- Speaker #0
Bienvenue dans Sensible. Le podcast qui vous embarque à la rencontre de personnalités dont la sensibilité au monde inspire à inventer d'autres manières d'être vivant. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi nous sommes ici ? Quels sont nos rôles individuels et collectifs dans la marche du monde ? Quelles sont les racines de la crise écologique et sociale que nous vivons aujourd'hui ? Comment faire pour réenchanter ceux qui nous entourent et imaginer ? Un futur commun, désirable. Je m'appelle Lise et tous les deux mois, on se retrouvera ici pour tenter de répondre à ces questions, en abordant plusieurs thématiques telles que, entre autres, l'écologie profonde, la justice sociale, l'activisme, la spiritualité, les sagesses ancestrales ou encore la psychologie. J'espère que ces discussions vous éclaireront sur les causes profondes de la crise que nous vivons et vous donneront des pistes de solutions pour vous reconnecter à vous-même, aux autres et au monde, afin d'imaginer les mondes à venir.
- Speaker #1
Bonne écoute.
- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, aujourd'hui on se retrouve pour le premier épisode du podcast Sensible. Aujourd'hui c'est un épisode assez particulier, puisque j'ai la chance de pouvoir interviewer en personne mes deux invités. On se retrouve tous les trois dans une maison à Belle-Île-en-Mer. une île bretonne où je me suis installée il y a maintenant quelques mois. Mais ce qui rend la chose encore plus particulière, c'est qu'eux viennent de traverser l'Atlantique il y a quelques jours seulement. Mes invités pour ce nouvel épisode sont Dominique Rankin, chef héréditaire Anishinape, une des onze Première Nation du Québec, plus connue sous le nom d'Algonquin. Et Marie-Josée Tardif, sa femme, ancienne journaliste qui dédie sa vie depuis désormais plus de 15 ans à la préservation et au partage de la culture autochtone. Kokom Chomis, merci du fond du cœur d'être là, ça me touche vraiment beaucoup. Alors je vous appelle Kokom et Chomis parce que ça veut dire grand-père et grand-mère en Anishinape, ta langue natale Chomis. Comment ça va, comment s'est passé votre voyage ?
- Speaker #1
Ça a été très bien, c'est très très bien, oui, on est habitué de voyager d'un l'océan à l'autre, et c'est pas beau que j'ai eu un petit peu mal dans l'avion, et je me suis blessé dans le dos, mais ça va, ça va très très bien, je suis très content d'arriver, surtout ici. Je suis complètement en dehors de grosses villes. Je ne suis pas habitué d'aller dans des grosses villes.
- Speaker #2
Chomis, il paie le prix de toutes ses années casse-cou . Moi, je commence à avoir l'habitude. Il y a toujours un bobo quelque part. Mais aussi, il y a l'âge qui n'aide quand même pas. Ça, c'est les séquelles d'un gros accident de motoneige à l'époque où il était garde-chasse et qui pourchassait des méchants braconniers avec sa motoneige. Il a fait un gros accident. Mais ça, c'est lui. C'est un chef héréditaire, oui, avec toutes les connaissances dont on va sûrement parler aujourd'hui. Mais en même temps, en parallèle, il y a eu une vie qu'il fallait bien gagner sa vie dans le monde moderne. Et ça, ça a été son métier, je pense, ton métier préféré.
- Speaker #1
J'ai manqué mon métier en fin de compte, je voulais faire un cascadeur. Ça n'a pas été là.
- Speaker #0
Ce podcast s'appelle Sentible. C'est un projet qui m'est venu lorsque j'étais encore au Canada et que je cherchais des réponses à des questions que je me posais. Ma sensibilité au monde m'a toujours poussé à me poser des questions sur le sens de l'existence, sur le pourquoi de la crise qu'on était en train de vivre aujourd'hui. En tant que société, ça m'a souvent apporté beaucoup d'anxiété. Mais vous rencontrer, ça a été une source d'apaisement, mais d'inspiration aussi. Marie-Jo, je sais que tu as eu un parcours un peu similaire, que tu as eu une quête, un chemin rouge. Est-ce que tu pourrais nous en parler un petit peu de ce chemin et comment est-ce que tu te sens aujourd'hui ? Hum, alors, en fait, tu dis que je suis sur le chemin rouge, que j'ai toujours été sur le chemin, je ne sais plus comment t'as formulé ta question, mais en fait, ce n'était pas ce qu'on appelle un chemin rouge au départ. Le chemin rouge, c'est une façon qui est devenue assez connue de décrire la voie spirituelle des Autochtones de chez nous. Mais moi, en fait, au départ, j'étais intéressée par toutes les religions, toutes les spiritualités. Très, très petite, je me souviens que je me disais, un jour, je vais connaître le cœur de toutes les religions, ce qu'elles ont en commun. Et je me disais, si je touche à ce qu'elles ont en commun, je vais certainement être plus près de la vérité. Puis ça, ça a été un point de départ important pour moi. Et ce qui a été peut-être aussi le moteur qui a accéléré les choses dans ma quête, c'est que j'étais journaliste, mais malheureuse dans ce métier. Ça n'avait pas de sens pour moi, ce que je faisais. Puis comme pour beaucoup de gens, je me suis laissée entraîner par ce que j'entendais de mes parents, par ce que j'entendais de la société. Tu sais, quand on ne se connaît pas très bien soi-même, on est vite trimballé comme ça. C'est comme si on subit notre vie plutôt que de la choisir. Donc moi, ce qui s'est produit, c'est que je me suis retrouvée dans ce métier sans vraiment vouloir le faire, mais parce que je ne trouvais rien d'autre. Et plus les années passaient, plus c'était vraiment douloureux. J'étais très, très déchirée parce que je pense que je me posais un peu le même genre de questions que toi à l'époque. Et ça a amené vraiment à une grande, grande, grande remise en question, mais aussi beaucoup de recherches. Je partais à tout bout de champ avec mon sac à dos un peu partout dans le monde à rencontrer les grands sages. Et effectivement, c'est ce qui s'est produit. Je me suis rendu compte qu'aujourd'hui, maintenant, j'ai des... d'excellents repères pour bien reconnaître les bons guides spirituels des charlatans. Donc maintenant, pour moi, ça fait le lien très facilement avec ce que je vis dans un chemin spécifique qui m'a choisi. C'est comme ça que ça se passe. Je ne sais pas si tu veux qu'on en reparle tout à l'heure, mais voilà. Maintenant, ma vie, elle est plutôt dédiée à tout ce qui concerne la spiritualité des Autochtones du Canada.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui a fait la différence avec ce type de spiritualité-là particulièrement ? Est-ce que c'est ta position géographique puisque toi tu es québécoise ? Qu'est-ce que cette médecine spécifiquement, Nishinabe, t'a apporté en plus que les autres ?
- Speaker #0
En fait, la façon dont ça s'est passé, c'est que dans la tradition, ce n'est pas les élèves qui choisissent leur professeur, mais plutôt l'inverse. Donc moi, en fait, ça s'est produit comme un méga tremblement de terre dans ma vie. C'est eux qui... parce que moi, je m'intéressais à toutes les spiritualités, donc de temps en temps, j'allais aux cérémonies. J'ai connu Chomis justement à travers mon métier de journaliste parce que j'avais graduellement commencé à... à aller vers ce qui me plaisait dans la communication plutôt que de continuer à travailler dans les salles de nouvelles puis donner de l'information pure et dure. Et donc, en fait, la toute première interview que j'ai faite au moment où j'ai compris qu'il fallait que j'aille de plus en plus vers mes valeurs, mes passions, qui avait du sens, surtout pour moi, c'était avec Chomis. Puis pendant une dizaine d'années, ce que je ne savais pas, c'est que les anciens m'observaient. Et puis un jour, donc, ils sont arrivés avec cette proposition qui m'a complètement jetée par terre. Je n'avais pas prévu ça. Mais pourquoi j'ai choisi de m'y engager, c'est qu'au fond, ça me correspondait très bien. C'est juste que je n'avais pas prévu qu'un jour, ma spiritualité aurait un visage spécifique que ce serait dans un chemin particulier plutôt qu'un autre. Mais j'avais compris aussi à cette époque-là l'importance de l'engagement. C'était un peu comme en amour. Moi, je pense que si on veut aller plus profondément dans la relation, il vaut mieux s'engager. Parce que quand ça commence à accrocher, quand ça commence à être un peu plus sensible, pour reprendre un mot que tu connais bien, c'est là où ça devient très formateur. Dans un chemin spirituel, pour moi, c'est la même nécessité. Sinon, on s'éparpille, sinon on butine, on va jamais au fond de soi-même, au fond des choses.
- Speaker #1
Toi, Chomis, t'as pas eu à choisir, t'es née dans la forêt, cette médecine-là, cette culture-là, tu la connais, c'est la tienne. T'as eu un parcours de vie assez incroyable. Dès tes 5 ans, 7 ans, tu as été choisi comme étant chef, 7 et demi.. comme étant le futur chef en fait par les anciens. Qu'est-ce que ce chemin en fait, qu'est-ce que la médecine traditionnelle t'a apporté sur ton chemin ? Comment est-ce qu'elle t'a aidé à parfois traverser des épreuves très douloureuses ?
- Speaker #2
On m'a été choisi, oui, c'est vrai, ça a été facile. Et comment... La médecine m'a aidé pour traverser le tout. Au début de ma naissance, premièrement, dans la forêt, ma mère m'a donné 18 enfants et je suis le neuvième. Et malheureusement, je n'étais pas trop bien formé physiquement. Quand je suis venu au monde, j'avais juste plein de poumons qui fonctionnaient. Alors, malheureusement, on a eu un accident d'avion. L'avion est tombé et on est resté tous vivants. Et moi, j'étais entre les deux, la vie et l'autre côté. Mon père, c'était un homme médecine alors il a tout donné. En même temps, il m'a laissé choisir. Que je reste dans la vie ou partir dans un autre monde des esprits. Et ça a donné que papa avait la médecine très très forte, je l'avais partout sous mon corps, j'étais au bord du feu sacré. Et en même temps, le feu sacré était à deux fonctions. Si j'avais décidé de partir dans un autre monde, Il m'aurait incinéré tout de suite. C'est comme ça dans la vie. Mais ça n'a pas arrivé. Au lever du soleil, papa m'a dit, tu choisis, tu restes ou tu pars au lever du soleil. C'est toujours de cette façon-là qu'on voit des choses. Alors, le Créateur m'a laissé vivre. Alors, ça... C'est une façon de... Tous les matins, quand je me réveille, je remercie le Grand-Esprit, puis je remercie papa aussi, qui m'a choisi de rester, puis maman aussi, ma mère. Alors, pour moi, c'est important d'être sensible à tout ce qui se passe dans la vie. Et, alors... Je suis aujourd'hui dans ce domaine-là que papa pratiquait. Je pratique ça aujourd'hui. Puis à l'âge de 7 ans et demi, on m'a choisis pour devenir, continuer, on ne dit pas remplacer quelqu'un. C'est impossible de remplacer quelqu'un. Mais de continuer ce que papa faisait, ce que les ainés ils avaient cette vision vers moi. J'étais un enfant gâté. Tous les grands-pères et les grand-mères, des hommes médecine, des femmes médecine, ils voulaient me voir dans leur famille. Parce qu'il paraît que je portais quelque chose. Ils m'appelaient l'enfant qui a deux vies. Alors, ils voulaient avoir de la paix, aussi familiale. Alors, il me gardait des fois. Quelqu'un, il venait me chercher à la maison. Puis, il disait, « On va te ramener un jour. » Alors, il m'amenait des fois six mois. Je retournais après chez papa. Et ça a toujours été comme ça. Et j'ai eu la chance d'avoir... Plein d'enseignements aussi pendant que j'étais parti, jusqu'à l'âge de 7 ans et demi, que j'ai eu la chance de toucher vraiment la vie traditionnelle, la vie nomade, et écouter la médecine et la spiritualité aussi. Alors, je suis comblé là-dessus. On m'a été choisi d'être là. Je n'ai pas choisi. On ne choisit pas. On souhaite, si on peut avoir quelque chose, mais on coupe après. Ça arrive vers toi. Mais c'est comme ça que c'est arrivé. C'est arrivé vers moi. Puis je l'ai appris, puis je l'ai pris parce que j'avais besoin de ça pour enseigner aussi, pour les connaissances des anciens, le savoir qui m'ont laissé. Alors malheureusement, aujourd'hui, ils sont tous partis dans un autre monde des esprits. Alors c'est là que c'est important que tu dois prendre ta place. Et le titre que je porte, ça ne vaut rien. C'est rien. Si je dis que je suis homme médecine, je vais immobiliser tous les esprits des gens. Les gens vont me prendre pour une autre personne, mais je ne suis pas comme ça, je suis un Anishinape, Anishinape qui veut dire un être humain, puis je vais rester toujours un être humain.
- Speaker #1
Merci. Alors, tu dis que tu ne veux pas effectivement te présenter comme un homme médecine, mais quand même vous partagez beaucoup, vous donnez beaucoup à beaucoup de monde. Vous avez cofondé un organisme qui s'appelle Kina8at en 2013, qui veut dire « Ensemble » en Anishinaabe. Effectivement, on voit bien que dans votre démarche, c'est très sincère et effectivement que c'est important de pouvoir quand même avoir cet échange-là, de pouvoir partager ce que vous vivez avec cette médecine-là. Est-ce que, moi j'ai déjà fait des stages avec vous, je vous connais, peut-être qu'il y a des personnes qui nous écoutent qui vous connaissent aussi qui ont déjà eu la chance de vous rencontrer pour les personnes qui ne vous connaissent pas est-ce que vous pouvez un petit peu expliquer quand même ce que vous faites avec cet organisme là quel est l'objectif qu'est-ce que vous proposez en fait dans vos ateliers, conférences ...
- Speaker #2
Cette vision là appartenait à mon papa et mon papa était très très en forme et on a travaillé ensemble tous les deux pour euh... pour aller vers les peuples, qui que ce soit, et à les aider dans leur souffrance, dans leur physique. Alors, mon père, c'est un homme médecine, puis il était prêt pour aller publiquement. Et en fin de compte, on a choisi un territoire, les territoires de nos ancêtres, où on est présentement. Et ça a toujours été là parce qu'ils m'avaient amené là, papa. Et puis, ils m'ont conté des histoires entre les d'autres ainés qui étaient là. Alors, à la suite de ça, c'est... On faisait des, premièrement, des cérémonies, lever du Soleil, des cérémonies de la Lune et tout ça. Puis en même temps, on parlait de notre histoire, qui est la philosophie autochtone. Et ça a commencé comme ça, la vision à mon père, pour avoir un endroit spécialement pour recevoir tout le monde. Kinawat, ça veut dire ensemble. Et c'est ça qui existe aujourd'hui.
- Speaker #0
Ce que je peux ajouter aussi, quand on dit homme ou femme médecine, en fait, il faut comprendre ce que ça veut dire médecine pour nous. Souvent, les gens vont penser qu'une médecine comme Chomis, ça fabrique des remèdes avec des plantes. Oui, ça fait un peu partie de tout l'héritage, mais... La médecine pour nous, en fait, peut-être une façon que j'ai trouvée pour résumer de mon mieux ce que c'est dans l'esprit Anishinaabe, c'est tout ce qui va faire en sorte qu'on soit vraiment vivant, avec un V majuscule. Donc, Chomis souvent va dire un sourire, c'est de la médecine. En ce moment, je regarde à l'extérieur, la vue qu'on a sur la mer, c'est de la médecine. Le vent qu'on entend. Donc, aussi, on peut se spécialiser dans un aspect de la médecine. Donc, Chomis, lui, s'intéresse beaucoup au corps humain. Il aime beaucoup une approche physique. Donc, il peut soigner une personne quand elle a des problèmes de santé au niveau de son corps physique. Moi, je m'intéresse plus à l'âme humaine. Donc, ma médecine, à moi, elle est quand même plus orientée vers ça. Quand les gens, ils viennent à nous. Donc, il y a beaucoup d'aspects de cet ordre-là avec ce qu'on a créé. La mission de l'organisme, elle est double. Elle est là à la fois pour aider les autochtones eux-mêmes à se remettre debout à travers leur propre médecine, leur propre héritage, et ensuite d'ouvrir nos portes à tous ceux qui s'intéressent à notre tradition, à notre philosophie. Puis ce qu'il faut savoir, c'est que chez nous, il y a eu tellement, tellement d'oppression envers les peuples autochtones que... pour plusieurs d'entre eux, ils ne savent même plus qui ils sont. Donc tout le travail au niveau de l'identité, au niveau des blessures intergénérationnelles aussi, c'est important. Donc chez nous, on a un petit centre, situé dans la région des Laurentides, au nord de Montréal, où on accueille à la fois des groupes non autochtones et aussi des groupes autochtones en guérison. Et là, les gens n'ont pas idée de tout ce qu'on... Tout ce qu'on doit entendre quand ils s'ouvrent sur leurs blessures, sur ce qu'ils traversent, mais aussi l'incroyable beauté de les voir vraiment se remettre debout. Je ne peux pas le dire autrement. Je ne sais pas ce que toi tu pourrais rajouter Chomis là dessus, mais c'est un cadeau incroyable qu'on a de vivre ça.
- Speaker #2
Il faut avoir l'expérience pour comprendre. Il faut vivre aussi pour comprendre de tout ce qui s'est passé, la destruction de l'enfant, et démolir un enfant complètement, battu, physiquement et sexuellement aussi. Alors, détournement de toute notre histoire, la nourriture, on mange... perdu la recette à ma mère. On était obligés de manger ce qu'il y avait sur la table. Il y a plein de trucs, mais il faut... Il ne faut pas rester là. Si j'aurais resté là, je ne serais même pas ici.
- Speaker #0
Parce que ce qu'il faut spécifier, c'est que Chomis, il fait référence à une période vraiment sombre de l'histoire du Canada, où pendant une centaine d'années, en fait, les autorités allaient chercher les enfants dans la forêt, les enfants autochtones, pour les placer de force dans des pensionnats. où on espérait en faire de bons petits blancs, entre guillemets. Donc, c'est ce à quoi il fait référence. Puis, Chomis il est un des survivants des pensionnats où il y a eu, je pense, le plus de violence. Je crois que c'était parmi les plus violents, où les violences étaient très nombreuses et assez inimaginables.
- Speaker #2
J'ai 76 ans. Ça revient encore des histoires que je pensais que j'avais touchées, qu'on appelle le mot guérison. Mais il est loin, le mot guérison encore. Mais il faut vivre au jour le jour. Et la médecine, on parle de la médecine, et on choisit aussi l'humour. Il faut avoir de l'humour, même s'il y a un obstacle très, très dur. La lave-messe est virée complètement d'une autre façon. Alors, dans ma génération, on a vécu tous la même histoire, mais on ne parlait pas entre nous. On avait peur de blesser l'autre, puis on avait peur aussi de perdre des amis, de nouveaux amis. Alors, on ne disait rien. À un moment donné, on n'avait pas de choix. Il faut qu'on y aille devant pour aller chercher ce qu'on appelle l'acceptation, pour la guérison. Il faut accepter pour ce qui s'est passé. Tu es où là-dedans ? Il faut que tu cherches où tu es dedans. Alors moi, j'ai choisi d'être Anishinabe, de revenir Anishinabe, de reprendre ce qu'on m'a enlevé, l'amour pour commencer. Et m'approcher à mes parents, parce que mes parents, ils ont été complètement démolis aussi. Alors, on ne se parlait plus, on ne se comprenait plus, parce que je n'avais plus le droit de parler ma langue. Ils disaient, on va couper de la langue si tu parles ta langue sale. Alors, on n'osait pas parler à maman, et on était obligé de parler français. Et à un moment, ils ne comprenaient rien. Alors, il y a eu une communication très, très dure avec nos parents. On n'avançait pas vers eux. Ils essayaient de nous ramener vers eux. Et alors, ça a duré longtemps comme ça. Et c'est un long, long processus. Pas d'acceptation, il faut que tu travailles toujours dans l'acceptation, toujours dans l'acceptation. Et c'est comme ça que j'ai trouvé qui suis-je, moi, un enfant sacré, la Terre. Et alors j'ai trouvé des choses extraordinaires que mes parents m'enseignaient d'être vraiment... A l'écoute de tout ce qui se passe, la nature, la nature nous enseigne beaucoup. Les canots, mon canot, il m'enseigne beaucoup parce que c'est là que j'ai trouvé l'équilibre de la vie. J'avais perdu mon équilibre. Alors j'ai trouvé tout ça dans les enseignements de mes ancêtres, de mes parents. Et aujourd'hui, je ne suis pas gêné de parler. Avant, je n'osais pas. Maintenant, publiquement... Faut que j'en parle parce que je ne suis pas tout seul sur la Terre. Il y en a d'autres que ce soit autochtones, non autochtones, ils ont vécu ça, mais ils n'ont pas eu la chance de parler. Alors, on devient un peu des leaders. Comment on peut aller devant avec ça sans trébucher ? Aujourd'hui, je peux dire que je ne suis plus victime. J'étais victime longtemps. J'ai bu longtemps pour me cacher. Si il y avait eu la drogue, j'aurais pris la drogue, mais je ne me suis pas rendu là. Mais j'ai bu beaucoup, j'ai perdu la capacité d'aller traper, chasser et pêcher. J'avais plus cette vision-là. Et maintenant, aujourd'hui, ce que j'ai dans mon frigo, c'est du castor, de la médecine. J'ai plein de trucs. Tout est revenu vers moi. Et je suis content. que quand je dis que je suis plus victime. de cette histoire-là parce que je suis bien, c'est devenu positif, tous ces trucs-là. Je ne regarde plus maintenant comme négatif, ni envers les gens qui m'ont fait mal, qui m'ont battu, qui m'ont violé. Il a fallu que j'accepte. Le mot pardon n'existe pas chez nous. Alors, il faut que j'accepte Et aussi, je suis allé voir la personne qui m'a détruit. Vraiment, je suis allé voir les personnes. Ils disent, tu viens pour m'arrêter. J'ai dit non, on va continuer la vie. Mais par contre, je veux que tu saches tout ce que tu m'as fait. Il m'a répondu, qui êtes-vous ? J'ai dit, Dominique Rankin. Il dit, je ne vous connais pas. Et puis j'étais là pendant sept ans et demi. Et là, j'ai compris après qu'ils ne me connaissaient pas parce que j'ai pas posé mon vrai nom à l'école. À l'école, on m'appelait 47. C'était ça mon nom. Alors j'ai dit, mon nom c'est 47. Là, il est devenu blanc, tout changé de couleur. Et il savait qui j'étais. Puis il dit, qu'est-ce que vous voulez ? Je lui ai dit, je veux tout simplement que tu prennes tout ce que tu m'as fait. Moi, je pars d'ici, en arrière, vide. Je veux vider mon sac à dos. Alors, après avoir tout expliqué et tout, je suis reparti. Puis, j'ai donné mon numéro de téléphone. Si vous voulez avoir de l'aide, je suis là maintenant, aujourd'hui. Il dit, je veux que tu acceptes. L'acceptation, pourquoi je suis venu ici, et moi je veux être bien. Et toi, tu dois transporter qu'est-ce que tu m'as fait ? Alors je l'ai quitté comme ça, et il m'a jamais appelé. Alors, j'ai fait ce que j'avais à faire pour mon bien, et pour le bien des gens aussi, parce que je suis capable de parler maintenant. Je n'ai plus rien. Là, j'ai commencé à avoir l'humour, d'être clown. toute notre vie. De voir l'image de clown que les gens ont crié. On n'avait pas ce visage-là, ce clown-là. Il est drôle. Et quand il pleure aussi, il est drôle. Alors, il faut être toujours dans cette vision-là. Moi, la vie, j'adore la vie. Je n'ai pas choisi la vie. C'est la vie qui m'a choisi.
- Speaker #1
Cascadeur, clown, effectivement, tu as plein de cordes à ton arc finalement. C'est ça, être Anishinabe. Merci pour ce témoignage parce que je pense que ça peut inspirer beaucoup de gens. Effectivement, on parle beaucoup de pardon dans notre société, mais effectivement, l'acceptation, moi, ça m'avait beaucoup marquée aussi quand tu en avais parlé dans le stage que j'avais fait avec vous. En fait, finalement, toi, tu as parlé, Marie-Josée, de... de se reconnecter à tout ce qui est vivant à la fois en nous mais aussi à tout ce qui nous entoure. Il y a une formule, lakota que j'aime bien, qui s'appelle « Mitakoye Oyasin » , ça veut dire « à toutes mes relations » . Ce que vous enseignez dans vos stages et quand vous prenez la parole, c'est se reconnecter à soi. Ça a l'importance de se reconnecter à soi, aux autres, mais aussi à la nature, à plus grand que nous, à tout le vivant. Et comment en fait cette relation-là, comment cette relation aux autres et aux vivants peut justement, d'une manière un petit peu plus globale si je puis dire, nous apprendre à passer du je au nous, dans une société où il y a beaucoup d'individualisme ?
- Speaker #0
Peut-être que je peux commencer avec la traduction de Mitakoye Oyasin. Parce que quand j'ai fait mes toutes premières cérémonies autochtones, en fait, j'étais dans la province de Saskatchewan au Canada, avant de connaître Chomis, bien avant. Et c'est vrai qu'on traduit rapidement en anglais par « to all my relations » , mais je crois que la meilleure traduction en français, ce serait « à tout ce à quoi je suis relié » . Mais tu vois, déjà, ça change de sens. Puis, ça met la relation au cœur de toute chose. Et je crois que la principale souffrance humaine en ce moment, depuis toujours en fait, c'est qu'on perd le sens de la relation. Et perdre ce sens-là, c'est pas simplement de perdre la relation avec les autres humains autour, mais c'est beaucoup plus profond que ça. Et moi, en tout cas, je crois que ce qui a été un point tournant, ça a été de me dire, j'aime, mais aussi il faut que je me sente aimée. Puis souvent, j'ai parlé de la terre maman, et faire voir aux gens que c'est facile d'aimer la terre. C'est rare. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui n'aime pas la terre. Mais après, je pose la question, mais est-ce que toi, tu te sens aimé par elle ? Est-ce que tu te sais aimé par la terre ? Et là, oh, on touche à un petit mur qui est caché à l'intérieur de nous, qu'on ne voit pas, mais qui est bien là et qui change plein de choses. Ça fait en sorte que si je ne me sens pas aimé, je souffre. Et là, je vais chercher... à faire remplir ce vide-là par les autres. Et je deviens comme pris dans quelque chose d'extérieur à moi, dans une course pour essayer de remplir ce qui est vide à l'intérieur, qui ne se sent pas aimé, tu vois. On est comme dans une roue infernale où on se perd, où on est encore plus malheureux. C'est pour ça qu'on entend toujours « cherche à l'intérieur de toi » , « toutes les réponses sont là » . Mais il y a comme un secret caché derrière ça qu'il faut trouver. Pour moi, c'est peut-être ça la clé. C'est de s'arrêter un petit peu et de sentir que toute la vie nous aime. Même quand ça va mal autour. Même quand en ce moment, on a l'impression qu'on va rentrer dans un mur, toute l'humanité. Et pourtant, les grands sages, eux, de toute époque, de toutes les guerres, de tous les conflits qu'il y a pu y avoir depuis que le monde est monde, tous les grands sages, ils ont réussi à trouver cet espace de paix-là à l'intérieur, cet espace d'amour. Puis, moi, j'ai connu, je n'ai pas connu le papa de Chomis, mais j'ai connu son grand guide spirituel aussi, qui a pris la succession de son père quand son père est parti pour le monde des esprits. Il s'appelait William Commanda. Puis, ce qui nous frappait tous quand on était en sa présence, c'était qu'on se sentait tellement aimé, même s'il ne disait presque rien. Il ne parlait pas beaucoup. Mais il dégageait un amour incroyable. Il avait trouvé cet amour-là à l'intérieur de lui. Puis il l'émanait. Et donc en sa présence, tout le monde était renversé. Il y avait plein de gens qui ressortaient de chez lui en larmes tellement ils s'étaient sentis aimés.
- Speaker #1
C'est incroyable.
- Speaker #0
Donc pour moi, c'est ça à toutes mes relations. C'est tellement plus profond que ça en a l'air. Je ne sais pas si Chomis a compris la question par contre. Quand il y a trop de mots en français, des fois il est perdu un petit peu.
- Speaker #2
Ca fait longtemps que je suis perdu.
- Speaker #0
Peux-tu reformuler ta question pour lui ?
- Speaker #1
Ma question, en fait, moi, si je peux la reformuler un petit peu, lors du sommet Aigle-Quetzal-Kondor, qu'on a eu l'occasion de préparer ensemble, que vous aviez organisé en juin et où j'avais eu la chance d'être bénévole. Donc, pour remettre un petit peu en contexte, pour les personnes qui nous écoutent, c'était un grand événement qui a duré pendant une semaine où il y a eu le rassemblement d'une soixantaine d'aînés autochtones d'Amérique du Nord, Amérique du Sud et Amérique centrale qui sont venus pour pouvoir échanger et discuter ensemble de problématiques, de choses qui touchent les communautés autochtones aujourd'hui et puis un petit peu de l'avenir de l'humanité. C'était un très beau moment. Moi j'avais eu la chance de participer au cercle sur les objets sacrés, le rapatriement des objets sacrés. Et je me souviens avoir été profondément touchée par la manière dont les anciens parlaient de ces objets-là, qu'il y avait une âme auquel on était relié. En fait, il y avait la question du rapatriement, mais il y avait aussi la question de l'accueil. C'est-à-dire que... qui voulaient accueillir ces objets sacrés-là, comme ils accueilleraient des grands-parents, des membres de leur famille. En fait, je trouve que ça a bien montré la différence de vision, la différence de culture qu'on a, à la fois les Occidentaux et les gens de ta culture, Chomis. Est-ce que tu penses que nous aussi, on peut réussir à se reconnecter à ça, à cette part de nous qui sait au fond de nous que tout est vivant, que tout a une âme ? Qu'est-ce que ça changerait si tout le monde était comme ça aujourd'hui ?
- Speaker #2
Je pense que le monde a besoin des vraies choses. Quand vous parlez des objets sacrés, on est là pour protéger les objets sacrés. Je suis content aujourd'hui parce qu'on ne parle pas assez des musées. Le musée qui contient des objets sacrés. À chaque fois que je vais au musée, c'est la première chose que je veux voir. Qu'est-ce qu'ils font avec ? Ils ne savent pas l'histoire non plus. Alors, j'ai profité de donner l'histoire et comment c'est précieux pour les futures générations. Alors, pour moi, c'est... C'est des choses que chaque personne peut avoir dans sa nation. Et ici, je vois plein d'objets sacrés. C'est ce qui appartient à le papa... à notre amie..
- Speaker #1
Margaux
- Speaker #2
Oui. C'est ça les objets sacrés. Il faut rester là-dedans parce qu'il y a plein d'histoires dedans.
- Speaker #0
On peut peut-être décrire ce qu'on voit. Moi, tout de suite, j'ai remarqué les chapeaux bretons, les chapeaux des marins, plein de coquillages qui ont été cueillis sur la plage.
- Speaker #2
Je vois là-bas en haut, c'est des crânes. Ça, c'est chez nous, ça. Aussi, les os de sèche. C'est des os de poisson.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #2
oui, oui. C'est ça qui est sacré. Il y a de l'histoire dedans. Alors, moi, quand je suis rentré tout de suite, j'ai eu un long voyage qui a fait le poisson. ça vient du poisson. Alors, tout ça, ça m'en ramène de mon histoire aussi. Et tout le monde a accès à d'autres histoires. Les objets sacrés que moi je vois, je ne toucherai pas. Mais je sais que l'enseignement est là. Si papa était ici, on aurait eu du plaisir ensemble parce qu'il y a plein d'histoires ici. Et ramener ça, c'est pour ça que les musées sont importants. Chez nous, on n'est pas habitué d'avoir un musée. On dit souvent, oh, ça me fait mal quand je vois mon objet sacré là, qui est emprisonné. Ben non, au contraire, ça c'est moi. C'est comme ça que je voyais avant. Mais ce n'est plus ça. Ces objets-là, ils parlent, ils nous parlent, ils nous ramènent à la vie, parce qu'on a oublié. Alors, c'est ça, être protecteur des objets sacrés. Tout le monde devrait protéger le sacré. Mais, pendant un moment dans ma vie, quand il y a eu l'évangélisation, ça fait tord beaucoup à des objets sacrés, parce qu'on a arraché de nous. Et il faut les ramener sans la violence, sans des accusations, parce que ce n'est pas juste parce qu'ils l'ont pris. Il y a des autochtones qui ont donné un cadeau à un non-autochtone aussi, quand il venait, des rois, des personnes comme ça qui le donnaient. Je suis allé à Paris, au musée de l'Homme. Je suis allé à Paris.
- Speaker #0
Le musée du Quai Branly.
- Speaker #2
Oui. Il y a plein d'objets là.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Et puis moi, quand j'étais vice-président au niveau mondial des musées, la muséologie autochtone, mais quand même, on a réussi à avoir une entente avec le musée international si on pouvait rapatrier les objets, parce que les autochtones les ont oubliés. tel objet, c'est ancien, on ne le voit plus, là, parce qu'on n'avait pas le droit, on n'avait pas le droit. Moi, j'ai un arc, au-dessus de 125 ans, je l'ai encore, c'est une grand-mère qui me l'a donné, et elle m'a donné avec l'histoire. Ce n'est pas la violence, l'arc, c'est la chasse, la survie. Alors il y en a qui voient ça très violent, mais non, c'est une autre philosophie. Chaque nation, ils ont leur philosophie. Et nous, les peuples Algonquins, qui'ils nous appellent, on est des gens pacifiques, toujours pacifiques. On n'est pas des gens qui vont revendiquer quoi que ce soit. La vie fait tout seul. On n'a rien à renforcer. C'est la vie qui nous ramène. Et, voilà, aujourd'hui, tu nous poses des questions. Je suis content de participer parce que je n'ai pas eu la chance de parler à d'autres mondes. Puis là, toi, tu vas chercher d'autres mondes. C'est comme ça, la famille. C'est une famille que vous êtes en train de bâtir. De la terre, on a juste une terre. On est tous des frères et sœurs. personne n'est différent, que ce soit le peuple jaune, le peuple noir, le peuple blanc, le peuple rouge, nous sommes tous des frères. Alors, c'est les enseignements qui nous ont coupés, tu n'as pas le droit de dire ça. Aujourd'hui, je peux dire maintenant que ton sang et mon sang, c'est la même couleur. Puis tu es venu au monde mauve. Moi aussi je suis venu au monde mauve. C'est pour ça que personne n'est différent. Que ce soit un noir il est venu mauve lui aussi. Alors quand on a reçu l'oxygène dans notre corps, c'est là qu'on a pris notre force pour la vie. Et qu'est-ce que tu portes la couleur aujourd'hui, qu'est-ce que je porte ma couleur aujourd'hui, ça s'appelle la fierté. C'est comme ça qu'on voit la vie. La vie est importante.
- Speaker #0
Encore une fois, au lieu de diviser, on relie.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Et puis, tu parlais des objets sacrés. En fait, moi, ce que je ressens, c'est que l'importance de remettre du sacré dans nos vies, partout, que ce soit pour des objets, que ce soit pour nos relations, que ce soit pour notre rapport à la Terre aussi. En fait, la grosse différence, je trouve, aujourd'hui... J'ai été un peu dans les milieux militants où on parlait beaucoup de la planète. Et en fait, vous, vous parlez de la terre maman, par exemple. Et donc, je trouve que déjà, ça, ça dit tout de notre rapport à elle, de notre rapport au monde. Et donc, tu parlais des objets, mais moi je voulais t'entendre aussi parler un petit peu de ce que vous appelez le Nitakinan, votre territoire et de ce lien en fait que vous avez avec votre territoire, qui est complètement différent du lien qu'on a nous avec, de la manière dont on appréhende le nôtre.
- Speaker #2
Nitakinan, c'est un grand, grand, grand mot. C'est un nom spirituel. Et Kitakinan, premièrement, le Créateur nous a donné notre terre, notre terre qu'on appelle maman. Et il ne faut pas oublier aussi papa, le ciel. Nous, on est entre les deux. On est des enfants de la terre.
- Speaker #0
Et du ciel.
- Speaker #2
Et du ciel, oui. Alors, ça a commencé comme ça chez nous. C'est quoi Kitakinan ? Kitakinan, c'est ça. Là, ça prend. C'est vous. Étant donné qu'on est une femme, c'est vous qui vous tenez la terre, maman, qui est dans votre main. Et parce que la terre donne la vie, et toi aussi, vous donnez la vie. Alors, on voit tout à l'intérieur de la terre, parce qu'on voit des rivières, des lacs, qui vous appartiennent aussi parce que tes veines coulent. C'est des petits ruisseaux, des rivières qui coulent dans ton corps. Alors pour moi, c'est important de... qu'il soit... Il faut comprendre tous les enseignements de la Terre. Je vois que tu as des bouts de cheveux. Je ne coupe jamais tes cheveux. Ça, c'est des cheveux qu'on appelle l'énergie de la Terre. Même quand j'étais enfant, moi, j'avais des cheveux très longs, des tresses, et... Ça faisait partie de l'histoire de la Terre-Maman, que je porte la mémoire de mes enfaites, la mémoire de tous les arbres qui ont vécu, et la mémoire aussi de l'énergie de la Terre-Maman. Alors quand il y a des cérémonies, nous les hommes, qu'est-ce qu'on faisait ? On se mettait à genoux, un genou à la Terre-Maman, puis l'autre debout, puis on baissait la tête jusqu'à... toucher la terre maman Il faut aussi longtemps que papa nous dise, ok, regardez maintenant en route, parce que l'arbre est devant nous, il faut suivre l'arbre. L'arbre, il nous parle encore, c'est la terre-maman qui nous parle encore. L'arbre, il faut toujours être solide comme un arbre. Et pourquoi qu'elle est solide ? Parce que les humains aujourd'hui, je les comprends, parce qu'on est déconnectés de la vie. Et on a déconnecté nos ancêtres. Alors, l'arbre me permet de reprendre qui suis-je aujourd'hui Anishinabe, de ne jamais quitter mes ancêtres. Les racines sont importantes. Les arbres qui sont devant moi, il y a des racines qui rejoignent l'autre arbre, l'autre racine. C'est pour ça qu'ils sont solides, ils sont debout. Ils sont debout. C'est la fierté que la terre maman nous dit. Reste toujours fière. Et l'autre aussi, c'est Sakaikan. Sakaikan qui veut dire un lac. Nous, étant donnés comme des peuples nomades. C'est notre façon de voyager sur l'eau. Toujours sur l'eau. La rivière, le portage, aller dans un autre lac. Puis on est toujours connecté de l'eau. L'eau, c'est sacré. Alors, il nous ramène en intérieur de chacun de nous. Il nous ramène en intérieur de maman, parce qu'on était dans l'eau pendant neuf mois. Et « Sakaikan » , c'est ça que ça veut dire, l'amour. « Sagui » , c'est l'amour. Sakaikan, c'est le bassin d'amour. C'est ça qu'on n'a pas aujourd'hui. Je suis content de participer à ton émission parce qu'aujourd'hui, la technologie, je ne connais rien dedans. Je ne connais absolument rien. Je ne suis pas un homme techno. Je reste les deux pieds sur la terre toujours et je suis bien quand les gens sont chez moi. Ils sont chez eux. La terre, il n'y a aucune. Même ici, la terre, je vois la terre, c'est vert ici, mais là-bas, c'est blanc encore. La neige, là. Alors, c'est de la vie. C'est de la vie. Puis là, quand j'ai quitté, j'ai dit au revoir. La neige, je ne le verrai plus. Puis là, j'arrive ici, c'est déjà vert. C'est déjà commencé à l'intérieur de moi. Ça bouille, là. C'est de la vie, là. Alors, c'est tellement bien fait, la vie. La Terre-Maman nous parle beaucoup. Puis oui, toujours pour nos générations, il ne faut pas rester gardé ça à l'intérieur de nous. Il faut toujours évacuer ce que la Terre-Maman nous donne pour les futures générations. On devrait avoir toujours le même langage. Mais c'est sûr que votre nation, vous avez eu d'autres enseignements que je ne connaissais pas. En voyageant comme ça, je connais, j'apprends à vivre avec les gens. J'adore ce que je fais. J'adore. Je n'ai pas fini de voyager.
- Speaker #0
J'espère. Moi, j'aime bien voyager. Mais tu sais, la Terre, elle attend de nous aussi qu'on soit heureux. Donc, pour reprendre un peu ton questionnement, en tant qu'ancienne militante, des fois j'entends les anciens chez nous dire, quand la Terre souffre, les humains souffrent. Mais quand les humains souffrent, la Terre souffre aussi. On est toujours dans l'interrelation. Donc, pour nous, c'est un peu étonnant de voir les gens militer pour la Terre, mais quand leur action part d'une colère, d'une angoisse, d'une peur ou d'un désespoir, c'est comme si... en tout cas, ce n'est certainement pas suffisant. C'est comme si on va répéter l'erreur quelque part. Parce que nos actions, c'est bien qu'on aide la Terre dans l'extériorité, ça c'est sûr, on ne peut pas être contre. Mais si nos actions continuent toujours à être enracinées dans la souffrance, on va répéter l'erreur. Ce qui manque en ce moment... qui détruit la Terre, c'est vraiment ça. C'est qu'on a perdu la relation, qu'on continue de prendre la Terre pour quelque chose d'extérieur, comme un objet. Une image un peu forte qui nous avait frappé tout les deux, on avait été invités il y a peut-être une dizaine d'années à Chantilly, ici en France, où il y avait un gros événement pour la Terre. On était tout contents d'être invités dans ce grand rassemblement. Et une des choses qui nous avait frappés, il y avait eu une pause café à un moment donné pendant la conférence, et puis... Tout le monde était sorti dehors, tout ça. Nous, on est revenus dans la grande salle un petit peu après les autres. Qu'est-ce qu'on voit devant la porte à l'extérieur ? Des tas de mégots de cigarettes par terre. C'était des gens qui étaient tous là pour l'environnement, pour aider la terre.
- Speaker #2
Ils ne parlaient pas de la terre, ils parlaient de business.
- Speaker #0
Et voilà, donc à un moment donné, on participe à un atelier. on arrive dans la petite salle où l'atelier avait lieu. Il y avait un écran avec un PowerPoint, puis la personne, pleine de belles intentions, elle avait calculé les ressources de la Terre. Jusqu'où on pouvait aller, prendre ses ressources. Et tous les deux, nous, on est tombés sur le dos, on s'est dit, mais c'est ta mère ! Comment tu peux diviser ta maman dans un fichier Excel puis décider ce qu'elle peut te donner ? Mais encore, c'est la preuve. C'était plein de bonnes intentions. En fait, il voulait montrer, c'est clair qu'il voulait démontrer qu'elle a ses limites. Mais ça montre que on ne peut pas aborder la question que de cette manière-là. C'est pour ça que je dis, on va répéter l'erreur si on ne réalise pas que c'est une relation, que ça a rapport aussi avec toute notre vie intérieure, que quand on se sent aimé d'elle, forcément, on l'aime mieux. Forcément aussi, ça participe d'une relation qui est dans l'invisible. La terre-maman, c'est ça. Puis d'essayer de traduire « kitakinan » , comme on disait au début, dans la philosophie autochtone, ça sous-entend, ça. Mais tu ne peux pas traduire en deux mots, comme le mot « anishinabe » . Donc on dit que Chomis appartient à la première nation Anishinabe, mais c'est un peu triste parce que le mot est en train de s'habiller de quelque chose d'autre que ce que c'était à l'origine. Puis à l'origine, ça veut juste dire un être humain. Mais être humain, ce n'est pas encore suffisant comme définition, parce que quand on commence à comprendre toute la manière de penser des Anishinaabe, on comprend tout de suite que c'est forcément un être humain en harmonie avec la Terre, mais en harmonie aussi avec sa propre nature, et forcément aussi un être humain vrai. Simple. Tout simple. Et c'est par cette simplicité-là qu'on peut entrer à l'écoute.
- Speaker #2
Il ne faut pas rester tout le temps dans le négatif quand on voit des trucs comme ça. C'est l'éducation que ça prend. L'expérience vécue personnellement, j'étais chez moi tout seul dans la forêt. C'était ma vie. Tout d'un coup, j'entends des voix dehors. C'est des Français. Je lui ai dit, qu'est-ce qu'ils font ? Par où ils sontarrivés ?
Ça, c'était il y a 30 ans. une trentaine d'années
- Speaker #0
C'était dans ton camp, loin dans la forêt.
- Speaker #2
C'était loin, là. J'étais tout seul, là. Je vivais, là. Puis là, les conseils de bande chez nous, les gars, ils ont voulu rencontrer quelqu'un qui vit dans la forêt. Fait qu'ils les ont envoyé chez moi. Mais pas de communication dans la forêt. fait que... C'est comme ça qu'ils sont arrivés. J'ai dit, vous venez d'où ? Quand j'ai entendu la voix, la façon de parler, c'était l'accent de français, je me dis ils sont perdus. Puis la raison pourquoi ils voulaient absolument me rencontrer, c'est qu'ils voulaient connaître vraiment comment on est sensible à la terre maman, et aussi comment on est sensible quand la terre souffre, quand la terre est détruite par des humains, des bûcherons, des grosses compagnies de foresterie et tout ça. Mais je ne connaissais pas ces gens-là. Mais je les ai rencontrés, puis j'ai passé la journée avec eux autres. Ils m'ont demandé, j'ai montré, pourquoi je retournais là-bas, parce qu'elle voulait comprendre. Vraiment, la façon que maman souffre, notre Terre maman, puis moi je souffrais, je souffrais, moi aussi beaucoup, beaucoup, beaucoup, j'ai pleuré beaucoup, j'ai plus d'arbres, plus d'animaux. Rien, plus d'oiseaux, et complètement seul dans le monde, autrement dit peut-être. Et quand j'ai vu ces gens-là, ils m'ont parlé qu'ils venaient pour avoir une éducation. Comment on sent quand la Terre est détruite ? Alors, c'était bien. Ils étaient juste deux hommes. C'est là que ça a commencé vraiment à sensibiliser les peuples. Par la connaissance, par le savoir des anciens qui m'ont laissé. Puis moi je les ai transférés à eux. Puis ils sont partis. Je ne les ai jamais vus après. Mais j'ai vu. La réaction après, ces deux personnes-là qui étaient au niveau mondial, qui étaient dans l'organisation de toutes les gros compagnies de forestierie, comment on peut gérer la terre sans trop blesser la terre maman. Alors il y a eu des sélections de coupage de la forêt. En plus, pour sensibiliser les gens, Et je pense que vous avez ça aussi, c'est les feuilles,
- Speaker #0
les enveloppes. C'est difficile pour lui d'expliquer plus techniquement les choses, mais en fait, ces deux personnes-là, quand ils l'ont rencontré il y a une trentaine d'années, c'était les deux plus gros acheteurs d'arbres pour la France, pour l'industrie des pâtes et papiers. Mais quand ils ont rencontré Chomis, ils avaient commencé à s'interroger sur est-ce que c'est bon ce qu'on fait à la terre, à la forêt. Et il faut croire que Chomis les avait beaucoup touchés, sans savoir qui ils étaient vraiment. Parce que 25 ans plus tard, ils sont réapparus dans notre vie. Moi, là, j'étais présente. Et en fait... À la suite de la rencontre avec Chomis, plus probablement avec d'autres aînés comme lui, ils ont eu l'idée de créer une organisation internationale qui s'appelle FSC, Forest Stewardship.
- Speaker #1
C'est super connu, ça.
- Speaker #0
C'est super connu. Et donc, ils sont revenus 25 ans plus tard. Ils faisaient leur rencontre internationale à Montréal. Ils nous ont contactés. Puis on les a accueillis dans le tipi de Chomis pour une grande cérémonie où tout le monde s'est mis à pleurer. Mais ce que Chomis, il aime raconter avec cette histoire-là, c'est que... Premièrement, on n'a pas idée de l'impact qu'on peut avoir sur les gens quand on transmet avec amour. Mais ensuite, moi, cette histoire-là, je la prends comme une histoire d'espoir, comme quoi il faut faire confiance aussi au temps. Donc, il a fallu quand même quelques années avant que tout ça se mette en branle. Mais peut-être que si aujourd'hui, on a une vision comme celle de ces personnes qui ont créé FSC, peut-être qu'après, avec un peu de patience, ça peut finir par changer plein de choses aussi.
- Speaker #1
Mais c'est pour ça, en fait, moi, que je voulais faire ce podcast-là, parce qu'effectivement, comme tu dis, on a tendance peut-être à... On n'imagine jamais, en fait, à quel point on peut toucher les gens, effectivement, et à quel point, comme ça, une discussion entre trois personnes peut en inspirer d'autres aussi. Est-ce que vous sentez Parce que bon, on ne peut pas avoir une discussion tous les trois sans parler des prophéties, un petit peu, parce qu'il y en a beaucoup. On a eu l'occasion de se rassembler autour de la prophétie de l'aigle du Gondor en juin. Et dans la suite de la conversation qu'on est en train d'avoir, Marie-Jo, on peut lire sur ton site internet, que tu as refait récemment et que je vous invite à aller voir. "On peut lire que chez les Premières Nations Anishinaabe, chez les peuples Mohawks, Maoris ou Mayas, j'ai entendu des prophéties qui concordent mystérieusement. Un jour, disent essentiellement ces prophéties, après d'interminables difficultés pour nos peuples, l'homme blanc viendra frapper à notre porte. Ayant perdu l'équilibre, il nous demandera de lui parler de notre vision du monde, de notre relation à la Terre et au cosmos. Alors viendra le temps de la réconciliation entre nous. Et si l'homme blanc fait les bons choix, l'humanité sera propulsée dans un grand mouvement de transformation et de renaissance." Finalement, c'est ce que tu disais juste avant. Est-ce qu'il faut laisser le temps ? Parfois ça prend 2, 3, 30 ans. Et est-ce que vous avez l'impression, vous, avec ce que vous faites aujourd'hui, toutes les activités que vous avez, toutes les personnes que vous rencontrez ? qu'on est un peu arrivé à ce moment où on peut être vraiment dans un dialogue, justement, comme tu disais, entre le peuple noir, le peuple jaune, le peuple rouge et le peuple blanc.
- Speaker #2
Chaque nation, ils ont leur propre prophétie. Et nous, c'est celui-là que vous parlez, ça fait partie de nos prophéties. Et je suis fier, mes ancêtre, ils avaient une vision, aujourd'hui, on utilise beaucoup la prophétie. Et c'est exactement ce qu'ils avaient vu en avant nous il y a 900 ans environ. Aujourd'hui, moi, c'est comme un évangile. Je lis et je dis, waouh, c'est vrai, ils ont parlé de ça. Et la prophétie, pour moi, c'est la vérité, un outil. vraiment Anishinabe pour toujours être connecté dans tout ce qui se passe. Il parle de la violence là-dedans, il parle de la beauté de la terre, maman. Il parle de tout dedans, tu sais, puis il avait vu ça, puis même ils ont parlé de l'école résidentielle, tu sais, alors nous sommes là tous ensemble, que ce soit autochtone ou autochtone. Puis ils avaient prédit. Un jour, comme tu disais, les Blancs vont revenir parce qu'ils sont rendus au mur. Il n'y a plus de place. Ça, ça arrive souvent des professionnels. On va me consulter des fois, écouter au niveau médical, comment vous approchez les gens. Il y a plein de choses qui... On est conscient maintenant aujourd'hui. Puis je suis content qu'ils viennent parce que nous, on ne revendique pas. On sait toute l'histoire de la prophétie. Mais il faut savoir, il faut connaître la prophétie pour répondre aux gens. Cette prophétie-là, c'est la médecine mentale. Et pour protéger aussi la mémoire des anciens. et pour ne pas déconnecter... Et ne pas déconnecter vraiment l'histoire de la prophétie. Alors pour moi, c'est important qu'on parle de ça aujourd'hui. La porte qui vient de s'ouvrir, il y a un esprit qui est en train d'ouvrir. On parle de la mémoire des anciens puis la porte s'est ouverte.
- Speaker #0
C'est fort. Mais les prophéties, ben oui, ça nous tient. Il y a toute la logique dont on vient de parler quand même par rapport à la vie, par rapport à la posture intérieure, mais c'est sûr que ça rassure. Moi, ce qui m'a beaucoup rassurée aussi, justement, quand on a vécu le fameux sommet Aigle-Quetzal-Cóndor, c'est d'entendre les Mayas parler de leur prophétie à eux. En 2012, tout le monde parlait de la fin du fameux calendrier Maya, puis tout le monde pensait que c'était la fin du... monde. Les aînés mayas, ils disent, mais non, c'est la fin d'un monde et le commencement d'un autre. Donc, pour eux, on est rendu là. Puis, ce que j'ai aimé dans la façon dont les aînés en parlaient, c'est qu'ils disaient, quand on commence un nouveau cycle, c'est normal qu'il y ait une période de chaos. Puis, on n'a qu'à regarder notre propre vie personnelle. Pour réaliser que, ben oui, parfois, quand on vit de grands changements, en fait, pas parfois, la plupart du temps, c'est un peu chaotique. Avant qu'on finisse par retomber sur nos pattes, puis retrouver un moment de paix, c'est normal qu'il y ait un peu de brouhaha, de tourbillons, d'inconfort. T'es une chenille dans son cocon qui est en train de se transformer. Je pense pas que ce soit très confortable. Elles se demandent, mais qu'est-ce qui est en train de m'arriver ? C'est quoi les deux bosses qui me poussent dans le dos ? Mais c'est tellement rempli de promesses. Donc, moi, j'ai aimé entendre ça. Puis de me dire, ben oui, collectivement, on est probablement en train de vivre quelque chose comme ça. Puis, tu sais, dans toute l'histoire de l'humanité, il a tout le temps fallu que notre survie soit menacée pour qu'on... créer les plus grandes inventions, qu'on trouve les plus grandes solutions. Et c'est ça qui a fait des grands, grands pas en avant dans notre histoire, quand on se sentait menacé. Puis la vie est toujours derrière nous. Puis aussi un sage unn jour m'avait dit, tu sais, si on est encore là aujourd'hui, les humains. C'est parce que souvent quand on parle des ancêtres, pour Chomis c'est très positif, mais pour la plupart des occidentaux c'est... Ce n'est pas toujours positif quand on pense à nos ancêtres, il y a beaucoup de blessures. Ce sage-là, il m'avait dit, "tu sais, si les humains sont encore ici aujourd'hui, malgré toutes les guerres, malgré toutes les souffrances, c'est peut-être parce que c'est l'amour qui a gagné". Alors moi, j'y crois. Je continue de croire en l'amour. Et je suis contente d'avoir fait cette transformation-là dans ma vie parce que je trouvais qu'avant de participer au bulletin de nouvelles, à la télé, à la radio au Québec, je ne parlais pas tellement d'amour. Et j'ai choisi, moi, de faire cette transformation-là. Puis je vois maintenant, nous, on rencontre des centaines et des centaines de personnes à chaque année. Et les personnes qu'on rencontre... sont absolument dans cette démarche-là, de voir comment je vais faire gagner l'amour. Et il y en a beaucoup plus qu'on ne crois.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. C'est vrai que... Dans les nouvelles, on nous montre souvent les choses qui ne vont pas bien, mais rarement, très rarement, les choses qui vont bien. Et en fait, c'est toujours une histoire de posture, en fait, changer de regard aussi sur les choses. Et ça, c'est vachement important.
- Speaker #0
Puis quand j'étais encore dans la transition entre ce monde-là des informations radio, télé et ce que je fais aujourd'hui, Ça m'avait rassurée d'apprendre qu'en fait, ce qui va changer en dernier, c'est ce qu'on voit aux nouvelles ou les milieux politiques aussi. C'est plus lent que tous les changements à la base. Mais aussi, la matière est plus lente que l'esprit. C'est-à-dire que nous, on peut faire de grandes prises de conscience à l'intérieur de nous. Mais avant que tout ça se transpose dans le concret de nos vies, ça peut prendre un peu plus de temps. Tu sais, quand je disais "faisons confiance au temps", mais tout part de ce qui se joue à l'intérieur de nous. Tu sais, souvent, on nous demande de parler des perturbations du climat, des changements climatiques et tout. On dit, commence par voir comment va ton climat intérieur. Est-ce qu'il y a une surchauffe à l'intérieur ? Et si oui, commence à regarder de quoi tu as besoin. Chomis, il répète tout le temps, donne-toi tout. Moi, je pense que ça a complètement un rapport avec ce dont je suis en train de parler là. Je ne sais pas si tu veux l'expliquer, ton fameux donne-toi tout, mais ça veut dire, qu'est-ce qui te nourrit ?
- Speaker #1
Oui, peut-être qu'on peut terminer sur ça, Chomis. Donne-toi tout, c'est quelque chose que tu répètes souvent, effectivement.
- Speaker #0
Donne-toi tout. J'ai fini. C'est l'histoire des humains.
- Speaker #2
Si on veut arrêter toutes les affaires négatives, il faut commencer par nous-mêmes, personnellement. D'être bien, et aimer toi-même, par soi-même. L'amour est là. C'est normal aujourd'hui qu'on ait perdu aujourd'hui avec tout ce qui se passe et tout ça, puis moi j'embarque, puis j'embarque plus dedans. Je vis à ma façon, puis je suis bien. Je trouve ça valable encore aujourd'hui qu'il y a beaucoup de jugement entre nous. de tout ça, de jugement. Alors quand tu as une position, moi je suis fier de ce que tu es rendu avec ton micro en avant. Alors ça, c'est quelque chose qui manque dans la vie, de vivre des moments présents avec toi, comme ça, des histoires, des savoirs des anciens. Et pour moi, quand je parle "donne toi tout à toi", c'est vraiment C'est le climat à l'intérieur pour aider la terre maman. Commence par te nettoyer pour aider la terre maman. La guerre, il faut arrêter la guerre à l'intérieur de chacun de nous pour que ça arrête. Le jugement qui est plus difficile. Alors, j'ai jugé longtemps parce que j'étais malade. Mon cerveau était plus là. Mes points de repère étaient tous disparus par l'éducation que j'ai reçue, la violence. Ce n'est pas l'éducation que j'ai reçue, la façon de parler, la façon de voir des choses, c'est physiques. Tout est négatif au niveau physique que j'ai appris. J'étais un bon boxeur. J'étais le premier, premièrement, à me battre avec mes poings. Mes poings, ça n'existait pas ça. J'ai appris ça, mais là, il faut que je trouve tout mon point de repère avec les animaux. Je suis un enfant de la forêt. J'ai vécu avec les animaux. J'ai appris plein de choses avec les animaux. De rester calme. Les animaux, pour moi, c'est tout des psychologues. Ils t'amènent à la réalité. Arrête de penser en arrière. Pense en avant. C'est là-bas que c'est bon. Alors pour moi, c'est important de se protéger. de te protéger toi-même. Alors le mot violent, il va toujours exister. On va toujours exister, mais on doit savoir comment se protéger, comment recevoir. Alors, moi c'est l'éducation aujourd'hui, et je parle beaucoup de l'éducation des humains, de reprendre... Vraiment, je suis content de participer encore à ton beau projet. Quel beau cadeau pour ça.
- Speaker #0
Quand on dit « donne-toi tout » , évidemment, ça sous-entend une évidence pour nous. C'est qu'on veut tous être utiles. Puis on a tous quelque chose de magnifique à donner au monde. Mais pour bien donner, il faut savoir se donner à soi. Parce que si vous êtes en train de donner à partir d'un vide, à partir, comme je le disais tantôt, d'une colère, d'une souffrance, qu'est-ce qu'on est en train de donner ? Donc, quand le chemiste dit « donne-toi tout » , en fait, ça veut dire qu'on doit apprendre premièrement à se connaître suffisamment pour savoir qu'est-ce qui nous nourrit, nous. Chacun de nous, on a des nourritures différentes pour notre cœur, pour notre âme, notre esprit, bien sûr, le corps aussi. Puis à partir de là, notre action est beaucoup plus efficace et on le fait dans la joie. Moi, des fois, j'aime bien résumer notre travail à nous en disant, nous, on est des guerriers joyeux. Donc, il y a de la joie, puis il y a des moments où, oui, il faut être guerrier dans le sens où, ben, ce n'est pas toujours facile. les relations ou la vie ou ce qu'on vit en ce moment. Mais le bon guerrier, il sait voir clair. Il discerne plutôt que juger. Il voit clair dans les situations pour ensuite être dans une action qui est juste et qui demande parfois d'avoir de la force, de savoir trancher, d'agir vraiment avec courage. Mais dans la joie. Puis là, c'est toujours la réunion de ce qui, en apparence, peut être opposé. Et là, là, on devient vraiment, vraiment puissant, je dirais. Une puissance qui n'est pas destructrice, qui est constructive.
- Speaker #1
Suivre la joie, c'est une bonne boussole.
- Speaker #0
Oui, elle est là à l'intérieur tout le temps,
- Speaker #2
Donne-toi tout, toi à toi, avant de donner quoi que ce soit à l'autre. Et en fin de compte, les gens, qu'est-ce qu'ils cherchent ? Ce'est son miroir. Alors, quand on est devant les gens, j'adore l'écoute qu'ils ont, mais aussi l'écoute que j'ai envers eux. L'éducation, c'est des deux côtés, c'est vraiment des deux côtés. Alors, pour moi, j'ai grandi avec ça, où je suis rendu aujourd'hui. Voyager comme ça, mais mon esprit est toujours dans la forêt. Je n'oublie jamais mes animaux. Les animaux sont importants pour moi. Chaque animal, ils ont un rôle à jouer dans la vie.
- Speaker #0
Un enseignement.
- Speaker #2
Tous les enseignements, purs.
- Speaker #1
Merci Kokom et Chomis, c'était un bel échange qu'on a eu tous les trois dans cette belle maison à Belle-Île.
- Speaker #0
Remplie d'ancêtres. Même que les ancêtres ont réussi à ouvrir la porte tout seul tout à l'heure pendant l'interview.
- Speaker #2
J'adore ici parce qu'il y a beaucoup de mémoires. En passant, on a vu des... des grosses pierres, comment tu appelles ça les pierres ? Ah,
- Speaker #0
les menhirs.
- Speaker #2
Ah ouais.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #2
Oui. À chaque fois que j'en reviens, je tremble. J'ai reçu tellement de messages là qu'il faut prendre tout ce qu'ils nous donnent. Ils étaient là avant nous. Puis c'est comme si je revenais dans mon territoire. Parce que chez nous, il y a beaucoup de choses aussi qui nous donnent l'espoir de vivre.
- Speaker #1
C'est un beau territoire, très chargé aussi en énergie, en esprit des ancêtres, etc. Merci beaucoup, Migwetch.
- Speaker #0
Merci à toi. Puis, tout le succès que que tu mérites et que tu souhaites avec ton idée de podcast.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Et plus et plus.
- Speaker #2
Merci pour le tabac.
- Speaker #1
Avec plaisir. Chi-migwech, comme on dit en Anishinaabe, Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif d'avoir accepté d'être les premiers invités au micro du podcast Sensible. On peut retrouver toutes vos actualités, que ce soit celles des stages, des conférences, les parcours en ligne, ou bien on peut se procurer vos livres sur le site internet Les Enseignements Kisis ou bien sur celui de l'organisme Kina8at. Je vous remets toutes les infos dans la description de l'épisode. Merci d'être allé au bout de cet épisode avec nous. Si vous avez apprécié cette discussion, n'hésitez pas à lui mettre 5 étoiles et à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée. Vous pouvez aussi suivre le compte Instagram du podcast que je vous remets en lien dans la description. N'hésitez pas à m'envoyer un message pour me dire ce que vous en avez pensé. Ça me fait toujours plaisir d'avoir un retour et même des suggestions d'autres personnes que vous aimeriez entendre au micro de Sensibles. On se retrouve ici dans deux mois pour le prochain épisode. Et en attendant, prenez bien soin de vous et du monde qui vous entoure. A très vite !