Speaker #0Il est 6h, le parking est encore vide, enfin presque, il y a une voiture, toujours la même, la tienne coach. A l'intérieur de la box, les lumières sont déjà allumées, la barre est déjà chargée. Sur le tableau blanc, le hôte du jour, celui que tu as programmé hier soir, entre les deux messages à gérer et le départ des derniers adhérents de la journée. Tu vas t'entraîner, avant d'ouvrir, avant que les autres arrivent, avant de coacher tes 7 ou 8 créneaux de la journée. Et quand on te demande comment tu vas, tu réponds, « Bien, un peu fatigué, mais ça va. » « Un peu fatigué, mais ça va ? » Cette phrase, tu l'as déjà entendue, tu l'as peut-être déjà dite, peut-être les deux dans la même journée. Et souvent, c'est exactement comme ça que commence le surentraînement. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Shift Your Mindset. Aujourd'hui, on va parler de quelque chose que beaucoup de coachs connaissent très bien, mais qu'ils regardent rarement chez eux. Ces signaux discrets que le corps envoie bien avant que tout s'arrête. Ce moment où tu continues à tenir alors que ton système, lui, il essaie déjà de te ralentir. Et pourquoi chez les coachs comme chez les athlètes, ce que tu refuses d'écouter aujourd'hui finit presque toujours par décider à ta place demain. Le vrai shift commence quand tu comprends ce que ton mental te cache. Il y a un truc que je remarque très souvent chez les coachs qui s'entraînent encore. Oui, oui, toi qui coach la journée et qui continues à t'entraîner tôt le matin, tard le soir. ou entre deux créneaux parce que sinon ça ne rentrerait pas dans ta journée. Toi qui connais la programmation sur le bout des doigts, qui parle récupération, intensité, adaptation, montée en charge, progressive, qui sait exactement comment progresser sans te guérir, qui peut l'expliquer aux adhérents, à tes athlètes avec une précision chirurgicale et qui, bizarrement, applique tout ça avec beaucoup moins de finesse à toi-même. Ce n'est pas un manque de connaissance. c'est autre chose, quelque chose de beaucoup plus subtil. Parce que toi, quand tu refuses d'écouter, ce n'est pas parce que tu ne sais pas, tu sais. Tu sais quand la fatigue n'est plus productive, tu sais quand tu avances plus au mental qu'à l'énergie, tu sais quand ton système nerveux commence à fonctionner un peu en mode économie d'urgence. Ce mode où le corps fait encore le minimum pour que tu passes la séance, mais où rien ne se régénère vraiment. Et là, on touche au vrai sujet. Parce que connaître les signaux et les écouter, ce sont deux choses différentes. Et les écouter quand tu es expert, c'est encore plus difficile. Car plus tu maîtrises les mécanismes, plus tu as la capacité de les contourner intelligemment. Tu ne les ignores pas par ignorance, tu les rationalises avec une précision chirurgicale. Et ça, c'est un terrain très glissant. Ce qui est traître dans cette usure. c'est que ça ne ressemble pas à ce que tu imagines quand tu penses aller trop loin. Dans ta tête, aller trop loin, c'est clair. Une blessure, un truc qui lâche, un arrêt net, un genou au snatch, une épaule au ring muscle-up, du visible, du concret. Mais là, rien de tout ça. Le piège, c'est que tu ne le vois pas. Tu continues, tu compenses, et comme ça, tiens, tu valides. Pas parce que tu es inconscient, parce que tu es efficace. Le CrossFit t'a appris à faire ça très bien. Tenir, finir, passer. Et dans un road, c'est exactement ce qu'il faut faire. Sauf que ce mécanisme, il ne sait pas s'arrêter à la fin du timer. Il ne fait pas la différence entre un effort à pousser et une période de vie à ajuster. Il applique la même règle partout. Ça passe, on continue. Et comme rien ne casse, tu ne remets rien en question. Tu avances, tu enchaînes, tu gères. Et surtout, tu l'expliques. C'est une grosse période. C'est normal, ça va passer. Tu ne nies pas, tu justifies. Avec de bons arguments, cohérents, logiques, propres. Mais ton corps, lui, il ne raisonne pas comme ça. Il ne négocie pas. Il encaisse, il compense, il s'adapte. Jusqu'au moment où il n'a plus de marge. Et là, il ne te demande plus ton avis. Et si je te dis tout ça, ce n'est pas pour te faire un cours théorique. C'est parce que j'y suis passé. Parce qu'il y a toujours quelqu'un qui me dit « Oui, mais toi, tu es préparatrice mentale. Tu gères, t'es un mental à toute épreuve. » Tellement à toute épreuve que cet hiver, je me suis crachée. Proprement. Un modèle du genre. Mode experte enclenchée. Alimentation carré. Crossfit régulier, comme d'habitude. Boulot intense, mais rien d'exceptionnel. Et j'ai ajouté une prépa semi pour le fun. Pour le fun, trois mots magiques. Enfin, je pensais qu'ils étaient magiques. Je me suis dit... Inutile de comptabiliser cette partie-là, c'est vraiment pour le fun. Comme si mon corps faisait une différence entre charge sérieuse et charge pour le fun. Spoiler, il n'a pas fait de différence, il a tout pris et il m'a tout facturé. Chaque élément pris séparément, pas de problème, ça passe. L'ensemble, je n'ai même pas pensé à regarder. Résultat, malade toutes les trois semaines. Et là, j'ai fait ce qu'on fait tous quand on comprend, mais pas au bon endroit. J'ai tout analysé. Alimentation, sommeil, stress, rythme de vie, tout. Sauf le truc évident, le cumul. Jusqu'au moment où mon corps a pris une décision sans même me demander l'autorisation. Stop. Plus de crossfit, plus de run. Même les balades avec ma petite meute, terminées. Trois semaines entre le bureau et le canapé, avec trois chiens qui me regardent comme si j'étais devenue un concept. Pas de jugement, mais pas loin quand même. Le regard du genre, on ne sait pas ce que tu fais dans tes podcasts, mais là, clairement, tu n'écoutes rien. Heureusement, il faisait froid, donc elles ont choisi la compassion ou le confort du canapé et la chaleur de la cheminée, on ne saura jamais vraiment. Et ma dernière explication avant de lâcher, c'est normal, c'est l'hiver. La préparatrice mentale qui parle de signaux, qui parle de lucidité. Conclusion, la météo. Trois semaines d'arrêt et reprise simple. Marcher, respirer, revenir. 2-3 séances par semaine. Et même si la tentation était grande, sans rattraper, sans compenser. Et le run ? Certaines semaines, je cherche encore le bon jour pour le mettre. Cette fois, j'essaie d'écouter vraiment. Parce qu'au final, le piège, il est simple. Tu peux tout comprendre et quand même passer à côté pour toi. Pas parce que tu es incohérent, parce que tu es dedans. Et il y a un truc dont on parle peu quand tu es coach et que tu t'entraînes encore pour des compétitions. Ton corps. Eh ben juste ton corps. C'est ton outil. C'est ce que les gens voient. Dans une boxe, c'est aussi une partie de ta crédibilité, que tu le veuilles ou non. Les gens t'écoutent, oui, mais ils te regardent. Comment tu bouges, comment tu encaisses, comment tu tiens. Tes résultats. Donc ralentir, ce n'est jamais juste ralentir. Ça vient vite toucher un truc un peu inconfortable. Si je lève le pied, ça se voit comment ? Et souvent, sans même t'en rendre compte, tu fais comme avec un OREP un peu limite. Tu reviens d'ailleurs. Du coup, tu continues. Pas en mode inconscient, plutôt en mode cohérent avec le rôle. Et comme ça passe, tu t'entraînes encore, tu coaches encore, tu fais le job. Mais c'est un peu différent. Tu fais les séances sans vraiment y être. Tu coaches un peu en pilotage automatique. Tu dis les bons trucs au bon moment, les bons sourires, les bonnes blagues, tout est fait parfaitement. Mais intérieurement, c'est un peu en mode économie d'énergie. Et au début, tu ne dis rien, tu continues, tu fais avec, et puis ça s'installe. Un peu moins d'envie, un peu moins de présence, un peu moins de jus. Jusqu'au moment où tu te dis, je ne sais pas ce qui se passe, je ne comprends pas, c'est bizarre, j'ai tout checké et tout est ok. Comme si c'était arrivé d'un coup. alors que non, c'était là depuis un moment. Juste, discret. Un signal d'ailleurs, ce n'est pas forcément un truc qui fait mal. Ce n'est pas toujours ton corps qui hurle. C'est plutôt. Tu dors, mais tu te lèves déjà un peu fatigué. Tu fais un mouvement que tu connais, que tu maîtrises, mais il est un peu moins propre que d'habitude. Tu arrives à la boxe, et il faut te lancer. Rien de dramatique, juste pas comme d'habitude. Et comme ce n'est pas spectaculaire. Ça passe. Tu notes vaguement et tu continues. Normal, c'est exactement ce qu'on fait en road. Quand ça commence à piquer, on ajuste un peu, mais on continue quand même. Sauf que là, il n'y a pas de time cap. Le crossfit t'a appris un truc hyper utile. Tenir. Aller chercher quand ça devient dur. Finir ce que tu as commencé, et ça c'est précieux. Mais ce mode-là, il ne sait faire qu'une chose. Continuer. Il ne se demande pas si c'est le bon moment. Il ne se demande pas si ça construit ou si ça use. Il avance. Et c'est là que ça devient un peu piégeux. Parce que tant que ça tient, tu continues. Tu ne te dis pas ça ne va pas. Tu dis plutôt ça passe. Et sur le moment, c'est vrai. Le truc, c'est que tu ne ferais jamais ça avec un de tes athlètes. Jamais. Un athlète arrive comme ça. Un peu moins dedans. Un peu plus lent. Un peu plus flou. Tu le vois direct. Tu ajustes. Tu simplifies, tu fais respirer sa séance, c'est instinctif. Mais pour toi, c'est plus flou. Pas parce que tu ne sais pas, parce que tu es dedans. Et quand tu es dedans, tu laisses passer. Un peu, puis encore un peu. Et à un moment, ça devient juste ta normalité. Tu es un peu fatigué, mais ça va. Un peu moins dedans, mais ça passe. Jusqu'au jour où ça casse. Et là, tu te dis, c'est bizarre. En vrai, pas tant que ça. Et quand ça casse ? C'est rarement un mardi tranquille avec un autre sympa. C'est souvent juste avant une compète. La semaine où tout le monde est en vacances, sauf toi, où tu enchaînes les coachings, les messages, les progs, les séances. Bref, la semaine où clairement ce n'était pas le moment. Un peu comme ton lave-vaisselle qui décide de transformer ta cuisine en piscine le jour où tu reçois 10 personnes. Pas une semaine après, non non, ce jour-là. Ce qui est trompeur, ce n'est pas le moment où ça coince. C'est tout ce que tu as validé sans vraiment regarder. Tous les « ça va » , tous les « c'est normal » . tous les « ça va passer » jusqu'au moment où ça ne passe plus. Et là, ça surprend. Alors que ça faisait un moment que c'était déjà en train de glisser. Ce que tu refuses d'écouter aujourd'hui. La fatigue que tu rebaptises « passage » . La tension que tu minimises en « ça va passer » . La perte d'élan que tu ignores parce que les performances, elles sont encore là. Le signal que tu remets à plus tard parce que ce n'est pas le bon moment. Ça ne disparaîtra pas. Ça s'accumule, ça s'installe et à un moment, ça décide à ta place. Décider à ta place, ça veut dire quoi concrètement ? Ça veut dire que l'arrêt arrivera, mais sans que tu l'aies choisi, sans que tu l'aies anticipé, sans que tu aies eu le temps de préparer la suite. Être à l'écoute de ces signaux, c'est une compétence de performance. Pas un manque de mental, pas une mollesse, pas une trahison de ce que tu as construit. Ce n'est pas une question d'être meilleur ou moins bon. C'est juste une question de timing. Savoir quand pousser et quand lever un peu le pied. Même si ça ne t'arrange pas. Et on a bien dit lever un peu le pied, pas tout stopper. C'est piloter pour ne pas subir. Parce qu'au fond de ton corps, lui, il fait déjà le job tous les jours. Il envoie des signaux, il ajuste comme il peut, il essaie de suivre. Le seul truc, c'est que parfois, il finit par monter un peu le volume. Et là, ça ne va plus être une petite notif discrète, c'est plutôt version. Alarme à incendie à 3h du mat. Et si tu veux vraiment simplifier tout ça, pose-toi une question simple. Tout ce que tu mets dans ta semaine, tes entraînements, ton taf, ta récup, ton alimentation, le pour le fun, quand tu fais l'addition, ça donne quoi ? Parce que faire le calcul maintenant, ça te laisse encore une option. A-JUS-TER. Alors que ne pas le faire, ça finit souvent en arrêt imposé, pas choisi, pas anticipé, avec un temps de récup à durée indéterminée. Et c'est souvent là que tu te racontes une bonne histoire, avec la météo hivernale en rôle principal et une meute de truffes clairement pas convaincue par le scénario. Le surentraînement, il ne prévient pas vraiment. Il s'installe, il passe sous le radar. Et un jour, il coupe le courant. Et là, bizarrement, ce n'est jamais le bon moment. Derrière chaque performance, il y a un mental qui tient, un corps qui parle et un humain qui choisit d'y croire. Et c'est ça l'ultime performance. La semaine prochaine, on va se retrouver dans la chambre d'appel. Cet endroit où le temps ralentit un peu, où tu regardes tout, où tu regardes autour, où tu te compares sans vraiment le vouloir, où tu te demandes pourquoi certains ont l'air si tranquilles. et où pendant quelques secondes, tu ne sais plus très bien si tu es bien comme tu es ou si tu devrais être autrement. Si ce que je te dis te dérange même un peu, c'est que tu es au bon endroit. Abonne-toi pour entraîner autrement.