suis retrouvée très fatiguée et puis je me souviens, c'était au mois de janvier et je vais chez mon expert comptable pour valider mon bilan. Mon expert comptable qui est une femme absolument extraordinaire que j'admire beaucoup, que j'ai eu l'occasion de coacher à l'époque et nous sommes restés très très amis. et qui me dit, écoute Véro, je crois que le mieux, c'est que tu déposes le bilan. Et là, je suis tombée de l'armoire, j'ai eu cette sensation, tu te sens tout froid comme ça, tu vois, c'est la montée d'adrénaline, ça produit du froid. Et puis, je me suis dit, ben voilà, ça y est, c'est fini, j'ai échoué. En fait, en rentrant à la maison, j'ai ressenti un soulagement énorme, parce que je me suis dit, mais voilà, enfin, je vais pouvoir me retrouver moi-même. Alors après, ça a été dur, il y a eu les étapes, etc. Mais sur le moment, c'était presque la crise de panique. Mais en rentrant chez moi, je me suis dit, mais Véro, en fait, écoute-toi bien, écoute-toi bien, t'es soulagée. Et j'étais obligée de reconnaître que j'étais soulagée. Voilà, alors après, ça s'est mis en place. Et puis, ce que je peux raconter pour finir cette aventure, ça a été le mémorable passage au tribunal. Tu te retrouves debout à la barre devant les juges. Ils ont le petit machin blanc, la robe noire, machin. Tu te dis, mais en fait, ça ne m'est jamais arrivé là, ce que je suis en train de vivre. Et j'espère que ça ne m'arrivera plus jamais, tu vois.
- Speaker #1
C'est combien de temps après ça que tu passes devant le tribunal ? Combien de temps après que tu as comptable ?
- Speaker #0
J'ai déposé le bilan. On a fait les papiers en janvier. J'avais encore des rentrées d'argent. Je devais de l'argent à des personnes. J'ai attendu d'avoir payé toutes mes dettes. C'est important si tu veux rebondir après un dépôt de bilan. J'ai payé toutes mes dettes. J'ai déposé le bilan. J'avais zéro dette. Je déposais le bilan en n'ayant rien dû à personne, que j'aurais pu planter tout le monde. Je me serais fait des amis, c'était inimaginable. Les gens n'auraient plus jamais fait confiance. C'est ça ce qui se passe quand tu déposes le bilan. Tu peux éteindre tes dettes. Il y a plein de gens qui déposent le bilan, c'est une technique pour eux pour redémarrer. Vous aviez des salariés à l'époque ? Non, je n'avais pas de... deux salariés, mais j'avais plusieurs personnes qui travaillaient pour moi, en tant qu'entrepreneur, pour m'aider sur l'expédition des ouvrages, pour m'aider sur le secrétariat, l'administratif. Voilà, et donc, tu passes devant les juges, et les juges, en fait, leur boulot, si tu veux, je le dis comme ça, si jamais ça vous arrive, ça arrive à des personnes qui m'écoutent, ou c'est en train d'arriver à des personnes... qui m'écoutent, ils vont essayer de te convaincre de poursuivre ton activité. Ils vont te dire vous ne pourriez pas vous mettre en redressement, vous ne voudriez pas poursuivre votre activité, vous ne voudriez pas essayer encore une fois, etc. Moi, j'avais absolument besoin de faire table rase et de repartir à zéro.
- Speaker #1
À ce moment-là, quand tu arrives devant les jurys, tu as fait le deuil un peu déjà.
- Speaker #0
J'ai pas trouvé d'associé, je vais tomber malade. C'est vraiment important. pour moi d'arrêter cette aventure, sinon je ne vais pas me remettre. » Et donc, après la fin de l'histoire, j'avais mes douze associés, certains en qui j'avais très confiance. Je les ai prévenus avant. Je leur ai dit « écoute, je dépose le bilan, tu vas perdre ton argent » . Ils avaient mis peu d'argent et ils m'ont tous dit « Véro, fais ce que tu as à faire, mais vraiment, tu dois déposer le bilan, tu déposes le bilan » . Non, je les ai tous prévenus avant. Maintenant que j'y repense. Non, ce n'est pas ce à qui j'avais confiance. Je les ai tous prévenus avant. Je les ai appelés un par un. Alors ça, ça a été aussi un truc. Prends ton téléphone et t'appelles et tu dis écoute, je t'appelle pour te dire que je dépose le bilan. Je t'appelle pour te dire que je dépose le bilan. Tu vois un peu l'aventure. 12 fois. Voilà. Et donc, ils ont tous été extrêmement bienveillants avec moi en me disant Véro, tu as essayé très fort. Véro, tout ce que tu as fait, c'était bien. Véro, on te garde tout le temps. toute autre estime, etc. Sauf un qui m'a engueulée comme du poisson pourri en me disant qu'il fallait que je continue, que je me mette en redressement judiciaire, que je continue l'activité, qu'il ne fallait pas que je quitte, etc. Et je lui ai dit « écoute, je n'ai plus la force, je n'ai plus la force » . Et il ne m'a pas été jusqu'à m'insulter, mais c'était très, très, très tendu. Après, bon, entre amis, quand quelqu'un te dit « t'es con » , ce n'est pas une insulte.
- Speaker #1
Vous aviez une relation plutôt amicale ?
- Speaker #0
On était vachement potes. Quand je dis que ça a été limite de l'insulte, s'il n'avait pas été mon ami, ça aurait été une insulte. Voilà. Donc ça, c'est des moments aussi très difficiles où tu repars en te disant « je perds mes amis » . Et après, moi, je me suis concentrée sur remonter ma boîte derrière. Je me suis dit « il faut avancer » . Non, mais voilà.
- Speaker #1
Je trouve ça quand même fou que finalement tu sois un peu jugé comme un accusé devant un tribunal quand tu dois mettre fin à ta boîte, parce que ça contribue aussi à ce sentiment de honte que finalement on trimballe en tant qu'entrepreneur quand on a un échec. Alors bien sûr aussi et quand on a plein d'associés, quand on embarque des gens avec nous dans l'aventure, que ce soit des salariés, des associés. Moi ce que je vois aussi beaucoup dans mes accompagnements c'est qu'on tarde. à dire aux salariés ce qui se passe, parce qu'on espère encore redresser. Et finalement, quelque part, on les empêche de se préparer. Mais bon, c'est humain, on fait ce qu'on peut. Comme tu dis, qu'il y ait ce sentiment de honte. On entretient aussi un système où on n'ose pas dire. Et finalement, on empire la situation là où on aurait pu faciliter, en prévenant un petit peu avant, en disant, tu sais, là, je commence à vraiment être fatiguée. Je sens que, soit j'ai besoin d'aide. Alors ça, c'est pareil, c'est quelque chose qui est très, très dur pour beaucoup de... d'entrepreneur, d'avouer qu'effectivement, en ce moment, ça ne va pas. En plus, c'est avec les réseaux sociaux où tout le monde va bien.
- Speaker #0
Tu vas être jugée. D'ailleurs, dans la matière, tu passes au tribunal et tu es jugée. Tu vois ? Oui. Donc, c'est vraiment, tu es jugée par la société comme, voilà, évidemment, tu n'es pas jugée inapte à faire du business parce qu'il n'y a pas escroquerie, il n'y a pas mensonge, il n'y a pas tromperie, j'avais payé toutes mes dettes. Vous avez mon bilan sous les yeux, etc. Mais tu es jugée par la société. Tu te sens coupable d'avoir mal fait. Je me suis sentie sur le moment coupable d'avoir mal fait. Je me suis remise en question. Je me suis demandé qu'est-ce que j'avais raté. Qu'est-ce que j'aurais dû faire ? Tu te dis, mais qu'est-ce que j'aurais dû faire ? À ce moment-là, j'aurais dû faire ça. J'ai fait ça, mais j'aurais dû faire ça. J'ai fait ça, mais j'aurais dû faire ça. Et tout ça, finalement, ça ne sert à rien, en fait. Mais c'est à vivre. Parce que qu'est-ce qui fait que tu vas arrêter, toi, de te juger ? Parce que que les autres te jugent, tu peux toujours leur donner le pouvoir de te faire aller mal. C'est ce que je dis à mes clients. Mais tu n'es pas obligé. Rien ne t'oblige à donner à autrui le pouvoir de te faire aller mal. Mais là où tu te fais du mal, c'est quand tu te juges toi-même. Ce que je viens de décrire juste avant. Et là, il n'y a qu'une solution, ce n'est pas la thérapie, si ce n'est pas ça, c'est faut arrêter. Tu vois ? C'est comme les gens qui disent « je n'arrive pas à arrêter de fumer » , mais il n'y a qu'une façon d'arrêter de fumer, c'est d'arrêter, tu vois ? Il n'y a qu'une façon d'arrêter de te juger, c'est d'arrêter de te juger. Parce qu'à un moment donné, qu'est-ce qui va faire que tu vas arrêter de te juger ? C'est que tu en as marre. J'en ai eu marre de tourner en rond, j'en ai eu marre de me poser tout le temps les mêmes questions, j'en ai eu marre d'être dans le bocal du poisson en train de tourner, en train de tourner. Qu'est-ce qui peut m'arriver ? Je ne suis toujours pas morte. J'ai mes deux jambes, mes deux pieds. J'ai, comme disent mes enfants quand ils n'ont plus de sous, qui m'appellent pour que leur donne un peu d'argent, c'est pour mettre des pattes dans le ketchup. Et puis le reste, c'est tu mets un pied devant l'autre, jour après jour. Tu mets un pied devant l'autre.
- Speaker #1
Je pense que le fait qu'on se parle mal, c'est aussi par rapport à l'histoire qu'on se raconte. Si on se dit j'ai mal fait, j'aurais dû, j'ai échoué. Que si on se dit mais comment j'ai été courageuse en fait. Combien ose créer une entreprise ? Combien ose... Quelque part... créer quelque chose de rien ? Combien peuvent se vanter d'avoir fait travailler d'autres personnes ? Tu vois, tu as embauché que ce soit des salariés. Toi, ce n'était pas des salariés, c'était des entrepreneurs. Mais c'est des gens à qui, grâce à toi, et grâce à eux, d'avoir lancé quelque chose aussi, ont pu vivre de leur activité. Tu as participé à ça. C'est aussi de changer l'histoire qu'on se raconte. D'où ça, c'est honteux. Dans la société aujourd'hui, les premiers à dire que c'est honteux seront ceux qui n'osent pas, en fait, qui n'ont pas ce courage-là. D'avoir le courage d'appeler douze personnes qui t'ont fait confiance pour leur dire « merci de m'avoir fait confiance » . Et là, aujourd'hui, tout ce que je t'ai pu t'apporter, ce sera jusqu'à aujourd'hui parce que maintenant, je suis obligée de déposer le bilan. Ça ne renie pas tout ce que tu as pu apporter avant. Je pense qu'il y a vraiment quelque chose de l'ordre. d'une valeur forte pour tous les entrepreneurs qui est l'ordre du courage. Bien sûr, porté par un élan, par un élan d'entreprendre, par un élan de faire un monde meilleur, par un élan de plein de choses. Mais sans le courage, ça ne tient pas longtemps.
- Speaker #0
Alors oui, c'est bien que tu prononces le mot courage, parce que le courage c'est l'intelligence du cœur. Le début du mot vient de cœur. Le courage c'est l'intelligence du cœur, c'est-à-dire que quand toutes tes pensées rationnelles, et toute ta rationalité, toute ta capacité de réflexion, de la raison résonnante, comme je l'appelle, te disent non, non, non, non, non, non, non, et que... C'est l'élan, tu vois, c'est l'élan du cœur, c'est la foi qui va te guider à ce moment-là. Si tu n'écoutes que là-haut, tu ne fais rien. En fait, si tu écoutes uniquement la raison raisonnante, tu te dis qu'il faut être fonctionnaire. Donc l'entrepreneuriat, c'est toujours une folie. Alors après, si tu veux, par rapport à ces difficultés, cette honte, les difficultés réelles, etc., il y a une digestion qui doit se faire, une métabolisation. de toutes tes émotions, etc. Et l'idée, là, c'est comment tu en sors grandi, qu'est-ce qui fait que tu en sors grandi. Je pense que c'est parce que tu acceptes de lâcher prise. Il y avait ce jugement dans la matière, mais dans l'esprit, personne ne te juge. La vie qui fait que tu respires, l'oxygène que tu respires, le paysage que tu vois, La vie et le vivant ne te jugent pas. Donc on peut le raccrocher à une religion, à un dieu ou pas. Mais la vie et le vivant ne te jugent pas. La pluie tombe sur les bons comme sur les mauvais.
- Speaker #1
Et on ne peut pas dire à un arbre qui perçait feuilles en hiver, « Alors pousse, qu'est-ce qu'il y a ? Comment ça se fait que là, tu n'as pas de feuilles en ce moment ? » C'est l'hiver. Et parfois, je pense qu'on a oublié aussi le fait que nous aussi humains, on est cycliques. Et que parfois, c'est l'été. Donc, c'est la joie, c'est l'excitation d'un nouveau projet. Et puis, au fur et à mesure, peut-être, les feuilles tombent. On a besoin de faire du tri, on a besoin de choses qui se mettent à jour. Et puis après, finalement, on a zéro feuille. Donc, c'est l'occasion d'aller créer de nouveaux bourgeons.
- Speaker #0
C'est ça, les bourgeons vont émerger parce que la sève est rentrée dans la terre pour se protéger du froid. Si la sève reste dans le tronc, elle gèle. Donc, toute la sève se retire. Et donc dans les moments où tu perds tes feuilles, c'est la fin d'un cycle, toute la sève, donc toute l'énergie de vie doit aller se ressourcer, se renouveler au plus profond de tout.
- Speaker #1
C'est revenir à soi finalement. Qu'est-ce qui est important pour moi ? De quoi j'ai besoin ? De quoi j'ai envie ? De toute façon, de manière générale, dans notre société, en particulier pour les entrepreneurs, c'est qu'on a tous tendance à se définir un peu par ce qu'on fait. C'est comme si on avait une grosse boîte en bas, ce que je fais. Ça, c'est les entreprises que je monte, etc. Au-dessus, il y a ce que j'ai, une boîte un peu plus petite, ce que j'ai, parce que ça me permet d'avoir plein de choses, soit des salariés, une boîte, une voiture, une maison, des pâtes, du ketchup sur mes pâtes, ma famille, mes amis, mais aussi ma place dans la société, ma notoriété, mes cercles, peut-être d'entrepreneurs, etc. Et en haut, il y a qui je suis, parce que tout ça fait de moi quelqu'un. Mais le qui je suis est basé sur ce que j'ai et ce que je fais. Donc le jour où je suis obligée de dire, je dépose le bilan, tout ça se casse la figure, parce que ce que j'ai, ça se casse la figure aussi. Moi, je suis une petite boîte qui je suis en bas, qui finalement n'a jamais construit à partir de là. Donc finalement, il est un peu perdu. Tu disais tout à l'heure, mais je ne sais plus à quoi je sers, je ne sais plus ma valeur, j'ai planté. Et c'est ce moment, comme tu dis, où la sève revient, que peut-être c'est l'occasion aussi d'aller créer, de consolider une grosse boîte qui je suis en bas. avec mes besoins, mes envies, remonter mon estime de soi. Tu me dis, on n'a plus confiance en soi, donc rebooster cette confiance en soi, d'avoir quelque chose de solide là, à partir duquel on va pouvoir aller créer des boîtes de ce que je fais au-dessus. Et l'avantage dans ce mode-là, quand tu as mis qui je suis en bas, c'est que quand il y a une boîte qui sort, parce que soit c'est une partie de l'activité de la boîte qui s'en va, soit c'est carrément toute la boîte que tu plantes, finalement tu comprends que oui, ça fait mal. Et en même temps... Tu vois ça comme une opportunité d'aller construire une boîte qui te ressemble vachement plus à la personne que tu es devenue. Change ton futur, c'est une boîte qui correspond vachement plus à la Véronique que tu étais devenue à ce moment-là.
- Speaker #0
Oui, alors c'est bien que tu dises que la boîte qui je suis, elle est à mettre plus profond dans les racines. Tu vois, parce qu'effectivement, c'est une inversion. Ce que tu viens de décrire, c'est une inversion du sens de la vie. Et là je le vois depuis que je vis en Espagne, en France les gens te demandent très très vite tu fais quoi comme job, etc. En Espagne, les gens s'en fichent complètement du job que tu fais, tu n'imagines pas. Et donc, tu rencontres des gens qui te disent bonjour, qui commencent à taper la discute devant ta porte, etc. Et puis après, tu te rends compte que c'était le plus gros exploitant des oranges du coin, qui possède je ne sais combien d'hectares d'orangers, etc. Tu vois, les gens ici, ce n'est pas leur préoccupation.
- Speaker #1
Tu vois l'humain derrière le fer.
- Speaker #0
Oui, ils sont plus préoccupés par… La sympathie, l'empathie, passer un moment agréable. Les moments suspendus dans le temps, pour eux, c'est ça qui fait la valeur des gens. Ces petits moments de partage quotidien, où on partage le vivant, on partage la vie.
- Speaker #1
C'est ça qui est chouette quand on voyage aussi à l'étranger, ça fait prendre un recul. C'est génial. Peut-être que c'est très franco-français, cette histoire de s'identifier par rapport à ce qu'on fait. Mais c'est le danger aussi en tant qu'entrepreneur parce qu'on construit quelque chose qui nous tient à cœur. Donc forcément, on a tendance à confondre ce qu'on fait avec qui on est. Alors qu'en fait, c'est qu'une des millions de manières d'exprimer au monde qui on est et d'exprimer nos valeurs, d'exprimer ce qui est important pour nous.
- Speaker #0
C'est un vrai sujet ce que tu évoques en coaching d'entrepreneur. Effectivement, aujourd'hui, se confondre avec sa boîte, c'est une grosse erreur aussi que beaucoup de gens font. Ils s'investissent tellement que je deviens. Mon entreprise, si mon entreprise va mal, je vais mal. Si mon entreprise va bien, je vais bien. Alors, donc, voilà, c'est parce que, tu vois, quand tu étais une petite fille, quand ta maman était contente de toi, tu allais bien. Quand ta maman n'était pas contente de toi, tu allais mal. C'est exactement pareil. Et l'entreprise, tu vois, l'entreprise, ce n'est pas pour rien que c'est un mot féminin. C'est l'instance nourricière. L'entreprise, le dirigeant, alors maintenant il y a des femmes, etc. Et donc là on voit bien que l'entreprise est censée être un cocon qui te sécurise. C'est pour ça aussi que les gens qui sont malheureux dans les boîtes, je le vois en bilan de compétences, ont du mal à quitter l'entreprise nourricière.
- Speaker #1
C'est intéressant les conditionnements comme ça, depuis l'enfance en fait, c'est quelque chose qu'on va rechercher potentiellement, alors qu'en fait dans le qui je suis... Il y a aussi comment je m'apporte moi-même cette sécurité.
- Speaker #0
Il y a la confusion entre la sécurité affective et la sécurité réelle. C'est là que tu vois, par exemple, Sœur Emmanuelle, les chiffonniers du Caire, les enfants vivent avec leurs mamans. Ce sont des mamans seules qui font le tri des vêtements usagés, etc. Ces enfants sont rayonnants, radieux, etc. Ils n'ont rien. Ils passent la journée dans les décombres. Mais ils vivent dans une sécurité affective parce qu'ils se retoussent avec leur mère tout le temps, matin, au soir. Et donc, si tu veux, on confond la sécurité affective, c'est ce qui va construire le fait qu'on va pouvoir traverser l'insécurité matérielle plus tard parce qu'on ne va pas être dans la confusion entre la sécurité affective et la sécurité matérielle. Tout à l'heure, on parlait est-ce que tu donnes le pouvoir aux autres quand ils te jugent de te faire aller mal ? Là, est-ce que tu donnes le pouvoir aux circonstances, aux conditions de ta vie de te faire aller mal ? Et donc, c'est sortir de la confusion entre la vie et les conditions de vie. La vie, car V majuscule, ce n'est pas les conditions de vie. Les conditions de vie peuvent être dures. Si ça se trouve, dans cinq ans, on sera en guerre. Les conditions de vie peuvent être dures. Elles peuvent être très dures. Mais ce n'est pas la vie. La vie transcende les conditions de vie.
- Speaker #1
Tu disais tout à l'heure, la vie ne te juge pas. C'est un bon rappel, ça. C'est une bonne ressource. Oui,
- Speaker #0
la vie ne te gêne pas. Tu as des dirigeants qui ont des assurances-vie, des maisons, des résidences secondaires, des yachts, etc. Ils sont terriblement malheureux. Comment tu expliques ?
- Speaker #1
C'est comment ils sont à l'intérieur. De toute façon, on revient toujours à la relation de soi à soi, en fait, finalement. Quelles que soient les conditions extérieures, si tu te sens bien avec toi-même, si tu te sens droit dans tes bottes, que tu sens que... La vie que tu as construit ressemble à qui tu es, tu remets tes boîtes dans l'ordre, finalement il ne peut rien t'arriver.
- Speaker #0
C'est ce que j'appelle l'axe de cohérence, c'est-à-dire est-ce que tu te sens en cohérence avec ta vie ? Alors tout le monde parle, je suis alignée, je ne suis pas alignée, etc. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire parce que...
- Speaker #1
Oui, mais ce n'est pas permanent, ça bouge.
- Speaker #0
Ça bouge, et puis est-ce que tu es alignée en termes d'éthique, en termes de valeur, en termes de besoins financiers ? Est-ce que tu es aligné en termes de modalité de collaboration ? Enfin, tu vois, c'est vague. Mon axe de cohérence, c'est quelque chose qui te tient. Donc, à partir de ce qui je suis, qui est au plus profond de toi, qui est intouchable, qui est intouchable, c'est comment tu t'élèves, comment tu pousses droit, comment est-ce que le tronc d'arbre, il va pousser droit. Et puis s'adapter, tu vois, quand tu vas dans le Guadeloupe ambiant, tu vois, les arbres, ils ont poussé de travers, ils ont suivi le mouvement du vent.
- Speaker #1
Et ils sont très beaux quand même. Pour eux c'est droit, en fait ça veut pas dire droit, ça veut pas dire droit justement, c'est ça qui est bien.
- Speaker #0
Ils se sont adaptés aux conditions hétérologiques, donc pour eux c'est droit, eux ils sont droits.
- Speaker #1
On arrive à la fin de cet épisode, je vais te poser les questions de signature du podcast. C'est quoi pour toi l'état d'esprit sans talons ni cravate ?
- Speaker #0
C'est cette manière que tu as de permettre à la personne de rentrer dans une conversation plutôt intime, j'ai envie de dire. Plutôt de l'ordre de l'intime que de l'ordre de... Voilà, je n'étais pas à l'extérieur de moi, j'étais vraiment dedans. Je te remercie d'ailleurs pour ça.
- Speaker #1
Avec plaisir. Si tu avais en face de toi, tu nous as raconté plusieurs moments là. Si tu avais en face de toi les différentes Véroniques du passé qui ont vécu ces différents moments, en étant dans cet état d'esprit, sans talons ni cravate, qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire si elles étaient en face de toi, si elles pouvaient sortir du passé pour venir te voir, tu aurais envie de leur dire quoi ?
- Speaker #0
Alors là, tu vas me faire verser les larmes. Tu vois, j'aurais voulu prononcer ce mot avant toi, mais tu l'as fait avant moi. C'est la qualité de ton écoute, je pense. C'est que tu as été courageuse. Tu peux être fière de toi parce que de toute façon, dans tous les cas, tu as été courageuse. Et à tous les moments, tu as été courageuse.
- Speaker #1
Merci beaucoup Véronique d'avoir été dans cet état d'esprit, de t'être livrée en toute intimité. Est-ce qu'il y a quelqu'un auquel tu penses et que tu aimerais entendre dans un prochain épisode ? Un dirigeant, une dirigeante que tu as envie de découvrir aussi ? dont tu as envie de découvrir les coulisses ?
- Speaker #0
Eh bien, j'ai cherché pendant toute la période, avant l'enregistrement, je ne trouvais pas. Ça m'est venu ce matin spontanément, donc je pense que c'est probablement la bonne personne. Et j'aurais bien voulu que tu contactes Nicolas Amat, qui dirige la Rocket Tower de Strasbourg, qui est un coworking. Lui, je pense qu'il a pas mal d'aventures entrepreneuriales à te raconter.
- Speaker #1
Génial. Merci à toi encore.
- Speaker #0
Merci à toi Aurélie, merci beaucoup. C'était très sympa.
- Speaker #1
Plaisir partagé. C'est la fin de cet épisode de 100 talons ni cravate. Si quelque chose t'a parlé, partage-le à quelqu'un qui en aurait besoin. Et si tu veux soutenir le podcast, tu peux aussi laisser un avis sur Apple Podcast ou Spotify. Et puis si tu as une question, un doute, une décision ou un sujet que tu aimerais que j'aborde ici, viens m'écrire sur LinkedIn. A très vite. Hey, t'es quelqu'un de bien, pense à te lâcher la grappe.