Speaker #0La marche à la guerre 1930-1939 Bonjour à tous. Les années 30, ce ne sont pas juste des images en noir et blanc de la grande dépression ou les files d'attente devant des soupes populaires. C'est aussi une décennie où le monde entier a... couru presque en somnambule vers le précipice. Nous sommes en 1930, la première guerre mondiale est terminée depuis à peine 12 ans et déjà les tambours de guerre résonnent à nouveau. Mais cette fois ils ne grondent pas seulement en Europe, ils résonnent aussi en Asie, en Afrique, partout où des dictateurs affamés de territoire et de gloire préparent leur coup. Alors voici la question qui va nous occuper aujourd'hui. Comment en l'espace de neuf petites années ? Le monde a-t-il pu basculer dans le conflit le plus meurtrier de l'histoire de l'humanité ? Comment des démocraties puissantes comme la France et le Royaume-Uni ont-elles laissé Hitler, Mussolini et les militaristes japonais piétiner tous les accords de paix ? C'est l'histoire d'une marche inexorable vers l'abîme, celle que l'on appelle la marche à la guerre. Pour bien comprendre comment on en est arrivé là, il faut d'abord regarder du côté de l'Asie. Et oui, contrairement à ce que l'on croit souvent, la marche à la guerre ne commence pas avec Hitler en Europe. Elle commence en Manchurie. Nous sommes en septembre 1931. Le Japon, frappé de plein fouet par la crise économique, cherche désespérément des matières premières et des marchés pour son industrie. La solution est simple, envahir la province chinoise de Manchurie. C'est brutal, c'est unilatéral. Et ça viole tous les traités internationaux. La Société des Nations, l'ancêtre de l'ONU, proteste mollement mais ne fait rien. Pire encore, le Japon, vexé et menacé de sanctions, claque la porte de la SDN en 1933. Pour certains historiens, cette agression japonaise est le vrai point de départ de la Seconde Guerre mondiale. D'autres, notamment des historiens japonais, parlent d'une guerre de 15 ans menée en Chine. En fait, il y a des phases... active et d'autres de répit, mais globalement en effet, des années de violence, de conquêtes, de massacres se succèdent, avant même que l'Europe ne s'embrase officiellement. Alors pendant ce temps-là, justement, en Europe, un autre dictateur fomente ses plans. Adolf Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933. Dès le début, son objectif est limpide. Réviser le traité de Versailles, rassembler tous les Allemands dans un même Reich, et conquérir ce qu'il appelle un espace vital à l'Est. En clair, envahir l'Europe de l'Est pour y installer des colonies allemandes. Dès 1933, Hitler commence à réarmer l'Allemagne. D'abord secrètement, puis ouvertement en 1935. Il lance une production massive d'avions et de chars. Et il se retire de la conférence de Genève sur le désarmement. Parce que, vous voyez, on lui refuse le droit de se réarmer autant que les autres. Et puis il claque lui aussi la porte de la SDN. Les institutions internationales, qui étaient censées maintenir la paix, sont déjà complètement discréditées. Arrive 1935. Et cette année-là, deux événements majeurs viennent sceller le sort de la décennie. D'abord, Mussolini. Le dictateur italien, lui, rêve de bâtir un empire colonial, digne de la Rome antique. Et il envahit l'Ethiopie. Attention, l'Ethiopie n'est pas une colonie européenne, c'est un état indépendant, l'un des seuls d'ailleurs qui reste indépendant en Afrique avec le Liberia, et c'est un membre de la SDN. Alors la Société des Nations impose des sanctions, mais tellement molles, tellement tardives, tellement inefficaces, que Mussolini s'en moque royalement. Et pour résultat, il se rapproche de l'Allemagne. Le front de Streza, cette tentative de rapprochement entre la France, le Royaume-Uni et l'Italie, pour contenir Hitler, s'effondre. Ensuite Hitler justement, lui, il rétablit le service militaire obligatoire en Allemagne. À nouveau une violation pure et simple du traité de Versailles. Et là encore, que font la France et le Royaume-Uni ? Rien, absolument rien. On est déjà à trois agressions majeures en quatre ans. La Manchourie, l'Ethiopie, le réarmement allemand. Et personne ne réagit vraiment. En mars 1936, Hitler franchit un nouveau cap. Il envoie ses troupes en Rhénanie. C'est une région frontalière, la région du Rhin, qui devait rester démilitarisée selon le traité de Versailles. Elle devait servir de zone tampon en cas de nouvelle attaque allemande pour éviter l'invasion de la France. C'est un test de sa part. En fait, il joue son va-tout. Si les Français réagissent militairement, il a donné l'ordre de battre en retraite immédiatement. Mais voilà, la France ne bouge pas. Hitler lui-même dit plus tard que ce furent les 48 heures les plus angoissantes de sa vie. Alors pourquoi la France ne fait-elle rien ? Parce qu'elle est divisée, hésitante et terrorisée à l'idée de déclencher une nouvelle guerre. Il ne faut pas perdre de vue que ça fait moins de 20 ans que la première guerre est terminée et que partout dans les campagnes, on voit des veuves, on voit des hommes qui ont été blessés, on voit des gueules cassées, bref, il y a un traumatisme national. Le Royaume-Uni, de son côté, se dit que la Rhénanie, c'est quand même le territoire allemand. Donc bon, après tout, l'Allemagne fait ce qu'elle veut chez elle. Alors il faut comprendre qu'il existe au Royaume-Uni un courant qui prône l'apaisement, c'est-à-dire d'accorder des concessions à une... puissance étrangère agressive, notamment l'Allemagne nazie, dans l'espoir d'éviter un conflit armé, en particulier une nouvelle guerre mondiale. Claire apaisait l'agresseur. Et une partie de l'opinion publique britannique, notamment ses élites, trouve aussi que finalement Hitler, ça vaut mieux que Staline. Et certains ont même des sympathies nazies, comme Edouard VIII, le roi du Royaume-Uni depuis le début de l'année 1936. Très peu. sont les britanniques à critiquer cette politique d'apaisement. Winston Churchill, très hostile à Hitler, parle un peu dans le désert. Alors il n'est pas dupe de l'apaisement. Il le déclare, je cite, « Un conciliateur, c'est quelqu'un qui nourrit un crocodile en espérant qu'il sera le dernier à être mangé. » Alors le résultat de tout ça, c'est qu'Hitler a gagné son pari. Il remilitarise sa frontière ouest, ce qui expose la France et la Belgique à une attaque Hitler. Et en prime. Il a compris qu'il pouvait continuer à violer les traités sans conséquence. Et comme si ça ne suffisait pas, une guerre civile éclate en Espagne en juillet 1936. Des généraux, parmi lesquels Franco, contestent le résultat d'élections démocratiques qui ont emmené un gouvernement de gauche au pouvoir. Et là, on a deux camps qui se forment. Les nationalistes, qui suivent Franco, et les républicains, qui sont eux favorables au gouvernement élu. Alors la guerre civile espagnole, c'est surtout un terrain d'essai, grandeur nature, pour les dictatures. L'Allemagne nazie envoie sa Légion Condor tester ses nouveaux avions et des techniques de bombardement. En avril 1937, la petite ville basque de Guernica, sans aucun intérêt stratégique, est rayée de la carte. Des civils sont massacrés depuis les airs. Le bombardement a eu lieu volontairement un jour de marché. C'est une préfiguration de la guerre totale qui vient. L'Italie fasciste, quant à elle, envoie carrément 50 000 soldats pour soutenir Franco. Et donc, cette intervention conjointe de l'Allemagne et de l'Italie en Espagne rapproche ces deux pays. Ils règlent leurs désaccords, notamment sur l'Autriche, et ils cèdent surtout une alliance. C'est l'Axe-Rome-Berlin. Alors de l'autre côté, pendant la guerre d'Espagne, l'URSS fournit du matériel militaire moderne aux républicains. Et elle finance les brigades internationales, ces volontaires qui viennent de partout pour... combattre et défendre la République espagnole. Mais par la suite, le flux de l'aide se tarie et l'aide décline. En fait, Staline va surtout se servir de l'Espagne pour éliminer ses opposants, notamment les trotskistes. Et la France et le Royaume-Uni ? Eux, ils choisissent la non-intervention. Autrement dit, ils laissent tomber le gouvernement légitime espagnol pour ne pas froisser Hitler et Mussolini. Cette lâcheté politique est un signal clair pour Staline. Les démocraties occidentales ne sont pas fiables, et donc elles seront prêtes à le lâcher en cas d'attaque allemande sur l'URSS. Mars 1938, c'est Landschluss. L'Allemagne annexe l'Autriche. Personne ne bronche. Hitler a désormais les mains libres pour poursuivre son expansion. Et pendant ce temps en Asie, le Japon accélère son invasion de la Chine, à partir de 1937. Pékin tombe. Nankin est le théâtre de massacres atroce. Face à cette agression, les communistes et les nationalistes chinois, pourtant des ennemis jurés qui se faisaient la guerre auparavant, refont momentanément front commun contre l'envahisseur. Le Japon signe le pacte anticommunitaire avec l'Allemagne en 1936, ce qui signifie qu'il s'engage à s'opposer à l'extension du communisme dans le monde, et les deux sont rejoints par l'Italie en 1937. Les dictatures forment désormais un réseau mondial et l'Axe est établi. L'Allemagne d'Hitler, l'Italie de Mussolini et le Japon militariste. Septembre 1938, seulement six mois après l'Anschluss. Hitler exige maintenant les Sudettes, cette région de Tchécoslovaquie à l'ouest là qui est peuplée d'Allemands. Alors évidemment ça s'inscrit dans sa politique visant à unir tous les Allemands dans un seul Reich. La tension monte, la guerre semble inévitable. Oui, la Tchécoslovaquie est une alliée de la France. Et les démocraties ont garanti son existence par le traité de Versailles. Et c'est là qu'intervient la fameuse conférence de Munich les 29 et 30 septembre. Hitler, Mussolini, le français Daladier, le britannique Chamberlain se réunissent pour discuter du sort de la Tchécoslovaquie. Le président tchécoslovaque, Edvard Beneš, n'est même pas invité à la table. Et donc les Tchécoslovaques n'assistent pas à la conférence qui va décider de leur sort et ils misent tout sur le soutien des démocraties. Sauf que les démocraties cèdent. Hitler obtient les Sudètes. Chamberlain rentre à Londres en brandissant le fameux papier signé par Hitler. Il est persuadé d'avoir sauvé la paix. D'ailleurs l'opinion publique l'acclame. Mais en réalité c'est une capitulation honteuse. Outre des provinces, la Tchécoslovaquie perd ses défenses naturelles. Et l'URSS, écartée des négociations, comprend que l'Occident cherche peut-être à la laisser seule face à Hitler. Winston Churchill à la Chambre des communes dénonce cet accord. Le 5 octobre 1938, il dit, je cite, « Nous avons subi une défaite totale et sans atténuation. » Mais il est bien le seul à le dénoncer face à une communauté politique qui est gagnée par l'apaisement face à Hitler, et une opinion publique soulagée de la paix. Le français Daladier, lui, il est honteux d'avoir signé les accords de Munich. Mais contrairement à Hachan Berlin, il est réaliste. Il a bien compris la situation. Il ne cherche qu'à gagner du temps pour accélérer la préparation de l'armée française et le réarmement qui a été décidé depuis le Front Populaire en 1936. En mars 1939, à peine six mois après Munich, Hitler envahit le reste de la Tchécoslovaquie et il établit un protectorat. Les démocraties réalisent enfin qu'Hitler ne s'arrêtera jamais. Un mois plus tard, c'est au tour de l'Italie d'annexer l'Albanie. La Hongrie grignote le sud de la Slovaquie. L'Europe centrale est dépecée sous les yeux des grandes puissances. Et voici où l'histoire prend un tournant sidérant. Le 23 août 1939, Staline, qui s'est vu refuser une alliance avec les occidentaux, signe le pacte germano-soviétique avec Hitler. Oui, vous avez bien entendu. Les ennemis irréductibles, le communiste Staline et le nazi Hitler, signent un pacte de non-agression. C'est un accord cynique entre deux camps qui ont tout intérêt à cette alliance. Staline t'inquiète d'Hitler. Il gagne du temps pour reconstruire l'armée rouge, déstabilisée par les grandes purges que lui-même a décidées en 1937 et 1938. Il pense aussi que ça va encourager Hitler à s'attaquer plutôt aux démocraties de l'Ouest. Ce qui va affaiblir le camp capitaliste. Hitler, lui, il cherche à éviter une guerre sur deux fronts. Il veut pouvoir envahir la Pologne et affronter la France et le Royaume-Uni sans craindre une attaque de l'Union soviétique à l'Est. Le pacte lui assure aussi l'approvisionnement en matières premières soviétiques, le pétrole, le blé, le charbon, le fer, fondamentale à son effort de guerre. Et en secret, l'Allemagne et l'URSS partagent l'Europe de l'Est, dont la Pologne. Le monde est sous le choc. Plus personne ne comprend rien. La France et le Royaume-Uni, qui sont enfin réveillés, garantissent leur soutien à la Pologne, un autre allié. Mais c'est désormais trop tard. Le 1er septembre 1939, à l'aube, les troupes allemandes franchissent la frontière polonaise. Cette fois, les démocraties n'ont plus le choix. Le 3 septembre, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne. Les cloches sonnent, les foules se taisent. La seconde guerre mondiale vient de commencer. Voilà comment, en 9 ans seulement, le monde a basculé dans l'horreur. De la Manchurie à Munich, de Guernica à Prague, l'histoire s'est répétée. Agression, inaction, nouvelle agression. Et les démocraties traumatisées par la Grande Guerre ont tout fait pour éviter un nouveau conflit. Elles ont cédé, négocié, fermé les yeux. Mais Hitler, Mussolini, les militaristes japonais ne voulaient pas la paix. Ils voulaient la domination. Et les concessions n'ont fait que de renforcer leur appétit. Cette marche à la guerre, en fait, c'est l'histoire d'une génération qui a cru pouvoir éviter l'inévitable, et qui a fini par payer le prix le plus élevé de l'histoire, plus de 60 millions de morts pour le bilan total, civils et militaires. Merci d'avoir écouté cet épisode. Les années 30 nous rappellent que la paix n'est jamais acquise, et que le silence des démocraties peut parfois coûter plus cher qu'une guerre. Si l'épisode vous a fait réfléchir, partagez-le autour de vous pour que l'histoire continue d'éclairer notre présent. 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