- Speaker #0
Derrière chaque dossier judiciaire, il y a une vie, une histoire.
- Speaker #1
Certaines se terminent par des drames, d'autres par des renaissances. Je suis Janine Benet-Junta et vous écoutez Survivante, là où les récits des rescapés prennent vie.
- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Survivante. J'ai aujourd'hui la chance de recevoir Sophie Coste, qui est journaliste, qui est auteur d'un livre dont on parle beaucoup actuellement, qui s'appelle « Chérie » , avec un E. Bonjour Sophie.
- Speaker #1
Bonjour Maître. Est-ce que je dois vous appeler Maître ?
- Speaker #0
Non, pas du tout.
- Speaker #1
Janine.
- Speaker #0
Ça sera très bien. Parfait.
- Speaker #1
Bonjour Janine.
- Speaker #0
Donc, j'ai une image de vous, d'une femme dynamique. flamboyante, souriante. Et cette femme, cette femme finalement a fait une rencontre, un jour, qui a enlevé quelque part en elle cet élan de vie qu'elle avait, et vous l'avez exprimé dans votre livre, chérie. J'aimerais savoir comment... Vous avez abordé cette écriture. Qu'est-ce qui vous a fait vous dire j'aimerais que l'on connaisse un petit peu ce qui peut arriver alors qu'on est très bien, alors que tout va bien dans notre vie. Qu'est-ce qui peut basculer et nous faire vivre autre chose de totalement différent et de totalement... Difficile ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est une expérience que je n'avais jamais vécue avant. J'avais eu des relations qui étaient des relations longues avec les deux papas de mes enfants, qui étaient des relations saines. Donc, c'est vrai que je n'étais pas du tout aguerrie aux relations toxiques. C'est tenté qu'on puisse l'être d'ailleurs, mais c'était nouveau pour moi. En fait, j'imaginais, quand j'ai rencontré cette personne-là, que l'amour était quelque chose de beau, que l'amour était quelque chose qu'on construit, qui va apporter quelque chose dans la vie, de stabilisant, etc. Donc c'est vrai que j'avais tendance, moi, plutôt à être quelqu'un qui prend soin du lien, qui prend soin de l'autre, etc. Je n'étais pas du tout dans la méfiance des hommes. Voilà, donc je suis arrivée dans cette relation-là en me disant, pourquoi pas ? Et même, c'est marrant parce qu'à ce moment de ma vie, Je venais juste de me séparer du père de mes enfants qui était vraiment mon grand amour. Et c'était un contexte difficile parce qu'on a pris cette décision ensemble et elle n'était pas évidente à prendre. Et malgré tout, on l'a fait. Et il est arrivé à ce moment-là, dans un contexte vraiment de vulnérabilité, on va dire. Et je pense que probablement que si ça n'avait pas été ce contexte-là, il aurait moins eu accès à moi, ça c'est sûr. peut-être que pour toute cette mécanique qui a été mise en place après et par la suite, et même dès le début d'ailleurs du reste, ça aurait peut-être moins bien fonctionné. Ce n'est pas anodin d'ailleurs,
- Speaker #0
les femmes sont choisies.
- Speaker #1
Exactement, en fait, on parle d'un prédateur dans Chéry, très clairement, et les prédateurs choisissent des proies, c'est comme dans la nature, c'est pareil. Donc ils vont cibler, en effet, une femme qui, comme vous le dites, est lumineuse. On va dire pour la plupart brillante. C'est vrai que j'ai rencontré beaucoup de femmes qui étaient, alors même dans votre profession, il y en a beaucoup qui s'attaquent. Oui, des psychologues aussi. Psychologues, les avocates.
- Speaker #0
Absolument. Les chefs d'entreprise.
- Speaker #1
Les chefs d'entreprise, les magistrates. Les journalistes. Les journalistes. Voilà, on fait partie de cette catégorie, de cette engence-là qui va attirer des prédateurs. Pourquoi ? Parce qu'ils vont venir voler, justement, cette énergie, cette joie, en tout cas toutes ces qualités que eux n'ont pas et qu'ils cherchent chez l'autre pour pouvoir se remplir. Donc, en effet, il est arrivé dans ce contexte-là. Et puis, pour répondre à la deuxième question qui est l'écriture, l'écriture, en fait, ça me dépasse aujourd'hui. C'est-à-dire que je n'ai pas écrit Chéri pour alerter les autres. Je n'ai pas écrit Chéri pour sensibiliser à ce type d'histoire. J'ai vraiment écrit Chéri parce que j'avais envie d'écrire un roman, que ça faisait des années que j'avais envie d'écrire et que là, j'avais un personnage. de séries, de films, de thrillers, et il fallait que j'en fasse quelque chose. En fait, moi, je suis tombée de l'armoire, quoi. Je me suis dit, mais... Il a fallu du temps pour réaliser que ce n'était pas de l'amour. Il a fallu du temps pour réaliser ce que c'était, un trouble de la personnalité narcissique. Il a fallu énormément de cheminement pour me dire « Waouh, en fait, cette cruauté-là est à dessein. » Il a une conscience de ce qu'ils font, complètement. C'est-à-dire qu'ils choisissent de faire soit le bien, soit le mal. Et d'ailleurs, ils alternent en conscience des choses.
- Speaker #0
Toujours. Ils alternent le chaud, le froid, en permanence. Exactement,
- Speaker #1
mais en conscience. c'est à dire que Ça met du temps quand même ça à monter au cerveau, à se dire mais tout ça est conscient donc ? C'est fait exprès mais alors dans quel but ? Ah le but c'est de me détruire mais alors pourquoi ils veulent me détruire ? Pourquoi il y a des hommes qui veulent détruire des femmes ou des femmes qui veulent détruire des hommes ? Tout ça voilà, c'est tout un cheminement de psy que j'avais pas encore tout à fait fait on va dire au moment que j'écris. Et donc l'écriture oui c'était plutôt une manière d'écrire un thriller, une histoire avec des rebondissements.
- Speaker #0
Ce livre a été écrit lors de votre séparation avec cet homme ou non ? Ou pendant ?
- Speaker #1
Non, pendant j'étais dans la machine à laver, programme essorage à fond, j'étais lessivée complètement, vidée, parce qu'il vous vide de votre substance, vous vous retrouvez complètement exsangue à la fin de l'histoire. C'est des histoires en plus avec beaucoup d'allers-retours en général.
- Speaker #0
Ça dure longtemps ?
- Speaker #1
Ça dure longtemps, ou pas. mais il y a une intensité même, par exemple, des femmes qui m'envoient aujourd'hui des messages. Il y en a beaucoup. Je pense que tout de suite, en fait, l'hameçonnage, le verrouillage, il se fait assez rapidement. On peut être, par exemple, totalement sous emprise d'un homme en dix jours. C'est fou, mais vraiment, ça peut être très rapide. Il n'y a pas de timing précis là-dessus. Il y a même des histoires aussi à l'inverse, où des femmes, tant qu'il n'y a pas eu le verrouillage... Ça va pouvoir durer 2-3 ans d'homme idéal. C'est long, 2-3 ans d'homme idéal. Alors après, avec le recul, elles vous disent toujours, il y avait des signes.
- Speaker #0
Bien sûr. Il y avait des signaux. Il y a toujours des signes. Voilà. J'ai pas vu ça.
- Speaker #1
J'ai pas voulu voir. J'ai pas voulu voir. En analysant avec le recul et à posteriori, elles trouvent effectivement des choses qui dissonnaient dans la relation. Mais ça allait encore. Voilà. Donc ça peut durer très longtemps. Moi, chez moi, ça a duré 5 ans d'aller autour. C'est long.
- Speaker #0
C'est très long, 5 ans dans une vie.
- Speaker #1
C'est très long, mais je pense que c'est le temps qu'il me fallait à moi pour comprendre cette leçon que m'a envoyée la vie et qu'est-ce qu'il fallait que j'en retire de ça et comment j'allais avancer après. Je pense que je suis partie tellement de fois, je n'avais pas compris encore, je ne comprenais pas. J'étais vraiment dans un truc d'incompréhension totale de ce que peut être l'emprise, de pourquoi j'y retournais. de cette codépendance, de cette addiction qu'on a.
- Speaker #0
Et cet homme, comme beaucoup, ont plusieurs femmes qui ont vécu les mêmes choses dans leur vie.
- Speaker #1
Souvent,
- Speaker #0
elles se retrouvent d'ailleurs, ou soit à l'occasion d'une procédure, ou soit parce qu'elles se sont parlées, et elles répètent les mêmes choses. Ce qui leur est arrivé est arrivé à chacune d'entre elles.
- Speaker #1
Parce qu'en fait, c'est la même méthode, et que lui, c'est sa structure. en fait. C'est vraiment un trouble de la personnalité. Donc il est structurellement construit de cette façon-là. Donc il ne va pas agir d'une façon avec une femme et d'une autre avec une autre. Il est comme ça, donc il va agir comme ça avec tout le monde. Il ne sait faire que ça. Il ne fonctionne que comme ça. C'est son mode de survie, c'est sa façon à lui de se protéger. J'excuse rien, mais je comprends ça aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est ce que je dis à mes clientes, qu'ils soient blonds, gros, roux, bruns, minces, jeunes ou moins jeunes. ils sont identiques. C'est leur personnalité.
- Speaker #1
Mais ce qui est incroyable, ce que vous dites, c'est hyper intéressant parce que cette polymorphie qu'il peut y avoir, c'est-à-dire qu'il peut se cacher effectivement sous plein d'aspects différents, dans plein de milieux sociaux différents. Alors, quand même, beaucoup ont accès au pouvoir aussi. L'argent au pouvoir, on en retrouve quand même pas mal en politique. Il y en a quand même beaucoup. Mais, en effet, ça peut être... N'importe qui, n'importe quel homme, n'importe quelle profession.
- Speaker #0
Il y a des gendarmes, il y a des policiers. L'autorité.
- Speaker #1
L'autorité, il y en a. Et surtout, il y a quelque chose aussi de polymorphe chez lui, qu'il soit en société ou alors après en huis clos. Il va changer aussi. Deux hommes différents. Deux hommes différents. Et même avec les proies différentes qu'il a eues, ils vont se montrer sous des jours différents aussi. Parce qu'ils vont arriver, alors ça va être la même méthode, etc. Ah mais ? Ils vont s'adapter quand même. Il y a une capacité de caméléon chez ces hommes-là, où en effet, par exemple, une nouvelle proie, une femme qui n'a pas encore expérimenté véritablement, qui n'est pas encore allée faire les montagnes russes, le rollercoaster, qui peut en être au début, etc., même si elle a vu en effet déjà quelques dissonances dans la relation, il ne va pas se présenter de la même façon. Moi, je sais que j'ai parlé avec différentes proies de cette même histoire. et il y en avait une qui me racontait qu'en fait avec lui il n'était pas du tout comme ça et en fait ce que j'ai compris c'est que il s'adaptait il se présentait sous un jour différent et que probablement elle n'en était pas encore à ce timing d'humiliation de rabaissement etc.
- Speaker #0
c'était pas la même phase c'était pas la même phase et puis ces hommes là ont une faculté c'est de s'adapter à l'autre l'autre aime le jazz il va adorer le jazz alors qu'il déteste le jazz, il va adorer la plage alors qu'il déteste la plage. Tout ça, pour la mettre dans sa toile, dans son panier. Et après, on voit.
- Speaker #1
Mais ce qui est très intéressant, c'est ça justement, c'est que est-ce que ça raconte de nous aussi ? Qu'est-ce que ça nous fait dans une rencontre, quand quelqu'un on se trouve des points communs avec quelqu'un ? On se dit, bah tiens, on se ressemble, c'est vrai, on se comprend. probablement. Et puis alors lui, il va encore plus loin. Parce que non seulement il a ce point commun merveilleux pour la littérature et puis pour la nage en mer, comme vous dites, mais alors il va aussi avoir les mêmes traumas que vous. Et ça, ça vient toucher véritablement votre cœur, votre âme.
- Speaker #0
Il va se poser en victime souvent. Son enfance, sa mère.
- Speaker #1
Son enfance, c'est la même que la vôtre. C'est fou quand même ça. C'est dingue. Ça va être le même traumatisme d'abandon. Le même traumatisme de père, soit abandonnique, soit autoritaire. Cette mère qui ne l'aurait pas assez écoutée. Cette fratrie dans laquelle on ne se comprend pas vraiment. Non, mais j'en ris aujourd'hui. Et je sais que j'ai envie quand même qu'on puisse rire un petit peu après. Parce que je pense que ça peut donner de l'espoir aux femmes qui nous regardent, qui sont peut-être déjà des survivantes ou qui sont dans la matrice encore. Je trouve que peut-être de nous voir, vous et moi, sourire de ça de temps en temps, Elles peuvent se dire, ah, c'est possible.
- Speaker #0
Oui, on y arrive. Oui, on y arrive. On y arrive, assurément.
- Speaker #1
Et pourquoi on y arrive ? Parce qu'une fois qu'on a vu la trappe sous la scène du grand magicien, le tour de magie, le passe-passe n'est plus du tout le même. Il y a quelque chose qui devient un peu de l'ordre du grotesque, quelque part, du ridicule. Mais c'est tellement, tellement inimaginable pour nous qu'à arriver à ça, c'est vrai que c'est compliqué.
- Speaker #0
C'est très compliqué. Le fait de... De raconter nos histoires, de raconter les histoires de femmes différentes,
- Speaker #1
peut peut-être alerter un peu plus.
- Speaker #0
Mais quand on est dedans, on a du mal à y croire. Oui, mais moi, il m'aime différemment. Oui, mais moi, il tient à moi. Et en fait, il joue le même jeu qu'avec les autres. Mais on ne peut pas le savoir. D'abord, on a envie d'y croire. Quel a été le déclic chez vous pour vous rendre compte qu'un jour, trop, c'est trop ? Que vous n'en pouviez plus ? de vivre en permanence avec du chaud, du froid, de l'alternance, plus avoir de nouvelles, et puis avoir des nouvelles, et puis avoir des bouquets de fleurs. Et en permanence, vous vous êtes doutée de quelque chose ? D'une autre vie ailleurs ?
- Speaker #1
En fait, je crois que, franchement, pour être très honnête, je pense que son système de chaud-froid, de tuer la femme de ma vie mais tuer nul, la caresse-claque, etc., dans mon référent, dans mon système, j'arrivais pas à comprendre ce qui m'arrivait j'étais vraiment dans ce truc de toile d'araignée de l'emprise donc j'avais pas la possibilité en fait de me référencer à ça pour m'en sortir donc la seule chose qui pour moi a été un référent de base qui était compréhensible par mon cerveau c'était les tromperies donc pour moi dans un couple on ne trompe pas, donc dans mon système référent ça fonctionnait pas Merci. Donc, c'est probablement ça, les infidélités.
- Speaker #0
Et vous avez appris ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #0
D'accord. Par la femme elle-même ? Non,
- Speaker #1
J'ai appris parce qu'au bout d'un moment, vous voyez bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Et puis, le portable qui est tout le temps en mode avion, en mode retourner sur la table, en mode... Voilà. Donc, ça, c'était tout le temps comme ça. Et puis, je ne sais pas, il y avait... En fait, je crois que j'ai compris, mais peut-être instinctivement, que tous les moments de soupape dont il avait besoin, c'est-à-dire les moments pour voir l'autre, ou les autres d'ailleurs, du reste, ils créent des conflits. Et je me disais, mais c'est bizarre, on passe de l'amour fou, enfin des choses super, et en fait c'était toujours quand on rentrait de voyage, c'était systématique. Dès qu'on rentrait de voyage, on arrivait à l'aéroport ou dans l'avion.
- Speaker #0
Tout s'était bien passé en voyage.
- Speaker #1
Il orchestrait ça, en fait, au retour. Parce qu'il avait besoin qu'il puisse retrouver l'autre. Et ça, ça m'a quand même interpellée. Je me suis dit, mais qu'est-ce qui... Et puis, il y a le retrait aussi chez ces personnes-là. Il y a le silence qui est une arme exceptionnelle.
- Speaker #0
C'est une violence énorme.
- Speaker #1
Inouïe, en fait. Parce que quand on a... Fait croire à l'autre que c'était de l'amour, ce silence, il n'a rien à faire là. Rien à faire là. Dans l'amour, il n'y a pas de silence. Dans l'amour, il y a une réponse. Dans l'amour, il y a de l'attention. Il y a prendre soin de l'autre. Même si on est fâché, même s'il y a un conflit, même s'il y a une question de timing, que l'un a besoin de plus de temps pour réfléchir, on ne laisse pas l'autre. Ce silence-là chez les narcissiques, il est brutal, glaçant, long. Il n'attendu,
- Speaker #0
incompréhensible ? Parce que ça tombe comme ça au moment où ça ne doit pas avoir lieu.
- Speaker #1
Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on se demande qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour mériter ça ?
- Speaker #0
C'est de ma faute en fait. Toutes les femmes me disent c'était de ma faute puisqu'il était tellement bien. Donc s'il a changé son comportement, c'est probablement... Qu'est-ce que j'ai bien pu faire ?
- Speaker #1
Non mais c'est ça parce qu'en fait, effectivement, ça fait partie aussi de la manipulation de faire des choses qui n'ont rien à voir avec le moment qu'on est en train de vivre. Donc, en fait, on est dans cette espèce toujours de... Oui, je dis toujours dissonance, mais de choses qui sonnent, parce que c'est vraiment ça, ça sonne faux. Et du coup, chez la femme, enfin, en tout cas, chez la proie, il y a quelque chose qui se passe de l'ordre de la dissociation. Le cerveau ne comprend plus ce qui se passe, en fait. La situation dit ça, initial, mais lui, il se comporte comme ça. Donc, il y a un truc qui... qu'on n'arrive pas à aligner.
- Speaker #0
Mais qui peut rendre fou. Il y a des conséquences énormes à vivre une telle situation. J'imagine que vous en avez vécu. C'est-à-dire qu'on ne mange plus, on ne dort plus. Enfin, c'est catastrophique ce qui peut arriver.
- Speaker #1
On ne mange plus, on ne dort plus, on cogite en permanence, on ne voit plus les autres,
- Speaker #0
on n'a plus envie de sortir. Oui.
- Speaker #1
Alors ça, déjà, lui, il le crée aussi. Bien sûr, l'isolement, il le crée. L'isolement, c'est créé aussi. Famille, amis. C'est très facile de faire ça. C'est-à-dire qu'en fait, il va dîner avec vos amis ou avec vos parents, etc. Puis après le dîner, vous allez avoir un débrief. Et même peut-être parfois pendant le dîner, il va tirer la gueule ou il ne va pas bien se comporter, mais toujours avec cette alternance, même en société de chaud-froid, etc. Ou alors il va être parfait. Ça dépend. Tout le monde le trouve parfait en général. Tout le monde le trouve super et tout. Et puis après le dîner, quand la porte se referme, oh là là, ta copie de machine. qu'est-ce qu'elle est jalouse de toi ? Ça se voit, c'est fou. Tu te rends compte de ce qu'elle dit, de ce qu'elle fait. Bon, écoute, toi, tu es tellement intelligente. Enfin, excuse-moi, ça fait combien de temps que tu la connais ? Dix ans, Véronique ? Mais qu'est-ce qu'elle est bête ? Enfin, qu'est-ce qu'elle est bête ? Oui, oui, oui. Toi, qui es si intelligente, tu ne le vois pas, ça ? Enfin, je ne sais pas si tu as vu comment me regardait Jacqueline. Je crois qu'elle a clairement envie de coucher avec moi. Ah bon ? Non, je ne crois pas. Écoute, je pense que... Voilà, donc tout ça... ce petit dîner qui était à la base sympathique, vous n'allez plus avoir envie de le refaire en fait. Il ne vous interdit jamais de voir quelqu'un, de voir vos amis, etc. Ni la famille d'ailleurs. Mais après,
- Speaker #0
il va vous faire en sorte que vous les...
- Speaker #1
Les conséquences sont telles que vous allez avoir un débrief horrible, vous allez avoir un homme qui vous fait la gueule, qui parfois part dans le silence, qui va vous faire des reproches, qui va déblatérer des horreurs sur tout le monde. Vous préférez peut-être pas les voir ou alors les voir quand effectivement lui, il n'est pas là, donc vous les voyez moins. Et puis en plus, vous les voyez moins aussi parce que vous êtes dans une boucle de répétition. Oh là là, il s'est comporté comme un c**ard avec moi. Ah oui, mais je l'aime. Ah, je vais le quitter, c'est terrible. Non, mais je crois que je vais retourner avec lui parce qu'il est revenu quand même. Je pense qu'il a changé. Enfin, on est dans ce doute.
- Speaker #0
En plus, vous n'avez jamais imaginé le quitter. Enfin, vous n'avez même pas pensé à le quitter.
- Speaker #1
Moi, je le quittais tout le temps. Sans arrêt. Je le quittais vraiment.
- Speaker #0
Mais sans imaginer que vous le quittiez pour toujours.
- Speaker #1
Ah mais on est d'accord, c'est-à-dire que dans ma tête...
- Speaker #0
Vous espériez qu'il revienne, qu'il comprenne. Mais je savais que j'allais retourner.
- Speaker #1
C'était vraiment comme l'alcoolique qui va se dire... Ou le drogué. Allez, jusqu'à jeudi, je bois pas. C'est ça. C'est ça. Et il sait très bien que le jeudi soir, il va se la coller. Il y a vraiment un truc de cet ordre-là, quoi, d'addiction. Alors ça, bon, je l'ai compris. Moi, je suis pas psy, voilà, mais j'ai compris ce qui se passait. En effet, dans le cerveau, comment ça se manifestait, ces pics de dopamine, après ces pics de cortisol qui font que... ça vous épuise, vous voulez y retourner, il y a une codépendance entre l'un et l'autre. Bon, ça, c'est plus du jargon un peu psy, mais c'est intéressant de comprendre aussi ce mécanisme-là pour savoir ce qui se passe chez soi et ça aide à comprendre. Ça aide vraiment à intellectualiser, à savoir ce qui se joue, à savoir ce qui se trame et à se dire, OK, donc là, il faut que je me sauve, quoi. Vraiment.
- Speaker #0
Alors, ce jour-là est arrivé. Oui. Alors, comment ? Il y a eu un déclic ? Qu'est-ce qu'il y a eu de plus ?
- Speaker #1
Ah, j'ai... J'ai du mal à le déterminer précisément, mais à un moment donné. Dans ma tête, c'était fini. Voilà, ras-le-bol. Il y a sûrement eu un truc avec mon père, qui à ce moment-là partait parce qu'il était en phase de cancer terminal, donc à l'agonie parce qu'en France, vous le savez très bien, le droit pour faire partir les gens qui sont en train de mourir, très compliqué. C'est en train d'évoluer, heureusement. Mais à ce moment-là, c'était vraiment très difficile pour moi. Et j'avais envie qu'il soit près de moi quand même, mon prédateur à ce moment-là. Et il m'a dit tu ne vas quand même pas te servir de la mort de ton père pour me faire culpabiliser. Enfin, parce que moi j'ai du travail. Donc cette petite phrase, elle est venue quand même remplir le vase un petit peu trop, je crois, quand même. Mon père m'a dit aussi sur son lit de mort, tu n'as pas l'air heureuse. Je ne te reconnais plus. Tu as perdu ta lumière. Ça fait beaucoup. Parce qu'il ne parlait pas beaucoup, mon père. Et quand il disait une phrase, en général, elle était plutôt assez limpide. Oui,
- Speaker #0
ça vous a alerté.
- Speaker #1
Oui, je crois que... Et il m'a dit, promets-moi d'être heureuse. Et ça m'a vachement touchée parce que je me suis dit, est-ce que je suis partie par loyauté pour mon père ? Peut-être. Peut-être que c'est lui qui m'a sauvée, quelque part.
- Speaker #0
C'est possible.
- Speaker #1
Je trouve ça beau, j'ai envie de le croire. Magnifique. Oui, peut-être que c'est ça.
- Speaker #0
Donc, à partir de là, un jour, vous avez dit, je pense que notre relation n'est plus possible.
- Speaker #1
Alors, je n'ai pas dit, je pense, que notre relation n'est plus possible, parce que vous avez lu mon livre et que vous avez lu ma plume. Je lui ai écrit, et je lui ai écrit comme dans le livre. Je lui ai écrit comme Nour parle dans le livre, puisque Nour, c'est moi. Et elle ne mâche pas ses mots. Donc, je lui ai écrit tout ce que j'avais compris, tout ce que je savais. Et je lui ai écrit surtout que je ne les retournerai plus jamais. Et je crois que ce point final, pour une fois, il l'a cru. Parce que c'était tellement aligné.
- Speaker #0
Il n'a pas répondu.
- Speaker #1
Alors non, je l'ai bloqué, il faut les bloquer ces gens-là, il ne faut même pas se poser la question de savoir si on les bloque, si c'est bien de bloquer quelqu'un ou pas, il faut se protéger, donc il faut bloquer. Mais il y a d'autres moyens de communication, il y a les mails, il y a se pointer chez vous, il y a vous envoyer une lettre manuscrite, moi ça il l'a fait, il a écrit à l'encre bleue des mots merveilleux sur lesquels il a pleuré, d'ailleurs je voyais les traces de ploc-ploc de larmes. Il avait dû acheter un brumisateur je pense à ce moment-là. Mais très bien fait. C'était vrai que c'était vraiment au bon endroit. Il a le temps d'ailleurs.
- Speaker #0
Lui qui travaille autant, il a le temps quand même.
- Speaker #1
C'est fou. C'est vrai que pour un homme qui est très occupé, il avait un temps fou pour justement ses triangulaires, etc. Et ce qu'il faudrait expliquer aussi aux femmes, c'est un truc très important. C'est-à-dire que ce sont des hommes qui ne sont pas des hommes infidèles parce qu'ils ont une libido ou parce qu'ils viennent de tomber amoureux d'une autre. Pas du tout. Ce sont des hommes qui vont vous mettre, vous. en état d'amour en état en fait de comparaison avec les autres, c'est à dire qu'en fait ça commence toujours comme ça vous allez rencontrer un homme ou une femme d'ailleurs là on parle des hommes parce qu'on parle de mon histoire mais le vice n'est pas genré je le répète mais bon, vous allez rencontrer un homme qui va vous faire croire qu'en fait dès le début vous êtes unique et surtout que toutes ses ex sont complètement timbrées, elles sont folles elles l'ont maltraitée traumatisé, alors que lui a été vraiment exceptionnel. Lui est un bon père de famille. Il va à la messe le dimanche, il est super, il adore sa maman, il se présente vraiment sous ces aspects-là, et malheureusement, pour une raison obscure, il a été tellement maltraité par toutes ces femmes, le dénominateur commun étant lui. Mais vous, ça ne vous alerte pas au début, parce que vous vous dites probablement que les proies ont aussi un instinct de sauveuse, et ça, il le sait. Comme elles prennent soin du lien, et elles prennent soin du lien beaucoup, elles ont un peu quand même en filigrane, certainement, un manque d'amour, un besoin d'amour plus intense que les autres femmes. Et donc elles vont y aller, quoi. Ah bah cet homme-là, je suis unique pour lui, et en plus je vais pouvoir le sauver, et en plus moi je vais m'en occuper encore mieux. Ça c'est le début. Après, vous allez passer au statut de folle, vous-même. Donc voilà. Et pour que vous passiez au statut de folle, souvent ça l'arrange quand même d'en rencontrer une autre, en tout cas d'en mettre une autre dans l'équation. Oui,
- Speaker #0
pour vous provoquer.
- Speaker #1
Et vous montrer à quel point elle est super celle-là. Parce qu'elle fait ça que vous ne faites pas. Elle fait l'amour de cette façon-là. Elle est très loin sur l'intimité aussi de la femme, etc. Et puis en plus, ce qui est formidable, c'est que s'il vous trompe, c'est votre faute. Parce que vous n'êtes pas assez comme si. Vous n'êtes pas assez comme ça. que si vous aviez été comme l'autre, comme celle qui vient d'arriver, ça se serait tellement merveilleusement bien passé avec vous.
- Speaker #0
Vous avez supporté les infidélités.
- Speaker #1
Alors en fait... Je n'avais pas tout à fait les preuves tangibles, mais je le savais. Il a aussi une façon de raconter que c'est rien du tout. Enfin, la mythomanie fait partie des symptômes aussi. Donc, il est très, très adroit et habile avec le mensonge. Donc, vous finissez. Alors, je ne sais pas quelle est la part de je ne veux pas voir, de déni aussi, que j'ai pu avoir là-dedans. Et cette... part aussi d'emprise, on est sous emprise, on est déjà bien hameçonné et on ne peut pas partir, on ne peut pas bouger,
- Speaker #0
on est déjà dans un truc où même mentalement c'est difficile on est déjà dans cette prison mentale,
- Speaker #1
on est déjà dans quelque chose de cet ordre là quand ça arrive, les infidélités ça n'arrive pas au début, ça arrive, vous êtes déjà dans le fait de douter de vous déjà dans le fait de vous remettre en question vous êtes déjà rabaissé par cet homme là donc vous vous dites que vous n'allez plus grand chose déjà à ce moment-là, quand il commence. Lui, c'est triangulaire.
- Speaker #0
Il vous a proposé une vie commune ?
- Speaker #1
Oui, ça fait partie du truc. Le mariage, il me l'a proposé au bout de trois semaines, je crois. Ça va vite,
- Speaker #0
en général. Moi, j'ai ri parce que... Ils veulent des enfants très vite aussi.
- Speaker #1
Ils ne doivent pas garder le masque très longtemps. Donc, c'est très fatigant de garder, de ne pas être vous-même. C'est même horrible. Moi, je ne sais pas faire ça. Donc, c'est très rapide. Il faut que ça aille vite, vite, vite. Parce qu'en plus... Vous le fatiguez, vous, avec votre joie, avec votre envie d'amour. Non, attendez, on va vite passer à la destruction. L'autre phase, c'est celle-là qui l'amuse le plus. Donc, qu'est-ce qu'on va rester dans ce truc de love bombing ?
- Speaker #0
Ils vous proposent le mariage. Oui, mariage, les enfants. Vous ne dites pas oui tout de suite. Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Je dis non.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Non, mais ce n'est pas que je ne dis pas oui, c'est que je dis non.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de femmes qui disent oui. Et c'est encore pire.
- Speaker #1
Mais ce n'est pas grave si elles disent oui. Parce qu'on peut avoir envie de se marier avec un homme très vite. Et puis, si on est amoureuse, si l'homme est sincère.
- Speaker #0
Non, mais dans ce cas de figure.
- Speaker #1
Oui, dans ce cas de figure. Mais dans ce cas de figure, comment se rendre compte qu'en fait, l'amour est fin ? Comment on discerne ça, en fait ? C'est impossible. Ça ressemble comme deux gouttes d'eau. à une véritable histoire d'amour qui va très vite.
- Speaker #0
Une très belle histoire d'amour.
- Speaker #1
Et une très belle histoire d'amour, parce qu'en fait, il y a une connexion qui est insensée, une évidence, quoi.
- Speaker #0
Vous dites non parce que c'était trop tôt pour vous.
- Speaker #1
Bah moi, je viens de me séparer du père de mes enfants. Enfin, deux semaines après, j'ai un type qui me demande en mariage. D'accord. Là, non. Il n'était pas encore arrivé à ses fins. Donc non, non, le mariage, j'ai fini par dire oui au bout de, je dirais, 3-4 ans. D'accord. Quelque chose comme ça. J'ai dit, bon, d'accord. Ok, et puis ça ne s'est pas fait pour d'autres raisons. Mais parce que je pense que, à ce moment-là, je pense que moi, je commençais à lui faire un peu peur. Il se disait, je ne vais pas y arriver avec elle, ça va être compliqué.
- Speaker #0
Et par rapport à votre famille, à vos enfants, il s'est comporté de quelle manière ?
- Speaker #1
Alors, moi, j'ai trois garçons. Avec les trois garçons, d'une façon différente avec les trois. Donc il allait avec le grand, il parlait beaucoup de travail, etc. parce que le grand était dans des études supérieures. Le moyen, il était encore un peu dans un truc de je veux briller. Il s'adaptait en fait à chacun. Voilà, donc des trucs de marque et tout ça. Et puis le petit, il faisait marrer. Il rigolait avec lui, il lui racontait toujours les mêmes blagues. Puis l'autre, ça le faisait rire. On se prend au jeu, il arrive vraiment à... Ça ne marche pas avec tout le monde. Il y a des gens quand même qui sont réticents à ça, qui le voient. qu'il le voit assez vite. Alors, est-ce que ce sont des femmes ou des hommes qui ont déjà été victimes de ce genre de profil, peut-être ?
- Speaker #0
C'est bien possible.
- Speaker #1
Peut-être, mais il les détecte. Et alors ça, il va les isoler en deux secondes. C'est-à-dire que moi, je me rappelle de ma cousine, il avait essayé de lui faire entendre que j'étais trop ceci ou trop cela, ou pas assez ceci ou pas assez cela. Et elle lui avait dit, mais ma cousine, elle est comme elle est. Et elle lui a dit, si elle est trop pour toi, c'est que t'es pas assez pour elle. Donc, il s'était pris un... Voilà.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Et donc ma cuisine s'était devenue la femme à abattre. Vraiment, j'avais une horrible cuisine.
- Speaker #0
Il ne fallait plus la fréquenter.
- Speaker #1
Oui, mais j'ai continué à la fréquenter.
- Speaker #0
Alors, donc cet homme, vous n'avez plus de nouvelles ? Si,
- Speaker #1
il est revenu. Après l'ultime rupture, alors il m'a fait un truc exceptionnel.
- Speaker #0
Après la lettre larmoyante ?
- Speaker #1
Janine, il m'a fait un truc magnifique. Parce qu'après cette lettre larmoyante, alors... Non, non, la lettre larmoyante, non, non. Moi, j'ai envoyé une lettre définitive de rupture, etc. Ça, c'était l'ultime, l'ultime rupture. C'est ce que je raconte dans le livre, mais je ne raconte pas le retour, et le retour, il est assez magique. Je crois qu'il se fait larguer à ce moment-là, en fait, par les deux proies en même temps. Il y en a une, à un moment donné, on se parle beaucoup, elle ne connaît pas non plus son existence, enfin mon existence, pardon. Donc, on ne sait pas, voilà, toutes les deux. Donc, il a cette double vie quand même, parce qu'on ne vit pas dans le même pays. Donc, elle, elle vit avec lui dans un autre pays. Et elle découvre ça et ça fait quand même deux ans que la farce dure. Ça fait beaucoup deux ans quand même. Donc elle, elle est remontée quand même aussi un peu. Même si on n'a pas tout à fait le même tempérament. Et donc je pense qu'il se fait quand même larguer par les deux au même moment. Il va mettre en fait, le problème c'est que lui, il faut que ce soit pas trop compliqué non plus à récupérer. Il faut que la souris bouge encore, mais si elle est trop réticente, il lâche. Pourquoi j'irais pas vers une autre finalement ? Et ça, c'est... tellement, tellement la bonne nouvelle pour les femmes. C'est-à-dire que quand il, enfin, il, on va dire, il sort du paysage, il sort de votre scope, mais merci, remerciez la suivante. Et surtout, n'essayez pas de l'alerter, ça sert à rien.
- Speaker #0
Mais c'est pas parce qu'il y a une suivante qu'il vous oublie, pour autant.
- Speaker #1
Alors, il vous oublie pas, parce que vous étiez quand même chouette à mater. C'était sympa, quand même, de se prendre quelques coups de temps en temps. Et surtout, Il ne faut pas oublier qu'on parle de troubles de la personnalité narcissique. Il faut redorer le narcissisme. Et il en a besoin, quoi. Donc, il va passer... peut-être une petite tête, pour voir si vous êtes encore un petit peu accrochés. Il va juste prendre la température de l'eau, il va mettre un orteil, voir si ça fonctionne encore. S'il voit que, bon, il faut lâcher l'affaire, il va aller voir l'autre assez facilement. En fait, quand il y en a d'autres derrière, c'est bien, c'est super, parce que vous ne dites pas, oh là là, il m'a trompé, il est en train de me tromper, il a vécu une autre, et il va vivre sa best life, parce que c'est ce qu'il fait aussi. Moi, il n'était pas sur les réseaux sociaux et tout, mais quand ils sont sur les réseaux sociaux, Ils vont vous mettre des grandes phrases de déclaration d'amour pour la suivante. Et vous allez vous trouver encore plus misérable en vous disant « Oh là là, il a l'air tellement heureux avec elle. Mais si j'avais fait ça, peut-être qu'on aurait été aussi heureux ensemble. » Non, non. Vous n'auriez pas été heureux ensemble. Il n'est pas non plus heureux avec elle. C'est juste, en fait, la mascarade qui continue. Le bullshit pour rester correct.
- Speaker #0
Pour attirer d'autres, éventuellement.
- Speaker #1
C'est la même chose. Il va refaire la même chose, même chose, même chose à chaque fois. Et vous, vous êtes... Mais ce qui est intéressant, c'est qu'en effet, le retour quand même magique, six mois après, c'est une anecdote, ça va vous faire peut-être sourire, mais il revient avec un... On m'appelle, j'ai un... Donc six mois après, un livreur d'une grande maison de fleuristes à Paris qui m'appelle et qui me dit j'ai un bouquet pour vous à vous faire livrer. Et je dis, bah, quelle est la personne ? Et à ce moment-là, moi, j'ai trois mecs sur le feu. J'en ai un qui est en Israël, j'en ai un... qui est aussi en Angleterre, et j'en ai un autre qui est à Paris. Mais je flirte. Je flirte avec les trois, et je les aime bien. Tous les trois, ils sont sympas. Et donc, je ne veux surtout pas que ce soit l'autre. Et donc, il me dit, mais je ne peux pas vous le dire. Je dis, écoutez, je ne vais pas l'accepter, ce n'est pas grave. Et je lui explique un peu le truc. Et lui, ça le fait rire, parce qu'on a tellement l'habitude de ce genre de choses. Et donc, il me dit, écoutez, je ne peux pas vous donner l'identité. Je dis, mais est-ce qu'il a donné un numéro de téléphone ? Il dit, oui, il a donné son numéro de téléphone. Je dis, bon, ben... Comme vous ne pouvez pas me le révéler, moi, je vais vous le donner. Vous allez juste me dire oui ou non. Donc, il me dit oui. Bon, je dis, alors, je n'en veux pas. Et donc, il appelle quand même cette personne pour lui dire, Madame ne veut pas. Refuse. Refuse les fleurs. Et donc, il lui donne son identité. Il dit, parce qu'elle ne la connaît pas. Non, mais c'est jusqu'au bout, quoi. Il s'est dit, elle va revenir avec un bouquet de fleurs. C'est quand même dingue.
- Speaker #0
Oui, mais tout est possible. Vous n'auriez peut-être pas été en meilleur état. je dirais, pour justement avoir des flirts, et croupir chez vous en train de pleurer, en train d'être déprimé, ça aurait marché.
- Speaker #1
Tout est possible, parce que ça aurait marché, parce que dans la chronologie, dans le timing, en effet, j'étais sortie, moi, ça y est, de l'ornière, mais vraiment, j'en étais sortie. Mais je pensais qu'il l'avait compris, quand même. Et là où j'ai compris qu'il l'avait compris, c'est que je me suis dit, est-ce qu'il va monter le curseur comme il faisait avant ? C'est-à-dire quand j'étais encore, justement, dans cette mécanique de l'emprise. C'est ce qu'il faisait. Les fleurs, ça marchait pas. Hop, il sortait un autre truc. Ça marchait pas, il sortait un autre truc, il sortait un autre truc. Les lettres, les trucs, les pleurs, les larmes, les machins, ça va crescendo. Et là, en fait, il a compris définitivement parce qu'il a rien sorti d'autre. Il avait rien à... Voilà, il n'y avait plus de... Donc là,
- Speaker #0
à partir de ce bouquet de fleurs, il a compris.
- Speaker #1
Il a compris, puis après, il y avait quand même Chéri, qui est sorti assez rapidement aussi parce que j'ai mis un an à l'écrire, donc c'était assez vite. Je pense qu'après le livre, oui, on revient par...
- Speaker #0
Vous n'avez plus croisé des personnes qui le connaissent. Alors parfois,
- Speaker #1
je croise des personnes qui le connaissent, qui essayent de me parler de lui, et je ferme les écoutilles, je ne veux rien savoir.
- Speaker #0
On va répéter complètement le fonctionnement. Non,
- Speaker #1
mais c'est amusant parce que j'ai des amis, que j'adore, qui sont vraiment mes amis chéris, qui adoreraient me raconter qu'elles l'ont croisé à tel endroit, etc. Et c'est vrai que ce genre de gossip, on aime bien en général. J'en ai une qui est très marrante, elle me dit alors on est d'accord que si je le crois, je te le dis pas, on est d'accord que si je l'ai croisé, je t'en parle pas, et je sais qu'elle l'a croisé. Et j'ai dit, bah oui, on est d'accord que tu vas être très frustrée, mais que tu vas pas me le dire. En fait,
- Speaker #0
il faut couper le lien complètement.
- Speaker #1
Et donc ça la frustre, parce que je sais qu'elle a envie de me raconter qu'elle l'a vu sortir d'une porte cochère avec une fille et tout. Et je lui dis, je suis désolée, raconte-le à quelqu'un d'autre. Vous le connaissez trop bien,
- Speaker #0
et vous savez trop bien ce qu'il peut faire, et le mal qu'il peut faire surtout.
- Speaker #1
Mais pour moi, aujourd'hui, cette personne-là, c'est un clown. Je comprends. Moi, je n'ai pas envie de retourner au cirque Pinder. Ça ne m'intéresse pas. Je n'ai pas de colère vis-à-vis de lui. Parce que, je vous dis, il y a quelque chose de l'ordre de la misère.
- Speaker #0
Sans avoir pitié d'eux, c'est vrai qu'il ne faut pas s'intéresser à eux.
- Speaker #1
Je n'ai pas pitié. Mais ce que je trouve assez brillant dans cette leçon de vie et dans cette expérience, et ce qui me fait du bien, c'est que je me dis, on ne sera jamais comme eux. Qu'est-ce que c'est fantastique, quoi, de laisser son cœur ouvert, de croire encore en l'amour.
- Speaker #0
Et vous y croyez encore ?
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
C'est formidable.
- Speaker #1
D'être dans la joie quand on est dans la nature, d'être dans cette espèce de bonheur quand on écoute de la musique. Mais oui, d'être dans le lien à l'autre.
- Speaker #0
Je pense qu'il ne la connaît pas, cette vie.
- Speaker #1
Il n'a pas accès à ce qui est beau dans la vie. Et ce qui est beau dans la vie, c'est l'altérité. C'est de se rencontrer, vous et moi, de parler pendant une heure et de se raconter des choses où on peut se retrouver. Mais lui, il n'a pas ça. Mais nous, on l'a. Fabuleux.
- Speaker #0
Non, parce que lui, tout est calculé, en fait. C'est un savant calcul de tout ce qu'il fait avec l'une, avec l'autre. Il tire un peu les ficelles et ça l'amuse beaucoup. Mais jusqu'à quand ?
- Speaker #1
Vous voyez, d'ailleurs, tous les livres, par exemple, sur les pervers narcissiques, souvent, ils sont illustrés par cette espèce de marionnette avec les fils, vous voyez ? Oui, c'est ça. Comme ça, comme un pantin. Ce qui n'est pas le cas de mon livre, où j'ai mis un cadenas, parce qu'en fait, je trouve que ça représente vraiment bien ce qui se joue avec ce genre de personnage. Et surtout, il n'y a pas son point de vue à lui. Ça, je n'en avais pas tellement d'intérêt. C'est l'autre, c'est lui. Parce qu'en fait, ça pourrait être lui, mais ça pourrait être un autre, finalement. Je suis tombée sur lui, mais je pense que je serais tombée sur un autre. À ce moment-là de ma vie, j'avais besoin de comprendre ça sur moi.
- Speaker #0
Ce que je souhaite, c'est de ne pas rencontrer un autre qui va vous verrouiller. Dans votre vie, dans votre espoir ?
- Speaker #1
Je pense que là où j'en suis aujourd'hui, je ne peux pas dire que ça ne pourra pas m'arriver de nouveau. Mais franchement, je ne crois pas.
- Speaker #0
Vous avez détecté plus vite en tous les cas ?
- Speaker #1
Alors, j'ai quand même passé cinq ans moi. Donc en cinq ans, je me suis posé beaucoup de questions. Et puis ensuite, j'ai fait énormément de recherches sur ce sujet-là. Même sur les lois, là où on est sur les lois aujourd'hui, comment ça évolue ? Ces femmes qui témoignent, qui se retrouvent devant des tribunaux aussi, c'est un sujet que vous connaissez par cœur. Mais comment elles se retrouvent lessivées avec lui qui arrive devant les magistrats très droits, très cortiqués, très articulés ? Oui,
- Speaker #0
les magistrats ont tendance à le croire plus que la femme. C'est normal. Qui a été victime, qui a été complètement soumise pendant des années et on pense que ça n'est pas envisageable.
- Speaker #1
Ça, c'est intéressant parce que, vous voyez, ça, c'est votre partie. Mais c'est tellement intéressant de voir ça, de se dire qu'en effet, quand ça se joue, ça, ça se joue, par exemple, au moment du divorce, au moment de la séparation. Pourquoi on va devoir un juge pour la garde des enfants ? Pour les enfants,
- Speaker #0
qu'ils manipulent aussi.
- Speaker #1
Voilà, pour la garde des enfants. Donc, ça se joue assez vite, finalement, après la rupture. Donc, en fait, on n'a pas le temps. Et puis, cette femme-là qui a des enfants, elle ne va pas commencer, elle, à lire des bouquins sur le sujet. à écouter des podcasts, qu'est-ce qu'elle va faire ? Elle va juste protéger ses enfants, en fait. C'est ça, le peu d'énergie qui lui reste. Elle va le mettre là-dedans, dans la protection de ce qui lui reste de famille.
- Speaker #0
Oui, mais on dira d'elle qu'elle est trop fusionnelle, qu'elle fait de l'aliénation par rapport au père. Ce qui est totalement faux, c'est le contraire. C'est le père qui induit les enfants à critiquer la mère, à les faire venir avec lui. Et ça arrive malheureusement plus souvent qu'on imagine. Les enfants se tournent vers le père.
- Speaker #1
Bien sûr. Alors, il y a cette campagne de dénigrement qu'il fait effectivement auprès des enfants aussi, la mère. Mais est-ce que vous ne pensez pas que les enfants reviennent ?
- Speaker #0
Ils reviennent, mais très tard. Il y a des coupures avec la mère. J'ai beaucoup de dossiers en ce sens, des enfants de 14, 15 ans qui coupent avec la mère.
- Speaker #1
Est-ce qu'ils ne reviennent pas après ? quand ils font leur famille ?
- Speaker #0
Alors probablement. Pour l'instant, on n'en est pas là. 20 ans, 25 ans ? C'est possible. Mais en attendant, oui, ils se rendent compte peut-être de ce que vaut le père après. Mais en attendant, il y a des coupures avec la mère alors que la mère, finalement, avait tout fait pour eux et s'entendait très bien avec les enfants. Là, j'ai plusieurs cas en ce moment. C'est le même schéma. Les enfants coupent avec la mère parce que le père est en train de la dénigrer tellement et tellement de les manipuler qu'ils y arrivent aussi. Et quelque part, il ne faut pas leur en vouloir parce qu'ils ont réussi, pendant des années, comme vous, à faire comprendre à la mère des choses qu'elle n'aurait pas dû comprendre ou en tous les cas à distiller des choses qui ne devaient pas l'être. Et les enfants, ils font pareil. Seulement, les enfants, ils n'ont pas la maturité d'une adulte.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, c'est aussi de dire que ce genre de personnalité ne font pas des bons pères.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Il faut arrêter de penser que...
- Speaker #0
Les magistrats ne pensent pas du tout.
- Speaker #1
Voilà, mais il faut arrêter de penser qu'en fait, quand il y a des violences psychologiques, des violences physiques envers une femme, ça va très bien se passer avec les enfants.
- Speaker #0
Non, pas du tout.
- Speaker #1
Voilà, ça ne se passe pas bien non plus avec les enfants.
- Speaker #0
Même psychologique.
- Speaker #1
Non, voilà. Parce que les maîtres ont tendance à dire,
- Speaker #0
bon, ça va, il n'a pas la même éducation que vous, mais il faut passer outre. Ils n'arrivent pas à comprendre que les violences psychologiques vont continuer auprès des enfants, à l'encontre de la mère. Et les enfants vont être complètement détruits.
- Speaker #1
Ce qui est dingue aussi, moi, je trouve qu'on parle des étapes, en fait, de cette manipulation-là. Ça y est, c'est moi qui fais l'interview, en fait. On a changé,
- Speaker #0
on a switché.
- Speaker #1
Mais c'est la dernière étape, en fait, de ces manipulateurs. C'est le sujet de forcer, en fait. On en est là. C'est-à-dire qu'on parle du love bombing, on parle du verrouillage, on parle de tout ça dans les médias. Mais ils vont jusque-là. Mais ils vont jusque-là.
- Speaker #0
Ils vont jusqu'à dire, tu n'as qu'à te tuer. De toute façon, tu n'intéresses personne, tu n'es plus bonne à rien. Donc, le mieux, c'est que tu disparaisses, que tu t'en fous, etc. Et ils n'arrêtent pas de le dire, à tel point qu'il y en a qui le font. Les conséquences sont très graves. Toutes mes clientes qui ont passé quelques années avec ces hommes,
- Speaker #1
elles ont tenté de se mettre en l'air.
- Speaker #0
Elles ont tenté, ou en tous les cas, elles sont en dépression, ou elles ont vraiment des soucis de santé énormes. Que ça soit respiratoire, des soucis de cœur. Moi, j'ai constaté que ce ne sont pas des femmes en bonne santé.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Parce qu'elles n'ont pas dormi, parce qu'elles ont été vraiment la nuit réveillées.
- Speaker #1
Oui, ils réveillent.
- Speaker #0
La nuit avec des atteintes sécurelles, etc. Oui, ils l'empêchent de dormir. Donc, en fait, ces femmes sont détruites à tout point de vue. Elles ne se représentent plus rien. Elles se disent, je ne vaux rien. Je ne vaux plus rien. Donc, il ne me reste qu'à disparaître.
- Speaker #1
Exactement. Exactement. Et même, ils le disent aux enfants.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Ta mère, elle ferait mieux de te faire en l'air, etc. Bien sûr. Les enfants ne sont pas du tout épargnés dans ces violences psychologiques. Pas du tout.
- Speaker #0
Les enfants finissent par le croire.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Comme les femmes ont fini par croire qu'elles n'étaient rien, à force d'entendre ça toute la journée, distillé de manière répétée. Mais c'est horrible. C'est vraiment une décharge émotionnelle immense. qui fait qu'elles ont du mal à se rétablir.
- Speaker #1
Oui, c'est une détresse terrible. On y arrive,
- Speaker #0
il faut avoir de l'espoir parce qu'on y arrive. Elles y arrivent. Il y a toujours une lumière finalement dans ces ténèbres. Elles arrivent à retrouver une lueur, soit parce qu'une rencontre, une nouvelle rencontre, une nouvelle envie d'avoir un nouveau métier. Elles se restaurent, elles finissent par se restaurer.
- Speaker #1
Et moi, je pense que ce qui est important justement, de parler de la maladie et de l'état dans lequel on est physiquement, Ce qui est hyper important comme signaux d'alerte, c'est le corps. C'est-à-dire que ce n'est pas très important de savoir si le type est un pervers narcissique ou si c'est juste un sale type.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
C'est comment on se sent dans la relation. Et le corps parle avant la tête, mais vraiment.
- Speaker #0
Vous l'avez remarqué, vous ?
- Speaker #1
Ah oui, et on ne l'écoute pas. C'est-à-dire qu'il y a une intuition du corps qui est tellement forte. Et effectivement, après, on multiplie les mots, les maladies. les angines, on ne peut plus parler. On a vraiment... Quand on a les boules, il y a des... On a des infections urinaires à répétition. Mais vraiment. Parce que pour mettre justement le sexe à distance, il y a un moment donné, c'est l'intrusion. Les infections urinaires, l'urine, c'est le territoire. On marque son territoire en urinant, on est des animaux. Et donc, les reins ne filtrent plus. Ils ne filtrent plus la toxicité. Parce qu'on a envahi votre espace. Il y a des choses à écouter vraiment, je pense. de l'ordre du corps, quand on est dans ces histoires-là, et pas de se dire, alors, est-ce qu'il est pervers, est-ce qu'il n'est pas pervers, etc. Comment je me sens ? Si je me sens tout le temps malade, fatiguée, épuisée, vidée, j'ai des symptômes. Même le ventre qui sort quand il rentre dans une pièce. Quand il arrive dans la pièce, quand il passe derrière vous, vous avez les poils qui se hérissent, vous avez froid, vous avez chaud quand il est trop près. Il faut écouter tous ces symptômes corporels. et ensuite pour se reconstruire, et c'est très juste ce que vous dites, ça passe aussi par le corps. C'est-à-dire se reconnecter à son corps. Se refaire, se réapproprier ce corps qu'il a tellement dénigré. Ça peut passer par la méditation, par le yoga, par des trucs qu'on n'avait peut-être pas l'habitude de faire. Des choses qui vont être différentes pour nous. Aller dans la nature, se promener, penser à soi, c'est ça. N'importe quoi, j'en sais rien. Acheter un chien, le caresser toute la journée. Je ne sais pas par quoi ça passe, mais en tout cas par la sensation du corps. de se remettre son corps, de se l'ancrer. Et ça, moi, je l'ai compris après, Même après avoir écrit Chéri, je pense. Ou en l'écrivant, quand je parle de la maladie.
- Speaker #0
Alors Chéri, ce livre vous a fait beaucoup de bien de l'écrire.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, il vous fait beaucoup de bien parce qu'il y a un accueil inattendu. Complètement. De la part de femmes, de la part d'hommes aussi. Vous êtes surprise de ce succès ?
- Speaker #1
Je ne suis pas surprise, je suis dépassée.
- Speaker #0
Dépassée.
- Speaker #1
C'est fou, en fait. Je trouve ça fou et ça me fait de la peine de me dire que dans mon entourage, dans les gens qu'on croise, beaucoup ont connu ça. On ne parle pas de petites toxicités, je ne suis pas en train de vous parler de filles qui m'envoient des messages en me disant « moi aussi j'ai été ghostée sur Tinder » . Ce n'est pas ça dont on parle. On parle de personnalités qui cochent toutes les cases. Il y en a beaucoup. Donc je ne comprends pas le... C'est très inquiétant d'ailleurs. C'est très inquiétant.
- Speaker #0
D'ailleurs, comme je vous le disais, de tout sexe, mais aussi de tout âge. J'ai des jeunes femmes de 20 ans qui viennent me voir.
- Speaker #1
De 14 ans, moi j'en ai une.
- Speaker #0
Donc c'est très grave. Parce qu'on pense qu'on est informé aujourd'hui, qu'il y a quand même une diffusion de l'information. Et ces jeunes se font vraiment manipuler par des hommes plus âgés ou du même âge.
- Speaker #1
Du même âge, parfois.
- Speaker #0
Oui, là, parfois du même âge. Et on se retrouve dans des cas de figure extrêmement compliqués. Parce qu'elles maigrissent, anorexiques. Enfin, c'est gravissime ce qui leur arrive. Elles interrompent leurs études. Donc, elles n'ont pas la maturité pour avancer. Et elles sont bloquées pendant des années encore. Et puis,
- Speaker #1
ça peut être le premier amour. Oui, en plus. Ça pose en fait la base de ce que peut être l'amour aussi, c'est ça ? C'est ça. C'est intéressant de redéfinir ce que l'amour... L'amour, quand ça détruit, ça s'appelle de la violence, en fait. Il faut être très clair là-dessus, avec les jeunes filles, avec les jeunes femmes aussi. Moi, je n'avais pas cette conscience-là. C'est quand même fou de se dire qu'on est dans une société où on peut encore... envisager que l'amour peut faire mal à ce point.
- Speaker #0
Mais de plus en plus d'ailleurs. Mais non, oui de plus en plus.
- Speaker #1
De plus en plus et même chez les jeunes comme vous dites, il y a un truc, moi je connaissais pas l'univers de TikTok et j'ai découvert ça avec mon livre parce qu'il y a plein de filles qui lisent, des très jeunes filles qui ont des booktoks et tout ça, donc c'est assez intéressant, c'est un univers qui est assez fou et assez vaste et en fait elles sont beaucoup sur la dark romance. Moi je sais pas ce que c'était que la dark romance, pour moi la dernière dark romance c'était Belle du Seigneur. Bon c'est vrai que Belle du Seigneur... il la traite pas super bien non plus mais là on est dans le truc ça pousse à l'extrême on est un peu dans ce truc de ça a peut-être un peu commencé avec Fifty Shades of Grey un truc dans le genre mais là on romantisait un peu le SM et pourquoi pas en fait si on est consentant tous les deux moi je vois pas du tout de mal à ça mais ça ça va encore plus loin c'est à dire que la femme devient un objet et chez ces hommes là en effet la femme est complètement objectivée donc Merci. Est-ce que c'est bien de lire ce genre ? Je ne sais pas quoi en penser, mais ça m'a...
- Speaker #0
En tous les cas, ça ne s'arrange pas, puisque j'en reçois de plus en plus des jeunes qui ne consentent pas à tout et qui se retrouvent projetés dans les réseaux sociaux où ils les obligent à se déshabiller, à pratiquer des choses qu'elles ne veulent pas. et ils arrivent à avoir... cette influence sur elles qui fait qu'elles dérivent. Elles dérivent même de manière inattendue et elles font marche arrière. C'est bien souvent trop tard parce qu'elles sont très, très amochées. Très amochées. Et là, j'en ai eu. Et les parents découvrent ça. En fait, ce sont les parents qui viennent avec elles à mon cabinet en me disant voilà ce qui lui arrive.
- Speaker #1
En fait, c'est comme s'il y avait des nouvelles techniques. C'est ça. Parce que moi, le mien, il était un peu à l'ancienne. C'était un pervers manipulateur. d'une cinquantaine d'années, donc il avait les moyens de son âge. Mais les gars maintenant, effectivement, qui ont 14 ans, 16 ans, etc., et on va sur le revenge porn, le revenge nude, ce genre de trucs comme ça. C'est une nouvelle façon de manipuler, mais c'est la même chose. T'es la plus belle, t'es la plus géniale, t'es la plus truc. Et puis vas-y, t'as un corps super, ça me ferait plaisir que tu m'envoies une photo. Et puis c'est vrai que nous, Moi, ma génération, on envoyait des photos à notre amoureux. Je ne sais pas, pas forcément hyper explicite et tout, mais on pouvait envoyer une photo de nous. J'ai hâte de te retrouver ce soir avec un truc un peu sexy. Et on ne risquait rien parce que ce n'était pas leur truc.
- Speaker #0
Alors que maintenant, il y a aussi cette difficulté de réseau qui peut amener vers autre chose. Donc, aujourd'hui, c'est plein d'espoir, en fait, votre livre, quelque part. Parce qu'une fois qu'on l'a lu, moi, je me suis sentie bien à la fin. Franchement, je me suis dit, voilà, voilà des femmes qui ont compris. Voilà des femmes qui se réveillent. Qui se réveillent et qui, en tout cas, qui se réveillent. Je ne sais pas si elles ont compris. En tous les cas, elles ont compris leur cheminement et qu'il fallait arrêter parce que là, ça devenait insupportable. Et surtout, c'est plein d'espoir parce que ce sont des femmes qui deviennent libres. Libres de choisir.
- Speaker #1
Pas toutes. Pas toutes, peut-être. Pas toutes dans le livre. Dans le livre, j'ai voulu aussi quand même montrer que certaines...
- Speaker #0
La dépendance, parce que celle qui avait l'enfant avec lui, par exemple. Oui, alors ça,
- Speaker #1
de toute façon, on est liés à vie. On a un enfant, on est liés. Ça, c'est sûr. Effectivement,
- Speaker #0
ça crée le lien.
- Speaker #1
Mais par exemple, chez Claire, qui est un de mes personnages, elle... Elle a cette croyance définitive, je pense, en tout cas elle, que l'homme n'est pas fiable. Et je pense que Claire, elle n'y retournera pas. Ça, c'est sûr. Elle n'ouvrira plus son cœur. Oui,
- Speaker #0
il y a aussi cet inconvénient, bien sûr, de ne pas faire confiance. Ça ne se passe pas toujours. Bien sûr. De moins, elle est libre de son choix. C'est-à-dire qu'elle se dit, ce n'est pas pour moi, je ferai autre chose.
- Speaker #1
Et elle n'est pas malheureuse, d'ailleurs, de ce choix-là. Voilà, c'est ça. Elle n'est pas malheureuse. elle est parfois un peu amère quand même à la fin je la sens, parce qu'elle vivait sans moi à la fin, elles faisaient leur vie vraiment des personnages là et je me disais,
- Speaker #0
quand même la pauvre il y a quelque chose d'une amertume il y a toujours des conséquences qu'elle soit de santé qu'elle soit effectivement psychologique et puis on peut aussi fermer la porte pour l'instant, qui sait, elle va peut-être on ne sait pas,
- Speaker #1
j'espère que Claire va rencontrer quelqu'un, mais c'est vrai que je pense, après peut-être je me trompe ça ne fait pas si longtemps que ça Je pense que ces histoires-là, on peut s'en remettre, on s'en remet. Il y a de la lumière, on retrouve foi en l'autre, ça c'est sûr. Mais il restera toujours une petite craquelure quelque part, comme une mini-fellure, quelque chose qui, en tout cas moi, m'enjoindra à une certaine vigilance que je n'avais pas avant. Bien sûr,
- Speaker #0
mais c'est une cicatrice, c'est évident, elle restera à vie. Mais il y a aussi de l'espoir. Moi, j'ai beaucoup d'annonces de mariage parmi mes clientes qui étaient désespérées quand elles sont venues la première fois et qui, quelques années après, finalement m'annoncent qu'elles vont se marier, m'envoient la photo.
- Speaker #1
Parce qu'elles sont tombées sur un homme bien. Absolument.
- Speaker #0
Parce qu'il y a des hommes bien.
- Speaker #1
Il y en a plein. Il y a quand même plus d'hommes bien que de pervers narcissiques. Heureusement, vous imaginez. Sinon, l'enfer du monde dans lequel on vivrait. Non, non, mais évidemment que les hommes sont super. Moi, j'adore les hommes, je les trouve merveilleux. Je pense que ce n'est pas évident d'être un homme aujourd'hui aussi dans notre société. Et je pense qu'en effet, c'est une minorité de manipulateurs, de prédateurs, de pervers qui font beaucoup de tort aux hommes aussi, sur les histoires de consentement, sur tout ça. Aujourd'hui, les mecs bien empathisent.
- Speaker #0
C'est compliqué pour un homme de prendre sa place. Évidemment,
- Speaker #1
évidemment. Donc, il faut réhabiliter les hommes.
- Speaker #0
Et de redonner confiance aux femmes.
- Speaker #1
Voilà, il faut réhabiliter les hommes. Il faut que les hommes et les femmes, je pense, continuent à communiquer, à se parler, à se dire leurs émotions. Il faut arrêter d'élever aussi les garçons en leur disant « Toi, tu ne peux pas pleurer, tu dois être forte, tu dois être… » Non, pas du tout, en fait. Tu peux avoir accès à tes émotions et tout va bien.
- Speaker #0
Et puis, faire attention aux signes. Aux signes, souvent, ils sont précurseurs. Quand on sent qu'il y a quelque chose qui dérange,
- Speaker #1
il faut y croire. Dans le corps, vraiment. Mais on peut se dire « Ah, j'ai des papillons dans le ventre. » Non, non. T'as pas les papillons dans le ventre, t'as le ventre qui se tord en deux, et quand il passe derrière toi, il y a comme un froid glacial, c'est pas pareil. Quand on est avec quelqu'un avec qui ça se passe bien, l'amour, on va dire, on est apaisé.
- Speaker #0
Oui, c'est comme une relation avec une très bonne amie, ça doit être très très facile. C'est fluide, c'est facile,
- Speaker #1
même si en effet dans les couples, il y a des conflits, il y a des malentendus. Il y a des dissonances, il y a des ajustements à faire. C'est normal,
- Speaker #0
mais la relation est équilibrée.
- Speaker #1
Et c'est bien normal, mais on se parle, on discute, on communique. Parfois, on se fait la gueule, parfois, il y a des portes qui claquent et tout. Mais ça ne prend pas cette proportion-là.
- Speaker #0
Vous n'aviez pas envie forcément de discuter ? Non,
- Speaker #1
mais il n'y a pas de vice. Il n'y a pas ce vice qu'il y a. Et dès qu'on sent que ça devient un peu vicieux, un peu pervers, si on peut partir, il faut partir tout de suite. Mais c'est vrai que dans Chéri... Je donne pas mal de petites indications là-dessus. Et puis, on arrive à rire quand même. On arrive à rire. J'espère que je vous ai fait rire à la lecture. Complètement.
- Speaker #0
Et puis, merci pour votre humour, encore aujourd'hui. Et puis, merci pour tous ces personnages qui sont des femmes...
- Speaker #1
Je les adore.
- Speaker #0
Oui. Très, très, très attachantes. C'est ce que j'allais dire. Très attachantes.
- Speaker #1
J'ai une électrice qui m'a dit, j'ai refermé le livre et j'avais l'impression qu'il était des amis. J'aurais voulu passer plus de temps avec elle. C'est le plus beau compliment, vraiment.
- Speaker #0
Oui, elles sont lumineuses pour moi, ces femmes. Elles sont super sympas. Et ces femmes, finalement, ce livre se ferme, mais on est encore avec elles. Elles sont encore dans la mémoire. Et on a envie de relire votre livre. Parce que moi, j'ai sûrement peut-être lu certains passages un peu vite et j'ai envie de me retourner pour m'y pencher davantage.
- Speaker #1
C'est ce qu'on me dit. Alors moi, je préférais qu'on l'achète deux fois.
- Speaker #0
Non, mais parce qu'on en parle, donc les autres vont l'acheter.
- Speaker #1
Plutôt que de le relire, vous voyez, ça m'arrangerait. Mais c'est ce qu'on me dit. Non, non, sans plaisanter, c'est ce qu'on me dit. On me dit qu'en effet, on a envie... Parce qu'en fait, comme c'est un puzzle qui se tricote... On a envie après de le relire en l'ayant déjà détricoté. De relier, absolument.
- Speaker #0
Et les réactions m'ont peut-être échappé sur certaines qui n'ont pas réagi au moment où il fallait.
- Speaker #1
C'est un peu fait comme de leur faire voler la dentelle. Donc c'est vrai que...
- Speaker #0
Donc c'est un livre qu'on ne lâche pas comme ça.
- Speaker #1
Ben c'est... Ouais, je pense... On a envie d'y retourner. Je pense que j'ai écrit un bon polar. Oui,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Aussi.
- Speaker #0
Ben écoutez, bravo. Bravo de vous être confiée à moi. Avec plaisir. Et puis merci pour votre sourire, pour votre humour, pour votre gaieté. Vous êtes très, très, très vivante. Merci pour ça.
- Speaker #1
Survivante.
- Speaker #0
Et survivante.
- Speaker #1
Je vous embrasse, Janine. Merci.
- Speaker #0
Merci à vous.