- Speaker #0
Alors que le changement climatique devient un défi de plus en plus pressant, les banques sont confrontées à une question essentielle. Comment intégrer les risques climatiques dans leurs décisions financières ? L'objectif du zéro émission d'ici 2050 impose une transformation radicale de l'économie mondiale et les institutions financières ont un rôle clé à jouer dans cette transition. Face à des réglementations de plus en plus strictes et des risques qui se font de plus en plus palpables, elles doivent repenser leur stratégie d'investissement et de financement. Dans cet épisode, nous allons plonger dans la manière dont les banques appréhendent ces risques climatiques et dans la façon dont elles s'adaptent pour rester pertinentes et responsables dans un monde en mutation. Nous accueillons aujourd'hui Stéphanie Thiry, associée, et Sonia Benberghout, consultante senior chez Spinpart. Bonjour à toutes les deux.
- Speaker #1
Bonjour Anne-Sophie.
- Speaker #2
Bonjour Anne-Sophie.
- Speaker #0
Alors Sonia, peux-tu déjà définir ce qu'on appelle le risque climat ?
- Speaker #2
Le risque climatique, il désigne l'ensemble des impacts que le changement climatique peut avoir sur la stabilité financière et la performance des entreprises. Et donc ce risque, on peut le diviser en deux grandes catégories. On a d'un côté les risques physiques et de l'autre les risques de transition. Ce qu'on appelle risque physique, ce sont en fait les effets directs du changement climatique sur les biens et les activités économiques. Donc ils comprennent aussi bien les événements extrêmes, comme les inondations, les cyclones et les incendies, que les phénomènes plus chroniques. comme l'élévation du niveau de la mer ou la hausse des températures sur le long terme. Et donc ces phénomènes physiques peuvent détruire des infrastructures et in fine dévaluer les actifs des entreprises. De l'autre, les risques de transition, eux, ils sont liés aux changements nécessaires aux entreprises pour passer à une économie bas carbone. Donc ils peuvent prendre la forme de réglementations environnementales, par exemple sur les émissions de gaz à effet de serre. prendre la forme d'évolution dans les préférences des consommateurs qui vont vouloir se tourner vers des produits plus durables, ou encore prendre la forme de politiques énergétiques qui visent, elles, à réduire l'utilisation des énergies fossiles. Et donc ces transformations, qui s'inscrivent dans une logique de transition, peuvent aussi dévaluer certains secteurs économiques et affecter les investissements des banques.
- Speaker #0
Et donc si on l'applique aux banques, comment concrètement ce risque climat se manifeste ?
- Speaker #1
Alors... Ils vont se manifester pour illustrer ce que vient de dire Sonia. On va donner deux exemples. Si on parle des risques physiques et du lien avec le risque crédit, on prend l'exemple d'une banque qui a financé un prêt immobilier pour une maison qui est située dans une zone inondable. Si l'inondation survient, cela va causer des dommages, et ça peut être des dommages importants à la propriété, et donc dégrader la valeur de la propriété de façon significative. Ça peut aussi avoir un impact sur la capacité du client à rembourser son crédit. Si ça perturbe son activité professionnelle par exemple ou ses revenus. Donc ici on a un risque physique, l'inondation, qui active le risque de crédit car la banque est exposée à un défaut de paiement. Maintenant si on parle du risque de transition et de son impact sur le risque de liquidité, imaginez une banque qui historiquement a largement investi dans le secteur pétrolier, si le gouvernement décide d'accélérer la transition écologique avec de nouvelles lois qui vont pénaliser la banque ou les compagnies pétrolières, Ces compagnies pétrolières vont se retrouver en difficulté et vont avoir aussi plus de difficulté à rembourser leurs prêts. Dans le même temps, les clients de la banque, donc vous et moi, peuvent tout d'un coup décider de refuser de mettre leur argent dans une banque qui investit encore dans le secteur pétrolier et la quitter massivement. Et donc la banque va se retrouver dans une situation délicate. D'un côté, elle ne reçoit plus les remboursements attendus et de l'autre, elle fait face à des retraits importants. C'est là que ça impacte le risque de liquidité. Donc le risque de transition, il active ici le risque de liquidité. Donc ces risques climatiques, ce sont de nouveaux entrants pour les banques à prendre en compte dans leur modélisation historique des banques.
- Speaker #0
Comment les banques mesurent, ou en tout cas tentent de mesurer, ce risque pour le provisionner ?
- Speaker #2
Les banques, elles sont toujours dans une phase de tâtonnement sur la pertinence de la méthode, notamment sur le fait de l'appliquer systématiquement pour évaluer le risque climatique, puisque... le risque climatique, notamment si on se penche sur le sujet du risque physique, il a une ampleur et une fréquence qui devient de plus en plus imprévisible. Et donc ça présente un enjeu majeur pour proprement et correctement valoriser ce risque. Et contrairement au risque traditionnel, ces événements ne peuvent pas être modélisés avec des données historiques fiables, ce qui laisse place à une incertitude climatique qui est difficile à maîtriser. Et donc cette incertitude met les banques dans une position où elles doivent prendre des décisions avec un degré de prédiction qui est très limité. Il est donc essentiel de se demander, et notamment du côté des régulateurs, s'il ne faudrait pas complètement repenser les modèles d'évaluation pour mieux répondre à ces nouveaux enjeux.
- Speaker #0
Stéphanie, quel est le cadre réglementaire ? Qu'est-il vraiment les banques dans cet exercice d'évaluation et de couverture efficace de ce risque ?
- Speaker #1
Alors, bien que la réglementation actuelle ne sanctionne pas directement les banques pour leur exposition au risque climatique, elles cherchent déjà à encadrer la gestion. Les autorités bancaires européennes, notamment la BCE, ont mis en place des directives et des outils pour évaluer la résilience des banques face à ce risque. Le règlement sur la publication d'informations de durabilité, la SFDR, joue notamment ce rôle. En fait, elle oblige les institutions financières, dont les banques, à divulguer la façon dont elles intègrent les risques de durabilité, dont le risque climatique, dans leurs choix d'investissement. En complément, la CSRD, qui concerne les entreprises non financières cette fois, elle a pour objectif d'améliorer les rapports de durabilité. Et par effet de capillarité, la CSRD permettra aux banques qui travaillent avec ces entreprises de bénéficier de ces informations pour avoir des investissements. Plus vert ou non ? Avec la SFDR et la CSRD, nous avons donc deux réglementations européennes qui travaillent de concert pour promouvoir la transparence et la durabilité dans le secteur financier.
- Speaker #0
Et quelles sont les opportunités de ce cadre ?
- Speaker #1
Alors, il y a trois avantages. Le premier, c'est que ça va permettre l'amélioration de la gestion des risques. La banque aura une meilleure précision dans l'évaluation du profil de risque, dont le risque climat, de son client. Et donc une meilleure appréciation du risque global et une meilleure gestion du risque de crédit qui est impacté, comme on l'a vu, plus haut. Il y a aussi le fait que ça va permettre de mieux maîtriser le risque de réputation. En démontrant factuellement leur engagement vers la durabilité, les banques peuvent améliorer leur image auprès de leurs clients et des investisseurs. Et enfin, la réglementation va encourager les banques à structurer une méthodologie pour évaluer le risque climatique. Comme l'a expliqué Sonia. C'est assez compliqué et cet exercice peut amener les banques à collaborer pour monter en maturité et trouver les bonnes solutions ensemble.
- Speaker #2
Nous l'avons vu dans le cadre du podcast, c'est ce que Stéphanie présentait, les régulateurs se sont penchés sur le sujet du risque climatique. Il y a des normes en place qui sont vertueuses, mais pour l'instant on constate qu'elles restent non contraignantes. Et en l'absence d'un cadre plus structurant, les banques, pour valoriser ce risque, vont souvent passer par des tests de résilience sur leurs actifs et sur leurs clients. Mais ces tests de résilience, ils sont souvent limités, notamment pour évaluer le risque physique. Et pour appréhender ce risque, de par sa complexité, les banques ont tout intérêt à revoir leur approche de modélisation. L'enjeu, c'est que les régulateurs accompagnent les banques dans cet exercice, notamment en harmonisant les normes et les données pour accompagner la transition.
- Speaker #0
Merci Sonia, merci Stéphanie pour cet éclairage.
- Speaker #2
Merci Anne-Sophie.
- Speaker #1
Merci Anne-Sophie.
- Speaker #0
Merci à toutes et à tous pour votre écoute. Nous vous donnons rendez-vous pour notre prochain épisode.