Speaker #1Alors déjà, il faut quand même savoir que j'ai toujours été une personne qui utilisait l'humour quotidiennement. En fait, dès qu'il y avait des choses un petit peu plus compliquées, c'était moyen à moi de rebondir. Donc c'était quand même déjà une base dans ma vie que j'avais et que j'ai toujours gardée. Et lorsque je suis tombée malade et donc que j'ai été pour la première fois confrontée à une hospitalisation, je me suis dit en fait j'ai Plus rien, je ne vais plus à l'école, je ne vois plus mes copines, je ne vois plus ma famille, les gens ne me comprennent plus. Donc il faut que je trouve un moyen de quand même m'occuper puisque les journées vont être longues. Et lors de ma première hospitalisation, comme j'étais en fait aux urgences, j'avais le droit à mon téléphone et j'avais mon téléphone. Et moi c'est vrai qu'au quotidien, même si j'étais très fatiguée, que j'étais très faible, je continuais quand même à faire des vannes sur ce qui m'arrivait. Et un jour, j'ai ma maman qui me dit « mais occupe-toi » . Toi, ouvre-toi un compte Instagram et fais tes blagues. Et c'est vrai qu'au début, j'étais un petit peu réticente parce que je me suis dit non, je n'ai pas envie en plus d'attirer des gens avec la maladie parce que ça peut aussi être mauvais, néfaste. Parce que je suis anorexique et je sais que sur les réseaux, c'est quelque chose qui est aussi beaucoup mis en avant et je n'ai pas envie qu'on pense que je glorifie un petit peu l'anorexie. Donc, j'étais un petit peu réticente et finalement, je me suis dit bon, pourquoi pas ? Je vais le faire intelligemment et je vais m'en servir pour moi un petit peu... continuer à me préparer, m'habiller parce qu'il faut vite aussi devenir un petit peu... On peut se perdre un petit peu à l'hôpital. Donc j'ai ouvert ce compte Instagram et en fait j'ai fait des blagues sur ce qui se passait dans mes journées avec la maladie ou à l'hôpital. Toujours forcément très cadré sans forcément évidemment s'en montrer dans l'hôpital dans lequel j'étais ni les médecins ou quoi que ce soit mais vraiment basé sur moi ma pathologie. Et en fait ça a pris. J'ai gagné quelques abonnés comme ça. Et donc, ça m'a amusée. Alors forcément, j'ai aussi été confrontée à des choses plus dangereuses parce que les gens sur les réseaux, on le sait très bien, il y a de tout. Et donc, se montrer aussi malade, même si moi, j'étais toujours là, joyeuse, à vraiment juste faire mon truc dans mon délire sans vraiment dire que voilà, je ne voulais vraiment pas faire passer le message de « Ah non, ici, c'est trop bien » et voilà, parce que j'étais quand même très joyeuse sur les vidéos. Et pourtant, on pouvait bien voir que finalement, je souffrais quand même beaucoup. Mais j'ai été confrontée à des critiques. J'ai reçu des tonnes et des tonnes par message de squelettes. Les gens m'envoient des squelettes. Ils disaient que j'allais mourir, que c'était la vie, que c'était comme ça, que c'était mon destin. Donc les gens sont très méchants. Ça peut être dangereux. Je pense qu'il faut être très solide et il faut faire attention. Moi, j'ai eu un entourage à ce moment-là, c'était bien. Et puis des fois, quand on voit que ça part un peu trop loin, on s'en dure que les... on s'efface quelques temps. Mais j'avais aussi beaucoup de gens qui étaient très gentils et des gens qui ne me parlaient pas forcément que de la maladie. Parce que je suis une personne, j'ai quand même une personnalité. Moi, j'adore la mode, j'adore les paillettes, j'ai beaucoup d'énergie. C'était aussi quelque chose que je mettais en avant. Je ne montrais pas que le côté malade et c'est triste. Non, vraiment pas. Ce n'était pas du tout le message que je voulais faire passer. Donc, j'ai fait ça lors de ma première hospitalisation. J'ai gagné quelques abonnés. Je suis arrivée à 100 000 abonnés sur Instagram. Et après, je me suis dit... J'ai commencé à aller un petit peu mieux. Puis, je suis sortie de ma première hospitalisation. Et lorsque je suis retournée dans la vraie vie, entre guillemets, malheureusement, j'ai perdu tous les kilos que j'avais gagnés parce que j'ai été hospitalisée en urgence et qu'on m'a posé une sonde. Alors, c'est très bien. Ça m'a sauvée du danger vital. Mais ça ne m'a jamais réappris à manger. On ne s'est pas occupé de la maladie. On s'est occupé du vital. Donc forcément, quand je suis ressortie, je ne savais pas... mieux manger, je ne savais rien de plus sur la maladie. J'étais toujours au smal, même plus, j'ai envie de dire. Et donc en fait, j'ai dû un petit peu arrêter, j'ai un petit peu mis en pause les réseaux. Alors j'ai continué à faire des blagues, etc. Mais voilà, je n'avais plus la même énergie. Et donc j'ai laissé ça un peu de côté. Et c'est lorsque j'ai été à nouveau... hospitalisée en septembre 2024, que j'ai eu là pour le coup un vrai changement de vie, j'ai envie de dire. Puisque donc moi quand je suis sortie en février 2024 en fait de ma première hospitalisation, j'ai reperdu donc tout mon poids et il y a eu une demande de prise en charge qui a été faite en mai 2024 et elle a été acceptée en fait qu'en septembre 2024. Donc de mai à septembre, je suis restée chez moi mais dans un état complètement pitoyable hein puisque je suis descendue à 24 kilos. J'étais vraiment, pour le coup, là c'était très très dur. C'était une période, ça a été la plus dure de toutes les années, de tous les mois où j'ai été vraiment touchée par la maladie puisque je ne faisais vraiment plus rien. Là, j'avais vraiment même mes organes qui étaient très fatigués. Donc, c'était très compliqué. J'étais chez moi, il n'y avait pas de place même aux urgences parce que l'été arrivait et que le service fermait. Donc, il n'y avait même plus de lit en urgence et puis je restais pour le coup vraiment là à la mort. Moi, j'avais préparé mon enterrement parce que les médecins avaient dit à mes parents qu'elle ne va pas tenir puisqu'elle ne veut rien faire pour aller mieux. Donc, je pensais vraiment que j'allais mourir, que je n'allais pas tenir l'été. Je savais que j'avais une place en clinique spécialisée en septembre qui m'attendait, mais mon but, c'était de ne pas dire entrer parce que mon but, c'était de mourir. Et puis, je savais que là, j'étais vraiment à la fin. Mais ça peut être choquant, mais ça fait mal. Vraiment, ça fait très mal d'attendre la mort parce que quand on reste plusieurs mois comme ça dans sa chambre... à bouger, à savoir que le monde continue de tourner mais tout s'arrête. En fait ça fait très mal et puis je souffre parce que j'ai beaucoup de douleurs, je suis très maigre donc j'ai mal partout. Donc c'était compliqué et en fait en juillet, un week-end, ce qui s'est passé c'est que mes parents qui souffraient beaucoup de la situation puisque là dans la FCI on en parle beaucoup quand on en est atteint mais l'entourage c'est aussi des victimes à côté puisque c'est quand même très lourd de soutenir une personne atteinte d'une pathologie comme celle-ci. Et en fait, un jour, mes parents ont décidé un petit peu de se libérer l'esprit et ils ont été voir un spectacle. Ils ont été voir un humoriste comme ça qui passait à côté de chez moi. Et cet humoriste qui était Arnaud Delanche. Et le lendemain, en fait, quand ils sont rentrés, ils m'ont dit « Ah, c'était super, ça nous a fait du bien » . Et moi, j'étais très contente de voir mes parents un petit peu sourire et j'étais contente de savoir qu'ils avaient rigolé le temps d'une soirée parce que c'était vraiment ce qui se passait au quotidien. Et donc, en fait, ils m'ont dit « D'ailleurs, tu devrais te renseigner parce que je crois que tu as été atteinte d'anorexie aussi » . Et moi qui adorais le humour, je ne le connaissais pas du tout. Et je me suis dit « Je vais voir ça » . Et j'ai regardé son interview puisqu'il avait donné une interview en espérant qu'il avait été anorexique. Et en fait, moi je me suis dit « Waouh ! Quel beau parcours ! » C'est très inspirant et c'est certainement ce dont j'aurais rêvé un petit peu quelque part puisque je me reconnaissais beaucoup en lui dans comment il expliquait la maladie. Et c'était très rare, j'étais vraiment peu de fois tombée sur des vidéos où tu parlais de maladies où je me reconnaissais dedans. Et donc là, en fait, ça m'a touchée. Et ils faisaient le métier de mes rêves parce que moi, je rêvais d'être humoriste. Je rêvais de monter sur scène. Et donc, en fait, je ne sais pas trop ce qui s'est passé dans mon cerveau. Alors, quand on est anorexique et surtout au stade où j'étais, on perd un peu le contrôle dans tout au niveau du cerveau. Et c'est vrai que je n'ai pas vraiment réfléchi. J'ai pris mon téléphone et je lui ai écrit un message alors que je n'écris jamais à personne. Et je lui ai dit « J'ai vu votre interview. Mes parents sont de vous voir. Je trouve ça très inspirant. Merci de... de témoigner, merci de faire passer un message encourageant comme ça auprès des jeunes et auprès de toutes les personnes qui sont atteintes de cette maladie. Parce que voilà, moi je fais aussi des blagues et c'était mon rêve de petite fille de monter sur scène. Là, je vais mourir. Je dis ça comme ça parce que c'est en plus très violent le pauvre. Mais je dis là, je vais mourir. Mais je voulais juste vous remercier en fait parce que je trouvais ça beau et que j'étais contente d'être tombée sur votre interview avant de mourir. Et c'est tout. Et je pense vraiment à rien dans ma tête quand je lis ça. C'est juste... « Merci parce que j'étais vraiment touchée par ce qu'il avait fait sur les réseaux. » Et donc, je le remercie et c'est tout. Et par chance, il me répond très rapidement et il me remercie et tout ça. Et puis en fait, voilà, il me demande un coup de j'en suis dans la maladie donc je lui explique. Mais on ne parle même pas vraiment de spectacle ou autre, de rêve de petite fille, vraiment juste qu'on s'arrête à la maladie puis on arrête de discuter. Et ce qui se passe, c'est qu'en fait, il retombe… enfin moi je continue quand même de temps en temps les vidéos humoristiques sur la maladie et donc il est revenu m'envoyer un message pour prendre de mes nouvelles et il m'a dit ah oui mais je vois en fait que tu fais des vidéos sur Instagram et c'est quand même marrant pour une fille qui est en train quand même de mourir et ça se voit bien physiquement que je ne suis plus du tout là mais tu as quand même de l'énergie mine de rien en fait et c'est assez marrant quelque part Et il nous dit « Écoute, moi je peux te proposer quelque chose. Je reviens à côté de chez toi en janvier prochain si tu reprends tranquillement. Viens faire ma première partie si c'est ton rêve, petite fille. Je te donne cinq minutes et tu viens. » Et c'est vrai que moi, j'ai trouvé cette proposition un petit peu folle parce que je me dis qu'on ne se connaît pas. Il ne me connaît pas, je ne connais pas. Il me propose ça. Et du coup, très vite dans mon cerveau, ça a fait... Bon, il sait que je vais mourir. Il sait que je n'ai plus de chance de survivre. Donc, il me dit ça un peu pour être gentil et parce que certainement, ça l'a fait un peu marrer, mais il ne va jamais le faire. Donc, je ne m'y crois pas du tout, mais je lui dis quand même oui. Mais ce n'est pas vraiment quelque chose que je retiens. Et puis en fait, ça a été en juillet. Et puis moi, je rentre en clinique en septembre. Et de juillet à septembre, il a... régulièrement pris de mes nouvelles. Il m'envoyait souvent des messages, mais moi je me suis dit qu'il était gentil, le message l'a certainement touché. Mais par contre, je n'avais pas changé mon avis sur le fait que je ne pensais vraiment pas qu'il allait me faire faire une première partie si j'en prenais 3 kilos. Donc du coup, moi je rentre en septembre dans le camp clinique, puisque du coup, de juillet à septembre, il a quand même réussi à faire quelque chose d'incroyable que personne n'avait réussi à faire. C'est qu'il m'a quand même maintenu. Je n'ai pas réussi à prendre du poids, mais j'ai réussi à ne plus en perdre. parce que c'était quelqu'un de très encourageant. Il me demandait régulièrement s'il avait réussi à manger dans la journée, si j'avais réussi à brancher ma sonde, si j'avais bien supporté la nutrition entérale. Et c'est marrant parce que pourtant, j'avais des parents très inquiets. J'avais des parents qui pleuraient, j'avais une famille, j'avais des amis qui me regardaient et qui me disaient « il faut faire ça » . Ils me disaient la même chose que ce qu'ils me disaient finalement et ça ne marchait pas du tout. Et là, un inconnu a quand même réussi à faire quelque chose d'incroyable puisque ni les médecins, ni les parents avaient réussi à faire ça jusqu'à ce moment-là. Donc, c'est vrai que j'ai longtemps cherché à comprendre pourquoi lui, ça avait fonctionné. Je pense qu'il y a ce truc de « c'est un regard extérieur » , il ne me connaissait pas et il m'a fait confiance. Alors, je suis allée à ce truc de « je ne peux pas le trahir quelque part » . Donc, j'ai réussi à me maintenir et en septembre 2024, je suis rentrée dans une clinique spécialisée dans les trucs du comportement alimentaire. Et pour le coup, là, c'est vraiment très sévère parce qu'on nous enlève notre téléphone. Moi, j'ai été donc un petit peu médiatisée, ce qui n'a pas plu, on ne va pas se mentir aux médecins. donc j'ai été priver téléphone bien plus longtemps que ce qu'il aurait fallu et ce que les autres patients ont fini aussi. Mais parce qu'on nous enlève beaucoup de choses, on ne devient plus vraiment très humain quand on rentre dans une clinique comme ça. Donc ça a été très compliqué pour moi parce que je me suis dit « Ok, je n'ai plus rien et je suis quand même au bout de ma vie puisque je fais quand même 24 kilos et je ne sais pas comment je vais m'en sortir. » Donc je suis enfermée dans cette clinique sans rien, sans mes parents, je n'ai pas de visite, je n'ai rien. j'ai vraiment plus de nouvelles du monde extérieur mais j'ai quand même un carnet et en fait à ce moment là, quand je me trouve entre ces 4 murs où j'ai plus rien et que je ne peux plus rien faire et que je ne sais pas comment je vais terminer je me dis bah au moins écris dans ce carnet là des blagues et juste ça te fait rire quoi donc juste amuse-toi sur ce carnet là et en fait j'ai été aux Césées moi de septembre 2024 à décembre 2024 et pendant toutes les semaines, j'écrivais ce qui se passait j'écrivais sur tout ce que je voyais, les autres de le patienter, moi, ce que je subissais. Et je l'ai transformé de manière humoristique. Et quand j'ai récupéré mon téléphone mi-novembre, j'ai voulu voir si ce fameux Arnaud m'avait renvoyé des messages ou pas. Et en fait, j'ai vu qu'il me suivait toujours, qu'il avait même pris des nouvelles via mes parents. Donc, je me suis dit « Ok, peut-être que c'est sérieux et que finalement, la proposition tient toujours. » Et moi, même si je ne m'étais pas faite d'idées, quelque part, j'ai quand même écrit des vannes sur ce carnet. Il y avait quand même quelque chose dans mon cerveau. Donc, ce qui s'est passé, c'est que quand il a vu que j'avais récupéré mon téléphone, il m'a envoyé un message et il m'a dit « Est-ce que tu as repris 3 kilos ? » Parce que si tu as repris 3 kilos, moi je suis toujours en cas que tu viennes en janvier. Donc là, il était mi-novembre, je me suis dit « Bon, peut-être qu'il est sérieux. » Et je lui ai dit « Écoute, oui, j'ai repris 3 kilos, j'en ai même pris 5. Donc, moi, j'ai écrit des vannes, si tu veux, je peux les envoier. » Et c'était OK. Moi, oui, je peux venir si je suis sortie de l'hôpital. Et j'envoie les vannes. Et en fait, il était très étonné parce qu'on m'a dit « En fait, c'est vraiment marrant. » C'est vraiment marrant. Et non pas qu'il devrait penser que c'était lui, mais c'est ce truc de... Il s'est dit « Oui, elle fait des blagues, mais on ne sait jamais ce que ça donne. Est-ce que je suis capable d'écrire une première partie ? » Les différences entre Instagram et monter sur scène quand même. Donc, il a dit « Non, non, c'est quand même drôle. » Et là, forcément, lui avec un œil de professionnel, il a retouché des petites choses, mais très peu finalement. Et la vérité, c'est qu'il m'avait dit 5 minutes et que moi j'ai écrit 20 minutes de spectacle. Et donc, j'ai continué mon petit bout de chemin à la clinique. J'ai pu sortir juste avant de monter sur scène. Je suis sortie trois semaines avant de monter sur scène. Et en fait, le 17 janvier 2025, je suis arrivée dans cette fameuse salle. C'était à Château-Giron à côté de chez moi. Et l'histoire avait été un petit peu médiatisée parce que Arnaud en avait parlé de son côté. Les médias s'étaient intéressés à mon parcours. Donc, les gens qui venaient le voir à ce moment-là, Arnaud, c'était une salle de 600, savaient que j'allais être là, connaissaient mon histoire, connaissaient un peu tout le parcours et tout le processus qu'il y avait derrière ça. Donc, j'étais attendue aussi. Je n'étais pas juste une première partie qui venait comme ça. Donc déjà, moi, j'étais rassurée. Et puis, il faut savoir que ça a été très choquant pour moi parce que j'ai vécu un enfermement pendant quatre mois. Et d'un coup, je sors et j'ai à peine revu ma famille que je vais me retrouver devant 600 personnes. Je suis encore très faible parce que je ne faisais quand même que 30 kilos. Donc, j'étais quand même un petit poids. Et moi, j'ai voulu monter en talons. J'ai voulu faire comme si vraiment tout allait super bien. Et j'étais trop contente. Moi, je vivais mon rêve. Mais à la fois très apeurée parce que, comme je dis, j'ai perdu beaucoup confiance en moi lors de cette hospitalisation qui a été très dure et tout n'est pas normal dans ce genre d'hospitalisation-là. Mais c'est encore un autre sujet. Et donc du coup, le fait d'être enfermée et là d'un coup sortir, j'ai eu très peur de voir des gens, juste des gens. Et puis j'avais aussi peur un peu de rencontrer Arnaud parce que je ne le connaissais pas mine de rien. même si lui s'était présenté à mes parents entre temps moi je connaissais pas vraiment et je suis arrivé je dis bon bah voilà comme tu sais moi j'ai plus de cinq minutes j'ai 20 minutes donc qu'est ce que je coupe est en fait il m'a fait le super cadeau de nous laisser jouer 20 minutes ce qui est très dangereux non parce que quand on a un humoriste et qu'on a une première pratique qu'on ne connaît pas qui n'a jamais fait ça de sa vie qui a tout juste 18 ans et qui qui a conduit 20 minutes comme ça et qui sans doute on sait pas comment en fait je vais réagir une fois arrivée sur scène Donc, c'était très courageux de sa part. Et il m'a jetée sur scène ce 17 janvier devant 600 personnes. Et ça a été certainement le plus beau jour de ma vie parce que je me suis ensuite fait tatouer la date sur le poignet. C'était le plus beau jour de ma vie parce que j'avais un micro et moi, je voulais parler dans ma vie. Je voulais adresser un message. Et là, j'étais vivante et je ne savais pas encore bien ce que je voulais dans ma vie. J'avais repris du poids parce que je voulais monter sur scène, mais je ne savais pas vraiment si j'allais une fois descendre de la scène pour continuer à... reprendre ce poids-là parce que ma vie était toujours la même, j'avais quand même toujours la maladie en moi. J'avais réussi à reprendre ce poids-là parce que j'avais cet objectif-là mais est-ce que ça allait tenir longtemps ? Je ne pense pas honnêtement. Donc j'avais un peu peur de ça donc j'ai vraiment profité de ce moment ces 20 minutes. Le public a été adorable parce que j'ai droit à une standing ovation et les gens ont rigolé, vraiment les gens ont rigolé et moi ça m'a rassurée. Et en fait du moment où j'étais sur scène, que j'avais le micro et que je voyais que les gens rigolaient tout de suite ça dans ma vie a changé « Ok, c'est ça que je veux faire et si je veux faire ça, il faut vivre. » Parce que si je suis mort, je ne peux pas le faire. Donc en fait, je veux vivre. Maintenant, il faut vivre et pour vivre, il faut manger. C'est automatique. Donc je suis descendue de cette scène-là après et j'ai pleuré. Vraiment, j'ai pleuré pendant deux jours après. Ça a été très dur de se remettre de ce choc parce que c'est un gros changement. Et j'ai dit « En fait, je vais manger parce que moi, je veux faire ça. » Sauf qu'en réalité, je ne savais pas du tout si j'allais pouvoir continuer parce que ce n'était pas du tout ce que j'avais... dans ma tête comme idée. Moi, c'était une première partie. et puis ma vie va se mettre comme ça puisque les patientes que j'ai connues en fait en plus en clinique, elles aussi étaient là depuis des années donc j'ai compris que c'était une maladie un petit peu qui peut vraiment très vite s'avérer chronique et j'allais être comme ça toute ma vie. Donc, j'avais un peu peur de ça et là je me suis dit je ne veux certainement pas ça et en fait, ça avait tellement bien fonctionné ce 17 janvier qu'il y a un producteur qui était aussi dans la salle ce soir-là qui m'a proposé de venir jouer deux jours après dans son festival donc je me suis dit ok, bon, peut-être que je suis un peu drôle quand même. Et donc, j'ai fait une deuxième scène sans Arnaud. Et là, j'ai dit, OK, c'est vraiment, vraiment, j'adore ça. Même s'il n'y a pas toute l'histoire à côté, c'est vraiment ça que j'aime faire. Et en fait, ensuite, Arnaud, comme la première, c'était très bien passé, les gens m'avaient beaucoup aimé, il m'a dit, si tu veux, tu viens faire quelques autres premières parties dans d'autres villes. Et donc, j'ai commencé à en faire une deuxième, une troisième. Et après, les gens comprennent pris l'histoire, les gens appréciaient l'histoire. Moi, j'appréciais aussi la scène et puis je me suis améliorée parce que forcément, je n'avais quand même pas de base dans le métier et c'est un vrai métier, ça s'appelle. Donc, j'ai appris au fur et à mesure des premières parties et jusqu'à ce qu'ils me disent « viens faire toute ma tournée en fait » . Donc, j'ai eu le droit de faire toute la tournée et entre-temps, il y avait juste deux grosses scènes qui étaient la cigale à Paris, donc une scène mythique et la bourse du travail à Lyon qui sont deux grosses scènes très importantes où là, il y avait un plus gros enjeu. Il fallait que je sois vraiment physiquement plus présente. Donc du coup, j'avais un petit peu ce deuxième challenge. Si je voulais faire les grosses premières parties, il fallait que je reprenne encore un petit peu de poids. Parce que du coup, moi, j'ai arrêté d'aller à l'hôpital parce que l'hôpital, je n'avais plus de suivi ensuite. Et puis on ne va pas se mentir, la médiatisation et le fait qu'on était sur scène, ça ne plaît pas aux médecins. Donc c'était très compliqué. Et donc en fait, j'ai pu faire toute la tournée. Arrivé avril, Armando m'a proposé de me produire parce qu'il m'a dit tu t'améliores, je vois que t'aimes ça, je vois que tu bosses. si tu veux, comme je sais que tu vas pas à l'école là avec la maladie moi je veux bien te produire pour si tu veux écrire ton premier spectacle j'ai dit bien évidemment, moi c'est ça qui me fait vie actuellement, c'est ça qui me c'est ça qui me tient. Et puis, du coup, j'arrivais plus facilement à me libérer de certains de mes tocs. J'ai appris beaucoup de choses juste sur le tas, en fait, dans la vie et du coup, dans le fait de remanger aussi. Et donc, la décision de produire et puis en juin, j'ai eu le droit quand même puisque j'avais repris mes kilos de jouer à la cigale et la course de travail qui ont été des salles que je n'oublierai jamais dans ma vie, surtout à 18 ans et alors que ça ne fait que 6 mois qu'on monte sur scène et qu'on ne connaît rien au métier et qu'on est encore physiquement quand même fragile, c'était... Quelque chose qui a changé ma vie. Et puis, j'ai vraiment réappris au-delà de juste la scène, monter sur scène et être auprès des gens, à vivre. J'ai vraiment réappris à vivre parce que j'ai pris le train. Et puis, moi, j'étais quelqu'un de très solitaire avec la maladie. Donc, j'ai appris à me dégommer toute seule. J'ai appris à manger au restaurant, faire des déjeuners professionnels avec des gens. Et donc, quand forcément on se retrouve face à des personnes importantes, on ne peut pas se dire « Non, je ne vais pas manger. Je vais refuser de manger ce plat-là alors que je suis dans un bon restaurant. » à me libérer de beaucoup de choses, de la maladie, qui ont fait que c'est comme ça finalement que j'ai réussi à guérir de plus en plus au fil du temps. La clinique m'a beaucoup servi pour le côté vital en effet, mais pour ma part, et c'est mon avis, mais on nous a... Enfin, j'ai été enfermée et c'est juste ce que je retiens moi de cette clinique. J'ai été enfermée, on m'a mis une sonde. Certes, ça m'a fait reprendre un peu de poids, mais il n'y a rien de plus. Alors oui, je suis avec une psychologue et une psychiatre, mais ils ne me connaissent pas vraiment et je pense qu'ils n'ont pas tous envie vraiment de me connaître. Donc, je pense que si aujourd'hui la maladie est aussi peu finalement comprise par tout le monde, c'est parce que je pense que même les médecins n'ont pas la clé sur cette maladie. Et je suis l'exemple. J'ai connu vraiment beaucoup de médecins. J'ai entendu beaucoup de discours. Je ne crache pas dessus. Il y a beaucoup de choses qui m'ont aidée. Mais je pense qu'il faut surtout avoir un objectif, une passion, quelque chose qui nous tient. Parce qu'une fois qu'on revient à la vie réelle, j'ai envie de dire, et qu'on sort de l'hôpital… La vie, elle est pareille. Donc si on n'a pas soigné vraiment le problème de fond ou si on n'a pas changé quelque chose dans notre vie, c'est très difficile de s'en sortir.
Speaker #1Je pense que le côté de la remutation est forcément inévitable. C'est humain et il faut... Moi-même, je sais que je n'ai pas toujours été pour avoir la sonde, etc. Mais c'est normal. On est malade, personne n'a envie d'avoir une sonde dans le nez. Et puis en plus, on sait que ça va nous faire prendre du poids. Donc forcément, on n'en a pas envie. Et souvent, on est là et on se fâche et on dit « les médecins ne comprennent pas » . Mais ça, c'est le côté maladie qui parle parce qu'on en a quand même besoin et il faut quand même être à l'écoute de ce que les soignants nous proposent parce qu'ils sont quand même soignants, ce que nous ne sommes pas. Donc il faut quand même savoir les écouter. En revanche, ce que moi j'ai en tout cas reproché dans mon suivi, c'est que… on fait quelque chose de très sévère et on fait surtout quelque chose d'identique pour tout le monde. Or, tout le monde n'est pas... Déjà, tout le monde n'a pas la même raison. Tout le monde n'est pas devenu anorexique de la même manière. Tout le monde n'a pas non plus... L'anorexie, c'est quand même plein de symptômes différents. Je ne connais pas d'anorexie qui est pareille exactement. Donc du coup, déjà, s'intéresser vraiment à l'anorexie que la personne a en face d'elle, ce qu'on a, ce qu'elle a, ce qu'elle subit. Puisque moi, je sais qu'on m'a dit, tu rentres dans cette clinique, mais si tu rentres dans cette clinique, déjà, t'es obligé... d'être sous un dépresseur. Or, je n'étais pas dépressive. Donc, c'est très étonnant et on m'a répondu oui, mais c'est comme ça pour tout le monde. Sinon, vous n'avez pas votre place. Mais ce n'est pas normal. Je ne suis pas dépressive. Et je ne l'étais pas. Ma médecin traitante, elle a fait un courrier et elle a dit, on n'a pas besoin de mon dépresseur. Donc du coup, c'est très compliqué. On se retrouve enfermé entre quatre murs. On n'a pas le droit de sortir. On n'a pas le droit de téléphoner. Ce que j'entends, il y a une coupure normalement de 15 jours qui est faite dans beaucoup de cliniques en France. Ce qui peut être routine parce qu'on le sait, avec Skinny Talk par exemple sur les réseaux, C'est très néfaste quand on est anorexique, pour d'autres maladies, mais l'anorexie, on l'a vu dernièrement. Et donc je peux l'entendre, mais au bout d'un moment, quand on trouve ça dur et qu'on voit qu'il n'y a pas d'effet vraiment favorable sur la personne, il faut peut-être revoir certaines choses. Parce que se couper du monde, c'est très bien en effet. On ne voit plus rien, du coup on ne vit plus. Et donc forcément, il y a beaucoup moins de choses qui nous font retomber, mais on ne vit plus. C'est bien le problème. On n'a plus de vie et plus on est enfermé, je trouve... Plus c'est difficile de sortir, et c'est certain parce que moi aujourd'hui j'ai la chance de sortir et de vivre et d'être dehors. Mais j'ai toujours un lien avec certaines amies que je me suis faites en clinique. Et elles, ça les terrifie quand je leur explique ma vie, ça les terrifie. Elles me disent mais comment tu fais pour sortir ? Comment tu fais pour voir des gens ? Et pourquoi elles pensent comme ça ? Parce qu'on les a enfermées, parce qu'on les a coupées de tout. Et parce qu'on leur a dit non maintenant t'es malade, toi tu restes sur ton lit. Et c'est pour ça que moi je connais des... La plupart des patients que j'ai connus sont là depuis des années, vraiment depuis des années. Il y en a, ça fait 12 ans qu'ils sont là. Un bout d'un moment, quand ça fait 12 ans que tu es là, et peut-être revoir le processus, je veux dire, ça ne marche pas, on le voit. Donc il faut changer des choses. Et je pense qu'on veut trop couper du monde le patient, ce qui n'est pas toujours vraiment favorable. Et surtout qu'on traite tout le monde de la même manière. Or, tout le monde n'a pas les mêmes symptômes. L'anorexie, il n'y a pas qu'une façon d'être anorexique en fait. Donc je pense qu'il faut plus s'intéresser déjà à son patient, sa vie. Parce que comme je dis, l'anorexie pour la plupart en tout cas c'est une conséquence et ce n'est pas juste une maladie qui tombe du ciel. Donc déjà il faut traiter le vrai problème de fond en fait qui est souvent dans la tête et dû à une histoire, un traumatisme. Il y en a c'est le harcèlement, il y en a c'est des agressions sexuelles, il y en a c'est un drame, une mort, je ne sais pas. Mais c'est ça souvent le problème. Ce n'est pas juste je ne veux plus manger, parce qu'aucun humain ne veut plus manger comme ça. C'est très rare. Donc c'est ça qu'il faut traiter et s'intéresser à son patient. Et puis organiser. Il y a quelques cliniques qui commencent à le faire en France. Moi, ce n'était pas le cas dans celle dans laquelle j'étais. Mais faire des sorties, ne serait-ce que se balader. Je ne sais pas, faire une fois dans le mois une sortie au cinéma. Mais vivre le plus normalement. Alors ça coûte des sous, c'est vrai. Mais c'est pourtant, je pense, la base.