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Plusieurs décisions récentes pourraient impacter des points clés de l’industrie de la télévision, des plateformes et du cinéma.
En décembre 2024, les dirigeants de Canal+ ont informé l’ARCOM que la chaîne et ses déclinaisons payantes ne seraient plus diffusées sur la TNT d’ici fin juin 2025. Cette décision découle d’un jugement du Conseil d’État, qui a requalifié Canal+ en plateforme de vidéo à la demande, entraînant une augmentation de la TVA sur les abonnements de 10 à 20 %, rendant la diffusion TNT moins avantageuse. Canal+ passera désormais sous le régime CABSAT, avec des obligations similaires, notamment le financement du cinéma français et européen. En échange, la chaîne pourra diffuser des films six mois après leur sortie en salle, un privilège par rapport aux plateformes, qui doivent attendre 15 à 17 mois.
Cependant, un problème majeur survient avec Disney. Fin 2024, les accords de commercialisation et de diffusion signés en 2019 avec Canal+ ne sont pas renouvelés. Disney demande une augmentation de sa rémunération, que Canal+ aurait refusée. Free et Orange prennent désormais le relais, offrant aux abonnés l’accès aux chaînes Disney et à des tarifs préférentiels pour Disney+. Cela pourrait compenser les 2 à 2,5 millions d’abonnés que Canal+ perd, mais un autre enjeu se profile : les accords de diffusion des films de Disney ne sont pas renouvelés, ce qui pousse Disney à investir davantage dans le cinéma français. Le groupe prévoit de doubler ses dépenses en production européenne et en œuvres françaises, passant de 13 à 55 millions d’euros par an.
Ce tournant pourrait faire de Disney un concurrent direct de Canal+, qui investit actuellement environ 200 millions d’euros dans le cinéma. Cependant, Canal+ menace de réduire cette somme, ce qui risquerait de déstabiliser l’équilibre du secteur, en particulier pour les séries et les documentaires. Si Canal+ réduit son investissement dans le cinéma français, il perdra sa spécificité et pourrait devenir une simple plateforme parmi d'autres. Ce n’est pas une direction idéale.
Netflix, de son côté, surveille la situation de près. Le délai pour diffuser des films n’est pas basé sur le montant des investissements, mais sur le pourcentage du chiffre d’affaires réalisé en France. Malgré un investissement annuel de 50 millions, Netflix doit attendre 15 mois pour diffuser des œuvres, tandis que Disney, avec un investissement similaire, pourrait obtenir une réduction du délai à six mois. Netflix réclame un ajustement à 12 mois depuis longtemps.
Les accords sur la chronologie des médias doivent être renégociés avant février 2025, offrant une occasion de réajustement. Cette situation survient à un moment où certains studios semblaient prêts à abandonner les salles de cinéma pour se concentrer sur leurs plateformes. Toutefois, ces studios cherchent désormais un équilibre entre la diffusion en salle et sur leurs plateformes, avec une exploitation limitée en salle avant un passage rapide à la vidéo.
En France, le cinéma a connu plusieurs succès en 2024, notamment "Emilia Perez" de Jacques Audiard, qui dépasse le million d'entrées, "Le Comte de Monte-Cristo" d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, avec près de 10 millions d’entrées, et la comédie "Un petit truc en plus" d’Arthus, qui a attiré près de 11 millions de spectateurs. Ce dernier a été diffusé rapidement sur Canal+, au risque de détourner certains spectateurs des salles, mais avec de tels résultats, le risque semble limité.
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