- Speaker #0
Bonjour, bienvenue sur Tatami Talk, le podcast de l'Union Belge Aïkido. Aujourd'hui, c'est Hélène Doué qui retourne les petits papiers. Une pratiquante et enseignante engagée, dont le parcours est profondément lié à l'histoire de l'Aïkido moderne en France. Hélène débute l'Aïkido en 1989, à seulement 9 ans, au célèbre Cercle Tissier, dojo dans lequel elle pratique encore aujourd'hui. Pendant près de 10 ans, elle y suit les cours quotidiennement. construisant une pratique exigeante et passionnée qui l'amènera jusqu'au 4e DAN à l'âge de 28 ans. Aujourd'hui 6e DAN, membre du collège technique de la 2F3A et délégué fédéral régional pour la Normandie, Hélène développe un enseignement à la fois rigoureux, accessible et profondément humain. Son parcours ne s'arrête pas au tatami, certifié en préparation mentale du sportif, éducatrice forêt santé, Elle poursuit également une formation d'enseignante de yoga avec cette même volonté de mieux comprendre le corps, le mouvement et l'accompagnement des pratiquants. Elle enseigne aujourd'hui auprès d'adultes, d'étudiants mais aussi d'enfants et d'adolescents, tout en intervenant dans des structures accueillant des publics autistes à travers l'île de France.
- Speaker #1
Et la progression individuelle, elle est le fruit de toutes les expériences qu'on va avoir corporelles avec les gens.
- Speaker #2
Bonjour Hélène, on va faire comme si on n'avait pas eu quelques heures de stage juste avant en ta présence. Ici donc, le but c'est de faire un podcast pour la Fédération et qui est basé en tout cas pour ce que nous on va te proposer maintenant. C'est basé sur une émission de télé belge, de radio belge, sur lesquelles, sur différents papiers, on propose un thème et on demande à la personne qui veut bien partager ce moment avec nous de réagir sur ce thème. Alors évidemment, c'est une réaction... sur base de l'aïkido. Ça peut être autre chose, oui, mais le fil conducteur, forcément, pour nous, c'est l'aïkido. Alors, on verra bien un peu comment ça va se dérouler. On va probablement lancer un peu plus et avancer par la suite. Ce que je peux te proposer éventuellement, c'est de commencer à choisir une étiquette.
- Speaker #1
Ok, je retourne. Multiculturalité. Alors, je déroule à partir de là ? Oui, si tu veux bien. Est-ce que ça m'inspire ? Alors, on en a discuté à table, mais c'est vrai que l'aïkido est une discipline qui rassemble, qui rassemble les gens de tout âge, tout gabarit, toute génération, mais aussi au-delà des frontières. Donc, c'est vraiment la chance que j'ai de pouvoir voyager maintenant pour transmettre l'aïkido qu'on m'a appris auprès de Christian Tissier. Voilà, et donc en fait, c'est vrai que cette multiculturalité, en fait, il faut l'entretenir, il faut la chérir parce qu'elle est source de... de progression pour tout le monde dans nos différences de style, d'école, d'influence, de la manière dont l'aïkido s'est développé un peu partout dans le monde. On a beau voir que les styles peuvent être différents, mais les racines sont les mêmes. Et sur les fondamentaux, sur les valeurs, sur les principes, sur ce qui nous anime, en fait, on se retrouve très bien. Donc moi, ça me fait progresser d'aller voir un petit peu partout comment les gens pratiquent. Ça me fait progresser parce qu'on peut voir si la technique est parlante à tout le monde ou pas, ou si on s'est un peu noyé dans des effets de manche et des détails, ou si sur les fondamentaux, on reste humble, mais qu'on peut parler à tout le monde, quelles que soient les différences culturelles, ou plus proche de nous, nos différences en club.
- Speaker #2
Finalement, comment la vivre cette multiculturalité au quotidien dans l'aïkido par rapport aux gens qui viennent prendre des cours par exemple ?
- Speaker #1
Alors moi, j'aurais tendance à dire qu'il faut... quel que soit, si on a un petit club ou si on a un gros club, il faut vraiment travailler avec tout le monde. Il ne faut pas avoir peur déjà au sein de la cellule où on est en confiance dans son club d'aller travailler avec tout le monde, de ne pas faire avec connivence. Bien sûr, il y a des gens avec qui on a plus envie de travailler, des gens des fois avec qui on a moins envie. Eh bien, ce n'est pas grave, ça fait partie du travail. Il faut aller travailler avec tout le monde. Ensuite, il faut aller en stage parce qu'il faut ouvrir les fenêtres. On aime son prof, on aime ses camarades, mais la richesse de l'aïkido et la progression individuelle, Elle est le fruit de ton esprit. toutes les expériences qu'on va avoir corporelles avec les gens. Et bien sûr, des changes en dehors du tapis aussi. Mais voilà, c'est le fait de brasser nombre et nombre de gens qui fait qu'on progresse. Et puis après, si on a la chance d'aller encore plus loin et de faire des stages à l'étranger, d'aller rencontrer d'autres sensei, d'aller au Japon, pourquoi pas, mais pas forcément, d'aller ne serait-ce que la porte du pays d'à côté, ce n'est déjà pas la même pratique. Donc, j'encourage les gens à se brasser.
- Speaker #2
Et dans ce cadre multiculturel, forcément l'aïkido est en lien direct avec le Japon. Est-ce qu'aujourd'hui, la culture japonaise imprègne toujours l'aïkido ? Est-ce que c'est toujours de là que doit venir le là ?
- Speaker #1
Oui, alors bien sûr. Moi, je pense qu'aujourd'hui, partout dans le monde, il y a des senseis qui sont de tout à fait techniquement, qui tiennent la route et qui sont capables de transmettre notre discipline à très haut niveau. Mais je pense que c'est quand même très important de garder le lien avec le Japon parce que c'est la maison mère. parce que c'est la famille Ueshiba, parce qu'il y a quand même une richesse aussi là-bas. Alors, on a la chance d'avoir des sensei japonais qui viennent faire des tours et qui ne pratiquent pas qu'au Japon. Je pense que... eux aussi s'enrichissent des différences qu'ils trouvent à l'étranger, peut-être qu'ils rentrent dans leur bagage de quoi réfléchir. Donc je pense qu'il faut maintenir cet échange avec le Japon, ce n'est pas qu'il est absolument essentiel et obligatoire. Les pratiquants d'aïkido peuvent très bien faire un très bon niveau, un très beau parcours et avoir des très belles expériences sans aller au Japon. Mais garder le lien avec la racine, ça me semble être important.
- Speaker #2
Ok, parfait. On pense peut-être de prendre un autre papier pour rebondir sur une autre idée.
- Speaker #1
Alors, on retourne. Responsabilité, au pluriel.
- Speaker #2
Au pluriel.
- Speaker #1
Oui, alors oui, bien sûr. Évidemment, je vais parler en tant qu'enseignante. L'aïkido, c'est une responsabilité parce qu'on se doit de transmettre au mieux ce que l'on a appris. C'est une responsabilité parce que, comme dirait un de mes collègues qui transmet le hapkido, qui est donc de l'aïkido coréen, il dit, moi, la technique, ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus. Ce que je veux former, c'est des individus. Et je pense qu'il a tout à fait raison, parce que l'aïkido est une discipline de structuration humaine, donc on n'a pas qu'une responsabilité technique, on a aussi une responsabilité au niveau des valeurs qu'on transmet, au niveau de la personne que l'on incarne, et à un moment il faut que ça soit raccord, surtout au niveau. C'est-à-dire qu'on ne peut pas être juste un excellent technicien et être à côté un parfait imbécile, il faut qu'à un moment on incarne un petit peu, alors personne n'est parfait, on est tous sur une voie de perfection. Mais oui, on a des responsabilités à plein de niveaux. Au niveau du groupe, bien sûr, que le groupe, surtout quand on est au Seignan, que le groupe évolue de manière, en respectant l'intégrité de tout le monde, que ça soit dans un calme bienveillant, sécurisé. Et c'est un équilibre fragile, un groupe s'émouvant. Il y a des gens qui rentrent, il y a des gens qui sortent, il y a des gens qui pratiquent tout le temps. Il y en a qui sont là plus pour le loisir. Donc il faut faire en sorte que tout cet écosystème fonctionne. Moi qui ai des responsabilités maintenant au sein fédéral, c'est une autre strata de responsabilité, plus politique, on va dire, au sens large du terme, parce que je suis donc aussi référente technique pour la région Normandie, en France. Donc voilà, il faut aussi que j'emmène les gens qui sont membres de mon collège technique régional, que je les amène à travailler ensemble, qu'on aille jusque dans les clubs, qu'on amène tout le monde à travailler sur une thématique particulière, une énergie. fédératrice, puisque je suis au sein d'une fédération. Et puis, en tant que pratiquante aussi, j'ai des responsabilités, bien sûr, d'être toujours, comment dire, on va dire, pas se reposer sur ses lauriers, être curieux, continuer à travailler, à progresser, pas se satisfaire du niveau que l'on a actuellement.
- Speaker #2
Est-ce que la responsabilité est d'autant plus large qu'à l'aune des réseaux sociaux, on voit que tu partages beaucoup de contenu, et on le suit d'ailleurs beaucoup. Est-ce que cette responsabilité est démultipliée aussi par l'impact que peuvent avoir les réseaux sur la pratique de l'aïkido en général ?
- Speaker #1
Oui, alors c'est un domaine. Alors, ce n'est pas moi de moi-même qui suis allée sur les réseaux, c'est mes élèves qui m'ont poussée, bien sûr. Mais oui, ça ouvre. Alors moi, ça me questionne beaucoup en ce moment parce que quand on poste des vidéos d'aïkido, alors pas que les miennes, mais d'une manière générale sur les réseaux, il y a des faux débats qui s'installent sur... ça ne marche pas, ce n'est pas efficace, regardez par rapport au MMA, regardez par rapport... Bon, je pense que ceux qui commentent et qui ont des commentaires imbéciles sont des imbéciles, qui ne sont pas forcément des pratiquants. Je pense qu'entre pratiquants d'arts martiaux, on se respecte, quel que soit sport de combat, arts martiaux, self-défense, je pense qu'on n'a pas de sujet. Mais la responsabilité, elle est peut-être de transmettre un message transparent, et c'est peut-être au sens large, qu'est-ce que l'aïkido ? C'est pas... Et donc là, je me questionne beaucoup sur quel message donner et quelle responsabilité on a en tant que pratiquant d'aïkido pour ne pas passer pour des imbéciles, défendre nos valeurs et dire qu'on a une place particulière, puisque Sensei a voulu qu'on ait une place particulière au sein des arts martiaux. Et donc, peut-être que finalement, moi, ce que je me dis, c'est que les messages que j'essaierai de faire passer là, dans le futur, c'est qu'en fait, on n'est pas là pour la bagarre. Ce n'est pas notre sujet. Nous, on est là pour, comme je vous disais, construire des êtres humains. responsables, comme dit Christian Tissier, des gens qui n'ont pas peur. Le but d'eau, c'est l'apprentissage de ne plus avoir peur. Je me dis que c'est tellement large déjà et ça va nous occuper toute une vie. Pourquoi est-ce qu'on replacerait de hiérarchiser les sports de bagarre entre eux ? Pour moi, c'est un faux débat et c'est peut-être là-dessus que je me dis que notre responsabilité, si on communique sur les réseaux sociaux, c'est de remettre les choses à plat. On n'est pas dans un... L'humain adore comparer. faire des podiums. Et surtout de dire qu'on ne se met pas au-dessus des autres. On se met juste dans une catégorie qui a toute sa place. Les gens qui n'aiment pas la compétition, les gens qui veulent juste... Tout en gardant un aspect corporel, physique. Mais voilà, c'est surtout ça, je trouve, notre responsabilité au sens large vis-à-vis du grand public.
- Speaker #2
Merci beaucoup pour cette réponse. Elle était tellement complète que je propose de passer à un autre petit papier. Allez,
- Speaker #1
encore un. Alors, le jeu. Ça, c'est mon sujet.
- Speaker #2
Il semble que oui.
- Speaker #1
Alors, le jeu. J'en parlais à table là, juste à l'instant. Moi, j'ai donc fait un master en sciences du jeu. Donc, effectivement, c'est un sujet qui m'est à cœur, un de mes sujets favoris. Alors, justement, comment dire ? Définir l'aïkido en tant que jeu, c'est difficile puisque, comme je disais tout à l'heure, les théoriciens du jeu ont une vision très fermée et très précise de ce qu'est un jeu. L'aïkido s'y apparente à un certain point de vue, c'est-à-dire qu'on est quand même dans un cadre de second degré. Normalement, ça ne devrait pas se reproduire dans le réel. Il y a des règles que l'on doit respecter. Pour qu'il y ait un jeu, il y a des joueurs. Pour qu'il y ait aïkido, il faut des partenaires. La dimension que ça ne partage pas, c'est la dimension de frivolité. Le jeu en lui-même, il n'a pas d'impact, mais il a aussi une dimension où on peut s'échapper. Les arts martiaux, ce n'est pas tout à fait ça. On n'est pas tout à fait dans l'aspect de légèreté que peut avoir le jeu. Mais quand j'ai fait mon mémoire, les gens n'ont effectivement pas, dans les interviews que j'ai faites, une idée que l'aïkido, c'est un jeu. Par contre, il y a des moments dans la pratique où ils ont l'impression... de jouer, c'est-à-dire alors si on prend mon professeur encore une fois, Christian Tissier, je ne pense pas dire de bêtises, il trouve que la pratique du Jou est très ludique, donc lui-même utilise ces termes-là et les gens quand ils font du Jou asin donc de la pratique libre, ils ont l'impression ils utilisent le champ lexical du jeu donc à ce moment-là ils vivent la relation avec le partenaire comme un jeu donc c'est la chance que l'on a, c'est-à-dire que quand on fait des arts martiaux on a la chance de pouvoir faire répéter plusieurs fois le même geste, sans qu'il y ait vraiment de conséquences. On peut se faire des bobos, mais sans qu'il y ait de conséquences dramatiques sur notre vie réelle. Et justement, on s'entraîne pour que ça n'arrive pas dans la rue, pour qu'on n'ait pas à l'utiliser dans la rue. La première des choses qu'on apprend, c'est à courir vite s'il y a un problème, donc à jouer à chat quelque part. Mais voilà, oui, le jeu, c'est quelque chose qui est effectivement, pour terminer, dans l'enseignement aux enfants. Là, je dirais qu'il est prédominant. et que les supports ludiques et tous les exercices que l'on peut mettre en place vont reposer sur le jeu.
- Speaker #2
Peut-être juste une précision sur le jeu, parce qu'on entend le jeu de plateau, le jeu d'équilibre, il y a plein de jeux possibles. Est-ce qu'il n'y a pas un risque aussi dans l'Akidonan de pratique, avec Uke et Tori, de tomber dans un jeu de rôle qui serait peut-être un peu asséché de toute raison de pratique ?
- Speaker #1
Tout à fait, c'est ce qui pourrait rendre la pratique hors sol. dans la complaisance, dans une espèce de complicité excessive entre le hooker et le torii. Et c'est là justement où le côté martial vient compenser cet effet-là, je pense, parce qu'on travaille quand même justement sur nos peurs, sur de la violence, de l'opposition, de la confrontation. On essaye de résoudre positivement des conflits, mais comme on a posé au départ une situation conflictuelle ou d'opposition, ou de rapports de force et qu'on essaye d'en sortir, là on n'est plus tout à fait dans le domaine du jeu. C'est-à-dire que c'est comme quand des enfants jouent à la bagarre dans la cour d'école. À partir du moment où ils se font mal, hop, dans leur imaginaire, ils sortent du jeu. Ah ben non, on arrête, tu m'as fait mal. Nous, on va un peu plus loin que ça. C'est-à-dire que même si on se fait mal dans les clés, on peut se faire mal en chutant, on peut se secouer, on peut se rentrer dedans, pour nous ça reste une relation martiale. Donc on n'est plus tout à fait dans le jeu, c'est un peu la frontière ténue. entre un art martial et puis un jeu au sens propre.
- Speaker #2
Merci. Je pense qu'on est un petit peu tenus. Oui. Par l'oreille.
- Speaker #0
Il reste une dizaine d'héberts.
- Speaker #1
Parfait.
- Speaker #2
Merci beaucoup. Merci en tout cas de tes réponses. Et nous, on va continuer à suivre l'évolution. Déjà, t'es en cours ici cet après-midi. Et puis, on suivra avec plaisir le reste, sur les réseaux en tout cas et ailleurs.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Voilà, c'est ainsi que se termine cet épisode, légèrement plus court. Il y avait encore d'autres papiers sur la table que nous serons avides de pouvoir représenter à Hélène lors d'une autre occasion. Encore un grand merci à elle pour sa participation.