Speaker #0Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Soul R'n'B Diaspora. Vous connaissez le rendez-vous, tous les jeudis, une bonne douce de Soul, de R'n'B, mais aussi de Hip-Hop. Et ça tombe bien parce que c'est le sujet du jour. Alors aujourd'hui je vais revenir sur un album marquant du Hip-Hop, une des pierres, une des fondations du Hip-Hop. Il s'agit d'une part du groupe Public Enemy, et ensuite... de leur troisième disque, Fear of Black Planet, qu'on pourrait traduire en français par peur d'une planète noire, sorti en 1989 chez Def Jam. Alors, j'en parle parce que, de façon assez surprenante, il y a peu de podcasts sur le hip-hop déjà des 90's, mais en plus, il y a très peu d'épisodes de podcasts sur Public Enemy. Donc aujourd'hui, on va essayer de réparer un petit peu cet oubli, parce que Public Enemy est quand même un des groupes majeurs du hip-hop. Pour moi, vous l'aurez compris, c'est un des groupes les plus marquants. Je ne vais pas m'amuser à faire de classement, ça c'est pour les plus jeunes, mais bon, pour moi voilà, c'est un des groupes qui compte et qui a compté. Et on va revenir d'ailleurs dans cet épisode sur le pourquoi. Alors en 1 déjà, qui est Public Enemy ? Ça va être une des thématiques de ce podcast. Ensuite, comment le groupe s'est formé et surtout le concept. Et puis en 3e, on verra l'impact de Fear of Black Planet parce qu'il y a énormément d'idées, vous verrez, au sein de cet album. Mais avant de démarrer, je le dis chaque semaine, mais n'oubliez pas de vous abonner, Soul R'n'B Diaspora est un podcast indépendant, chaque vote, chaque note compte. Notez-le aussi, quelle que soit votre plateforme d'écoute, et partagez-le si vous connaissez des gens qui peuvent être intéressés et qui kiffent la Soul R'n'B, le hip-hop. Ceci étant dit, c'est parti ! Public Enemy est sans conteste un des groupes qui a marqué de son empreinte le hip-hop, et ce, dès leur premier disque. Le groupe est composé de Chuck D, un rappeur à la voix caverneuse, engagé dans ses prises de position politique, et dans ses lyrics qui mêlent démonstration et réflexion par rapport à l'environnement social qui l'entoure. Flavor Flav, le second rappeur, est l'antithèse de Chuck D. Il a un côté fun, limite clownesque, avec ses tenues extravagantes qui dénotent avec l'attitude générale du groupe. Et paradoxalement, c'est cette dualité entre le clown joué par Flavor Flav et ce côté très strict joué par Chuck D qui fonctionne. Les deux MC étaient soutenus par les scratchs de DJ Terminator X, un as des platines, à la tête d'une collection de plus de 8000 disques début 1990. Et en termes de présence scénique, rien n'était laissé au hasard. Les trois acolytes étaient accompagnés sur scène de la Security of First World, autrement dit la sécurité du premier monde, gérée par Professeur G. grift alors ministre de l'information du collectif les membres de la sécurité était vêtue de treillis noir et de berets un peu comme à l'armée et exécuter des chorégraphies inspiré des arts martiaux il fallait voir l'impact dégagé par cette sécurité sur scène c'était tout simplement hallucinant vous aviez l'impression de voir une organisation parfaitement huilé quasiment militaire dans laquelle chacun connaissait sa partition et son rôle à jouer et en délivrant un message ciblé, avec un son avant-gardiste et une communication maîtrisée, Public Enemy va rapidement s'imposer comme un des piliers du hip-hop. Au niveau de la formation du groupe, tout a débuté en 1982 à Long Island, dans l'état de New York, lorsque Chuck, Carlton Ridenour à l'état civil, alors étudiant en art graphique à l'université d'Adelphi, officie en tant que MC pour un groupe de DJ, Spectrum City, qui comprenait notamment Hank Shockley. Chuck va rencontrer Bill Steffney sur les bondes d'université et ça va matcher instantanément entre les deux. Chuck, Bill et Hank vont alors réfléchir à un concept de groupe entre l'énergie de Run DMC et le rock politique de The Clash. En effet, Chokdi était un grand fan du groupe britannique depuis l'album London Calling, sorti en 1979, qui abordait les politiques économiques du gouvernement et le déclin social. qui en découlait. Rick Rubin, alors représentant du label Def Jam, lui fait la cour durant 6 mois et obtient finalement la signature du pour une poignée d'albums. Enfin, le nom du groupe provient de l'une des premières démos de Chuck D, intitulée « Public Enemy No. 1 » . Le logo du groupe va quant à lui en imposer dès le départ, un homme dans le viseur d'une mitraillette. Ce dernier a d'ailleurs été dessiné par Chuck D, vous vous rappelez, il était étudiant en art graphique. De cette façon, le groupe assume d'entrée son statut de dissident et de perturbateur. Mais ce logo peut aussi être utilisé à double sens. Public Enemy a dans le viseur les responsables de la situation des afro-américains d'une part, et d'un autre côté, le groupe deviendra également la cible dans le viseur en étant associé malgré eux à de nombreuses polémiques. Dès le début, le groupe va prendre position sur les sujets qui concernent les afro-américains en insistant sur la prise de conscience et la nécessité d'agir collectivement. Chez eux, pas de grosses voitures, de femmes en bikini ou de glorification de l'argent. Public Enemy est avant tout un agitateur intellectuel, stimule la réflexion et incite sa communauté à s'éduquer. Les slogans vont devenir la marque de fabrique du collectif. Par exemple, sur leur premier opus, Yo, Bummer the Show, Public Enemy indique sur la pochette de l'album, dans les sous-titres, que le gouvernement est responsable, le ton est donné. S'en suivront, entre autres, Don't Believe the Hype, Ne Croyez Pas à l'Hype en français, Rebelle Without a Pause, on pourrait traduire par Rebelle à plein temps, ou encore Shut Them Down, c'est-à-dire Fermez-les, en référence aux entreprises qui font leur beurre sur les afro-américains, sans réinvestir dans la communauté. De telles prises de position étaient inédites et politiques, surtout dans le hip-hop. Chock D affirmait d'ailleurs que le rap était le CNN noir, autrement dit la chaîne d'information des noirs américains. Alors inutile de vous dire qu'à la fin des années 80, un tel concept fit l'effet d'une déflagration dans le hip-hop. Dès que Public Enemy a commencé à percer, les médias se sont intéressés au collectif en lui attribuant tout un tas de polémiques, ce qui généra des tensions au sein du groupe, mais sans affecter leur créativité. Parce qu'au-delà du message politique, public ennemi, séduisit le public grâce à son équipe de production musicale surnommée le Bomb Squad. Alors le Bomb Squad était composé des frères Shockley, Hank et Kate, Chuck D et Eric Sadler. Et ce qui caractérisait cette équipe de production, c'était sa capacité à superposer les couches de samples les unes sur les autres dans la même tonalité, créant ainsi de nouvelles compositions. Ainsi, James Brown pouvait côtoyer George Clinton dans le même son, MENDRIL servait de base à un beat qui était renforcé par les breaks de batterie des Jeebees, de Bob James ou encore de Bootsy Collins. Ou encore par un discours de Martin Luther King ou de Jesse Jackson. Bref, les productions du Bomb Squad brisaient les codes. Eric Sadler, le seul musicien de la bande, expliquait dans le livre The New Beats, paru en 2000, que c'était surtout Hank Shockley et Chuck D qui l'avaient poussé dans ses retranchements. Puisque ces derniers n'étaient pas musiciens, il ne se fixait. aucune barrière n'était pas limitée par le solfège ou le respect des règles. Quand ils avaient une idée en tête, ils mettaient tout en œuvre pour l'atteindre dans une forme de liberté sans concession. Par exemple, Eric Sadler dut parfois programmer plusieurs boîtes à rythme en même temps, là où la majorité des groupes ne faisait tourner qu'un seul rythme. Il reconnaît lui-même avoir utilisé près de 70 pistes pour certains morceaux de public ennemi, ce qui, aujourd'hui encore, est totalement inouï et inédit dans le hip-hop. Hank Shockley poussant encore le curseur et la singularité du son de Public Enemy en intégrant littéralement des bruits ou des sirènes aux compositions des titres. Rebels Without a Pause en est le parfait exemple puisqu'il utilise un son des Jeebies, The Grunt, retravaillé dans cet esprit. Mais pour moi, c'est surtout Lost at Bird, en ouverture de l'album Apocalypse. 91 qui résume le mieux cette idée de tension avec ce son qui revient en boucle, agrémenté de scratch et de sample qui
Speaker #0Bum Rush The Show, Un disque réalisé avec 17 000 dollars et vendu à 150 000 exemplaires, atteignant la 125ème place du Billboard 200. Même si on peut considérer ce démarrage comme confidentiel, l'opus va poser les bases et définir l'identité de Public Enemy, avec des titres tels que You're Gonna Get Yours ou encore Public Enemy No. 1. Un an plus tard, leur second opus, It Take a Mission to Hold Us Back, autrement dit il en faudrait des millions pour nous retenir, va enfoncer le clou et imposer le groupe en tant que leader du hip-hop des années 90, confirmant la progression du possi en se positionnant en 42ème position du Billboard 200. En avril 1990, donc, sort Fear of Black Planet, autrement dit peur d'une planète noire, qui va consacrer le rap de Public Enemy. Un raz-de-marée sonore avec une 10ème place au Billboard 100 et 1 million, d'exemplaires vendus en une semaine. Les singles Fight the Power et 9-1-1 is a Joke vont tous les deux se classer en première position du billboard Hot Rap Song. Et cet album reste aujourd'hui un des plus plébiscités dans le hip-hop, sur la forme déjà parce que ce projet avec le Bomb Squad aux manettes a nécessité plus de 200 samples à une époque où l'industrie musicale n'avait pas encore légiféré sur le sujet. Ce qui fait qu'un tel album serait difficilement réalisable aujourd'hui, puisque l'utilisation des samples n'était pas encore régie par les lois. Chaque titre de l'album est composé de multiples échantillons, et, fait marquant, ces samples tournent dans la même tonalité, ce que j'expliquais tout à l'heure, ce qui est quand même une performance, surtout en 1990. Et ce qui m'a toujours marqué sur ce disque, c'est la continuité. J'entends par là que tous les titres sont enveloppés d'interludes, qui apportent de la profondeur à l'ensemble. Public Enemy propose un concept musical avec quasiment aucun blanc entre les morceaux. Comme si Fear of Black Planet était une seule et même piste, avec ses idées directrices qui s'enchaînent sans fausse note. De plus, les morceaux qui composent la tracklist sont funky, dansants et terriblement efficaces. Alors je fais un aparté sur les samples, car ça peut paraître hallucinant aujourd'hui, mais jusqu'en 1991, les rappeurs sortaient des disques en utilisant des samples sans être véritablement inquiétés. Mais... En 1991, le titre « Alone Again » tiré de l'album « I need a haircut » de Biz Markie va faire date dans l'histoire du sampling. Gilbert O'Sullivan, fâché de la récupération de sa composition, va intenter un procès à Biz Markie et l'obliger à retirer ses disques des bacs. Dès lors, l'industrie musicale demandera à chaque rappeur de déclarer les samples utilisés sur chaque projet. Ce qui va durcir, vous l'imaginez bien, les relations sur l'utilisation des samples. entre les producteurs de hip-hop et les ayant droit, à savoir les détenteurs des œuvres originales. Je pense aussi au groupe A Tribe Called Quest, qui n'a jamais reçu aucun euro, j'allais dire aucun dollar, pour leur tube de 1990, Kanae Kikit, parce que leur maison de disques, Jive Records, avait sorti le morceau sans obtenir l'autorisation de Louid pour utiliser la ligne de basse de Walk on the Wild Side. Et au lieu de poursuivre A Tribe Called Quest, ou d'interdire complètement la chanson, Lou Reed a accepté de les laisser utiliser sa musique, mais a exigé et reçu 100% des droits d'auteur. Ce qui fait qu'aucun membre de A Tribe Called Quest n'a touché aucun dollar pour ce hit. Ces deux exemples montrent à quel point l'apprentissage sur l'utilisation des samples a été compliqué pour le hip-hop. En quelque sorte, c'est comme si on avait souhaité la bienvenue dans l'industrie musicale à ces rappeurs. Et je compare souvent les procès sur les samples dans le hip-hop au début des années 90. au téléchargement de musique ou de films début 2000, ou encore à l'utilisation de l'intelligence artificielle aujourd'hui, à savoir que tant que la loi n'a pas légiféré, en donnant un cadre clair, alors nous sommes quelque part dans un no man's land, dans une zone grise, et surtout dans une zone qui n'appartient à personne, tant que des lois n'ont pas été promulguées. Maintenant, sur le fond, Fear of Black Planet est une démonstration textuelle en forme de prémonition, car il abordait déjà l'ensemble des thématiques qui reviennent souvent dans la culture afro-américaine actuelle. Citons par exemple la récupération de la culture noire, notamment via le titre Who Stole the Soul, traduction Qui a volé la soul, mais à l'époque, en 90, on n'appelait pas ça de l'appropriation culturelle, le terme n'existait pas. Le disque a marqué toute une génération pour son côté conscient et ses thématiques auxquelles pouvait s'identifier toute une classe sociale. Je pense bien entendu à 9-1-1 is a joke, en gros si on traduit en français ça veut dire le 911, savoir le numéro d'appel des urgences est une blague. Alors c'est un peu différent aux Etats-Unis par rapport à la France car le 911 vous permet de contacter la police, les pompiers ou les ambulances. et interprété par Flavor Flav, 9-1-1 is a joke aborde donc l'abandon du gouvernement dans les ghettos, les services d'urgence arrivant en retard lorsqu'on a besoin d'elles. On rit forcément en regardant le clip, mais le fond est d'une justesse rare.