- Speaker #0
Je fermais la porte à clé, je prenais les clés et là on partait pour l'inspection. Je faisais un tour de la porte super vite.
- Speaker #1
Ou on dit ok, il ne faut pas que je cours, il ne faut pas que je... Et en fait on court au bout d'un moment et il y a des gens qui ont plusieurs fois essayé d'ouvrir la porte.
- Speaker #0
Il n'y a pas besoin vraiment de cacher la caméra. Si ça se trouve elle est face à notre visage et nous on ne le sait pas. Attends, t'es allé trop vite dans la salle de bain, je n'ai pas vu à l'intérieur de la baignoire.
- Speaker #1
J'ai peur que des gens escaladent. Jusqu'au cinquième et que j'aille sur mon balcon et que je tombe sur un boug en train de m'attendre comme ça. Ça s'appelle les violeurs de balcon. Génial. Quand on entend quelqu'un... Les fous, moi, les fous me font peur dehors.
- Speaker #2
T'as pas l'œil ? T'as pas l'œil. T'as pas l'œil. Vos questions sur les aveugles, aux aveugles. Bonjour et bienvenue dans T'as pas l'œil, le podcast de l'association Cécité. Ici, on pose les questions que tout le monde se pose, mais n'ose vraiment pas dire à voix haute. Sur le quotidien, les émotions, la vie en général des personnes déficientes visuelles. Ce sera sans gêne, sans pitié, sans connaissance, juste de la curiosité et beaucoup d'authenticité. Et ce podcast, il est aussi fait pour vous, les voyants, parce qu'en écoutant ceux qui vivent le monde différemment, vous allez peut-être découvrir des choses sur vous-même que vous n'attendiez pas. Sur vos relations, vos peurs, vos sens, sur votre façon de percevoir les autres, ce que les personnes déficientes visuelles vivent, vous le vivez aussi, mais de manière différente. Et ça, ça en vaut le détour. Aujourd'hui, pour ce deuxième épisode, nous sommes accompagnés d'une invitée de qualité, Wendy. Wendy, bonjour. Bonjour. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #0
Je m'appelle Wendy, j'ai 24 ans, je suis totalement aveugle depuis l'enfance, depuis l'âge de 4 ans, et je suis accompagnée au quotidien de Paradis, mon chien guide.
- Speaker #2
Super, en tout cas, on est très heureuse de te recevoir. A mes côtés, nous avons Hanane, comme toujours, pour apporter un éclairage psychologique sur tout ce qui va être dit. Bonjour Hanane.
- Speaker #3
Bonjour.
- Speaker #2
Et nous avons également Lana, qui sera là aussi également sur tous les épisodes de cette saison, pour apporter ses anecdotes, son regard et son vécu sur ce qui sera dit. Bonjour Lana.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #2
Donc on a demandé à des gens dans la rue ce qu'ils voulaient vraiment savoir sur le handicap visuel. Et il y a une question qui est revenue. Comment vous faites ? pour vous sentir en sécurité chez vous quand vous ne voyez pas ? Cette question, je la trouve vraiment très intéressante. Et en écoutant Wendy, on va peut-être tous avoir les clés pour mieux comprendre et peut-être gérer aussi les angoisses qu'on peut tous avoir au quotidien, que ce soit les voyants ou les non-voyants d'ailleurs. Donc Wendy, qu'est-ce que tu penses de cette question d'emblée ? Qu'est-ce que ça t'inspire cette question ?
- Speaker #0
Cette question, je la trouve super intéressante parce que le thème de... De l'insécurité chez soi, je pense que ça concerne tout le monde, surtout les personnes qui vivent seules. Peu importe l'âge, peu importe... Vraiment, vivre seule, il y a toujours un moment où on se fait une petite frayeur. Soit on a peur que quelqu'un entre, que quelqu'un soit rentré, que... C'est bête, mais on peut avoir peur aussi des petits bruits, des trucs comme ça. Donc je pense que tout le monde se reconnaît un peu sur ce sujet.
- Speaker #2
C'est vrai. Est-ce que chez toi, dans ton propre appartement, t'as déjà eu peur en fait, chez toi, toute seule ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. J'ai commencé à vivre seule il y a 6 ans maintenant, quand je suis partie pour étudier. Et donc au départ j'avais un studio, c'était littéralement un couloir, il était globalement tout en longueur et il n'y avait pas beaucoup d'espace pour se cacher, mais je vivais toute seule à l'époque. c'est vrai parce que pas moi qui voulais me cacher mais tu sais pas s'il y a pas quelqu'un caché chez toi.
- Speaker #2
C'est vrai.
- Speaker #0
Je vivais dans une résidence étudiante, c'est connu que les personnes qui travaillent dans la résidence elles ont accès à ton logement. Même quand tu fermes la clé. Et moi j'avais hyper peur, je me suis peut-être arrivée à se dire qu'elle est aveugle, elle vit toute seule. Qui sait s'il y a pas quelqu'un qui rentre, qui va rentrer quand je suis seule, ou qui est rentrée et qui a mis peut-être une caméra ou des choses comme ça.
- Speaker #2
Ouais.
- Speaker #0
Et du coup vraiment au départ quand je vivais seule c'était hyper drôle parce que le soir quand je rentrais chez moi, je fermais la porte à clé, je prenais les clés et là on partait pour l'inspection. Je faisais un tour de la porte super vite en tapant un peu partout avec ma canne ou en mettant des coups de pied sous la table et tout en mode « Ah je t'ai trouvé ! » En vrai de l'extérieur c'est hyper drôle. Je n'ai jamais trouvé personne, figurez-vous.
- Speaker #3
Surprise. Heureusement. Et ce coup-là, alors, te rassurait ?
- Speaker #0
Oui, ça me rassurait. Et en même temps, j'avais toujours la petite parano de... Là, il n'y a personne, mais tu n'es pas à l'abri que quelqu'un entre plus tard. Donc quand j'étais à la maison, je fermais à clé, je laissais les clés tourner dans la serrure et tout pour être sûre que personne n'entre. J'avais très peur de ça. Et j'ai déjà eu une petite... Tu sais, quand tu es très fatiguée, tu es un peu parano sur certains détails, toutes les petites choses. Là, j'étais rentrée de week-end et j'avais l'impression que plein de choses avaient changé de place dans mon appart. Et j'étais tellement paniquée. que j'étais amie avec une de mes voisines est venue faire un tour pour m'assurer qu'il n'y a personne de caché, il n'y a pas de caméra en tout cas à première vue. Donc ça va mieux aujourd'hui quand même globalement, mais au départ j'avais très très peur.
- Speaker #2
Et toi Lana, tu as déjà ressenti ce sentiment d'insécurité chez toi ?
- Speaker #1
Ah oui, complètement. En fait, comme disait Wendy, je pense que c'est une sensation que beaucoup de personnes ont déjà eue. Par exemple, se lever la nuit pour aller boire de l'eau et avoir un pic d'adrénaline d'un coup, où on se dit « Ok, il ne faut pas que je cours, il ne faut pas que je… » Et en fait, on court au bout d'un moment. Mais je pense que quand on ne voit pas, c'est décuplé.
- Speaker #2
Oui, c'est clair.
- Speaker #1
Parce que finalement, on n'arriverait même pas à se rassurer en regardant. Et je l'ai fait, le room tour armé d'un bâton, d'un truc, en mettant des énormes coups sous l'étendoir. parce que je me disais à tout moment, il y a un mec à quatre pattes sous les tendoirs. Et le pire, c'est qu'on se dit, même s'il y avait quelqu'un, mais il va se passer quoi ? Il va se prendre une pichenette. Il va juste se rendre compte que tu l'as capté. Et en fait, c'est pire. Donc, j'ai carrément déjà eu ça. J'ai déjà fait des FaceTime avec ma maman pour lui demander parce que j'ai habité dans le Nord pendant trois ans. et... Mon mari à l'époque travaillait de nuit, donc il partait à 18h et il rentrait à 8h du matin. Donc vraiment je passais toute la nuit seule, j'étais en rez-de-chaussée, qui donnait sur la rue. L'appartement c'était un ancien commerce, donc tout était vitré, il n'y avait vraiment rien de rassurant. Et il y a des gens qui ont plusieurs fois essayé d'ouvrir la porte. Et en fait je me disais, c'est tout bête, mais quand je vais acheter le pain, l'instant où on sort, il y a quelqu'un qui a pu se faufiler en fait. Quelqu'un qui m'aurait repéré, voilà, je vais attendre que l'aveugle sorte de chez elle et je me disais mais une milliseconde, franchement pour que ça se fasse, il faudrait que le mec soit un yakuza quoi, vraiment un acrobat. Et ouais, je me disais, la personne a pu rentrer et des fois je me disais, ok, là je vais l'ignorer là. Là je vais l'ignorer, je sais qu'il y a quelqu'un, je reste juste sur mes cartes. Et franchement ce que tu disais, le truc des caméras, c'est aussi une vraie peur. que j'ai eues jusqu'à il y a vraiment pas longtemps. Et il y a des endroits encore où je me dis, je vais chez des gens, et en fait, ils ont une caméra. En soi, ce n'est pas dramatique, mais c'est un truc que j'aimerais bien savoir.
- Speaker #0
D'autant plus que nous, il n'y a pas besoin vraiment de cacher la caméra. Si ça se trouve, elle est face à notre visage et nous, on ne le sait pas.
- Speaker #1
Il n'y aurait pas besoin de la peluche caméra, ou comme dans les AirBnB, la cacher dans un réveil matin, ou un truc comme ça.
- Speaker #3
Tu vas pouvoir les Airbnb de la même manière.
- Speaker #1
Ou les faux miroirs. Oui, les faux miroirs, j'ai déjà entendu. Franchement, il n'y a pas besoin. Le mec, il pourrait mettre une caméra de studio comme ça sur une table sur laquelle on ne va pas.
- Speaker #0
Et je pense que nous, on est aussi la génération des traits d'horreur et des trucs comme ça. Donc, ça n'aide pas. Perso, je consomme énormément de trucs comme ça, des traits d'horreur, des trucs de true crime. Surtout si je suis toute seule et tout. Je me fais mon petit flip. Après, j'ai trop peur.
- Speaker #2
Je ne sais pas pourquoi on fait ça. Je fais ça quand je suis seule chez moi. Je regarde des trucs comme ça. Je me fais peur toute seule.
- Speaker #3
Finalement, on sait que ça fait très peur. On a très peur. Mais en même temps, on sait que tout va bien. C'est intéressant.
- Speaker #1
Mais la sensation d'avoir quelqu'un chez soi, c'est vraiment horrible. Tu l'as déjà vécu ? Je n'ai jamais eu personne chez moi. Mais de le ressentir... tellement fort que tu dis ok là est-ce que je vais pas juste partir de chez moi et tant pis quoi je laisse la personne dans l'appartement est-ce que je me suis toujours demandé ça est-ce que ça change quelque chose le fait d'avoir un chien quand on voit pas c'est
- Speaker #0
dans cette sensation là justement d'être seule en fait je me dis même si mon chien ne l'attaque pas s'il y a une personne qui connait pas ou alors quelqu'un qui connait En fait, si c'est quelqu'un qui ne connaît pas, il va être en mode, je vais découvrir c'est qui. Et si c'est quelqu'un qui connaît, il va être content de voir la personne. Donc s'il y a quelqu'un dans l'appart, je me dis, le chien, il va réagir. Des fois, le chien, il n'aide pas parce qu'il se lève d'un coup et va aboyer dans un coin de la pièce.
- Speaker #3
Ah,
- Speaker #0
tout seul. Ça nous fait peur, vraiment. Tout le monde était léché dans ce cas-là.
- Speaker #3
Je ne sais pas pourquoi il fait ça.
- Speaker #0
Peut-être. Franchement, je ne sais pas.
- Speaker #3
Ou il perçoit peut-être des micro-bruits. Oui, des bruits que nous n'entendons pas. Peut-être des voisins. Ou des bêtes.
- Speaker #0
Mais oui, des fois, il me fait un petit peu peur. En général, je pars du principe que s'il y a quelqu'un, lui, il va le repérer. Mais ça m'est déjà arrivé de rentrer un soir et que la porte était ouverte. et du coup je suis juste repartie j'étais partie balader mon chien faire le dernier pipi avant de dormir et quand je rentre la porte de mon appart est ouverte et je me dis ça se trouve il y a quelqu'un dedans et du coup on est juste ressortis et j'attendais dehors, j'avais rien du coup puisque je suis juste allée le promener, j'avais mes clés et mon téléphone et du coup j'ai appelé la police, ils sont pas venus Donc j'ai fini parce que je tournais dans le quartier sans rien faire. C'est la nuit, en plus ça craint un peu autour de chez moi. Je me suis dit tant pis, je n'ai pas le choix d'y aller, je ne vais pas passer la nuit dehors. Et je n'avais pas de proches autour, il n'y avait personne qui pouvait venir là tout de suite jeter un oeil. Donc j'ai appelé ma maman en FaceTime et pareil, on a fait un petit round tour. Et ma mère, je l'adore parce que dans ces cas-là, elle est encore plus investie que moi. Elle me dit attends... T'es allée trop vite dans la salle de bain, j'ai pas vu à l'intérieur de la baignoire. Peut-être qu'il y a quelqu'un allongé.
- Speaker #2
C'est fou quand même que la police soit pas réceptive à ça.
- Speaker #0
Surtout que j'ai vraiment insisté en disant je suis aveugle, je suis toute seule. Ils m'ont dit va sonner chez les voisins. Je dis je les connais pas, il est 23h quoi.
- Speaker #2
Bah ouais.
- Speaker #0
Donc ça se trouve il y a personne chez moi mais le voisin il va capter que je suis toute seule. Et du coup c'est là qu'il y aura un problème, je sais pas. Ils sont jamais venus donc...
- Speaker #2
Super.
- Speaker #0
Donc je suis allée armée de... du peu de courage que j'avais. Et je me suis dit si mon chien capte un danger, il ne voudra pas rentrer peut-être. Il est allé faire sa vie. Donc ça va, il ne s'est qu'éclaté personne.
- Speaker #2
Et du coup, un bruit la nuit, vous faites comment pour gérer ? Parce que du coup, vous ne pouvez pas aller voir ce qui se passe.
- Speaker #0
Je ne gère pas. Voilà. Je me camoufle de la meilleure façon, sous ma couette, en grande sécurité.
- Speaker #1
Tu vis toujours seule ?
- Speaker #0
Non, maintenant, je suis mariée depuis quelques mois, donc c'est... C'est mieux quand j'entends un bruit, je dis t'as entendu le bruit ?
- Speaker #1
Non ? Bah moi je l'ai entendu, vas-y !
- Speaker #0
C'est ça ! Mais surtout, en fait je me dis, s'il y a quelqu'un, non seulement il le verra, mais il réglera la situation. Moi je m'en fuis, voilà, tu te bats avec le méchant, moi j'ai rien à voir là-dedans. Donc ouais, en vrai ça fait du bien de plus vivre toute seule. C'est sûr.
- Speaker #2
Et du coup toi ? Le fait que tu vives avec ton copain aussi, je pense que ça t'a... ton mari, pardon.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #2
Je pense que ça t'a aussi aidée dans un certain sens.
- Speaker #1
Le fait qu'il ne travaille plus de nuit, surtout.
- Speaker #2
Oui, c'est sûr.
- Speaker #1
Parce que la journée, c'est encore très différent. Mais le fait qu'il ne travaille plus de nuit, il gère. Ça, c'est cool. Alors, même quand lui n'entend pas les bruits et que je lui dis qu'il y a eu un bruit, il est au taquet. Donc, ça va. Il ne sait pas où il va. Il ne sait pas sur quoi il va tomber, mais il y va. Donc, moi, ça me va. je suis derrière, allez, courage ! Vas-y, champion ! Tu me raconteras ! Ou j'entendrai ce qui se passe !
- Speaker #0
Je suis tellement une peureuse et je fais tellement confiance à mon chien qu'en ce moment-là, mon mari part travailler vers 3-4h du matin. Donc jusque-là, tout va bien. Mais quand il sort de l'appart, mon chien, il vient dormir avec moi, ça c'est cool, il vient dormir près de mon lit. Mais si je dois me lever juste pour aller boire de l'eau, je le réveille aussi. Il vient avec moi à la cuisine. Voilà, si je pars pour manger un truc, il dort un petit peu à côté de moi dans la cuisine. Et puis on retourne dormir dans la chambre, au cas où. Parce que si, comme c'est l'été, on laisse les fenêtres ouvertes et tout, et même si on est au deuxième, je me dis un fou qui escalade, on n'est jamais à l'abri de rien.
- Speaker #1
C'est vrai ça, la peur. Moi j'habite au cinquième, j'ai peur que des gens escaladent jusqu'au cinquième et que j'aille sur mon balcon et que je tombe sur un boug en train de m'attendre. comme ça. C'est une peur trop bizarre.
- Speaker #0
Mais c'est un vrai phénomène. Ça s'appelle les violeurs de balcon.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Nouvelle peur débloquée.
- Speaker #1
Moi qui pensais avoir une peur irrationnelle. Non,
- Speaker #0
c'est complètement rationnel. Ça existe.
- Speaker #1
Trop bien. C'est terrifiant. Yes. Non, bah le balcon, ça va plus être un critère d'appartement parce qu'on voulait que je vous dise. Parce que vous avez un appartement sans porte et sans fenêtre. J'ai des murs. En fait, on rentre et on cloue tout.
- Speaker #3
Mais je me demandais parce que... Je connais quand même pas mal de déficients visuels, je dis déficients visuels, donc aveugles, malvoyants, et qui me racontent que l'extérieur, déjà, c'est menaçant pour eux. C'est compliqué de se sentir en sécurité, même en ville, parce que... Finalement, tout change, il y a tout le temps des travaux, énormément de circulation. Et chez vous, vous n'êtes pas en sécurité non plus. À quel endroit vous vous sentez bien ? Vous pouvez relâcher un peu cette attention ?
- Speaker #0
En fait, la pression qu'on ressent à la maison, ce n'est pas non plus une pression constante. Donc ça va. En vrai, à la maison, c'est quand même un espace de sécurité en termes de tout ce qu'on aborde depuis tout à l'heure, c'est-à-dire le danger qui vient des autres. Mais aussi à la maison, on aménage aussi notre environnement pour ne pas se mettre en danger nous-mêmes, pour éviter les accidents bêtes de « je me cogne » .
- Speaker #3
Là, vous pouvez contrôler ça quand même.
- Speaker #0
C'est ça. En fait, on est en total contrôle, peut-être un peu trop même, mais à la maison, on est très contrôlant, je pense, sur notre environnement.
- Speaker #3
Ça peut être facile pour les conjoints.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #3
Il ne faut pas bouger d'objet.
- Speaker #0
Pas bouger, il faut faire attention à... A l'ouverture des portes, soit tu l'ouvres complètement, soit tu la fermes. Il n'y a pas d'entre-deux. Les fenêtres, pareil.
- Speaker #1
Les placards, j'ai vidé le lave-vaisselle, je l'ai laissé ouvert. Ah bon ? Moi, je me le suis pris dans les tibias. Super. Mais tout ça, c'est de l'adaptation. Mais c'est vrai qu'ils ont du mérite, là.
- Speaker #0
Après, on ne peut pas non plus les blâmer. Ils ont le droit à l'erreur parce que nous-mêmes, des fois, on se fait des pièges. Moi, ça m'est arrivé. Déjà, je suis petite, donc je dois monter sur un petit marche-pied pour accéder à mes placards. et ça m'arrivait de laisser la porte du placard ouverte. Du coup, je suis montée avec l'élan qu'on met quand on monte et je me suis éclatée la tête sur la porte du placard. Je fais un petit peu plus attention maintenant. Ça sert de leçon en général.
- Speaker #1
On apprend de nous-mêmes aussi au quotidien. Laisser traîner un objet parce qu'on est rentré vite, on va se le prendre tout à l'heure, ça c'est indéniable.
- Speaker #0
Poser nos affaires, bon ça c'est moins une question de sécurité, mais poser nos affaires pareil parce qu'on est rentré vite et ouf on veut se poser. En fait après tu sais plus où tu l'as mis et on s'énerve. Oui.
- Speaker #2
Est-ce que vous avez une insécurité liée aux autres aussi, par exemple les livreurs qui viennent chez vous ? Genre vous gérez ça comment en fait ?
- Speaker #0
En fait au début ça me faisait très peur, mais déjà les livreurs souvent je les fais pas rentrer. Je descends, je sors de l'immeuble. Ils n'accèdent pas. Au pire, ils accèdent au boiteau lettres. Je ne dis jamais dans quel appart je suis. Et je n'ouvre pas la porte si je n'attends personne. Donc là-dessus, ça va. Il y a aussi le truc de quand quelqu'un vient chez moi, je laisse le chien aller comme il veut. Il va droit sur les gens en général. Et je dis qu'il n'est pas méchant. Par contre, il est... Il est protecteur, donc il ne vous attaquera pas, mais voilà, au cas où il est là. Et en général, ça s'est toujours bien passé. Avant d'avoir le chien, il m'est arrivé de me retrouver avec trois livreurs dans mon appart d'un coup, parce que quand t'emménages, t'as des gros meubles, des trucs. Donc là, j'avais un peu plus peur, mais finalement, ça s'est bien passé. En général aussi, je laisse la porte ouverte. Quand il y a quelqu'un chez moi, on ne va pas s'enfermer ensemble. Là-dessus, ça va.
- Speaker #1
Et toi,
- Speaker #2
Lana ?
- Speaker #1
Moi, déjà, il faut savoir que je déteste qu'on sonne chez moi. Parce que, comme disait Wendy, la sensation de peur, elle est là, mais on ne vit pas dedans. Je ne rentre pas chez moi en étant effrayée de ce qui va m'arriver. C'est vraiment comme un peu la sensation après avoir regardé un film d'horreur ou après un cauchemar. C'est quelques secondes d'adrénaline. Je considère vraiment que chez moi, c'est un cocon de paix, de sécurité. Et rien que la sonnette, ça me sort de cet état. Je déteste ça. Ça peut être des démarcheurs, ça peut être des voisins. L'enfer, vraiment, je suis à deux doigts de débrancher l'interphone. Et quand c'est des livreurs, ça va, ils montent pas. pareil c'est toujours moi qui descends soit le colis va dans la boîte aux lettres et c'est bon, soit je descends récupérer le colis des fois ce qui est un peu chiant mais bon ils sont hyper pressés, ils sont dans leur tournée c'est très compliqué pour eux aussi mais par exemple ils vont moi ça m'est déjà arrivé de retrouver mon colis dehors par terre parce que l'ascenseur est lent, j'habite dans un immeuble où il y a des personnes âgées c'est un vieil immeuble, l'ascenseur est vraiment très lent donc le temps de descendre du cinquième le gars s'est barré Merci. Et il a laissé le colis par terre, dehors, ou alors sur les boîtes aux lettres, ou alors... Enfin voilà, c'est un peu aléatoire, c'est un peu relou de devoir tâtonner pour trouver un colis où on a dit « j'arrive, je suis en bas » , mais bon, ça va quoi. Et puis quand il y a monsieur à la maison, c'est lui qui descend pour récupérer les livraisons de nourriture, etc. Je ne m'en occupe pas. Tout ce qui est livraison de nourriture, je crois que je ne suis jamais descendue moi-même.
- Speaker #0
Ça, c'est leur tâche.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et quand vraiment c'est un gros colis et que je ne peux pas le porter moi-même, au pire, je lui demande de le monter, mais de le déposer devant la porte. La porte est verrouillée, donc il ne peut pas entrer et j'attends qu'il parte. Pour ouvrir la porte, et là tant pis, pour deux mètres je peux me débrouiller à pousser le colis, le faire rouler, c'est pas grave.
- Speaker #2
Et il y a déjà une situation où vous vous êtes sentie vulnérable ou en insécurité face à des gens, que ce soit à l'extérieur ou proche de chez vous ?
- Speaker #0
Ouais, ça complètement. J'ai eu plusieurs fois, je pense que c'est aussi mon quartier qui veut ça malheureusement, des fous qui font une fixation sur moi. et qui me suivent. Il y avait un homme complètement fou qui m'a suivie pendant presque un an, je dirais.
- Speaker #2
Ah ouais ?
- Speaker #0
J'étais dans... En fait, j'avais pas beaucoup de... Comment dire ? J'habitais proche de l'université, du coup, je faisais vraiment maison-université, je sortais pas trop du périmètre. Donc quand je restais dans ce périmètre pour faire mon petit train-train de la semaine, il était là. C'est arrivé qu'il m'attend devant mon immeuble, qu'il me suive jusqu'à l'université. C'est arrivé qu'il rentre dans la sandwicherie où j'étais en train de manger avec mes copines. Et je ne savais pas, c'était terrifiant.
- Speaker #3
Comment tu as fait ?
- Speaker #0
J'ai essayé de déposer plainte en ligne, je n'ai jamais eu de nouvelles. On m'a dit tant qu'il ne vous touche pas, on ne peut rien faire. Il ne fait rien, en fait il ne m'insulte pas, il ne me touche pas, il dit juste des choses très incohérentes et un peu flippantes. C'est arrivé que je marche tranquillement sur le trottoir, c'était le soir, il n'y avait personne en plus. Et en fait, il n'arrêtait pas de me dire « va à gauche, va à gauche ! » Mais à gauche, c'était la route. Et il rigolait vraiment comme les fous qu'on voit dans les films d'horreur.
- Speaker #2
En enfer.
- Speaker #0
Et bon, malheureusement, c'est mes cousins qui ont fini par venir discuter avec lui. Donc il s'est plus ou moins calmé. Ça m'est arrivé de le recroiser deux ou trois fois où il disait... En fait, c'est juste une preuve que l'homme a un problème psychologique parce qu'il disait... Ah non, ton cousin, il va encore me casser la gueule. Je lui disais, mais laisse-moi tranquille alors. Il n'y aura pas de problème. Et il y en a eu un autre. Lui, c'est vite calmé. Il ne me suivait pas, mais quand je le croisais, il était hyper insistant. Il voulait à tout prix qu'on se voit, qu'on aille en date ou je ne sais pas quoi. Je lui dis, je ne suis pas intéressée, je suis fiancée. Laisse-moi tranquille. Un jour, j'ai commandé à manger. J'étais toute seule à la maison. Je suis descendue et c'était lui le livreur.
- Speaker #2
Incroyable. Mais comment tu as su que c'était lui ?
- Speaker #0
Parce que je l'ai reconnu, il m'a reconnu. En plus, c'est parce qu'il m'avait donné son prénom, du coup, comme on se croisait tout le temps dans la rue. Et là, ce n'était pas du tout le prénom que j'ai eu sur l'appli, donc je ne me suis pas méfiée. C'était un prénom hyper basique. Et là, je descends et c'est lui. Et en fait, il était vraiment en mode, maintenant, je sais où tu habites. Et du coup, à l'époque, je vivais seule, mais je lui ai fait croire que non. Je lui ai dit, tu peux venir, il y a mon mari à la maison, il n'y a pas de souci, vous ferez connaissance. Et ouais, c'était un peu... Mais je sais pas, il a disparu, tant mieux.
- Speaker #1
Tant mieux, ouais. Et toi, Lana ? Oui, des situations où on se sent pas en sécurité à l'extérieur, il y en a, franchement, des fois, il y en a une par jour, si ce n'est plus. Parfois, ça part d'une bonne intention, quelqu'un qui veut nous guider, mais qui va nous attraper le bras hyper violemment. Pour nous tirer en arrière parce que la personne a l'impression qu'on allait traverser alors qu'on allait juste s'arrêter avant de traverser. Moi j'ai déjà eu quelqu'un qui m'a dit allez-y, allez-y, traversez, En fait c'était des voix de tram parce que moi j'avais entendu qu'il y avait un tram loin, très loin. Et sûrement que lui ne le voyait pas parce qu'il y avait un virage sûrement. Et en fait quand le tram il arrive, la personne me dit ah non non faut pas traverser, faut pas traverser. mais je n'ai pas bougé vraiment vous m'avez dit traverser, j'ai pas traversé je le savais, je l'ai entendu ça part d'une bonne intention on pourrait dire mais c'est des situations qui mettent en danger du coup parce que allez admettons j'y vais je l'écoute, je fais confiance une personne qui a ses deux yeux fonctionnels visiblement,
- Speaker #3
du moins j'espère sinon elle ne se permettrait pas de me donner des conseils je ne sais pas si tout est fonctionnel comme on l'a vu avant parce qu'elle voit qu'elle peut t'aider en fait en fait c'est ça
- Speaker #1
Et des fois, c'est des situations où on est bousculé, suivi, on nous parle, ou alors des personnes un peu louches des fois qui posent... Beaucoup de questions. Et comment tu fais pour rentrer chez toi ? Et t'habites vers où ? Et je peux t'accompagner si tu veux ? Ah non, vraiment, faut pas. Faut pas, y'a pas besoin. Je m'accompagne, je m'accompagne toute seule. Mais ça va, à Strasbourg, j'ai pas eu trop de soucis de ce genre-là. Je suis vraiment en ville. Même la nuit, etc., j'ai jamais eu de très très gros frayeurs en me disant... Là, il y a un problème. Une fois, on a croisé un mec un peu louche. D'ailleurs, c'était quand on promenait Paradis le soir dans mon quartier.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vrai, le mec bourré avec sa femme.
- Speaker #1
Oui, il y avait un mec complètement ivre. Mais nous aussi, on était ivres rien qu'à sentir son haleine finalement. Et lui, il était très insistant. Il n'arrêtait pas de nous dire. C'est terrible. Je suis gentil. Je suis un gentil. Je suis un très gentil. Il ne faut pas avoir peur. Bon, là... Tout ce qu'il faut pour assumer. Voilà. Là, vraiment, on était... pas rassurée du tout. Mais voilà, ça va encore.
- Speaker #2
Après, je pense que déjà, en tant que femme, l'insécurité, elle est là.
- Speaker #1
En fait,
- Speaker #2
c'est ça. Mais je pense que quand on est femme déficiente visuelle,
- Speaker #0
ça doit être peut-être décuplé.
- Speaker #2
Parce que vous avez peur, vous voyez pas ce qu'il y a. Ça doit être compliqué, en fait.
- Speaker #1
Dans les transports, par exemple. Dans les métros et tout. Tard. Les métros, c'est pas ultra, ultra fréquentable de base. quand on est une femme.
- Speaker #2
Oui, c'est sûr.
- Speaker #1
Mais alors, une ou deux femmes aveugles qui se baladent tranquilles, comment osent-elles ? Et en fait, là, quand on entend quelqu'un... Les fous, moi, les fous me font peur dehors. Parce que, c'est justement dans le mot, ils sont, entre guillemets, un peu fous. Et on ne peut pas prévoir l'interaction.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Donc, ça accentue le truc. Et on ne sait pas ce que la personne, elle a. Est-ce qu'elle a des mauvaises intentions ? Ça, c'est des choses que vous voyez dans le regard. Est-ce que la personne est dangereuse ? Est-ce qu'elle est armée ? Est-ce qu'elle est, je ne sais pas, avec une bouteille, une arme blanche ? On ne sait pas. Est-ce qu'elle est menaçante ? En fait, tout ça, on le découvre finalement sur le fait.
- Speaker #0
Et tu ne sais même pas, est-ce que c'est un homme ? Est-ce que c'est une femme ? Est-ce que même la personne, elle a prêté attention à moi ? Ou ça se trouve, elle est juste sur son téléphone, elle attend le métro comme moi.
- Speaker #3
Est-ce que vous êtes ciblée ? Vous ne savez même pas.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ça m'est arrivé de prendre le premier métro vers 5h du matin, plusieurs fois, à une époque pour étudier, des fois pour aller à des événements, des choses comme ça. Et en fait, il y a une station de métro près de chez moi où c'est connu, les SDF dorment là-bas la nuit. Et en fait, tu vas à 5h du mat, il y a de la musique extrêmement forte, il y a énormément de lumière, parce qu'en fait, ils font tout pour que les SDF ne restent pas. Mais du coup, nous, ça nous perturbe complètement l'essence. Et tu ne sais pas s'il y a quelqu'un d'autre que toi sur le quai ou pas. Et des fois, tu entends juste quelqu'un qui arrive en traînant des pieds ou autre. Tu te dis, oh là là, là, je suis toute seule. Il est 5h du mat. Se trouve, c'est juste quelqu'un qui part travailler comme moi. Ou ça se trouve, c'est quelqu'un que je viens de déranger. Et ça m'est arrivé de me tromper de direction dans une station de métro. Et du coup, au lieu d'aller vers la sortie, d'aller dans un recoin. Et de trébucher sur la couverture d'un sans-abri. Et d'être dans un coin où les gens ne vont pas. Parce qu'eux, ils voient que là-bas, il y a des gens qui traînent et tout. Des fois, on se retrouve dans des situations comme ça. Mais c'est vrai que là, on parle des cas extrêmes. Mais ça arrive qu'on se retrouve juste en danger, bêtement. Parce que les gens, ils veulent bien faire et ils font mal. Ou alors, ils n'ont pas pensé à toi. Ils sont, par exemple, je ne sais pas moi, garés sur un passage piéton. Ou juste avant le passage piéton. ce qui fait que Quand toi tu traverses, les voitures ne te voient pas. Parce qu'il me semble important de rappeler qu'il est interdit de se garer dans les 5 ou 10 mètres qui précèdent un passage piéton. Parce que tu empêches la visibilité des automobilistes.
- Speaker #1
Et je me suis garée 2 minutes pour aller chercher ma baguette, c'est pas un argument.
- Speaker #3
Bah c'est clair. Ou les trottinettes électriques, on n'entend quasiment pas. Les pistes cyclables aussi je trouve. Les vélos sont dangereux. Tu n'arrives pas à les localiser. Les voies, les vélos.
- Speaker #1
Ce qui est compliqué avec les vélos et les trottinettes, c'est qu'elles ne respectent finalement pas le code de la route des voitures et pas non plus tellement celui des piétons. Et c'est fait pour. Un vélo et une trotte, c'est fait pour se faufiler. Très bien. Mais du coup, nous, effectivement, quand on appréhende, par exemple, une très longue traversée, on doit avoir en tête que potentiellement, là, normalement... tous les véhicules sont censés venir de la gauche, potentiellement, il y a un vélo qui a fait un contresens pour rejoindre une voie de l'autre côté.
- Speaker #3
Qui va vite en général. Qui va vite.
- Speaker #1
Et les gens ont beaucoup de casques, d'écouteurs. Ils ne sont pas forcément attentifs. Non, je pense que ça peut vite...
- Speaker #3
Beaucoup d'aveugles se prennent la canne dans les roues des vélos. C'est assez classique.
- Speaker #1
C'est douloureux pour les vélos, ça. Enfin, pour les cyclistes, du coup. Parce que je pense que ça ne doit pas faire du bien d'être stoppé net par une canne dans un rayon.
- Speaker #0
Ça m'est arrivé que quelqu'un roule sur ma canne. En voiture.
- Speaker #1
Une voiture ?
- Speaker #0
Ouais, une voiture. J'étais au passage piéton. C'était le soir, mais il y avait un lampadaire au-dessus de moi. Et j'étais habillée en blanc. Donc, en théorie, si tu regardes devant toi, tu me vois. Et donc, j'ai commencé à traverser. Et il est arrivé à une vitesse... Je n'ai jamais vu ça. Et du coup, il a roulé sur ma canne. Et il ne s'est juste pas arrêté.
- Speaker #2
Super.
- Speaker #0
Il a crié un truc par sa fenêtre en mode... Oh, pardon ! Il a continué sa route et moi j'ai continué ma route avec ma canne à 45 degrés.
- Speaker #2
Et il y a un truc aussi auquel je pense souvent, c'est par exemple se brûler, renverser quelque chose, tomber. Genre l'accident domestique chez vous, est-ce que c'est quelque chose qui vous fait peur du coup ?
- Speaker #0
J'ai eu très peur de ça à une époque parce que dans mon premier appart, j'ai eu un petit incendie. J'ai acheté une plaque de cuisson qui était vendue comme... accessible, faite pour les aveugles. Je pense que beaucoup de personnes déficientes du visuel qui vont écouter le podcast vont savoir de quelle plaque je parle, parce que c'est celle qui est recommandée par les avégistes, malheureusement. Et en fait, c'est du coup une plaque de cuisson que tu viens poser sur ton plan de travail, c'est à induction, et elle est vocalisée. Et en fait, à chaque fois que je l'allumais, elle me disait genre... Chaleur, enfin température, 340 degrés. Et moi, en fait, je ne prêtais pas attention. Parce que je la règle comme on m'a dit de la régler. Voilà, tu appuies sur tel bouton et tout. Après, moi, la température à laquelle elle doit être, ce n'est pas mon dos, quoi. Finalement, tant que tu cuis mes aliments, je me disais, soit c'est vraiment la température d'une plaque, je ne sais pas, moi, ou alors c'est juste un... Elle se trompe dans ce qu'elle annonce, mais ce n'est pas grave. Et donc, un jour, je pose ma poêle. Et à la seconde où je mets l'huile dans la poêle, il y a une flamme qui part. Et en fait, j'avais du coup cette plaque et une autre plaque normale à côté. Donc j'ai vu la flamme, mais je ne savais pas de quelle plaque ça venait. Donc, réflexe, j'ai débranché la plaque parlante. J'ai éteint l'autre. Pire réflexe, j'ai essayé de jeter de l'eau. Heureusement, je n'ai pas jeté de l'eau sur la bonne plaque, puisque ça aurait été certainement plus grave. Et je me suis retrouvée à courir dans mon couloir, plus c'était période d'exam et tout, l'immeuble était un peu désert. Je courais dans le couloir, j'étais pieds nus sans ma canne, j'essayais de frapper aux portes et tout parce que bah, y'a des flammes qui sont à hauteur de mes yeux parce que je les ai vues donc c'est qu'elles sont assez hautes. Et je sais pas quoi faire quoi, je sais pas à quel point c'est grave. Et surtout, si vraiment y'a le feu, bah sortez au pire. Tant pis, on essaye pas de sauver l'appart mais on se casse tous. Et le temps que quelqu'un vienne, ça s'était éteint en fait. Comme j'ai débranché la plaque, ça s'est arrêté de soi-même. Mais ça aurait pu être super grave. Et je sais que c'est vraiment un trauma que j'ai gardé très longtemps. J'avais très peur de... Je n'ai plus jamais utilisé cette plaque. Et pendant peut-être un an ou même deux ans, quand je cuisinais, le moindre petit bruit de crépitement, ça me terrorisait. Vraiment, je me disais, là, ça va brûler. Et du coup, je mangeais des trucs pas très cuits. Et après, bon, ça m'est un peu passé. En fait, c'est des risques qui peuvent arriver chez tout le monde. N'importe quel nouvel étudiant, nouvelle personne qui vit seule, qui découvre un peu la vie, ça arrive. On fait des bêtises des fois. Là, c'était clairement un dysfonctionnement de la plaque, qui était littéralement à 340 degrés, ce qui n'est pas bon. Et... Mais oui, j'ai... Je crains un petit peu toutes les histoires d'incendie et de trucs comme ça, parce qu'on n'est jamais à l'abri. En fait, sans même que nous on se blesse, moi j'ai pas trop peur de toucher la plaque, de me brûler les doigts, de renverser de l'eau sur moi, franchement tant pis, c'est pas très grave. Par contre je crains un peu les accidents qui ne sont pas de mon fait. Genre un court-circuit, un truc, t'es jamais à l'abri de ça, et malheureusement il y a... Il y a plein d'histoires comme ça, en fait on pensait que tout allait bien mais l'électricité n'était pas aux normes ou des choses comme ça. Ça peut arriver.
- Speaker #1
Sinon, je pense que globalement, la peur de se couper, de se brûler, c'est comme tout le monde. Quand on cuisine, on peut se couper, se brûler. Mais je pense justement qu'à ce niveau-là, on est beaucoup plus attentif à ce qu'on fait. Parce qu'on fait plus gaffe, on touche vraiment tout ce qu'on fait. C'est vrai que c'est un peu impressionnant pour nos proches. Ils disent toujours, mais j'ai tout le temps l'impression que tu vas te couper. Les aliments sont tellement proches, le couteau collé à tes mains, collé à tes doigts. C'est la meilleure façon de jauger la bonne distance, la bonne force.
- Speaker #0
C'est vrai, souvent quand on est en train de cuisiner avec quelqu'un, de couper des choses, ils ont peur pour vous.
- Speaker #2
Merci, on arrive à la fin de cet épisode 2. Merci Wendy pour ton honnêteté et pour avoir parlé de... De choses qu'on n'aborde pas souvent, finalement, quand même. Merci Hanane aussi pour tes éclairages psychologiques. Et merci Lana. Merci aussi à vous qui nous écoutez. J'espère que cet épisode vous aura fait réaliser à quel point le sentiment de sécurité repose sur des choses que nous ne voyons pas forcément. Parce qu'elles sont peut-être devenues naturelles, au final. Et si cet épisode vous a fait réfléchir, si vous avez appris quelque chose, n'hésitez pas à le partager autour de vous, que ce soit Voilà. à vos proches, à votre famille ou autre. Et si vous avez des questions aussi, n'hésitez pas à nous les poser, que ce soit en commentaire ou par mail. En tout cas, merci beaucoup pour cet échange. C'était vraiment très intéressant. Merci beaucoup. Merci.
- Speaker #1
Merci.