Speaker #0Bonjour et bienvenue dans Surprise Interculturelle, le podcast qui vous fait voyager et mieux comprendre les cultures du monde. Je suis Charlotte Courtois, conférencière en diversité culturelle et fondatrice de l'ONG Constellatio. Je vous propose de vous raconter des histoires et anecdotes de voyages où j'ai été surprise par des réactions ou des coutumes d'ici et d'ailleurs. Le but ? Découvrir ensemble ce qui est à la base de ces surprises pour savoir comment décoder, comment réagir et comment anticiper tout ça. Allez, je vous laisse découvrir l'épisode du jour. Bonne écoute ! Attention, l'anecdote que je vais vous raconter aujourd'hui se passe au Maroc et elle est peut-être un peu controversée. Je suis allée au Maroc plusieurs fois, 5 je crois, pour être exacte, dont 3 fois à Fès. Je vais vous parler en l'occurrence de la deuxième fois où j'y suis allée. J'y étais avec Aziliz, qui était chargée de communication de mon ONG Constellatio. Nous étions là-bas toutes les deux dans le cadre du projet Orsino pour découvrir la culture culinaire du Maroc à travers les yeux de ces adolescents. Bon bonheur ! La cuisine Fassi, oui, on dit Fassi pour Fès, c'est un délice. De la pastilla aux pigeons, aux tagines de poulet, citron confit et olives, en passant par les briouates, on s'est régalé autant gustativement que visuellement et humainement. Encore mille merci à l'école Fès City Golf School pour son accueil très chaleureux et un clin d'œil tout spécial à Khalid de l'Institut français de Fès, qui a été un guide en or. Nous étions sur place trois semaines en décembre et je dois l'avouer, je me suis un peu loupée. Pas sur le projet, non, ça c'était top. Je me suis loupée vestimentairement parlant. Je vous explique. Je me suis habillée pareil quasiment tous les jours pendant trois semaines parce que je n'avais pas du tout emmené les bons vêtements. Je me suis bêtement dit que le Maroc c'était un peu comme la Tunisie. En gros, si je ne suis pas en débardeur et que je couvre un peu mes bras, ça va. Mais c'était finalement un peu plus compliqué que ça. Ce qu'il faut comprendre avec la question vestimentaire, c'est que ça varie énormément. D'un pays à l'autre, certes, mais aussi d'une ville à l'autre, voire même d'un quartier à l'autre. Et puis ça change en fonction du cadre. Le cadre familial, de vacances, professionnel, et aussi le cadre scolaire. Mon approche, mais attention, je n'oblige personne à faire pareil, c'est mon approche personnelle, c'est la suivante. Je m'adapte au fonctionnement local autant que possible. Comme mon but, c'est de connaître au mieux la culture locale, je veux me fondre dans la masse. Bon, c'est sûr que pour moi, me fondre dans la masse au Maghreb, c'est quand même beaucoup plus facile que pour une grande blonde aux yeux bleus et à la peau blanche. Et donc, pour me fondre dans la masse, il faut que je ne dénote pas trop visuellement. Ça ne me viendrait pas à l'esprit, par exemple, de me promener en Tunisie ou au Maroc, en jupe courte et en débardeur. J'ai le droit de le faire ? Bien sûr que j'ai le droit de le faire. Mais est-ce que j'en ai envie ? Bah, pas vraiment non. Bref, du coup, ce qui s'est passé, c'est que je pensais que si j'avais les bras couverts un peu, ça suffisait, mais à Fès, nous étions hébergés dans la Médina, la vieille ville. Et nous nous sommes vite rendus compte qu'en fait, les femmes étaient plus couvertes que ce que j'imaginais. Fès est une ville plus conservatrice et religieuse que d'autres villes au Maroc. La plupart des femmes dans la rue, et particulièrement dans la vieille ville, avaient le décolleté, voire le cou, complètement couvert, et les bras couverts jusqu'aux mains. Donc bon, comment vous dire que je me sentais pas super incognito avec mon t-shirt à manches courtes et mon col en V ? Bon, accessoirement, il caillait. En journée, au soleil, en décembre, il fait super bon à Fès. Par contre, au petit matin et le soir, ainsi que la nuit, il fait tellement froid. Les riades de la Médina ne sont pas chauffées et on finissait nos soirées avec Aziz à bosser au lit sous les grosses couvertures typiques marocaines. Bref, en résumé, ma garde-robe est restée au placard et j'ai mis tous les jours mon jean, LE t-shirt à manches longues que j'avais et mes deux pulls l'un sur l'autre quand il faisait vraiment trop froid. Voilà voilà ! Je sais que le sujet est sensible. Il est forcément très lié à la question de la place des femmes dans les sociétés. Moi-même, j'aimerais, dans un monde idéal, que chacun puisse porter ce qu'il ou elle a envie de porter. J'ai longtemps réfléchi à comment l'aborder avec vous sans froisser personne. D'autant que mon but n'est absolument pas de rentrer dans des débats stériles. J'ai donc décidé de vous expliquer, tel quel, mon positionnement pratique sur la question vestimentaire et rentrer plus en détail dans la question très subjective de la décence ou de l'indécence. Moi, et je dis bien moi, je choisis de m'habiller dans les pays étrangers au maximum comme les locaux. Mon but, c'est de comprendre la culture du pays. Or, pour la comprendre, il faut que les gens se sentent suffisamment en confiance avec moi pour se livrer et expliquer leur positionnement sans se sentir jugé. Donc forcément, je me vois assez mal débarquer dans le salon d'une grand-mère facie, en mini-jupe et en débardeur. Oui, je sais, j'exagère le trait, mais bon, vous comprenez où je veux en venir. Je considère aussi que ce n'est pas à moi, en tant qu'étrangère, de mener des combats dans d'autres pays. Le mieux que je puisse faire, c'est d'essayer de comprendre et de soutenir les femmes qui, soit, se battent pour leurs droits, Soit on a envie qu'on leur foute la paix, soit on a envie qu'on respecte leurs choix, même si ce ne sont pas forcément les choix que moi j'aurais fait. D'ailleurs, allez, j'en parle quand même, ça m'a amenée à avoir des discussions passionnantes avec des femmes tunisiennes, marocaines, égyptiennes, sur le port du voile, et l'expérience vraiment unique de chacune, qu'elle soit pour ou contre. Je considère, et ça vaut pour tous les sujets culturels, que ce n'est pas à moi de débarquer dans un pays avec ma culture, et de l'imposer ou de secouer quoi que ce soit. Bref, voilà, ça c'est mon positionnement. Et puis, ça nous amène à une question de valeur qui est importante, la décence. Ce que l'on considère comme décent ou indécent varie énormément d'une culture à l'autre. Réfléchissez-y un peu. Combien de Français en entend dire que les Anglaises s'habillent de manière complètement indécente, ultra mini-jupe et crop-top quand elles sortent le soir ? Est-ce qu'au fond, on ne serait pas tous l'indécent de quelqu'un, finalement ? Et ça va au-delà même, de montrer plus ou moins de peau. Regardez, j'ai découvert par exemple au Rajasthan que ça ne se faisait pas de montrer ses jambes, mais c'est tout à fait normal, et pas du tout indécent, de montrer son ventre par contre. Il faudra donner moi une dernière faveur. Si je venais à mourir au combat, montre-moi du cheveux. Oh non ! Je terminerai donc sur un conseil central. Si vous voulez connaître et comprendre la culture locale, adaptez-vous à ces mœurs dans la mesure du possible. Pour que les gens vous fassent confiance, montrez-leur que vous n'êtes pas dans le jugement, mais que vous cherchez sincèrement à les comprendre. Souvenez-vous que les valeurs sont très très subjectives et liées au cadre de références culturelles dans lesquelles vous vous trouvez. Et une fois la confiance gagnée, profitez-en pour poser plein de questions. Dénuez le jugement donc, pour mieux comprendre comment chacun vit sa propre culture. Je ne vous cache pas que je termine cet épisode avec une petite boule au ventre, parce que je n'ai pas vraiment l'habitude de partager des avis aussi tranchés. Mais j'ai envie qu'on parle de culture avec transparence et comment ne pas parler du sujet vestimentaire et de la décence et de l'indécence. Venez nous partager vos avis, vos expériences, vos impressions sur Insta et sur LinkedIn. Je suis vraiment curieuse d'avoir vos retours sur la question. Allez, c'est fini pour aujourd'hui. Je vous donne rendez-vous dans deux semaines pour vous raconter une anecdote qui m'est arrivée au Cambodge. À très vite ! Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. 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