- Speaker #0
Bonjour, bienvenue dans ce tout nouvel épisode de Sold Out, le tout premier épisode de 2022, mais le huitième de la saison 3, déjà le huitième épisode de la saison 3. J'espère que cette année va vous apporter beaucoup de légèreté, beaucoup de joie, et qu'on va voir plein de concerts, plein de spectacles. Je sais que c'est toujours compliqué, on a toujours du mal à se projeter, mais on va continuer à essayer de regarder la lumière et à y croire. C'est d'ailleurs ce que fait Lily Fisher dans cet épisode qu'on a enregistré en public. Alors Lily Fisher, c'est pas forcément un nom... très connue du grand public, mais pourtant c'est une figure centrale de notre métier, du métier du spectacle vivant, puisque Lili a longtemps travaillé au Printemps de Bourges et auprès de Daniel Colling au Zénith de Paris. Maintenant, elle est carrément directrice du Zénith de Paris. Le Zénith de Paris, c'est vraiment une salle incontournable à Paris. Et Lili Fischer a plein de choses à nous raconter sur là où elle vendait cette salle, sur des anecdotes qui s'y sont passées, sur sa carrière, son parcours aussi. Et c'est tout ce dont on va parler dans cet épisode de Sold Out. Et je suis vraiment ravi de tendre le micro à une telle belle personne que Lily, que j'avais envie d'avoir au micro de Sold Out depuis très longtemps. Et donc, cet épisode commence dans un instant, juste après que je vous ai parlé de Patreon, qui continue en 2022 à accompagner Sold Out. Maintenant, je ne vais pas vous en dire beaucoup plus. Vous savez déjà ce qu'est Patreon. On les remercie de nous accompagner. Patreon, c'est une plateforme qui met en rapport les artistes, les créateurs et ceux et celles qui aiment leur travail, on va dire leurs fans. Et Patreon permet aux fans de financer les créateurs, ce qui évite tout simplement aux créateurs de devoir faire des petits boulots à côté et peuvent ainsi se concentrer sur leur contenu, sur leur art. Ça peut être des gens qui font des podcasts, ça peut être des artistes, des musiciens, ça peut être à peu près n'importe quel type de créateur. Et ça marche de mieux en mieux. Patreon, au début, c'était très centré aux Etats-Unis et maintenant, c'est beaucoup plus international et en grande partie aussi européen avec une grosse croissance. Donc on va les surveiller de près parce que je suis sûr qu'il y a plein de choses intéressantes qui vont naître grâce à Patreon, qui accompagne Sold Out depuis le début de cette saison 3. Et cette saison 3, son huitième épisode de Sold Out, commence maintenant avec Lily Fischer. Est-ce que tout est prêt ? Oui, monsieur le directeur. Alors je vais faire commencer.
- Speaker #1
On parle de trajectoire de vie, on parle de carrière, on parle de choses vécues par des professionnels du spectacle vivant. Parfois je me demande ce que c'est dans ce métier. On parle de spectacle,
- Speaker #0
on parle de spectateur, on parle de producteur, on parle de vie éventuelle. On parle d'humain.
- Speaker #1
Le podcast du delight. Je suis Lily Fischer et je dirige le Zénith de Paris.
- Speaker #0
Premier billet vendu.
- Speaker #1
Premier billet vendu, ça devait être les cranberries pour ma première édition du Printemps de Bourges en 2002.
- Speaker #0
Et tout dernier billet vendu ?
- Speaker #1
Eh bien, Matthieu Chedid avec sa tournée de Zénith. et il viendra au Zénith en décembre 2022.
- Speaker #0
Sold Out, saison 3, épisode 8, avec Lily Fisher, directrice du Zénith de Paris, enregistrée au mois d'octobre 2021, donc il y a quelques semaines déjà, dans le cadre du festival MaMA, derrière le bar de l'Elysée Montmartre à Paris. Salut Lily !
- Speaker #1
Bonjour Marc !
- Speaker #0
Bonjour, bienvenue dans Sold Out !
- Speaker #1
Merci de m'inviter.
- Speaker #0
Ça a commencé pour toi par quelque chose qui était très loin du spectacle, parce que toi en réalité, loin du Zélide de Paris, loin des projecteurs et des paillettes, puisque tu as commencé toujours en rapport avec l'art, par des études liées à la médiation culturelle, à l'art et tout ça ?
- Speaker #1
Oui, j'ai fait un cursus en UFR d'art plastique à la Sorbonne, et j'ai fait des études autour de la conception et mise en œuvre de projets culturels.
- Speaker #0
Quel a été le déclic entre ces études-là et directement après, enfin pas directement après, mais en tout cas le Printemps de Bourges, qui est ta première expérience autour de la scène ?
- Speaker #1
Alors moi, j'étais très branchée théâtre, art de la rue. Voilà, c'était plutôt ça qui m'animait à l'époque. Mais j'étais très amoureuse d'un garçon qui faisait de la musique. Et du coup, c'est lui qui m'a parlé de l'offre de stage parce que je suis rentrée en stage au Printemps de Bourges en octobre 2001. Et c'est lui qui m'a parlé de cette offre de stage. Il avait les yeux qui priaient tellement quand il en parlait que je me suis dit je vais candidater. Et puis après, je me suis pris au jeu. C'est incroyable.
- Speaker #0
C'est un peu comme les gens qui accompagnent quelqu'un à un casting et qui finalement sont castés eux-mêmes. C'est presque ça. C'est-à-dire que tu te retrouvais là presque un peu par accident, par amour en tout cas.
- Speaker #1
C'est ça. Surtout que lui ne fait plus de musique.
- Speaker #0
C'est drôle. Et du coup, là-bas au Printemps de Bourges, c'est vraiment comme... On le raconte parfois dans Soldats Hauts, une rencontre humaine déterminante qui a fait que tout a changé pour toi.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que j'ai été, quand je suis arrivée au Printemps de Bourges, j'ai commencé en stage sur la partie communication et nouveaux médias, puisque c'était un peu le début des sites internet. Et moi, j'avais fait une formation, j'avais fait un DEA en art et communication multimédia.
- Speaker #0
On est en 2001, c'est ça, c'est le tout début du multimédia, comme on dit.
- Speaker #1
Et du coup, j'ai travaillé avec Fernando Ladeiro-Marquès, qui dirige le MaMA.
- Speaker #0
On va en parler parce que s'il y a vraiment une invitée qui a du sens au MaMA, c'est toi. On va en parler parce que tu es très proche de Fernando qui est le directeur.
- Speaker #1
Voilà, donc c'est lui qui m'a recrutée. Et puis après, j'ai travaillé de près aussi avec Daniel Colling. Et tout mon parcours professionnel ensuite a été fait avec lui. C'est une vraie rencontre. On ne s'est plus lâchés. Ça fait plus de 20 ans et on travaille toujours ensemble. On est maintenant associés.
- Speaker #0
Daniel Colling que les auditeurs de Sold Out découvrent aussi avec un épisode qu'on a enregistré au MaMA 2021 à ce même endroit. Donc oui, c'est ça. C'est-à-dire qu'entre Fernando qui est le directeur, qu'on n'a pas encore eu au micro de Sold Out, Daniel Colling et toi, c'est finalement un trio infernal. Vous avez vécu des aventures folles ensemble entre les différents Zénith de Nantes, de Toulouse et de Paris et le MaMA et le Printemps de Bourges finalement.
- Speaker #1
Oui, oui. Puis c'est vrai que même avec Fernando, on a eu plein de... Quand je travaillais au Printemps de Bourges, il m'a proposé de l'accompagner et de l'aider aussi sur des projets qu'il avait à Prague, à Budapest, à Lisbonne. Donc on passait pas mal de temps ensemble et sur des sujets un peu différents.
- Speaker #0
Et du coup, si on s'arrête sur cette période, Printemps de Bourges pour toi, c'est une période qui a duré dix ans, c'est ça ? Donc au début, tu as commencé vraiment comme des jeunes gens pourraient commencer aujourd'hui auprès de toi au Zénith ou dans n'importe quel festival ou dans n'importe quelle salle. Tu as commencé à la com'digitale, tu es rentrée par là.
- Speaker #1
C'est ça, j'ai commencé comme ça en 2001 par un stage assistante de communication.
- Speaker #0
Tu as montré que tu y arrivais et ça se passait bien humainement. Et au fur et à mesure, on te confie des missions de plus en plus diverses.
- Speaker #1
En fait, j'ai eu la chance d'arriver sur un créneau où au printemps de Bourges, personne ne faisait ce que je faisais. C'est-à-dire que la partie nouveaux médias, site internet, à l'époque DVD-ROM, tout était un peu nouveau. Et du coup, moi, c'était vraiment mon créneau et c'était là-dessus que j'aimais travailler, que j'aimais apporter des idées.
- Speaker #0
On parlait déjà d'expérience digitale à l'époque.
- Speaker #1
Complètement, mais alors c'était vraiment le début. Quand je regarde aujourd'hui le site de 2002, qu'on avait fait avec une école, donc c'était aussi des stagiaires qui avaient fait le site, donc c'était vraiment des stagiaires qui rencontrent d'autres stagiaires. Mais le projet était super chouette quand même pour l'époque. Et puis après, c'est vrai que j'ai toujours aimé inventer un peu mes postes. J'ai toujours créé des outils, imaginé des outils pour travailler mieux ensemble, pour faire de la coordination au sein des équipes, etc.
- Speaker #0
Et ça veut dire quoi, inventer son poste ? Ça veut dire faire plus que ce qu'on demande, en fait ?
- Speaker #1
Disons que j'ai toujours une qualité et un défaut. J'ai toujours beaucoup d'idées en même temps. Donc, il faut et les canaliser, mais du coup... Du coup, je tente beaucoup de choses, j'essaye beaucoup de choses, je propose aussi pas mal de mes idées. Et puis, il y en a qui font, qui résonnent chez personne. Et puis, il y en a d'autres qui sont reprises et qui, du coup, après, peuvent créer un nouveau poste, en fait.
- Speaker #0
Et de toute évidence, c'est Fernando qui était le dire-com du MaMA à cette époque, donc ton boss, finalement. Ça résonnait pas mal.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, carrément. Puis, je crois qu'il a eu assez vite confiance en moi. On avait une bonne complémentarité. Je marchais pas du tout sur ses plates bandes et du coup lui de fait pas sur les miennes. Et du coup on a vraiment travaillé plusieurs années ensemble.
- Speaker #0
Pourquoi t'as-t-il proposé comme ça derrière d'aller sur des missions à l'international, d'aller voir un peu ce qui se passait dans d'autres festivals ? Ça s'est fait naturellement ?
- Speaker #1
Bah en fait je pense qu'il cherchait quelqu'un d'un peu débrouillard. qui allaient pouvoir gérer des missions. Ce n'était pas du tout des missions de très grande importance. Je faisais de l'accueil artiste dans des salles, on passait notre journée à boire de la vodka. On ne peut pas dire ça,
- Speaker #0
on a le droit, c'est un podcast, il n'y a pas le CSA. Mais il faut quand même en boire avec modération.
- Speaker #1
Pas à l'époque, j'avais 20 ans, la modération n'existait pas. Et puis après, j'ai fait aussi guide touristique pour les journalistes français qui venaient sur les festivals de Fernando à l'étranger. Ce n'était pas des missions de grande importance, c'était toujours un peu satellite. Mais moi j'adorais parce que ça me sortait de mon quotidien.
- Speaker #0
Et est-ce que ça se passait différemment ? Tu es allée dans quel pays ?
- Speaker #1
Alors je suis allée à Lisbonne, à Prague et à Budapest.
- Speaker #0
Et dans ces pays, est-ce que ça se passait différemment que Bourges ? Ou est-ce que vraiment le live dans tel ou tel endroit se ressemble exactement mot pour mot ?
- Speaker #1
Non, parce que ça n'avait rien à voir. Au Printemps de Bourges, j'avais des missions qui me demandaient beaucoup d'organisation, qui étaient beaucoup moins sur le feeling. Alors que quand je partais sur les festivals avec Fernando, c'était vraiment à la cool et c'était...
- Speaker #0
C'était moins organisé.
- Speaker #1
Oui, c'était moins organisé.
- Speaker #0
On voit ce que tu veux dire. Au fur et à mesure, tu grimpes, si j'ose dire, très naturellement finalement dans l'organisation, tu deviens le bras droit de Fernando à la com du Printemps, c'est ça ? Durant ces dix ans.
- Speaker #1
Oui. Pendant les cinq premières années, j'ai travaillé avec Fernando. Et au fur et à mesure, il m'a donné plus de place.
- Speaker #0
Et tu es devenue ensuite directrice de production. Tu as quitté la com'pour aller sur la prod, c'est-à-dire plus sur le terrain et la fabrication de l'événement ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'une fois que j'avais mis en place tous les outils et que tout roulait, après ça m'intéressait beaucoup moins. C'est-à-dire que le quotidien d'un service de communication m'intéressait moins. Moi, ce qui m'avait intéressé, c'était de mettre en place des nouveaux outils, des nouveaux médias. Et une fois que ça s'était fait, j'avais envie d'aller faire autre chose. Et puis, c'était un peu ma première grande expérience professionnelle. Donc, j'avais plutôt envie de même peut-être d'aller voir ailleurs.
- Speaker #0
Est-ce que malgré tout, il y a des moments particuliers dont tu te souviens durant ces dix ans à Bourges, des moments fascinants, des moments de solitude, des échecs d'incroyables, des plaisirs incroyables ?
- Speaker #1
Disons qu'un festival, c'est de toute façon, c'est une grande colo. Donc, c'est chaque année une expérience un peu incroyable. Quand j'ai travaillé avec Fernando justement sur la coordination presse, c'était vraiment la folie. C'est-à-dire qu'il fallait gérer le rôle de la coordination promo, c'est de gérer à peu près 1000 demandes d'interviews. Et il faut gérer les plannings des lieux disponibles, des artistes, des journalistes, comme un espèce de Tetris géant. Sauf que tout le monde s'amuse à enlever les briques qui sont en bas du Tetris. en permanence.
- Speaker #0
C'est ça, au moment où tu avances, il n'y a plus de briques.
- Speaker #1
Voilà, donc c'est vraiment un challenge que j'adorais parce que c'était beaucoup d'adrénaline et puis que je rencontrais aussi plein de gens, enfin voilà, je travaillais beaucoup avec les services promo des maisons de disques, je rencontrais les artistes, même si ce n'est pas ce qui m'a toujours motivée, moi vraiment je suis dans l'organisation, c'est ça qui me plaît. Mais voilà, donc on a eu quand même des moments assez, je me rappelle d'un jour avec Placebo où il y avait Il avait prévu une conférence de presse.
- Speaker #0
Brian Molko, le chanteur de Placebo, qui parle français.
- Speaker #1
Brian Molko, et qui tout d'un coup...
- Speaker #0
Il y a la vodka aussi.
- Speaker #1
Pas que. Mais du coup, il jouait sur la grande salle. Il avait une conférence de presse prévue dans la rue, qui est vraiment attenante à la grande salle, sur laquelle il y a plein de stands de merguez et autres. Et il voulait qu'on l'y emmène en voiture.
- Speaker #0
Il ne voulait pas y aller à pied.
- Speaker #1
Sauf qu'on ne pouvait pas y aller en voiture. C'était en face. Donc on ne pouvait pas ne plus... Donc il a dit, si c'est ça, alors tu vas m'y emmener. Mais vraiment m'y emmener, c'est-à-dire, il fallait que je lui tienne le bras. Et donc on a fait ce chemin ensemble. Et après, une fois dans la salle de presse, je passe le fait qu'il arrivait très en retard et que du coup, vu ce que je t'expliquais tout à l'heure, tous les journalistes étaient en train de rater leurs autres interviews. La salle n'allait plus être disponible. Donc on était en train de mettre en péril un peu tout mon travail. Et moi, j'étais à son bras et il arrive en salle de presse. et il décide que ceux qui ne posent pas les questions en anglais ne répondront pas parce que sinon les autres membres du groupe ne peuvent pas comprendre.
- Speaker #0
Ce n'était pas des règles qui avaient été dictées avant ?
- Speaker #1
Rien du tout. Donc c'était un petit moment de solitude et pendant ce temps-là, toi tu as ton téléphone qui n'arrête pas de sonner parce que tout le monde est en train de vouloir comprendre ce qui se passe sur le planning avec des artistes qui attendent les journalistes qui sont encore en salle de presse. Enfin bon bref, des moments assez épiques.
- Speaker #0
C'est intéressant pour les gens qui nous écoutent aussi, parce que quand on avait rencontré Cécile Legraux, qui s'occupe d'ailleurs aussi de la presse du MaMA, dans la saison 2 de Sold Out, elle nous parlait de son métier et je n'avais pas perçu l'idée du Tetris, parce qu'on pense qu'une responsable de presse, c'est quelqu'un qui doit chercher des retombées, qui doit faire en sorte qu'on parle de l'événement ou qu'on parle des artistes. Et en réalité, il y a des événements pour lesquels il y a tellement de demandes que le sujet, ce n'est pas d'aller chercher des retombées, c'est juste de faire en sorte qu'elles puissent exister, les interviews.
- Speaker #1
Alors moi, je n'étais pas attachée de presse. Le travail de Cécile, c'est vraiment ce que tu décris, c'est-à-dire faire en sorte qu'il y ait le... plus de monde qui parle du festival et idéalement qui en parle en bien. Moi, mon travail, c'était pas du tout le contenu. C'était vraiment de la logistique.
- Speaker #0
C'était faire en sorte que ça existe. Trouver une salle, un journaliste et un artiste.
- Speaker #1
Voilà. Et faire en sorte qu'on puisse répondre le plus positivement aux plus de demandes possibles.
- Speaker #0
Et puis à un moment, le Printemps de Bourges est revendu. C'est ça, il est revendu au groupe Morgane, qui le possède encore aujourd'hui, avec Boris, qui dirige le Printemps de Bourges et Gérard Pont. Et toi tu te dis c'est pas mon aventure, c'est pas mon histoire.
- Speaker #1
En fait, ça faisait dix ans que je travaillais au Printemps de Bourges. C'est vrai qu'au bout de cinq ans déjà, c'est ce que je te disais tout à l'heure, j'avais plutôt en tête de partir parce que j'avais fait le tour de la communication. Daniel m'a proposé, il m'a dit Hop, hop, hop, reviens là, je vais te proposer quelque chose à la direction Donc, je l'ai suivi et je me suis éclatée pendant les cinq années suivantes. J'en ai profité aussi pour faire mes deux enfants entre deux éditions de Printemps.
- Speaker #0
Oui, tu maîtrisais un petit peu ce que tu faisais.
- Speaker #1
Voilà, et je me suis beaucoup amusée et j'ai mis plein de choses en place. Et c'est vrai que quand Daniel a commencé à la revente, à la suite de ce printemps, moi, ça faisait déjà dix ans que j'y étais. Je me suis dit, c'est pas mon aventure. J'ai fini de m'y amuser autant que je m'y amusais. S'il était resté, je serais peut-être restée encore quelques années. Mais là, c'était l'occasion pour moi d'aller faire autre chose.
- Speaker #0
Et faire autre chose. C'est commencé à mettre un pied dans l'aventure des Zénith, c'est bien ça ?
- Speaker #1
Oui, en fait Daniel Colling qui a inventé le concept des Zénith.
- Speaker #0
Il faut quand même juste s'arrêter là-dessus parce qu'on n'en a pas trop parlé quand il était au micro de Sold Out. C'est vrai que c'est quand même lui qui à l'époque avait Jack Lang, c'est ça, en cherchait en France à trouver une manière d'accueillir correctement les artistes qui jouaient devant au moins 5000 personnes. Et il a inventé ce concept des Zénith, Daniel Colling.
- Speaker #1
Oui, il a inventé le concept en se disant que les artistes ne jouaient pas dans des salles qui étaient dédiées pour eux. Ils jouaient... dans des halls d'expo, ils jouaient sous des chapiteaux. Et donc, du coup, l'idée, c'était vraiment de créer des salles dédiées aux spectacles vivants. Et notamment, à l'époque, aux artistes de variété, comme Renaud, Yves Lain, Téléphone.
- Speaker #0
Et donc, tu te retrouves directement comme ça aux Zénith de Paris, après le Printemps de Bourges.
- Speaker #1
Oui, enfin, pas tout à fait directement. C'est-à-dire que Daniel me lance un challenge. Il me dit, parce que les Zénith, en fait, ça fonctionne en délégation de services publics. Ça veut dire que c'est un bâtiment qui appartient à l'État, au parc de la Villette, qui est un établissement public. Et tous les 8 ou 10 ans, ça dépend des Zénith et ça dépend des époques, on renouvelle l'exploitant. Donc il y a un appel d'offres qui est fait et on doit présenter un projet sur 10 ans de comment on voit le Zénith, autant sur la partie programmation, commercialisation, que sur la partie technique, amélioration du bâtiment, communication, intégration sur le territoire. Un business plan sur 10 ans aussi. Et du coup, il m'a dit, écoute, viens avec nous, propose des idées, parce que tu as toujours des nouvelles idées et donc on va pouvoir rajeunir un peu notre projet Zénith. Et si on gagne, tu rejoins l'équipe en tant que directrice adjointe. Et puis, si ça le fait, au bout de quelques années, tu deviendras directrice.
- Speaker #0
Mais donc, vous gagnez la délégation de service public. Vous vous retrouvez au Zénith de Paris et toi, tu es directrice adjointe. C'est Daniel Colling, le directeur. Et alors, c'est quoi les missions d'une directrice adjointe ?
- Speaker #1
Je ne sais pas ailleurs, mais nous, avec Daniel, on a vraiment toujours travaillé en binôme. C'est-à-dire que moi, je me suis beaucoup occupée, quand je suis arrivée, de toute la partie accueil, sécurité, vraiment l'exploitation. Daniel, lui, conservait la partie commerciale. Et puis tout ce qui était aussi communication, développement des partenariats, c'était dans mes missions.
- Speaker #0
Faire en sorte d'insérer le Zénith dans son territoire aussi peut-être ?
- Speaker #1
Oui, alors ça c'est plus récent.
- Speaker #0
D'accord. Au début c'était plus des partenariats avec telle ou telle autre marque ?
- Speaker #1
Pour ramener de l'argent.
- Speaker #0
Pour ramener de l'argent. Oui c'est ça, on retrouve ton côté Tetris en fait. Tu fais en sorte que l'équilibre économique du Zénith soit là, t'organises les choses en fait.
- Speaker #1
Oui c'est ça. Et puis c'était Daniel qui avait plus la partie... on va dire stratégique, commerciale, le cœur de notre métier.
- Speaker #0
Et du coup, est-ce que tu as le souvenir de moments dans cette première vie comme ça au Zénith où tu t'es dit mais c'est incroyable d'être là ?
- Speaker #1
De toute façon, j'ai toujours eu l'impression que partout où j'étais, c'était incroyable parce que je voyais plein de trucs. Enfin voilà, je sais que c'est des métiers dans lesquels on ne s'ennuie jamais. Il y a toujours de l'activité. Mais ce qui me plaisait quand je suis arrivée au Zénith, c'était de pouvoir travailler vraiment en continu. C'est-à-dire qu'au printemps de Bourges... Ce qui m'a frustrée, c'était qu'on travaillait et puis après on faisait un bilan de l'édition. Donc on y passait beaucoup d'énergie et on partageait beaucoup d'idées sur ce bilan. Mais après, on pouvait mettre en place ce bilan et donc faire évoluer le projet que pour l'année suivante. Sachant qu'il pouvait en plus...
- Speaker #0
Très ponctuel.
- Speaker #1
Voilà. Et du coup, même si on travaillait plusieurs mois, quasiment même moi à la fin au Printemps de Bourges, je travaillais toute l'année pour le Printemps de Bourges, alors qu'il n'y avait que même pas une semaine d'édition. Mais là, ce qui m'a... plus aux Zenith, c'est qu'à un moment, quand on voit quelque chose, quand on décide quelque chose, pour le lendemain ou pour la semaine d'après, ça peut être en place. Donc le changement, il est perceptible, on peut faire bouger les choses très vite.
- Speaker #0
Alors ici, tu es au micro de Soldout. Soldout, c'est le podcast de Delight. Et Delight, c'est une boîte qui se branche sur des données de billetterie et sur la connaissance client. Or, pour les Zenith, ça, c'est pas possible, puisque dans le cahier des charges de cet outil formidable qu'est le Zenith partout en France, il y a l'interdiction de faire une billetterie. C'est ça ? Tu peux nous raconter ça ?
- Speaker #1
Alors en fait, il y a effectivement un cahier des charges qui a été monté d'ailleurs à l'époque avec la complicité de Daniel Colling, puisque l'idée c'était de respecter les différents métiers. Donc il y a des gens qui produisent, qui ont une licence pour ça, des producteurs, qui sont nos clients. Il y a des gens qui vendent des billets, alors ça ça dépend vraiment, c'est vraiment une mission qui dépend du producteur, c'est de sa responsabilité. Et puis il y a ceux qui accueillent les spectacles et les spectateurs. Et ça c'est notre mission en tant que Zénith. Et donc c'est vrai que ce cahier des charges qui existe depuis 1900, alors il n'a pas existé depuis le début, mais en tout cas qui correspond au Zénith quand il a été créé en 1984, il n'a pas évolué. Et aujourd'hui on n'a toujours pas le droit du coup d'y faire de la billetterie, puisque c'est considéré ne pas être... Ce n'est pas dans notre spectre ou dans nos missions.
- Speaker #0
Il y avait trois métiers habituels, les entrepreneurs producteurs de spectacles, les revendeurs, à qui les entrepreneurs de spectacles pouvaient ou non confier de la mission de revendre ou le faire directement eux-mêmes, et les gens qui accueillaient comme le Zenith. En fait, il y avait la volonté de respecter les métiers, mais il y avait aussi, je crois, la volonté de ne pas mettre en péril l'équilibre de ces salles économiques, puisque la production, c'est un métier ultra risqué. Alors, on voulait que les Zenith soient pérennes, c'est bien ça ?
- Speaker #1
C'est ça, complètement. Et puis, le Zenith de Paris, c'est vrai que c'était une... une préfiguration. Normalement, il ne devait pas rester. C'est pour ça qu'il était en toile.
- Speaker #0
Mais ça d'ailleurs, il faut que tu nous en parles, c'est incroyable. J'ai appris ça. Ce Zénith de Paris, c'est un peu comme la Tour Eiffel, ça ne devait pas rester.
- Speaker #1
C'est notre Tour Eiffel, c'est notre grosse tente Quechua. Oui, oui, en fait, quand Jacques Lang a demandé à Daniel d'imaginer ce concept de salle de spectacle, donc les Zénith, le projet, c'était que la salle... soit construite en dur au niveau de l'échangeur de la porte de Bagnolet. Et donc, le parc de la Villette, qui n'était pas encore le parc de la Villette, avait des espaces. Et donc, du coup, Daniel a proposé de faire une préfiguration en toile qui devait être évidemment démontée ensuite pour faire le bâtiment en dur.
- Speaker #0
Et en fait, cette préfiguration en toile n'a jamais été démontée.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Mais pourquoi ? Parce que finalement, c'était super, ça marchait très bien ?
- Speaker #1
Parce que ça marchait très bien, parce que... Parce qu'assez vite, ça a été rentabilisé et que personne ne voyait l'intérêt d'aller mettre plusieurs millions pour construire une nouvelle salle.
- Speaker #0
Mais non, elle tient quand même très, très bien, cette Tente Quechua.
- Speaker #1
Oui, alors on y a fait beaucoup d'aménagements, de travaux. Voilà, donc ce n'est pas du tout la Tente Quechua de 1984, mais oui, oui, elle tient bien.
- Speaker #0
Mais si vous prenez le train pour aller dans l'est de la France, Gare de l'Est, vous passez, vous longez Porte de Pantin, le Zénith, et vous le voyez, vous voyez le toit, vous voyez la toile, on peut le voir comme ça. Il y a plein d'autres endroits, j'imagine, on peut le voir, mais notamment de ce train. Et du coup, tu es directrice adjointe du Zénith, jusque quand ?
- Speaker #1
Alors, pendant quelques années. Ensuite, Daniel me propose d'être directrice déléguée. Donc là, c'est vraiment d'être plus dans la stratégie avec lui. Et je suis devenue directrice en juillet 2020.
- Speaker #0
Juillet 2020, une super date pour devenir directrice du Zénith.
- Speaker #1
Voilà, ça me fait sourire, mais oui, en pleine pandémie.
- Speaker #0
Donc tu deviens directrice Zenith en pleine pandémie en fait. Et là tu te retrouves à la fin du premier confinement, c'est ça ? C'est ça. Officiellement, tu es nommée directrice du Zenith. C'est toi qui es aux commandes d'une salle qui n'a pas le droit d'ouvrir.
- Speaker #1
C'est ça, d'une salle qui est fermée. Et mon travail c'était de voir comment la continuer à exister. trouver des financements, donc du coup, tout d'un coup, on change de métier.
- Speaker #0
C'est-à-dire que tu as complètement changé de métier, à ce moment-là, tu n'es plus du tout dans l'accueil, tu n'es même pas dans le remboursement, parce que ce n'est pas toi qui gères la billetterie, donc tu ne rembourses personne, en fait. Tu te dis juste, peut-être à part tes clients qui ont mis des options, etc., mais tu ne rembourses pas le grand public, je veux dire. Donc là, tu te retrouves à se dire, mon boulot, ça devient d'assurer la pérennité de cette salle, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça, la pérennité des emplois, la pérennité, et puis en même temps d'être... toujours en train de se projeter, c'est-à-dire que on a passé notre temps à monter des programmations, à les démonter, à reporter des spectacles, à les reporter encore, à les re-reporter, au bout d'un moment des fois à les annuler, et puis aussi à jamais savoir combien de temps on allait être fermé, c'est-à-dire qu'au début on n'osait pas se lancer dans des travaux, parce qu'on se disait, si on se lance dans des travaux et que ça ré-ouvre et qu'on peut pas accueillir les spectacles, c'est la catastrophe.
- Speaker #0
Ah oui, ça c'est intéressant, c'est-à-dire que tu te dis pas, tiens c'est super, enfin c'est super, on va être fermé pendant 6 mois pour une fois, on va pouvoir faire des travaux de fond quelque part. Parce que tu ne sais même pas comment ça va se passer, à quel moment on va vous donner l'autorisation de reprendre, ni même si tu auras les moyens de les faire finalement ces travaux.
- Speaker #1
Quand on a fermé en mars 2020, on a des spectacles qui étaient reportés pour le mois de mai-juin. Et quand des producteurs nous disaient, je reporte à l'automne, on se disait, dis donc, ceinture bretelle. Et quand il y en avait qui reportaient pour l'année suivante, là, on se disait, non, mais ils sont malades.
- Speaker #0
Et l'année suivante, ça n'a toujours pas joué forcément.
- Speaker #1
Et ceux-là avaient raison, ils ont encore reporté.
- Speaker #0
Et à ce moment-là, il s'est passé un truc assez étonnant. On se connaît depuis quelques temps et tu es toujours très discrète. Et là, vraiment pendant la pandémie... Tu étais très actif sur les réseaux sociaux. Je te sentais vraiment avoir des fourmis dans les jambes et ça piquait fort. C'était pénible cette période pour toi, vraiment.
- Speaker #1
C'était difficile et puis surtout, on avait besoin d'exister, de se faire entendre. On a eu un peu de mal. On a des spécificités aussi en tant que salle de spectacle. Et c'est vrai que ce n'était pas facile parce que tout le monde était dans cette angoisse du virus. Et que derrière, nous, on avait besoin aussi d'exister, qu'on entende parler de nous, puisque d'habitude, on entend parler de nous via les concerts.
- Speaker #0
Et là, on entendait parler de nous comme un secteur, le premier qui fermait, le dernier qui allait rouvrir.
- Speaker #1
Nous, on n'a vraiment jamais réouvert, en plus, dû à notre capacité. Mais du coup, le fait d'être une grande jauge, on n'a pas réouvert entre les confinements. Donc nous, on a vraiment été fermés 558 jours.
- Speaker #0
Et là, on se parle, on est le 15 octobre. 2021, au moment où on enregistre ça, c'est le dernier jour du MaMA 2021 et tu as vécu ton premier concert de directrice du Zénith il y a quelques semaines, il y a presque quelques jours en fait. C'était quoi, c'était quand ? Tu peux nous raconter ça ?
- Speaker #1
Alors le premier événement qu'on a accueilli au Zénith, c'était Général Valsero le 18 septembre. Donc un concert d'artistes camerounais qui était entre le concert et le meeting.
- Speaker #0
Mais ça, ça fait partie aussi des missions du Zénith, d'accueillir toutes sortes de spectacles, une grosse diversité.
- Speaker #1
On ne fait pas de programmation aux Zénith, donc vraiment on optimise notre calendrier, on fait en sorte d'accueillir le plus d'artistes possibles. Et après c'est vrai que nos artistes cœur de cible ça va être tout ce qui est rock, pop, électro, métal, donc plutôt sur un public 15-35, un peu moins la variété, même si on accueille des spectacles aussi de variété avec plaisir. Et puis effectivement ces spectacles un peu communautaires des artistes. des Africains, des artistes qui ne sont pas forcément, ou en tout cas qui pendant longtemps n'étaient pas forcément les bienvenus dans des vraies salles de spectacle.
- Speaker #0
Et ça c'est intéressant parce qu'on a reçu l'autre jour Arnaud Velvelovitch du Rockhal au Luxembourg. On reçoit quelques personnes aussi qui dirigent les salles et eux ils insistent beaucoup sur leur direction éditoriale, si j'ose dire, sur la programmation. Toi tu es en train de me dire au micro de Soldaout que le Zénith ne programme pas et accueille tout le monde. Oui. C'est sa spécificité. Il n'y a pas de ligne éditoriale.
- Speaker #1
Non. pas de... Alors après, on a une... C'est ce que je te disais, on a un cœur de cible, c'est-à-dire on a quand même une image, une histoire qui fait qu'on a une programmation qui... Je veux pas dire qui se ressemble chaque année, mais enfin, quand même, on a une identité. On a une identité forte qu'on travaille.
- Speaker #0
Rock, pop, électro...
- Speaker #1
Mais du coup, c'est pas nous qui allons choisir les artistes.
- Speaker #0
Premier concert avec cet artiste camerounais, et le premier concert d'un artiste français, c'était quoi, c'était quand ?
- Speaker #1
C'était Benjamin Biolay, le 2 octobre.
- Speaker #0
Juste après.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et alors ça faisait quoi de vivre ça ?
- Speaker #1
C'était comme, ça va faire cliché si je dis comme une renaissance.
- Speaker #0
Comme une première fois en tout cas.
- Speaker #1
En tout cas comme une première fois, c'est-à-dire que c'était comme si on avait oublié à quel point ça faisait du bien.
- Speaker #0
Tu sentais cette folie de la première fois en fait ?
- Speaker #1
Complètement, c'est un peu comme, je ne sais pas, quand tu fais un jeûne, je ne sais pas si tu as déjà jeûné, mais quand tu fais un jeûne, au début tu as hyper faim. Au début, moi, j'aime bien les challenges, donc j'ai déjà jeûné. Au début, t'as hyper faim, tu te dis j'y arriverai jamais. Et puis à la fin, t'oublies que t'as faim et puis tu vis comme ça. Et quand tu reprends à manger, tout d'un coup, c'est la découverte. T'as l'impression que toutes les saveurs explosent dans ta bouche. Et bien, c'est exactement pareil avec le concert de Benjamin Biolay.
- Speaker #0
Et ça a explosé littéralement.
- Speaker #1
Ah non, mais c'était dingue, c'était dingue.
- Speaker #0
Et il n'y a aucune retenue, quoi. D'ailleurs, le masque n'est même plus obligatoire dans les salles.
- Speaker #1
Non, à partir du moment où il y a le pass sanitaire, le masque n'est pas obligatoire. Et d'ailleurs, même si on peut le conseiller, au moins dans les espaces de circulation, les gens ne le portent pas. En tout cas, sur ces concerts-là, on a senti qu'il y avait une espèce de frénésie, un plaisir de se retrouver, autant pour le public que pour l'artiste d'être sur scène, la production, nos équipes à nous, au niveau du bar, du merch, du contrôle, de la sécu, et puis les équipes du Zénith, bien sûr. Mais du coup, on sentait qu'il y avait une espèce de frénésie collective. C'était un petit peu... C'était un petit peu... C'était très galvanisant à vivre.
- Speaker #0
Alors, il y a cette frénésie, il y a ce plaisir dingue de tout ressentir à nouveau. Et en même temps, il y a un truc un peu bizarre, c'est qu'il y a beaucoup de no-show, c'est ça, de gens qui ont des billets et qui ne viennent pas.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'on a plusieurs phénomènes, mais on accueille aujourd'hui des concerts qui ont pu être reportés. C'était le cas de Benjamin Violet. Donc, avec des gens qui, parfois, sont un peu... perdus dans l'aéroport, qui ont peut-être oublié la date du nouveau concert, qui ne l'ont peut-être même pas noté, ou qui sont plus disponibles, ou pour certains artistes qui ne sont plus intéressés par cette musique-là, parce que c'était un artiste qu'ils écoutaient il y a deux ans et qu'ils n'écoutent plus maintenant. Donc en tout cas, effectivement, on se retrouve avec beaucoup de no-show.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose d'assez nouveau, en fait ?
- Speaker #1
Non, on a toujours eu du no-show. Il y a toujours des gens qui achètent,
- Speaker #0
c'est incroyable, creusons ça quand même une seconde, il y a des gens qui achètent des billets et qui ne viennent pas.
- Speaker #1
On a toujours eu au Zénith entre 2 et 6% de personnes qui ne viennent pas. Alors ça dépend de quand le spectacle a été mis en vente. Plus il a été mis en vente longtemps avant la date, par exemple 18 mois, plus il y a de no-show. Plus c'est un artiste aussi, on va dire, un peu qui correspond à une mode, plus on a de no-show.
- Speaker #0
Ah oui, c'est le phénomène des feux de paille un peu. Ça s'embrase à un moment et on l'oublie, boum.
- Speaker #1
Sur un artiste comme Slash, par exemple, je pense à lui parce qu'on l'a eu plusieurs fois, il y a très très peu de no-show. Les gens qui achètent un billet pour Slash, ils viennent.
- Speaker #0
D'accord, parce que c'est pérenne. Slash, le guitariste des Guns, c'est ça ? Tu vois, j'ai eu peur d'être trop vieux de ne pas savoir. Oui, mais il y a quelques artistes, peut-être phénomènes de mode, des trucs qui sont numéro un à un moment et hop, quelques mois après, ça redescend si vite, c'est ça ?
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Donc, on a toujours eu du no-show. Donc ça, on a l'habitude.
- Speaker #0
Et là, on est à combien de pourcents ?
- Speaker #1
Et là, sur la reprise, nous, on n'avait pas encore repris, mais quand je discutais avec mes collègues qui ont repris avant moi, ils étaient des fois sur 20-30% de personnes qui ne venaient pas. Là, sur la...
- Speaker #0
20-30%, c'est énorme !
- Speaker #1
Moi, je n'ai pas connu ça parce que c'est vrai qu'à le Zénith, on a rouvert vraiment très tardivement. Oui,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Mais du coup, là, on est à peu près autour de entre 10 et 15
- Speaker #0
Ah oui, quand même. J'espère que si on se revoit dans quelques temps, ça diminuera et qu'on reviendra à la normale. Et justement, est-ce que toi, tu te projettes dans la suite enfin ?
- Speaker #1
Oui, moi, je me suis toujours projetée dans la suite. Je ne me suis jamais arrêtée de me projeter. J'ai toujours pensé que ça allait reprendre même plus vite que la réalité. Mais moi, je me suis toujours projetée parce que tu ne peux pas faire autrement. Tu portes une équipe, il faut que... Moi, je suis une éternelle optimiste. Mais ceci dit, moi, j'ai une devise, je dis qu'il ne tente rien à rien. Donc, je suis toujours en train d'essayer de faire des choses en me disant, si ça ne marche pas, je n'ai rien à perdre. Et si ça marche, génial. Et du coup, on fait beaucoup de projets ou de projections comme ça. Et donc là, c'est vrai que sur 2022, on a un gros calendrier. Donc, j'espère qu'on n'aura pas d'autres mauvaises surprises. On attend de voir aussi comment les artistes internationaux reviennent, puisque pour l'instant, sur 2021, on n'a que des artistes français.
- Speaker #0
Le gros truc, ça va être le printemps, normalement, où tout le monde va pouvoir à peu près revenir, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça. Donc là, pour l'instant, on a repris, mais on a repris timidement. Du coup, on a quand même, à un moment, pris la décision de lancer des grands travaux. Donc, on a lancé des grands travaux pendant la dernière année. Donc on a, par exemple, cassé tous nos bars et tout refait. On a changé tout notre système de chauffage pour pouvoir mettre un système réversible pour qu'il fasse enfin frais l'été au Zénith.
- Speaker #0
C'est vrai que l'été, j'ai le souvenir de quelques concerts au Zénith l'été où, mon Dieu, qu'est-ce qu'il faisait chaud !
- Speaker #1
Tu payais pour aller au sauna !
- Speaker #0
C'était rigolo. Et en plus, à l'époque, on pouvait fumer. C'était particulier, mais c'était marrant en même temps.
- Speaker #1
Donc voilà, ça, c'était l'époque d'avant.
- Speaker #0
Ouais, là, maintenant, c'est bon et il n'y a plus de fumée.
- Speaker #1
Et puis, on a installé une terrasse extérieure, on a travaillé autour d'un projet avec le street art. On a lancé quand même des aménagements pour pouvoir avoir une reprise dans un lieu avec des projets qu'on avait en tête et qu'on avait de toute façon prévu de mettre en place.
- Speaker #0
Je ne demande donc pas si tu es optimiste pour l'avenir, parce que de toute façon, tu es toujours optimiste. Quel conseil, c'est la question rituelle pour finir sold out, quel conseil à quelqu'un qui s'est dit tiens, c'est Lily qui est optimiste, qui a envie de... de tout pousser comme ça aux élites, j'ai envie de rejoindre les équipes, j'ai envie de travailler dans le spectacle vivant, moi aussi d'aller au Printemps de Bourges, je ne sais où. Tu donnes quoi comme conseil à ces jeunes gens ? On y croit ?
- Speaker #1
Oui, il n'y a pas de raison de ne pas y croire. Moi, je crois qu'au contraire, le spectacle vivant, le confinement pour moi a renforcé le spectacle vivant. C'est-à-dire que j'ai essayé de me mettre derrière un concert en streaming, je n'ai pas accroché, ça ne m'a rien fait, je me suis ennuyée. Très vite, je me suis mise à ouvrir une seconde fenêtre pour faire autre chose. Donc, pour moi, le spectacle vivant, il ne sera pas remplacé par le streaming. Et il a encore plus sa place aujourd'hui. On sent que les gens ont manqué de ça. Donc, il faut y aller. Il faut participer à ce renouveau-là.
- Speaker #0
On va rester là-dessus. C'est tellement cool. Merci beaucoup, Lily. À bientôt au Zénith de Paris.
- Speaker #1
Merci, Marc.