- Speaker #0
Présent à chaque souffle, il nous guide, nous transporte, nous procure une émotion instantanée, nous bouleverse, nous traverse, nous submerge, nous apaise. Qui est-il ? Derrière cette énigmatique description se cache l'odorat. Propre à chaque être, l'odorat, par son puissant pouvoir, nous rappelle un être cher, un souvenir unique. Je suis Anne-Laure Joalland, hôte de ce podcast Sens Figuré. Depuis l'enfance et de manière... indescriptible, j'ai ressenti intensément les émotions et les odeurs. Mon histoire personnelle est mêlée d'images, mais aussi d'odeurs, me rappelant mes origines. Des galettes de ma grand-mère le mercredi midi, à l'odeur rassurante du figuier les soirs d'été. Passionnée par le pouvoir aux multiples facettes de l'olfaction et des fragrances, avec ce podcast, je pars à la découverte, avec vous, de cet univers fascinant qui recèle à mes yeux de nombreux mystères. Avec sens figuré, je vous emmène à la rencontre de ceux qui, enfants, ressentaient les odeurs avec une sensibilité exacerbée, pour poser un doux regard sur le monde, qui ont osé, un jour, à la faveur d'une rencontre, d'un élan du cœur, d'un saut dans l'inconnu, dans l'irrationnel, dans l'imperceptible, tracer un sillage différent de celui qu'ils avaient imaginé jusqu'alors. Ils ont osé faire vibrer et réveiller ce qui était présent au plus profond de leur âme. Convaincus que les senteurs pouvaient transformer leur vie et celle des autres. Avec Sens Figuré, je vous emmène avant tout à la rencontre de passionnés de parfums, de senteurs, de fragrances qui vous transporteront pour un voyage olfactif au cœur de vos émotions. Inspirez, sentez, ressentez et découvrez. Vous écoutez mon podcast Sens Figuré. et vous aimez ma manière de sonder les cœurs et les esprits de mes invités au fil des épisodes, dans la lignée de ce podcast, je propose d'écrire ou d'enregistrer pour vous, poser des émotions sur vous, votre parcours, vos créations, fidèles à l'approche que vous pouvez percevoir via Sens Figuré. Je propose également des coachings personnalisés, de retour à la connaissance de soi, pour faire des choix en conscience et atteindre avec sérénité Merci. vos réalisations et vos objectifs. Pour ce nouvel épisode, j'ai invité à mon micro Elfa, plus connu sous le nom de Hello Parfum sur Instagram. Au cours de celui-ci, Elfa nous narre sa rencontre avec la parfumerie de niche, sa soif de découverte de ce milieu, en laissant flâner son nez dans les parfumeries après les cours. Elpha évoque son souhait d'évangélisation autour de la culture olfactive qu'elle diffuse via son compte Instagram. Elle aborde pour nous son écriture sensible et sa synesthésie. Bonne écoute ! Bonjour Elpha !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Je te remercie sincèrement d'être la nouvelle invitée de mon podcast Sens Figuré. Alors pour commencer, je vais te poser ma traditionnelle question. Si tu devais te décrire par un parfum ou une odeur, quelle serait-il ou quelle serait-elle et pourquoi ?
- Speaker #1
Alors, moi c'est plutôt l'odeur de l'oliban. On en parlait tout à l'heure, mais l'oliban pour moi, c'est une odeur qui évoque tant quelque chose d'assez structuré, très terre-à-terre. Et en même temps, quelque chose de plutôt évanescent, plutôt en mouvant. Et c'est un peu cette dualité, je crois, qui me permet d'être ce que je suis aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce que tu es tombée dans le flacon de parfum dès toute petite ou c'est venu après ?
- Speaker #1
Non, c'est venu après. Alors, à la maison, évidemment, on se parfumait déjà, mais je n'avais pas cette conscience du parfum. J'avais beaucoup déjà la conscience de l'odeur, des épices, des fruits, des légumes. Peut-être qu'on peut les retrouver dans la cuisine de maman. Mais le parfum en lui-même, en fait, c'est arrivé un jour très précis où maman s'offre tocade de Ausha. Et là, je me dis, attends, j'ai loupé quelque chose, en fait.
- Speaker #0
T'as eu une révélation.
- Speaker #1
Totalement, en fait, parce que moi, j'avais le droit aux jeunes, enfin, les trucs qu'on trouve au supermarché. qui était très bien pour mon âge, j'ai 13-14 ans à ce moment-là. Et Tocade, à côté, c'est l'explosion olfactive, mais aussi émotionnelle. Parce que déjà, c'est lié à maman, c'est sa peau aussi, c'est le parfum, mais c'est son odeur à elle aussi. À ma carte,
- Speaker #0
donc, il réagit sur sa peau.
- Speaker #1
Tout à fait. Et là, je me dis, waouh, ça, c'est génial. Mais je reste avec en tête Tocade et seulement Tocade pendant longtemps. Et c'est après, quand j'arrive à la fac, je découvre un parfum qui s'appelle Féminité du bois de Serge Lutens. Et là, je me dis non. Là, c'est bon, j'ai vraiment envie de comprendre et d'apprendre tout ce qui a un rapport avec la parfumerie.
- Speaker #0
Tu t'es dit qu'il y a quelque chose de plus facetté, de plus subtil dans les odeurs ?
- Speaker #1
Tout à fait, il y a quelque chose d'hyper structuré. Et donc, en fait, ça, c'est quelque chose qui va revenir souvent dans ma vie. Dès que c'est cadré, dès que c'est structuré, et en même temps que c'est beau, qu'il y ait une finesse, qu'il y a de la rigueur et en même temps une certaine poésie. Ça, ça me touche, ça, ça me paraît. Et c'est ça, en fait, que j'ai vraiment envie de comprendre et d'apprendre.
- Speaker #0
Très bien. Et donc, tu n'avais pas envisagé de faire des études de parfumerie ?
- Speaker #1
Ah non, pas du tout. En fait, c'était même pas... Non, c'est pas envisageable du tout. Je viens d'un milieu où il faut travailler et il faut avoir un métier dit conventionnel. Parce que c'est comme ça qu'on va s'en sortir, etc. Le parfum, c'est quelque chose, c'est un accessoire dans ma famille. Ce n'est pas quelque chose qui peut aboutir à un métier. Donc, ce n'était même pas envisageable. Ça ne m'a même pas traversé l'esprit. Alors, j'adore le parfum. C'est bien, c'était à côté, une passion. Mais à côté de ça, moi, j'avais d'autres études qui n'avaient d'ailleurs strictement rien à voir avec la parfumerie.
- Speaker #0
Et c'est possible, effectivement, de s'intéresser. Et je comprends totalement ce cheminement et ce choix d'études. Moi non plus, je n'aurais jamais pensé aller un jour dans le domaine de la parfumerie. Pour moi, c'était plus quelque chose de l'ordre du loisir. Tout à fait. On ne pouvait pas gagner sa vie avec la parfumerie. Et je me dis, les gens qui ont pensé dès tout petit ou qui ont pensé à être nés, enfin nés à Neuzelle, je me dis, c'est incroyable d'y avoir pensé dès tout petit et de s'être autorisé à le faire.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et moi, je dis, je pensais que c'était juste... des odeurs qui étaient imbriquées les unes aux autres. Et cette fameuse rigueur dont on parle depuis tout à l'heure, elle est omniprésente dans le création du parfum. Et c'est ça qui est magique.
- Speaker #0
Tu as poursuivi des études totalement autres que celles de la parfumerie. Et en parallèle, tu menais toujours cette découverte de la parfumerie. Comment ça s'est passé ? Alors oui,
- Speaker #1
Feminity Dubois arrive. Moi, je suis éblouie par ça. À ce moment-là, je rentre à la fac. Et je pensais que j'allais pouvoir me faire des amis autour de la parfumerie à ce moment-là, parce qu'à la fin des cours, avec les collègues, on allait se prendre un verre. Alors moi, j'étais à la fac de Saint-Quentin-en-Yvelines, à Vauban, et juste à côté, en fait, il y a un centre commercial. Et surtout, il y avait, je ne sais pas s'ils y sont encore, il me semble que oui, un Sephora et un Mariono. de quoi sentir, sentir et ressentir à souhait. Et donc, à la fin des cours, moi, j'avais qu'une seule chose dont j'avais envie, c'était d'aller sentir des parfums. Mais ce n'était pas tout à fait la même chose pour les copains. Et donc, du coup, au début, j'y allais avec des amis. Puis, au fur et à mesure du temps, il y avait de moins en moins de personnes qui venaient avec moi. Je me retrouvais très seule et ce n'était pas si mal, finalement, d'être seule. Donc, je sentais des parfums. Donc, en général, deux, trois. Mais toujours des grands classiques. J'avais besoin de revenir à la source pour mieux comprendre ce qui se passait après. Et je rentrais le soir, je me connectais à auparfum.com, je lisais les avis, les critiques de ce dont j'avais senti dans la journée. Et le lendemain, je retournais ressentir les mêmes parfums avec la critique en tête. Alors, parfois je n'étais pas tout à fait d'accord, parfois je ne comprenais pas trop ce qu'on avait dit dans la critique. Mais ce n'était pas grave. Quand je n'avais pas compris, je notais le parfum et j'y retournais six mois plus tard pour ressentir, pour peut-être me donner un avis différent. C'est comme ça que j'ai construit ma propre critique vis-à-vis du parfum. C'était sentir, lire des experts, revenir sentir. Comme ça, pendant trois, quatre ans, systématiquement.
- Speaker #0
C'était une manière aussi de t'évader de tes études finalement ?
- Speaker #1
Oui, et puis c'était, il y en a qui faisaient du sport, il y en a qui faisaient plein d'autres choses. Moi, c'était le parfum. Alors souvent, on me disait non mais t'es... T'es trop dedans, tu t'enfermes dedans. Et moi, oui, j'espère bien être enfermée là-dedans, en fait. Parce que plus j'avançais, plus je découvrais des choses, et plus je me disais, mais en fait, j'ai tellement de choses à apprendre. Tu sais, c'est quand tu ouvres une porte et que t'en as dix, et puis t'ouvres les dix, mais tu te rends compte qu'il y en a encore dix autres. Et c'est ça qui était fascinant pour moi. C'était vraiment de me dire, mais c'est infini, en fait. Et il n'y a pas de limite là-dedans.
- Speaker #0
Ah non, c'est un parc d'attractions géant, finalement. Et tu as rencontré d'autres personnes ensuite qui étaient passionnées de parfumerie, puisque tu te retrouvais finalement la seule pendant tes études à te passionner au fil de l'eau ?
- Speaker #1
Oui, alors pendant toutes mes études, j'ai pas de personnes qui sont assez sensibles pour que je puisse passer du temps avec ces gens-là autour de la parfumerie. C'est beaucoup plus tard où je rencontre des gens qui aiment le beau parfum. Alors qu'ils n'ont pas forcément cette aptitude à l'enseignement ou à l'apprentissage de la parfumerie, mais ils s'y intéressent. C'est-à-dire que quand moi j'ai présenté quelque chose, tiens, sans ça, on ne trouve pas ça forcément à Sephora. Donc là, on arrive, la notion de niche est plus ancrée. Elle n'existait pas quand moi j'ai commencé, en fait. Même si aujourd'hui, on peut dire que Serge Lutens, c'est le précurseur de la niche. Mais cette notion-là n'existe pas encore. et... Plus on avance dans le temps, Frédéric Malle aussi propose des choses extraordinaires. Et surtout, lui met en avant les parfumeurs, chose qui était vraiment complètement éteinte auparavant. Et c'est ça, en fait, qui est hyper intéressant. Tiens sans ça, tu ne l'as jamais senti et c'est tel parfumeur qui l'a fait. Et donc là, il y a tout un processus, en fait, de personnes et la façon dont moi j'amène les choses. Il n'y a pas de vocabulaire. très strictes ou très élitistes. J'essaie déjà de vulgariser la chose de façon à ce que je ne les perde pas. En tout cas, pas trop vite. Et je sens en fait que ça prend. Les gens sont plutôt intéressés. Et j'écris déjà. Mais je n'écris pas sur le parfum. J'écris sur moi, sur mes émotions, comment je les vis, comment je les comprends, sur le monde. J'écris déjà. Mais c'est bien plus tard. que je me mets à écrire sur le parfum.
- Speaker #0
Ah ! Et justement, quand tu écrivais sur tes émotions, sur le monde, tu écris quotidiennement ?
- Speaker #1
Quasiment. En fait, j'allais à l'école ou j'allais faire mon alternance en métro. Et donc, du coup, j'avais toujours un petit carnet de voyage, en fait, où j'écrivais, où j'imaginais la vie des gens que je voyais dans le métro. J'avais toujours envie d'écrire des choses, raconter des histoires. Donc ça, ça a toujours été. Mais oui, quasiment quotidiennement.
- Speaker #0
Très bien. Donc tu as développé finalement un univers autour de toi et autour de l'écriture.
- Speaker #1
Oui, un style aussi entre la poésie, la prose et ce qu'il y a de plus naturel en moi. Donc juste dire les mots.
- Speaker #0
Tels que les mots intuitifs. Oui,
- Speaker #1
tout à fait.
- Speaker #0
Et donc tu as évoqué ensuite que tu écrivais pour la parfumerie, que tu es arrivée ensuite dans l'univers de la parfumerie. Est-ce que tu peux nous décrire, nous expliquer quelles sont tes activités aujourd'hui aux multiples facettes justement dans la parfumerie ?
- Speaker #1
Alors déjà, je crée un compte Instagram parce que je vois qu'il y a quelques personnes qui en parlent. Au moment où je crée ce compte, il n'y a pas tant de personnes que ça. Et donc, du coup, je le crée. mais pas pour créer, mais pour écouter, pour lire, pour voir ce qui se passe et ce qui se fait dans le monde de la parfumerie. Et puis à un moment donné, je me dis, et si moi j'écrivais mon point de vue, avec mon style, sur le parfum ? Et donc c'est là que je commence à écrire sur les parfums, mais vraiment des petits textes, des petites revues olfactives des parfums qui me touchent le plus. Et à un moment donné, il y a Anne-Laure Henquin qui me contacte au travers de son agence et qui me dit « Nous, on recherche quelqu'un qui sache écrire, mais surtout qui a une appétence dans le monde du parfum et qui maîtrise en fait ce sujet-là. » Je dis « Oui, pourquoi pas, on va essayer, on va tester ça. » Et on teste ça, le premier article. L'objectif, c'était d'écrire... pas forcément sur le parfum, mais en tout cas sur le monde de l'infection, tout ce qui régit autour de la parfumerie, de façon hyper vulgarisée, très accessible, sans que ce soit trop plombant. N'importe qui qui passerait dans la rue doit comprendre ce dont on parle. Et donc, c'était l'enjeu. C'est l'enjeu. Et on a fait un premier test. C'était génial. Moi, j'ai adoré, en fait, cet exercice-là. Anne-Laure également. Et donc, du coup, on a continué comme ça pendant... Là, ça fait trois ans, je pense. C'est vrai. Et tu avais consacré,
- Speaker #0
d'ailleurs, un article au podcast dans la parfumerie.
- Speaker #1
Tout à fait. Oui, celui, il est passé cet été. Donc les thèmes, ce n'est pas moi qui les ai choisis, c'est bien Anne-Laure, la fondatrice du jeu Master Parfum, qui me donne les thèmes et j'écris autour de ça. Et effectivement, il y a un paragraphe qui parle de ton podcast d'ailleurs.
- Speaker #0
Exactement, je te remercie. Et donc on va évoquer maintenant ta page Instagram, puisque sur ta page Instagram, tu écris également.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tes ressentis sur les parfums, est-ce que tu peux nous évoquer la manière dont tu écris tes ressentis, la manière dont tu traduis tes émotions lorsque tu sens un parfum ?
- Speaker #1
Alors déjà, avant même d'écrire, je vais essayer de comprendre le parfum. Je n'écris que si ça me touche, s'il y a quelque chose qui se passe en réalité. Parce que tous les parfums sentent bon, il n'y a pas de question à se poser à ce sujet-là. Il faut qu'il se passe quelque chose. Et quand il y a ce petit quelque chose, je vais prendre le temps. L'écriture, elle, va se faire globalement en trois phases. La première, c'est le premier ressenti. Qu'est-ce que ça m'évoque ? Qu'est-ce que ça me fait ? La seconde phase, et donc là, je vais déjà écrire des choses, je vais déjà écrire une trame. Ensuite, la seconde phase, c'est vraiment décortiquer. Avec les plusieurs... moment de la journée où l'évolution du parfum va raconter des histoires différentes. Donc là, je vais prendre des notes tout au long de la journée. Alors des trucs succincts, c'est de moins en moins long ce que j'écris, parce que ça y est, j'ai compris, j'ai une mécanique qui est rodée là-dedans. Je sais tout de suite quoi dire pour me souvenir de l'émotion que ça m'a provoquée. Et la troisième phase, c'est prendre tout ça, m'immerger dans le parfum. et raconter. Alors au début, je ne faisais qu'écrire. Et à un moment donné, j'ai commencé à poser ma voix sur mes textes. Alors du coup, je suis censée réajuster. Je dois réadapter en fait l'écriture pour que ce soit plus fluide à l'oral. Sinon, ce serait un peu bizarre en fait de juste lire un texte. Donc quand j'ai commencé à poser ma voix, là, ça a vraiment pris parce qu'il y avait une autre dimension. Il y avait une autre étape dans le fait de raconter un parfum, c'est quelque chose d'assez... C'est invisible, c'est impalpable, c'est hyper subjectif. Donc le fait de le raconter déjà, raconter des émotions, c'est une chose, mais d'y poser la voix, ça donne un rythme, ça donne une tonalité, et ça force celui qui écoute à traverser le parfum de la même façon que moi. Alors il peut se l'approprier. Et j'espère même que ça va lui donner envie d'aller le sentir, d'aller le découvrir et se faire son propre avis. Mais en tout cas, tu as écouté la façon dont moi, je le percevais.
- Speaker #0
Tu l'emmènes finalement dans ton univers et la manière dont tu perçois.
- Speaker #1
Tout à fait. C'est l'histoire que je veux raconter parce que c'est mon histoire.
- Speaker #0
Très bien. Alors tu as à ce volet effectivement écriture intuitive que l'on ressent. Et on te voit aussi écrire, oui parfois, sentir et écrire. Et moi je pensais même que tu écrivais directement, j'étais impressionnée, je me suis dit elle écrit très vite finalement ses ressentis.
- Speaker #1
Je l'espère plusieurs fois.
- Speaker #0
Oui, et ce qui se comprend puisque le parfum aussi se dévoile au fil de la journée.
- Speaker #1
Mais il y a aussi un truc qui est hyper important et peut-être qu'on ne le voit pas, et j'ai déjà eu beaucoup d'amis qui m'ont fait la réflexion. L.Fa, quand on parle, on a l'impression que c'est facile et que ça a été fait d'un jet. Non, il y a un travail énorme derrière. Déjà parce qu'il faut condenser. Dire en une minute pour des textes comme ça, c'est beaucoup de travail, de choix des mots, la façon dont je vais les dire, tourner les phrases de la bonne façon. Donc écrire, effacer, réécrire, tester à l'oral, réécrire, etc. C'est un travail qui est énorme, qui ne se voit pas. Et le fait qu'on me dise que ça ne se voit pas, j'ai tout gagné.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
finalement. Puisque cette fluidité, elle a été perçue de façon naturelle.
- Speaker #0
Exactement. Et souvent, ce qui est perçu dans le regard des autres comme simple est finalement le plus complexe et révèle toute une partie émergée de l'iceberg aussi.
- Speaker #1
Oui, et c'est hyper gratifiant. Oui. Finalement, de le faire et que certaines personnes... qui savent, qui maîtrisent aussi les enjeux des réseaux sociaux, comprennent tout le travail qu'il peut y avoir derrière. Mais ce n'est pas tant l'objectif. Moi, l'objectif, c'est juste de raconter de façon hyper fluide quelque chose qui, normalement, est très complexe.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et dans des termes qui ne sont pas techniques, en plus.
- Speaker #1
Parfois, il y a forcément un terme que je vais glisser qui va être technique, mais je vais quand même aller l'expliquer. C'est une façon très imagée que je raconte. Et surtout, je vais utiliser des termes Merci. que tout le monde connaît dans le sens où les émotions, on les a toutes vécues. Le fait de dire « ah mais j'ai la boule au ventre, c'est quelque chose qui me sert au niveau du ventre » , on le sait, on a tous vécu ça. Et donc du coup, imbriquer ça dans le récit fait qu'on va tout de suite comprendre tout de suite ce qui va se passer là-dedans. Donc ça c'est quelque chose de hyper personnel, c'est difficile de raconter ce raconté. et encore plus au travers du parfum. Et en même temps, je suis hyper contente de voir que les gens me disent, parce que du coup j'ai plein de retours, on me dit en fait j'ai adoré parce que j'ai compris ce que tu as raconté. Je l'ai compris parce que je l'ai ressenti. Donc voilà, j'ai tout gagné à ce moment-là.
- Speaker #0
Voilà, tu as procuré des émotions via ton écriture, ce que ne peut pas faire l'intelligence artificielle d'ailleurs.
- Speaker #1
Oui, je ne sais pas si les intelligences artificielles sont dans la capacité d'émettre des émotions. Je ne suis pas sûre. Non.
- Speaker #0
Moi, je ne le pense pas.
- Speaker #1
Après, il ne faut pas avoir peur de l'intelligence artificielle. Je pense que, alors qu'on vive avec,
- Speaker #0
on ne pourra pas la contourner. Et en plus, elle a des utilités.
- Speaker #1
Oui, on gagne du temps, on gagne plein de choses. Mais ce qui est profondément humain, en fait, va rester humain.
- Speaker #0
Exactement. Et c'est une transition toute trouvée aussi pour la pédagogie et pour tes quiz que tu réalises et ton travail de pédagogie autour de la parfumerie et de l'olfaction. Est-ce que tu peux nous en parler ? Quel était le but initial ? Qu'est-ce que tu avais comme vision, comme volonté autour de ces quiz et de ces formations ?
- Speaker #1
Alors, comme je te l'ai dit tout à l'heure... j'écris des articles déjà avec Anne-Laure Henquin pour Master Parfum de façon très vulgarisée. Mais quand moi je donnais les articles à des amis pour les lire, on me disait « tu peux pas me faire un résumé ? » En fait, lire c'est devenu quelque chose où il faut prendre le temps et aujourd'hui on ne prend plus le temps de lire, ça c'est indéniable. Et moi, comme je suis déjà sur les réseaux sociaux à ce moment-là, je me dis pourquoi ne pas faire quelque chose pour démocratiser tout ça, le rendre hyper accessible, surtout que souvent, on vient en DM, donc en message privé, pour me dire « Ah, tu parles de pyramide olfactive, mais en fait, moi, je ne sais pas ce que ça veut dire. » Ça a l'air tellement évident pour toi, mais en fait, ça ne l'est pas, les notes, les machins, etc. Et donc, je me suis dit mais... Au lieu de répondre un par un à chacune de ces personnes, pourquoi pas en faire des vidéos ? Alors là, j'ai travaillé sur un format en moins de trois minutes, expliquer un thème bien précis, de façon imagée aussi. Donc, ce n'est pas juste ma voix, moi je suis là, mais surtout pour montrer les choses. Parce que, comme j'aime dire, je parle de rose, c'est bon, on a compris, on sait ce que ça sent, on sait d'où ça vient, qu'est-ce que c'est. Mais si je te parle de cyst labdanum, là, il n'y a plus personne. Par contre, si je te montre ce que c'est, d'où ça vient, ce que ça sent, là, tout de suite, ça te donne une idée beaucoup plus précise de ce qu'il en est. Donc du coup, l'objectif, c'était de faire des mini-vidéos, voilà, moins de 3 minutes, c'était l'objectif, pour parler d'une catégorie olfactive, de la décortiquer, d'avoir un petit point histoire. de la parfumerie, vraiment très succinct, pour amener, en fait, de la visibilité et que ce soit beaucoup plus concret pour celui qui ne sait absolument pas. À chaque fois, je me dis, en face, on ne sait absolument rien. Donc, il va falloir que tu expliques les choses de façon simple, oui, mais sans perdre l'expertise qu'il y a derrière. Oui. Et c'est ça tout l'enjeu. Donc ça, ça a pris... Je ne pensais pas que ça allait être... reçues de façon aussi positive parce que là à chaque fois on disait je postais ça tous les vendredis on attend le vendredi prochain comme le poisson à la cante on attend le vendredi pour avoir le prochain thème et surtout la prochaine émission qui va dire, ah, vous allez apprendre quelque chose de nouveau.
- Speaker #0
Et finalement, ça s'adresse à des gens qui ne s'y connaissent pas du tout en parfum.
- Speaker #1
Oui, et pourtant, il y a beaucoup d'étudiants en parfumerie qui m'ont fait des retours en me disant, en fait, c'est génial parce que évidemment, on apprend ça, mais on ne l'apprend pas de cette façon-là. Ce n'est pas scolaire ce que je vous propose, en fait. Donc, du coup, c'est une approche un peu différente, plutôt ludique. Et oui, il y a les gens qui ne s'y connaissent absolument pas, mais il y a aussi les gens qui s'y connaissent. Et c'est un regard différent.
- Speaker #0
Très bien. Mais j'ai remarqué aussi que le grand public, finalement, s'intéressait aussi beaucoup à la parfumerie. Moi, ça m'est arrivé au printemps, au premier étage. Même tout ce qui est parfum naturel, il y a... Des personnes que je n'imaginais pas qui posaient des questions sur les parfums naturels. Je n'aurais jamais imaginé qu'elles s'intéressaient à la parfumerie, qui posaient des questions très précises. Et en fait, quand on leur a demandé comment ils avaient appris tout ça, parce qu'ils n'étaient pas du tout dans la parfumerie, c'était sur YouTube, des vidéos, ils étaient informés des actualités. Et on n'imaginait pas qu'ils avaient des questions aussi précises.
- Speaker #1
Moi, je suis convaincue, en fait, que... La plupart des gens ont une certaine frustration par rapport à tout ça. Ils vont sentir des parfums, qu'on te pose la question, alors, oui, ça sent bon, mais ça s'arrête là. Oui, mais qu'est-ce que tu ressens ? Mais je ne sais pas, en fait.
- Speaker #0
Ou parce qu'ils n'osent peut-être pas. Ils se disent qu'ils n'ont pas la légitimité pour en parler, peut-être. Tout à fait.
- Speaker #1
Parce qu'ils sont persuadés qu'on attend de deviner les notes. Mais ce n'est pas ça qu'on attend. C'est surtout qu'est-ce que tu ressens, pas qu'est-ce que tu sens. et Tout ce qu'il y a en toi, peut-être que c'est positif, peut-être que c'est négatif, peut-être même que tu ne sais pas. Tu es entre deux. C'est bizarre, cette odeur, je ne la connais pas. Et je ne sais pas où me situer. Je ne sais pas si je l'aime ou si je ne l'aime pas. Mais déjà, tu as fait un pas énorme. Tout à fait. Parce qu'il y a quelque chose, soit de nouveau, soit quelque chose que tu connais déjà, que tu as enfoui dans ton inconscient et qui ressort à ce moment-là, et qui te fait... ton corps parle. Et lui, il ne va pas mentir. tu as la capacité d'écouter ton corps, tu as la capacité de le traduire avec des mots.
- Speaker #0
Exactement, c'est vrai. Mais c'est comme dans le vocabulaire du vin, finalement, où les gens aussi osent peu parler du vin parce qu'ils se disent « Ah, mais moi, je n'ai pas reconnu la note de cerise ou la note de framboise ou la note de chêne, etc. » Et finalement, moi aussi, j'avais au début ce complexe de me dire « Mais je ne reconnais pas telle matière première. » Et on m'a dit, mais c'est pas grave, en fait, finalement, t'as des émotions. et finalement, écoute tes émotions. Moi je suis d'accord avec ça, alors moi je ne bois pas d'alcool, par contre j'ai tendance à toujours sentir les vers de personnes qui boivent des alcools. Et ça c'est hyper enrichissant pour moi, parce que je vais sentir des choses et je vais dire ce que je ressens, mais au travers de ce que j'ai appris par le parfum. Et là on me dit, mais comment tu fais pour le sentir, parce que moi je l'ai, mais quand je l'ai dans la bouche ? Je dis, si tu manies bien tout ça. Tu as quelque chose qui s'appelle la rétro-olfaction. Donc, ton goût, en fait, et les odeurs qu'il y a dans ta bouche vont revenir dans la cavité nasale de l'autre côté. Et c'est ça, en fait, que tu vas ressentir. Et ça, c'est très lié, en fait. L'onologie et le parfum, la gastronomie, globalement, ce sont des choses qui sont assez liées. D'ailleurs, le vocabulaire est emprunt, soit de la gastronomie, de l'onologie, mais aussi de la musique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On a beaucoup de... de termes qui viennent du monde de la musique.
- Speaker #1
Est-ce que toi, tu as une passion pour la musique ?
- Speaker #0
Oui. Oui. J'ai fait du piano étant enfant ado. J'ai arrêté pendant très longtemps. Et là, depuis quelques semaines, j'ai repris.
- Speaker #1
Ah, tu vois, je les sens. Oui,
- Speaker #0
j'ai repris. J'ai repris le piano. Il y a un piano à la maison. Oui, j'ai repris.
- Speaker #1
Et tu dirais qu'à la fois le médium du piano, du parfum, te permettent de te connecter aussi à ta sensibilité au quotidien ?
- Speaker #0
Oui, alors séparément, évidemment. Mais en fait, je suis très consciente de mon corps. Ça, j'ai appris au fil du temps. Ça ne vient pas tout de suite, d'un seul coup. Mais je suis très consciente de mon corps et je suis très consciente des odeurs. Globalement, ce n'est pas forcément du parfum. Tu sais, le sens de l'odorat, c'est quelque chose qui est perçu comme éteint parce que, laissé un peu de côté, et tous les autres sens, on les active volontairement. Le sens de l'odorat, c'est quelque chose qui... Les odeurs, on les reçoit, sauf si on veut volontairement aller sentir quelque chose. Mais dans la rue, dans le quotidien, les odeurs, elles nous viennent. Ce n'est pas nous qui allons vers l'odeur. Et donc, le fait d'avoir conscience de ça, en fait, me permet de tout le temps être en alerte, entre guillemets, de ce qui peut être senti. Dans la rue, la première chose que je fais quand je vois une plante, c'est que j'ai envie d'aller la sentir. Et parfois, ça sent entre guillemets rien. Bien sûr que ça sent quelque chose, mais ça ne sent pas ce que j'imaginais que ça pouvait sentir, etc. Mais ce n'est pas grave. Je suis consciente de ce que je vais sentir au quotidien. Et ça, c'est un mécanisme, en fait. qui arrivait au fil du temps et qui me permet aussi d'être consciente non seulement de ce que je sens et donc du coup des émotions que je vais avoir à ce moment-là.
- Speaker #1
Et est-ce que tu les écoutes de plus en plus ces émotions ?
- Speaker #0
Oui, je les écoute de plus en plus mais parfois il faut freiner parce que parfois il y a un truc qui se passe dans la tête et j'ai besoin régulièrement de faire un off olfactif donc off de zippe ou ff Pour dire stop, je vais arrêter de sentir. Pour faire un reset. Et passer ça plus loin parce que ça devient trop. Oui. C'est le trop nuit en tout. Je m'arrête volontairement une semaine pour après ressentir. Et là, c'est toujours mieux.
- Speaker #1
Très bien. Et pendant cette période off, tu te parfumes ?
- Speaker #0
Ah non, non. Rien du tout. Vraiment rien. Je ne parfume pas. Je ne vais pas sentir de parfum. Il y a parfois des choses où je me dis tiens j'ai envie, non, il faut vraiment que je fasse une coupure nette pour que je puisse y revenir de façon plus neutre entre guillemets et moins enchevêtrée avec toutes les émotions, les sentiments que je peux avoir accumulés.
- Speaker #1
Oui c'est étonnant cette semaine off finalement de jeûne olfactif, c'est étonnant, je n'en avais jamais entendu.
- Speaker #0
Alors c'est un espèce de jeûne olfactif comme tu dis mais... C'est-à-dire que toutes les odeurs qu'il y a, je cuisine, etc., évidemment, elles sont là. Je ne sais pas couper complètement. Mais le fait d'aller vers l'odeur, en fait, là, je ne vais pas couper.
- Speaker #1
Et justement, on a parlé du fait de parfumer. Toi, comment tu choisis ton parfum ? Le matin ou pour des soirées ? Est-ce que tu portes tout le temps le même parfum ?
- Speaker #0
Non. Non, je ne porte pas tout le temps le même parfum. En fait, je vais choisir le parfum. Alors déjà, je ne le choisis pas la veille. Il y a plein de gens qui choisissent leur parfum la veille. En fait, j'ai déjà essayé, mais je ne sais pas faire ça. Mon parfum, je vais le choisir en fonction, évidemment, du mood que j'ai à ce moment-là, mais aussi de la météo, qui est très liée au mood aussi. Mais la météo va avoir un impact, et la lumière surtout, va avoir un impact fondamental dans le choix du parfum. et plus précisément de l'ambiance que je recherche. Quand je porte un parfum, je ne vais pas porter un parfum pour être quelqu'un que je ne suis pas au moment-là et je me dis « il me faut ça pour être comme ça » ou « comme ci » . Je vais juste renforcer l'état dans lequel moi je suis déjà. Parce que je vais assumer aujourd'hui, chose que je ne faisais pas avant, attention, je n'ai pas toujours été comme ça. J'ai, plus jeune, porté des parfums hyper hauts. opulent, hyper puissant, dur, etc. Parce que j'avais besoin d'affirmer quelque chose et je ne me sentais pas assez. Donc voilà. Aujourd'hui, pas du tout. Aujourd'hui, je vais me parfumer pour ancrer ce que je suis déjà au moment où j'ai envie de me parfumer. Donc si je veux quelque chose, si je suis zen et que je suis dans un état calme, je vais renforcer ça avec quelque chose, peut-être un clean scent, quelque chose de musqué, de cocoon. Si je suis plutôt speed, qui en plus il fait grand soleil, je vais avoir besoin de quelque chose de plus agrume, plus espéridé, plus ensoleillé. Quand il pleut très fort, j'adore quand il pleut très fort, surtout en automne quand il pleut, mais qui ne fait pas très froid, mais qui fait déjà très sombre en plein milieu de la journée, j'adore porter des parfums avec du vétiver. j'ai vraiment l'impression en fait que Le vétiver ressort toutes ses facettes quand il fait très humide et doux à la fois. Et sombre, du coup, ça marche bien quand il ne fait pas très ensoleillé. Comme aujourd'hui, par exemple. Il ne manque plus que la pluie battante. Et là, c'est l'idéal pour un sycomore, un parfum très, très boisé, mais vétiver.
- Speaker #1
Et donc aussi, on en avait parlé, tu associes les parfums. à des couleurs ou à des textures ? Oui, alors... Je peux l'évoquer.
- Speaker #0
Alors, c'est complètement involontaire.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que je fais de la synesthésie. Donc, en tant que synesthète, il y a plusieurs formes de synesthésie. La mienne se traduit par voir des couleurs et des textures quand je sens une odeur. Pas forcément un parfum, mais quand je sens une odeur, il y a forcément une couleur. Et elle va être... plus ou moins intense, plus ou moins puissante, plus ou moins transparente. Donc du coup, il y a les textures qui rentrent en ligne de compte. Chacune des odeurs que je vais sentir. Dans un parfum, il y a plusieurs odeurs, il y a plein de choses qui se passent. Donc du coup, je vais avoir soit des camailleux, soit des... Pas forcément des ronds d'ailleurs, parce qu'au début, je voyais beaucoup de ronds, mais des formes de couleurs plus ou moins intenses. qui arrivent et qui repartent au fil de l'évolution du parfum. Mais ça, ça a toujours été en fait. Moi, j'ai découvert que je faisais de la synesthésie au collège quand la prof d'art plastique avait fait un truc multisensoriel et elle avait dit, là vous avez l'habitude de travailler avec les couleurs, mais on va aussi sentir des choses et vous allez me dire à quoi vous les associez. Et moi, j'ai regardé tout le monde en me disant, mais c'est pas naturel chez vous, en fait, de voir de la couleur quand vous sentez des choses. Donc, c'est là que la prof m'a expliqué, en fait, elle m'a posé plein de questions. Puis, elle m'a dit, ça, ça s'appelle la synesthésie. En fait, tu fais quelque chose, c'est inné, c'est quelque chose que tu as toujours vécu. Mais c'est pas commun. C'est pas commun du tout. Alors, c'est pas une maladie, mais c'est quelque chose d'assez particulier.
- Speaker #1
Oui, c'est... Moi, j'ai pas du tout cette faculté. Donc, je vais alors essayer de faire que les réfléchissent. mais naturellement je n'ai pas... Mais je sais qu'il y a des gens comme toi qui naturellement perçoivent des textures, des couleurs, des manches attoyantes.
- Speaker #0
Il y a des sons, pour certaines personnes, il y a des sons qui arrivent. En fait, ça peut se transformer en tellement de choses différentes. J'ai essayé, en fait. Je me suis dit, peut-être que aussi... Mais non, en fait, ça vient tout seul. Alors, bien sûr que tu peux associer une couleur à une odeur, mais c'est quelque chose de volontaire. J'imagine que c'est quelque chose, en fait, que tu vas forcer. Parce que le jaune, c'est le citron. Parce que, tu vois,
- Speaker #1
l'orange, c'est... Oui, et je sais pas, le vétiver, ça va être le vert ou le marron, mais ça, c'est parce qu'on fait la démarche aussi. Mais moi, je sais pas... capacité ou cette faculté ou je ne sais pas si c'est un don naturellement.
- Speaker #0
En tout cas, ça m'aide à être plus précise dans mes écrits. Ça m'aide à imager et à donner plus de volume à ce que je vais raconter. Je ne vais pas forcément parler de couleurs à proprement dit, mais je vais évoquer quelque chose qui a cette couleur-là et la texture en question et ça va diluer le récit dans quelque chose de beaucoup plus précis.
- Speaker #1
Et en plus, entre synesthètes, vous n'avez pas les mêmes codes de référence. Donc, vous ne pouvez même pas en parler entre vous. Alors, on pourrait faire des dialogues, mais c'est vrai que ce n'est pas un code universel, finalement.
- Speaker #0
Non, pas du tout. Parce que je sais que, pour en avoir parlé avec beaucoup de gens, et même des synesthètes, le patchouli, par exemple, c'est souvent assimilé à la couleur violette. Mais pas moi. En fait, moi, je la vois turquoise. foncé et en fonction de l'intensité la texture va changer mais moi je vois ça turquoise foncé en fait et la plupart des gens associent le vétiver le patchouli pardon à la couleur violette et alors du coup bas c'est très personnel c'est c'est personnel et en même temps pour moi c'est évident ça devrait être universel mais ça ne l'est pas du tout
- Speaker #1
Et ça a évolué finalement au fil du temps puisque tu disais qu'avant tu voyais plus de formes rondes.
- Speaker #0
Oui, c'est plutôt les formes. Aujourd'hui, c'est dilué. En fait, ce n'est pas strict. Ce sont des formes qui... Parce qu'en réalité, au départ, je n'avais que la couleur. Enfin, j'avais aussi un peu la texture. Et quand j'ai pris conscience de ça, les textures sont venues de plus en plus s'imbriquer à la couleur. Donc du coup, comme la texture est là, ça... ça change la forme, si tu veux, de ce que je peux voir. Mais la couleur a toujours été très stricte et très nette. La texture varie en fonction de l'intensité, de l'endroit où je suis, du mood aussi dans lequel je suis. Il y a beaucoup de paramètres, il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en ligne de compte à ce moment-là.
- Speaker #1
C'est fascinant, je trouve. J'essaie de sonder un peu pour voir comment ça fonctionne, parce que quand on ne l'est pas... Non mais je l'entends totalement parce que par exemple en méditation on peut nous demander d'imaginer des textures des formes, des couleurs etc mais naturellement moi je ne suis pas ciné-esthète
- Speaker #0
Mais par contre moi ça me pose un problème quand justement, alors j'avais déjà fait une séance d'aromathérapie et comme je suis déjà dans le parfum il y avait une dimension un peu plus poétique là-dedans aussi. Elle m'avait dit, vas-y, ferme les yeux et imagine ça. En fait, c'était bloqué. Parce que tu me demandes d'imaginer quelque chose, mais moi, avec l'odeur, j'ai déjà imaginé autre chose. Et du coup, j'ai très vite dit, au bout de la troisième, en fait, là, ce que tu me demandes, ça me bloque, je ne sais pas faire. Parce que moi, je suis déjà partie, tu me demandes d'être dans un champ, et j'ai senti une odeur. en particulier, pas forcément de lavande et tu me demandes de voir une couleur qui n'est pas associée pour moi à la lavande et donc du coup c'est bloquant parce que j'arrive pas à me détacher de ça et j'arrive pas à lâcher du lest par rapport à ça donc quand je lui ai expliqué ça, on a changé complètement la donne et voilà et là on était parti sur quelque chose qui me correspondait plus donc c'est génial d'être synesthète mais ça peut bloquer en fait par ailleurs sur certaines choses qui sont faites pour tout le monde entre guillemets euh Moi, j'ai besoin qu'on personnalise les choses pour que ça ait du sens.
- Speaker #1
Oui, finalement. Et c'est vrai que comme toi, tu as déjà ton propre univers. Je pense qu'elle avait adapté aussi les séances pour des gens qui n'étaient pas synesthètes et qui avaient besoin plus d'être guidés dans leur imaginaire, sans doute.
- Speaker #0
Je lui apprends que je suis synesthète à ce moment-là, en fait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que moi, je n'y pense pas.
- Speaker #1
C'est quelque chose de naturel pour moi.
- Speaker #0
Ce n'est pas quelque chose que je vais évoquer de prime abord. Et quand je lui explique, elle me dit « Ah ok, d'accord, on efface tout, on recommence. » Et on recommence d'une autre façon. Et ça, c'était génial parce que j'ai pu complètement me détacher de tout ce qui est régi par une organisation universelle systématique pour la réadapter à quelque chose qui m'est complètement personnelle, et vraiment complètement personnelle, sans qu'on me dise quoi faire. On m'a laissé faire.
- Speaker #1
Et tu aimes bien qu'on te laisse faire, finalement.
- Speaker #0
Moi, j'aime bien qu'on me laisse faire, oui, je pense que comme tout le monde. Non, c'est vrai qu'il y a certaines choses où on a besoin d'être cadré, parce qu'on ne sait pas. Mais comme je te disais tout à l'heure, je suis très en conscience de mon corps. Le fait de l'accepter exactement comme il est, c'est OK pour moi. Donc, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, comme il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse dans l'olfaction. Si moi j'aime quelque chose et que toi tu ne l'aimes pas, c'est ok. On n'a pas de... c'est ok.
- Speaker #1
Oui, oui, c'est ça. Et justement, pour parler de bonne et de mauvaise odeur, et la manière dont on perçoit les choses, toi et moi, si tu devais décrire notre échange par une odeur ou un parfum, quelle serait-elle, quelle serait-il et pourquoi ?
- Speaker #0
Alors c'est très confortable. Et c'est très confortable et en même temps c'est assez rond. Peut-être tes couleurs et tes textures finalement.
- Speaker #1
Tu crois aussi ?
- Speaker #0
Mais c'est surtout le thé que tu m'as préparé. Non seulement son odeur, mais c'est aussi la fumée qui s'en est dégagée, qui est évanescente, comme celle de l'encens en fait. Et donc du coup je rentre là-dedans et je suis dans une plénitude, c'est calme. Et en même temps, l'exercice que je viens de faire, je n'ai pas l'habitude d'être en podcast, c'est très cadré aussi, c'est très structuré. Et en même temps, c'est flottant. C'est flottant parce que c'est confortable. Et donc l'odeur, oui, c'est celle du thé que tu m'as préparé. Donc j'ai compris cerise, riz soufflé et baie rose.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
C'est très, très joli. Je te remercie Elpha pour cet échange. Merci à toi de m'avoir accueillie. Merci.
- Speaker #1
Cet épisode vous a plu ? Je vous remercie sincèrement de l'avoir écouté. N'hésitez pas à en parler autour de vous et à me laisser 5 étoiles et un avis sur votre plateforme d'écoute. Vous souhaitez en savoir plus sur l'invité de cet épisode ? Rendez-vous sur la page Instagram de Sens Figuré ou sur mon site internet Lisez, en lien en description de cet épisode. Ensemble, sentons. pour que l'olfaction devienne la boussole puissante de nos intuitions sur les êtres que nous sommes et qui nous entourent.