- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce tout nouvel épisode de Sold Out, déjà le 13ème de la quatrième saison. Alors un épisode aujourd'hui dédié à l'humour. On n'a pas fait beaucoup d'humour encore, enfin on est extrêmement drôle, mais on n'a pas reçu beaucoup de producteurs d'humour dans Sold Out. On avait reçu, si ma mémoire est bonne, Fanny Jourdan de Tcholélé et Sophie Asbrouk de Rookprod. Et aujourd'hui, on est avec toi. Salut Gilles.
- Speaker #1
Bonjour. Bienvenue ici. Merci.
- Speaker #0
Gilles Petit de la société de production Little Bros.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Est-ce qu'on dit que c'est une boîte de production ?
- Speaker #1
Ah oui, c'est une maison de production. C'est une boîte de production. C'est une maison de production. On l'a bien appelée comme ça.
- Speaker #0
Maison de production.
- Speaker #1
J'aime bien maison parce que c'est l'endroit où nous on accueille nos artistes. Donc c'est une maison de production. C'est un peu vieux comme terme maison de production, mais c'est une boîte de prod. Oui, absolument.
- Speaker #0
Qui fait aussi du management d'antise, de la captation vidéo et de la diffusion.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Mais vraiment, c'est... autour de la production des artistes et du spectacle vivant. C'est vraiment notre activité essentielle et principale.
- Speaker #0
Alors, tes principaux artistes, il y en a plein d'autres dont on va parler aussi dans le flux de l'interview, mais c'est Franck Dubos, Jérôme Commander, Arnaud Ducret, Jean-Phil Janssen. Ça va si on résume comme ça, si on dit que tu es le trait d'union entre tous ces artistes ? Oui,
- Speaker #1
on pourrait dire Anne Romanoff, maintenant, évidemment. Et puis, il y a tous les... Peut-être un petit peu moins connus, mais qui pour nous sont aussi les artistes de demain, qui sont les Chloé Oliverès, les Varami, les Didou, les Phil Smonky. Alors les Phil Smonky, c'est même déjà des artistes quasi internationaux. Ils reviennent de Taïwan, ils vont partir à Berlin bientôt, etc. Et donc ça, c'est notre pied dans la musique, puisque c'est deux artistes musicaux et en même temps l'humour, puisque c'est un spectacle extrêmement drôle, mais pas de paroles, donc il peut s'exporter dans le monde entier.
- Speaker #0
Génial, on va parler de ce spectacle-là, des artistes en développement et puis aussi comment on travaille avec des artistes qui sont devenus des monstres sacrés de l'humour dans cet épisode de Soldats Hautes qui commence maintenant. Est-ce que tu es prêt ? Oui, je suis directeur.
- Speaker #1
Surtout que lorsque tu vas faire commenter ?
- Speaker #2
On parle de trajectoire de vie, on parle de carrière, on parle de choses vécues par des professionnels du spectacle vivant.
- Speaker #1
Alors pourquoi je me demande ce que c'est dans ce métier ?
- Speaker #0
On parle de spectacle, on parle de spectateur, on parle de producteur, on parle de vie éventuelle, on parle d'humain.
- Speaker #2
Et je suis au Stade de France, écoutez ! C'est un peu plus grand que Pierre.
- Speaker #0
Sold out.
- Speaker #2
Le podcast du Delight.
- Speaker #1
Je m'appelle Gilles Petit, j'ai 67 ans, je suis marié, j'ai deux grandes filles et deux plus jeunes garçons. J'ai un frère, j'en ai même plusieurs puisque j'ai deux frères et quatre sœurs, mais j'ai un frère avec lequel je suis associé. C'est pour ça que la... La société s'appelle Little Bros. On a créé cette société il y a 11 ans. Tous les deux, on avait passé de nombreuses années chez Juste Pour Rire, une société québécoise dont je dirigeais la filiale française. Et ça fait maintenant 40 ans que je suis dans le métier du spectacle.
- Speaker #0
Premier billet vendu ?
- Speaker #1
Le premier billet que j'ai vendu, c'était en 1985. Et c'était avec les Chevaliers du Fiel au Festival d'Avignon. Première fois que je jouais avec eux, parce qu'à l'époque je jouais avec eux, on a créé ce groupe-là ensemble. Et donc on a vendu notre premier billet, Festival d'Avignon 1985.
- Speaker #0
Dernier billet vendu.
- Speaker #1
Arnaud Ducré, très très récemment, puisqu'il est en temps d'un en France en ce moment et qu'il va faire le Casino de Paris bientôt, donc voilà.
- Speaker #0
Sold Out, saison 4, épisode 13, avec Gilles Petit, producteur de spectacles, fondateur et co-gérant de Little Bros, enregistré dans les bureaux de Delight juste après le printemps. fin mars 2020. Gilles, au début, tu étais artiste, on pourrait dire, enfin en tout cas diplômé du conservatoire et spécialiste en solfège et en piano.
- Speaker #1
C'est ça, piano classique, conservatoire de Toulouse, puis arrangement, harmonie, composition, le parcours normal d'un musicien classique, ça m'a amené plus au jazz et à la variété, puisque c'est ce que j'ai fait ensuite pendant quelques années. Et ensuite, voilà.
- Speaker #0
Mais tu voulais en faire ton métier ? tu voulais jouer dans un orchestre dans un groupe ou alors ?
- Speaker #1
J'ai eu assez vite la lucidité de me rendre compte que je ne serais pas concertiste du piano et quand tu n'es pas concertiste de piano après tu peux te diriger soit vers l'enseignement ça ne me tentait pas du tout, soit vers le fait d'aller faire d'autres pratiques artistiques et c'était vrai que moi j'étais plus vers jouer dans des groupes faire du jazz, des choses comme ça, accompagner des chanteurs ou des chanteuses, c'est ça qui m'a intéressé et comme en même temps j'avais parallèlement une formation de la population. d'électronicien.
- Speaker #0
Mais oui, un DUT d'électronique.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Mais c'est quand même assez contre-intuitif. Non, parce qu'en fait, ça t'amène à un métier assez naturel qui est le studio d'enregistrement. Ça a été mon premier métier et la prise de son de manière générale, la sonorisation de spectacles, voilà. Et ça a été une première partie de ma vie dans les années 80.
- Speaker #0
80 à 85. C'est ça. Et Gide Concept.
- Speaker #1
Exactement. Une société que j'ai créée et j'avais le studio. Le lieu d'enregistrement de Normandie qui était le seul professionnel, 16 pistes à l'époque avec des bandes de 2 pouces, un truc très très professionnel et tous les groupes de la région je les ai vu passer chez moi et on a enregistré des dizaines de disques.
- Speaker #0
Mais t'en faisais un métier passion quoi en fait, c'était à la fois une manière de ramener de l'argent et d'être dans ta passion la musique.
- Speaker #1
Ça me faisait vivre de ça et en même temps je faisais beaucoup de musique parce que beaucoup de groupes avaient besoin qu'on réarrange des choses, je faisais des parties de piano sur certains morceaux, des choses comme ça. C'est hyper malin,
- Speaker #0
tu avais trouvé moyen de jouer, tu avais créé ton propre débouché musical.
- Speaker #1
Oui, en fait oui, c'est ça. Ça me faisait beaucoup travailler et c'était une belle période de ma vie qui a été très intéressante musicalement.
- Speaker #0
Et alors quelle a été la bascule avec les Chevaliers du Fiel en 85 ? Toi-même, tu es sur scène.
- Speaker #1
Oui, c'est une anecdote. Ils viennent jouer dans un café-théâtre de Caen. Le gars du café-théâtre, qui me connaissait très bien, me dit « Ah, vous devriez aller enregistrer votre... » Ils avaient un petit 45 tours qu'ils voulaient faire à l'époque. Je rappelle, pour les plus jeunes, les 45 tours, c'était des morceaux de plastique avec deux titres dessus. Ça n'existe plus, évidemment. Mais donc, ils faisaient deux petits morceaux musicaux dans leur spectacle, comme ils ont toujours fait. Et ce n'était pas les Chevaliers du Fiel à l'époque. C'était juste... Eric Carrière, accompagné par des musiciens, c'était une sorte de one man show avec des musiciens, et ils sont venus enregistrer dans mon studio ces deux titres-là. Et on a énormément sympathisé, ils sont venus me revoir une deuxième fois, et là ils m'ont dit on réenregistre d'autres morceaux, etc. Et puis après ils m'ont dit viens avec nous, on voudrait que tu viennes avec nous sur scène. Et je suis reparti avec eux. Ça peut paraître assez étrange, parce qu'aujourd'hui les Chevaliers du Ciel on voit bien ce que c'est,
- Speaker #0
c'est quand même de l'humour très populaire, et toi t'as l'air quand même... extrêmement sérieux, t'as l'air très déterminé, tu sièges au Prodiste, t'es patron du CNM, enfin, je t'imaginais pas ce que j'en sors avec les Chevaliers du Fiel, quoi.
- Speaker #1
Ah mais on s'est éclatés comme des fous, on a créé ce spectacle-là, on a créé les Chevaliers du Fiel, c'était extrêmement excitant à faire, c'était du café-théâtre musical, moi je faisais de la musique, j'étais content, Francis Gignibre, qui est un très très très bon musicien également, qui fait de la batterie, On a fait tous les arrangements, on a fait des chansons, on s'est énormément amusés à faire ça. Et on a fait 5 ans, moi j'ai joué 5 ans avec eux. J'ai compté presque 500 représentations et j'ai fini en 95 à Dreux. Dernière représentation, je m'en souviens très bien. Mais alors pourquoi ? Tu te souviens de quoi ce soir-là ? Tiens déjà c'est intéressant, une délégité la dernière. Que j'étais soulagé que ce soit la dernière parce qu'il y a eu quand même, comme dans tous les groupes, il y avait des petites tensions, puis moi je voulais faire autre chose, voilà. Et donc, voilà, je me souviens de cette dernière représentation. J'étais content.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut dire que c'est ce moment-là où ta vie a changé ? Parce que tu es devenu après administrateur du Palais des Glaces. On va parler dans une seconde. C'est ça. C'est à partir de ce moment-là que Clark Kent a revêtu la coupe, la cape de Superman ou le contraire ? Oui.
- Speaker #1
Non, non, mais oui, c'est vrai que ma vie a changé. Mais c'est vrai que déjà, déjà, avec les Chevaliers du Fiel, j'étais devenu une sorte d'administrateur de la compagnie. On n'avait pas de producteur. On n'avait pas de tourneur. On faisait tout nous-mêmes. On était trois et on faisait tout nous-mêmes.
- Speaker #0
C'est là où tu as fait tes classes.
- Speaker #1
Exactement. J'ai tout appris. Vraiment, le métier, je l'ai tout appris là. Parce que quand vous passez votre journée à téléphoner, et qu'en plus, on téléphone pour se vendre soi-même, ce qui est encore plus difficile qu'un tourneur qui vend un groupe, etc. Donc, il y avait tout ce côté-là. J'ai administré l'entreprise et je suis très fier d'avoir fait qu'on a très bien vécu pendant cinq ans. quels que soient les aléas des tournées. Et ça m'a mené assez naturellement vers la production de spectacles, l'administration, etc. Donc quand je me suis retrouvé ensuite dans ce métier, j'étais prêt. T'étais prêt, c'est-à-dire qu'un peu comme quelqu'un qui a une vie amoureuse très riche et qui se marie, tu n'étais pas de frustration d'arrêter la musique ? Non, d'abord parce que je n'ai jamais vraiment arrêté la musique. Je l'ai toujours continué en amateur derrière, etc. Tu continues aujourd'hui encore ? Toujours, j'ai des groupes, je joue avec des groupes de jazz. Voilà, ça c'est mon activité du samedi après-midi, c'est quand même d'aller répéter avec un big band à Men'sy, dans la région parisienne, tous les samedis, et d'aller donner des concerts de temps en temps. Oui, oui, ça c'est mon jardin secret, mais c'est mon activité principale de loisir. Elle se mélange parfois avec ton activité ?
- Speaker #0
Non, c'est ça, tu cloisonnes.
- Speaker #1
Non, il y a des artistes avec qui je cloisonne moins, parce qu'il y a des artistes qui sont tellement portés sur le champ qu'on a fait des choses fantastiques ensemble. mais lors de soirées privées, avec Arnaud Ducré, des afters après spectacle. On se retrouvait dans des bars à Lille, je me souviens, et jusqu'à 5h du matin, on se mettait au piano et on chantait tout le répertoire qu'on pouvait faire. Ou avec Stéphane Rousseau à Montréal, ou pendant des festivals où il y a un piano qui traîne et où je me mets au piano et on se met à chanter. Donc voilà, ça se mélange dans ces moments-là.
- Speaker #0
Ton instrument, c'est le piano. C'est tous les claviers, oui. Juste pour le studio, tu l'as fermé en 1985. Oui,
- Speaker #1
il a été fermé en 1985.
- Speaker #0
Il a été fermé. Il n'est pas encore là quelque part dans l'image,
- Speaker #2
ce studio. Non,
- Speaker #1
Pas trop dur ça ? Non, mais quand je vois ce qu'on arrive à faire aujourd'hui avec des home studios, et quand je vois l'équipement que j'avais moi à l'époque, je me dis que les choses ont incroyablement évolué, c'est formidable.
- Speaker #0
Le tournant, c'est 90, c'est après la dernière date des Chevaliers du Fiel, il y a cette affaire du Palais des Glaces, et tu deviens administrateur du Palais des Glaces pendant trois ans.
- Speaker #1
Oui, Jimmy Lévy me propose de le rejoindre, je travaille trois ans avec Jimmy Lévy, qui était aussi une superbe école, parce que Jimmy Lévy... On ne le sait peut-être pas. Ceux qui sont plus jeunes aujourd'hui ne le savent peut-être pas. C'était vraiment le producteur qui était le producteur d'humour de l'époque. Tous les humoristes de cette génération-là, Bigard, Jamel, Palmade, Chevalier Las Pallais, enfin tous sont passés par le Palais des Glaces. Et Jimmy avait cette magie de trouver un marketing pour chaque artiste qui était parfaitement, il avait un œil pour ça, il était parfaitement adapté à ça. Donc j'ai énormément appris avec lui. J'ai aussi appris des choses comme le rachat d'un théâtre, puisqu'on a racheté pendant cette période-là le Palais des Glaces. Donc, beaucoup de choses qui m'ont amené ensuite à... Enfin, que j'ai utilisées dans le reste de ma carrière. Qu'est-ce qui était différent lorsque tu avais ce job d'administrateur du Palais des Glaces et auprès de Jimmy ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui était différent de ta vie d'avant auprès des Chevaliers du Fiel ? Beaucoup plus administratif, beaucoup plus de management ?
- Speaker #1
Déjà, je travaillais dans une équipe. dans une équipe de production et d'administration de théâtre, puis dans un vrai théâtre. Je n'étais pas chez moi en train de passer des coups de fil. Donc, je rejoignais une équipe de production avec un producteur parmi les plus en vue et je côtoyais de nombreux artistes. Ça m'a créé des relations à cette époque. Là, au début des années 90, ce que j'ai gardé pendant 30 ans derrière.
- Speaker #2
Sold Out, le podcast du Delight.
- Speaker #1
Toutes ces relations où tu t'étais... cumulés que tu avais fait pendant cette période-là. Évidemment, tu les retrouves en 93 lorsque tu rentres à Juste pour rire. Oui, Juste pour rire, viens me chercher. Ils viennent te voir. Oui, absolument. C'est une anecdote que j'ai déjà racontée. En fait, on était en renouvellement du contrat de Michel Courtemanche avec Jimmy Levy. C'est Jimmy Levy qui produisait Michel Courtemanche pour la France pour le compte du groupe Roson, des frères Roson. Et le contrat arrive à son terme et c'est moi qui vais négocier le... renouvellement du contrat pour Jimmy. Et en fait, j'apprends que pendant la rencontre, j'apprends qu'ils ont accepté de me voir, non pas pour renouveler le contrat, parce qu'ils ne voulaient pas le renouveler, mais parce qu'ils veulent m'embaucher. Ils veulent me proposer un job juste pour rire.
- Speaker #0
Et là, tu tombes du ciel.
- Speaker #1
J'avoue que je ne m'y attendais pas, c'est vrai.
- Speaker #0
Et du coup, tu avais fait le tour du Palais des Glaces ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. J'avais fait le tour du Palais des Glaces, et surtout, je crois que c'est une proposition qu'on ne pouvait pas vraiment refuser. travailler dans le premier groupe mondial de l'humour, le premier festival, le plus gros festival au monde, des artistes qui étaient un catalogue d'artistes à construire, parce qu'il n'y avait pas grand monde chez Juste pour Rire à l'époque. Ils étaient plus connus comme les producteurs et les distributeurs de surprises surprises. Il y avait Charles Trenet, mais il n'y avait pas beaucoup d'artistes d'humour. Donc je trouvais que c'était très intéressant de suivre Michel Courtemange, puisqu'on allait produire Michel Courtemange chez Juste pour Rire. et de développer le catalogue d'artistes.
- Speaker #0
Avec Jimmy, tu étais auprès d'un homme qui était très emblématique, qui était au cœur de tout. Et finalement, avec Juste pour Rire, tu vas dans un endroit qui devient le groupe qui est au cœur de tout. C'est ça ? Oui,
- Speaker #1
c'est une culture d'entreprise, mais totalement différente.
- Speaker #0
Beaucoup plus structurée peut-être ?
- Speaker #1
Surtout très nord-américaine. Ça vient du Canada. Bien sûr. Gilbert Rozon était parfaitement accessible alors qu'il dirigeait... une entreprise de plusieurs centaines de personnes.
- Speaker #0
Tu passes là-bas en 93. Pendant deux ans, tu fais quoi pendant deux ans chez Juste pour Rire ? Parce que tu deviens PDG en 95.
- Speaker #1
Je deviens président directeur général en 95. Et dans les années d'avant, on peut dire que je suis comme un directeur financier, si on veut. C'est-à-dire que j'administre. Encore une fois, je suis dans l'administration de la boîte. Et puis en 95, je suis nommé président directeur général.
- Speaker #0
C'est rigolo parce que... Finalement, entre 93 et 95, donc ces deux premières années où tu administres, comme tu dis, c'est aussi là qu'il se passe quelque chose de très fort pour toi, parce qu'en 94, tu signes avec Laurent Ruquier, tu deviens finalement son agent exclusif, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est ça, exactement, fin 94. Parallèlement, on fait des émissions de télévision dans lesquelles on met pour la première fois Laurent Ruquier à la télévision. Donc c'est des petites émissions qu'on fait un peu comme des tests.
- Speaker #0
C'est pas le Laurent Ruquier d'aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est ça, c'était le début. Et en même temps, on produit son spectacle puisqu'il était sur scène, on fait ses tournées. Et donc vraiment une relation exceptionnelle avec Laurent Ruquier qui dure depuis 30 ans. C'était le début du catalogue d'artistes qu'on a monté à Juste pour rire, qui a été ensuite assez exceptionnel. Et ce lien avec Laurent,
- Speaker #0
il était avec Juste pour rire ou il était un tutu personné avec toi ?
- Speaker #1
Non, il était au départ avec Juste pour rire, avec Gilbert Rozon, et il l'est toujours d'ailleurs, avec Madeleine Caro à l'époque, enfin avec des gens qui étaient travaillés là-bas. Et puis progressivement, à force de travailler ensemble, je crois qu'on s'est apprécié, moi je l'ai apprécié évidemment tout de suite parce qu'il a des qualités exceptionnelles, mais je crois qu'assez vite il a apprécié l'énergie. que je dépensais pour lui. Et voilà, et ça a été une très belle collaboration. Et donc après,
- Speaker #0
il se passe une très longue période, de 1995 à 2011, donc 18 ans. 18 ans, c'est le temps où je suis resté à l'Europe. Moi aussi, il faut croire qu'il y a des caps à 18 ans. Mais tu restes pendant 18 ans PDG de Juste pour Rire.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Alors là, ce n'est plus les classes. C'est une étape essentielle de ta carrière. Oui,
- Speaker #1
mais je peux même dire, je l'avais dit à Gilbert à une époque, je peux même dire que je n'avais pas de plan de carrière autre que celui de Juste pour rire. Je pensais que je finirais ma vie professionnelle là-bas parce que j'étais très bien, j'étais très heureux. Et puis, ce qui m'a fait partir, en fait, c'est le fait qu'il y a eu des différences stratégiques sur un certain nombre de choix de développement. et à un moment donné, voilà, Mathieu... Mathieu et moi, on s'est dit Mathieu possède déjà un Mathieu, il a fait c'est pour ça que ça a été très facile pour nous d'enchaîner ensuite sur une entreprise, c'est que Mathieu, il était le directeur de production des tournées de Laurent Ruquier, puis ensuite de Franck Dubos, puis de Florence Foresti il a fait tout ça, donc il était celui qui partait en tournée même pas, il avait travaillé chez Alias avant donc il avait travaillé chez différents producteurs qu'on connaît encore Et à un moment donné, il fallait, oui, j'avais proposé qu'il fasse, qu'il vienne faire la régie sur Laurent Ruquier. Et c'est ce qu'il a fait. Et après, ça s'est tellement bien passé qu'on l'a reproposé. Mais ce n'est même pas moi qui l'aurai embauché. Un directeur de boîte,
- Speaker #0
sa réputation le précède.
- Speaker #1
Exactement. Donc, voilà. Et donc, on avait pris l'habitude de travailler ensemble. Quand on a trouvé que c'était le moment de monter notre entreprise, on l'a fait. Et puis voilà, c'était 2011. 2011. On va y revenir sur ce tournant qui nous amène jusqu'à aujourd'hui, 2011. On va longuement parler de Little Brass, mais tu as des souvenirs particuliers de tout ce qui s'est passé entre 1995 et 2011,
- Speaker #0
des moments où tu t'es dit « Putain, je suis là ! » Soit parce que c'était génial,
- Speaker #1
soit parce que c'était fou, soit parce que c'était atroce. Non, mais on a tout connu. On a connu des moments extrêmement difficiles, mais on a connu aussi des choses fantastiques. Et c'est plutôt ça dont je me rappelle. Honnêtement, les choses compliquées, on les vit très difficilement sur le moment. Puis après, on est content de les oublier. Mais ce dont je me rappelle, et moi, ce dont j'aime parler, c'est Franck Dubosc en 1999, la rencontre, quand on m'amène... On m'avait demandé d'aller le voir sur scène, et je n'avais pas réussi à me libérer. Ce qui fait que la fille qui m'avait dit « Mais il faut vraiment que tu vois Franck Dubosc » , elle a fini par me l'amener dans mon bureau. Et dans mon bureau, on a regardé une cassette vidéo. Sérieusement ? Mais oui ! Et j'étais totalement à bluffer, tellement c'était bien, tellement c'était génial. Donc voilà, Franck Dubosc. Quand quelqu'un de mon bureau m'appelle et me dit « il faut que tu viennes dans un tout petit café-théâtre » , je débarque et je découvre Florence Foresti. Je n'ai jamais vu de ma vie, je n'en avais jamais entendu parler. Je trouve ça fantastique. Ces rencontres-là et les développements qu'on suivit après, encore une fois, je vais me le rappeler, ça ne s'est jamais passé rapidement. Les gens ont l'impression qu'on le découvre et que la semaine d'après, c'est une star. Franck Dubos, on l'a connu en 1999, et c'était trois ans plus tard qu'on a vraiment connu les très gros succès avec Franck Dubos. Florence, ça a été pareil. Mais c'est des rencontres qui m'ont marqué professionnellement pour longtemps. Il faut juste se remettre dans le contexte, à l'époque, tu es le PDG en France de Juste pour rire. Juste pour rire, c'est les plus gros de l'humour presque dans le monde, en tout cas dans le monde francophone.
- Speaker #0
Quand tu déboules dans un café théâtre pour aller voir le truc, l'artiste, il doit être vert, il doit avoir peur. Personne ne doit oser lui dire que tu es là. Sa carrière se joue, non ?
- Speaker #1
C'est sûr qu'on avait... Juste pour rire, en France, c'était un pôle d'attraction pour les artistes. On avait énormément de demandes et on avait beaucoup d'artistes. À une époque, on avait vraiment parmi les meilleurs artistes, peut-être en dehors de Gad Elmaleh et d'Annie Boone et d'un certain nombre comme ça. Mais sinon, on avait quand même vraiment des artistes absolument formidables. Jean-Luc Lemoyne, Christophe Allévecq, pour citer qu'eux. C'était vraiment un catalogue d'artistes. extraordinaire et c'est vrai que j'étais content de diriger cette boîte pour ça, pour les relations qu'on établissait avec ces artistes-là.
- Speaker #0
Je suis obligé de te poser la question, tu parlais de différences stratégiques tout à l'heure. Gilbert Rozon, c'est quelqu'un qui a eu forcément une chute avec des accusations, je ne sais même pas où en sont les choses liées au rapport entre les hommes et les femmes. Comment tu as réagi à tout ça, toi, quand tu as vu cette chute de Juste pour Rire, alors que vous étiez déjà loin ? Avec Mathieu dans votre aventure à vous, mais j'imagine que ça va faire bizarre de voir une maison qu'on a aimée.
- Speaker #1
Oui, au-delà d'une maison, je n'hésite pas à le dire. Un homme aussi qui m'a énormément apporté, que j'ai aimé. C'est Gilbert Rosan et quelqu'un avec qui j'avais une relation à la fois compliquée parfois et quelqu'un qui génère de l'admiration. C'est un visionnaire, etc. C'est extrêmement douloureux de voir ce qui arrive, et dans un sujet sur lequel c'est toujours compliqué. C'est difficile de s'exprimer sur ce sujet-là, mais j'ai quand même envie de le faire. C'est que les accusations qui sont portées contre lui ne sont pas acceptables. C'est-à-dire qu'on ne peut pas tolérer ce genre d'actes, ce genre de choses. Donc on ne peut pas transiger avec ça.
- Speaker #0
Il y a eu des harcèlement sexuel.
- Speaker #1
Ça n'est pas quelque chose sur lequel on a trouvé des excuses ou des choses comme ça. Maintenant, il se défend, il y a un procès qui a lieu, moi je laisse les choses se faire et j'essaie de séparer les choses. Il y a quelqu'un avec qui j'ai travaillé pendant 18 ans, c'est la même personne pour qui j'ai eu de l'admiration pendant 18 ans. Je ne peux pas du jour au lendemain dire que je ne l'ai pas connue ou qu'elle n'a pas traversé ma vie. Ce n'est pas vrai. Voilà, maintenant, il est face à ses responsabilités et je ne vais pas en dire plus. C'était bien de le rappeler. Donc, c'est là où il se passe des choses immenses, inouïes à ce moment-là. Et pour autant, vous avez quand même ce courage entrepreneurial. Parce qu'il faut quand même le dire,
- Speaker #0
de quitter le confort pour aller lancer une boîte à deux.
- Speaker #1
Ça, c'est le moins qu'on puisse dire. Je me souviens quand on s'est retrouvé rue Simard dans notre petit local. On en parlera tout à l'heure. J'adore ce que tu as essayé de le couvrir. Dans le petit local qu'on a à rue Simard et qu'on avait installé les lignes téléphoniques et que tu regardes ton téléphone et que tu dis bon, on est au mois de juillet. Ça sonne pas, c'est normal. Mais en même temps, je n'ai pas d'artiste dans ma société. que bon... Qu'est-ce qu'on fait ?
- Speaker #0
Tu ne peux pas me faire croire que tu n'es pas naïf. Tu n'es quand même pas parti sans rien.
- Speaker #1
On est parti sans rien, absolument. Sans rien ? Non, on est parti sans rien, sans aucun contrat signé, sans rien. En se disant qu'on va prendre quelques mois pour remonter quelque chose, etc. Non, on est parti réellement sans rien. La seule petite garantie que j'avais, et ça ne m'étonne pas de lui, c'était, on pourrait dire que j'en avais deux, j'avais... deux garanties. J'en avais une, c'était Laurent Riquet qui m'avait dit, de toute façon, c'est toi qui t'étais occupé de mes contrats jusque-là, donc j'aimerais bien que tu continues à le faire. Et puis on va arranger ça durant l'été. Mais en juillet, je n'avais aucun contrat de signé. C'est au mois d'août qu'on a réussi à... C'est vrai qu'avec Laurent,
- Speaker #0
ça vaut parole.
- Speaker #1
Oui, ça vaut confiance absolue, Laurent. Et puis, deuxièmement, je sais que Franck préparait un nouveau spectacle. Je sais qu'il avait encore envie de travailler avec nous. Mais là, vraiment, il n'y avait rien de signé. Et ça a pris un an pour que ça signe. Mais c'est vrai qu'un an plus tard, Franck a signé avec nous. Et ça, ça a été... Une fois qu'on a Laurent et Franck, ça aide un petit peu à lancer une boîte.
- Speaker #0
Vous avez eu peur ?
- Speaker #1
Moi, je n'ai jamais eu peur. Non, non, je n'ai jamais eu peur. J'avais confiance dans le fait que Mathieu Petit plus Gilles Petit, ça doit pouvoir faire fonctionner une entreprise.
- Speaker #0
Donc pour celles et ceux qui n'auraient pas compris, Mathieu Petit et Gilles Petit qui a ce micro, Little Bros, les frères petits en anglais. Voilà, donc jeu de mots pour une boîte d'humour. Qu'est-ce qui a trouvé ce nom de boîte génial d'ailleurs ?
- Speaker #1
Alors, on avait beaucoup de propositions. Je pense que ça a été ensemble, on a trouvé ça. Parce qu'après, quelques années plus tard, on s'est demandé si on n'aurait pas dû appeler ça les frères petits. Il y a un petit côté vieillot dans les Frères Petits. C'est amusant, ça fait un peu bar. C'est restaurant, on va manger chez les Frères Petits. On est produit par les Frères Petits. Ça nous amusait aussi. Je ne sais pas pourquoi à l'époque on a fait Little Bros. Un petit clin d'œil aussi à se dire une toute petite boîte qui s'appelle Petit et qui fait référence à Warner Bros. Mais exactement. C'était la question d'après que je voulais te poser. Donc déjà, quand tu dis toute petite boîte,
- Speaker #0
c'est vrai que quand on vient vous voir, vos locaux, c'est une boutique en fait, rue Climart, une ancienne boutique, qui sont maintenant des bureaux.
- Speaker #1
Qui appartenait à Bleu Citron.
- Speaker #0
Ah, mais je ne savais pas ça.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. On est dans la filiation. On a repris.
- Speaker #0
C'était les bureaux de Bleu Citron à Paris ?
- Speaker #1
C'était les bureaux de la partie jazz de Bleu Citron à Paris.
- Speaker #0
Ah, dis donc.
- Speaker #1
Et quand on a démarré, on cherchait des tout petits locaux. Et c'est vrai qu'on n'a pas bougé depuis… De pièces,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #1
Un peu par superstition et aussi parce que le loyer est extrêmement bas. Franchement,
- Speaker #0
c'est très bien et c'est très pratique. Le plus important, donc petits locaux trop mignons, mais en même temps, petite équipe aussi et boîte indépendante. Ça, j'ai l'impression que c'est super important.
- Speaker #1
Oui, ça l'a été. Quand on démarre une boîte et qu'on vient d'un groupe, qu'on a été dans un groupe international pendant 18 ans, c'est certain que cette indépendance, cette prise de décision immédiate, je regarde mon frère, on décide d'un truc, ça se fait. C'est une liberté dont on ne mesure pas le plaisir quand on ne l'a pas vécu.
- Speaker #0
C'est même un luxe absolu.
- Speaker #1
C'est un luxe absolu. Ben oui. Alors après, dix ans plus tard... Aujourd'hui, j'ai un discours un peu différent qui est de dire assurer l'avenir dans un milieu concurrentiel qui évolue, pouvoir répondre à des demandes, à des offres, réfléchir au développement de l'entreprise dans les 5 à 10 années qui viennent. Ça demande peut-être d'ouvrir le capital, ça demande peut-être d'avoir des alliances stratégiques, ça demande peut-être, etc. On n'en fait pas une philosophie qui est qu'on est indépendant et on n'existe que par l'indépendance. Il le fallait parce qu'il fallait qu'on se prouve à nous-mêmes notre capacité entrepreneuriale, notre réussite en tant qu'entrepreneur indépendant. Aujourd'hui, on réfléchit à une évolution stratégique.
- Speaker #0
Ah oui, carrément. Parce que dans le milieu tel qu'il est, tu penses que c'est de plus en plus compliqué d'être petit et indépendant ?
- Speaker #1
C'est compliqué d'être petit et indépendant. Enfin, indépendant, on le sera toujours, je pense. Après, c'est indépendant, totalement indépendant, on l'est à 100%, ou s'associer avec des gens qui... peuvent nous offrir des moyens financiers qui nous permettent d'être en concurrence avec certains gros groupes ou d'autres acteurs qui ont des moyens bien supérieurs aux nôtres.
- Speaker #0
Ce qui me permet de faire une incise vers une partie importante de ce que t'es toi, c'est-à-dire au service aussi de la profession. Tu as été président du Centre National de la Variété, qui à l'époque s'appelait le CNV, avant que ça devienne le CNM, donc de 2016 à 2020. Et après vice-président du comité producteur du Prodice entre 2020 et 2022. Et tu es très impliqué là-dedans, tu es encore aujourd'hui au comité producteur du PRODIS, le syndicat des producteurs de spectacles, un des syndicats des producteurs de spectacles en tout cas, le plus important. Pourquoi ? C'est vraiment un truc qui compte énormément pour toi.
- Speaker #1
Oui mais ça c'est de formation, d'éducation je dirais presque. C'est toujours essayer de trouver un équilibre entre ce qu'on reçoit et ce qu'on donne. Donc voilà, mes parents m'ont appris ça et ça me paraît tout à fait logique. Moi, ce métier m'a apporté énormément de choses à tout point de vue. Et je trouve qu'aujourd'hui, consacrer un peu de temps à la recherche, de temps pour l'ensemble des producteurs, diffuseurs, etc. Dans la construction d'outils nouveaux, d'accompagnement pendant des crises, comme on l'a fait pendant le Covid, de donner des moyens pour que la diversité s'exprime à travers, par exemple, le crédit d'impôt spectaculaires vivants, qui est un outil extraordinaire pour défendre ces outils qui permettent aux entreprises et en particulier à des petites entreprises indépendantes de faire face à la concurrence, à la difficulté qu'il y a aujourd'hui à investir dans des nouveaux artistes, etc.
- Speaker #0
À la concurrence mondiale des gros groupes.
- Speaker #1
Voilà, et faire en sorte que le syndicat des producteurs de spectacles travaille dans l'intérêt général. Moi, ça, c'est une mission qui me semble tout à fait normale de consacrer un peu de temps à ça.
- Speaker #0
Comment, à Little Bros, vous avez réussi à faire venir des gens aujourd'hui qui sont des...
- Speaker #1
Des monuments qui sont énormes, comme Jérôme Commandeur, par exemple. Jérôme Commandeur qui culte, qu'on voit partout, il est chez vous. Oui, je crois que Mathieu et moi, on donne le sentiment d'une grande expertise dans ce qu'on sait faire. On ne se disperse pas, on est extrêmement concentrés. On fait des spectacles de variété et d'humour. On ne fait pas mille trucs, on ne fait pas de la télévision à droite à gauche. Je ne dis pas que ce n'est pas possible, mais je dis que nous, on a choisi notre stratégie. c'est On est très concentré sur le spectacle vivant. On peut faire depuis le point-virgule jusqu'aux plus grandes salles comme les Zénith. On sait tout faire de ce côté-là. Ça, je pense que personne ne peut nous prendre à défaut. On sait le faire. Et donc, comme on sait le faire, je pense que cette expertise, elle est reconnue. Et c'est pour ça que les artistes, certains artistes viennent nous trouver, viennent nous voir pour qu'on les produise et pour qu'on les diffuse. Et on a une petite équipe, comme tu le disais tout à l'heure. Mais une petite équipe qu'on a choisie avec soin et qui, je pense, à chaque poste, on a les meilleures personnes qu'on pouvait trouver sur le marché.
- Speaker #0
Mais oui, ils sont ultra passionnés en plus. Tu as l'impression qu'ils pourraient statuer le logo de la boîte sur le front. Ils adorent ça.
- Speaker #1
Oui, c'est surtout des gens, moi je trouve que c'est des gens de grande qualité. De toute façon, ils auront une...
- Speaker #0
Une concret humaine.
- Speaker #1
Oui, puis ils auront une activité même en dehors de notre boîte demain. Ce n'est pas un problème. Mais je suis très content en tout cas qu'ils soient là aujourd'hui et qu'ils consacrent l'énergie qu'ils ont aujourd'hui à ce projet commun qu'on a.
- Speaker #0
Question toute bête, je reviens sur Jérôme Commander, c'est une illustration, on parlera des artistes en développement, mais Jérôme Commander, on le voit partout en ce moment au César, il a encore été exceptionnel, on le voit dans des émissions, il fait des featuring dans le flambeau. Quand on est producteur de spectacle, on travaille avec lui que sur la partie production de spectacle ? Alors c'est tout en douceur ? Ou alors on a aussi un rôle de conseiller auprès de son management ?
- Speaker #1
Ça dépend des artistes, ça dépend de ce qu'ils nous demandent. Dans le cas de Jérôme, Jérôme est quelqu'un de très indépendant, qui mène sa carrière d'une manière autonome, parfaite. À côté de ça, il a une confiance en particulier, par exemple, avec Mathieu, qui fait une relation personnelle, qui fait qu'ils peuvent se parler. Ça peut arriver qu'il demande l'avis de Mathieu ou que Mathieu lui fasse un retour sur ce qu'il fait. Mais il n'a pas besoin de nous pour faire ce qu'il fait au César. Il n'a pas besoin de nous pour faire ce qu'il fait au cinéma, etc. Et nous, on se concentre sur la partie spectacle vivant de Jérôme, quand Jérôme nous demande de nous occuper de ses spectacles. C'est ce qu'on fait. C'est quand le prochain ?
- Speaker #0
On sait déjà ou pas ?
- Speaker #1
Ça pourrait venir plus vite que prévu.
- Speaker #0
On adorerait.
- Speaker #1
Nous aussi. En tout cas, on l'encourage et on rêve de retravailler avec lui très bientôt.
- Speaker #0
Alors, on va parler de toute autre chose. Une artiste en développement, Eva Rami. Est-ce qu'on peut dire qu'elle est en développement ? Eva Rami, je ne dis pas de bêtises si je dis ça ou elle est déjà un petit peu après ?
- Speaker #1
Non, elle est déjà un petit peu après. Elle a déjà son troisième spectacle en seule en scène et elle fait beaucoup de spectacles en dehors de ça avec d'autres compagnies, etc. C'est une artiste qui vient d'abord du conservatoire. du théâtre et public et privé. Je rappelle quand même qu'elle a fait la dernière création d'Olivier Pee au Festival d'Avignon, c'est un spectacle de 10 heures. Et c'est physiquement et intellectuellement et au niveau de l'énergie, c'est quelque chose qui est absolument admirable, ce qu'elle faisait dans ce spectacle-là. Donc non, c'est une artiste qui est déjà un peu plus qu'émergente, qui fait son troisième spectacle. Et notre responsabilité aujourd'hui, c'est d'amener ce spectacle-là vers une plus grande notoriété. C'est ça qui est intéressant et c'est ça qui est passionnant. Parce que là, la qualité du spectacle n'est même pas en cause. Nous, on est admiratif.
- Speaker #0
C'est ce que je voulais dire. Surtout, quand je dis artiste en développement, ce n'est pas du tout péjoratif. Bien sûr. C'est un développement vers la notoriété.
- Speaker #1
Exactement. Mais c'est à ça qu'on sert.
- Speaker #0
Comment on prend la décision avec Mathieu ou avec l'équipe de se dire, bon coup, feu vert, on est fan d'Evarami. Par contre, on va investir sur ce projet, on va l'aider, on va bâtir un plan de carrière, on va travailler avec elle. Comment est-ce qu'on prend cette décision ?
- Speaker #1
Généralement ce qu'on fait nous c'est que toute l'équipe va voir le spectacle, va voir l'artiste à un moment donné Toute l'équipe ? Toute, vraiment, j'irais même la personne qui en alternance chez nous, tout le monde va voir le spectacle à des moments différents On n'est pas obligé d'y aller le même soir mais on y va tous et ensuite on passe du temps à en parler ensemble Et dans cet échange qu'on a, Mathieu et moi on se fait une opinion, c'est-à-dire qu'on se fait une opinion de se dire Oui, on va être capable de mobiliser l'équipe sur ce spectacle-là. Oui, il y a un enthousiasme qui fait que les gens vont travailler avec passion sur ce spectacle-là. Ou à l'inverse, on sent des réserves et ces réserves sont trop importantes pour qu'on puisse imaginer qu'on va emmener toute l'équipe bien sur ce spectacle-là. Alors, c'est nous qui prenons la décision, Mathieu et moi. On peut même l'imposer parfois, mais on essaie au maximum d'écouter l'avis de l'équipe parce que c'est beaucoup plus facile de mettre les gens au travail sur un... projets, quand ils y adhèrent totalement et quand ça les passionne ou quand c'est même eux qui nous poussent à le faire. On a même une idée avec Mathieu qui est un peu nouvelle, c'est que on pourrait leur donner, on a envie de tester ça, c'est de donner une carte blanche à l'équipe une fois par an. C'est génial, j'adore. On vous dit, vous êtes, on est huit, donc il y a six personnes qui pourraient décider, mais il faut qu'elles soient à l'unanimité, qu'elles soient toutes d'accord, qu'il n'y ait pas une voix dissonante, mais Un artiste est décidé que c'est cet artiste-là qu'on produit, mais elles vont jusqu'au bout, c'est-à-dire que l'équipe va jusqu'à signer le contrat. On leur donne les bases, l'encadrement, etc. L'idée c'est qu'elles aillent choisir un artiste.
- Speaker #0
Elles-mêmes, sans que nous on s'en mêle. Comme il y a des fois des écarts de génération, ça peut être très intéressant de voir quel artiste serait choisi par la jeune génération de notre équipe versus nous, qui peut-être avons des fois perdu quelques distances avec certains artistes ou certains modes d'expression d'aujourd'hui.
- Speaker #1
On a l'impression que tu es fasciné par la transmission aussi.
- Speaker #0
Tout à fait. Non, mais surtout, je trouve que ce que peuvent nous apporter les gens de l'équipe, c'est... C'est considérable. Et si on ne fait pas attention à ça, on passe totalement à côté de ce qui se passe aujourd'hui.
- Speaker #1
Tu m'amènes naturellement vers la petite question de fin de sold-out. Tu la connais peut-être parce que je crois que tu connais bien ce podcast. Mais en gros, c'est gens qui entendent ça et qui se disent « Mais mon Dieu, même les personnes en alternance peuvent donner leur avis sur un spectacle. » Mais comment ils font pour te rejoindre ? Quels conseils tu leur donnes s'ils hésitent, s'ils se disent « Mon Dieu, j'ai envie de me lancer là-dedans, mais j'ai peur. » On me dit que c'est fermé, qu'il y a des grands groupes, que c'est compliqué, que les gens achètent moins de billets parfois. Quel conseil tu donnes aux gens qui ont envie ?
- Speaker #0
Écoutez ce podcast, et ce n'est pas une façon de... Je ne dis pas ça pour te faire plaisir. Écoutez ce podcast parce que chaque histoire qui est racontée dans ce podcast vous montre qu'il n'y a pas une façon d'y arriver. Il y en a plein. Vous avez les histoires des gens qui viennent, comme moi, par exemple, des métiers artistiques et qui sont arrivés progressivement à la production. Vous avez des gens qui sont venus des métiers techniques. Ils ont poussé les caisses au début. Vous avez des gens qui, quand ils étaient étudiants, il y en a plein dans le podcast, des gens qui, quand ils étaient étudiants... se sont mis à organiser au niveau de leur fac, au niveau de leur ville, etc. un premier concert. Puis ce premier concert, c'était les Rolling Stones, parce qu'à cette époque-là, c'était possible de le faire, ou c'était Jean-Jacques Goldman, peu importe. Mais c'est comme ça qu'on démarre. Alors aujourd'hui, il y a des formations, donc n'hésitez pas à aller dans les formations, parce que c'est toujours utile. Nous, on n'en avait pas, donc on n'en a pas fait. Mais aujourd'hui, il y en a. Profitez-en. Mais de toute façon, il y a mille voies pour arriver à notre métier. La seule chose dont il faut être... absolument certain, c'est qu'il faut être passionné.
- Speaker #1
Il n'y a pas d'horaire ?
- Speaker #0
Oui, mais dans tous les métiers de passion, c'est la même chose. Il n'y a pas d'horaire. Les cuisiniers, c'est pareil. Dans tous les métiers de passion, ce ne sont pas tellement les horaires. Là, c'est un métier où ça se passe dans la journée pour faire la production et le soir pour voir les spectacles.
- Speaker #1
Et toi, est-ce que tu as encore des passions inassouvis, des rêves de production, de producteur ? Ou est-ce que tu en as déjà vécu plein ?
- Speaker #0
Très honnêtement, Je pense que j'ai moins de plaisir aujourd'hui dans découvrir des nouveaux spectacles parce que ça m'intéresse toujours, mais j'en ai vu tellement. Je ne suis pas lassé, mais ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas tellement ce que je recherche aujourd'hui. Je trouve qu'aujourd'hui, mon plus grand plaisir, c'est de manager l'équipe que j'ai en place et d'organiser l'avenir de la boîte que j'ai créée il y a 11 ans et de faire en sorte que si moi, je la quitte dans 5 ans ou dans 10 ans, elle continue à vivre une belle vie derrière avec Mathieu à sa tête. Et puis avec des gens de l'équipe qui auront pris des responsabilités, peut-être même qui seront devenus actionnaires de la boîte, puisque c'est ça, moi,
- Speaker #1
mon but aujourd'hui. C'est super beau. Et on est encore plus content de t'avoir entendu ce micro de Sous-de-Hôte. On embrasse toute l'équipe, on embrasse Mathieu. Merci Marc. Et puis à bientôt Gilles. À bientôt. Ciao.