Speaker #0Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Soul R'n'B Diaspora. Vous connaissez le rendez-vous, chaque jeudi, une bonne dose de Soul de R'n'B. On étudie le Soul et le R'n'B sous toutes ses coutures dans cette émission, mais également sur les différents continents, puisque la Soul a énormément influencé le style musicaux. mais également différents continents. Alors dans cette émission, je parle notamment de chroniques de disques, je vous propose aussi des nouveautés, des mixes régulièrement, on parle aussi de livres qui ont attrait à la culture afro-américaine, mais pas que. Et puis, de temps à autre, j'aborde aussi des sujets divers, comme notamment des films. Et aujourd'hui, ça tombe bien, puisque c'est la thématique de l'épisode du jour, puisque cette semaine, je m'intéresse au film Dope, une comédie adolescente réalisée par Rick Famuyiva, sortie... en 2015. Le film suit les aventures de Malcolm, un lycéen noir d'Inglewood, un quartier de Los Angeles, passionné de culture hip-hop des années 90, de punk-rock et de comics qui se retrouvent, accidentellement, en possession d'un sac à dos rempli de drogues après une fête organisée par un dealer local. Alors je souhaitais aborder ce long-métrage car Dope s'inscrit dans la lignée de Boys in the Wood que j'ai récemment évoqué dans le podcast. Le titre « dope » fonctionne comme un double sens. Il est bien entendu question de drogue, mais aussi d'une expression, car « dope » en américain signifie « stylé » ou « top » . Par exemple, on peut dire d'un look qu'il est « dope » , cela signifie que le look en question est canon. Alors Malcolm n'est pas quelqu'un de « dope » au début du film, mais nous allons voir comment il va le devenir malgré lui. Alors « dope » a été salué pour son ton frais, son humour et sa capacité à retourner les clichés du genre. Présenté en clôture de la quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes en 2015, il a reçu des critiques positives pour son originalité et son énergie. Par exemple, sur Allociné, le film a obtenu une note moyenne de 3,8 sur 5, basée sur plus de 1700 avis spectateurs, reflétant un large succès populaire. Alors, quels sont les stéréotypes et les thèmes principaux abordés dans ce film ? Qu'est-ce qui rend le personnage principal si attachant ? Enfin, en quoi Dope est une version actualisée et déjantée des films noirs américains des 90's ? A la fin de l'épisode, j'analyserai deux scènes emblématiques du film. Mais avant de démarrer, n'oubliez pas de vous abonner, de noter le podcast, et ce, quelle que soit votre plateforme d'écoute. Je le rappelle chaque semaine, mais Solar Enby Diaspora est un podcast indépendant. Et puis, n'hésitez pas non plus à le partager et à nous suivre sur les différents réseaux sociaux. Ceci. étant dit, c'est parti ! Dans cette première partie, attachons-nous d'abord au personnage principal, Malcolm, joué par Shamik Moore. Il vit dans un quartier difficile surnommé The Bottom où gangs et trafiquants dominent le paysage social. Avec ses deux meilleurs amis, Jib, joué par Tony Revolori et Diggy, par Kiersey Clements, il forme un trio de geeks marginalisés. Ils excellent à l'école, jouent dans un groupe punk, alors Malcolm est un afro-américain décalé parce qu'il est passionné de musique hip-hop des 90's et s'habille en conséquence. Donc, cette tenue vestimentaire estampillée 90's lui confère un côté old school mais qu'il assume pleinement. On sent dès les premières minutes que Malcolm est particulièrement intelligent. C'est un bon élève qui a compris que sa seule option pour sortir du ghetto est l'enseignement universitaire. Son objectif, avoué. et d'intégrer Harvard. Et en choisissant de poser sa caméra sur ce type de personnage, Rick Famuyiva choisit l'art du contre-pied car les geeks noirs sont rarement mis à l'honneur dans les séries ou les films afro-américains. Hormis peut-être pour Steve Urkel, incarné à l'époque par Jalil White dans la série culte La Vie de Famille, autrement dit Family Matters. Il était le stéréotype du geek dans les années 90, mais traité sous l'angle de la comédie. La série n'avait pas placé Steve Hercule dans un environnement difficile et ne s'intéressait pas ou peu à ses aspirations sociales. Mais c'était une autre époque. L'intrigue du film va basculer lorsque Malcolm, tentant d'impressionner sa voisine Nakia, jouée par Zoe Kravitz, accepte une invitation à la fête d'anniversaire de Dom, jouée d'ailleurs par Aza Proki, un dealer influent de son quartier. Après une fusillade et une fuite précipitées, Malcolm découvre que Dom a caché de la drogue dans son sac. S'en suit une série d'aventures rocambolesques, où les trois amis doivent négocier avec le milieu criminel, tout en essayant de ne pas compromettre. En parlant d'avenir et pour ajouter à la complexité de la situation, Malcolm a rendez-vous avec un potentiel tuteur, Austin Jacoby, également issu du lycée d'Inglewood, qui a ensuite intégré Harvard avec succès. Austin Jacoby travaille depuis en tant que prêteur sur gage à Los Angeles et cet homme incarne une certaine idée de la réussite professionnelle et l'on se dit que celui-ci pourrait représenter une boussole pour Malcolm dans un environnement oppressant et... stressant. Mais il n'en sera rien, Austin Jacobi se révélant être à la tête du réseau de drogue. L'entretien entre les deux personnages est un marqueur dans le film car il s'abre tout optimisme malgré le contexte de la comédie comme si, à Inglewood, tout le monde était corrompu d'une façon ou d'une autre malgré les apparences et les diplômes obtenus. Et, une fois de plus, les figures paternelles en prennent pour leur grade puisque Austin Jacobi est certes présent pour ses enfants, il les a rendus riches, mais c'est un trafiquant de drogue. En ce qui concerne les thèmes principaux du film, celui-ci joue avec les clichés du cinéma hip-hop et des drames afro-américains, notamment par l'image des gangs, de la drogue ou de l'échec scolaire, pour en faire une comédie burlesque, tout en délivrant des messages sur la perception des jeunes noirs dans la société américaine. Dope interroge les attentes sociales pesant sur les jeunes noirs américains. Malcolm incarne un contre-stéréotype, si je puis dire, brillant, sensible, amateurs de culture blanche, notamment le punk ou encore les comics, tout en étant ancré dans l'esthétique hip-hop des années 1990. Eric, femme où Yiva, utilise cette tension pour montrer comment les personnages sont constamment jugés selon des codes extérieurs à leur réalité intérieure. A la maison, Malcolm est élevé par sa mère, conductrice de bus. Elle l'entoure d'amour, mais n'est pas toujours présente, prise par son travail. Le père de Malcolm lui est aux abonnés absents tout au long du film, ce qui fait que Malcolm agrandit son figure paternelle. Ce dernier lui envoie d'ailleurs une VHS du film Superfly en guise d'attention, alors qu'il n'est âgé que d'une dizaine d'années, c'est dire, alors que je rappelle que Superfly est notamment un film sur l'univers de la drogue et qui s'intéresse de près à la vie d'un Mac. Du côté des aspirations, l'ambition universitaire de Malcolm symbolise une voie d'échappatoire sociale. Le film met en lumière les obstacles structurels, violence, pression du quartier, manque de modèles, qui rendent cette aspiration à la fois héroïque et fragile. Dope baigne dans une esthétique rétro, déjà par les références musicales ou hip-hop des années 90, à la mode avec les sneakers, les casquettes, les survêtements, et même le ton narratif qui rappelle les comédies lycéennes de John Hughes, mais transposé dans un cadre urbain contemporain. Cette nostalgie n'est pas qu'un décor, elle sert le langage identitaire pour les personnages, un moyen de se distinguer de leur environnement immédiat. Rick Famuyiva utilise une palette colorée, des moments de caméra dynamique et un Un montage rythmé pour créer une énergie proche du clip musical ou de la vidéo YouTube, en phase avec la culture numérique des personnages. Les scènes de fêtes et de confrontations sont tournées avec une intensité presque sensorielle, accentuant le sentiment de danger et d'euphorie. Le film oscille entre comédie potache, thriller urbain et coming of age dramatique. Cette hybridité reflète la position des personnages entre adolescence insouciante Merci. et réalité sociale brutale. Alors je rappelle quand même ce que c'est que le coming of age, on pourrait traduire ça par des films initiatiques, ce sont des longs métrages qui se concentrent sur des personnages, souvent adolescents, qui traversent les défis de la maturité. Alors pour synthétiser, ce serait le passage de l'adolescence à l'âge adulte. Et ces films explorent généralement l'identité, l'amitié, le premier amour, la dynamique familiale et la découverte de soi. Le genre met l'accent sur les expériences émotionnelles, montrant comment les personnages affrontent les attentes sociales, les dilemmes personnels et les événements de vie marquants, menant souvent à une compréhension plus profonde d'eux-mêmes et du monde qui les entoure. Et je terminerai enfin cette troisième partie avec les multiples filiations de d'aupes avec les films afro-américains des années 90. La première est musicale, bien entendu, en incorporant dans la bande-son les classiques du hip-hop de ces années, Rick Famuyiva nous ramène à l'âge d'or du hip-hop et à l'insouciance qui l'accompagne. Et la musique joue un rôle narratif central, elle définit l'identité des personnages, ponctue les émotions et ancre le film dans une époque, tout en dialoguant avec la scène rap contemporaine, je pense notamment à la présence d'Assap Rocky, à la fois acteur et figure. musicale. Mention spéciale d'ailleurs au générique de fin dans lequel Malcolm exécute les danses les plus marquantes des années 90. Mais au-delà de cette bande originale de qualité, Dope dresse le même constat social en 2015 qu'en 1990 dans des films comme Boys in the Hood ou Menace to Society. A savoir que 25 ans plus tard, le contexte social n'a pas évolué. Les jeunes noirs vivent dans des famille monoparentale, Gérée la plupart du temps par des femmes, les pères étant aux abonnés absents. La jeunesse grandit sans cadre et sans repère dans un environnement extrêmement difficile. Conséquence, les choix qui se présentent à cette dernière sont réduits et schématiques, trafic de drogue ou poursuite d'études. Cet héritage avec les films afro-américains des années 90 est ensuite présent dans les scènes de violence, je pense notamment à celle de l'entrée du club lors de la soirée de Dom et bien entendu avec les armes à feu. Il y a évidemment aussi cette scène de la fusillade dans le club ou celle dans un fast-food entre le fils d'Austin Jacobi et un dealer au moment de passer leur commande. Mais là où Malcolm aurait pu être gangréné par la violence qui l'entoure, ce dernier choisit de ne pas céder à la tentation à plusieurs reprises. Ce qui nous rappelle que la violence est aussi et surtout une question de choix, et lorsqu'il est raquetté dans la rue par ses tortionnaires de lycée, avec une arme à feu en sa possession pourtant, Il aurait pu se venger, se défendre, mais dans un moment suspendu, il décide de ne pas faire feu. Intégrer Harvard est son ambition, sa motivation principale, et cette dernière le préserve de son environnement. J'apporterai toutefois quelques bémols dans la filiation avec des films comme New Jack City, ou Boys in the Hood. Pour une fois, le héros atteint son objectif, ce qui est plutôt rare comme happy end. Et cela donne une vision optimiste à l'histoire, contrairement à la majorité des films afro-américains des années 90. Ensuite, les institutions ne sont pas évoquées dans le long métrage, ce qui permet de se concentrer sur les personnages, leur histoire et de sortir du cliché « L'État est responsable, je subis mon destin, car je n'ai pas le choix en tant qu'habitant du ghetto » . Enfin, le dernier point est lié pour moi à l'univers des comics. Malcolm, pour se sortir de cette situation, doit faire preuve d'intelligence et de ruse, renforçant son image de geek qui utilise son cerveau plutôt que la force. Alors les fans de comics se souviennent sans doute de la thématique abordée dans Incassable avec Bruce Willis. Dans ce film, Elijah Price, joué par Samuel L. Jackson, explique que les méchants dans les comics sont classés en deux catégories. Il y a d'une part ceux qui utilisent la force pour parvenir à leur fin et ceux qui font preuve d'intelligence pour atteindre leur objectif. Bien entendu, Malcolm n'est pas malsain ou associé à un méchant dans Dope, mais pour une fois, le héros d'un film de quartier ne cède pas à la violence qui l'entoure et décide de se servir de son cerveau. En opposition totale, donc, avec les destins souvent tragiques qui attendent les jeunes afro-américains à la fin des scénarios. Au niveau de la réception du public, Daup a été salué pour son originalité et sa capacité à renouveler le genre du film de Cartier sans tomber dans le misérabilisme ni la glorification de la violence. Certaines critiques ont noté que le film essayait de faire trop de choses à la fois, mais ont toutefois reconnu sa vitalité et son authenticité. Et puis je le rappelle et je l'ai dit tout à l'heure, ce qui est vraiment intéressant dans ce film, c'est le fait que pour une fois le héros est très ambitieux, ne se fixe aucune limite Ce qui était un petit peu décalé par rapport au film qu'on avait l'habitude de voir. Effectivement, je citais tout à l'heure Boys in the Woods, Manassu Society, mais il y en a bien d'autres. Là, pour une fois, le héros vise l'excellence, le maximum, et c'est vrai que ça donne une teneur au film complètement différente. Et en conclusion, je dirais que Dope se distingue par son approche nuancée de la jeunesse noire américaine, son mélange des genres et son énergie visuelle. Parce que plus qu'un simple film sur la drogue, c'est une réflexion sur la manière dont les jeunes construisent leur identité dans un monde saturé de stéréotypes, de pressions sociales et de cultures contradictoires. clés du film parce qu'il ya certaines scènes qui sont importantes dans le récit qui le structure et qui reviennent aussi sur les thèmes centraux et sur la dynamique du héros alors je vais démarrer par la première scène qui est la scène déclencheuse celle de la fête chez dom alors en résumé c'est malcolm jib et diggy qui se rendent à une fête organisée par dom le dealer local et après une descente de police et bien d'homme confie à malcolm un sac contenant de la drogue et une arme le chargeant de le vendre. Alors au niveau de l'analyse, le catalyseur du conflit, c'est que cette scène lance toute l'intrigue. Sans elle, Malcolm n'aurait jamais été confronté au dilemme entre ses rêves, Harvard, et la réalité de son quartier. C'est vrai qu'on voit au début du film, il est plutôt tranquille. Alors il a une vie qui n'est pas facile parce qu'il est... harcelé par certaines personnes au collège, mais il a des bonnes notes, la vie suit son cours, on pourrait dire que c'est un enfant sans histoire. Là, avec la drogue, ça se complique un peu. Au niveau de la mise en scène, l'éclairage sombre et les ombres soulignent la dangerosité de l'environnement, et la caméra privilégie les réactions de Malcolm plutôt que la violence explicite. Alors là, ça nous rappelle que le film est centré sur le point de vue du héros et son parcours, et puis en termes de symboles, bien sûr, le sac à dos. que Malcolm a souvent dans le film, d'ailleurs il est chambré au moment où il arrive dans la fête avec son sac à dos, on se demande d'ailleurs pourquoi il l'a tout au long du film, mais là, avec cette scène de la drogue, et bien ce sac à dos devient quelque part le symbole du fardeau que Malcolm doit porter, à la fois littéralement, c'est-à-dire la drogue qu'il a dans le sac et il ne le sait pas au départ, et métaphoriquement, puisqu'il s'agit des pressions sociales et des attentes contradictoires. Et la seconde scène qui a son importance, à mon avis, C'est la dernière, celle au moment où Malcolm reçoit la lettre de Harvard, et donc on se pose la question, c'est un peu une scène de résolution, est-ce qu'il va être reçu ou pas ? Donc Malcolm l'ouvre, hésite, puis il sourit à la caméra avant qu'il y ait un cut qui passe l'écran au noir. Alors cette scène est plutôt un symbole d'espoir, puisqu'elle incarne la réussite possible malgré les obstacles, mais elle valide aussi le parcours de Malcolm et son refus de se conformer aux stéréotypes. puisque le sourire de Malcolm et le cut au noir laissent planer une ambiguïté légère, à savoir est-ce qu'il a été accepté et reçu dans l'école, invitant ainsi le spectateur à réfléchir sur les multiples issues possibles pour les jeunes de son quartier. Et puis la clôture thématique, c'est aussi le fait que Malcolm a évolué durant ses aventures, en tout cas durant l'heure et demie, entre deux mondes, c'est-à-dire l'école et la rue, et il se retrouve finalement, ou il se retrouvera peut-être toujours cantonné entre les deux, quelque part un produit de son environnement. Nous voici arrivés au terme de cet épisode de Soul R'n'B Diaspora consacré au film Dope. J'espère qu'il vous aura donné envie de voir ce film. J'espère ne pas trop en avoir révélé, même si vous avez compris globalement de quoi il s'agissait. Et puis pour ceux qui l'ont vu, c'est aussi l'occasion de le revoir, peut-être aussi de déclencher quelques débats, puisqu'il y a des gens qui peuvent être d'accord ou pas avec les analyses que j'ai faites durant cet épisode. Mais en tout cas, c'est un film à voir lorsqu'on aime, qu'on apprécie cette culture hip-hop, R'n'B, afro-américaine. Voilà, je vous souhaite une bonne semaine à toutes et à tous. tous. Quant à nous, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode de Soul R'n'B Diaspora. D'ici là, portez-vous bien. A très vite. Bye bye.