Speaker #0Bienvenue dans le showroom Taille Unique, où on vous écoute comme vous êtes. Vous commencez à connaître les lieux, mais je ne vous ai pas encore tout montré. Une maison de couture, ce n'est pas seulement les grands défilés avec des invités, c'est aussi l'atelier, les croquis sur le vif et les notes épinglées au mur. C'est pourquoi en ce début de saison, je tiens à vous présenter toute la gamme de nos formats, pour que vous vous sentiez ici chez vous, quelle que soit la coupe du jour. Aujourd'hui, j'inaugure officiellement le format PopUp. C'est un solo, moi face à vous, pas d'invité, pas de filtre, juste une réflexion cousue main, une réaction à l'air du temps ou une note de couture que je voulais partager directement avec vous. Et pour cette première pièce de la collection PopUp, aujourd'hui on va parler d'un client très difficile, un client qui n'est jamais content de ce qu'on lui livre. Ce client, c'est nous. Est-ce que vous aussi vous avez passé les 20 premières années de votre vie à envoyer des bons decommande mentaux à Dame Nature ? On coche des cases, on imagine le résultat ? "Bonjour, je voudrais les jambes de Naomi Campbell, le nez e ma voisine et le grain de peau d'un filtre Instagram s'il vous plaît." Est-ce que, comme moi, vous avez reçu un colis qui n'avait rien à voir ? Aujourd'hui on ouvre le dossier des erreurs de livraison. Tout commence avec l'enfance. Ma première grosse négociation avec mon corps, ça a été mes dents. Il y a eu cette période, le fameux gap, le trou des dents de lait. Moi, c'était ma hantise absolue. J'ai développé des trésors d'ingéniosité pour le cacher. Si vous cherchez dans les albums de famille de cette époque, vous ne trouverez aucune preuve. J'ai censuré ma propre histoire dentaire. Bouche cousue, pas de sourire. Et d'ailleurs, j'adresse un message à ma famille. Si vous trouvez des photos et les mettez sur les réseaux sociaux, je crierai au deepfake. Vous voilà avertis. Mais le plus drôle, c'est ce que j'attendais pour la suite. Sur mon bon de commande pour mes dents d'adulte, je ne voulais pas un sourire hollywoodien classique. Non, je voulais des dents de lapin. Vous m'avez bien entendu. Je rêvais d'incisives immenses, bien longues. Allez savoir pourquoi. Peut-être que je trouvais ça mignon ou que je voulais croquer la vie (ou des carottes) à pleines dents. L'enfant que j'étais pouvait avoir des goûts très... discutables. Spoiler alert, je n'ai pas eu mes dents de lapin. Et avec le recul, heureusement. Mais ma petite directrice artistique intérieure ne s'est pas arrêtée aux dents. Elle avait aussi des exigences très précises pour les accessoires. Sur son bon de commande, elle avait coché « lunettes » , peut-être parce qu'elle trouvait ça chic ou intellectuel. Et là, le destin, ou plutôt des nuits entières de gaming, m'a exaucée. Mais à moitié. Verdict de l'ophtalmo ? Œil droit parfait, œil gauche en hypermétropie. Une personne normale aurait été triste. La farfelue que je suis était ravie. J'y ai tout de suite vu une opportunité de branding. Le monocle Je me voyais déjà lancer la tendance en 2011. Un seul verre, une petite chaîne dorée, une prestance radicale à la Grace Jones. Malheureusement, la société n'était pas prête pour autant de charisme. Je me suis ravisée et j'ai décidé de partir en quête des plus grandes lunettes du monde, inspirées des photos de ma mère dans les années 80. Après plusieurs essais et de nombreuses recherches, j'ai déniché sur Etsy une paire aux verres immenses, vintage, bien avant que ce soit la mode sur TikTok. Le genre de monture qui mange la moitié du visage. Celles que les "girlies" portent aujourd'hui par tendance, moi je les porte par identité. C'est ma signature. Je ne vois peut-être pas très bien de l'œil gauche, et maintenant de l'œil droit également, âge oblige, mais au moins, on ne peut pas rater mes lunettes. Elle a été bien inspirée, la petite Heidi. Ensuite, arrive l'adolescence, la puberté, le moment où le corps change de patron sans nous prévenir. Là, ma commande était très claire, précise, prioritaire. J'avais coché la case « forte poitrine » . Je voulais la même que celle de ma Mamy. D'ailleurs, je lui disais tous les matins au réveil « Regarde, ça pousse, ça pousse » , comme une sorte de pensée magique. J'ai attendu la livraison pendant plusieurs années, j'ai surveillé le facteur tous les matins devant le miroir, et le colis est enfin arrivé. Mais le livreur s'est trompé d'étage. Au lieu de livrer du volume à l'avant, il a tout déposé à l'arrière. Je me suis retrouvée avec des fesses. Un vrai fessier. Sur le coup, que voulez-vous faire ? Appeler le SAV de Dame Nature ? « -SAV de Dame Nature, Miranda à l'appareil, comment puis-je vous aider ? -Euh, oui, bonjour, j'avais commandé un balcon, on m'a livré une terrasse, je pense qu'il y a erreur sur la marchandise. » Vous savez quoi ? Avec le temps, on arrête de lutter contre le tissu, on commence à l'habiter. Et aujourd'hui, je regarde ma "terrasse", et je suis très contente de l'erreur de livraison. Elle me va très bien, elle a de la tenue. Et maintenant, alors que je suis enfin en paix avec ma terrasse, mes lunettes hublots et mes dents normales, je reçois une notification pour la prochaine livraison. Le gros vilain cap. Celui qu'on chuchote entre femmes comme une légende urbaine effrayante. Honnêtement, j'ai jamais signé pour ça. Sur le catalogue Vieillir avec grâce, c'était écrit « Sagesse et sérénité » . Mais je crois que dans les petites lignes en bas du contrat, ils ont ajouté « Option chauffage central bloqué à 40°C et humeur de type orage tropical » . C'est comme si mon corps préparait sa propre révolution industrielle. J'appréhende un peu. Je me demande si je vais devenir une "Rich Auntie" qui s'évente avec style, ou juste un dragon qui crache du feu si on lui parle mal. Mais bon, comme pour le monocle et le balcon manquant, il n'y a pas de formulaire de retour. Il va falloir que j'apprenne à porter cette nouvelle collection avec panache. On passe notre temps à vouloir un corps sur catalogue, mais le corps qu'on reçoit, c'est du sur-mesure. C'est un corps qui a sa propre logique, sa propre génétique, sa propre histoire. Alors si aussi vous avez reçu des colis surprises, ne les renvoyez pas. Essayez-les. Souvent, la nature a plus de goût que nous. D'ailleurs, avant que je ne ferme boutique, Dites-moi, quelle est votre erreur de livraison ? Le nez de tonton, les cheveux indomptables, les genoux cagneux ? [RIRES] Racontez-moi en commentaire sur les réseaux avec le hashtag #SAVDameNature ou en réponse à la question sur Spotify, quelle est la malfaçon que vous avez fini par aimer ? Et si ce PopUp vous a plu, laissez 5 étoiles au comptoir, ça aide énormément l'atelier à rester ouvert. Allez, arrêtez d'attendre une autre livraison : la collection actuelle est parfaite ! Le PopUp ferme ses portes. « L'installation est terminée. Prière de ne pas toucher au modèle d'exposition. » Et souvenez-vous, si aucune taille ne vous va, c'est peut-être parce que vous avez déjà la vôtre. A dans 15 jours.