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C’est l’heure des bilans. J’avais prévu d’évoquer aujourd’hui l’avenir de la TNT, après avoir traité celui de la radio. Mais après réflexion, je me suis demandé si je ne m’étais pas trompé de perspective.
En parlant de la radio, j’ai surtout abordé l’aspect technologique, insistant sur l’importance du passage au DAB+ (radio numérique terrestre). Ce mode de diffusion, désormais accessible à plus de 70 % des Français fin 2024, marque une avancée notable. Mais cela suffit-il pour garantir l’avenir de la radio ? Probablement pas.
Lors de ma chronique, j’ai brièvement mentionné les défis économiques du secteur. Diffuser via Internet engendre des coûts non négligeables : plus une radio est écoutée, plus ses frais de diffusion augmentent. Si tous les auditeurs passaient exclusivement par Internet, les dépenses exploseraient par rapport à la FM ou au DAB+. En parallèle, les recettes publicitaires, bien que globalement en hausse, inquiètent. Cette croissance est inférieure aux attentes, et la radio subit une érosion légère mais constante de son audience.
L’évolution varie selon les segments. Les radios publiques se portent bien. Du côté des généralistes privées, la situation est contrastée : Europe 1 remonte grâce à un positionnement proche de CNews, tandis que RTL, bien que perdant sa deuxième place, reste solide. Les radios musicales présentent des résultats disparates : celles aux thématiques bien définies résistent, mais des leaders comme NRJ peinent. À l’inverse, Nostalgie surperforme. Les stations généralistes perdent parfois des auditeurs, lassés par une offre peu différenciée des webradios, alourdie par la publicité.
Un point crucial reste le contenu, véritable âme de la radio. Pourtant, une tendance inquiétante émerge : la radio s’aligne de plus en plus sur les formats télévisuels. RMC, par exemple, voit son audience radio diminuer, car ses programmes sont aussi diffusés sur des chaînes du groupe (BFM, RMC Découverte). De même, RTL, intégrée au groupe M6, semble pâtir d’une stratégie où la radio apparaît secondaire face à la télévision.
Cette dynamique interroge aussi le service public. Le projet de fusionner Radio France et France Télévisions suscite des craintes. Bien que Radio France domine son marché, une telle fusion risque de reléguer la radio au second plan, à l’instar des synergies peu fructueuses observées dans le privé. Si un regroupement stratégique peut sembler logique sur le papier, il pourrait diluer l’identité propre de chaque média.
Enfin, les radios locales traversent une crise aiguë. Les stations commerciales subissent un marché publicitaire difficile. Quant aux radios associatives, elles perdent les subventions locales, les collectivités manquant de moyens. Si le financement gouvernemental via le FSER a été préservé grâce à une mobilisation intense, le danger reste présent. Chaque semaine, des radios associatives cessent d’émettre, privant de nombreuses voix d’un espace d’expression vital pour la démocratie.
En résumé, à court terme, l’avenir de la radio paraît assuré, mais à long terme, rien n’est garanti. La pérennité dépendra de sa capacité à innover, à valoriser son contenu et à défendre son indépendance face aux bouleversements technologiques et économiques.
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