- Speaker #0
Hello mes stars, j'espère que vous allez bien. Écoutez, moi, je sais pas, énergie un peu mitigée. Comment vous dire que moi j'ai eu mes résultats de master et que j'ai eu des refus partout. Je suis juste épuisée du système français, j'en ai marre. J'ai travaillé toute une année pour faire... un dossier trop bien, trop intéressant, trop cool, mais on dirait que ça va pas fonctionner. Et c'est ok. Et en même temps, je suis en mode, bon, c'est l'été, ça va être fun, il y a la fête de la musique la semaine prochaine. En fait, j'ai l'esprit en pétard, mais je sais pas quoi faire à la rentrée. Voilà où j'en suis. Tout ça pour dire que là j'arrive encore avec un début de story time Mais qui va avoir un rapport avec le thème d'aujourd'hui Un jour comme un autre, on est posé dans un salon de coiffure Avec des potes à moi et des inconnus Enfin il y avait des gars que je connaissais pas T'as un peu les sujets boring qui s'enchaînent On parle du dating, on parle de partir de la France On parle des parents africains, bref on parle de tout et de rien Puis tombe le sujet du black love Je précise, autour de la table on est que des noirs ça, deux femmes, donc moi et ma pote et six hommes dont des amis à moi et des mecs que je ne connaissais pas. Ça part un peu dans tous les sens. Tu as les gens qui partagent le fait que c'est la forme d'amour la plus saine. Et de l'autre côté, tu as ceux qui sont en mode « Ouais, les femmes africaines, elles sont incroyables, etc. » Bref, ils ont l'air d'être tous plutôt d'accord pour le fait d'être pro-black love et en tout cas de se sentir bien avec leur relation avec les femmes noires. Et puis tu as moi, confortablement posée dans le fond de mon fauteuil qui a le plus grand des calmes et des détachements qui leur dit « Oui, aujourd'hui, vous nous fréquentez. » parce qu'on est à la mode. Tout est une question de tendance. Comment vous dire que silence radio dans la salle accompagné de regards choqués. Évidemment, les hommes réagissent de suite par un quoi collectif. Alors que ma pote et moi, on savait très bien ce à quoi je faisais allusion. Moi, je parlais de ce passage dans nos enfances où les jeunes filles noires ont été rejetées. Pires ont été moquées, affichées par leurs semblables masculins. Passage dans l'enfance où on avait une cote inexistantes dans les rapports entre filles et garçons. On avait des tweets affreux qui nous collaient au cul, qui s'enchaînaient et qui détaignaient sur notre image collective. Parce que, du coup, ils faisaient de la femme noire une seule et même personnalité, une seule et même représentation. Celui où t'as 12 ans, on t'appelle Caraba la sorcière et on te compare même à un homme parce que tu serais apparemment plus musclé, t'aurais des traits moins fins, etc. Bref, moi je parle de cette enfance où les actes de misogynoir Merci. étaient normalisées, initiées par des hommes et souvent encouragées par des noirs eux-mêmes. Alors attention, mon propos, il n'est pas de dire que les femmes noires n'ont jamais été aimées, mais c'est de m'interroger sur la manière dont on est passé selon les époques du statut du groupe dévalorisé à celui de référence esthétique. Et je sais pertinemment que ça va être une take qui va diviser, mais ce sera la mienne pour ce troisième épisode de SSK Vision. Disclaimer avant de commencer parce que j'aime bien en faire, le but de ce podcast ce n'est absolument pas de déverser de la haine envers les hommes, envers les hommes de ma communauté et d'ailleurs personnellement j'ai eu énormément de chance d'avoir des hommes exceptionnels dans mon entourage, autant dans ma famille qu'en termes d'amis et je vous aime pour ça, shout out à vous, mais de revenir sur toute une éra dont il est impossible de ne pas se souvenir et ce autant quand tu vivais dans une grande ville comme genre Paris ou Marseille, que dans de petits villages où, on le sait très bien, les minorités sont confrontées au racisme ordinaire, au colorisme, au rejet, à l'isolement, à un peu de la friction, on va dire, dans leur... Est-ce que je peux dire dans leur recherche identitaire ? Ouais, on va dire recherche identitaire. Ah là là ! Le fameux sujet du black love. Eh, tout est dans le long. La vérité est que tout est dans le long. Aujourd'hui, tout votre TikTok, autant chez les US que chez les UK que chez les Français, tu vas tomber sur des esthétiques de black love, avec un peu les couples afro-luxury, black excellence, des clips un peu genre afro-romantique. Et même sur Twitter, tu vas trouver du « Black women are the blueprint, protect black women » . Carrément, en France, tu vas même entendre des « Ça veut coffrer sa dark skin » , « Ça ouest taf » , « Ça congolaise » , « Ça capverdienne » . Bref, c'est un peu le thème de ces dernières années. D'ailleurs, pour toute personne qui... aurait jamais entendu parler de ce terme. Ça définit tout simplement les relations amoureuses entre personnes afrodescendantes, autant hétérosexuelles que queers, etc. Mais derrière cela, t'as quand même initialement un mouvement, on va dire, communautaire de valorisation, célébration, on va dire, de son identité noire, de sa culture, notamment pour ceux qui vivent personnes afrodescendantes dans des environnements occidentaux. Parce que je pense que tu te doutes bien que c'est un peu un non-sujet quand t'es sur un territoire africain, caribéen. où la majorité des personnes sont noires. Le terme Black Love, t'as beaucoup de gens qui s'y retrouvent et qui s'y engagent, qui s'y accrochent fortement par le partage de références d'habitude. d'histoire, d'expérience commune. Mais derrière ça, se cache aussi la peur d'avoir un partenaire de vie qui ne pourrait pas te comprendre, qui pourrait un peu minimiser les difficultés, les combats que toi, personne noire, tu pourrais avoir au quotidien, au sein de sociétés occidentales. Et je trouve que c'est archi important de correctement définir ce terme Black Love parce qu'aujourd'hui, tu as beaucoup de gens qui se disent dans le Black Love alors qu'ils viennent d'autres communautés et qui vont se revendiquer dans cette forme d'amour. uniquement parce qu'ils sont attirés par des personnes afrodescendantes. Et en dehors du fait que des fois, ça cache un peu une mini, mini, mini forme de négrophilie, ça fait quand même perdre tout le sens politique et social de l'intention derrière, on va dire, la popularisation de ce terme, vous voyez. Je ne mens pas, les gars, moi, je ne suis pas très adepte de ce terme. Je ne le dénigre pas, vous voyez, je comprends totalement la démarche. Je comprends pourquoi plein de gens s'y retrouvent et les raisons pour lesquelles il y en a plein qui se revendiquent dans le black love. Mais c'est quand même... Peut-être moins évident pour moi, parce que j'ai une vision de l'amour, j'ai une attirance pour les gens qui n'est pas du tout basée sur leur ethnie, dans le sens où, en fait, moi, je n'ai aucun problème à sortir avec un blanc comme un noir, comme un maghrébin, comme une personne asiatique. Et ça n'a aucune... Enfin, je sais que c'est quelque chose que je ne peux pas, genre, ignorer, parce que l'ethnie a sa place dans la construction d'un couple, d'un foyer, dans les problématiques que l'un et l'autre vont avoir au quotidien. Mais... C'est pas pour autant que je suis en mode, bah en fait je vais rester dans le black love parce que la vie et mes relations amoureuses seraient potentiellement plus simples. Et limite, bah en fait t'as d'autres problématiques entre personnes noires dans les relations amoureuses. Ok, je pense que quand t'as vu le titre, t'as dû dire qu'on allait parler de représentation, mise en avant de la femme noire, et surtout mettre l'accent sur le fait qu'elles étaient totalement invisibilisées dans le temps. Et c'est vrai, il y a eu un manque de représentation flagrant des femmes noires. au sein de la culture, au sein du cinéma, dans la mode. On a eu une grosse vague ensuite de... Bah limite de tendance de la diversité qui est en train de s'essouffler, comme vous le voyez très bien, avec l'industrie de la mode, par exemple. Et en fait, on pourrait croire que les femmes noires n'ont commencé à être mises en avant que récemment, alors qu'en réalité, il y a quand même eu à plusieurs moments des tendances, des tentatives, on va dire, de mise en avant des femmes noires. Et là, pour un peu illustrer ce propos, Moi, je me suis basée un peu sur le cinéma noir américain des années 90. Vous voyez ? Je ne sais pas si vous vous rappelez un peu de cette éra où il y avait, genre, plein de films pro-Black Love et tout. Je pourrais, par exemple, te parler du film Love Jones, qui est sorti en 1997 et qui est probablement l'un des derniers films romantiques que j'ai vraiment...
- Speaker #1
aimé. Pour t'en parler un peu,
- Speaker #0
le film, il suit l'histoire de Nina, qui est une photographe hyper talentueuse et tout, mais qui est un peu... perdue après sa rupture et qui va donc décider de reprendre sa vie en main en s'installant à Chicago. Et là-bas, elle va rencontrer Darius qui est un jeune poète noir. Et je précise noir même si Nina l'est aussi parce que c'est pas un détail qui est anodin dans le sens où Darius revendique à plusieurs reprises son identité afro-américaine. C'est quelque chose dont il parle dans son travail et il évolue aussi dans un cercle un peu d'artistes, d'intellectuels noirs assez engagés, on va dire. En tout cas, quand tu vois un peu ses potes, c'est un peu ceux qui vont mettre en avant ce truc-là hyper, genre, revendication de son identité noire. Et bref, lui évolue un peu là-dedans. Et en fait, le film va prendre son temps. Dans le sens où on va les voir se rencontrer, flirter, se draguer, se rapprocher. Et en même temps, ils vont aussi, genre, à plusieurs reprises reculer. Dans le sens où t'as l'impression que les deux sont dans des étapes de leur vie où ils savent pas s'ils sont prêts à prendre les choses de manière sérieuse. à vraiment construire un couple. solide et en fait ce que j'ai bien aimé c'est pas une histoire d'amour spectaculaire où il va y avoir vla les dingueries des trucs un peu genre hors du commun et tout, non c'est vraiment genre une histoire simple qui ressemble à la vraie vie bien que ce soit romancé et que justement j'adore l'ambiance qui est un peu installée à un Chicago poétique jazz café, discussion tard le soir et tout, c'est hyper doux c'est hyper élégant et tout à travers leur relation on parle de plein de thématiques sur l'engagement, sur le fait de se retrouver, le fait de se perdre, de faire confiance à l'autre. Moi, j'ai adoré. Darius, il organise tellement mon date de rêve dedans. Et ce qui est cool avec cette époque-là, c'est que Love Jones, c'était pas une exception. Il y avait d'autres films dans cette trame-là qui mettaient en avant un amour noir, Poetic Justice. T'avais Waiting to Exile, t'avais... Bon, même si Waiting to Exile, je le placerais même plus dans une belle histoire d'amitié. Love and Basketball. Et t'as quand même toute une génération qui a grandi avec des films où la femme noire était désirée, elle était courtisée, aimée, elle était compliquée, elle était imparfaite, elle était humaine. Et moi, j'adorais ça. J'adorais les voir, genre, désirables et ouvertement. Rien à voir, mais à voir. En faisant un peu la liste de ces films pour préparer l'épisode, je me suis rendue compte d'un truc qui m'avait complètement échappé quand je l'ai écrit. En fait, là, je viens à peine d'y penser, les gars. Donc, si c'est un peu embrouillé, vous me dites. Mais, en fait, c'était des femmes qui portaient leurs cheveux naturels, mais qui n'étaient pas dans leur nature crépue. Dans le sens où c'était comme l'éra où c'était au lisseur, c'était au défrisage et tout. En fait là ça vient de me frapper Alors attention, ce n'est pas du tout une critique. Genre absolument pas. Moi, je n'ai absolument rien contre les mèches, les tissages, les perruques. Ce n'est absolument pas un combat que je vais mener. Genre je ne mènerai pas ce truc de anti faux cheveux contre mes gossures. Faites ce que vous voulez. J'en ai porté pendant des années. Mago, si tu veux porter tes cheveux naturels, tu le fais. Si tu veux porter ta perruque blonde platine de 30 pouces jusqu'au genou là, fais-le aussi et va briller avec ma star. mais je sais pas genre c'est juste un truc que je viens de relever et même là elles étaient pas elles étaient genre brown skin mais elles étaient pas genre au niveau de dark skin de genre par exemple moi ma carnation si vous voyez à quoi je ressemble en vrai c'est grave intéressant de se dire que même dans la représentation du black love t'avais quand même des standards dans la représentation de la femme noire de cette époque là ce qui est logique en vrai parce que l'éra du défraisage etc ça a tenu longtemps oh putain j'ai trop envie d'en faire un épisode le rapport aux cheveux, ça arrivera. Et du coup, c'est grave intéressant. Parce que du coup, elles étaient vraiment bien au centre des histoires, mais elles n'échappaient pas aux normes de beauté dominantes de l'époque. Donc j'ai voulu allonger cette liste de films à aussi, actuellement, notre présentation du Black Love, que j'adore, où on a des séries comme Insecure avec Issa Rae, on a le film d'animation Intergalactic, on a le film Queen & Slim, et d'ailleurs, ces trois références que j'adore ressortir quand on me demande ma vision du Black Love. pour moi c'est ça, même si Insecure ça reste quand même une take à part dans le sens où il y a tellement de thématiques abordées que bon c'est encore autre chose mais pour continuer un peu dans cette mini-liste si vous avez un peu besoin de conseils, vous avez Really Love vous avez la série Forever qui est sortie récemment vous avez The Photograph que j'adore avec aussi Issa Rae et putain j'oublie toujours son nom je ne trouverai pas son nom mais l'un des mecs qui est dans la série Atlanta vous avez Moonlight aussi Merci. Vous avez Rih Lane dont je vous ai parlé dans le podcast sur les bad boys. Je m'arrête là, sinon ce serait beaucoup trop long. Et bref, donc le problème, ce n'était pas que les femmes noires n'ont jamais été aimées, parce que ce serait totalement faux, bien qu'elles aient été quelque peu malmenées. Mais le problème, c'est qu'elles étaient désirables que sous certaines conditions, on va dire, dans le sens où c'était quand même des femmes actrices qui représentaient une certaine élégance, une certaine beauté, une certaine personnalité très unique. Et elles avaient aussi... rarement d'autres options, je trouve, à cette époque-là, en tout cas dans les années 80-90, que d'avoir comme partenaire des hommes noirs dans les films et les séries. Et sincèrement, si je me trompe, dites-le moi. Je suis grave ouverte au débat et j'adorerais avoir d'autres exemples de cette période-là. Parce que là, si de tête, j'essaie d'en trouver avec des couples mixtes, tu vas avoir A Bronx Tale et The Bodyguard. Vous voyez, avec Whitney Houston. Enfin bref, de toute façon, le couple... Donc, le mixte, c'est aussi un autre sujet. Si les femmes noires sont enfin célébrées, aimées en dehors de la fiction, sont devenues the blueprints, pourquoi autant d'entre elles, dont moi, racontons avoir grandi en se sentant rejetées, harcelées par beaucoup et notamment par nos semblables ? Ok, les gars, vous voyez cette idée de podcast ? Elle a toujours été dans ma liste infinie de sujets autour de l'expérience d'être une femme noire, parce que blablabli, parce qu'il faut le faire. Parce que c'est important pour la représentation, pour les plus jeunes générations, pour les plus anciennes qui ont besoin de voir et se rendre compte de l'environnement culturel dans lequel ils ont évolué, de ce qui peut expliquer aussi certains de nos comportements, etc. Mais je ne vous mens pas que le sujet, je l'ai vraiment pris en priorité suite à la grosse vague actuelle de témoignages de femmes noires marseillaises qui sont revenues, elles, sur leur enfance, marquées par... Des années et des années de mauvais traitements, d'actes racistes, coloristes, initiés par des hommes blancs, français, que par des hommes racisés dans leur ville. Donc moi je les écoute, je les écoute raconter leurs témoignages hyper poignants, des fois assez douloureux et évocateurs, on va dire pour... Puis que fut ma surprise les gars ? Quand je rentre dans les commentaires et que je vois des hommes noirs d'Ile-de-France, on va dire pour pas dire parisiens, qui les invitent en commentaire à venir sur Paris parce qu'apparemment il n'y aurait pas de ça ici. Mais en fait, fourrir. Vraiment fourrir. Et sincèrement pour ma santé mentale et pour mon système nerveux, je préfère me dire qu'ils ont juste la mémoire extrêmement courte. Parce que, et ça c'est un détail qu'il faut vraiment prendre en compte quand on compare Paris et Marseille, on a la chance du nombre à Paris. On a la chance du nombre, on est beaucoup de femmes noires. On est une ville où il y a énormément de diversité et donc très difficile d'isoler toute une minorité de manière aussi simple. Mais je peux vous dire, mes stars, qu'en tant que femme noire, supplément dark skin, supplément de quartier populaire, je peux vous dire que ça a été cardio. Moi, j'ai eu de la chance d'être bien entourée. et d'avoir une famille qui ne m'a pas isolée, n'a pas eu des actes hyper coloristes autour de moi. Franchement, je n'ai pas souffert au sein de mon cercle le plus proche d'actes de ce type, mais je peux vous dire que l'élémentaire et le collège, ça n'a pas toujours été fun. J'ai, moi et plein de potes à moi, on a reçu plein de moqueries, plein d'actes hyper problématiques, hyper dénigrants envers le fait qu'on était des femmes noires. Je pourrais même étendre le truc à... Ah bon, vas-y, mini anecdote, parce que je sais qu'il ne tombera jamais là-dessus. Mon premier copain au collège avait osé me lâcher un jour la fameuse phrase « T'es belle pour une noire, et d'ailleurs t'es la première renoi avec qui je sors » . Et en fait, sur le moment, my dumb ass comprenait pas à quel point c'était problématique. et était peut-être aveuglé par le fait que c'était mon premier copain et que voilà quoi. Mais aujourd'hui, en fait, je frissonne de gêne d'être resté avec après qu'il m'ait dit ça. Et surtout qu'il était vraiment noir, quoi. Enfin bref. Surtout qu'en dehors de ça, les termes Niafou, Fatou, les tout est noir sauf nos femmes, ça a été largement répandu en Ile-de-France. Remonte dans le Twitter des années 2010, tu trouveras. Récemment, pour vous dire, j'ai même... compris enfin ce que voulait dire FFF, Fédération des Fatoufachés. Est-ce que ce n'est pas une dinguerie de parler d'un truc pareil ? Vraiment le genre de terme, histoire de nous condamner encore une fois à cette image de femmes dures, de femmes violentes, de femmes ghettos, de femmes sauvages. Et dans la musique, mes stars, la France, je vous rappelle qu'on a quand même eu Bien Tse Koulibaly de Mokobé, le son là de Kinve Fatoumata. Oula ! je pensais jamais parler de Kinvé un jour dans ce podcast, dans certains espaces culturels et pour beaucoup de jeunes femmes noires qui l'ont vécu, le sentiment dominant, c'était clairement pas celui d'être valorisé. Et d'ailleurs, c'est super naïf de croire que ça existe plus dans la musique française actuelle. J'ai pas envie de faire les grilles du coin, mais l'intro du son maladie, là, de Mauvais Joe, moi, j'ai bugué, hein, au début. Parce que, je cite... Si ton steak, il n'est pas blond, il n'est pas bon, Renoir. Moi, je pense qu'on devrait, genre, ensemble, se prendre les mains, se poser et réfléchir à cette phrase. Sincèrement, les gars, pour mon bien mental, j'espère qu'on s'adresse aussi à ma gaussure Renoir qui va porter sa RAW R 36 pouces blonde platine dont je parlais tout à l'heure. J'ose espérer qu'il s'adressait aussi à elle. Mais, pour être honnête, mes stars, moi, je m'en fous. Je n'ai pas créé au scandale quand Guy de Besbar a chanté « Tisse mes blondes yeux bridés, ma femme, c'est comme ça que je la vois » ou quand il y avait d'autres artistes qui passaient un couplet entier à parler de leur femme idéale qui n'était absolument pas noire ou en tout cas qui ne rejoignait absolument pas ces critères-là. Parce qu'après tout, qui sommes-nous pour dicter les préférences physiques de quelqu'un ? Absolument personne, j'ai mes critères. qui resteront les miens. Sincèrement, je ne pense pas que le sujet soit là parce que si tu regardes l'histoire du rap, si tu regardes l'histoire même de la musique, des clips, de la pop culture, les standards de beauté, ils ont toujours évolué avec les tendances du moment. Tu as eu l'ère de la blonde, tu as eu l'ère de la latina, tu as eu l'ère de la maghrébine, tu as eu l'ère de la light skin métis et tout. À chaque époque, tu avais certains profils qui devenaient la référence dominante. du désir populaire, si on peut parler de désir populaire. Donc je me dis que les artistes ne créent pas seuls ces tendances, ils vont absorber leur environnement, amplifier, dans leur musique et juste le renvoyer à un public. Et en vrai, la question, du coup, c'est pas du tout de dire « Ouais, qui a le droit d'aimer qui, vous voyez ? » C'est plus de se demander « Qu'est-ce que raconte notre société quand tous les 5 ans, tous les 10 ans, on va changer de femme à la mode ? » Comme si des standards de beauté, ça fonctionnait comme par saison, vous voyez ? Et c'est pour ça que j'utilise le terme « tendance » dans le titre, parce qu'à force d'entendre les mêmes descriptions dans les sons, de voir les mêmes profils dans les clips, de voir les mêmes visages sur les réseaux sociaux, tu te rends compte qu'on ne parle plus du tout de simples préférences personnelles. On parle de tendance. On parle d'un imaginaire qui va être collectif et qui, attention, je ne dis pas que les gens ne choisissent pas librement leurs partenaires. Je dis juste, et d'ailleurs, il y a plusieurs sociologues comme Adam Azaya Green, Catherine Hakim qui expliquent que le désir, le désir, l'attirance physique, etc. elle est aussi façonnée par des normes sociales et culturelles. Autrement dit, c'est horrible de le dire comme ça, mais il va presque exister une sorte de hiérarchie de la désirabilité. Il y a certains corps, certaines caractéristiques, qui vont davantage être valorisées à une certaine époque, parce que les médias, parce que la mode, parce que le cinéma, parce que la culture vont les présenter comme les plus désirables. Et là, je peux même sortir totalement du cadre des relations amoureuses hétérosexuelles, parce que là, je parle vraiment du rapport... homme-femme, le désir ne s'étend pas qu'à l'amour, il s'étend même au cadre professionnel, au cadre familial, social, politique aussi. Et c'est pour ça que je trouve intéressant de le coupler à la discussion autour des femmes noires, pourquoi pendant longtemps, elles semblaient être les grandes oubliées avant de devenir presque du jour au lendemain, l'esthétique à avoir et à adopter. Pendant des années, le problème, ce n'était pas leur absence totale, c'était la façon dont elles étaient représentées et évoquées. Je sais pas, quand j'ai écrit le podcast, j'étais grave jumeur à rester dans la musique, donc je vais rester sur le rap. Et d'ailleurs, l'un des exemples qui est bien couplé à ça, c'est les clips et notamment les vidéos vixen. Pour te le définir en deux-deux, c'est vraiment genre les meufs des clips. Voilà. Là, je te le dis assez rapidement parce que j'ai envie d'en parler beaucoup mieux dans une autre thématique et j'ai trop hâte de développer ce truc-là. Mais c'est les meufs des clips et c'est un taf qui est tellement plus dur qu'on ne le pense. Bref, pour revenir à mon sujet, si je te... parle un peu des clips rap US des années 2000, 2010, parce que en France, j'ai l'impression qu'on n'avait pas trop de renois dans les clips. En tout cas, je vais dire les clips rap US parce que c'est safe pour moi. Les femmes noires étaient présentes, les femmes racisées étaient présentes, mais elles n'étaient jamais les sujets de l'histoire. Elles étaient là en guise de décoration pour embellir l'arrière-plan avec des corps en mouvement, pour... Mettre en avant l'artiste pour renforcer son image et sa présumée réussite masculine. Anyways, le fait d'utiliser les femmes pour prouver sa réussite, j'en parlerai dans mes mémoires. Mais en fait, on les voyait danser, poser, exister visuellement, mais rarement pour elles-mêmes. Rarement pour être la personne unique désirée dans le clip, vous voyez. Et encore une fois, c'est justement là la différence entre... être mise en avant et être réellement, véritablement représentée. Et dans les paroles aussi, il y avait de la contradiction. T'avais ce gros truc de vouloir célébrer la figure de la mère, parler de la soeur, ou parler de femmes noires si elles étaient considérées genre respectables. Et de l'autre côté, t'avais genre grave des couplets où ils entretenaient un peu ce circuit de hiérarchie du désir où t'avais certaines femmes qui considéraient naturellement plus désirables que d'autres. Et ça déteignait sur la vraie vie et sur la prise de parole de ces artistes. Aux Etats-Unis, par exemple, moi je me rappelle très très très très bien de cette interview de Kodak Black, qui en 2017, en interview avec, j'ai retrouvé son nom, c'était Shani Ellis, femme noire, by the way, et qui expliquait pourquoi il préférait les femmes noires light skin, parce que, selon lui, celle... de sa propre carnation. Je ne sais pas si vous voyez à quoi ressemble Kodak Black, mais allez chercher sur Internet. Elles étaient too tough,
- Speaker #2
donc beaucoup trop dures. Vous voyez ça,
- Speaker #0
c'est le genre de propos qui a suscité une mini vague de controverses aux Etats-Unis parce qu'il a, comme beaucoup d'hommes racisés, beaucoup d'hommes noirs, utilisé sa préférence personnelle. Pour donner un jugement de valeur sur toutes les femmes noires foncées. Mais je trouve que c'est un bon exemple pour vous répéter, parce qu'on ne le répétera jamais assez. Les gars, mes stars, faites attention à ce que vous postez, à ce que vous dites sur Internet. Parce qu'Internet n'oublie absolument rien. Et d'ailleurs, en France, les années Twitter, ça a laissé des traces. Avant qu'il y ait la tendance du black love, il y a eu des internautes qui ont gardé des archives d'artistes, de personnalités connues et tout, des screens de vieux tweets, de vieux statuts où t'avais des rappeurs qui se moquaient des femmes noires, de leur physique, de leur attitude et qui aujourd'hui en 2025-2026 se retrouvent dans des sauces parce que c'est les mêmes artistes qui vont sortir comme des petites fleurs du jardin. des morceaux où ils vont célébrer les femmes noires, où ils vont vouloir les mettre en avant dans leurs clips, vont construire une esthétique autour d'elles, vont parler en plein de références dans leurs sons en mode belle et bonnie, machin chouette, bref je peux péter un plomb la vérité, parce que c'est les mêmes rappeurs qui ne reviendront jamais sur ces déclarations, ils vont jamais s'en excuser, ils vont même peut-être nier tu vois, et alors oui j'entends le fait que c'était des tweets qui dataient de 2013, qu'on peut pas regarder l'ancien temps avec nos yeux de 2026, mais les excuses, le fait d'assumer, c'est quelque chose qui est totalement gratuit et qui est accessible à tout le monde, je pense, encore plus quand tu es une personnalité publique. Et c'est aussi pour ça que moi, je comprends totalement ces femmes qui, aujourd'hui, accueillent ce revirement avec méfiance. Elles se demandent, je me demande, est-ce que ce changement, il est vraiment sincère ? Est-ce qu'il n'est pas juste performatif ? Est-ce qu'il arrive simplement parce qu'aujourd'hui, on est un peu aimé voire je me demande même si on ne serait pas une cible rentable pour eux. Et c'est peut-être toute la question même de cet épisode, dans le sens où est-ce que les femmes noires sont davantage aimées qu'avant ou est-ce que leur image, elle est simplement devenue plus bankable ? Je sais, ne me jetez pas la pierre. Je sais très bien ce qu'on va me dire. On va me dire, Mariam, tu ramènes tout à l'argent. Mais sincèrement, les gars, regardez les trends. TikTok, regardez les esthétiques qui explosent, les codes qui vont être utilisés par plein de gens, regardez ce qui est viral. Dès que t'as une image qui fonctionne, elle va générer de l'engagement, elle va générer de la visibilité et des partenariats, les gars. Donc c'est encore une question d'argent. Oui, oui. Et dans une industrie culturelle où l'attention se monétise, il est pour moi légitime de se demander si aujourd'hui on célèbre les femmes noires pour ce qu'elles sont ou parce qu'aujourd'hui elles font vendre. Et si, putain, en fait, là, je vais aller au bout de ma pensée. Je vais vraiment aller au fond de ma pensée. Moi, je me demande même si, aujourd'hui, pour certains, sortir avec une femme noire, c'est pas simplement devenu plus acceptable, socialement, qu'il y a genre 10 ans, 15 ans. Est-ce que, limite, certains d'entre eux, certains hommes, là, je parle pas du tout d'origine, d'ethnie ou quoi que ce soit, auraient moins peur du regard des autres par rapport au fait de sortir avec une femme noire ? Est-ce qu'ils auraient moins peur que ça ruine ? maintenant leur image, leur potentiel statut social. Vous voyez ? Vous savez que ça, c'est mon... le cauchemar de ma vie, genre. Sincèrement, j'ai pas de réponse. J'ai juste mon imaginaire qui se met en marche quand j'y pense. Dites-moi si je mélange tout. Moi, je pense pas. Bon, je pense que mes stars, je n'ai absolument pas besoin de revenir sur la quantité de sources, de prises de parole, d'exemples que vous allez avoir sur l'impact des femmes noires sur les tendances de beauté, que ce soit dans la coiffure avec les tresses, les tissages, les perruques colorées, que ce soit dans les standards corporels aussi, parce que c'est ultra visible en vrai dans la pop culture, les grosses fesses, les lèvres pulpeuses, les silhouettes curvy, même si évidemment il y en a dans d'autres communautés. Et sans oublier aussi la hype autour du terme baddie, qui était absolument pas bien vu avant. Je pense aussi que je n'ai pas besoin de te rappeler à quel point des... figures de pop culture comme les Kardashians ont pu foutre le port d'elles en termes d'appropriation culturelle et que résultat, la mode, la beauté se sont gavées, se sont remplies les poches avec. Aujourd'hui, clairement, les femmes noires sont devenues une référence culturelle mondiale, qu'on le dise ou pas officiellement. Carrément, je pense que je vais m'arrêter là sur le rapport à l'esthétique parce que ça mériterait un épisode entier. Pour conclure, moi, je vais supplier personne d'aimer les femmes noires c'est absolument pas mon combat, je m'en fous et honnêtement je me vois même pas à l'intérêt d'en faire un rituel collectif d'humiliation en demandant un truc pareil, vous voyez, par contre et là je vais m'adresser aux hommes noirs donc ouvrez bien vos oreilles parce que bizarrement on entend ce genre de débat uniquement dans notre communauté et pas dans d'autres Donc écoutez très bien ce que je vais vous dire. Quand vous ressentez le besoin d'expliquer à quelqu'un pourquoi les femmes noires ne sont pas votre style, évitez le « c'est comme mes sœurs » , « c'est comme ma mère » . Évitez les généralités de « elles sont trop ceci » , « elles ne sont pas assez cela » . Des fois, la simplicité, c'est la meilleure des réponses. Dites « hé, ce n'est pas mon délire » . Enfin, ça sera plus clair, ça sera plus honnête et ça évitera que vous transformiez votre préférence en une sorte de justification morale, vous voyez. Et puis, je ne vous ai même pas dit comment ça s'était terminé, ce débat au début. Mais en fait, MDR, ça s'est terminé en... En fait, on n'a jamais trouvé de terrain d'entente, dans le sens où, eux, ils refusaient d'admettre que les femmes noires ont vraiment été des réels targets pendant des années. Et moi, je refusais de modérer mes mots, parce que c'était, pour moi, les meilleurs utilisés. Donc, ils n'étaient pas contents. j'étais pas contente et j'avais absolument pas envie de m'excuser de penser et ressentir ce que je voulais ressentir fin en fait n'empêche j'ai quand même fermé leur bouche au moment où j'ai fini par leur demander combien d'entre eux avaient pris la défense d'une femme noire c'était interposé quand elle se faisait bully devant eux dans la rue, dans une salle de classe sur internet, pendant un repas de famille, je peux vous dire que là il y a eu un second silence radio parce que les femmes noires elles ont pas attendu d'être mises sur un piédestal elles ont su Avec le temps, avec la patience, après la création, le développement d'amour propre, se le créer elle-même. Et peut-être qu'elle demande, en fait, juste aujourd'hui, quelque chose de beaucoup plus simple, qu'on arrête de les utiliser comme des arguments marketing dans la culture, qu'on arrête de les comparer, elles, à d'autres femmes. Je pense qu'aujourd'hui, elle demande juste qu'on les aime pour elles, pour ce qu'elles sont, pour leur beauté, et encore plus, je pense, pour leur singularité. Voilà ! J'espère que t'as bien aimé cet épisode, ma star. illitée. tellement long, le montage va être atroce pour moi, dis-moi ce que t'en penses que tu sois le sujet central ou non j'adorerais que tu me parles un peu de toi ton témoignage, de ta vision de ce qui se passe actuellement, culturellement marketingement parlant aussi, et voilà quoi, dis-moi ce que t'en penses je suis grâce chaude d'avoir ton retour et je te fais de gros bisous, on se dit à plus tard pour un prochain épisode et je te dis même, bonne fête de la musique en avance, bisous !