- Speaker #0
Avant de rentrer dans le vif du sujet, j'aimerais faire un petit pas de côté. Dans le tout premier épisode, j'ai complètement oublié de me présenter. My bad, je suis Nicolas, j'ai 32 ans et je suis passionné de jeux, tout particulièrement de jeux de rôle. Mais ma vraie passion, celle qui me fait vibrer, c'est de rencontrer des gens, pas juste pour qu'ils ou elles me racontent des histoires, mais qu'ils me racontent leur histoire. Les écouter avec sincérité, avec leurs mots et leurs rythmes et leur énergie, parce que c'est ça qui nous révèle le plus profondément quand on parle de ce qui nous tient à cœur, où on s'illumine, la voix change et nos yeux pétillent. Et c'est ce que je veux pour Tabou les Maillots, ce petit moment fragile et précieux, là où notre passion devient un partage. Aujourd'hui, Direction un monde souvent fantasmé, parfois méconnu, marché de l'art, parle beaucoup des grands noms, des ventes spectaculaires aux enchères, mais rarement de celles et de ceux qui travaillent dans l'ombre, qui débutent sans réseau, sans budget, avec juste leur talent, leur sincérité et leur obstination. Comment on fait quand on est de nulle part ? Comment on passe de petites expos bricolées au mur blanc d'une galerie ? Est-ce que l'art finit toujours par payer ? Et ou est-ce qu'il faut aussi savoir jouer avec les codes du marché ? Pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir Sabrina René. Galeriste et fondatrice de la galerie Exita Ex-Lebin et Sori, street artiste autodidacte au style engagé. Ensemble, on va explorer ce qui fait tenir un artiste debout et ce qui l'amène un jour à la reconnaissance. Avant de débuter cet épisode, on va quand même vous présenter mesdames. Qui soit, comment ça, Sabrina, tu peux te présenter un petit peu ?
- Speaker #1
Alors moi c'est Sabrina René, j'ai aujourd'hui 55 ans et ça fait à peu près 5 ans, 5 ans oui, on va dire. que je suis revenue dans le milieu de l'art, parce que c'est quelque chose que j'avais appris jeune. J'ai fait mes études dans l'art. Quand j'étais jeune, c'était ce qui me passionnait. Il y a eu une interruption de ma vie, la vie de famille. Donc j'ai ouvert ma galerie il n'y a pas très longtemps avec Stébain. J'ai eu le plaisir de pouvoir justement faire la promotion de nombreux artistes de la région.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux me raconter ton premier souvenir lié à l'art en général, de comment c'est venu cette passion artistique dans ta vie ?
- Speaker #1
Alors je crois que c'était quand j'étais... C'était depuis toute petite, comme tous les artistes, je m'ai dessiné, recopié les dessins de bandes dessinées, de ce que je voyais autour, etc. Mon premier coup de cœur, qui jusqu'à aujourd'hui me reste incompréhensible, c'était quand je faisais mes classes d'art et le prof m'avait montré un tableau de Van Gogh qui s'appelait, qui s'appelle toujours d'ailleurs, les tournesols.
- Speaker #0
Oui, je vois l'heure.
- Speaker #1
Et je ne sais pas pourquoi, je n'ai jamais compris. pourquoi ce tableau m'avait touchée. Et encore aujourd'hui, je suis à la recherche de pourquoi ce tableau-là m'a touchée, qu'est-ce qui a fait qu'il y a eu quelque chose qui a fait un déclic en moi. Voilà, je ne sais toujours pas. C'est Van Gogh qui m'avait touchée avec son tableau sur les tournesols, quelque chose d'improbable pour une petite fille.
- Speaker #0
Ça t'a touchée, mais c'est personnel.
- Speaker #1
Tu fais le droit. C'est mystérieux même.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a donné l'envie de créer ta propre galerie au lieu, par exemple, d'être artiste toi-même ?
- Speaker #1
Alors, j'ai dit... quand même tenté d'être artiste moi-même. Mais comme tu l'as dit au départ, c'est pas évident. Même si j'avais bien commencé, je dois dire, jusqu'à mes 24 ans, je vivais que ça. Donc j'avais déjà d'ailleurs avec un groupe d'artistes monté une association d'artistes. On était des artistes de tous bords, de tous styles et on faisait pas mal de manifestations toujours tous ensemble. Bon ben voilà, j'ai eu des enfants, j'ai arrêté parce qu'il fallait manger, donner à manger à ma famille. Et à l'époque, c'était beaucoup plus... compliqué qu'aujourd'hui, être artiste n'était pas un métier. Donc du coup, j'ai dû me ranger en tant que maman et faire quelque chose de responsable.
- Speaker #0
Régulier.
- Speaker #1
Un vrai travail. Et donc...
- Speaker #0
Oui, ne t'inquiète pas.
- Speaker #2
Non, mais il y a beaucoup de points communs.
- Speaker #1
C'est ça. Et donc, du coup, c'est un petit peu grâce au Covid. Il y a eu quand même de bonnes choses pour nombreux d'artistes, des artistes enfouis, on va dire, puisque ça a permis de s'arrêter Merci. Et donc, du coup, de prendre le temps de savoir...
- Speaker #0
C'est cool, c'est pas de faire de sa vie.
- Speaker #1
Voilà, cette reconnection à soi-même. Et puis du coup, quand on est artiste, c'était l'occasion de pouvoir faire ressurgir tout ça. Ma façon à moi, vu que j'avais arrêté déjà pendant 20 ans de créer quoi que ce soit, ça a été justement de penser aux artistes qui existaient aujourd'hui et de faire en sorte que ça ne leur arrive pas, comme à moi, de s'interrompre comme ça et de laisser une partie de sa vie, de son soi, en suspens. et de pouvoir aider justement ceux à sortir du Covid, donner un lieu et un peu de courage pour continuer, parce que c'est vrai que ce n'est pas facile. Donc voilà, c'est comme ça que... naturellement, souvenir de mon passé.
- Speaker #0
Et dernière petite question pour ta présentation. Est-ce que tu as une petite anecdote drôle ou gênante liée à un artiste que tu as exposé, par exemple ?
- Speaker #1
Drôle ou gênante ? Je ne dirais pas drôle ni gênante. C'est surtout des situations incongrues. Moi, ce qui m'a le plus touchée, en fait, c'est de me rendre compte de l'humain et de la diversité des possibilités créatives, en fait. Et de m'apercevoir que, justement, ce que je pensais ne pas forcément aimer, les univers qui ne m'étaient pas familiers, des choses comme ça, en fait, d'être touchée par une personnalité et un univers complètement, des fois, incongru, que ce soit dans le domaine... angoissant ou sexuel ou des choses qu'on aurait... Enfin, il y a tous les tabous qui tombent à la rencontre de ces personnes-là et je trouve que c'est ça qui m'aurait le plus marquée. Donc oui, on a beaucoup ri, on a beaucoup partagé. Tellement au final, quand on regarde ce que j'ai fait depuis le début, j'ai dit c'est à foison en fait. Tout ce que... Tous ces partages, donc c'est magnifique.
- Speaker #0
Merci de ta présentation en tout cas. Et du coup... Passons à toi, Sori. Oui. Est-ce que tu peux te présenter un petit peu ton parcours de vie, ce qui t'a amenée aujourd'hui à être artiste ?
- Speaker #2
Mon parcours de vie, il y a des points communs avec Sabrina, pour le coup. Toujours aimer dessiner, ça, oui. Après, dès le collège, j'ai été très vite incitée à persévérer par des professeurs. C'est-à-dire que très vite, dès le quatrième, troisième, ils ont... confié des murs complets de collège à peindre avec une amie et du coup ça a été typique. Alors c'était des dinosaures par exemple pour l'étage des sciences mais on a fait des fresques de dinosaures qui faisaient 2 mètres de haut par 3 mètres 54 mètres donc c'était le 5ème projet. On en avait fait 5 sur un étage donc c'était la 5ème.
- Speaker #0
Donc ça a été pas mal développé.
- Speaker #2
C'est bien. Après l'année suivante pour la troisième c'était la décoration d'un nouveau foyer avec des personnages de BD, enfin voilà des choses comme ça. C'était à chaque fois des projets hyper stimulants et puis surtout cette confiance qui a été donnée. Donc c'est ça qui m'a mis un peu le pied à l'étrier en me disant, bah si finalement. J'ai commencé dès le lycée à faire un lycée d'art appliqué, j'ai enchaîné avec un bêtise de stylisme de mode parce qu'être artiste c'était pas un métier. Par contre le milieu de la mode ne m'a pas plu du tout, c'était trop un monde de requins, il fallait écraser les autres pour réussir et c'était pas du tout ma mentalité. Donc j'ai laissé tomber très vite ça pour plutôt me tourner vers l'enseignement, qui était un vrai métier pour le coup. Idem avec Sabrina, c'est-à-dire qu'après, il y a la vie de famille, il y a tout ça. Et puis, à 40 ans, on se dit, mais en fait, voilà, qu'est-ce que je veux faire ? Et là, toujours, si c'était que de moi, je serais peut-être toujours en train de me poser la question. Là, il y a eu des amis qui m'ont fait complètement confiance et qui ont... tout refait chez eux et qui m'ont dit tu vois, la smur c'est toi qui va faire Sophie et là j'ai fait non mais vous rigolez. Je vais vous refaire des petits tableaux pour les chambres de vos enfants mais ils ont vraiment insisté et en fait j'ai commencé en 2019 sur ce projet là. Depuis je me suis plus arrêtée en fait. Donc voilà ça a été vraiment... Pourtant, j'ai été incitée par mes très proches à me dire « Ah ben, on te met à dispo un atelier. » Ça faisait déjà de nombreuses années que j'avais un atelier chez moi. Mais voilà, je ne vais pas passer le pas. C'est cette commande qui a fait que tout a relancé, tout a été relancé.
- Speaker #1
Si je peux dire un petit truc en plus, c'est vrai qu'on a un deuxième point commun, c'est que moi aussi, j'ai fait des études de stylisme. Au ciel, on se reconnaît dans le parcours.
- Speaker #2
Mais on a plein, on a les mêmes initiales.
- Speaker #1
Oui, en plus, c'est vrai. SR, SR, voilà.
- Speaker #0
Le truc à creuser là-dessus.
- Speaker #1
À creuser.
- Speaker #0
Tu en as un petit peu parlé. Est-ce que tu te souviens de ton premier collage ?
- Speaker #2
Mon tout premier, en fait, c'était il n'y a pas si longtemps que ça. Parce qu'en fait, avant d'être dans la rue, j'ai été d'abord des petites expositions. Et après, j'ai été en galerie très, très vite. En fait, quand j'ai commencé, dès 2022, j'étais en galerie. J'ai commencé à montrer ce que je faisais en décembre 2021. Et dès mars 2022, j'étais en galerie. Donc pour moi, ça a été extrêmement rapide. Par contre, la technique que j'utilisais, c'était les pochoirs au spray. Et donc cette technique, ça parente à beaucoup de street artists, mais à ce moment-là, je ne faisais rien dans la rue. Dès septembre, enfin dès juin 2022, une association présidée par un fan de street art m'a contactée pour que je fasse des cours de street art à des ados. Et moi, j'ai dit, mais je ne suis pas street artist. Et il m'a dit, mais... tu utilises les techniques des street artistes, tu leur apprendras ça. En fait, ils en feront bien ce qu'ils veulent s'ils veulent aller dans la rue ou pas. En tout cas, c'est les techniques des street artistes. J'étais pas chaude parce que je manquais déjà beaucoup de temps pour créer. Et en fait, il m'a fait valoir très vite. Il connaissait beaucoup, beaucoup de street artistes. Moi, j'étais fan de ces street artistes. Et il m'a dit, mais je vais organiser un festival et ils seront tous là. J'étais, non, c'est pas vrai. Je veux en faire partie. J'ai commencé comme ça, j'étais toujours pas dans la rue, moi j'avais rien fait. Et en fait, l'invité d'honneur de ce fameux festival était l'artiste Jace. artiste mondialement reconnu et moi qui avait un pied dans l'éducation nationale pour le coup le but était de faire rentrer Jace aussi dans les écoles et j'avais ce car à jouer donc on a fait une visio pour tout organiser ensemble mais moi j'étais pas au programme du festival à l'origine à la fin de cette visio de cette première visio la question est posée est ce qu'il ya d'autres questions on a tout fini on a tout calé ou pas et là j'ai pris mon courage à deux mains j'ai J'ai dit à Jace, Jace, on pourrait faire une collab ensemble ? Alors ils ne connaissaient pas du tout mon travail et là super sympa, mais ouais carrément, t'as tout organisé pour moi, c'est la moindre des choses. Et là je me suis dit, oh la la cocotte, tu vas faire un festival de street art, t'as jamais rien fait dans la rue, il va falloir. Donc la visio était en février et dès mars je suis allée dans la rue, j'ai attendu un jour où c'était les grosses manifs, la réforme des retraites, tous les policiers soient bien occupés avec les manifs.
- Speaker #0
Ouais peut-être un peu tout le temps sur le mur.
- Speaker #2
Je suis allée à Lyon, j'ai fait mes premiers collages dans cette ambiance-là. Mais ça n'a pas été simple parce que dès le deuxième collage, j'en avais amené 4-5. Il y a une dame qui m'a filmée et qui m'a dit « je vais vous dénoncer à la police » . Et là, j'étais toute tremblante.
- Speaker #0
C'est le street art, oui.
- Speaker #2
C'était un petit début un peu rocambolesque.
- Speaker #0
Tu peux dire le nom du festival de street artist ?
- Speaker #2
C'était Street Art Culture à Mornan. Ça a été un festival de fous. pour un premier festival organisé là-bas. C'était une première. Il y avait vraiment des très grands noms et une ambiance juste hallucinante. Il y avait le festival dans les rues avec une quinzaine de fraises de Jace. Trois artistes aussi qui ont fait des choses. Autrement, une exposition type galerie dans une ancienne gendarmerie à Mornan. Et du coup, c'était vraiment top. C'était un pied de nez aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est clair.
- Speaker #0
Comment ton art a-t-il évolué avec le temps ? Tu m'as dit, c'est un peu aussi les rencontres qui ont fait que tu as pu basculer un peu. plus street artist.
- Speaker #2
De toute façon, j'avais toujours été attirée par le street art. Mon souci est que, venant du stylisme, j'aime bien utiliser les tissus. Et je ne voyais pas comment allier les deux. Alors, sur toile, ça va super. Pour être en galerie, toile est prêt et tissu parfait. Et même, je pouvais continuer à coudre. Mais dans la rue, je ne voyais pas trop. Et en fait, c'est lors de démarre 2023 qu'on avait fait un premier mur. C'était juste après mes premiers collages. Un premier mur avec deux street artists. J'ai fait une collab avec Peck, qui est un artiste lyonnais qui fait des gros poussins le long de l'autoroute, je ne sais pas si vous voyez, les gros canards aussi. Et le Môme, qui est un artiste qui fait des portraits hyper réalistes, qui sont très sympas. Et donc, on a fait une collab ensemble sur un grand mur de terrain de tennis, on peut jouer seul là. Je discutais avec Peck et je lui dis, ouais, mais moi, avec mes tissus, le street art, il me dit, mais si, il y a des colles résines, tout ça, mais si, on cherche, forcément. Et en fait, ouais, je l'ai cherché et j'ai trouvé. Et voilà, ça a pu se faire.
- Speaker #0
On va en profiter parce qu'il y a des tableaux autour de toi qui sont de toi. Oui, oui. Est-ce que tu peux un peu nous décrire ta méthode entre guillemets pour réaliser tes œuvres ?
- Speaker #2
Alors, ma méthode, comme je suis pochoiriste, en fait, tout part d'un premier dessin que je vais coder un peu à la manière des coloriages pour enfants où il y a des petits numéros.
- Speaker #0
Oui, avec les petits pots de peinture, tu fais le « oh, ma soeur, c'est brillant » .
- Speaker #2
Ils sont des poètes. Moi, je suis très cartésienne, hématicienne, technicienne. ça ressemble à des codages en fait depuis peu je commence un petit peu à toucher le dessiner sur une feuille je dessine sur une tablette mais j'ai pas très à l'aise avec l'outil informatique mais disons que pour faire des grandes fresques par exemple de 3 mètres par 5 mètres comme je viens de réaliser va forcément un moment donné le papier à ses limites me tronche jusqu'à jusqu'à quelques mois j'ai encore tout sur encore avec mon petit dessin manuel à la main enfin sur le tablette c'est toujours manuel mais voilà pas du tout d'informatique donc je fais d'abord mon dessin codé et après pour chaque couleur il va y avoir un pochoir réalisé donc découpé pareil au scalpel et donc je vais après suivant mon support préparer le support faire le spray ajouter les tissus les coudre enfin voilà il y a des fois il y a de la feuille d'or en fait j'aime qu'il y ait de la matière alors ça dépend du relief aussi à l'oeuvre voilà oui Oui, oui, oui. Le suivant le sujet, le suivant...
- Speaker #0
Merci pour vos deux présentations. On va passer à la première partie qui se nomme Artiste, c'est un métier. On dit souvent qu'artiste, ce n'est pas vraiment un métier parce que ça demande beaucoup de temps. Pourtant, la compétence, la discipline et une vraie capacité à construire sa voie ou son style. Alors du coup, comment on en vit lorsqu'on choisit ce chemin ? Comment on compense-t-on avec les galères, le besoin d'un autre job à côté ou le regard aussi des autres ? Peu vous deux, quand est-ce que vous avez dit je suis artiste ou je suis du coup dans votre cas ? Dans ton cas, plutôt galeriste, comment ça s'est passé de ce côté où tu dis ouais c'est mon métier ?
- Speaker #1
Je laisse l'artiste d'abord intervenir.
- Speaker #2
Donc je l'ai dit, j'avais commencé mi-2019 suite commande d'amis. Et comme je ne me suis plus arrêtée, je commençais à en avoir quand même quelques-uns. Alors tu as parlé du Covid, alors moi c'était... Ça a un peu empiéter sur le Covid, mais de toute façon j'avais eu un souci de santé, donc j'étais déjà en arrêt. Ce qui avait permis effectivement de se recentrer et de se questionner. Pendant ce temps d'arrêt, j'ai eu le temps de manger parce que j'avais un souci à la main pour le coup. de manger beaucoup beaucoup de webinaires pour comprendre le monde de l'art, justement tout ce qui était marketing, ce qui n'est pas agréable. Et en fait, je me suis dit, tu as du temps, tu vas te pencher sur tout ça, voir justement comment accéder aux galeries. J'ai mangé beaucoup ce genre de vidéos en tout genre. Et en 2021, un peu un hasard, j'ai une cousine installée au Canada qui fait des... des tutoriels web, enfin qui créent des webinaires et tout ça, qui avec son mari a monté une boîte qui crée des sites web et eux ils sont plutôt artistes, elle est clown et lui artiste, pictural, qui voulait créer des sites d'artistes. Et du coup ils avaient mis un petit post sur Facebook mais alors elle m'en avait pas parlé de ce truc là en fait. Ils avaient mis l'Ali Lala, on l'appelle souvent la li-la-la. Lali Lala recherche des artistes pour créer leur site. Voilà, un peu des cobayes au début. Et moi, je vois ça et je lui envoie un petit message. Je lui fais, mais Lali Lala, ça ne serait pas toi, là ? Pour la pub. Et elle me fait, si, si. Je fais, bah allez, go. On a passé cinq mois à créer mon site Internet de début janvier à... Et là, comme ça devenait pro, pour le coup, j'ai... Voilà. Donc, j'ai fait ma déclaration dans toutes les autorités françaises, tout que ce soit bien clair. Et donc, voilà, j'ai été pro à ce moment-là. Je suis déclarée pro depuis 2021. Finalement,
- Speaker #0
ça fait un peu un coup de tête et un coup de chance. On le fait.
- Speaker #2
Oui, j'allais sûrement le faire, mais de manière peut-être plus... J'aurais fait beaucoup d'expos sans créer de site au début et tout ça. Et puis, en fait, voilà, à ce moment-là, j'avais le temps, effectivement, comme j'avais toujours pas l'usage de ma main.
- Speaker #1
Et du coup, ça t'a beaucoup aidé,
- Speaker #2
ce site ? Ça m'a aidé dans le sens où ça m'a permis de mettre par écrit et de mettre vraiment ce que je faisais. Parce qu'il faut expliquer, t'as des marges. T'es obligé de... Et du coup, c'est ça qui m'a plus aidée que le fait de créer le site. Parce qu'en fait, le site, beaucoup de sites d'artistes sont très peu visités. Donc, ce n'est pas ça qui a été un lancement, en fait. Mais par contre, moi, avec ma démarche, ça a permis de mettre au clair tout ça, que je sois bien claire avec ce que je voulais et ce que je ne voulais pas.
- Speaker #0
Et toi, Sabrina, du coup, quelles étaient un peu les étapes pour te dire, je vais être galeriste maintenant, ça va être mon métier, ma réalité ? En fait,
- Speaker #1
il n'y en a pas eu.
- Speaker #2
Je ne me suis jamais dit un jour,
- Speaker #1
je vais être galeriste. Vraiment, c'est apparu comme ça, de façon naturelle, en fait. C'est ce que j'ai fait, ça a parenté, évidemment, au métier de galeriste. Puisque avant, comme j'étais artiste, et qu'on...
- Speaker #0
C'est très artistique.
- Speaker #1
Voilà, on a une association, le système associatif, tout le monde participe à ça. Donc, on expose, on fait des événements, etc. Donc, c'est quelque chose dont j'avais l'habitude de faire quand même à l'époque. Donc, ce n'était pas nouveau pour moi. Du coup, là, je ne m'inscrivais pas dans le côté artiste moi-même, mais justement, montrer les autres artistes. Et du coup, j'ai eu le lieu de façon, je veux dire, impromptue comme ça. Ce n'était pas prévu. Je ne me suis pas dit je vais trouver un local, etc. Il n'y a vraiment pas eu cette démarche-là. Tout s'est amené à moi de façon naturelle et spontanée, sans que j'aie demandé. Donc, j'ai suivi le chemin qui m'était passé. C'est très bien. En disant, tiens, je suis galeriste.
- Speaker #0
Ça s'est fait un peu comme ça au fil de l'échoir.
- Speaker #1
Voilà, vraiment à l'instinct et suivant juste mon cheminement, ce qui s'était se présenté à moi.
- Speaker #0
Comment vos proches ont réagi à votre début de parcours un peu professionnalisant ? artiste ou de galeriste ? Alors,
- Speaker #2
moi, mon conjoint, comme je l'ai dit, j'avais déjà un atelier à la maison. Et c'est lui, quand le grand de la famille est parti, qui m'a dit, cette pièce, ça va devenir ton atelier. Et en fait, pendant plusieurs années, je l'ai laissé où j'allais poser des livres d'art dedans, des petites choses, mais je n'y faisais rien dedans. À chaque fois, je me disais, mais... Je t'ai mis une pièce à dispose, tu veux dire. Et en fait, je n'avais pas trouvé le sens encore de ce que je voulais faire. Donc, je ne voyais pas. Oui, ça me plaisait d'avoir cette pièce. J'avais mis dedans des petites choses que j'avais fait quand j'étais en école d'art, tout ça. Mais je n'avais vraiment pas le sens. Et c'est vraiment mes débuts. En fait, je vais expliquer un peu mieux la commande que j'avais eue de mes amies. Elle, elle était d'origine sénégalaise. Elle voulait que je lui peigne des tissus wax. Et moi, à ce moment-là, je lui ai dit, je ne peindrai pas des tissus wax. Moi, les tissus, je les utilise. et on va voir ce qu'on peut faire avec. Comme j'étais fan de street art, j'avais déjà tenté la bombe. J'avais eu une commande de voisins sur un mur où ils avaient voulu un Bouddha. Je le retrouve... immonde. J'adore toujours après 10 ans.
- Speaker #0
Vous vous satisfait, voilà.
- Speaker #2
Je vois que les imperfections et du coup, mais j'avais toujours cette envie de travailler à la bombe. Et quand elle m'a fait cette commande de peindre des tissus wax, j'ai acheté des tissus wax, mais aussi je me suis dit il va falloir que tu arrives à utiliser cette bombe. Et l'idée m'est venue de faire des pochoirs, mais j'avais jamais fait de pochoir et le tout premier pochoir que j'ai fait, c'était pour chez eux. Ça vient de là. Ça vient de là, ça a été vraiment le...
- Speaker #1
C'est un peu comme moi, du coup, c'est des choses qui s'amènent à toi et qui te mettent sur un chemin.
- Speaker #0
Je ne sais pas si vous avez intellectualisé de faire mon style, machin...
- Speaker #2
Ça prenait tout son sens, c'est-à-dire que jusqu'à présent, j'avais des choses qui me plaisaient, mais je n'arrivais pas à trouver de sens. Et là, tout prenait son sens, tout s'emboîtait parfaitement. Magnifique.
- Speaker #0
Je pense que la réponse est oui, mais je vais quand même la poser. Est-ce que vous pouvez vivre de l'art aujourd'hui, avec les débuts peut-être un peu galères et là, maintenant...
- Speaker #2
Non, la réponse n'est pas oui. Non,
- Speaker #1
elle n'est pas oui. Après des années, ce que nous avaient dit nos parents, c'est toujours ça.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez en vivre, mesdames ?
- Speaker #2
Non, j'ai toujours un job à côté. Il faut allier les deux. Ça fait des emplois du temps. J'en discutais encore ce matin avec un collègue. Le matin, je commence à 7h. Le soir, je finis à 22h. Et le dernier jour de repos, ça a été 4 jours en février. Et j'en ai eu une semaine en juillet l'année dernière. à vous Donc, c'est...
- Speaker #1
Est-ce qu'il faut dire qu'elle est très active en tant qu'artiste ?
- Speaker #2
Oui, parce que quand on propose un projet, alors pour l'instant, je ne sais pas encore dire non. En tout cas, s'il me plaît, je n'arrive pas à dire non en disant mon emploi du temps est déjà trop chargé. Je trouve toujours à pousser les limites des journées pour arriver à faire ce que j'ai envie de faire.
- Speaker #0
À côté d'être artiste, tu fais quoi comme...
- Speaker #2
Je suis toujours dans l'enseignement.
- Speaker #0
Ah, ok, tu permets quand même les deux.
- Speaker #2
Oui, alors je n'ai pas de classe devant moi, mais je suis toujours dans l'éducation nationale. Avec un poste un peu particulier qui me permet de... De plager un peu ton temps. Voilà. Pour le coup, non, c'est des grosses journées. Ouais, je comprends.
- Speaker #1
Et puis moi, non. Évidemment, c'est pas facile de vivre. Enfin, j'en vis pas. C'est vraiment ma passion. Et l'idée, c'est déjà de pouvoir maintenir le lieu et qu'on puisse continuer à travailler le plus de temps possible. En espérant qu'un jour, bien sûr, ce soit rentable. On ne vit pas une période hyper... facile et je crois que quel que soit le commerce aujourd'hui, on ne peut pas dire que il y a beaucoup de commerçants qui n'arrivent même pas. Mais heureusement, il y a plein de choses qui nous nourrissent, mis à part le côté pécunier, qui nous permet quand même de perdurer parce que ça, c'est assez important. C'est comme ça qu'on reconnaît un artiste.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez me raconter la première fois, la première fois pour toi, tu as été payée pour une œuvre ? Et toi, à l'inverse, c'est la première fois que tu as vendu une œuvre dans ta galerie ?
- Speaker #2
Alors, la toute première œuvre où j'ai été payée, pour le coup, c'était un des premiers portraits semblables à celui-ci, c'est-à-dire un pochoir sur carton. J'avais un groupe d'amis qui, forcément, les amis, elles trouvent toujours génial, en fait.
- Speaker #0
C'est normal, c'est normal.
- Speaker #2
Et il y en avait une qui craquait plus particulièrement sur un portrait dans ce groupe d'amis et une autre qui craquait aussi pour une autre oeuvre. Et en fait, dans ce groupe d'amis, on était sept et il y en a deux qui se sont fait larguer. Donc, se sont retrouvées toutes seules. Et il y en a une dans ce groupe qui a dit non, mais là, il faut qu'on les allait déménager. Et pour prendre un nouveau départ, on va acheter... chacune l'offre qu'elle aime bien pour l'offrir à ses amis là voilà ça c'était là dans mon microcosme la première vente après il y en a pas en galerie oui un portrait d'aïeau un petit portrait d'aïeau que j'avais fait à la chanteuse aïeau que j'avais fait avec du tissu wax et qui a eu un coup de coeur en galerie Saint-Etienne et d'un monsieur qui était venu pour acheter Un grand nom dans cette galerie, c'est pour l'anniversaire de sa fille, et qui a vu cette petite œuvre et qui a dit « Mais non, en fait, je ne vais pas l'acheter, là ! » Et qui a eu le coup de cœur en disant « Je suis sûre que ma fille, ça va là ! » Et effectivement, ça a eu son effet. C'était la première œuvre, de manière plus pro, on va dire, vendue.
- Speaker #0
Ça y est, ma carrière démarre artistique.
- Speaker #2
Non, non, parce que ça démarre... Non, j'ai plutôt l'impression que là, c'est en train de bien prendre. Là, je me dis que ça va être vraiment de plus en plus dur d'allier tout.
- Speaker #0
Il va falloir faire des choix au bout d'un moment.
- Speaker #2
Voilà. Parce qu'il y a eu un musée d'art urbain et de street art qui s'est ouvert à Saint-Chamond, donc entre Lyon et Saint-Etienne. Et moi, je suis de ce coin-là. J'ai fait une grande fresque pour ce musée. Et du coup, là, il y a beaucoup, beaucoup de propositions qui arrivent.
- Speaker #0
C'est une idée.
- Speaker #2
C'est bien.
- Speaker #0
Et pourquoi, du coup, ça vous a plu ?
- Speaker #1
Alors, moi, ça va repartir des petites anecdotes rigolotes, du coup. Maintenant que l'on parle, c'est la première fois où quelqu'un est rentré dans la galerie et m'a acheté une sculpture. C'était une petite dame qui arrivait comme ça et comme d'habitude, je discute de tout et de rien. Et puis d'un coup, elle m'a dit, je vais prendre ça. Et ça m'a fait sursauter. Parce qu'en fait, c'était une pièce que j'adorais. Et donc,
- Speaker #0
en fait... Je pense que c'est pareil.
- Speaker #1
Donc, ça m'a fait mal au cœur qu'elle me dise qu'elle veut prendre exactement celle-ci. Elle m'a dit, quoi, vous ne voulez pas la vendre ? Non, non, ce n'est pas ça. Oui, oui, je veux la vendre. Mais ça m'a fait mal au cœur. C'était assez rigolo. Parce qu'on s'attache finalement aux œuvres qu'on aime bien. Et quand il y a des gens qui rentrent à l'intérieur, on se dit bon pourvu qu'il choisisse pas celle-là alors que finalement C'est juste le truc humain. On se dit, non, celle-là, je l'adore trop. J'aimerais bien, si je devais en avoir une, je l'aurais bien prise. Et quand quelqu'un arrive et vous la prend, c'est comme si on prenait une part de soi quand même. Alors que c'est même pas... Je ne suis pas la créatrice, mais ça fait partie quand même un petit peu de soi. Et donc, il faut savoir laisser partir. Et puis après, la deuxième émotion, c'est après appeler l'artiste et dire, t'as vendu la fierté, le bonheur qu'on... procure à l'hôte de décrire la personne, je prends la petite photo pour envoyer, voilà, c'est elle qui a pris et tout ça. C'est vraiment hyper émouvant. Et à l'inverse, quand les artistes n'ont pas vendu aussi, on se sent coupable, pas bien, de se dire, pas vendu. On a une espèce de, voilà, quelque chose, on a l'impression que c'est notre faute, on se sent pas bien. Et ça, c'est vrai qu'il y a plein d'émotions, en fait, dans cette position de galériste.
- Speaker #0
On va passer à la deuxième partie. Un peu justement cet aspect un peu ventre. Entre les coups de chance et les labyrinthes administratifs, le marché de l'art peut être une jungle, surtout sans boussole. Alors comment s'y repérer ? Entre ceux qui vendent des millions et ceux qui galèrent à se faire connaître, le marché de l'art est un écosystème fascinant mais aussi très brutal. Les prix opaques, le réseau fermé, des coups de pouce un peu mystérieux. Comment on s'y retrouve ? Et surtout, comment on débute ? Première petite question, justement liée à la vente. Comment est fixé le prix d'une œuvre ? C'est lié à la code de l'artiste. Tant passer dessus ?
- Speaker #1
C'est une grande question. Le prix de l'œuvre,
- Speaker #2
il est énorme.
- Speaker #1
Il y a une question de temps,
- Speaker #2
quand même. Je me souviens d'une réflexion que j'avais faite au tout début à mon conjoint qui me disait, « C'est pas un peu cher, là ? » Et puis je lui avais fait, « Mais je ne vais pas travailler pour 3 euros de l'heure. » Mais en fait, quand je réfléchis, je suis bien au-dessous de 3 euros de l'heure.
- Speaker #1
C'est ça, en fait. On ne peut pas comparer vraiment. C'est vrai qu'il y a un temps de travail, mais suivant les artistes, je veux dire, le temps de travail est plus ou moins lourd. Si on devait faire autant de travail...
- Speaker #0
Le travail linéaire, c'est peut-être qu'on a l'idée il y a deux mois et on réalise après et après on fait des finitions, c'est pas forcément...
- Speaker #1
Oui, il y a déjà ça, mais même le temps de travail effectif sur la toile, ça peut être long. C'est un critère qu'on peut mettre en compte, par exemple, comparer cette œuvre-là, j'ai mis tant de temps par rapport à celle-ci. Et après, finalement, des fois, on peut aussi avoir une œuvre où on a mis dix minutes pour la faire. Et qui peut valoir hyper cher parce que justement, c'était le trait qu'il fallait faire. Après, il y a les notions de format, évidemment. Les grands formats sont compliqués. Voilà, exactement. Donc, ils ont quand même inventé une espèce de tableau avec un nombre de points. Donc, on s'est dit, tant de points, ça vaut 12 euros, 20 euros, par exemple. Et on multiplie le tableau. Bon, ça, c'est l'histoire de,
- Speaker #0
entre guillemets, barème de prix.
- Speaker #1
Des barèmes. Un petit peu, ça peut donner une petite idée. Après, il y a les cotes. la cote de l'artiste, mais pour être coté, il faut avoir fait déjà des enchères, donc des démarches particulières pour l'être.
- Speaker #0
Toi, tu n'es pas aux enchères, tu es qu'en galerie pour l'instant ?
- Speaker #2
Non, non, après, moi j'avais un galeriste, moi je trouvais ça complètement fou, qui m'avait conseillé de mettre aux enchères et d'acheter moi-même ma toile pour avoir une première cote. Et je trouvais ça tellement...
- Speaker #0
Ouais, c'est un peu bizarre. C'est un peu bizarre.
- Speaker #2
Il m'a dit si, si, parce que son fils est artiste. C'est comme ça qu'on a fait avec mon fils.
- Speaker #1
Il y en a plein qui peuvent faire ça aussi.
- Speaker #2
Et moi, je ne rentre pas dans ce système-là. J'adhère pas...
- Speaker #0
Il y a des enchères, l'artiste peut être coté.
- Speaker #2
Il y a plein d'autres facteurs.
- Speaker #1
Le premier, on va dire que c'est celui-là. Si tu n'as pas,
- Speaker #2
il y a aussi le nombre de festivals que tu fais, les expositions que tu as fait, les lieux où tu as exposé. Il y a plein d'autres choses. Pour le coup, là,
- Speaker #1
ça commence. Naturellement, mais c'est vrai que s'ils veulent être cotés, il y en a qui partent aux enchères C'est vrai qu'on peut envoyer des amis pour faire monter les enchères. Bon, bref, ça peut être un peu dangereux après quand même. Parce qu'après, il faut quand même avoir des gens qui achètent le toile au prix donné. Donc, je pense que ce n'est pas la bonne méthode finalement. Et c'est beaucoup plus enrichissant quand sa cote, elle monte de façon naturelle. Voilà, ça, c'est une vraie reconnaissance. Alors qu'au fond de soi, on sait que c'est nous qui avons mis la cote. Je trouve qu'il y a quand même...
- Speaker #0
Donc voilà. Après, chacun fait son choix. Je crois qu'artiste est différent. Il y a des artistes avec l'esprit commercial. Donc eux, oui, effectivement, ils vont faire tout ce qu'il faut pour avoir une cote, parce qu'ils ont une vraie politique commerciale derrière. Et il y a les autres artistes qui pensent qu'au produit, il y a en lui-même.
- Speaker #1
Et est-ce que vous avez eu le sentiment d'être... pas légitimes dans certains cercles, notamment les enchères où c'est un milieu très spécifique. Il y a ce côté-là de « oh, je suis artiste, mais ça ne me correspond pas forcément à ce milieu » .
- Speaker #2
Moi, il y a eu quand même deux, trois petites choses qui sont passées aux enchères, mais c'était plus par rapport à des associations qui ont fait des ventes aux enchères.
- Speaker #1
C'est une démarche différente quand même.
- Speaker #2
Voilà, c'est une démarche différente. Ce n'est pas que je ne me sens pas légitime par rapport aux enchères, mais je ne veux pas rentrer dans un système que moi, je trouve… C'est une mercantile. Voilà. Non, c'est pas le côté mercantile, mais le fait d'acheter soi-même ça.
- Speaker #0
Soi-même.
- Speaker #2
Voilà,
- Speaker #0
mon boulot. Pas les enchères, c'est bien. Non,
- Speaker #2
non, le fait des enchères, c'est pas ça qui m'a... J'ai pas eu l'occasion, mais si un jour ça m'est proposé,
- Speaker #0
pour y aller,
- Speaker #2
j'irais aussi. Non, en fait, moi, je me mets pas de barrière. Maintenant que la confiance, elle est là depuis 2019, des fois, je me dis, ah bah, t'as tenté ça. Oui, effectivement. Est-ce que j'étais vraiment légitime ? De toute façon, j'ai tenté, et puis on verra bien. Et puis en fait, en faisant des choses comme ça, je vois que ça marche, donc voilà. J'y vais. Des fois, il y a des jeunes artistes qui me disent « Tu peux me donner un conseil ? » Je leur dis « Bah, fonce. »
- Speaker #1
Et fais ce que tu as à faire.
- Speaker #0
Vas-y, fais. N'arrête pas de faire.
- Speaker #2
Voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Investis en toi-même. C'est une entreprise.
- Speaker #1
Et comment ça fonctionne un peu le marché pour un artiste ? Toi, il y a des artistes qui te contactent pour être exposés à la galerie. Comment tu les repères ? Ou est-ce que c'est eux qui viennent directement ?
- Speaker #0
Au départ, justement, quand j'ai ouvert l'espace, je me suis dit « Mais, avec ces barres... »
- Speaker #1
Personne ne va venir, c'est ça ?
- Speaker #0
Non, mais est-ce qu'il y a des artistes ? Où je vais les trouver ? Je n'ai jamais entendu parler spécialement d'artistes avec ce liban. Au début, j'ai dû faire un peu de prospection, regarder. Depuis, non, c'est de bouche à oreille. Des fois, effectivement, je peux voir un artiste qui m'intéresse et me dire, tiens, je vais lui envoyer un petit truc sur Instagram, par exemple, en disant que j'aime bien et que je suis ouverte, mais je ne vais pas faire du forcing pour qu'il vienne. Donc, je laisse vraiment les artistes qui viennent. Après, c'est un petit... un petit groupe et du coup, de fil en aiguille, on a... Voilà, et même pour les artistes, d'avoir des...
- Speaker #2
C'est comme ça que je suis arrivée. Là, toi, oui, j'ai rencontré un autre artiste qui avait exposé ici. Enfin, deux autres artistes, pour le coup, et ils parlaient de Sabrina, Sabrina, et puis au bout d'un moment, j'ai dit, Sabrina,
- Speaker #0
c'est qui ?
- Speaker #2
Et donc, ils m'avaient parlé de cette galerie, bon, étant vers Saint-Etienne, c'était pas à côté pour YGL le lendemain. Au bout de six mois, c'était toujours dans un petit coin de ma tête, et puis j'avais gagné un concours international où j'avais exposé à Zurich. Et au retour de l'exposition, j'ai dit, si je faisais un crochet, alors que quand j'ai décollé le contact à Zurich,
- Speaker #1
j'avais pas du tout l'idée en tête de venir là.
- Speaker #2
Et c'est sur l'autoroute, je me suis dit, ah, je suis passé par Sabrina, elle me dit, mais je peux voir quelque chose ? Je fais, bah, j'ai qu'une seule toile,
- Speaker #0
celle que je ramenais d'un de Zurich,
- Speaker #1
je la garde. C'est elle.
- Speaker #2
Donc voilà, comment c'est fait.
- Speaker #0
Ça a commencé, ouais. Et donc, pas plus tard qu'il y a la semaine dernière aussi, il y a des artistes formidables qui viennent avec des univers différents à proposer des choses. On est là, mais waouh, waouh. On veut toujours tout. Franchement, c'est fantastique. C'est comme Alice au Pays des Merveilles. On rencontre à chaque fois des gens.
- Speaker #2
Ça,
- Speaker #0
c'est génial.
- Speaker #2
Plein de rencontres. J'adore.
- Speaker #0
C'est vraiment super avec des gens qui sont super pointus des fois dans leur approche, leur attention, qui vont jusqu'au bout des choses. Et là, on se dit, parole, c'est merveilleux. on s'est dit que Le monde est beau.
- Speaker #1
Mais le seul problème, c'est l'espace. Du coup, tu ne veux pas tout afficher. Non,
- Speaker #0
voilà. Oui, ça dépend des fois. Je me laisse aller en fonction des rencontres et de voir ce que ça produit. Parce que je suis quand même un petit peu artiste au fond. Et du coup, j'aime bien ce côté, à chaque fois, renouvellement des choses, création des choses. Donc, de l'espace, du coup, pour moi. Et avec ce que j'ai, des fois, j'ai des artistes totalement différents. Je me dis, mais OK, Sarah Renard, tu as dit oui, mais là... Ça ne va pas être possible, ça a l'air trop différent, je ne sais pas comment je vais pouvoir allier X avec Y. C'est des mondes totalement différents, ou des fois des qualités de travail différentes aussi. Donc je me dis là, je ne sais pas trop si ça va passer ou pas, qu'est-ce que les gens vont dire ou pas. Mais j'aime bien justement susciter l'étonnement, les interrogations, etc. C'est vrai que je priorise un petit peu l'artiste beaucoup, qui a derrière l'étoile aussi. Je trouve que maintenant c'est important de montrer l'humain qu'il y a derrière ça, surtout dans un monde... tout devient digitalisé, déshumanisé, on va dire, et aussi égoïste. Donc c'est important de montrer l'histoire de la personne, comment est-ce qu'elle a pu en faire créer quelque chose, le partager d'une façon ou d'une autre avec le monde autour, et prouver justement qu'à travers la création, on est capable d'imaginer un monde différent et nouveau. On peut créer d'autres choses, on peut imaginer d'autres choses, et c'est d'ailleurs comme ça que le monde a évolué, avec la création de l'homme. Donc se dire que c'est encore possible de changer les choses à travers l'art. Et c'est l'artiste qui nous montre. Donc en mélangeant du wax avec de la feuille d'or et du spray, je veux dire...
- Speaker #1
On peut faire plein de trucs.
- Speaker #0
C'est improbable à la base, on se dit, c'est pas possible, ça marche pas.
- Speaker #1
Mais finalement, ça marche bien. Est-ce que tu peux nous définir le rôle des galeristes, peut-être qu'une galeriste à ta façon, à ton façon différente, Comment toi tu trouves ce métier, qu'est-ce que tu apportes aux artistes et au système de l'art en général ?
- Speaker #0
Alors le métier de galériste est vraiment un métier super enrichissant, je dirais. Presque comme un luxe un peu qu'on s'offre quand on est galériste, parce que par rapport à tout ce que j'ai dit déjà, la rencontre avec des artistes, etc. Mais c'est les aider aussi déjà à avoir confiance en eux. Il y a un vrai rôle de galériste quand on s'offre de conseils, de confiance, de reconnaissance. d'accompagnement. C'est comme si je faisais entrer dans un groupe, un cercle, un univers, quelqu'un qui, jusqu'à là, peut-être...
- Speaker #1
C'est dans son coin.
- Speaker #0
Ou se sentait pas légitime, etc. C'est un vrai accompagnement, parce que c'est vrai aussi que, quand on est artiste, on a envie d'être dans son monde d'artiste et de voir tout gérer, tout ce qu'il y a derrière. C'est un autre métier, c'est pas évident. Donc maintenant, on est dans une société où on fait tout, tout seul. Donc, même les musiciens, ils font tout tout seuls, de A à Z. Mais c'est vrai qu'avant, il y avait toutes ces personnes qui étaient là, justement, pour faire tout ce que l'artiste n'avait pas à faire. Parce que ça demande du temps, de devoir être sur les réseaux, de devoir trouver les galeries, les festivals, rencontrer les gens. C'est tout ce temps-là où on n'est pas à son art. Donc, quelque part.
- Speaker #1
Tu permets aussi le fait que l'artiste puisse rencontrer le public. Ce n'est pas toujours le cas.
- Speaker #0
Exactement. Il peut rencontrer le public et après, il peut vendre les oeuvres. Donc, acquérir une certaine visibilité aussi permet à l'artiste de faire son CV. Parce qu'après, pour accéder à plus haut, ça compte. Comme pour les enchères, ça compte d'avoir fait des expositions en galerie. Donc, c'est une chance de pouvoir être accepté en galerie. Aujourd'hui, enfin, encore plus avant, d'ailleurs, je crois, il n'était pas accepté en galerie n'importe qui. Il fallait quand même montrer un petit peu patte blanche. Ou alors, il y avait des galeristes qui étaient là pour dénicher. Les talents de demain étaient à la recherche, mais ils avaient aussi une assise financière qui leur permettait d'investir comme un petit poulain dans les artistes. Acheter le matériel, les faire connaître, faire la promotion. Ce métier-là, par contre, il se perd un petit peu parce que justement, les galeries aujourd'hui ont du mal à survivre parce que le marché de l'art aujourd'hui…
- Speaker #1
Est digitalisé.
- Speaker #0
Oui, c'est-à-dire qu'en ce moment, on est dans une période de transition, je crois, générale et en train de changer de mœurs et de façon de vivre aussi. Maintenant, le feng shui est beaucoup aussi intervenu dans nos sociétés. Du coup, il faut que ce soit épuré. Il faut bien choisir. Le fait aussi de ne pas être trop encombré chez soi. Maintenant, on essaye d'être le plus light possible, d'emmagasiner moins de choses. On achète peut-être moins des toiles. Si on a besoin d'en acheter une, il faut bien la choisir. Il faut prendre plus de temps dans la réflexion. Il y a aussi toutes les personnes qui ont beaucoup de toiles héritées des arrières et arrières.
- Speaker #1
Du coup, ils ont leur mur complet.
- Speaker #0
Il faut éduquer les jeunes, continuer à acheter de l'art. Et donc, c'est un petit peu le rôle de la galerie aussi. C'est pour ça que je change beaucoup de choses, que je la rentre à être dynamique. Parce qu'il faut qu'il y ait de nouveaux acheteurs. Le marché a besoin de créer de nouveaux acheteurs.
- Speaker #1
Nous ne connaissons pas le marché de l'art. Je pense que c'est plus un public assez âgé qui achète. Mais forcément.
- Speaker #0
De plus en plus, je trouve, jeunes qui commencent à s'intéresser à ça. Et moi, ça me fait toujours plaisir de voir ça. D'ailleurs, j'ai une petite anecdote là-dessus. Une petite jeune, 19 ans, était venue à la galerie déjà pour la faire entrer. Mais oui, rentrez. Oui, mais je n'y connais rien. Je n'achète pas d'œuvres d'art. Ce n'est pas pour moi. Non, mais regardez. J'ai ça. et elle est tombée amoureuse d'une oeuvre. Elle a acheté sa première oeuvre. C'était hyper émouvant de vivre ce moment où elle s'est dit, je peux acheter mon oeuvre d'art. Elle a demandé à son copain de rajouter un peu des sous. Ce n'était pas très cher, c'était une petite oeuvre. Rien que dans ce geste-là, je suis sûre que demain, elle rentrera dans d'autres galeries et elle se dira, j'en ai acheté une, je pourrais en acheter d'autres, etc. Je trouve qu'il faut remettre justement...
- Speaker #1
Démocratiser le...
- Speaker #0
Oui, démocratiser, ouvrir un petit peu le spectre de ceux qui achètent de l'art.
- Speaker #2
Une des plus grandes œuvres que j'ai vendues, c'était aussi à une jeune femme d'une vingtaine d'années. Pour le coup, ce n'est pas elle qui l'a financée,
- Speaker #0
c'est les parents.
- Speaker #2
C'était justement dans cette fameuse gendarmerie lors du festival. Elle est restée, elle ne pouvait plus bouger de devant l'œuvre. En fait, elle était coincée devant. Et la maman qui l'accompagnait m'a dit... Je peux avoir une carte ? Elle m'a soufflé qu'il fallait que je lui glisse une carte. Et derrière, elle m'a appelée en me disant « La fille n'est pas féminine, elle n'aime rien, elle n'aime pas les parfums, elle n'aime pas les fleurs, on ne sait jamais quoi lui offrir. » Et là, elle a eu un coup de cœur. Oui, elle avait à peine plus de 20 ans, parce qu'elle m'a dit « Elle vient d'avoir 20 ans, bon, c'est un gros cadeau qu'on aurait pu lui faire pour ses 20 ans, mais tant pis, je ne peux pas faire autre monde que de lui ça c'est beau
- Speaker #0
C'est de super moments et on se dit qu'en tant qu'artiste, il y a eu quelque chose qui s'est passé et un cadeau qu'on a donné. Et ça, c'est merveilleux.
- Speaker #1
Est-ce que vous pensez qu'il faut s'adapter au marché pour réussir ou créer votre œuvre à tout prix ?
- Speaker #2
Alors, une petite réflexion qui vient souvent de mon compagnon, c'est « Fais des chatons, tu arriveras à vendre plus facilement » .
- Speaker #1
Oui, ça commence par tout sur Internet, oui.
- Speaker #2
Ça plaît à tout le monde, mais non, bah non, désolée. Je ne ferai pas de chatons et je continuerai sur ma ligne. Tant pis si je mettrais plus de temps à vendre une oeuvre ou pas.
- Speaker #0
C'est pareil pour moi d'ailleurs. Souvent on me dit oui. Et je sais des fois quand je mets des artistes que je n'ai pas la clientèle particulièrement là-dessus. Ou que ce n'est pas commercial, que c'est un concept. Mais non, ce n'est pas grave. Parce que l'idée c'est vraiment de pouvoir montrer, faire découvrir et enseigner. Enfin, je ne sais pas. Et des fois on peut avoir des surprises. Mais je ne choisis pas les artistes en fonction de si ça va être commercial ou pas. La plupart du temps, c'est totalement le contraire. Donc, il va intéresser par « c'est nouveau, mais ça va choquer peut-être, ça va interpeller, ça va faire parler » . C'est ça qui est formidable dans ce métier.
- Speaker #1
C'est plus provoquer l'émotion que vraiment vendre quelque chose.
- Speaker #0
C'est hyper important aujourd'hui.
- Speaker #1
Les émotions, c'est le Graal. Pour d'autres pas, les galeries. Un moment où leur travail est enfin reconnu, cadré, enclairé, servi avec des petits fours, du champ. campagne et tout ça. C'est un club très fermé à l'apparence, avec des critères d'entrée qu'on ne connaît pas forcément, peuvent être subjectifs ou non. Qu'est-ce qu'une galerie attend d'une artiste ? Un style, un réseau, une cohérence dans le travail ou une bonne prestance sur les réseaux ? Ou un truc indéfinissable mais ça fait vendre, entre guillemets. On parle de ceux qui accrochent les tableaux et ceux qui espèrent les accrocher. Comment ça se passe du coup ? Vous avez un peu raconté la rencontre entre artistes et galeristes. On l'avait un peu dit, généralement c'est ça, c'est des gens qui te contactent ? Oui,
- Speaker #0
c'est des artistes qui me contactent. Des fois, ça arrive que ce soit aussi le mari qui vient pour parler au nom de sa femme. Une artiste depuis longtemps qui n'a jamais osé, vous pensez que, donc est-ce que c'est possible, est-ce que c'est à la hauteur, etc. Donc c'est toute une vision un peu particulière. C'est vrai qu'étant à Aix-les-Bains et qu'il n'y a pas d'autres galeries, les marches sont un petit peu ouvertes, justement, pour pouvoir donner des impulsions. Il y a d'autres galeries dans des grandes villes, par exemple, où les critères sont quand même plus serrés. En général, les galeries ont parfois un style. Soit c'est stress, soit c'est un peu plus commercial, soit c'est l'art moderne, ou de la sculpture, ou de la photo, des choses comme ça. Moi, c'est un 360 degrés.
- Speaker #1
Comment tu choisis tel artiste par rapport à d'autres ? Est-ce que tu as des critères, soit toi me définis, ou pas forcément ?
- Speaker #0
Non, parce que ma personnalité est comme ça. Je n'ai pas de critères particuliers dans quoi que ce soit. J'ai un esprit vraiment ouvert à 360, donc j'aime la découverte. Que n'importe qui veut venir me montrer, j'accepte de prendre du temps, de discuter et de voir. Après, je ne dis jamais vraiment non parce que je n'aime pas brusquer. Ce n'est pas un mot définitif. Voilà, si c'est quelqu'un qui a vraiment envie et qui a besoin de soutien, si je fais par exemple des petites galeries de petits créateurs, je vais lui proposer de mettre son stand pour qu'il ait son projet. premier rapport avec le public, pour qu'il puisse voir vraiment ce qu'il a envie de faire, que de lui-même, il se rende compte de ce qu'il a à travailler pour aller plus loin. C'est, oui, il y a une envie, on ne va pas la freiner, parce que toute envie, on ne sait jamais ce que ça peut germer derrière. D'ailleurs, il y a eu des exemples avec Willis, par exemple, qui était un artiste qui a beaucoup progressé en très, très peu de temps, mais la fois où il est venu à la galerie montrer son premier pochoir, je me disais, bon, c'est un peu passé. Il faut aller plus loin dans l'histoire, mais du coup, ça l'a challengé. Et il a fait, il a bossé, il a bossé de son travail. Il arrive aujourd'hui à faire des choses et à être exposé en galerie sur Paris. Il a fait la Grenoble Art Hub, avoir une petite passue. En tout cas, travailler, trouver le chemin pour y arriver. Donc, c'est pour ça que je n'aime pas casser, on va dire, l'œuf à peine sorti de la poule.
- Speaker #1
Le seul critère, entre guillemets, c'est d'avoir suffisamment d'œuvres à exposer aussi.
- Speaker #0
Ah oui, donc le critère quand même, c'est qu'après, il faut qu'il y ait un... Il faut que ce soit abouti quand même dans l'idée. C'est souvent du petit jeune qui commence. Je vais les inviter à venir rencontrer les artistes, à venir au vernissage pour qu'eux-mêmes y voient de soi-même. On voit si on est à la hauteur ou pas. Il n'y en a même pas à dire non. Enfin, je ne dirai jamais non, tu n'es pas à la hauteur. Je dis, eh bien, viens, rencontre les autres. Il va te parler de sa technique. Il y a tel artiste qui fait un peu cette technique-là. Si tu veux, je te permets de la rencontrer. Comme ça, il te... montrera comment tu peux aller un peu plus loin, etc. C'est un petit peu ma démarche, c'est une démarche très humaine, on va dire, dans ma galerie. Mais ce n'est pas le cas, toujours partout. Peut-être que tu peux...
- Speaker #2
J'ai pas appris... Peut-être que c'est moi qui me mets le frein. Il y a peut-être une galerie où je n'ai pas forcément poussé la porte.
- Speaker #0
D'une sorte, oui. En fait,
- Speaker #2
une galerie, il faut que je m'y sente bien dedans. Et c'est mon critère principal. Avant d'avoir ma toute première galerie, j'avais eu un accord pour une galerie. Je ne l'avais vue que sur les réseaux sociaux, sur les photos. Et je la trouvais super. Je me suis dit, oui, ça va coller. J'avais rendez-vous avec cette galerie. Et une semaine avant, je me suis dit, tu vas passer pour voir. Mais je suis rentrée. Oui, oui. Là, je me suis sentie super mal et le monsieur, il arrive, il fait « Oui, mais je peux vous renseigner parce que… » Et je fais « Bah oui, en fait, je suis l'artiste souris, on a rendez-vous la semaine prochaine, mais je suis désolée, je ne viendrai pas. »
- Speaker #0
Et il me dit « Mais pourquoi ? »
- Speaker #2
Je fais « Bah non, je ne me sens pas très bien, donc je suis désolée, je ne vous amènerai pas à mon travail. » Alors qu'il y avait déjà des dates d'expo qui étaient prévues, en fait. Le rendez-vous, c'était juste pour finir de caler les petites tailles. et en fait je ne me suis pas sentie bien du tout. Il y a des galeries où je me fais mettre des freins moi parce que je les vis trop bien.
- Speaker #0
Oui mais c'est vrai qu'il y a cette connexion qu'il faut avoir entre le galeriste et l'artiste. On a plus d'affinité avec un certain nombre d'artistes. Au final il y a quand même des artistes de la galerie qui sont là, on va dire, des recurrents avec qui on aime bien travailler, avec qui on sait qu'au niveau mentalité... façon de faire des valeurs, on se comprend, on se rejoint.
- Speaker #1
C'est pas forcément un aboutissement d'être en galerie. On peut être artiste hors galerie.
- Speaker #2
Street artist carrément. Et la rue. En fait, j'adore être en galerie, ça permet de rencontrer plein d'autres, mais j'aime aussi pouvoir offrir de l'art à justement tous ceux qui ne vont pas passer la porte d'une galerie. Et ça, je trouve ça super intéressant de le street art dans ce sens-là, c'est-à-dire que même ceux qui, à l'origine, ne seraient pas rentrés dans un musée ou dans une galerie, ils peuvent s'en prendre plein les yeux dans la rue et se dire peut-être un jour, « Bah tiens, j'irai, je passerai la porte ! »
- Speaker #0
Mais c'est vrai que dans la vie d'un artiste quand même, exposer en galerie, c'est important, parce que c'est une espèce de forme de reconnaissance aussi, et puis du coup... Peut-être pas pour les artistes, comme on l'a dit, c'est sûr, puisque l'organisme est en extérieur. Mais c'est vrai qu'il y a un petit passage quand même qui peut être important pour certains artistes. Pour aller plus loin, aller international, tout ça, on demande à ce qu'on ait l'habitude un petit peu de...
- Speaker #1
C'est aussi un côté légitimité de son travail.
- Speaker #0
Voilà, ça valorise. Ça dépend, parce que surtout si on passe dans des galeries avec des grands noms... là ça donne encore une valeur c'est des choses qui rajoutent un petit peu à la côte de l'artiste j'ai exposé dans telle galerie sur Paris ou à Miami qui sont renommées là on sait qu'on touche un autre public parce que c'est aussi le public de la galerie donc en fonction évidemment de là où elle se trouve de sa notoriété etc donc on va chercher d'autres acquéreurs qui sont capables de mettre plus d'argent donc c'est quand même aussi important Même si aujourd'hui, le travail de galériste est en train de changer aussi avec les réseaux sociaux. Maintenant, les sites, tous les artistes essaient de faire eux-mêmes plutôt que de donner 50.
- Speaker #2
Ça, c'est chronophage de faire.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
d'avoir une pièce.
- Speaker #2
Je trouve ça très confortable. J'emballe les os.
- Speaker #0
Oui, c'est clair.
- Speaker #2
Je pose et je me dis.
- Speaker #0
Et c'est tout.
- Speaker #2
Je vais être tranquille pendant une petite période.
- Speaker #0
C'est clair.
- Speaker #2
Et puis voilà.
- Speaker #0
Non, mais c'est sûr.
- Speaker #1
Internet, ça a donné aussi. En parlant aux artistes, pour raconter un peu leur histoire, leur storytelling, Je sais ça va pas peut-être... pris le pas sur leurs oeuvres.
- Speaker #2
Non, je pense que c'est complémentaire. Mais Internet par soi-même, ça ne suffit pas. Les gens ont besoin de voir en vrai. Les mêmes oeuvres sur mon site Internet, beaucoup n'ont pas bougé. Elles sont exposées en galerie et il y a des gens qui vont craquer dessus parce qu'ils vont avoir une émotion quand ils vont la voir en vrai. Or, par exemple, tout mon travail de matière, sur la photo, ça ne rend pas. Mon travail de couture avec le wax et les... Ça ne te rend pas... Ben non, non, non, il n'y a aucun intérêt en fait d'être en photo, que ce soit sur les réseaux ou sur un site internet. Et par contre, dès que c'est exposé, tout de suite, waouh, pas la même réaction. Donc je pense que c'est complémentaire.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #2
toi tu as essayé parfois d'aller dans des galeries et tu as eu des refus est-ce que tu peux nous raconter peut-être une tentative un peu ratée toutes les galeries où je me suis vraiment rendue en physique j'ai pas eu de refus pour le coup mais je me suis pas déplacée dans toutes c'est ce que je disais tout à l'heure il y en a certaines à qui j'ai envoyé mon portfolio sans avoir de retour derrière et où j'ai pas tu sens que ça n'a pas trop pris ta faible dans la galerie j'avais envoyé Pour le coup, c'est une galoupe, j'avais vraiment envie d'aller. Et j'avais envoyé deux, trois fois mon portfolio parce qu'il y avait le directeur artistique et en parallèle, il y avait la directrice commerciale. Commerciale, à chaque fois que je passais, elle me disait « si, si, envoie ton portfolio » . Et je l'envoyais, je mettais des heures à travailler dessus, jamais aucun retour. Et un coup, elle m'envoie une invitation à un vernissage pour un artiste et j'y viens. Et donc, le directeur artistique, il vient. histoire de me vendre une toile. Tu dis mais en fait moi je suis artiste, montre ce que tu fais. J'avais un vieux flyer dans mon sac à main, je n'étais pas venue pour ça, j'étais venue pour prendre un contact, mais je n'étais pas venue avec mon bon. Il m'a dit, ah ouais intéressant. J'ai envoyé mon portfolio, Ah mais je vous fais les mails !
- Speaker #0
Je fais non !
- Speaker #2
C'est plusieurs fois un nombre d'heures pas croyable ! Et donc en fait, je fais maintenant, quand il y a vraiment une galerie qui me plaît, ou alors par des contacts parce qu'entre artistes, on se dit bah tiens, telle galerie c'est très sympa et ça correspond aussi. Parce que forcément, les contacts artistes avec qui on est bien,
- Speaker #1
qui ont déjà travaillé dans la galerie,
- Speaker #2
ont aussi des valeurs communes donc du coup,
- Speaker #0
ça match. C'est vrai que l'histoire des mails, c'est vrai, on reçoit beaucoup de mails des fois et puis on... On le voit, on s'est dit, on va le lire plus tard. Et puis du coup, ça passe, ça attrape. Et puis, même quand on l'a lu, on se dit, ah, ça, c'est pas mal, je vais le rappeler. Mais on oublie. Donc, il faut que l'artiste ne vienne pas remettre une petite couche. Et l'autre, il pense qu'effectivement, on a été refusé. Mais non, ce n'est pas qu'on a été refusé. C'est que tu as un nombre de personnes qui t'envoient des choses. Et que du coup, dans ça, tu es noyé entre ce que tu dois faire là, entre ce que tu dois répondre, etc. Et du coup, ça passe à l'attrape comme ça.
- Speaker #1
Pour ta part, il y a beaucoup d'artistes qui t'envoient leur portfolio ou leur travail.
- Speaker #0
Il y a quelques-uns par mail, oui, qui envoient leur portfolio.
- Speaker #1
Ne les oublie pas, réponds-leur. Oui,
- Speaker #0
c'est important.
- Speaker #2
J'avais discuté avec une galerie sur Saint-Etienne, elle me disait que c'était entre 5 et 10 par jour.
- Speaker #0
Ah oui, c'est un grand nombre de personnes.
- Speaker #1
C'est quand même du temps pour...
- Speaker #0
Pour voir le travail, répondre, et puis le travail qui est là. Moi, ma difficulté, c'est que comme je change tout le temps et très souvent, donc du coup, j'ai une somme de travail tous les jours. Ce n'est pas comme quand tu fais une exposition qui va durer un mois ou deux, où là, tu as juste un rush au moment où tu mets, et le vernissage, et après, le reste du temps, tu es quand même assez tranquille pour pouvoir préparer plein de choses pour après. Tandis que moi, à peine j'ai fait ça la semaine d'après, il faut déjà que je reprépare celle d'après, et celle d'après, et celle d'après. J'ai vraiment cette difficulté-là. Et quand je dis aux artistes, n'hésitez pas à me rappeler plusieurs fois. Ce n'est pas grave, je ne vais pas le prendre mal. Je ne vais pas le prendre contre la persécution. C'est juste que des fois, on me dit quelque chose le matin. Je dis, je vais le faire après-midi. Et j'ai dit, j'ai oublié parce que je suis passée à... Ça en met le truc et ça, c'est infernal. C'est pour ça qu'il faut des collaborateurs.
- Speaker #1
Et dernière partie, du coup, quand ça décolle et après, toujours ça prend un article, une expo ou une vente importante et tout change ou pas. Qu'est-ce que ça fait de passer un cap, de gagner un peu de visibilité ? Est-ce que ça change la manière de travailler, de créer, les attentes que l'on a de soi et les attentes des autres ? Ça ressemble à quoi le succès ? Que c'est une commande publique, un passage dans une galerie un peu high, qu'est-ce que ça change dans le fond ? Est-ce que vous avez eu un moment dans votre carrière, vous deux, où il y a eu vraiment un avant et un après ?
- Speaker #2
Moi, c'est ce que je disais tout à l'heure, avec le musée d'art urbain de Strita. Je suis en train de vivre un avant et un après. C'est-à-dire que vendredi, j'ai reçu une commande publique qui est assez énorme. Début de semaine, j'avais eu une invitation à un gros festival sur Paris qui dure plus d'une semaine. Il y a vraiment en ce moment...
- Speaker #1
On bascule entre l'avant et l'après.
- Speaker #0
À partir du moment où on est en musée, c'est une façon ignoble.
- Speaker #2
Ce qui va guetter des marchés, c'est les offres qui arrivent. Et où justement, ce que je disais, il va falloir que j'arrive à parfois prioriser et dire non. Pour l'instant, si tout me plaît, j'ai du mal à dire non. En tant qu'artiste, il faut aussi être super calé au niveau de l'agenda et savoir s'organiser d'une manière de fou.
- Speaker #0
Ça c'est clair. C'est un investissement énorme. Ceux qui réussissent en général, c'est beaucoup de travail. Oui,
- Speaker #1
après il n'y a pas de secret.
- Speaker #0
Il n'y a pas de secret. Il y a quelques-uns pour qui ça peut se passer différemment, mais ça c'est dans tous les métiers. C'est vrai qu'il faut vraiment investir en soi et dans son temps de travail et être partout, sur tous les fronts, les opportunités, ne pas les saisir à chaque fois. Parce que c'est ça qui nous permet d'aller plus loin. C'est ce que Sori a fait, je crois, dans son travail. hyper bien organisée.
- Speaker #2
Au niveau de l'organisation de l'art.
- Speaker #1
Et toi, Sabrina, dans ta carrière de galeriste, est-ce qu'il y a eu un moment où tu t'es dit ça se décolle la galerie ?
- Speaker #0
Avec justement tout cet engouement qu'il peut y avoir, le fait qu'on m'a parlé de toi, un peu plus loin que la région, aux alentours, et qu'on entend parler de la galerie et qu'on a envie d'être dans ma galerie, oui, ça c'est une recette. reconnaissance quand j'ai reçu un super dossier d'un artiste qui m'a envoyé le truc, ma chère galerie, je crois, je me suis dit, tiens, là, j'ai pris Bankable, on m'a fait un beau courrier, tout ça, le portfolio, le truc avec l'enveloppe de retour si jamais je n'étais pas intéressée, je me suis dit, wow, classe l'histoire, donc du coup, oui, effectivement, on sent cet engouement-là, mais je n'ai pas encore fait une vente qui soit miraculeuse, encore miraculeuse. je ne sais pas, 20 000, 30 000 euros. Donc, il y a eu des pièces, mais peut-être, peut-être.
- Speaker #1
Est-ce que la reconnaissance, ça met de la pression sur vos travails respectifs ?
- Speaker #0
Non, ça valorise, ça encourage, ça donne envie d'aller plus loin, ça donne de l'énergie. On se dit, on n'a pas fait tout ça pour rien, parce qu'il y a quand même beaucoup de moments où c'est difficile. Donc, on se demande si on va y arriver. On est fatigué aussi, par rapport à tout cet engagement et le retour qu'on a quelquefois. par rapport à la finance du coup c'est là où ça donne le petit coup de bambou et la fatigue et des motivations donc d'avoir à chaque fois quelque chose qui nous Ils disent oui, c'est bien ça, c'est bien, il faut continuer. Là, c'est important, bien sûr.
- Speaker #1
Pareil, en termes de reconnaissance, est-ce que ça te met une pression sur ton travail ou sur la manière de créer ?
- Speaker #2
Je ne laisse pas la pression arriver. Je suis toujours en projet et du coup, je ne laisse pas ça s'installer.
- Speaker #1
Tu as posé des questions en fin de période. Comment vous arrivez à être fidèle à vous-même malgré les attentes qu'on a envers vous ?
- Speaker #0
Ce n'est pas toujours évident. Il y a des périodes, on va dire, c'est quand on est un peu plus fatigué que d'autres. là un petit peu le monde personnes autour qui peuvent à force de dire il ya des phrases qui perd enfin qui rentre plus facilement soit donc ils peuvent un petit peu démotivé tout compte parce qu'il n'y a pas eu de vente par exemple quand on a fait plusieurs expos et que ça peut être quelque chose qui est effectivement qui est un petit peu compliqué mais pas de fait de pas avoir d'argent en fait c'est le fait de pas avoir abouti au travail il peut peut-être être un petit peu compliqué
- Speaker #1
Pour l'instant, petit à petit, il y a différents contacts, différents projets qui se mettent en route. Est-ce que le fait de, justement, avoir eu un succès à ton échelle qui va s'espérer grandir, est-ce que ça te met un frein ou au contraire, ça t'encourage à faire des créations un peu plus atypiques que ce que tu fais maintenant ?
- Speaker #2
Je ne dirais pas atypique.
- Speaker #1
Tu peux essayer d'autres formats.
- Speaker #2
D'autres formats, voilà. Je vise d'autres plans que je n'imaginais pas. Pourquoi, par exemple, j'ai dit tout à l'heure, je crayonne maintenant parfois sur une surface pour viser aussi des projets plus importants. Clairement, oui. C'est toujours les rencontres qui nourrissent ça. C'est-à-dire que l'année dernière, au mois de juin, je rencontrais la street artiste Zabou qui ne fait que des grands formats sur des immeubles, des trucs. Qui m'a dit, moi aussi au début j'étais une petite pochoiriste, mais tu sais, commence au moins par la tablette, tu auras toujours cette impression de crayon parce que tu auras ton crayon qui m'a donné tout, enfin voilà, les petits trucs. Alors pour le coup, rencontre complètement fortuite, c'est-à-dire que la galeriste avait trois heures de retard et j'avais rendez-vous avec elle sur un lieu où Zabou était en train d'oeuvrer. Et c'est comme ça que...
- Speaker #0
C'est pour ça, il y a toujours plein de rencontres, c'est ça qui est formidable en fait, c'est l'aventure en permanence.
- Speaker #1
Et après c'est la collaboration avec d'autres artistes ou juste l'échange, vous avez à nous savoir d'autres idées sur...
- Speaker #2
Ah bah à fond !
- Speaker #1
Faire des galeries, enfin, qui exposer.
- Speaker #2
Puis notre perception des fois, que forcément on est dans notre petit monde et puis on va discuter de ça ou ça et on va se dire, ah ouais mais non j'avais pas vu des choses comme ça. Et oui, moi dans ma campagne, on le voit comme ça mais... Je suis souvent sur Paris et oui, ça ouvre sur d'autres perspectives, d'autres... Enfin voilà, et on se dit, ah ben, c'est super intéressant.
- Speaker #1
Toi, par exemple, Sabrina, si tu veux faire une expo commune avec différents artistes, le fait d'être un petit peu connue peut te permettre justement de les contacter et qu'ils acceptent parce que c'est toi, quoi.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, bien sûr. Donc ça, c'est hyper important et valorisant.
- Speaker #1
Du coup, on va passer à la conclusion. C'est déjà fini, ça passe très vite. Ce qui est angoisseur, en tout cas, de votre parcours, c'est qu'il n'y a pas vraiment de trajectoire en tout tracé. vous avez essayé à votre façon de chacun, enfin chacune pardon de créer ou de que l'art soit accessible en tout cas aux différents publics, pas juste créer c'est aussi apprendre à naviguer, à s'adapter, à faire des compromis en tout cas merci pour vous deux, pour votre temps, pour votre sincérité d'avoir parlé de tout ça deux questions, les deux dernières pour vous est-ce que vous avez un conseil à une personne qui rêve de devenir artiste ?
- Speaker #2
pas se mettre de limites foncez et contactez directement, en vrai pas tenter par les réseaux moi je trouve que Vraiment, c'est les contacts humains en premier lieu.
- Speaker #0
Je leur dirais aller en galerie.
- Speaker #1
Aller en galerie,
- Speaker #0
c'est un peu chouette. Rencontrer les autres, les artistes, observer, se sentir, se confronter à ce monde-là. Et puis, ça va tout seul en fait. C'est la rencontre avec les autres, avec ceux qui, quelque part, ont cette affinité déjà artistique. Il y a plein de conseils qui peuvent se faire. Par exemple, sur Instagram, j'avais vu les dessins d'une petite jeune qui... italienne, mais qui faisait ses études à Montpellier, faisait des dessins que je trouvais atroces. Horrible, angoissant. Je lui ai dit, mais pourquoi t'en angoisses ? Qu'est-ce que ça veut dire en fait, ces dessins ? Et puis, on a discuté comme ça, franchement, je ne sais pas pourquoi, elle, je lui ai parlé, on a discuté, et puis elle me dit, bah non, les dessins, ils ne sont pas angoissants. C'est la vie qui est angoissante. Je me suis dit, oh, waouh, ma petite, non, ça va pas du tout, là. Viens, Alex Lévin. On va en parler, parce que là, ma parole, c'est pas possible. Moi, je trouvais hyper angoissant tes dessins, et tu me dis que ces dessins ne sont pas angoissants. C'est la vie qui est angoissante. Elle est venue, Alex Lévin, exposer ses dessins, dans un petit, pas l'exposition totale, c'était... Mais du coup, ça lui a donné ce... Ce pied à l'étrier, ce regard, cette interrogation, au départ, je disais que c'était vraiment angoissant. Ce n'est pas quelque chose qui m'interpellait particulièrement, mais je l'ai aidée à aller plus loin dans son univers, à comprendre le pourquoi, à rencontrer d'autres artistes qui faisaient des choses aussi un peu angoissantes, et de voir comment est-ce qu'on pouvait ce sentiment qu'elle avait d'angoisse, comment elle pouvait le traduire, pour l'aider justement à aller plus loin, à se sentir mieux finalement dans la vie de tous les jours. Et surtout, elle se sentait un petit peu... peu à l'écart de tout le monde, pas pouvoir se mélanger aux autres parce qu'on pense différemment. On est donc de montrer que t'es pas toute seule, qu'on est tous désangoissés,
- Speaker #1
mais que ça va aller.
- Speaker #0
Donc viens voir ici, tu verras que la vie est belle, tu peux avancer et du coup on est toujours en contact. Elle a fait la parité de faire des choses parce qu'elle les osait pas. Elle a fait du live, du body painting, elle a fait des voyages, elle a fait des dessins un peu partout. Elle continue à grandir un petit peu avec ça. Ça, c'est formidable. C'est des petites victoires pour moi que j'aime beaucoup parler. Parce que c'est ça, là, en fait. C'est une issue de secours à tout ce qu'on a à l'intérieur. La galerie existe.
- Speaker #2
d'accord il suit le secours au monde à l'angoisse du monde actuel un dernier petit conseil aussi mais c'est plus tourné vers les artistes féminines c'est à dire que moi je me suis rendu compte après que je m'étais mis plein de barrières justement parce que j'étais une femme et que dans la représentation que j'avais quand on apprend l'histoire de l'art on ne nous montre pas d'artistes féminines et on ne nous parle que d'hommes pourtant j'en ai mangé des arts d'histoire de l'art c'est vrai Césaire, cite moi des femmes artistes J'arrivais pas à 10 alors qu'avec toutes les heures d'histoire de l'art que j'avais fait. Quand on est ado, jeune adulte, on peut pas se représenter d'artiste. Enfin moi je trouvais que c'était trop compliqué de s'imaginer artiste alors qu'il y en avait pas. On était vraiment à la marge. Bah non, les femmes elles ont aussi toute leur place et on a toute une histoire de l'art à réécrire.
- Speaker #0
Avec nous. Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Ça t'a bloqué en disant je ne peux pas être artiste parce que je ne connais pas de femme artiste.
- Speaker #2
Je pense que inconsciemment, oui, clairement, dans le fait, artiste, ce n'est pas un métier, ça l'était quand même pour certains collègues masculins, mais pas pour moi. Je crois qu'il y avait aussi un frein de ce côté-là.
- Speaker #0
Oui, c'est clair. Clairement aussi. Par exemple, moi, quand j'ai fait l'embrouille de ma famille, effectivement, nous étions deux artistes, ma de facto, c'est qui devait sacrifier. qui sacrifiait, c'était la femme qui allait être maman, qui devait prendre les responsabilités. le papa pouvait rester artiste, ça pouvait encore se concevoir, mais moi je reste artiste et le papa n'avait pas se sacrifier, donc on ne peut pas rester artiste. Donc voilà, bon c'était pour dire que dans nos mentalités on est éduqués comme ça, en se disant bah on ne peut pas rester artiste, parce que nous on doit être responsable et de la famille et des enfants et de la structure.
- Speaker #1
C'est pas incompatible d'être artiste et de se responsabiliser. Non,
- Speaker #0
non, non, pas du tout.
- Speaker #2
On a un paquet de responsabilités.
- Speaker #0
C'est clair. Donc certains artistes masculins devraient prendre bonne graine. Dans notre imaginaire, les artistes sont des personnes un peu irresponsables, qui sont toujours dans le fantasme, qui n'ont pas le pied dans la réalité, qui sont un peu décalés. C'est pour ça d'ailleurs que peut-être que toi comme moi, au niveau de l'art, on ne se sentait pas à notre place. Parce que ce monde-là, avec les valeurs qu'il partageait, moi je ne fume pas, je ne buvais pas, je ne prenais pas de cocaïne, ni quoi que ce soit, les fêtes, la fiesta et tout ça, ce n'est pas ton monde, ce n'est pas ta valeur. Et du coup, en tant que femme à l'époque, entrer dans ce milieu artistique, ça ne correspondait pas à qui on était, alors qu'on était artiste. poser la question du coup, est-ce que ça veut dire que je suis artiste ou pas ? Comme si ça faisait partie des critères pour être artiste, c'est d'avoir un certain mode de vie, fonctionnement, d'être plutôt de la nuit et de partager des choses particulières. On ne pouvait pas être une fille de bonne famille et artiste.
- Speaker #2
Fin de troisième, quand j'ai dit à mon père je vais faire des études d'art appliquées, il m'a dit mais non tu ne vas pas aller fumer pour te droguer.
- Speaker #1
Oui, il a vraiment été super.
- Speaker #0
Le cliché de l'artiste, c'est vraiment celui de la vie des lingantes.
- Speaker #2
Quand j'ai une idée, je ne la lâche pas.
- Speaker #1
Est-ce que ça a un petit peu changé avec les jeunes générations ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #2
Ça bouge, mais doucement. Ça bouge,
- Speaker #0
clairement. C'est-à-dire que maintenant, on peut s'autoriser à être artiste. On a envie.
- Speaker #1
Street art, c'est beaucoup plus récent dans le temps, parmi l'art traditionnel, je sais pas comment dire. C'est un marché un peu différent et beaucoup plus jeune, je pense.
- Speaker #2
Et puis le street art, tout le monde peut faire son petit truc. Il n'y a pas la barrière. Et puis ça peut être inconnu. Donc même une femme fait son petit graffiti, à la limite, on ne saura pas si c'est un homme ou une femme derrière, à part la signature et si on va rechercher.
- Speaker #1
enfin non féminin ou non masculin dans les artistes. Il n'y a pas trop de...
- Speaker #2
Il y a d'autres qui sont faits exprès pour...
- Speaker #0
C'est vrai, c'est vrai.
- Speaker #2
Il y a des pistes.
- Speaker #0
Même dans le street art, c'est vrai qu'on a vraiment parlé des femmes street artistes, alors qu'il y en a eu quand même des départs. Bien d'un côté. Oui, bien d'un côté.
- Speaker #2
Il y a vraiment encore... Beaucoup de choses à faire. Et dans les festivals, alors pour le coup, moi je fais partie d'un groupe de street artistes femmes, mais dans les festivals, la proportion c'est une femme pour 10, 20 artistes masculins.
- Speaker #1
Très, très masculin. Pareil, Sabrina, quand tu vois des artistes, c'est très masculin aussi ?
- Speaker #2
T'as l'ouverture.
- Speaker #0
C'est vrai que ce ne sont pas les mêmes artistes, quelque part. Les artistes féminines qu'on voit beaucoup maintenant, les personnes qui, à la retraite, ont commencé vraiment à vivre leur art parce qu'elles sont à la retraite et qu'elles ont du temps et que les responsabilités de la femme, c'est déjà fait, peuvent être qui elles sont. La plupart, on n'a pas forcément de jeunes, jeunes artistes féminines. avec un engagement hyper pointu, dans des recherches. C'est moins souvent que les hommes se trouvent à la phase intellectualisée.
- Speaker #2
Mais pour le coup, ça monte, parce qu'avec ce groupe de street artistes femmes, du coup...
- Speaker #0
De plus en plus.
- Speaker #1
C'est bien, il faut féminiser aussi le milieu, donc.
- Speaker #0
Oui, oui, bien sûr. Pas né pour féminiser ou masculiniser, je suis pour que l'humain se... Oui, c'est vrai. s'exprime comme tout le temps comme il a envie quand il le veut on n'a pas besoin d'avoir un plus ou un moins tant ce ratio qu'il faut faire tant qu'il faut qu'il y en ait la même quantité non c'est pas une question de quantité il faut que tout le monde puisse s'exprimer tel qu'il a envie dans cette vie là franchement je crois que la fin est-ce que vous pouvez nous dire où vous vous retrouvez sur les réseaux bah oui alors moi je suis sur Instagram la galerie Exit ou Heart Concept j'ai deux deux pages Insta Facebook, pareil, c'est la galerie Exit donc c'est très facile, très simple Ex-Les Bains, pour ceux qui sont pas très loin Deux Rues des Bains Avec grand plaisir
- Speaker #2
Et moi, du coup, comme je l'ai dit tout à l'heure j'ai mon site internet sorryartist.com et autrement, sur Insta sorry-artist aussi Facebook, ce n'est pas très à jour, donc je le conseille. Après, jusqu'en septembre, au musée d'art urbain et de street art, j'ai une grande fresque de 3 mètres de haut par 5,50 mètres qui sera visible. Enfin, qui est visible.
- Speaker #1
Et on pourra te retrouver là-bas aussi.
- Speaker #2
Voilà, oui. Après, comme tout concept de street art, elle sera recouverte par d'autres artistes qui viendront peindre dessus. Donc, il faut se dépêcher d'aller au...
- Speaker #1
C'est pas un peu mal au cœur quand même. Tu as travaillé pas mal d'heures pour la fresque.
- Speaker #2
C'est le jeu. parce que dans la rue aussi c'est le jeu dans la rue encore pire on ne sait pas combien de temps ça va durer des fois c'est on fait un travail de fou et ça dure une nuit ça ne m'est jamais arrivé une nuit le minimum c'était deux semaines mais même ça ça fait mal au coeur ça fait quand même mal au coeur c'est sûr j'en ai certains qui sont depuis deux ans et là je fais waouh mais c'est à la marge deux ans merci en tout cas merci
- Speaker #1
à toi le second épisode de Tabou les maillots super émission merci buvez le goût il fait très chaud bonne vacances pour ceux ou celles qui sont en vacances à bientôt
- Speaker #2
A bientôt.