- Speaker #0
Bienvenue dans So Let's Go, le podcast des hommes et des femmes qui ont radicalement changé de vie professionnelle. Je suis Adeline Guillou, je suis coach de vie et ce que j'aime particulièrement dans ce métier, ce sont les histoires de vie personnelles ou professionnelles. Ici, je vais vous partager le parcours de ces hommes et femmes qui ont pris la grande décision de quitter ce qu'ils savaient faire pour quelque chose de complètement différent, de plus risqué souvent. mais qui, à leurs yeux, avaient plus de sens. Et aujourd'hui, je suis très heureuse de vous partager l'histoire de Christelle, qui est passée de chef de projet de dépollution des sols à maraîchère floricultrice.
- Speaker #1
Il y a des jours où je me dis « mais pourquoi ? » Tu vois, quand je suis en train de pousser ma brouette dans la boue. Et il y a d'autres jours où je me dis « ah mais oui, je sais pourquoi en fait » . Et ce lien humain qui a été créé en arrivant dans la région, ça je trouve ça super important et ça, ça a retrouvé du sens.
- Speaker #0
So, let's go ?
- Speaker #1
Alors en fait, c'est parti de Guillaume. mon conjoint, qui lui travaillait en bureau d'études. On habite en Savoie à l'époque et il en avait marre de passer son temps sur l'ordinateur. Donc il a pris un grand congé parental quand on a eu notre deuxième enfant, notre petite fille. Et donc il s'est longtemps cherché et au final il a voulu passer un brevet professionnel de responsable d'exploitation agricole. En gros pour devenir agriculteur. Donc il a voulu passer ce diplôme en conservant nos boulots à distance. Et en fait, moi, j'adore apprendre, j'adore les nouvelles expériences. Donc, je me suis dit, vas-y, je fais ça avec toi. Du coup, on a fait ça tous les deux pendant neuf mois. Donc, en fait, la journée, on était au boulot. Soit boulot, soit stage. Le soir, on s'occupait des enfants. Et après, quand on s'était couché, on travaillait le diplôme.
- Speaker #0
En grosse période.
- Speaker #1
En grosse période, oui. Et pendant ce diplôme, du coup, on a dû faire des stages. Et j'ai notamment fait un stage génial chez Tida en Chartreuse, donc en Savoie, où je me suis rendue compte qu'en fait j'étais beaucoup plus heureuse quand j'étais en stage que quand j'étais du coup dans mon métier, même si mon métier ne me déplaisait pas, mais je me sentais mieux. Et donc en fait on a décidé de tout vendre en Savoie, de tout quitter et de venir s'installer entre Limoges et Brive et de monter notre ferme.
- Speaker #0
Ok, et pourquoi la région du coup ?
- Speaker #1
C'est un terrain de mes grands-parents.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
On aurait aimé s'installer en Savoie, mais le foncier est un peu compliqué en Savoie. Et là, on avait la chance d'avoir un terrain de mes grands-parents que nous laissait mon papa. Trop bien. Du coup, voilà. Donc, c'est pour ça qu'on est arrivés ici.
- Speaker #0
Ok, super. Est-ce que tu as quitté le salariat ? Oui, complètement. Ok.
- Speaker #1
On a fait rupture conventionnelle tous les deux.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et du coup, on n'est plus du tout salariés. On est à notre compte tous les deux.
- Speaker #0
Ok, super. Du coup, j'ai l'impression que c'est quand même un projet. Donc, ce n'est pas qu'une impression. C'est un projet, en fait, de couple commun. Vous avez fait tous les deux. Du coup, vous avez quitté tous les deux en même temps, en fait, l'entreprise ?
- Speaker #1
Oui, on a quitté en même temps. Il y a eu, je ne sais pas, peut-être un mois ou deux de battement. Et encore, je ne suis pas sûre. Non, non, il n'y a pas eu... Non, non, on a quitté en même temps.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Le salariat.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Oui, en fait, on est un peu dans... On l'a fait un peu dans l'idée de se dire qu'on ne voulait pas avoir de regrets. On voulait tester. Et que c'était OK pour nous que ça ne marche pas. Et après, de revenir dans le salariat. On est hyper à l'aise avec le fait que ce n'est pas forcément un métier qu'on va faire jusqu'à la fin de notre vie. Et on se laisse le choix, l'ouverture d'arrêter ou de continuer. Et ça peut paraître peut-être un peu présomptueux, mais on a l'impression qu'on a la capacité de rebondir. Même si ça ne marche pas, on irait faire autre chose, un autre métier. ouais c'est sûr on y arrivera donc du coup c'est ce qui nous a fait tout quitter pour se lancer là-dedans ok super vous avez été soutenue du coup dans votre choix ? oui ouais on a été soutenue par nos familles alors au début forcément ils ont peur pour nous parce que parce qu'il y a la sécurité du salariat parce qu'on avait des très bons postes tous les deux parce que on était un couple couple avec deux enfants en bas âge. On avait une belle maison qu'on a vendue. Et on part vers un métier agricole qui n'est franchement pas le métier qui a la plus belle réputation en termes de charge de travail, de rémunération, tout ça. Donc, ils ont eu peur. Et puis après, ils nous ont soutenus. À la fois la famille, à la fois les amis. Des amis, je pense qu'ils ne sont pas trop passés par cette phase de peur. Ils sont plutôt passés par la phase de c'est trop chouette. direct ça va Oui.
- Speaker #0
Super, très bien. Tu avais des connaissances du monde agricole ?
- Speaker #1
Alors, mes grands-parents, des deux côtés, paternel et maternel, étaient agriculteurs. Mais je ne peux pas dire que j'avais des connaissances du monde agricole, parce que je n'y allais pas pendant les vacances scolaires. Donc, je n'ai jamais fait vraiment... Oui, l'été ou des choses comme ça. Oui, voilà, c'est ça. Je n'ai pas vécu la ferme au quotidien. Et maintenant, je me rends compte que c'est quand même vraiment différent. C'est différent pour les vacances. Et en plus, c'était dans l'aile de vache. mes grands-parents. Donc l'élevage et le maraîchage floriculteurs, c'est quand même pas pareil.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Et voilà. Non, après, on avait notre potager, quoi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Les prémices des mains dans la terre. Oui, c'est ça. Rien à voir, quand même. Donc, vous avez fait cette formation. Mais du coup, est-ce que vous vous êtes fait accompagner pour vous installer vraiment, en fait, en tant que, je ne sais pas, agriculteur ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. on a un statut d'agriculteur tous les deux non on nous a pas trop fait accompagner j'avoue on a été un peu tête baissée on a quand même suivi une formation en plus de notre BPREA une formation en ligne de quelqu'un qui est très connu dans le milieu qui s'appelle Jean-Martin Fortier qui est un canadien d'accord qui prône les fermes en petite surface comme nous et peu mécanisé donc on s'est quand même basé sur son modèle là donc voilà ça ça a été les débuts où on s'est lancé
- Speaker #0
Ok. Et qu'est-ce qui était le plus difficile dans cette reconversion ?
- Speaker #1
Je crois que c'est... Alors, ça dépend si tu me demandes au début ou maintenant, en fait. Je pense que la réponse n'est pas la même.
- Speaker #0
Ouais, alors au début, en fait, quand tu quittes tout, tu vends tout et tu arrives dans cette ferme. Par exemple, est-ce que du coup, elle était vivable déjà ? Est-ce qu'il y avait des choses... à réaménager. Et après, du coup, par où commencer ? Je ne sais pas.
- Speaker #1
Oui, c'est exactement ça. C'est plutôt par où commencer. Parce que du coup, quand on est arrivé, il y avait un terrain vierge, aucun bâtiment. Ça faisait 30 ans que le terrain n'était pas utilisé. Donc, il était juste fauché tous les ans. Donc, il était quand même entretenu. Mais par contre, rien du tout. Aucun bâtiment, rien. Et donc, la phase de début qui a été assez longue, c'est la phase de par où on commence. Où est-ce qu'on met quoi ? Les poules, le maraîchage, les fleurs. Après, on appelle ça le design de la parcelle. Où est-ce que je mets mes choses ? Pour que ça soit rationnel. Parce qu'une fois qu'on a implanté les choses, autant dire qu'on ne les change pas comme ça. On ne change pas d'avis. Donc ça, ça a été assez long. Et c'est une période qui est un peu étrange parce qu'on change de métier pour produire. Et pendant un an, on ne produit pas. et les gens autour de nous aussi même de la commune nous demandent bon alors c'est quand les premiers légumes ? et nous on est là pas encore en fait c'est plutôt et énormément de décisions à prendre sur ce début qui sont impactantes pour la suite où nous on n'avait pas beaucoup d'expérience et du coup des fois on sait pas trop quel est l'impact de notre décision sur la suite d'accord et aujourd'hui du coup vous êtes à combien d'années de recul maintenant ? on s'est installé en 2022 On attaque, ça fait 4 ans. Et du coup, aujourd'hui, les difficultés ? Aujourd'hui, les difficultés, c'est toujours la prise de décision. Beaucoup, beaucoup de décisions à prendre tout le temps. Avec des enjeux stratégiques, commerciaux. On a changé de mode de commercialisation tous les ans. Ce qui n'est pas facile. Là, on se stabilise. On a trouvé, je pense, notre modèle qui est un peu particulier. Et après, il y a la charge mentale. Moi, je trouvais que j'étais débordée en étant salariée. Bon, finalement, je me dis que... J'ai déjeuné avec mon ancien chef la semaine dernière, qui me disait, tu te souviens de ce que tu me disais ? Oui, oui, je me souviens. Et sans dire que les salariés n'ont pas de charge mentale, en fait. Mais c'est juste que c'est différent. Et moi, je suis quelqu'un qui met la pression facilement aussi.
- Speaker #0
je pense qu'il y a une question de tempérament bien sûr mais malgré tout tu entreprends tu as plein de casquettes donc du coup il y a une charge mentale qui est quand même là du coup si on peut comparer ces deux charges mentales comment tu vis celle-ci aujourd'hui ?
- Speaker #1
des fois le salariat me fait rêver honnêtement des fois je rêve de pouvoir couper le soir et en même temps la liberté qu'apporte l'entrepreneuriat je pense que j'aurais du mal à la laisser Oui. Et en termes de charge mentale, je pense qu'aussi, c'est une réflexion qu'on a actuellement, je pense qu'aussi on a besoin de s'améliorer dans se laisser accompagner pour certaines choses. C'est-à-dire qu'on fait tout nous-mêmes, y compris ce qui est compta, choses comme ça. Et je pense que soit il faut qu'on trouve des outils informatiques peut-être qui nous aident à aller plus vite, soit il faut qu'on trouve quelqu'un de confiance pour nous aider sur certains points en fait, pas sur tout mais sur certains points. On l'a fait en partie sur la partie technique maraîchage, où on a appris, on rémunère quelqu'un qui nous donne des conseils techniques tout au long de l'année. et qui du coup des fois quand je suis devant ma carotte qui ne lève pas je ne suis plus toute seule ou même avec Guillaume mais comme on a le même niveau d'expérience des fois bon c'est presque comme s'il n'y avait qu'une personne sur ça mais
- Speaker #0
qui du coup nous aide à grandir là-dessus ouais c'est sûr l'intérêt et l'utilité de se faire accompagner même si c'est un investissement et qu'au début on a du mal à investir parce que l'argent reste encore sur Le sujet sensible, mais... Oui, tu gagnes du temps, je crois.
- Speaker #1
Ouais, je pense que c'est important de savoir si ça va l'accompagner.
- Speaker #0
Avant de te lancer, t'avais des peurs, des doutes ?
- Speaker #1
On n'avait pas trop de peur, on était plutôt confiants. On essaye, c'est pas facile, mais on essaye avec Guillaume de pas trop présager des problèmes futurs. D'essayer de laisser les liens quand ils viennent. C'est pas toujours facile et on n'y arrive pas du tout sous le temps. Surtout la nuit ou le soir, c'est encore moins facile, mais je pense qu'on est beaucoup dans le cas, dans ce cas-là. Mais moi, la principale chose, et ce qui est encore pas trop facile pour moi, c'est d'avoir quitté la Savoie. C'est plutôt ça que le métier en lui-même, en termes de peur qu'on a eu au départ. Parce que moi, je skiais beaucoup. Et notre fils skiait beaucoup. Et en fait, j'ai eu des appréhensions sur le fait de ne plus aller aussi souvent à la montagne. Et aussi de, comment dire... En fait, la Chambéry et la Savoie, c'est un endroit qui est très, très dynamique en termes d'activité pour les enfants et tout. Et j'avais une image du limousin un peu moins dynamique là-dessus. Et ma peur, c'est qu'est-ce qu'on allait offrir à nos enfants en quittant la Savoie dans laquelle on avait réussi à s'installer.
- Speaker #0
D'accord. Et aujourd'hui ?
- Speaker #1
Et aujourd'hui, je me rends compte qu'effectivement, il y a moins d'offres quand même. Je trouve qu'il y a des offres, il y a plein de choses à faire, mais c'est quand même moins diversifié. Par contre, là où on a gagné énormément, c'est sur le côté humain. Parce qu'on a été extrêmement bien accueillis à Limoges. Et qu'on s'est fait beaucoup d'amis. En Savoie, c'était beaucoup plus...
- Speaker #0
Fermé ?
- Speaker #1
Oui, fermé en fait. On habitait dans un village où les gens descendaient travailler à Chambéry. Il n'y avait pas de relations et tout. Là, vraiment, nous, dans notre village, il y a beaucoup de liens. Et on a vraiment gagné là-dessus, quoi. Sur les relations humaines...
- Speaker #0
Bon.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Vous vous y retrouvez quelque part. Oui, exactement.
- Speaker #1
Et puis, on va skier de temps en temps.
- Speaker #0
C'est important. De quelles compétences de ton ancien métier tu te sers aujourd'hui dans cette nouvelle activité ?
- Speaker #1
Très plein. surtout en dépollution des sols j'imagine moi je faisais j'avais quand même un contact client avec les gens je faisais des offres chiffrées moi je faisais déjà du chiffrage avant de l'analyse de rentabilité parce que je le dis assez régulièrement mais je vois pas l'agriculture comme un métier sacrificiel Nous, à un moment, on a besoin de vivre. On ne compte pas gagner des cents et des milles, mais notre ferme, il faut qu'elle soit rentable. Sinon, si c'est une entreprise, elle ne vivra pas. On ne peut pas vivre que des aides. Et donc, du coup, avec Guillaume, on regarde quand même attentivement nos chiffres à la fin de chaque bilan comptable pour analyser la rentabilité de la ferme et voir, prendre éventuellement des décisions. Donc, ce côté analyse des chiffres, en fait, de mon ancien métier, me sert beaucoup quand même. Et après, je travaillais en termes de gestion de projet et donc de dérouler d'un projet de A à Z qui était sur un temps plus court dans ma vie d'avant, mais qui fait quand même que je sais m'organiser, faire un planning. Enfin, voilà, il y a une espèce d'organisation qui se fait. Super.
- Speaker #0
Qui doit être hyper intéressante et utile aujourd'hui, en fait. Exactement, c'est ça. Si tu pouvais revenir en arrière, tu changerais quelque chose ?
- Speaker #1
Ah, je ne me suis jamais posé la question. Je crois que ça dépend des jours. Je crois qu'il y a des jours où je me dis mais pourquoi ? Tu vois, quand je suis en train de pousser ma brouette dans la boue, je me dis mais qu'est-ce que... Mais pourquoi ? Et il y a d'autres jours où je me dis ah mais oui, je sais pourquoi en fait. Non, je ne pense pas. Je pense qu'en fait, ça nous a ouvert d'autres opportunités en perso. Ça nous a fait évoluer sur d'autres choses. Je pense qu'on est... complètement différent que quand on est parti de la Savoie je pense que ça nous a fait grandir sur plein de choses et c'est une expérience de fou quoi non je pense pas que je reviendrai en arrière je pense pas que je changerai des choses peut-être des choses changeront à l'avenir mais c'est parti de l'évolution est-ce
- Speaker #0
qu'il y a quelque chose dont on n'a pas parlé là que t'aimerais aborder ?
- Speaker #1
Après, je trouve que ce qui est important pour moi dans cette vie d'entrepreneur, c'est la liberté que ça apporte. Et déjà que l'agriculture soit vue comme un entrepreneuriat, parce que je trouve que ce n'est pas beaucoup le cas.
- Speaker #0
Est-ce que c'est vu comment du coup ?
- Speaker #1
Je sais pas, c'est vu comme... c'est souvent pas vu comme une entreprise j'ai l'impression qui doit être rentable parce que c'est des modèles qui sont pas souvent rentables, c'est des modèles qui sont durs. Et tu vois je trouve que c'est beaucoup vu comme... bon c'est pas très grave si on se paye pas. Et puis alors qu'il y a vraiment une notion de créer une entreprise. entreprise et tout ce que ça implique en termes d'administratif déjà, qui nous prend énormément de temps. Et ouais, je trouve que c'est important de voir que c'est vraiment une vraie mini-start-up, quoi, en fait.
- Speaker #0
Et c'est vrai que, enfin, tu me dis si je me trompe, mais c'est vrai que comme on... Toi, depuis tout à l'heure, je te parle plus de l'agriculture que de l'entreprenariat. Finalement, j'ai l'impression qu'effectivement, quand tu t'installes en tant qu'agriculteur ou exploitant ou... fleuricultrice, on oublie cet aspect, comme tu dis, c'est très justement d'entrepreneur en fait. Effectivement, c'est une entreprise avant que ce soit lié à de l'agriculture ou à autre chose. C'est avant tout une entreprise.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et c'est vrai que cette notion, effectivement, je ne sais pas si du coup, à la chambre d'agriculture, tu vois, est-ce que c'est vraiment abordé ? Est-ce que c'est quelque chose qui est vraiment mis en avant, avant tout le reste ? C'est-à-dire que le reste aussi est tellement... important aussi.
- Speaker #1
C'est mis en avant à la Chambre d'agriculture. Par contre, c'est assez court, en fait. Tu vois, on fait un stage qu'on appelle 21 heures. C'est 21 heures de formation, ce qui n'est pas grand-chose, en fait. On voit à la fois la partie cotisation sociale, la partie comptable, la partie juridique. On voit tout cet aspect-là, mais en 21 heures. C'est hyper court, 21 heures, quand tu te rends compte de ce qu'il y a derrière. Et je trouve que c'est... Pour moi, c'est pas mis assez en avant, c'est-à-dire que dans notre temps de travail, la partie production, ce n'est pas forcément la majorité du temps, en fait.
- Speaker #0
Oui, alors que, effectivement, je pense que c'est ce qui prend, pour certains, la plus grande partie, parce qu'effectivement, s'occuper des animaux, par exemple, ça prend des heures, c'est énorme.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et oui, peut-être que c'est ça, cette partie terrain prend vraiment le pas sur tout le reste. Peut-être que l'énergie est moindre après pour revenir à l'administration qui est toujours un peu plus lourde à gérer. Ou peut-être que ce n'est vraiment pas le cœur de métier. Et que du coup, la plupart des agriculteurs le mettent un peu de côté parce qu'ils oublient. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Je pense que dans les modèles un peu plus des générations d'avant nous. Je pense qu'il se faisait beaucoup accompagner par un organisme qui accompagne à peu près tous les agriculteurs. Mais qui, du coup, c'est une partie qui est très déléguée. Et je pense que c'est pour ça que l'agriculture n'est pas vue comme un entrepreneuriat. Parce qu'en fait, il ne gère pas. Parce qu'on peut déléguer tout en comprenant ce qui se passe d'un point de vue comptable, par exemple, sur la vie de l'entreprise. Et on peut déléguer sans faire attention à ça.
- Speaker #0
Mais oui, bien sûr.
- Speaker #1
Et je pense qu'il y a des générations où la partie entrepreneuriat et société, n'étaient pas vraiment pris en compte par les agriculteurs. Et moi, je trouve que c'est un vrai enjeu si on veut pouvoir continuer à nourrir les gens, d'avoir des fermes qui puissent rémunérer ceux qui sont, en fait, ceux qui travaillent. C'est la base, en fait. Oui, c'est la base. Mais en agriculture, ce n'est pas toujours vu comme étant la base.
- Speaker #0
Ouais, ouais, c'est un sujet vraiment à part, mais effectivement, t'as complètement raison. Et puis, vous avez beaucoup d'aide, contrairement à un simple entrepreneur.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Ouais, c'est... Je pense qu'il y a matière à discuter sur ça, mais... Et effectivement, c'est un peu comme si, du coup, comme on vous donne, quelque part, il y a moins cette inquiétude que nous qui avons zéro, tu vois, du coup. Et donc, on est obligé par la force des choses, alors que même si je pense qu'aujourd'hui, les mentalités changent et que les connaissances changent avec les nouvelles générations. Oui. Mais c'est vrai qu'il y a encore ce truc de, bah de toute façon j'ai cette prime donc quelque part je suis un peu protégée. C'est vrai. Donc on met un peu de côté toute cette partie business. Tu vois nous on a un business, alors moi je ne l'ai pas forcément fait mais un business plan est préconisé en fait. Oui. Vous, pas forcément ?
- Speaker #1
Alors là, si, maintenant.
- Speaker #0
Mais c'est récent,
- Speaker #1
en fait. Pour t'installer en jeune agriculteur, tu es obligé d'avoir un business plan, de présenter un business plan, si tu demandes des aides derrière. Et les aides dont tu parlais, la PAC, il y a aussi, sans rentrer dans les détails, mais c'est très orienté en fonction de certaines activités agricoles. Nous, on touche 700 euros par an de PAC.
- Speaker #0
Waouh !
- Speaker #1
Donc, il faut quand même qu'on ait un business plan derrière. Parce qu'on est deux.
- Speaker #0
Ouais, même quand t'es seule, je veux dire, ça suffit tellement pas, quoi. Donc,
- Speaker #1
ouais.
- Speaker #0
Ah ouais, ok. Tu te vois comment dans un an ?
- Speaker #1
Dans un an à la même date... J'espère que je serai plus reposée. J'espère que la saison 2026 aura été un peu plus reposante que la saison 2025. Et j'aimerais bien que les fleurs prennent de plus en plus de place sur la ferme.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Parce que c'est ce qui me plaît le plus, moi. Alors Guillaume, pas forcément, donc il faut qu'on trouve un équilibre entre ce qui moi me plaît le plus, c'est l'avantage de l'entrepreneuriat pour le coup. On peut faire nos choix, quoi. Donc, ça, c'est chouette. Mais moi, les fleurs, c'est vraiment là où... Ouais, t'as toute ma partie créative qui peut se développer plus que quand je Je ramasse des radis et les couleurs et les associations et voilà, c'est vraiment quelque chose qui me fait vibrer beaucoup plus que les légumes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et en même temps, j'aime le fait de nourrir les gens, donc un petit peu une dualité.
- Speaker #0
Aujourd'hui, vous arrivez à, alors, de question payer vos charges et vous donner un salaire ?
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, oui, on arrive à payer nos charges. On a eu une chance aussi, il faut le dire, c'est qu'on n'a pas eu d'emprunt. sur la ferme. Donc, ce qui est une vraie chance quand on s'installe en monde agricole. Du fait de nos vides avant, en fait, on avait des économies de côté qui nous ont permis de créer notre ferme avec des investissements raisonnables. Et oui, donc, on arrive à payer nos charges et on arrive à se rémunérer. Pour l'instant, on est à hauteur d'un demi-SMIC chacun. Donc, un SMIC à nous deux. En sachant qu'il y a... On autoconsomme nos légumes et nos oeufs. Il y a quand même les charges de la famille qui sont assez diminuées. Ce n'est pas l'objectif final. L'objectif final, c'est qu'on aimerait se payer un SMIC chacun. Mais voilà, tous les ans, ça augmente.
- Speaker #0
Donc du coup,
- Speaker #1
c'est plutôt bien.
- Speaker #0
C'est chouette. Tous les ans, ça augmente. Et tous les ans, vous adaptez votre façon de travailler, de financer, de gérer. j'imagine que ça ne va que mieux. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. C'est ça, en fait, tous les ans, on fait ce qu'on doit faire la semaine prochaine, normalement, c'est-à-dire qu'on prend notre compta et on se dit, OK, cette année, voilà ce qu'on a. On travaille par atelier, on regarde l'atelier maraîchage, l'atelier fleurie, l'atelier poule pondeuse et on regarde les charges, les rentrées d'argent qu'il y a sur chaque atelier. Et là, on a fait quelque chose d'assez simple, par exemple, sur les légumes, on va réduire la gamme l'année prochaine. Tu vois, on a regardé, on a fait 49 légumes différents sur la saison, ce qui est énorme. Je ne parle pas de variétés, je parle vraiment carottes, tomates, poireaux, grandes familles. Et en fait, sur ces 49 variétés-là, il y en a 23 qui ont fait 97% de notre chiffre d'affaires. C'est-à-dire que tout le reste, c'est 3% de notre chiffre d'affaires. Donc en fait, c'est des heures à passer. Et c'est hyper intéressant de prendre cette liste et de se dire, ok, on ne va pas tout enlever. Par exemple, le basilic, c'est un... chiffre d'affaires qui est faible, mais c'est quand même chouette de le proposer. Donc ça, c'est des choses... Enfin, il y a des arbitrages aussi qu'on fait, nous. Mais il y a des choses qu'on arrête, en fait. Ou il y a des choses... Le chou rouge, par exemple, les gens, ils ne consomment pas trop. Donc, plutôt que de faire 4 séries dans l'année, on va faire une série. On va en proposer à un moment donné. Donc, il y a beaucoup des choses comme ça qui nous permettent de nous améliorer en fonction de ce que notre clientèle achète. C'est vraiment le retour d'expérience de ce qu'ils achètent et ce qu'ils nous disent. Parce qu'il y a des choses, par exemple, sur lesquelles on est toujours en manque. C'est-à-dire que je sais que les clients, ils se jette dessus. Quand les commandes ouvrent en ligne. Et en fait, après, ceux qui arrivent après, ceux qui arrivent deux heures après, il n'y en a déjà plus. Et donc, on fait aussi attention à ça pour faire évoluer la gamme, en fait. Pour que tout, enfin tout, ce n'est pas possible, mais la majorité de ce qu'on plante soit vendu.
- Speaker #0
Oui, et puis qu'un maximum de clients soient satisfaits. Exactement,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Ok, super. Si tu pouvais... écrire une lettre à ton ancien toi dans la vie salariée, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #1
Dors, repose-toi prends de l'avance sur le sommeil tu vas en avoir besoin fais du sport pour être musclé quand tu vas arriver là-bas parce que ça va être physique et vas-y quoi ouais,
- Speaker #0
ça va être chouette ouais,
- Speaker #1
vas-y, ça va être chouette ça va être des hauts, des bas, des montagnes russes mais ça va être chouette et ça va t'apprendre beaucoup de choses Hum ! tellement de choses est-ce que tu considères que t'as remis du sens dans ta vie professionnelle et personnelle même s'il y en avait sûrement avant moi c'est vrai que je trouvais déjà que j'avais du sens dans mon métier parce qu'en fait moi je travaille avec des promoteurs immobiliers alors on en pense ce qu'on veut mais en tout cas Ils achetaient une friche industrielle ou un ancien garage. On faisait un diac de pollution des sols. Il y avait une pollution, on dépolluait. Et après, ils pouvaient construire des logements. Et moi, de savoir que les gens allaient vivre sur quelque chose qui était sain, ça avait vachement de sens pour moi. Donc ça, moi, ça me motivait beaucoup. Tout comme je trouve que ça a énormément de sens de nourrir les gens. Du coup, je ne dirais pas que j'ai retrouvé du sens, mais plutôt peut-être dans la vie personnelle, avec les enfants qui sont présents à la ferme. où on aimerait être un peu plus présents pour eux. Et ce lien humain, en fait, qui a été créé en arrivant dans la région et les amis sur lesquels on peut compter. Ça, je trouve ça super important. Et ça, ça a retrouvé du sens.
- Speaker #0
Ça a retrouvé du sens, ouais. Par rapport à une vie salariale, du coup.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est ça qui a fait la différence. Il n'y a pas que la région.
- Speaker #1
Il y a l'accueil des gens, je trouve, vraiment. Parce qu'après, j'avais des très bonnes relations avec les collègues de travail. Et on avait quelques amis là-bas, mais c'est vraiment différent ici.
- Speaker #0
Ok, super.
- Speaker #1
Bon, merci. Merci à toi.
- Speaker #0
Merci de nous avoir écoutés. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à vous abonner. Pour info, je vous mets dans les notes toutes les références importantes ainsi que les différents liens pour retrouver l'invité. En attendant de vous partager un nouveau parcours de vie professionnel, n'hésitez pas à poser vos questions en commentaire. Je tâcherai d'y répondre ou de transmettre aux invités. Merci infiniment et à bientôt !