Speaker #0Bonjour à tous. Le siècle des Lumières, également connu sous le nom d'âge de la raison, Enlightenment en Angleterre ou Aufklärung en Allemagne, couvre largement le XVIIIe siècle. Mais que signifie vraiment ce terme de lumière ? C'est une période marquée par un jaillissement intellectuel où des penseurs, des savants et des philosophes européens critiquent les inégalités de la société et la monarchie absolue. Ils veulent faire reculer les ténèbres de l'ignorance en apportant donc les lumières du savoir et de la raison. Imaginez cette époque fascinante où de nouvelles idées bouillonnent, où des philosophes audacieux redéfinissent la politique, la science. et même la société. C'est une ère de découverte, de débats passionnés, de révolutions qui a façonné le monde moderne tel que nous le connaissons. Alors mettez vos écouteurs, installez-vous confortablement et préparez-vous à être illuminés par le siècle des Lumières. C'est parti ! Notre histoire commence au cœur de l'Europe du XVIIe siècle, une époque où les monarques absolus règnent en maître et l'Église dicte la pensée. Mais avant de changement souffle. A partir de quand, à vrai dire, le début du siècle des Lumières fait débat entre les historiens ? Certains le font remonter à la fin du XVIIe siècle avec Isaac Newton. Pour d'autres, il débute après la mort du roi Louis XIV en 1715. Ce qui est certain, c'est que c'est à cette époque que ce courant de pensée se développe dans un climat intellectuel propice, avec l'ascension de la bourgeoisie, les progrès des sciences et techniques et la remise en cause. progressive de la monarchie absolue et de la religion. Et donc, inspiré par des avancées scientifiques, un mouvement intellectuel prend racine. Il prône l'usage de la raison comme lumière guidant l'humanité hors des ténèbres, de l'ignorance et de la superstition. Et tout commence avec des philosophes et des intellectuels de renom, tels que Voltaire, Rousseau, Montesquieu et Diderot. Chacun à sa manière, ces penseurs vont braver les conventions de leur temps pour questionner les fondements des sociétés dans lesquelles ils vivent. Ils remettent en cause le poids de l'église, les superstitions de leur temps, le fanatisme religieux, mais aussi les pouvoirs politiques arbitraires, la justice implacable et souvent injuste, les privilèges établis. En fait, leur pensée repose sur plusieurs piliers fondamentaux. D'abord, la foi dans le progrès. L'humanité peut s'améliorer par l'éducation et le savoir. Ensuite, le rationalisme. La raison est considérée comme l'outil principal pour parvenir à la connaissance et à la vérité. Ensuite, l'esprit critique. Il est essentiel de remettre en question les idées reçues et de penser par soi-même. La tolérance, autrement dit la liberté de penser et le respect des différentes opinions. Enfin, l'universalité des droits de l'homme. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit. Quel est leur mode d'action ? utilisaient la plume comme une épée, en publiant essais, encyclopédies et romans pour diffuser leurs idées. Évoquons plusieurs d'entre eux. En Angleterre, John Locke, par exemple, développe l'idée que les gens ont des droits naturels, comme la liberté, l'égalité et la propriété, et que les gouvernements doivent protéger ces droits. À qui ai-je l'honneur ? Voltaire, pour vous servir. En France, Voltaire, avec son esprit vif, impertinent et critique, utilise la satire pour attaquer la corruption des élites et l'intolérance religieuse, ce qui lui vaut souvent d'ailleurs des ennuis avec les autorités ou les puissants. En 1715, pour avoir écrit des vers critiques sur le régent, il est ainsi envoyé à la Bastille et il va y retourner 11 ans plus tard, avant de s'exiler quelques temps en Angleterre, pour se faire oublier. La découverte de la monarchie parlementaire anglaise est une révélation pour lui. Il est très influencé par le modèle anglais. Et ses écrits, comme le célèbre Candide, ou traités sur la tolérance deviennent des manifestes pour la liberté de penser et l'importance de juger les hommes par la raison plutôt que par des préjugés. Jean-Jacques Rousseau, quant à lui, explore les notions de liberté et surtout d'égalité dans des ouvrages comme Du contrat social. Rousseau soutient que les hommes naissent libres et égaux et que les sociétés doivent être organisées de façon à maintenir cette égalité, par des lois justes et équitables qui reflètent la volonté générale. Il pense aussi que l'éducation ne doit pas seulement viser à transmettre des connaissances mais aussi à former des citoyens vertueux et libres, capables de contribuer au bien commun de la société. Montesquieu, dans De l'esprit des lois, a mis en lumière l'importance de la séparation des pouvoirs dans un gouvernement pour éviter la tyrannie. Oui, c'est lui l'inventeur du concept des trois pouvoirs. Pouvoir législatif qui fait les lois, pouvoir exécutif qui met en œuvre les lois, pouvoir judiciaire qui juge les litiges. Pour éviter les abus de pouvoir, il considère que ces trois pouvoirs, justement, doivent être séparés et s'équilibrer mutuellement. plaident également pour une adaptation des lois aux circonstances particulières des peuples et des lieux. Ces penseurs, que l'on appelle à l'époque des philosophes, façonnent un mouvement qui remet en question l'ordre établi, mais qui lance également les bases d'une nouvelle façon de penser la société, dans laquelle l'éducation est vue comme un droit pour tous et non plus comme un privilège pour quelques-uns. Attention cependant, les philosophes des Lumières restent des hommes de leur temps, et parfois ils ne sont pas à l'abri de contradictions. Ainsi Voltaire, qui condamne l'esclavage dans Candide, investit aussi dans la Compagnie des Indes, qui pratique notamment, mais pas exclusivement, le commerce triangulaire. La raison va s'appliquer aussi aux sciences. Dans toute l'Europe, des savants cherchent à savoir et à comprendre. Le siècle des Lumières est en effet marqué par des contributions majeures qui ont profondément transformé notre compréhension du monde. D'abord dans les méthodes. L'observation et l'expérimentation s'imposent. afin d'obtenir des conclusions scientifiques. On perfectionne à cette époque d'ailleurs des instruments scientifiques qui vont gagner en précision comme les télescopes ou les microscopes. Des laboratoires se développent près des universités. Des académies, des sociétés savantes apparaissent dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Alors à l'image de la Royal Society de Londres ou de l'Académie des sciences de Paris ou même celle de Berlin, elles vont réunir des savants et des amateurs éclairés de façon à permettre des débats et la confrontation d'idées. Au XVIIIe siècle, de nombreuses académies sont créées aussi en province, comme à Rouen en 1736 ou à Tours en 1761. Les livres des scientifiques se diffusent et sont traduits. Émilie Duchâtelet, par exemple, traduit en français les ouvrages de Newton et elle contribue à diffuser ses idées par l'usage largement répandu du français en Europe. Isaac Newton, justement. En fait, il va continuer d'influencer très fortement le XVIIIe siècle, avec ses lois du mouvement et sa théorie de la gravitation universelle. Mais on peut citer d'autres scientifiques majeurs de cette période, comme Antoine Laurent de Lavoisier, qui est souvent appelé le père de la chimie moderne, et qui va bouleverser les fondements même de cette science. Il y a aussi des inventeurs qui s'inscrivent dans ce mouvement global de progrès. Denis Papin, par exemple. élabore un premier prototype de machine à vapeur en 1690, amélioré en 1769 par James Watt. Dans les années 1740, Vaucanson élabore une première machine à tisser. L'américain Benjamin Franklin invente le paratonnerre, les lunettes à double foyer et même le poêle à combustion lente. Une sage-femme, Madame de Coudray, invente une machine pour simuler un accouchement et elle va former ainsi des milliers de médecins et de femmes aux techniques d'accouchement. En 1783, les frères Montgolfier réalisent avec succès le premier vol humain de leur aérostat, que l'on va rapidement surnommer la Montgolfière. Comme on le voit, aucun domaine n'échappe à la curiosité des penseurs des Lumières. C'est aussi une époque intense de réflexion militaire et stratégique, avec un nombre très important de traités militaires qui paraissent à cette époque-là. Adam Smith ? Un philosophe écossais révolutionne quant à lui l'approche de l'économie, avec son œuvre majeure « La richesse des nations » publiée en 1776. Selon lui, les individus, en cherchant à maximiser leur propre bien-être, contribuent au bien-être général. Smith critique également les restrictions commerciales, il défend le libre-échange et il jette les bases de ce qui deviendra par la suite le capitalisme. Cette volonté de l'époque de connaître tout sur tout va s'incarner dans un ouvrage majeur, l'Encyclopédie, qui compile le savoir de l'époque dans le but de le diffuser le plus largement possible. Une véritable révolution dans l'accès au savoir. Au cœur de cette entreprise monumentale, nous trouvons Denis Diderot, le pilier de l'encyclopédie. Bon, à la base, il envisageait de traduire un dictionnaire anglais, avant de se laisser porter par une ambition intellectuelle. Alors il n'est pas le seul, parce qu'il va collaborer étroitement avec d'autres intellectuels, comme le mathématicien d'Alembert, qui rédige le célèbre discours préliminaire de l'encyclopédie. Et ensemble, il rassemble les contributions de plus de 140 savants et techniciens comme le chevalier de Joucourt qui écrit la plupart des articles militaires. L'objectif de l'encyclopédie est clair, diffuser les connaissances scientifiques et techniques, les arts et métiers, la philosophie et les lettres, de manière à ce que chacun puisse y avoir accès et pas seulement une élite érudite. C'est donc un ouvrage révolutionnaire, non seulement dans son contenu mais aussi dans sa forme. Les articles vont être accompagnés d'illustrations détaillées, ce qui rend les informations plus accessibles. et aide à leur diffusion parmi ceux qui sont moins à l'aise avec les textes. Des illustrations qui comprennent des gravures très détaillées, montrant tout, depuis des procédés industriels jusqu'à des dispositifs mécaniques, et qui permettent surtout de découvrir pour les historiens et les lecteurs les technologies de l'époque. Alors, elle va être publiée entre 1751 et 1772. C'est une œuvre immense, 28 volumes, 70 000 articles. C'est... à la fois une somme des connaissances de l'époque et une critique de l'absolutisme comme de l'intolérance religieuse. Alors, cet ouvrage va remporter un très grand succès auprès du public. On estime à peu près 25 000 exemplaires qui circulent en Europe en 1789. Mais la route de l'encyclopédie n'est pas sans embûches. C'est une œuvre qui est souvent critiquée, même censurée, par les autorités ecclésiastiques et les pouvoirs en place qui voient dans ses... pages une menace à l'ordre social et religieux. Des articles qui semblent remettre en question des doctrines établies et qui semblent promouvoir des idées jugées subversives vont entraîner plusieurs interdictions officielles de publication. Et donc il faut imaginer que l'encyclopédie est largement vendue, comme on dit, sous le manteau. Ce qui n'est quand même pas pratique avec tous ces volumes. Néanmoins, l'impact de l'encyclopédie est trop puissant pour être contenue. Elle se répand à travers toute l'Europe et au-delà. alimentent les débats, inspirant d'autres œuvres et éduquant ceux qui cherchent à comprendre le monde autour d'eux. C'est ainsi que l'encyclopédie joue un rôle clé dans la diffusion des Lumières, symbolisant l'idéal de progrès et de partage de la connaissance. Alors justement, comment les idées des Lumières se diffusent-elles ? Par l'encyclopédie comme nous l'avons vu, mais aussi par d'autres moyens, comme les salons. Alors ce terme est assez récent, on parlait plutôt de société à l'époque. Mais par commodité, on va conserver celui de Salon. Alors ils sont tenus principalement par des femmes, comme Madame Dudefant, Madame Geoffrin ou Madame de Tensin. Et donc ces salons rassemblent l'élite intellectuelle de l'époque, favorisant les échanges d'idées et la diffusion des pensées des Lumières. Ces femmes ouvrent donc les portes de leur demeure parisienne à la crème de la crème intellectuelle de leur temps. Ces salons sont lieux de discussions animées, où philosophes, écrivains, artistes, scientifiques et politiciens se rencontrent. pour débattre des idées les plus avant-gardistes de leur époque. Ces salons ne sont pas qu'un simple passe-temps, ils le sont aussi, mais ils constituent surtout un réseau influent de transmission de connaissances et de théories, facilitant la critique et l'expansion des idées des Lumières. Et d'ailleurs, les maîtresses de ces salons ne sont pas seulement des hôtesses, elles sont aussi des médiatrices, des critiques, parfois même des collaboratrices intellectuelles à part entière. Elles savent stimuler la conversation, orienter les débats, et maintenir un équilibre entre les différentes personnalités présentes. Parlant intelligence et leur tact, elles aident à modeler le discours philosophique et littéraire de leur temps. Alors dans ces salons, on discute de tout, de la morale à la politique, de la science aux arts, sans oublier les dernières œuvres littéraires. Et ces rencontres favorisent non seulement la diffusion, mais aussi la confrontation des idées. Ils permettent une émulation intellectuelle qui est au cœur même de l'esprit des Lumières. En outre, les salons contribuent à briser les barrières entre les différentes strates sociales et intellectuelles, et démocratisent donc l'accès à la connaissance. On a là donc des espaces uniques qui vont jouer un rôle crucial dans la formation de ce que l'on appellera plus tard l'opinion publique. Donc pour diffuser les idées de lumière, on l'a vu, il y a l'encyclopédie, il y a les salons, aussi les cafés. Rappelons que le Procope, le plus ancien café de Paris, date de 1686. Il y a aussi les loges maçonniques. Oui, la franc-maçonnerie, cette organisation discrète, se développe justement au XVIIIe siècle. Elle réunit des membres, appelés francs-maçons, qui partagent des valeurs de fraternité, d'égalité et de liberté. Et ces membres se retrouvent dans des lieux... appelés loges, où ils participent à des rituels symboliques et à des discussions, souvent axées sur des sujets moraux, éthiques et philosophiques. Certains penseurs des Lumières, comme Montesquieu, sont franc-maçons, et ils rencontrent dans les loges d'autres frères qui peuvent partager leurs idées ou être des hommes puissants de leur époque. Dans la diffusion des idées, on peut ajouter aussi les journaux, les marchands ambulants, qui contribuent à transmettre cette pensée dans une partie de la population. malgré la censure du pouvoir. Bon, attention, il faut nuancer un peu la diffusion des idées des Lumières. La majorité de la population, analfabète, n'a pas un accès direct aux écrits des philosophes. Les idées des Lumières touchent surtout les classes cultivées, l'aristocratie et la bourgeoisie, et plus largement les villes que les campagnes. Il ne faut pas non plus imaginer une hostilité généralisée des pouvoirs vis-à-vis de ces nouvelles idées. Certains souverains peuvent au contraire soutenir les philosophes, à l'image de Frédéric II qui correspond avec Voltaire et l'invite en Prusse. Ce sont des despotes éclairés, oui, éclairés par les Lumières. A l'inverse des monarques absolus qui se montrent plus hostiles aux idées des Lumières, enfin surtout vis-à-vis des idées politiques, parce que le progrès scientifique entraîne beaucoup moins de contestations, à l'exception parfois de celles de l'Église. Enfin, ce mouvement ne touche pas uniformément l'Europe. Alors que la France, l'Angleterre et les pays germaniques sont en première ligne, d'autres régions restent plus en retrait. Quel est l'impact enfin des idées des Lumières ? Par leurs écrits, leurs engagements, les philosophes du siècle des Lumières ont semé des graines, de grands bouleversements qui vont ébranler les fondements même des sociétés européennes. Leur appel passionné à la raison, à l'égalité, à la liberté, culmine dans des événements si monumentaux que la guerre d'indépendance américaine ou la révolution française de 1789. D'ailleurs, cette révolution, alimentée par les idées des penseurs des Lumières, remet en question l'Ancien Régime et pose les bases pour la modernité politique, en proclamant les droits universels de l'homme. En résumé, le siècle des Lumières est une époque de profond changement qui modèle notre monde moderne. Ces idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité continuent toujours. d'influencer nos sociétés, et constitue d'ailleurs la devise française. Et si nous devons retenir une chose, c'est bien cette croyance inébranlable en la capacité humaine à progresser, contre l'obscurantisme et l'ignorance, grâce à la raison et au savoir. Comme l'écrivait le philosophe Kant en 1784, « Aie le courage de te servir de ta raison » . Voilà donc la devise des Lumières. De nos jours... C'est encore un vrai défi. Mais c'est une autre histoire. Merci d'avoir écouté cet épisode, j'espère qu'il vous a plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à partager le podcast et dites-le-moi par un petit commentaire sur Spotify ou Apple Podcast. Je suis toujours très heureux de lire vos retours sur les épisodes. N'oubliez pas de vous abonner à notre podcast pour ne manquer aucun nouvel épisode et on se retrouve très bientôt pour une nouvelle page d'histoire.