- Speaker #1
Bonjour, merci de nous retrouver et bonjour Youssef Walha.
- Speaker #2
Bonjour Marion, je suis très content d'être ici.
- Speaker #1
L'électricité, ça t'a toujours branché ?
- Speaker #2
Franchement, c'était pendant mes études, j'étais un peu en recherche de sens, j'ai fait des études d'ingénieur et je cherchais quelque chose qui me passionne. Et voilà, c'est là je pense que j'ai eu cette passion pour l'électricité, généralement pour l'énergie et pour la transition énergétique.
- Speaker #1
Tu as décroché ton diplôme d'ingénieur énergétique et là tu as connu le groupe norvégien Statkraft alors que tu étais consultant extérieur pour la filiale allemande. Qu'est-ce qui t'a donné envie de rejoindre l'entreprise Statkraft ?
- Speaker #2
En fait tout à fait, j'étais basé en Allemagne, j'ai fait mes études en Allemagne et j'ai commencé dans le conseil, dans le consulting. Et en fait Statkraft c'était mon premier client. J'étais un consultant junior, je n'avais pas d'expérience. J'étais bien sûr en support d'un autre consultant plus senior. Et il a dû quitter la mission, donc je me suis retrouvé dans une situation où j'ai dû reprendre un projet avec très peu d'expérience. Ce qui implique aussi que j'avais des meetings et des réunions hebdomadaires avec un VP. Moi qui étais vraiment jeune, comme je l'ai dit, avec une expérience limitée. Et là j'étais un peu impressionné parce que j'ai reconnu qu'à Statkraft, peu importe le niveau d'expérience que tu as, peu importe si tu es externe ou interne - parce que je tiens à le rappeler, j'étais externe- tu es écouté, ton avis et ta vision, elle est bien valide, même avec un VP e t je me sentais très à l'aise. Et comme je l'ai dit, c'était mon premier client, ma première expérience. Autant vous dire, je pensais que c'est toujours le cas. Après, j'ai eu d'autres expériences dans d'autres boîtes où j'ai compris que c'est vraiment exceptionnel. Et je pense que c'est ça, vraiment, ce qui m'a motivé à travailler pour Statkraft. C'est cette culture d'entreprise où il n'y a pas beaucoup de hiérarchie, où on écoute tout le monde et on travaille ensemble, c'est très positif. L'humain, pour moi, il est toujours au centre chez Statkraft. C'est peut-être un peu la culture nordique de Statkraft, parce que, je tiens à le rappeler, c'est un groupe norvégien, détenu par l'État norvégien. C'est vraiment cette culture-là qui m'a motivé à venir et à travailler pour Statkraft quand on m'a fait la proposition il y a deux ans.
- Speaker #1
Aujourd'hui Youssef, quel est le contexte général du marché de la transition énergétique en Europe, et plus particulièrement en France ?
- Speaker #2
Alors si on parle de la transition énergétique, il faut quand même reconnaître qu'on a fait des avancées majeures dans la transition énergétique, notamment au niveau des renouvelables. Je pense qu'aujourd'hui les renouvelables, ce n'est plus remis en question comme étant une technologie importante, et on a des mix énergétiques avec une pénétration importante des renouvelables. Si on prend l'exemple de la France, on est à 30%, en Allemagne on est même à 60%, ça veut dire qu'on a vraiment, je pense, atteint ce point où les renouvelables est une technologie établie. Après, quand on parle de la transition énergétique ou de l'énergie, plus généralement, il n'y a pas que l'électricité. Parce que là, peut-être c'est plus focus électricité, il y a aussi la mobilité. Là peut-être, il faut faire beaucoup plus d'efforts pour avancer la transition énergétique, pour électrifier l es usages en termes de mobilité, on est en train d'avoir ça avec les voitures électriques, mais quand même, il faut le dire, il y a encore peut-être du chemin à faire. Aussi sur le niveau du bâtiment, on parle plus de la chaleur, du chauffage, etc. Là, on est encore, en majorité, on utilise du gaz. Donc en termes de transition énergétique, là aussi, il y a encore du chemin à faire. Là, la technologie la plus importante, c'est les pompes à chaleur, d onc c'est encore dans un esprit d'électrifier les usages où l'électricité devient de plus en plus importante. Pour revenir peut-être à la question, sur la transition énergétique généralement, comme je l'ai dit, sur les énergies renouvelables, il y a un progrès qui a été fait. J'ai cru lire qu'on a actuellement plus d'investissements dans les renouvelables que dans les énergies fossiles. Ça c'est un fait par l'Agence internationale de l'énergie, d onc on a un momentum autour de tout ce qui est énergie renouvelable e t il faut continuer ce chemin. Et je pense là, peut-être particulièrement dans le contexte un peu tendu, il y a quand même une crise géopolitique qui fait que les marchés des énergies sont assez perturbés. On reconnaît à quel point c'est important d'avoir une énergie locale qui n'est pas exposée aux aléas géopolitiques. Et peut-être que c'est ça aussi un avantage important des énergies renouvelables, c'est que vraiment on est sur une énergie locale. C'est produit en France. Et donc, ça permet d'avoir une certaine autonomie énergétique, tout comme le nucléaire d'ailleurs, qui reste le socle de l'électricité en France.
- Speaker #1
C'est effectivement un sujet d'actualité. Et qu'observe-t-on comme transformation réelle du marché des besoins en ce moment ?
- Speaker #2
Comme je l'ai évoqué, il y a eu beaucoup de progrès sur les énergies renouvelables. On a atteint un taux de pénétration de renouvelables assez important dans les mix énergétiques de tous les pays européens. Mais peut-être le challenge qui vient avec les renouvelables, c'est la volatilité. C'est des énergies intermittentes, donc on a une volatilité en termes de production qui cause aussi une volatilité des prix. Donc là, si on regarde les marchés de gros de l'énergie et de l'électricité, on a une courbe assez volatile. On a des pics de prix, mais on a aussi même des prix négatifs. Je ne sais pas si vous imaginez, il y a des prix négatifs, ça veut dire que pour produire de l'électricité, il faut payer de l'argent. Et ces prix négatifs, ça représente un challenge pour le système énergétique, aussi pour le réseau, parce que les prix, enfin, ça reflète aussi l'état du réseau électrique. Et donc, ça, c'est un peu le challenge auquel on fait face. Et la solution, c'est la flexibilité. C'est-à-dire, il faut flexibiliser cette production d'électricité. Il faut essayer de rééquilibrer l'offre et la demande. Et pour faire ça, il y a une technologie qui est très importante qui est : les systèmes de stockage, les batteries. Donc l'idée c'est d'avoir une batterie, un système de stockage. On parle là vraiment d'une batterie à échelle industrielle, on appelle ça en anglais utility scale, donc des batteries de 100 MW, même de 200 MW. 100 MW c'est vraiment l'équivalent de la consommation d'une ville moyenne. Et ces batteries vont permettre de rééquilibrer cette production. Comment ? Ils vont consommer, ils vont se charger quand les prix sont bas, voire négatifs. Donc, ils vont capturer cet excès, ce surplus d'électricité quand il n'y a pas de demande. Et ils vont après se décharger quand il y a beaucoup de demande, donc quand les prix sont élevés. Et ainsi, ils vont permettre de rééquilibrer le système et de stabiliser justement la production des renouvelables. Et donc, pour moi, c'est ça la nouvelle technologie. C'est ça, bon, la technologie, elle existe depuis longtemps. mais vraiment essayer de déployer ça dans nos marchés européens, c'est ça l'enjeu et c'est ça le challenge pour continuer et aboutir ce chemin de la transition énergétique.
- Speaker #1
Donc ça doit certainement être le sujet du moment chez Statkraft.
- Speaker #2
Tout à fait . C'est même parce que Statkraft, il faut le mentionner, c'est une boîte et une entreprise intégrée. On fait du développement du renouvelable, donc on fait des projets d'éolien, de solaire, mais on est aussi actifs sur les marchés de l'énergie. C'est la partie Statkraft Market à laquelle j'appartiens. Et donc là, pour Statkraft Market et pour Statkraft généralement, il y a un enjeu de, 1 : soutenir ces projets de batterie. Donc on est en train de préparer une offre dédiée à ça, qui est justement l'offre Unity by Statkraft qu'on est en train de déployer en France. L'idée est la suivante. On est conscient qu'il y a un besoin de flexibilité et que les batteries, les systèmes de stockage sont la solution. Mais il faut soutenir le déploiement de ces technologies et comment faire ça ? Pour le développement, il faut les développeurs de batteries, c'est les mêmes développeurs du renouvelable, ça reste les mêmes entités, ils ont besoin de financement pour développer ces batteries et pour avoir ce financement, ils ont besoin d'avoir un business case assez solide. Et donc nous, Statkraft, en tant qu'acteur dans les marchés, avec une solidité financière assez importante, on va proposer des structures long terme où on va garantir un revenu fixe. On appelle ça la sécurisation des revenus des batteries. Donc c'est des contrats, les termes techniques on appelle ça des contrats par exemple de floor ou de tolling, où on va s'engager sur 10 ans, 15 ans sur un prix fixe qu'on va garantir aux développeurs de la batterie. Et en contrepartie on prend le risque de toute l'exposition marché. Donc c'est comme un échange, on va vous donner un prix fixe. Et en contrepartie, on obtient ce qui est à capturer sur le marché. C'est notre mandat de risque, c'est notre prise de risque. Et ça permet aux développeurs d'avoir une solution banquable parce que ça garantit ses revenus. Donc quand il va après pour avoir du financement auprès des banques ou des fonds d'investissement, il a un contrat long terme qui sécurise ses revenus, ce qui facilite significativement le financement de ses projets. Donc ça, c'est le premier aspect, le premier pilier de cette offre Unity by Statkraft, c'est la sécurisation des revenus. Il y a une deuxième partie, un deuxième pilier pour nous, c'est l'optimisation de la batterie, c'est l'optimisation physique. C'est-à-dire, la batterie déjà, comme je l'ai expliqué, elle va se charger quand les prix sont bas, voire négatifs, se décharger quand les prix sont plus élevés. Pour ça, il y a tout un mode opératoire qu'il faut suivre. Donc il y a des équipes qui sont là pour justement envoyer des signaux à la batterie. Il y a une stratégie d'optimisation, o n va même prévoir en amont comment la batterie sera déployée. Sur les différents marchés, j'essaie de le simplifier mais c'est beaucoup plus complexe. Il y a les marchés infrajournaliers, les marchés day ahead, il y a les services système, donc il y a vraiment tout un tas de marchés, il faut faire beaucoup d'arbitrages.
- Speaker #1
Selon toi, est-ce que finalement ça va être ça l'enjeu majeur du secteur énergétique dans les années à venir ? P as que ?
- Speaker #2
C'est une très bonne question. Bon, ça reste un enjeu très important, la flexibilité. Parce que si on veut continuer à déployer des énergies renouvelables qui nous permettent de décarboner le système énergétique, il faut en même temps déployer de la flexibilité pour éviter cette volatilité. Donc pour moi, la flexibilité, et notamment les batteries, reste un enjeu majeur. Je tiens quand même à dire qu'il y a d'autres moyens d'avoir cette flexibilité, pas que les batteries. On parle par exemple là aussi d'un concept qui s'appelle le demand side management, ça veut dire c'est impliquer le consommateur pour que le consommateur aligne sa consommation sur la production, avec des tarifs dynamiques. Par exemple, ça existe, je pense aussi en France pendant les heures de midi où il y a beaucoup de production, les prix d'électricité sont plus bas, comme ça, en tant que consommateur, vous êtes incité à consommer plus et donc vous contribuez aussi à rééquilibrer le système pour rééquilibrer l'offre et la demande. Donc ça, c'est un autre exemple. Actuellement, les batteries, ça reste quand même la technologie la plus... plutôt, je dirais, la méthode la plus solide et la plus mature parce que ce n'est pas fait au niveau du consommateur, c'est déjà fait au niveau des acteurs de marché. Donc ça reste quand même un enjeu majeur. Le deuxième enjeu pour moi, pour les années à venir, c'est l'électrification. Je l'ai mentionné au début, on a au niveau de la production d'électricité beaucoup décarboné avec les renouvelables, mais pour la mobilité et aussi pour le secteur du bâtiment, il y a encore du chemin à faire, et la solution c'est l'électrification qui est déjà une priorité aussi en France il y a un plan d'électrification qui a été annoncé récemment par le gouvernement. C'est ça l'idée, c'est électrifier tous les usages. Comme ça, on arrive aussi à utiliser, à profiter des énergies renouvelables, des moyens de production d'électricité renouvelable pour décarboner les usages en termes de mobilité, de chauffage, de bâtiments, etc. Le deuxième enjeu, c'est l'électrification. Pour moi, l'électrification et la flexibilité, ça résume un peu deux enjeux très importants. Il y a certainement d'autres enjeux. Mais en tout cas, je tiens à souligner ces deux enjeux.
- Speaker #1
Merci beaucoup Youssef pour cet éclairage et puis d'avoir été notre invité aujourd'hui.
- Speaker #2
Merci à toi, merci à vous de m'avoir accueilli ici avec vous. J'espère avoir pu contribuer à vulgariser un peu les notions autour du marché de l'énergie et de l'électricité.