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Après avoir consacré de nombreuses chroniques à la TNT et à la radio numérique terrestre (RNT), il est temps, en cette fin d'année, de réfléchir à l'avenir de ces moyens de diffusion. Plus précisément, pouvons-nous encore envisager un avenir pour les chaînes de radio et de télévision linéaires ? Et si oui, pour combien de temps ?
J'ai déjà abordé ce sujet dans mes précédentes analyses, mais faisons le point, en commençant par la radio.
En tant que journaliste spécialisé dans les médias, j'ai longtemps plaidé pour le déploiement du DAB+ (Digital Audio Broadcasting). À l'époque, c'était presque un combat solitaire, tant cette technologie suscitait peu d'intérêt. Aujourd'hui, elle se déploie enfin, mais avec près de 20 ans de retard — voire 30 ans par rapport aux premières prévisions. Pendant ce temps, la radio diffusée via Internet a progressé, une évolution qui n'a pas fait l'unanimité parmi les amateurs de radio traditionnelle.
Pourquoi ? Parce que diffuser la radio sur Internet revient à mettre sur un pied d'égalité les grandes radios FM historiques et les web radios, souvent perçues comme plus impersonnelles et moins encadrées. Bien sûr, certaines web radios proposent des programmes variés et de qualité, mais faute de moyens, elles peinent à attirer une audience significative. L’ACPM (Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias) montre que, parmi les 100 radios les plus écoutées en numérique, seules deux ne sont pas issues de la FM ou de leurs déclinaisons.
Les chiffres confirment la domination des grandes radios FM sur le numérique : en novembre dernier, l’écoute numérique représentait en moyenne 17 % du total, et 28,2 % chez les moins de 24 ans. Les podcasts suivent une tendance similaire. Si des programmes indépendants comme "Hugo Décrypte" totalisent 1,7 million d’écoutes par mois, ils restent loin derrière des mastodontes comme "L’After Foot" de RMC (15 millions d’écoutes) ou "Les Grosses Têtes" (11,9 millions).
Revenons au DAB+. Pourquoi développer cette technologie alors que la radio Internet semble si pratique ? La réponse tient en plusieurs points :
Fiabilité en déplacement : 40 % de l'écoute radio se fait en mobilité, notamment en voiture. Or, l’écoute via Internet est souvent interrompue, et les réseaux cellulaires peuvent saturer en cas de forte affluence, comme lors de grandes manifestations.
Coûts pour les radios : Diffuser sur Internet coûte plus cher aux stations qu’une diffusion hertzienne.
Sécurité : En cas de catastrophes (tempêtes, pannes réseau), la diffusion en FM ou DAB+ reste opérationnelle, contrairement aux réseaux téléphoniques.
Le passage au DAB+ est également une évolution logique :
La radio ne peut être le seul média à ne pas basculer au numérique.
Le DAB+ offre une meilleure qualité sonore, un choix de stations élargi et des coûts de diffusion inférieurs à ceux de la FM.
Aujourd’hui, 70 % de la population peut recevoir le DAB+, et toutes les voitures mises sur le marché depuis décembre 2020 en sont équipées.
Ainsi, le DAB+ est essentiel pour garantir la pérennité de la radio face à la concurrence des plateformes comme Spotify, Deezer ou YouTube. La radio traditionnelle a donc un avenir, même si son audience pourrait évoluer. Les chiffres montrent que plus on vieillit, plus on écoute la radio, une tendance qui reste constante pour l'instant.
Et la télévision, me direz-vous ? Eh bien, ce sera le sujet d'une prochaine chronique, faute de temps aujourd'hui.
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